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Quartier de la Porte Saint-Denis à Paris

Comment d'un travail d'histoire "locale" mieux comprendre notre espace ? C'est-à-dire, comment est il possible de poser les termes d'une histoire urbaine, ou donner du relief à un espace géographique limité à partir de certains éléments de sa mémoire.

 

 

Nous vous proposons ainsi de retrouver ce qu'aujourd'hui nos yeux ne verront plus, mais que les espaces virtuels et un peu d'imagination peuvent aider à entrevoir ? Pourquoi ce quartier de Paris plus qu'un autre ?
 
Ce travail est parti simplement autour de l'idée d'un ré-aménagement urbain du bas du faubourg Saint-Denis (entre la porte monumentale et la grande Poste proche du boulevard Magenta). L'objectif était de rendre aux piétons l'espace conquis par l'automobile, et d'engager un dialogue avec les résidents et les commerçants. Pris "au piège"de certaines recherches sur l'historicité des alentours de la Porte Saint-Denis, les découvertes sont devenues si passionnantes, qu'il fut difficile de résister. Les sources furent abondantes, à la limite du trop plein et certaines reposaient sur des données par toujours fiables. Il importait de trouver des travaux mettant en lumière les évolutions urbaines. Il y avait le désir de pouvoir parler de Paris autrement, sortir d'une histoire trop conventionnelle, sans pour autant tomber dans une histoire "localiste". La richesse en mémoire de la capitale est telle que l'histoire d'un lieu peut se subdiviser sur des segments nombreux. Ce qui pouvait sembler limité, est devenu une somme de travail et au fil du temps et des recherches a fini par trouver une certaine cohérence. Et, il reste du travail sur la planche, notamment pour de jeunes historiens en recherche d'un sujet. Ce travail reste partiel, probablement avec son lot d'erreurs, mais attention, il n'est pas le fait d'un historien, ni d'un urbaniste et n'a aucun caractère universitaire. Au mieux son but est pédagogique ou d'ouvrir des pistes à d'autre curieux.
La mémoire est un outil complexe, quand l'hypothèse devient un enjeu de recherche, tout à chacun peut ainsi participer et apporter sa contribution. Simplement à titre citoyen, il suffit d'avoir un goût prononcé pour la recherche (même en tant qu'amateur). C'est aussi un moyen de transmission pédagogique adapté pour donner goût à l'observation et aux espaces dans lequel nous vivons ou déambulons de temps à autre. Et l'occasion d'aborder diverses choses, comme l'architecture, la vie artistique plus largement, la vie sociale et économique, et bien d'autres domaines.  

Si l'histoire en devient un peu trop localiste, il est difficile d'expliquer les influences extérieures, les causes parfois répétitives des conséquences d'un urbanisme qui se dégrade, ou change de propriétaires ou de populations, etc... Ou prenant le pas des marchés spéculatifs, quitte à sacrifier quelques bijoux immobiliers du dix-huitième siècle, comme ce fut il y a encore quelques années (du temps de la main mise du RPR et ses réseaux sur la capitale). Le patrimoine parisien demeure relativement opaque et "Paris Ville Propre" a fait le reste. Si l'on s'attarde à savoir qui sont les grands propriétaires de la capitale, nous trouvons : la Ville de Paris, l'Evêché, l'État ou des entreprises nationales comme la SNCF. Ces institutions sont à la tête d'un patrimoine considérable et au prix du mètre carré à Paris, on reste rêveur devant les ors de la république et du clergé.

LM note du 21-08-2005

 
 
Histoire urbaine du Quartier de la Porte Saint-Denis

Nous vous proposons une visite virtuelle au sein d'un quartier de Paris : le Quartier de la Porte Saint-Denis, dans le dixième arrondissement de la capitale.

Une promenade sur un petit bout de terre à la loupe des mémoires, pour découvrir comment au fil du temps un petit morceau de la capitale évolua.

Ci-contre : carte fin dix-huitième siècle

 

 
Le Paris d'avant la Renaissance nous laisse en apparence peu d'empreintes. Par exemple de la période du Moyen Âge, le plus vieil immeuble parisien date de 1431 (quartier du grenier Saint Lazare). C'est en soit un des rares vestiges immobiliers de cette époque dans la capitale. On pourrait penser qu'il y a moins de traces qu'au temps de l'antiquité gallo-romaine ? Ce qui est vrai en terme de visibilité, faux si l'on sait que se cache de nombreuses fondations, ou que les matériaux ont été recyclés au service de nouvelles constructions (datant de la Renaissance et des Temps Modernes).
 
Si certaines villes en France ont pu conserver leurs centres villes médiévaux (Dijon, Le Mans, ...), ce n'est pas vraiment le cas de Paris. Première évidence, cette ville est relativement petite et dense, notamment en rive droite. Sans compter les incendies, les fortifications et les guerres qui ont provoqués des destructions et des reconstructions. Sans omettre la volonté des monarques de marquer à chaque période une évolution architecturale, et de fait urbanistique. Ce qui conduisit cette Ville à changer plusieurs fois de visage et laisser assez peu de place à ce qui est antérieur au 15ème siècle. Il y aura surtout de la part du pouvoir impérial, sous l'égide du baron Haussmann, la volonté de détruire les restants médiévaux. Il fallait que l'armée puisse se déplacer dans la ville et réprimer les foyers révolutionnaires. Et comme Paris ressemblait à un labyrinthe, on peut imaginer l'ampleur des travaux et les nombreuses expulsions que cela provoqua.
 
 
Nomenclature du quartier de la Porte Saint-Denis
 
Depuis 1860 et sa dernière délimitation administrative, la superficie du quartier est de 47 hectares. Il commence boulevard de Bonne Nouvelle, en son sud, et prend fin en son nord au boulevard de Magenta. Le faubourg Poissonnière se trouve en son extrémité Est, et le boulevard de Strasbourg à l'Ouest. Il jouxte les 2, 3, et 9ème arrondissement et les quartiers Saint-Martin et Saint-Vincent de Paul au sein de la même localité (le dixième arrondissement de Paris).
 
 

Avant 1860, le quartier Saint-Denis est en quelque sorte un quartier nomade. Sa configuration géographique va plusieurs fois changer, s'étendre au fil du temps du centre vers le nord de la capitale.

Il a connu pour premier et bref emplacement l'Île de la Cité, sous probablement les mérovingiens. Puis "s'en alla" en rive droite vers l'actuel deuxième arrondissement, progressant sur plus de six siècles jusqu'au sud du quartier actuel de Saint-Vincent de Paul. Le quartier fut rattaché avant 1860 au cinquième arrondissement de Paris, et en tant que neuvième paroisse avant 1789.

Napoléon III rattacha les villages limitrophes, tous ceux en limite des barrières de l'octroi (construites par Nicolas Ledoux). Il réorganisa ainsi la carte administrative de Paris, et constituera le paysage moderne de la capitale avec ses 20 arrondissements. Le quartier de la Porte Saint-Denis est inclus depuis au dixième arrondissement de Paris.

 
 
Historique routier, en bref :
L'axe principal du quartier Saint-Denis est le faubourg Saint-Denis - cette rue a porté aussi le nom de faubourg Saint-Lazare (en 1793 on le nomma le faubourg Franciade).

Le faubourg est la continuation de la rue Saint-Denis, qui s'est formée à partir de l'ancienne prison du Châtelet. Ce qui constitua longtemps la route de Saint-Denis et débouchait sur le village de la Chapelle, environ une lieue plus loin, puis vers la Basilique du même nom en Seine Saint-Denis.

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Pour le faubourg Saint-Denis,
prendre la première à gauche...

La route de Saint-Denis fut une ancienne voie royale, elle servit à la fois pour les enterrements royaux, les entrées solennelles dans Paris. Là où les bourgeois et l'aristocratie venaient accueillir ou faire leurs adieux aux monarques. Le faubourg Saint Martin et le faubourg Saint Denis sont les deux principaux nœuds de communications en rive droite. Le faubourg Saint-Martin fut longtemps considéré l'axe principal de communication, en raison de ses origines qui dateraient de la période gallo-romaine.
 
Etymologie de "faubourg": les faubourgs sont les rues qui viennent de l'expression "fors le bourg", c'est-à-dire en dehors des remparts de la ville. C'est à Paris le prolongement de rues se trouvant en son centre (Saint-Denis, anciennement Saint Jacques,...),. Les faubourgs sont l'expansion sur plusieurs centaines d'années d'un urbanisme relativement anarchique. Ils se trouvèrent hors des enceintes fortifiés jusqu'à Louis XIV.
 
Noms des principales rues du quartier de la Porte Saint-Denis : rue de Paradis, rue d'Enghien, rue des petites écuries, rue Martel, rue d'Hauteville, rue de Metz, ... ; et les passages complètes et donnent à ce quartier une atmosphère toute particulière : passage Brady, passage de l'Industrie, passage de Reilhac, passage du Prado et du Désir. Si vous souhaitez connaître rue par rue ou par numéro de rue l'histoire de ces lieux ou d'autres, il existe un très bon dictionnaire en deux volumes sur les Rues de Paris (Chez Larousse), consultable à la BPI (3ème niveau, M°Beaubourg).
 
Conseils aux visiteurs, si d'aventure il vous prenait d'arpenter ce quartier : un conseil avisé, prenez votre temps et venez respirer, non pas l'air pur, mais découvrir un quartier très vivant et représentatif de ce que le Paris populaire a pu vivre. Subsiste de nos jours un harmonieux mélange culturel (indiens, Turques, Pakistanais, ...)-. Une visite tard en soirée s'impose, la journée "ça grouille" de toute part et l'on ne se rend pas toujours compte de la beauté de ce lieu et de ses méandres. Avec la lumière du soir, vous vous rendrez compte que ce quartier regorge de choses à voir, l'architecture locale va principalement du 17ème siècle, aux immeubles d'après Haussmann. En journée, vous pouvez vous promenez dans ce petit labyrinthe et avoir de belles surprises. À cela un seul geste, poussez les portes cochères, à vous de découvrir des espaces qui échappent au regard et qui valent le détour. Vous pouvez aussi continuer votre promenade vers la gare de l'Est et le Canal Saint-Martin. Il suffit de traverser le canal pour découvrir l'hôpital Saint-Louis et sa splendide cour carrée (ouverte en journée). Par ailleurs attention aux luxation du cou, regarder des immeubles demande de s'arrêter ou de regarder en l'air...
 
 
Les premières fondations du quartier Saint-Denis
 
Il mutera jusqu'en 1860, pour connaître son actuelle configuration au sein du dixième arrondissement de Paris. Lors des invasions barbares du IIIème siècle après Jésus Christ les habitants se réfugieront sur l'île de la Cité, au lieu dit de Saint-Denis, possiblement à proximité de l'ancien Forum gallo-romain. C'est du moins la première mention écrite faisant référence à ce lieu dans les textes anciens. Au cinquième siècle, l'actuel faubourg Saint-Denis n'est qu'un sentier. La première implantation au sein de l'actuel 10ème arrondissement se fait un peu au nord sous les mérovingiens, au sein de la paroisse Saint-Laurent (Gare de l'Est). Où se trouve probablement l'une des plus vieilles maisons de la capitale. Elle est attenante à l'Église Saint Laurent et daterait du 15ème siècle.
 
Le premier nom toponymique de Saint-Denis prend son départ de nos jours à la hauteur de la rue des Tuileries. C'est à partir de la rue Saint-Denis (au sein du 1er arrondissement) que la route s'organisera vers le nord et sur la rive droite en direction de la Ville de Saint-Denis. Non loin de l'ancien cimetière des Innocents se trouvèrent les premières bases urbaines du quartier, c'est à dire plus exactement une paroisse. Le quartier est une innovation administrative tardive. S'en suivra au début du deuxième millénaire l'édification des portes fortifiées de Saint-Denis et de Saint-Martin. Elles se trouvaient à la hauteur de l'actuelle rue Etienne Marcel (pour repère elles verront le jour sous Philippe Auguste sous ces noms).

 

Au sein de ce qui adviendra le faubourg Saint-Denis, c'est vers 1100 qu'un ordre chevaleresque ouvre ses portes à une léproserie. S'y trouvait quelques aristocrates qui combattirent les "incroyants" et revinrent affectés par le mal de l'époque : la peste.

C'est ainsi que va se constituer l'un des plus vastes domaines privés parisiens, le lieu dit de Saint-Lazare, à l'origine de Saint-Ladre. Il occupera une surface équivalente à un peu plus de cinquante hectares, soit plus que la superficie du quartier Saint-Denis actuel. La lèpre gagne du terrain, la maladie fait peur et l'on maintien de préférence à bonne distance "les pestiférés" de la cité et des ses murailles.

Difficile de comprendre l'expansion de cette partie de la capitale sans se plonger dans les communautés religieuses. On découvre ainsi que le quartier de la Porte Saint-Denis est le résultat d'un développement que l'on doit principalement à des ordres non contemplatifs. Ils répondaient à des fonctions charitables ou d'hospitalité. Ils évolueront, changeront de noms ou fusionneront et seront propriétaires jusqu'à la fin dix-huitième siècle d'une grande part des terres du quartier et du domaine disparu de Saint-Lazare. Jusqu'à ce que la révolution de 1789 mette en oeuvre des expulsions et la récupération des terrains. Ces ordres charitables seront actifs et rendront nombres de service aux populations indigentes, malades, sans éducations ou de petite vertu, comme l'on disait en d'autres temps...
 
C'est un peu "toute la misère du monde", qui se trouva en dehors des murailles et accédait à cette manne charitable. Il n'y a pas à instruire un pour ou contre, mais à suivre les évolutions du pouvoir royal, et l'histoire politique et religieuse de Paris. Au début deuxième millénaire de la chrétienté, on peut parler des prémices de l'humanisme. De l'importance de cette charité pour répondre à une misère chronique (plus ou moins importante selon les époques, mais relativement constante au sein et autour des faubourg du temps des fortifications). Les entrées de Paris ne laissent pas tout le flot humain s'engouffrer dans les enceintes, et une majeure partie des miséreux sont hors la ville.
 
 
 
Le quartier d'origine ne part pas de la même configuration géographique que celle que lui affecta en 1860 Napoléon III . Elle va changer, et aller avec le temps plus au nord, à quelques 2 kilomètres de son point de départ présumé. C'est au sein de l'actuel deuxième arrondissement que la paroisse Saint-Denys vit véritablement jour. Administrativement, elle englobait entre autre la partie nord du quartier Montorgueil. Le quartier évoluera au fil des changements du royaume et surtout en regard des configurations urbanistiques, qui ne cesseront de se transformer et modifier le paysage urbain en raison de l'expansion de la capitale, notamment en rive droite.
 
Le premier acte connu, qui authentifie la première implantation humaine au sein de l'actuel quartier de la Porte Saint-Denis, date du XIIème siècle. Avec Philippe Auguste, Paris s'élargit sur la rive droite, et une Porte fortifiée de Saint-Denis prend nom et place vers 1180. Elle serait la deuxième enceinte fortifiée en rive droite, la première datant des premiers siècles comme la possible conséquence des invasions venues de l'Est et du Nord de l'Europe. L'oeuvre devait être imposante, des fossés larges protégeaient l'accès à la citadelle, et les passages des marchandises ou individus se faisaient par les portes. Hors des remparts, la route de Saint-Denis se prolongea avec de nouvelles habitations, de même que la route Saint-Martin.
 
Louis IX (mort en 1270) renforça pendant son règne le rôle des processions, et de certains rites au sein du faubourg, le long de la route Saint-Denis. Ce fut aussi le chemin des dépouilles mortuaires des grands du royaume. Sur cette même route les condamnés du gibet de Montfaucon faisaient une dernière halte devant le couvent des Fille-Dieu. Au devant duquel se tenait une croix devant laquelle, les religieuses donnaient "trois morceaux de pain et un coup de vin, avec des paroles de charité".

Vers 1370, Charles V fait édifié de nouvelles enceintes, qui repoussent les limites de la rive droite à la hauteur actuelle des grands boulevards.

Pour protéger la ville il faut aussi absorber son expansion vers le nord. Il mettra en oeuvre un travail considérable, et a du être la cause d'une croissance économique soutenue.

L'on découvrait deux sorties, deux portes fortifiées, la plus imposante fut probablement celle de Saint-Martin, tout comme celle du Temple voisine, à l'est une Porte plus modeste, celle de Saint-Denis, dite des peintres.

 

 
De plus, les effets du développement des biens marchands en Europe font de Paris un axe marchand. Les notables et la cour s'assurent de la protection et aussi de l'accroissement de la ville, plans et marchés ou "conduites à tenir" sont délivrés aux bâtisseurs. C'est sous Charles VI en 1383 que s'achèveront les travaux, sans aucun doute importants puisqu'ils s'étendirent sur 16 années (1367-1383).
 
En tout début de l'actuel dixième arrondissement de Paris, une entrée fortifiée sera construite sous Charles V (vers 1370), cette enceinte fortifiée préfigure les futurs Grands Boulevards de la Madeleine à la Bastille. De la sortie de la Porte fortifiée de St-Martin, jouxtant la porte de Saint-Denis, La Villette est le premier Village à environ 2 kilomètres. C'est un no man's land qui s'organisa tant bien que mal, et l'entrée sur Paris n'était pas facile d'accès. Surveillances, contrôles, les marginaux se tassent aux entrées des portes. La présence des ordres charitables confortent cet état de fait, et l'on retient les "misères" économiques aux portes de la capitale politique.
 
Ce qui sera un jour, ou préfigure le quartier de la Porte Saint-Denis, dénombre 200 contribuables et quelques milliers d'habitants autour du faubourg de Saint-Lazare. Le premier recensement fut organisé au 14ème siècle . La campagne avec le temps devient rurbaine, et les deux mêmes voies de communications dominent, l'une allant sur Saint-Denis, ou l'on rend hommage au lieu dit de St-Ladre aux déplacements royaux, l'autre sur les Flandres via le faubourg saint-Martin (la plus vieille voie de communication sur le nord de la France).



  Au quinzième siècle le quartier Saint-Denis est quasiment relié à la capitale, mais pas encore au sein de Paris. 200 ans après Philippe Auguste, on engage à nouveau des travaux d'agrandissement sur la rive droite. Le deuxième et troisième arrondissement (actuel) sont inclus à la ville nouvelle, les faubourgs apparurent à partir du cinquième "Plan de La Ville de Paris". Sur un plan de 1383, quelques bâtiments et terres-pleins, des terres cultivées ou aménagées, des espaces boisés, l'urbanisation reste modeste mais la vie prend forme à grand pas, la banlieue d'autrefois ressemble pas encore à la ville, elle conserve un brin de campagne, les portes sont toujours sous une haute protection et laissent place à l'extérieur aux faubourgs émergent.
 
 
 Le Neuvième quartier de Saint-Denys

Au milieu du seizième siècle, le quartier était encore le début de la campagne parisienne avec la présence d'une agriculture maraîchère importante (résultat de l'assèchement des marais).

Un espace semi-rural, qui voit l'apparition progressivement d'hôtels particuliers par le rachat des emplacements appartenant en grande part aux congrégations religieuses. Ces confréries sont à l'échelle de l'époque des O.N.G. ayant un siège et des activités diverses au sein du faubourg Saint-Denis.

 

 
Il existera aussi des chaumières, il faut loger les ouvriers agricoles... A cette époque des hôtels particuliers sont construits par de riches bourgeois, des maisons de campagne au nom de "folie" pour l'aristocratie, ou sinon des immeubles de rapport que font construire les ordres religieux pour les louer. S'amorce la mutation de ce quartier, en quartier de villégiature, la présence d'arbres fruitiers et de produits maraîchers. voit l'installation d'une population aisée aux milieux de cet espace conquis par les ordres de charité et lieux de prêche.

S'installeront les Petites Ecuries Royales (d'où la rue et la cours des petites écuries attenantes au faubourg). Le nom de Petites Ecuries est du à la présence des accessoires pour les chevaux et calèches de la cour - et des métiers s'affairant à l'entretien et à la production des pièces utiles pour entretenir les attelages. Dans le faubourg St denis : Les prêtres de la Mission construiront en 1719 et en 1756 de belles maisons dans le faubourg (du numéro 99 au 105) - qu'ils loueront à des aristocrates : les Marquis de Touteville et de Sabrevois (en 1763).
Sous son règne Louis XIV mettra en oeuvre un travail important d'embellissement. Les anciens remparts vont laisser place à une très belle promenade avec de nombreuses rangées d'arbres. De la Bastille à la Madeleine une large allée va sortir de terre, sur ce qui sera le circuit des grands boulevards. C'est l'architecte Blondel qui aura pour commande la porte monumentale de Saint-Denis, consacrant les victoires du roi Soleil. Paris sous Louis XV une nouvelle fois s'agrandit et s'en va pousser ses limites un peu plus loin à ce que l'on nommera la barrière d'octroi. Cela créera une nouvelle ceinture parisienne, une de plus, et toujours avec le même rôle repousser la misère un peu plus loin, de fait le quartier Saint-Denis des grands boulevards à la rue de Paradis vont s'embourgeoiser. Mais c'est le commerce et l'industrie qui prédomineront, et de la nécessité de loger ouvriers et gens de maison.
 

Avec à la création des Grands Boulevards - cela poussa le 5ème arrondissement à continuer de s'agrandir au dix-huitième siècle.

Il commençait au deuxième arrondissement actuel y englobait ce qui en son nord allait au delà des grands boulevards. En raison de l'accentuation de la population et de la nécessité d'accueillir les migrations qui se succéderont et fera de ce quartier ce qu'il est encore aujourd'hui : une mosaïque de culture des régions françaises et aussi de la réalité cosmopolite de Paris.

Au dix-neuvième siècle l'immigration est principalement d'origine Belge, Allemande, Suisse, en bref venant principalement de l'Est de l'Europe.


Il est important de souligner que le faubourg Saint-Denis est une artère importante donnant sur Troyes et l'Est de la France, et de l'Europe. Une voie aussi de transit vers le Ventre de Paris (les Halles) et l'alimentation de tous les parisiens. Le faubourg Poissonnière tient son appellation du passage des marchands de poisson venant eux des ports du nord de La France. Les villages des plus connus, Montmartre pour exemple sont à une bonne lieue de la ville au début du dixième huitième siècle. Ils conservent un air de campagne et formeront la nouvelle banlieue de Paris. que formeront les villages (Villette, Chapelle, Belleville, etc.)
 
Avec une présence policière forte, Paris restera longtemps une ville suspecte. Le pouvoir royal a toujours vécu la présence du petit peuple comme un danger de soulèvement. Avec l'installation de commerçants, d'artisans, la présence des petits métiers de rue, ces nouvelles artères que sont les faubourgs de la capitale vont engager un processus économique et urbain considérable. En rive droite, l'expansion de Paris se concentre un grand centre industriel, les manufactures vont éclore et engager la future révolution industrielle.
 
L'urbanisation et la densification du quartier Saint-Denis débute véritablement avec la disparition des murailles. Ce qui appartenu aux congrégations religieuses - lazaristes, filles de la charité - il en demeure toujours quelques réalisations (du 17 et 18ème siècle). Elles sont encore de nos jours visibles pour bonne part dans le bâtît d'origine. Se construiront des hôtels particuliers, des immeubles bourgeois avec des activités artisanales ou commerçantes, des bâtiments militaires et des locaux d'activités - deux casernes, et n'oublions pas les petites écuries du roi.
 
Ce fut progressivement le compte à rebours de la présence des congrégations religieuses. Elles perdirent du terrain, de plus leurs vocations charitables attirera plutôt les foudres de la bourgeoisie locale, qui cherchait à s'étendre. Qui dit activités, dit aussi gens de maison et ouvriers à loger, et peu à peu la campagne deviendra le poumon économique et industriel de la capitale et des activités nouvelles vont émergées. Plus tardivement, le commerce va y avoir une place importante, en raison de la présence de fabriques, il existera jusqu'à une usine à Gaz servant à l'alimentation des parisiens dans le nord du quartier non loin de la grande poste.
 
Difficile d'appréhender une évolution véritablement précise, l'état des lieux est encore imprécis. Il faut ne pas oublier que le quartier Saint-Denis actuel dépendait du cinquième arrondissement de Paris. Chaque construction administrative à son importance et porte à certaines erreurs. À partir de Louis XIV une véritable administration va se constituer, son pouvoir absolu favorisera un travail de recensement considérable,jusque dans la surveillance des parisiens (des archives manuscrites à ce sujet se trouvent à la bibliothèque de l'Arsenal).
 
La police et les mouchards vont avoir une place importante dans la vie quotidienne, et l'on ne circule pas dans la ville, si l'on vient de l'extérieur, le plus aisément du monde. Le premier filtre dans le dixième arrondissement s'opérait à la hauteur de la Rotonde de l'architecte Ledoux, (ancienne halles aux blés) . Où se tenait en lieu et place la barrière d'accès, dite d'octroi, pour entrée dans les faubourgs du nord de la capitale. Puis l'on trouvait d'autres arrêts au sein du même arrondissement en raison de la présence des garnisons militaires, notamment au dix-neuvième siècle avec la garde nationale (rue d'Hauteville et Place de la République).  

 
Faubourg Saint-Denis :
Le Faubourg de la Gloire,
 

quel brillant pseudonyme!

De Charles Lefeuve
Notice écrite (par l'auteur) en 1862. Le boulevard Magenta, en construction, croisait déjà la rue du Faubourg Saint-Denis, mais s'appelait encore boulevard du Nord.
« Des victoires de Louis XIV, rappelées par les portes Saint-Denis et Saint-Martin, opérèrent en effet comme une résurrection sur la rue du Faubourg Saint-Denis, dormant depuis le IX° siècle sur les lits de sa léproserie, dont le patron avait été lui-même- ramené de la mort à la vie. Sous la régence d'Anne d'Autriche, cette chaussée foraine montait la côte à travers des murailles et des champs sans clôture, si nous exceptons Saint-Lazare, où les rois mettaient pied à terre, dans leur entrée solennelle à Paris, ainsi que pour marquer d'avance la place où leurs dépouilles mortelles devaient s'arrêter à leur tour, en gagnant les caveaux de Saint-Denis. Aussi Saint-Lazare avait-il un pavillon qualifié Logis du Roi.

Les prêtres de la Mission, institution de saint Vincent de Paul, se fondirent au XVII° siècle avec les hospitaliers de Saint-Lazare, ordre religieux et militaire établi pendant les Croisades pour soigner spécialement les malades atteints de la lèpre. Edme Joly, troisième général de la nouvelle congrégation, présida en grande partie à l'établissement de l'édifice qui sert de prison maintenant. On y recevait encore des lépreux, ou, pour mieux dire, des malades, car la lèpre avait disparu devant de nouvelles maladies, qui étaient venues du Nouveau Monde et qu'on eût dit qu'elle craignait d'attraper.

Mais la plus grande affaire des nouveaux lazaristes, ordre de Saint-François, n'était plus de guérir des malades ; ils entreprenaient des missions lointaines, préparaient les jeunes ecclésiastiques aux ordinations et recevaient des laïques en retraite spirituelle ; ils se chargeaient aussi de garder à vue, d'obliger aux bonnes lectures, aux exercices de piété et à la sobriété un certain nombre de fils de famille que leur père ou que leur tuteur avait, à titre de correction, obtenu l'ordre d'enfermer.

Cette dernière spécialité rendit sans aucun doute service à des familles honorables, mais ne manqua pas d'attirer sur Saint-Lazare des malédictions de mauvais sujets; elle y datait, au reste, d'avant la régénération due à l'ange de charité qui s'appelait Vincent de Paul, et n'en reçut qu'une extension nouvelle, avec des perfectionnements de régularité, qui par malheur n'empêchaient pas qu'on enfermât parfois, de par le roi, des innocents et des incorrigibles.

Parmi les jeunes gens dérangés qui enragèrent dans les cellules et n'y rêvèrent que trop à un genre de pécheresses dont elles sont peuplées à présent, il y eut le bel esprit Chapelle (Poète). Comme cet hôte involontaire fit rire ensuite ses amis, les plus grands poètes du grand siècle, du peu de prise qu'avaient eu les leçons et le régime de Saint-Lazare sur sa vocation de buveur! Il en eut soif toute sa vie.

Plaignons plutôt André Chénier et Roucher d'avoir fait avant l'âge leurs derniers vers à Saint-Lazare, devenu geôle pour tout de bon lorsque la rue s'appelait Franciade. La dernière abbesse de Montmartre, Marie-Louise de Laval, duchesse de Montmorency, y attendit son tour pour l'échafaud, en même temps que l'auteur de la Jeune Captive, mais ne put ni le voir ni l'entendre, car elle était sourde et aveugle; d'ailleurs, sa vieillesse courageuse eût laissé répéter à d'autres : Je ne veux pas mourir encore !

Elle monta la première en fiacre pour se rendre devant ses juges, en donnant sa main à baiser aux compagnes appelées à la suivre, et il partit soudain de la maison qui fait le coin de la rue de Paradis une grêle de pierres; la voiture en trembla, sans qu'on pût deviner si cette injure, la plus lâche de toutes, était ressentie par Mme de Montmorency, dont le visage montrait à la portière, avec une frappante impassibilité, une sorte de beauté suprême, que n'eussent pas même fait pâlir les agréments de sa jeunesse. Un bon mot de Fouquier-Tinville, qu'inspirait une infirmité, convainquit la ci-devant abbesse d'avoir conspiré sourdement. Si bien que le même jour, à la barrière du Trône, le couteau s'abaissa sur elle et sur quinze de ses religieuses : quatre jours avant le 9 Thermidor !

Depuis la susdite encoignure de la rue de Paradis jusqu'aux prisons de Saint-Lazare actuelles, sont encore debout des constructions qu'a élevées la congrégation en 1719, pour s'en appliquer le revenu, et sur différents point du faubourg il y en a d'autres, partageant la même origine, qui était aussi celle des maisons qu'on vient d'abattre entre Saint-Lazare et la rue de Chabrol. Les lazaristes, pour utiliser celles qui n'avaient pas encore de locataires en juin 1724, ont fait apposer aux coins de rues, dans Paris, une affiche conçue en ces termes :

« RETRAITE HONNESTE ET CHRÉTIENNE »

S'il se trouvait plusieurs gens de bien, ecclésiastiques ou séculiers, qui désirent de vivre un peu à l'écart du grand monde, les prêtres de la Mission de Saint-Lazare seraient assez disposez à leur procurer à bon compte, près de leur église, un logement sain et commode, une grande cour, un beau jardin, une maison de campagne et toutes les autres choses nécessaires à la vie, tant en santé. qu'en maladie.

Toutefois le faubourg Saint-Denis n'offrait déjà plus un désert quand l'idée était venue de cette spéculation, à l'importance de laquelle n'atteignent pas encore par ce temps-ci les grandes compagnies purement immobilières. Par exception, un demi arpent de marais se cultivait encore en 1747 à l'autre angle de la rue de Paradis, et le jardinier en était Jean Fromentin, à demeure rue Bergère.

Avant la fin du règne de Louis XIV, il y avait déjà 94 maisons, depuis la porte Saint-Denis jusqu'où passe le nouveau boulevard du Nord et 64 plus haut. Parmi celles-ci figurait le séminaire de Saint-Charles, succursale des lazaristes pour les retraites ecclésiastiques et villa de convalescence pour leurs congréganistes malades. Partiellement s'en revoient les bâtiments du 167 au 177, que précédait et contournait à gauche un vaste enclos, dit longtemps le Clos Saint-Lazare; la chaussée leur donnait pour vis-à-vis plusieurs moulins. Lorsque les ailes de ces machines à moudre eurent pris leur volée sur des hauteurs plus reculées, MM. de Saint-Lazare, propriétaires du terrain, le concédèrent à des particuliers, notamment à Legrand, intéressé dans les affaires du roi, et ce capitaliste s'y donna un hôtel à moitié de campagne.

Vous retrouveriez un peu plus bas, du même côté, les deux portes qu'avait la foire Saint-Laurent sur la rue du Faubourg Saint-Lazare. On appelait encore ainsi au commencement de l'Empire la seconde moitié de notre rue du Faubourg-Saint Denis. D'importantes industries popularisaient à cette époque la voie supérieure. Nous en pouvons citer la manufacture de bijoux en acier dont Chaix était le chef, les fabriques de porcelaine de Schœlcher et de Fleury, la brasserie de Cherbeau, la boulangerie de la garde de Paris, et elles ne chômaient plus neuf ou dix mois sur douze, comme la foire Saint-Laurent.

Il est vrai que le faubourg Saint-Denis proprement dit ne demeurait pas en reste, sous ce rapport. Les victoires d'Eylau et de Friedland occasionnaient des illuminations, dont l'entreprise générale avait pour siège les anciennes Petites Écuries du roi. Une filature de coton s'exploitait aussi dans la cour où s'étaient remisées les voitures de cérémonie de la monarchie et qui ne cesse pas encore d'avoir une de ses trois issues sur la rue dont nous vous parlons. Celle-ci, sur d'autres points, façonnait des chapeaux de paille, démocratisait la porcelaine, et le commerce s'y approvisionnait de la gaze de Renouard, des dentelles de Corne-de-Cerf, des éventails de Mauvage.

La verdure ne se montrait déjà plus qu'à un petit nombre de fenêtres, garnies de pots de fleurs, dans cette voie inférieure où Ninon de Lenclos avait eu sa maison des champs, à la placé même des Petites-Écuries. Plus d'une façade y dissimulait encore un jardin avant la Révolution; mais c'est par erreur que deux ou trois de nos devanciers y ont placé les hôtels d'Espinchal, Tabari et Jarnac au détriment d'une rue parallèle, celle du Faubourg Poissonnière.

Un d'Espinchal a demeuré quand même dans celle du Faubourg Saint-Denis. Est-ce, comme on l'a dit, à l'autre coin de la rue des Petites Ecuries? Tous les membres de cette famille ayant émigré, la confiscation dut faire passer leurs biens en d'autres mains, sans anciens titres de propriété. L'un d'eux, fils et petit-fils de maréchaux de camp, devint, à peine rentré en France, l'abonné le plus assidu au théâtre de l'Opéra. Comme il avait assez de goût, sa critique était redoutée sur la scène et même dans la salle, où elle n'épargnait guère les femmes des fournisseurs et des maréchaux de l'Empire.

Il remarqua un soir, dans les couloirs, un quart d'heure avant la sortie des spectateurs, un monsieur de province, qu'il n'avait jamais aperçu, mais dont l'air désolé le frappa et le toucha. En entrant au théâtre, ce monsieur s'était vu séparer, dans la foule, de sa femme et de sa fille, qu'il n'avait plus retrouvées dans la salle, et il venait de passer pour la seconde fois à son hôtel, où elles n'étaient pas rentrées. Une fois au courant de ce qui mettait en peine cet inconnu, M. d'Espinchal lui demanda, en braquant sa lorgnette sur la lucarne d'une loge : - L'une de vos dames n'a-t-elle pas un turban vert et or, et l'autre n'est-elle pas en cheveux? - Effectivement, répondit le monsieur. - Alors elles occupent la loge quarante, fit l'habitué en passant sa lorgnette à l'autre, qui reconnut enfin sa femme et sa fille.

- Ah ! monsieur, s'écria cet homme avec transport, quels remercîments ne vous dois je pas ! Vous me sauvez la vie, n'en doutez pas. Mais comment avez-vous reconnu ces dames, vous qui ne les aviez jamais vues? - Cela même, reprit le sauveur, me forçait à les distinguer : je connaissais le reste des spectateurs. Nous croyons, quant à nous, que le comte ou vicomte d'Espinchal du faubourg Saint-Denis, au lieu d'y venir après les Petites Écuries, occupait l'un des petits hôtels de la ligne opposée. Deux grandes maisons y appartenaient en 1780 à Lourdet de Santerre, maître-des-comptes, puis auteur dramatique: seize autres maisons le séparaient de la Porte Saint-Denis. Ce M. de Santerre a écrit des opéras, mis en musique par Grétry et par Martini, ainsi que la comédie Le Savetier et le Financier.

La vingt-deuxième maison de la rangée était grande également et à l'abbé Tiriolles. Mme Chabot avait la sienne entre cet abbé véritable et un bourgeois du nom de Labbé. La troisième porte plus haut ouvrait sur la maison .profonde, mais étroite, de Mme de Surville. La dixième d'ensuite et la quinzième rie manquaient pas d'ampleur; l'une était à M. Pérot, l'autre aux religieuses annonciades établies à Saint-Denis.

Il s'en fallait pourtant que tout fût édifiant dans le faubourg; la galanterie avait pendu la crémaillère dans l'un au moins de ses petits hôtels, et le passage du Désir servait d'avenue à ce lieu de plaisir. Comme il n'en sortait pas d'amour au désespoir, il n'y avait un puits à moitié chemin que pour la véritable soif; de pauvres gens y noyaient l'autre en remplissant leurs seaux, dans ce qui pour eux était l'allée du Puits. Une construction d'avant 89, mais postérieure, à la première, a réduit à l'état de servitude de passage l'avenue, maintenant publique; la plus ancienne des deux est la maison passée n° 59 boulevard de Strasbourg; qui n'est pas moins que l'autre d'héritage séculaire pour M. Cadet de Chambine, à l'exception du jardin qui s'y rattache. En revanche, les plaisirs élégants ne se prenaient guère au-delà de la rue de la Fidélité.

On y reconnaît d'anciennes dépendances de l'établissement des sœurs grises. Une croix se dressait devant la porte de ces filles de la Charité, comme devant la porte de Saint-Lazare. Mme Louise de Marillac, qui était la sœur de Legras, secrétaire des commandements de Marie de Médicis, avait fondé, avec saint Vincent de Paul, cette maison religieuse, qui desservait et les Enfants-Trouvés et l'hospice du Nom-de-Jésus, en élevant des orphelines au n° 139 de notre rue. Du reste, leur admirable institution n'ayant pas tardé à se généraliser, les services rendus par elle s'étaient étendus à toute la France. Chez les dames grises, après cinq ans d'épreuves, les novices étaient admises à prononcer des vœux simples, renouvelables le 25 mars de chaque année.

En 1792, le bureau général de bienfaisance de la Commune de Paris fit en vain des efforts pour empêcher l'expropriation de ces sœurs de Charité; la vente de leur propriété eut lieu les 27 brumaire et 4 frimaire an V, avec réserve dans le cahier des charges pour l'ouverture de la rue de la Fidélité. L'édifice principal de l'établissement fut affecté à la maison de santé Dubois, que la Ville a transférée depuis dans le haut de la rue.

Il y avait encore une autre croix à la hauteur de la rue de l'Échiquier : marque probable du fief des Filles-Dieu. C'était l'ancien domaine conventuel des religieuses dudit nom, et elles y édifièrent sous Louis XIV, afin de les donner à bail, des maisons en assez grand nombre pour qu'il y en eût une près de l'entrée des Petites Écuries, à l'image du Vert Galant. Jean-Joseph Henry, avocat en Parlement était fondé de pouvoir par les filles-Dieu, en 1764, pour régler à l’amiable des différents de mitoyenneté avec son confrère Pierre Claude Cossart, propriétaire contigu aux filles-Dieu, c'est-à-dire au n° 65 qui eut pour successeur M. Gastellier, bisaïeul maternel de l'auteur de ce livre.

Mais surtout quelle rue carrossière que celle du Faubourg Saint-Denis vers la fin de l'ancien régime ! La veuve Loisel y louait des voitures de maître, avant qu'un hôtelier vînt prendre ou plutôt partager sa place, à l'enseigne du Lion d'Argent, et, qui plus est, le bureau général des fiacres faisait presque vis-à-vis au Lion, dans une maison qui porte en ce moment le n° 48.

Les messageries Touchard remplacèrent les fiacres, dans leur siège administratif, alors que le gouvernement directorial touchait à son terme; leur service embrassait toutes les grandes directions; mais elles avaient eu pour aînées des messageries à destinations plus rapprochées, qui partaient du passage du Bois-de-Boulogne et du Lion d'Argent. Ne prenait-on même pas au pied de la porte Saint-Denis les véhicules populaires dits coucous pour Saint-Denis, Montmorency, Écouen et Gonesse? Les carrosses royaux allaient plus vite, mais sortaient moins souvent et ne prenaient jamais de surcharge, tandis que les petites voitures de la banlieue avaient beau être pleines à en crever, on ne cessait d'y monter en lapin que quand le marchepied était pris.

Le pavé du faubourg avait donc fort à faire et il était d'un entretien si difficile qu'on se plaignait souvent de son mauvais état à messire de l'Orme, inspecteur du pavé de la ville, dont l'hôtel n'était, par bonheur, pas plus loin que la porte Saint-Denis : vous le revoyez 8 boulevard Bonne-Nouvelle. Mme Loisel, en cas de besoin, préférait même porter ses doléances au cocher de M. de l'Orme, qui, moyennant quelques prévenances, cahotait le lendemain son maître en engageant les roues de sa voiture dans les ornières ou dans les fondrières dont Mme Loisel lui avait donné le signalement. L'inspecteur n'envoyait tout de suite les paveurs que sur les points où il craignait lui-même de verser.

Depuis l'année 1708 un inspecteur-général remplaçait  trois  contrôleurs du barrage et entretènement du pavé de Paris, dont les offices créés en 1694 pouvaient se réunir. Celui de visiteur du pavé avait été supprimé en 1501, après plus de cent ans d'exercice, et l'obligation à remplir qu'on appelait droit de visite avait passé à la communauté naissante des paveurs, puis à un second maître général des œuvres, assisté de six paveurs-jurés et d'un greffier, officiers de la banlieue, prévôté et vicomté de Paris, constitués par un édit royal du mois de février 1638.



Illustration du quartier Saint-Denis au début du XIX° siècle Par Henry Monnier
Les anciennes maisons de Paris. "Histoire de Paris rue par rue, maison par maison" de Charles Lefeuve (1818-1882) - Tome V, de la page 272 à 281.
Source : BNF Gallica

 
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