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Le Moyen Âge à Paris

Le Moyen Âge couvre la période historique qui s'étend du cinquième siècle à 1492.
Au plus simple, deux périodes divisent sa chronologie, ici elle sera en trois temps : le haut Moyen Âge, suivi du bas Moyen Âge, puis la déclinaison d'une époque pré-renaissance. C'est une période contrastée. À la fois Paris devient capitale et connaît son apogée sous Clovis, puis pendant 400 ans, Paris vivra un déclin qui aurait pu lui être fatale. On assiste surtout à la montée en puissance du pouvoir ecclésiastique, qui peu à peu, va faute d'administration politique s'en charger à sa place.


En préambule, une conférence  de Bruno Dumézil
sur "les invasions barbares"

Maître de conférences à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Aix-en-Provence, février 2015


 
Il existe entre la fin de l'Empire Romain et la naissance du royaume Franc, une transition religieuse qui tranche avec les pratiques antérieures. Le monde chrétien prend place. Il s'agit d'évangéliser les gaulois romanisés et les autres populations du continent. C'est aussi que peu à peu l'église catholique romaine va peser et devenir tout aussi puissante que le pouvoir politique. Entre histoires et mythes religieux, où se trouve la part du vrai et de la légende ? On peut ainsi se reporter sur certains textes anciens et comprendre que les relations entre pouvoirs politiques et religieux seront riches et compliqués.

Les rois mérovingiens, puis carolingiens ne savent, ni lire, ni écrire, ils sont querelleurs, en bref ce sont des soldats sans grandes morales et brutaux. Au sein des abbayes on trouve des personnalités cultivées et attentives aux maux des populations, et seuls lieux où s'établissent des actes. Un paradoxe qui va permettre à l'Église d'asseoir sans véritable contradiction un pouvoir intellectuel et de nombreux droits d'acquisitions sur les terres.

ci-contre : Clovis

 

 
 
Mythes, légendes et histoires chrétiennes de Paris en Gaule romanisée
 
Là ou se répandront les mythes à travers toute l'Europe du Haut Moyen-Age, c'est autour des saints et d'histoires vraies et fausses. En quelques dizaines d'années la Rome paganiste va devenir le siège puissant des chrétiens d'occident. Si en 166 après J-C., à Lyon, la sainte Blandine est donnée aux lions des arènes. Rome va, non pas tomber en décadence, mais sur une période de cent ans mettre un terme au culte des dieux latins. À Paris, les deux saint Patrons sont la très sainte Geneviève et le saint Denis. Selon les légendes, l'une figure de la résistance aux Huns, devant qui Attila renonça face à tant d'héroïsme, et fit demi tour . Et l'autre la figure de Denis à la "tête coupée", qui du Mont Montmartre à la ville future de Saint-Denis, se rendra la tête sous le bras s'y faire ensevelir.



Qui est saint Denis? Il existe trois hypothèses : Denis l'Aéropagite d'Athènes, disciple de saint Paul? Envoyé du pape saint Clément, comme évêque de Rome? Un des sept premiers évêques envoyés par Rome au IIIème siècle pour évangéliser le pays? Le saint Denis fut possiblement un Evêque envoyé par Rome, dont on ne sait pas grand chose. Subsiste trois personnages, pour trois époques, rien que de l'incertain. Sauf qu'une fois que Rome est chrétienne. Elle enverra d'anciens soldats évangéliser ses terres gauloises. En arme si besoin est, mais Paris semble une bonne terre de mission et les Parisiens ne sont pas à un syncrétisme près, et Rome non plus au quatrième siècle.  

 
 
Ci-dessous la légende figurant dans la Vie des Saints de Jacques de Voragine (XIIIème siècle).
 
  Denis, Éleuthère et Rustique sont arrêtés dans une carrière du faubourg Saint-Jacques. Ils sont incarcérés dans la prison de Glaucus. Ils sont ensuite torturés à la pointe amont de l'île puis condamnés à être décapités devant le temple de Mercure. Les soldats renonçant à monter jusqu'au sommet exécutent leurs victimes à mi-chemin de la pente. Une fois décapité, saint Denis se relève, ramasse sa tête et continue à grimper la butte guidé par un ange. Il fait une pause pour laver sa tête à une source puis poursuit sa route jusqu'à l'actuelle ville de Saint-Denis où il tombe finalement aux pieds de la veuve Catulla. Celle-ci le fait enterrer et du blé pousse immédiatement sur sa tombe.
 
À noter : La légende de Denis fut très populaire en Europe et en Allemagne des moines annoncèrent en 1049 qu'ils avaient retrouvé son tombeau en Allemagne. Une source coulerait de la tombe et son eau a connu la réputation de soigner la syphilis (le mal français comme disaient les allemands...). À Paris, saint Denis était supposé intervenir pour les maux de tête et les morsures de chiens enragés.

Il existe un saint patron plus notable, dont les sources écrites sont moins incertaines ou extravagantes. Il faut cier à ce titre Sulpice Sévère, pour sa Vie de Saint-Martin,  de 316 à 397  (traduit du latin par M. Richard Viot en 1861)
"Un jour qu'il entrait à Paris, comme il passait par une des portes de cette cité: avec une grande foule de peuple, il bénit et baisa un lépreux dont la figure affreuse faisait horreur à tous; celui-ci fut aussitôt guéri et vint le lendemain à l'église, avec un visage sain et vermeil, rendre grâces à Dieu pour la santé qu'il avait recouvrées. Mais ce que nous ne pouvons nous dispenser de dire, c'est que les fils des vêtements ou du cilice de Martin opérèrent de fréquentes guérisons; appliqués aux doigts ou au cou des malades; ils les délivraient de leurs infirmités".   In La Vie de Saint-Martin (page 41 - source Gallica Bnf)

Martin a eu un rôle majeur dans la construction et le poids de l'Église en Gaule, on lui doit  "Sans combat pas de couronne". A l'origine il s'engagea comme soldat, plus tard il fut à l'origine du premier monastère en Europe occidentale (à Ligugé près de Poitiers), puis devint évêque romain. 80 ans environ après que Rome soit devenue chrétienne dans ses fondements et que soit prononcé l'édit de Milan en 313 mettant fin à la persécution des chrétiens dans l'Empire. La légende de Martin laissera un peu partout en Gaule des traces, à l'exemple de sa cape qu'il partageât avec un plus démuni que lui. Il existe aussi des lieux de cultes, des noms de villages, des villes et des voies de circulation qui porteront son nom.
 
Martin meurt en 397 et n'aura aucun rapport véritablement direct avec la ville de Paris. De son vivant il eut droit à une biographie et restera célèbre partout en France. Paris ne dérogera pas à la règle en attribuant des lieux portant son nom, mais du mythe aux réalités, il y a la période médiévale qui pointe son nez dès le cinquième siècle. La gaule colonisée deviendra le pays des Francs et Lutèce devenant Paris sous les romains, en souvenir de ses premiers habitants les Parisii.
 
Paris future ville du royaume des Francs devra successivement affronter des mutations difficiles. Place aux dites "invasions barbares" qui débutèrent au IV° siècle avec la fin des cultes panthéistes ou polythéistes des plaines du Latium. L'histoire de Paris se conjuguera avec celle celle du christianisme en France, en partie grâce à Clovis et aux peuples Francs convertis au dieu unique de la foi chrétienne.

 
 Vie et influences d'une conseillère municipale de Paris
 
Geneviève de Nanterre (ou sainte Geneviève) a bien vécu et l'on a d'elle des témoignages précis. Nous fêtions en 2002, les 1500 ans de sa mort, ce fut une occasion pour parler de ce personnage historique et religieux. Elle incarnera la résistance des parisiens face aux envahisseurs, et fut la mère fondatrice de la ville capitale.
Derrière la légende de sainte Geneviève, il y a cette femme qui meurt vers 502. Une vie moins connue que celle de saint Martin, mais qui vaut le détour. De sa fin de vie ont sait peu de chose d'elle, mais il existe des témoignages et preuves de l'époque en latin, antérieures à son décès. On en sait plus aujourd'hui sur cette femme qui joua un rôle non négligeable dans l'histoire et la fondation politique de Paris. D'abord pour la défense de la ville, puis pour jouer de son influence dans la venue de Clovis à Paris et pourrait être aussi à l'origine de son baptême. Geneviève fut un personnage qui agira fortement sur son temps et aussi sur ses élites.   

 
Geneviève est née vers 420 à Nanterre, au sein d'une famille de l'aristocratie gallo-romaine, fille unique elle héritera de la charge de son père et deviendra conseillère municipale de Paris. Conformément au droit qui prévalait au sein de l'Empire chrétien d'occident. Enfant, elle attire l'attention de saint Germain d'Auxerre, sa foi chrétienne est si dense qu'il devine en elle un devenir singulier. Il y a même acte de consécration entre elle et lui, elle sait déjà qu'elle donnera son amour qu'au seul Christ durant toute sa vie. Elle ne rompra jamais ses voeux. Après Martin, elle sera la deuxième figure réelle du christianisme en France. On lui donne un teinte mystique qui cache en réalité une femme de pouvoir, et ce pouvoir fut tout à son honneur et une gloire de son vivant, que la légende néglige.



C'est aussi Germain d'Auxerre qui lui conseille après le décès de son père de venir s'installer à Paris. Son intégration sera difficile et les parisiens n'apprécient guère la jeune femme. En 441 les hordes d'Attila sont à Reims et les parisiens craignent que la déferlante entre dans Paris, panique, l'on préfère la fuite. Geneviève ne cède pas aux alarmes et résiste aux pressions, on voudra jusqu'à attenter à ses jours, mais les Huns n'iront jamais plus loin que Reims, et c'est déjà le début de la fin d'Attila qui décédera en 443.

La pugnacité ou les prémonitions supposées de Geneviève lui donne raison.
C'est de son vivant qu'elle va devenir une idole, une authentique héroïne, une femme politique très habile, plus tard une sainte vénérée et surtout la conseillère et amie du plus célèbre franc qui fut, Clovis.
 

 


On parlera de la sainte jusqu'en Orient, ce sont les marchands Syriens qui viennent à Paris qui colporteront les faits jusqu'à saint Siméon, qui lui même poussa en sa propre foi à communiquer "par esprit" avec Geneviève. Aujourd'hui il reste un culte bien vivant chez les orthodoxes, notamment en ce qui est appelé "la communion des saints". 

Geneviève restera une amie pour Clovis et cette complicité aurait connu pour origine le baptême du roi. Elle ne s'arrêta pas là, c'est aussi Geneviève qui conseille Clovis de venir s'installer à Paris. Il demandera que sa propre dépouille soit aux cotés de sa chère amie, ce qui advint quand il mourut en 511, une belle histoire, une vraie, bien plus forte que la légende fragmentée.

Elle a connu une place maîtresse dans l'histoire religieuse de l'époque en occident. Son titre était "sponsa christi", épouse du Christ ou plus exactement, vierge consacrée. Ceci trouve son origine dans les voeux qu'elle prononça devant saint Germain toute jeune enfant, vers 9 ans et dont elle ne dévia pas d'un pouce. Toujours dans son inclinaison pieuse, elle pris pour exemple la vie de Martin, peu d'années avant de mourir elle alla même se recueillir sur sa tombe à Tours. Une pleine dévotion pour le père de l'église chrétienne en Gaule, qui trouva en Geneviève une belle continuité intellectuelle près de cent ans après, aussi bien politique que religieuse.

En ces temps, des premiers siècles de l'ère chrétienne le ministère des femmes fut très vivant en Orient, en occident beaucoup moins, pour une simple raison, Rome n'ordonnait pas le genre féminin. Et la question reste toujours à l'ordre du jour. Geneviève connue on peut le présumer des oreilles et pas que des mots éclairés par le saint esprit, mais bien des relations de natures politiques entre l'imposant royaume de Clovis et l'expression de l'intemporel en siège à Saint-Pierre de Rome.
Elle meurt relativement âgée à plus de quatre-vingt ans. Derrière la sainte c'est le personnage public qui gagne a être perpétué dans sa mémoire. Dans ses lieux ou l'on évoque encore son nom, on parle peu de sa place plus qu'illustre il y a maintenant 16 siècles à Paris, en France et bien au delà. Sur ce sujet, une universitaire et historienne, Janine Hourcade a publié un ouvrage relatant la vie de Geneviève. A Nanterre en 2002 des manifestations culturelles ont célébré sa mémoire.  

 
Janine Hourcade a mené un travail important sur l'histoire des femmes dans l'église chrétienne. Chose étonnante cette universitaire comme Geneviève est aussi vierge consacrée, car depuis le concile Vatican II, les femmes peuvent faire à nouveaux des voeux et devenir "sponsa christi". Et le choix de Madame Hourcade est semble t'il tourné sur la place des femmes dans un monde ou elles sont minorées et sans grande importance politique, parce qu'en dehors des ordinations et du pouvoir omnipotent des hommes. Vaste débat que récemment les anglicans ont tranché en faveur des femmes, et que Rome ne veut pas faire avancer depuis au moins le cinquième siècle...


Saint Germain de Paris 
 
La vie de saint Germain est relatée par son ami Venance Fortunat (une grande figure intellectuelle de l'époque, d'origine italienne). Germain serait né près d'Autun, en Bourgogne. Né en 496, il est "le dernier d'une famille nombreuse frappée par la misère, on raconta que sa mère ne le désirait pas et qu'elle voulut se faire avorter, elle n'y parvint pas et Germain vit le jour".
Il s'engagera contre l'esclavage et le paganisme, on lui accordera des guérisons et il sera recherché pour ce don. "une tendre compassion pour les prisonniers et les esclaves, d'un zèle sans relâche pour sa propre perfection et pour celle de tous les membres de sa communauté". Le roi Childebert, non converti, fils de Clovis et de la reine Clothilde, comprend qu'il a l'intérêt à faire nommer Germain évêque de Paris, en sa capitale. Germain décline d'abord cet honneur, puis il quitte son monastère et s'acheminera vers Paris où il sera sacré évêque vers 555, à l'âge de 60 ans. Il ne change pas ses habitudes de religieux, et il reprocha sa férocité à Childebert, qui finira par se convertir au christianisme ainsi que les seigneurs de la cour. Il aidera sainte Radegonde à quitter la cour pour fonder à Poitiers l'abbaye de la Sainte-Croix.  

 
Il fondera, à Paris, l'abbaye de Saint-Vincent qui deviendra Saint-Germain-des-Prés. Le roi se laissera attendrir et la caisse royale lui sera largement ouverte. Germain y puisa à son gré pour soulager la misère. Tous, chrétiens et païens, l'admirèrent pour sa charité, le respectèrent pour ce don des miracles qui lui a été départi : il guérit les malades et les infirmes que l'on place sur son passage, délivre les possédés, libère des prisonniers, ressuscite des morts, accomplit toutes sortes d'actions prodigieuses qui témoignent de la puissance et de l'amour de Dieu et suscitent d'innombrables conversions du coeur. En résumé un saint homme avec sa part de mythe.
 
  Saint Germain a été le 20ème Évêque de Paris. Il participa à plusieurs conciles (les 3 et 4ème conciles de Paris, en 557 et 573, et le 2ème concile de Tours, en 566). On le désigna comme un "bâtisseur d'églises". Sa mort survenue le 28 mai 576, à l'âge de 80 ans, sa vie durant il a su se tenir à distance des troubles et des violences de son époque, c'est l'une des plus grandes figures de la France mérovingienne et de l'Église. Il fut enterré dans l'atrium de l'église Sainte-Croix-et-Saint-Vincent qu'il avait fondée. En 585, lors de l'incendie de Paris, il serait apparut pour libérer de leurs chaînes les prisonniers qui se réfugièrent auprès de son tombeau.
 
Suite de la promenade ...
Le Haut Moyen Âge à Paris   (1ère partie)
 

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Dernières modifications : 10/09/2015