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La Renaissance à Paris

(première partie)

Quand on aborde cette période, de toute évidence on y découvre une vie culturelle riche. François Premier en 1539 remplaçait le latin dans les textes officiels par le français, mais ce fut aussi la propagation de l'imprimerie moderne.

Naissance du protestantisme en Europe !

 
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Vue générale de Paris aux XV° et XVI° siècles


Ce fut à Montmartre que le jésuitisme prenait source et allait devenir le fer de lance d'une centralisation de la culture et de ses moyens de transmissions, de même un agent de la contre-Réforme. La bourgeoisie parisienne s'avéra pour sa part très influencée par le protestantisme et les idées nouvelles. L'essor intellectuel allait connaître un développement notoire à Paris, la ville être une place universitaire incontournable. Cette époque pour beaucoup sublimée façonna le monde intellectuel et politique du royaume.

La Renaissance est aujourd'hui étudiée et intégrée à l'époque dite Moderne (ou première modernité), celle-ci se terminant à la fin du XVIII° siècle. Cependant cette période allait conserver une bonne part des structures légales et politiques apparues les siècles précédents, même si les monarques tentèrent de les mettre au goût du jour, à l'exemple de la police et de la surveillance et protection de la cité parisienne. Les corporations et métiers continuaient à évoluer au gré des nouveaux édits et ordonnances royales, la langue française loin de dominer s'organisait à petit pas, le latin restait la langue des écrits médicaux ou sciences novatrices de ces temps-là.

1498 : Louis XII devient roi, et réforme des études universitaires.
1499 : En octobre, en raison d'une crue, le pont de Notre-Dame s'effondre dans la Seine avec 58 maisons. Suite des Guerres d'Italie et édition  des Premiers Adages d'Érasme.
1500 : Découverte(s) de l'hydrogène (Paracelse), et des côtes du Brésil par les Portugais et premier envoi d'esclaves africains aux Amériques.
1504 : Sacre et entrée d'Anne de Bretagne dans Paris, elle est l'épouse de Charles VII.
1506 : A Tours, se tiennent des États Généraux, où le roi est proclamé "Père du Peuple". Louis XII favorise ainsi l'union de François d'Angoulême avec Claude, duchesse de Bretagne contre Charles Quint, présumée un temps comme sa future épouse.
1510 : Climat du royaume, des chaudes périodes printanières et estivales se succèdent jusqu'en 1560.
1511 : Avènement d'Henry VIII d'Angleterre.
1514 : Mort d'Anne de Bretagne et mariage de François et de Claude à Saint-Germain-en-Laye. Nicolas Machiavel donne à Laurent le Magnifique le manuscrit du Prince.

Paris possédait un centre religieux, Notre-Dame et un centre politique, le Palais royal se trouvait dans l'île de la cité, il allait passer de nouveau au Palais du Louvre que construisit Charles V, mais détruit pour cause de guerre de cent ans. Le Palais, non loin de la cathédrale Notre-dame, exerçait sous François 1er un rôle d'apparat ou de réception, comme lors de la venue de Charles Quint dans la capitale en 1540, ou lors de son second mariage avec Eléonore de Habsbourg, en 1530.

Paris en son enceinte fortifiée datant de l'époque médiévale ou ce qui a été antérieur au XVI° siècle, ce fut une cité plutôt anarchique dans ses aménagements urbains, sans réels plans ou conduites hors des remparts, ou une organisation propre des constructions privées. Autour du noyau central des faubourgs se développaient en rive droite les Halles, qui servirent de grand marché d'approvisionnement des parisiens (le Champeaux). Non loin ou à coté du port de Grève (là où l'on allait chercher du travail), la ville était principalement desservie par voie fluviale. Rive gauche ou sud, des faubourgs monastiques se façonnaient : Sainte-Geneviève, Saint-Germain, Saint-Sulpice, etc. Rive droite ou nord, des faubourgs commerciaux et marchands se dressaient : Saint-Merri, Saint-Denis ; plus tardivement Saint-Antoine.

Les espaces publics s'avéraient peu nombreux en dehors des Halles et de l'hôtel municipal qui allaient connaître des transformations notables, et il existait de rares ponts pour circuler d'une rive à l'autre, l'on pouvait toutefois traverser par des barques à fond plat ou sur de simples embarcations fluviales, mais à titre payant.

Les rues étaient étroites, un mètre parfois, ou deux à six mètres de largeur, à peine de quoi faire passer un cavalier ou une charrette à bras. Il existait peu d'espaces où l'on échappait à un sentiment d'enfermement, il existait peu de monuments, d'ornementations, en dehors des édifices religieux.

 
L'élan culturel plus une volonté d'embellissement des souverains à la Renaissance s'amorça sous Louis XII et changea par touche la ville médiévale. Toute la construction de la ville allait s'engager désormais autour d'un pouvoir royal centralisé et d'un espace public réorganisé selon les vœux des monarques, tendant peu à peu vers l'absolutisme. On trouve chez les Valois et les Bourbons une cohérence certaine à vouloir une ville moins dense et plus ouverte, par l'importation d'un monde intellectuel où l'Italie ouvrait la voie d'un renouveau artistique et architectural considérable.

Pour la ville capitale, une fois de plus sa vocation ou source d'inspiration latine nouvelle se profile, et politiquement la venue de la famille Médicis en France augura d'une période très trouble et d'une volonté de laisser des traces patrimoniales de grandes envergures. Telle que la mise en perspective de Paris, qui allait aussi s'étendre à partir de la Renaissance vers l'Ouest, par la voie royale, jusqu'au Louvre. Puis suivirent les jardins royaux, les Tuileries et le prolongement vers les Champs Elysées (cet ensemble urbanistique prendra seulement fin au XX° siècle à la Défense, sous François Mitterrand).

Paris est un lieu de marchés, un centre industriel et commercial. La ville restait une forteresse organisée autour d'un système défensif. La cité de la "Renaissance" a été assez semblable à la ville médiévale et conservait de nombreuses similitudes dans ses fonctions économiques, mais les différences ont été importantes dans le droit foncier et son application. En ville, normalement les terres allaient être en vente libre et transmissibles par héritage.

L'air de la ville rend libre : l'unité juridique "est celle de l'individu et non du lignage", pour se regrouper, les parisiens selon les quartiers avaient un saint patron comme emblème évoquant les grands patronages de l'époque, mais la ville par endroit était un véritable labyrinthe où l'on se perdait et où l'on tournait le plus souvent en rond, rien n'indiquait en dehors de très rares enseignes où l'on se trouvait.

Ci-contre : le quartier des Halles marchandes dit Champeaux
comprenant le cimetière des saints innocents clôturé


 
Les propriétaires des terres à Paris, étaient le clergé et le roi pour grande part, et une bourgeoisie parisienne prospère et très politisée. Il ne s'agissait plus de quelques milliers d'habitants que l'on recensait au début du haut Moyen Âge, la population avoisinait trois cent mille citadins, comme résidents permanents à l'intérieur et à l'extérieur des murailles de Paris. Le tout sur un espace limité sur peu de kilomètres carrés, la promiscuité à l'intérieur fut très grande, la densité des habitations devenir un problème majeur pour une bonne circulation, en bref on étouffait déjà dans Paris (rien de très neuf...).
 
 
1515 : Avènement de François1er : chronologie de la vie politique et culturelle

François Ier fut à la fois un guerrier et un homme qui s'ouvrit à la culture de son temps, et incontestablement un bâtisseur.

La Renaissance italienne a tenu une influence considérable dans le renouveau du XVI° siècle français, Paris retrouvait symboliquement ses origines latines. La famille Médicis représenta la première lignée d'italiens célèbres en France, qui a tenu au sein du royaume un rôle conséquent. La renaissance à Paris, c'est un peu tout le concentré qui donna au royaume de France un grand prestige artistique, mais aussi ce qui propulsa le pays à devenir la première puissance européenne jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.



1515 : Décès de Louis XII, le 1er janvier, François Ier à l'âge de 16 ans est sacré à Reims à la fin du mois, et en septembre, c'est l'incontournable bataille de Marignan (Italie).
1516 : Le Prince de Machiavel est mis sous presse. L'Utopie de Thomas More et l'Institution du Prince Chrétien d'Érasme sont édités. Le roi fait appel à Léonard de Vinci, celui-ci se rend en France, il dresse les plans d'un nouveau palais, et s'intéresse à la navigation fluviale.
1517 : Protestation du Parlement de Paris et de l'Université de Paris contre le concordat de Bologne ; publication des thèses de Martin Luther contre les indulgences, début de la Réforme.
1518 : Condamnation de Luther par le Pape Léon X. Le conquistador espagnol Cortez arrive au Mexique depuis les Antilles.
1519 : Naissance de Catherine de Médicis à Florence, Claude de France donne vie à Henri II. Magellan depuis Lisbonne part pour son tour du monde. Disparition de Léonard de Vinci au château du Clos-Lucé après avoir rédigé son testament (sénéchaussée d'Amboise).



Tableau relatant les déplacements de la cour sous François 1er et les ré-aménagements stylistiques


1520 : François 1er fonde la Bibliothèque Royale à Paris, elle deviendra la Bibliothèque Nationale lors de la Révolution française. Arithmétique de E. de la Roche, Appel à la Noblesse Chrétienne par Luther).
1521 : Excommunication de Luther et Psaumes  de Lefèvre d'Étaples.
1522 : Premières rentes sur l'hôtel de Ville de Paris et arrivée du libre penseur et poète Étienne Dolet (1509-1546) dans la capitale, et il suivra les cours d'éloquence et de rhétorique de Nicolas Béraud jusqu'en 1526. Dans une grotte en Espagne, près de Montserrat, Igniacio ou Íñigo Lopez de Loloya ou Ignace de Loloya (1491-1556) - père spirituel des Jésuites et futur fondateur de la Compagnie de Jésus - commence en mars une retraite spirituelle et mystique de plusieurs mois, qui le conduira à rédiger Exercices Spirituels (paru en 1548 à Rome).
1523 : Publication De institutione feminae christianae  de Vivés.
1524 : Naissance de Pierre de Ronsard et rupture entre Érasme et Luther. 
1526 : Traité de Madrid, François 1er est libéré. Fondation des Capucins.
1530 : Création de l'Institution du Collège royal et plus tard de France (François 1er en peinture ci-dessous). Le 4 juillet, le roi épouse la sœur de l'empereur Charles Quint, Eleonore de la dynastie des Habsbourg (Autriche et Espagne).


Plan de Paris
de 1530


de Georg
Braun

La rive Nord est à gauche
&
La rive sud
est à droite
:


Lutetia vulgari nomine Paris, urs Galliae maxima, Sequana navigabili flumine irrigatur, nobili gente, mercator, frequentia universitate excellente stupendi operis templo B. Mariae, Palatio Regio aliisque praestantissimis aedificiis

1532 : Naissance du Mouvement de Réforme de Jean Calvin à Paris. Est formalisée l'union administrative de la Bretagne à la France, et publication de Pantagruel, roy des dipsodes etc. et de La Vie très honorifique du grand Gargantua, etc. de François Rabelais, à Lyon.
1533 : Le poète et valet de chambre du roi, Clément Marot (1496-1544)  fait publié  Les œuvres de Françoys Villon, par l'éditeur  Galiot du Pré. La première pierre est posée pour la construction d'un nouvel Hôtel de Ville, en remplacement de l'ancien devenu trop exigu (il était  nommé Le parloir aux bourgeois et se situait au 20, rue Soufflot, où a été apposée une plaque).



1534 : Premier traité réformateur en langue française de l'institution de la Religion Chrétienne de Calvin (1509-1564) et achèvement de la traduction de la Bible de Luther. A l'initiative d'Ignace de Loyola, sept étudiants  du Collège Sainte-Barbe prononcent leurs vœux de pauvreté et chasteté, dont Pierre Favre, Savoyard et (saint) François-Xavier, Navarrois (1506-1552), le 15 août dans la crypte de St-Denis à Montmartre. Ils créent ainsi la Compagnie de Jésus. Affaire des placards : des écrits injurieux et séditieux sont collés sur les murs de la capitale et d'autres villes (17 et 18 octobre). Henri VIII devient en novembre le chef spirituel de l'Église d'Angleterre par l'Acte de Suprématie.





1535  Le  5 mars, est signé un traité d'alliance avec Soliman dit le Magnifique (1494-1556),  souverain de l'empire Turque présent en Europe de l'Est depuis le XIII° siècle, et qui allait déboucher sur l'ouverture d'ambassades et d'échanges commerciaux. A Constantinople s'ouvre une ambassade et une chapelle  française et sont accordés des privilèges commerciaux dans l'empire Ottoman (et ouvre à l'autre voie des épices). Un édit royal prohibe l'imprimerie et les librairies, la mesure est abandonnée un mois plus tard, parce qu'inapplicable.
1537 : Un édit depuis Montpellier est signé par François 1er, le 28 décembre, il est promulgué que pour tout imprimeur ou éditeur l'obligation de déposer au Collège Royal l'ensemble de leurs publications (début du contrôle du contenu des éditions et des censures légales).
1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêt signé par François 1er, la langue française remplace le latin dans les actes officiels. Édit contre les Réformés, et publication en France de l'Atlas en projection planisphérique, le plan Mercator. Naissance d'Étienne de la Boétie près de la ville de Bordeaux. Le théologien et dominicain Matthieu Ory (1482-1557) est nommé inquisiteur de Paris.
1540 : La fondation de la Compagnie de Jésus est reconnue par le pape Paul III. Edition à Lyon et par lui-même  de  La manière de bien traduire d'une langue en aultre d'Étienne Dolet,
1541 : Ignace de Loyola devient le premier Supérieur général des Jésuites. L'Institution Chrétienne de Jean Calvin est traduite en français.
1542 :Un édit royal du 7  juillet ordonne aux curés de dénoncer publiquement les Luthériens, ou ceux et celles qui niaient le purgatoire, les saints et leurs miracles, et d'avertir leurs fidèles dans les paroisses. Des révoltes éclatent contre la gabelle en Aunis, Saintonge et Guyenne, elles seront réprimées par François 1er, qui fait son entrée à La Rochelle fin décembre.
1543 : Publication un peu avant son décès de De revolutionibus orbium coelestium (Des révolutions des sphères célestes) de l'astronome polonais Nicolas Copernic (document en latin).
1544 : Le Grand Bureau des pauvres est fondé à Paris, il a pour but de donner du labeur aux démunis ou indigents, voire d'imposer du travail.
1545 : Se tient la première session du Concile de Trente (sur 25) et le lancement de la Contre-Réforme catholique (fin des travaux dits œcuméniques en 1563). Publication à Paris de la Méthode pour traicter les plaies etc.  d'Ambroise Paré.
1546 : . Après deux années de procès et de prison à la Conciergerie, Étienne Dolet, écrivain, imprimeur et philologue est reconnu coupable de blasphème, de sédition, et à la damnation pour ses écrits par le Parlement de Paris. Le 3 août, le poète est  étranglé et brûlé vif en place Maubert (actuel 5ème arrondissement) avec ses ouvrages. Le libre penseur Dolet aurait dit avant de mourir : "Non pie turba dolet sed Dolet ipse dolet" ou "Non, ce n'est pas Dolet qui gémit sur lui-même, mais ce bon peuple." Une statue sera édifiée par la Ville de Paris en son honneur en 1889 sur cette même place.
1547 : François Ier meurt en mars à Rambouillet, le 31 mars de la syphilis ou de la vérole (voire grande ou petite vérole). La rénovation du Louvre est entreprise par l'architecte Pierre Lescot (1515-1579), fils de l'ancien Prévôt de Paris (1518-1520), portant le même prénom que son père, il restera au service des monarques successifs, et il deviendra moine dix ans après, puis sera enterré dans une des chapelles de la cathédrale de Notre-Dame. Editions, Le Tiers Livre des Faictz & Dictz Héroïques du noble Pantagruel de Rabelais


Réglementation
ou réorganisation
de l'ancienne Police
  (ou milice bourgeoise)


Le "Guet de Paris"
sous François 1er

d'après René Lespinasse

Le Guet (ou celui qui surveille ou tient la garde) prend date sous Hugues Capet au XI° siècle, son origine remonte à l'empire romain. La police dit du "Guet de Paris" est à distinguer du "Guet royal" pour son autorité tutélaire ou directe. Dans la capitale la protection et surveillance sont dévolues à une milice bourgeoise depuis Louis IX.

Cette police encore embryonnaire a été particulièrement détestée par les parisiens pauvres, et marginaux, et bourgeois inclus. Ces derniers étaient réquisitionnés ou pas selon les critères établis au fil des siècles, pour défendre et surveiller les remparts de nuit de comme de jour, comme les entrées dans la cité, et assurer si nécessaire la tranquillité ou la sûreté des urbains.

Une administration connue pour avoir été l’objet de nombreuses plaintes, grognes ou colères contre sa forte corruption ou la tentation d'y échapper, voire de s'en prémunir dans ses aspects louches ou délictueux. Elle était aussi rattachée à la justice du "Chastelet", un tribunal servant aussi de lieu de dépôt des contrevenants.

La police de la capitale avec ses guets "assis ou dormants", plus ses sergents, lieutenants et le chef ou "chevalier du Guet" (créé par louis IX), cette administration se restructure difficilement sous le règne de François 1er, la présente ordonnance est datée de janvier 1540 depuis Saint-Quentin (dans l’Aisne).

Cet édit sera supprimé sous henri II en 1559 et laissera place à l"Édit de Henri II portant suppression du guet des gens de métier, établissement d'un corps spécial d'hommes d'armes, et fixation d'une imposition particulière pour le guet sur tous les artisans, sans tenir compte des anciens privilèges" selon René de Lespinasse.

Edit du roi François 1er sur les règlements du guet des gens de métier, à faire la nuit dans les seize quartiers de la ville de Paris, avec des prescriptions spéciales pour assurer une meilleure exécution du service.
« François par la grâce de Dieu, roi de France (1), comme pour la continuation du dit guet ont été faîtes plusieurs ordonnances et sont intervenus plusieurs arrêts au moyen des fautes trouvées en l'exercice et fait du dit guet. Ce néanmoins ont été et sont faits plusieurs abus fautes et négligences, en ce que dit est, tant par les officiers que par autres, ayants la charge du dit guet et au moyen de ce nôtre peuple fort foulé (piétiné ou écrasé) et travaillé, à notre très grand regret. (sic)

1. Pour ces causes, et pour la conservation de notre dite ville et cité de Paris et des habitants de celle-ci et aussi pour obéir aux inconvénients dessus dits et pourvoir à l'entretien des dites ordonnances et arrêts sur ce intervenus, nous avons statué et ordonné, statuons et ordonnons - que le guet de cette ville sera fait et constitué, c'est a savoir (c'est-à-dire) par le chevalier du dit guet et sa compagnie, qui sont vingt hommes de cheval, et quarante hommes de pied, en ce compris le lieutenant celui-ci chevalier (noble), pour faire le dit guet, par dix hommes à cheval, et vingt hommes de pied, en chacune nuit, par tour et alternativement.

2. Item (idem), que le guet assis, autrement appelé le guet dormant, fait par les gens de métier de la dite ville de Paris, sera pareillement continué les nuits qui seront commandées par deux sergents, en la manière accoutumée. Et seront les dits gens de métier tenus eux présenter, dedans le Châtelet de Paris, pour être enregistrés et envoyés par nombre de personnes certain et compétant, à la place des carreaux, outre le guichet des prisons, comme au lieu appelé la pierre qui est a la barrière et alentour du dit Châtelet, pour la garde des prisonniers, du geôlier et de ses gens et aussi dedans la cour du palais, pour la garde des saintes reliques du geôlier, des prisonniers et des choses qui sont dedans le dit palais, et pareillement au carrefour du bout du pont Saint Michel, sur le quai des Augustins, et au carrefour de Saint-Côme, au carrefour de Saint-Yves, au carrefour Saint Benoît, a la croix des Carmes, au carrefour Saint Séverin, au Petit-Pont, près l'église de la Madeleine, aux planches de Mibray, à la croix de Grève, à l'hôtel de Sens, à la porte Baudier, au coin Saint-Paul, à la traverse Quadier, a l'échelle du Temple, à Saint-Nicolas-des-champs, à Saint-Jacques de l'hôpital, à la fontaine Saint-Innocent, à la pointe Saint-Eustache, à la croix du Tiroir, à l'école Saint-Germain, à la place aux Chats (2), et aussi les autres lieux et places nécessaires, par les seize quartiers de la ville de Paris; seront déclarés par chacun jour aux dits gens de métier par les clercs du dit guet, selon l'ordonnance qui leur en sera faite par notre prévôt de Paris ou soit lieutenant criminel, qui pourra muer et changer les dites places et augmenter le dit guet, selon les cas et nécessités qui viendront à connaissance.

3. Lesquels lieux et places, les dits gens de métier seront tenus demeurer et eux tenir toute la nuit, par les temps et saisons ci-après déclarés, c'est à savoir (c’est-à-dire) depuis le premier jour du mois d'octobre jusqu’au dernier jour de mars, à commencer entre sept et huit heures du soir, jusque entre quatre et cinq heures du matin; et depuis le premier jour d'avril jusqu’au dernier jour de septembre, à commencer entre huit et neuf heures, jusque entre trois et quatre heures du matin.

4. Et pour faire l'assiette et la retraite de ce guet, sera tenu celui qui a charge de la guette (endroit d'où l'on surveille) du dit Châtelet, de sonner la trompette par chacune nuit, selon les heures dessus dites. Et après ladite trompette sonnée, le dit guet partira pour marcher et se retirera, et non plutôt; toutefois en cas nécessaire et urgent le guet royal pourra partir plus tôt, selon qu'il sera pour le mieux avisé.

5. Item (idem), que pour faire registre des gens du dit guet tant royal que des gens de métier, seront tenus les dits clercs du guet assister par chacun jour au dit Châtelet, aux heures assignées pour l'assiette de celui guet, et faire registre des comparants et défaillants. Et seront les dits gens du guet, tant du Roi que des métiers, tenus de comparoir (se présenter ou comparaître) à faire le dit guet aux jours et heures à eux assignés, selon que dessus, sur peine de dix sols parisis d'amende, pour chacun défaut; pour laquelle amende seront les défaillants contraints dès le lendemain du défaut qui sera expédié, sur le rôle et certification des dits clercs du guet et sur le rapport du sergent qui aura donné l'assignation : Et ce tant par prise et vente sommaire des biens de ceux défaillants, que par emprisonnement de leurs personnes, si métier est.

6. Et afin que le dit guet assis ne puisse partir des dits lieux et places, avant les heures dessus dites, nous ordonnons que le dit guet royal ira et viendra les dites places, pour savoir ceux du dit guet assis qui serviront ou défendront. Et de ce (ceci ou cela) le dit chevalier du guet et ses lieutenants feront rapport qui sera enregistré par les dits clercs, pour être procédé contre les dits défaillants, et qui se seront absentés, selon que dessus; et afin de savoir ceux qui se seront ainsi absentés, enjoignons aux autres qui auront été livrés avec eux, de le relever, sur (sous) peine de prison et de l'amende.

7. Toutefois si les dits gens de métier ont excusation (excuses) de maladie, d'absence, de mariage ou autre exoine (ou essoine : empêchement) recevable, les dits clercs du guet commettront autres personnes fidèles et suffisantes, et dont les dits clercs seront responsables, pour faire guet au lieu des absents, tant défaillants qu'excusés, et seront payés ceux qui serviront, au lieu de ceux qui auront fait défaut, sur les dits défauts et amendes. Et pour les autres ils seront payés aux dépens des excusés, le tout au prix de deux sols parisis pour chacune nuit, et s'il advenait que, pour aucune cause nécessaire, fut besoin assembler plus grand nombre de gens, le dit chevalier du guet ou ses lieutenants pourront appeler avec eux la totalité de gens du guet royal avec les gens de métier, en nombre compétant et raisonnables.

8. Et pour ce que par ci-devant plusieurs personnes se sont voulu exempter de servir audit guet, les aucuns (certains) alléguant privilèges, et les autres disants n'être point de métier, et, par ce, le dit guet a été diminué, et le peuple qui a servi au dit guet foulé et trop chargé, nous ordonnons que tous marchands gens de métier, artisans ou autres tenants boutiques et ouvroirs, dedans la dite ville de Paris, seront tenus et contraints de servir audit guet, par la manière et ainsi que dessus est déclaré, soient exempts ou non exempts, privilégiés ou non privilégiés, jusqu’à ce que par nous autrement en soit ordonné exceptés toutefois les personnes qui ont été excusées par l'arrêt donné en nôtre cour de Parlement, en l’an 1484, c'est à savoir les six vingt archers, soixante arbalétriers, et cent arquebusiers de nous et de la ville de Paris, gardes des clefs des portes, ceux qui ont le rouet des chaînes, quarteniers, dizainiers, cinquanteniers de ladite ville de Paris, bedeaux ordinaires de l'Université de Paris, messagers de nous et de la dite Université, durant leurs absences, monnayer pour le temps qu'on œuvre à la monnaie et les personnes âgés de soixante ans ou qu'ils aient meshaings (blessures graves) ou mutilation de membres, dont soit apparu a nôtre dit prévôt de Paris ou son dit lieutenant : toutes lesquelles personnes nous voulons et entendons être francs et exempts d'aller audit guet, selon le dit arrêt.

9. Item, nous ordonnons que les deniers des dits défauts amende et autres qui proviendront, à cause de ce que dit est, seront levés et reçus par les dits deux sergents, lesquels seront tenus rendre compte par chacun an d'eux deniers à notre receveur de Paris appelle notre procureur au dit Châtelet. Et enjoignons aux dits gens du guet, tant royal que des gens de métier, de biens et dûment vaquer à faire celui guet, selon ce que dessus et de faire les captions (arrestations) des malfaiteurs qu'ils trouveront en présent méfait et les emprisonner au dit Châtelet; et aussi de traiter humainement les habitants de la ville de Paris, et leur donner confort et aide sans leur faire ne souffrir être fait aucun opprobre ou moleste (gène), le tout sur peine de punition corporelle.

10. Et pour faire entretenir le contenu ci-dessus et ce qui en dépend, enjoignons au dit prévôt de Paris ou son lieutenant criminel, d’y entendre soigneusement et contraindre les dits gens et officiers tant de guet royal, que de métiers et toutes autres personnes. Savoir est; les dits officiers, sur peine de privation de leurs offices, et les autres par amende et punition corporelle, selon l'exigence des cas, le tout nonobstant oppositions ou appellations quelconques.

11. Et pour ce que le dit prévôt de Paris ou son dit lieutenant ne pourra vaquer a l'assiette dudit guet, en faisant laquelle se sont par ci-devant faits plusieurs excès, rebellions et désobéissances, par les dits gens de métier, tant entre eux que pour les haines qu'ils ont les uns contre les autres, comme aussi à l'encontre des clercs et officiers du dit guet, le dit prévôt de Paris ou son dit lieutenant criminel pourra commettre l'un des examinateurs du Châtelet pour informer promptement et faire son rapport, et aussi (si métier est) pour procéder par emprisonnement contre les rebelles et délinquants, en présent méfait, afin d'y être pourvu sommairement par nôtre dit prévôt de Paris ou son lieutenant criminel.

12. Et ordonnons que les dits clercs du guet, sergents et examinateurs seront payés pour l'exécution des choses dessus dites, c'est à savoir les dits sergents et collecteurs, à la raison de deux sols parisis; les clercs du dit guet, de deux sols huit deniers parisis, et le dit examinateur, de quatre sols parisis. Le tout par chacun jour et pour chacun d'eux; le tout pris et levé sur les deniers provenant desdits défauts et amende.

Donné a Saint Quentin, au mois de janvier l'an de grâce mil cinq cent trente neuf et de nôtre règne le vingt-sixième.
Notes : 

Ce texte a été mis dans un français plus moderne et avec des notes sur les termes aujourd'hui disparus ou relevant d'une langue en mouvement et loin d'être figée dans le marbre, ou une orthographie très relative et fluctuante selon les auteurs.

(1) Ici trouvait place en préambule la charte du roi Jean du 6 mars 1364 sur la sûreté, guets et sergents de la ville de Paris, lire en page 44 l’ouvrage de René de Lespinasse (en source).

(2) La situation topographique de tous ces endroits ne saurait être déterminée ici et rentre dans le sujet de la « Topographie de Paris ».


Source :  Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. Ordonnances générales, métiers de l'alimentation par René de Lespinasse, ancien élève école des Chartes (1843-1922) - Imprimerie nationale (Paris, 1886-1897).


 
 Création du Collège royal ou de France

A ses débuts, cette école se vit attribuée le titre de Collège royal, cette appellation allait perdurer jusqu'à la révolution française. Cette institution fut créée en 1530 à la demande de Guillaume Budé, Maître de librairie de François 1er, et furent nommés six lecteurs royaux chargés d'enseigner des disciplines jusqu'à là non transmises au sein de l'Université de Paris :

- Trois pour l'hébreu (François Vatable, Agathias Guidaccerius, Paul Paradis).
- Deux pour le grec (Pierre Danès, Jacques Toussaint).
- Un pour les mathématiques (Oronce Finé).
 
Les cours furent ouverts à tous et gratuits, ce qui est toujours le cas de cette honorable institution. En 1534, Barthélemy Latomus enseigna l'éloquence latine, en 1538, Guillaume Postel enseignait à la fois le grec, l'arabe et l'hébreu.

En 1551 Henri II élargissait le champ d'enseignement du Collège à la philosophie en confiant une chaire à Ramus (Pierre de la Ramée), anti-aristotélicien notoire et contesté, qui, à partir de 1559, fit le choix d'enseigner les mathématiques. C'est en 1567 qu'un document mentionna pour la première fois le Collège, il s'agissait du certificat d'aptitude à l'enseignement du grec délivré à Nicolas Goulu.

Portail du Collège de France, ci-contre
 



Nb : Le Collège royal se chargea aussi des premiers dépôts légaux des publications : livres, revues et journaux. Aujourd'hui ce dépôt se fait auprès de la BNF sans censure préalable ou interdiction, mais requiert une autorisation de publication ou un numéro d'attribution. Depuis François 1er, la censure des textes relevait des lecteurs royaux de ce même collège (édit de 1537 et ses suites légales dont la mention de l'auteur et de l'imprimeur, etc.).


La Renaissance et le goût du monde

Jean-Marie Le Gall et Frank Lestringant,  professeurs des universités
France Culture -Tout un monde par Marie Hélène Faissé - 12/05/2015 - Durée : 35 minutes




 Les villes de la Renaissance

Les villes de la Renaissance furent le résultat de l'expansion au Moyen Âge des centres urbains, le commerce fleurissant, elles allaient évoluer aux XV° et XVI° siècles en raison des progrès techniques.

Ci contre : Cimetière des saints-Innocents
 (de nos jours la place du même nom)



Le monde urbain allait disposer de meilleures voies de communication, des aménagements urbanistiques et la naissance d'une architecture plus luxuriante : places et rues plus grandes, maisons bourgeoises, et hôtels de ville. De plus, les villes importantes en Europe disposaient et proposaient de répondre au savoir des habitants avec des écoles, des collèges et des universités. Avec la croissance démographique qui s'engagea au XVIème siècle, les villes attiraient de fait les population pauvres des campagnes. Ce qui favorisa le développement des commerçants : boulangers, bouchers, tenanciers, etc., Et démontre un dynamisme économique longtemps ignoré.

À Paris l'activité de l'imprimerie a eu une place conséquente dans l'activation et la circulation des idées de "progrès" (le sens était différent à l'époque procédant des victoires ou batailles militaires gagnées). Il s'agit surtout de se référer à des progrès techniques sans rapport premier avec des questions sociales, outre des améliorations fonctionnelles en relation avec certains travaux du quotidien. L'artisanat perdait peu à peu du terrain avec ses produits de facture en nombre limité face à la manufactorisation ou une démultiplication des produits par des fabrications en série.

Comme activités qui devaient tenir un rôle plus prépondérant, on trouvait en particulier les professionnels du droit : notaires, procureurs et juges. Subsistaient les différents artisans en corps de métiers avec une organisation sociale spécifique ou codifiée avec les maîtres en haut de la pyramide. (regarder la vidéo, ci-dessous de 6 minutes sur les structures et le fonctionnement de cette codification d'une centaine de métiers).

Au service des "maistres", les apprentis et les ouvriers étaient organisés dans les codes de leur corporation ou selon le principe de jurer fidélité. Une organisation spécifique et légale que l'on nommait la jurande : "Charge de juré sous l'ancienne monarchie française conférée par élection à un (ou plusieurs) membre(s) d'une corporation, choisi pour la représenter, défendre ses intérêts, veiller à l'application du règlement intérieur" (source dictionnaire CNRS).


Le bas de l'échelle sociale était composé de petits échoppiers, des modestes commerçants ou ambulants des rues, des salariés à la tâche ou journaliers, les bras-nus des villes n'entrant toujours pas dans les métiers bien codifiés. Le grand nombre d'individus qui circulaient sur les routes comme errants ou vagabonds commençaient à inquiéter, car sans statuts autre que "oisifs" au regard des lois et des pouvoirs politiques. L'enjeu et la morale publique changeait, l'errance devenait suspecte, alors qu'elle fut en d'autres temps acceptée, voire un mode de vie. Cette main d'œuvre d'hommes (ou des familles) recherchaient des conditions moins misérables. Ils étaient les premiers exposés aux crises économiques et a subir les transformations des techniques, pouvant faire appel à des ouvriers très qualifiés, comme à des bras occasionnels. En France se créa pour aider les plus démunis des structures charitables comme le Grand Bureau des Pauvres à Paris, son rôle était de distribuer de la nourriture, d'aider selon l'activité économique à trouver du travail (forcé) aux sans labeurs.

La vie urbaine favorisa des différences sociales au sein des populations, et les crises sociales et économiques les amplifier. Il n'y a pas eu pour autant de tensions sociales fortes dans ces temps dit renaissants. La bourgeoisie gérait le quotidien, et elle était de plus en plus intéressée par le pouvoir ou la justice. Et le sera de moins en moins par le commerce, c'est aussi parmi eux que la Réforme allait trouver ses partisans les plus actifs.

La Renaissance a été un tournant culturel, architectural décisif, et Paris la ville latine reprenait ses droits ; vers 1527, la cité parisienne redevenait la capitale de la France, mais pas obligatoirement le lieu de séjour le plus fréquent des monarques.

A l'exemple de François 1er
, celui-ci a été un roi itinérant, avec une Cour suivant les déplacements royaux et qui fit les beaux jours des pays de Loire pour son patrimoine. Il a été à l'origine de nombreuses re-constructions ou rénovations d'anciennes demeures fortifiées, comme à Fontainebleau (Seine-et-Marne) et à Saint-Germain- en-Laye (dans les Yvelines) en île de France.



Le nouvel Hôtel de Ville


Les travaux allaient durer jusqu'en 1628. Une partie été édifiée sous François Ier, Henri II, puis sous Henri IV et Louis XIII s'élargissait la bâtisse, deux ailes ou pavillons sur sa gauche et sur sa droite furent rajoutées.

(...) En l'an 1533, le 15 juillet, fut posée la première pierre du nouveau bâtiment de l'hôtel de ville par MM. Maistre, Pierre Viole, sieur d'Athis, conseiller du roy, notre sire en sa cour de parlement à Paris, prévost des marchands et Maistres Gervais Larcher, Jacques Boursier, Claude Daniel, et Jean Barthélémy, échevins, lesquels avaient chacun une truelle argentée pour prendre du mortier fait de sable et de chaux. Sur laquelle pierre étaient gravées les armes du roi, et aux deux côtés les armes de la ville avec cet écrit : facta fuerunt haec fondamenta (ces fondations ont été faîtes) ; pendant que l'on faisait l'assiette de cette pierre sonnaient les fifres, tambourins, trompettes et clairons, artillerie, cinquante arquebusiers à crocq de la ville avec les arquebusiers d'icelle ville qui sont en grand nombre et aussi sonnaient à carillon les cloches de Saint Jean de Grève, du Saint-Esprit et de Saint-Jacques de la Boucherie. Aussi au milieu de la grève, il y avait vin défoncé, tables dressées, pain et vin pour donner à boire à tous venants en criant par le menu peuple à haute voix : Vive le roi et Messieurs de la ville. (...)


    L'hôtel de Ville sous Henri IV

Paris à travers les siècles, tome I, d'après Henri Gourdon de Genouillac,
En cinq volumes - 1882-1889 - Source et illustrations, Gallica-Bnf.



François 1er  a été à l'origine d'institutions prestigieuses, à l'exemple du Collège royal (ou de France), et de la Bibliothèque royale ou nationale, selon les époques. Les différents religieux de la fin du XVI° siècle firent surgir des tensions jusque là contenues, en raison des dispendieuses modernisations, pour exemple à l'intérieur des enceintes fortifiées. Les prix grimpaient, provoquaient chômage et misère, quand le travail venait à manquer. Plus tardivement, en 1533 débutait la construction en lieu et place de l'hôtel de ville, la construction d'un palais, des plans commandés quatre ans auparavant à l'architecte italien Boccador. Des travaux qui prirent fin sous Louis XIII. L'hôtel de ville sera en parti détruit par un incendie en 1871, puis il fut reconstruit sous la conduite de l'architecte Théodore Ballu, tel que nous le connaissons.

Durant cette période dite de la Renaissance, les relations commerciales s'intensifièrent entre les villes et les campagnes. Les premières offraient aux secondes de vendre leur production et facilitaient le passage d'une agriculture de subsistance à une agriculture productrice de richesse. Les campagnes restaient largement majoritaires. Nous sommes encore loin d'un exode de population qui intervint tardivement et moins massivement qu'en Allemagne ou en Angleterre. L'on vivait des cultures qui aidaient à accroître les revenus comme la vigne, l'ile de France a été propice à cette plantation. La région parisienne produisit un vin de table courant, aujourd'hui des quelques pieds subsistants de la butte Montmartre, c'était tout l'Est et une partie du sud parisien (Montrouge) où l'on pouvait voir s'étendre une production vinicole.

Si la paysannerie française a pu connaître quelques évolutions techniques, toutefois les habitudes, coutumes locales et superstitions restaient tenaces et l'opposition ville-campagne a été longtemps une contradiction bien connue entre traditions et progrès. La césure avec le temps resta toujours très vivante. Dans les campagnes, pour les plus riches s'esquissa une aristocratie provinciale, ce furent la plupart des propriétaires terriens qui louaient leurs instruments aux paysans. Pour les plus pauvres, les gages ne suivirent pas le prix des denrées, les métairies remplacèrent le servage, mais demeura un asservissement pour les uns et des rentrées régulières pour les autres possédants.  


A Noter : Apparition du maïs au pays basque; du tabac vers 1560, il a été introduit par Jean Nicot. Les cultures dominantes étaient le froment ou le seigle pour les humains, le sarrasin, l'orge et l'avoine pour le bétail.


En bref de 1547 à 1572, à Paris et dans le monde des idées



En 1547, Henri II était sacré roi, le 26 juillet à Reims, le 8 octobre, il créait au Parlement de Paris une chambre exclusivement compétente en matière d'hérésie, qui a eu pour nom la Chambre Ardente et elle visait tout particulièrement les Protestants.

La première chambre de ce type fut instituée sous François 1er en 1535, puis a continué sous Henri II et François II. Matthieu Ory (1482-1557) fut nommé pour la diriger comme Inquisiteur de Paris (dès 1539). Trois ans après son accession au trône la dite Chambre rendait plus de 500 arrêtés contre l'hérésie et fit de nombreuses victimes, et des prisonniers par milliers.


Portrait d'Henri II par Jean François Clouet, ci-contre


Le roi "refit en grande partie les fortifications de la rive droite, mais ne furent pas reculées et suivirent à peu près le même tracé qu'à l'époque de Charles V, c'est-à-dire, la ligne du boulevard du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, etc." (in Guide pratique de Paris, par A.M, Lyon, 1913).

1548 :  Il est est interdit "au non noble d'usurper le titre de noblesse et de porter l'habit de Damoiselle", Déclaration du Roy, sur le faict et reformation des habits. Il s'agit de l'ordonnance d'Henry II à Paris, le 12 juillet 1548, et de la déclaration, Folembray du 17 octobre 1549, etc. Publication des Exercices Spirituels d'Ignace de Loloya.
1549 : Décès de Marguerite de Navarre ou d'Angoulême, femme de lettre et sœur de François 1er. Rédigé l'année précédente, Etienne de la Boétie publie De la Servitude Volontaire (manuscrit original)
1550 : Henri II accorde le droit d'entrée sur la royaume aux Juifs et Musulmans convertis (dits "Portugais"), ils arriveront  dans les villes et ports de Bordeaux et Bayonne notamment.
1551 : Bartolomé de Las Casas  fait publié l'Histoire générale des Indes en espagnol & parution de De Scandalis, de Jean Calvin, où il dénonce l'athéisme de Rabelais, Des Périers, Etienne Dolet, etc.
1552 : Sont publiés le  Guide des Chemins de France de Robert Estienne & Le Quart Livre de François Rabelais.
1553 : Les Amours de Pierre de Ronsard sont publiés chez la Veuve Maurice de la Porte à Paris. Ronsard forme une nouvelle Pleiade (depuis l'Antiquité) avec six autres poètes français : Joachim Du Bellay, Jacques Peletier du Mans, Rémy Belleau, Antoine de Baïf, Pontus de Tyard et Étienne Jodelle.
1554 : Rétablissement du régime des greniers et du sel en particulier.
1555 : Publication des Oeuvres (Les Soupirs et Sonnets) de Louise Labbé (ou Labé 1524-1566) dite la "Belle Cordière", poétesse et courtisane, imprimé à Lyon sa ville natale.
1557 : Le livre La deffence & illustrastion de la langue françoise de Joachim Du Bellay (décès en 1560) est édité à Paris.
1558 : Le 13 mai, les Incidents du Pré-aux-Clercs provoquent des heurts entre Catholiques et Protestants, ces derniers manifestent régulièrement par la lecture et le chant des Psaumes, ils s'attirent l'ire du roi et l'indignation de la Sorbonne. Sont publiées Le premier livre des Antiquitez de Rome & Les Regrets et autres œuvres poétiques de Joachim Du Bellay.
1559 : Mode des portraits grandeur nature par Jean-François Clouet, le portraitiste d'Henri II (ci-dessus); traduction de Vies de Plutarque par Amyot. Décès d'Henri II et court règne de François II. Edition de L'Heptaméron de la princesse Marguerite de Valois, reyne de Navarre à Lyon.
1560 : Conjuration d'Amboise, en décembre début du règne de Charles IX et régence de Catherine de Médicis. Suppression de la Chambre Ardente par l'édit de Romanrotin
1562 : En mars, sont massacrés des Huguenots à Wassy (Haute-Marne), au nom du duc de Guise et précipite l'enclenchement  des guerres de Religion.
1563 : Réalisation de poteries et d'assiettes ornementales (Bernard de Palissy) et disparition d'Etienne de la Boétie à 33 ans, ami de Michel de Montaigne.
1564 : Construction du château des Tuileries ou le futur Palais Royal par Philibert Delorme.
1565 : Est éditée La Bergerie de Rémy Belleau, poète du groupe de la Pléiade,
1567 : Se déroule le 10 novembre la bataille de Saint-Denis. 
1568 : Le collège créé en 1439 à Paris par M. Nicolas Coqueret d'Amiens, chanoine et bachelier en théologie, l'école qui a accueilli Du Bellay et Pierre de Ronsard (professeur M.  Jean de Dorat, 1508-1588) et d'autres auteurs de la Pléiade est fermé (quartier Latin ou des écoles).
1569 : Se tient le 13 mars la bataille de Jarnac, et différents combats dans le cadre de la troisième guerre de Religion.
1570 : Le 8 août est signé le traité de Saint-Germain-en-Laye par Catherine de Médicis, qui met fin à la troisième guerre.
1571 : Les Amérindiens au Pérou se révoltent et l'avant dernier empereur Inca Titu Kusi Yupanqui décède et marque le début du règne de Túpac Amaru, celui-ci sera exécuté l'année suivante par les colons Espagnols.
1572 : Développement de la médecine en France, il est édité les Cinq livres de chrirurgie par Ambroise Paré (document en latin), Michel de Montaigne fait édité Vers françois de feu Estienne de La Boétie. C'est à partir de cette année là que Montaine entreprend la rédaction des Essais, ce travail prendra fin un peu avant sa dsparition en Dordogne en 1592, son oeuvre acceptée dans un premier temps, puis sera mise à l'index par l'Eglise en 1666.


Montaigne et les historiens?


Statue de Montaigne en face de la Sorbonne du sculpteur Michel Landowski (1933)

« Paris a mon coeur dès mon enfance. Je ne suis français que par cette grande cité. Grande surtout et incomparable en variété. La gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde ».


En ce genre d'étude des histoires, il faut feuilleter, sans distinction, toutes sortes d'auteurs et vieils et nouveaux, et barragouins et français, pour y apprendre les choses de quoi diversement ils traîtent.
(...)

J'aime les historiens ou fort simples, ou excellents. Les simples, qui n'ont point de quoi y mêler quelque chose du leur, et qui n'y apportent que le soin et la dilligence de ramasser tout ce qui vient à leur notice, et d'enregistrer, à la bonne foi, toutes choses sans choix et sans triage, nous laissent le iugement entier pour la connaissance de la vérité : tel est entre autres, pour exemple, le bon Froissard, qui a marché, en son entreprise, d'une si franche naïveté, qu'ayant fait une faute, il ne craint aucunement de la reconnaître et corriger en l'endroit où il en a été averti, et qui nous représente la diversité même des bruits qui couraient, et les différents rapports qu'on lui faisait : c'est la matière de l'histoire nue et informe; chacun en peut faire son profit autant qu'il a d'entendement.

Les bien excellents ont la suffisance de choisir ce qui est digne d'être su ; peuvent trier, de deux rapports, celui qui est plus vraisemblable ; de la condition des princes et de leurs humeurs, ils en concluent les conseils, et leur attribuent les paroles convenables : ils ont raison de prendre l'autorité de régler nôtre créance à la leur ; mais, certes, cela n'appartient à guêre de gens. Ceux d'entre-eux (qui est la plus commune façon) nous gâtent tout ; ils veulent nous mâcher les morceaux; ils se donnent loi de juger, et par conséquent d'incliner l'histoire à leur fantasie; car, depuis que le jugement pend d'un côté, on ne se peut garder de contourner et tordre la narration à ce biais (1) : ils entreprennent de choisir les choses dignes d'être sues, et nous cachent souvent telle parole, telle action privée, qui nous instruirait mieux ; objectent, pour choses incroyables, celles qu'ils n'entendent pas, et peut-être encore telle chose, pour ne la savoir dire en bon latin ou français.

Qu'ils étaient hardiment leur éloquence et leur discours, qu'ils jugent à leur poste : mais qu'ils nous laissent aussi de quoi iuger après eux ; et qu'ils n'altèrent ni dispensent, par leurs raccourcissements et par leur choix, rien sur le corps de la matière, ainsi qu'ils nous la renvoient pure et entière en toutes ses dimensions.

(le texte a été mis dans un français plus moderne)

(1) « Les faits changent de forme dans la tète de l'historien ; ils se moulent sur ses intérêts; ils prennent la teinte de ses préjugés. » par J-J. Rousseau, Emile, livre IV.


Source : Gallica BNF -
Essais  de Michel de Montaigne  (1533-1592)
avec des notes de tous les commentateurs.
Livre II - chapitre X, page 233 - Éditeur, Lefèvre - Paris, 1834



Dans la nuit  du 23 au 24 août 1572, se produisit un des pires drames de  l'époque, son annonce était lancé au son des cloches de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Des Parisiens du peuple, de religion catholique appuyèrent l'exaction qui provoqua environ 3.000 victimes Protestantes ou assimilées à des hérétiques. La dite Saint-Barthélemy fut suivie d'un massacre généralisé dans tout le royaume. Ce fut l'occasion d'éliminer ses voisins,  ses parents  ou ses proches indésirables.
 


Suite de la promenade :
La Renaissance à Paris (2ème partie)

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Dernières modifications : 10/09/2017