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 "Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci"    Antonin Artaud

Antonin Artaud

Sommaire de la page :

- Présentation et avertissements !

- Bibliographie et documentaires en ligne

-  Biographie résumée

3 textes : "Toute l'écriture est de la cochonnerie" - Lettre à son ami Parisot -
Extraits de "L'ombilic des limbes"

- Portrait d'Antonin Artaud, par Xavier Maître

- Texte pour la Revue Surréaliste N°2 et document de la BNF : L'homme théâtre. & Rêves d'enfants, Glossaire, Bureau des Recherches, in la Révolution Surréaliste

Présentation et avertissements !


Pour être honnête, Artaud que je nomme parfois Mr "M.Artaud" a été il y a maintenant longtemps, un centre d’intérêt parmi d’autres, mais sans plus. Ce qui m’a intrigué par la suite, ce fut sa dissidence au sein du mouvement ‘sur’, mais finalement très réaliste. Tout est venu à l’origine de nuits radiophoniques sur la FM parisienne dans les années 1980, la station Ici et Maintenant de l’époque ouvrait son antenne et des auditeurs sont venus à raconter ses années d’hospitalisation. Par exemple comment les dessins de son séjour à Rodez ont été récupérés par le directeur de l’asile, et tout plein d'autres choses le concernant, comme la sortie de 2 documentaires dans les années 1990 et quelques lectures lacunaires.

Je n’avais pas envisagé que cette page deviendrait le carrefour des amateurs, mais depuis  j’essaie de répondre à une actualité venant me chatouiller. C’est un sujet lourd et pas qu’aux aspects d’une littérature inclassable, tout en me demandant en quoi est-il encore choquant? du moins son théâtre a pu représenter un non-dit important et le sexe dans tout cela? Sa profonde solitude, son caractère au rythme des ses absorptions toxicomanes diverses et variées sont surtout le résultat d’un homme face à un rejet social ou humain, trop différent sur la forme et sur le fond.

1/ Dernier documentaire  sur la vie d'Artaud (durée 2h00), une archive
sonore de France Culture du 10 mai 1975  :



Par Roger Vrigny - Avec Marthe Robert, Hubert Juin, Jacques Brenner,
Henri Thomas, Paule Thévenin et Bernard Noël


2/ J
e vous propose aussi d'écouter ce qu'il dit sur l'aliénation, de l'électrochoc et des médecins :


Aliénation et magie noire.mp3 (extrait à télécharger)

Et deux autres extraits sonores :

"J'ai appris hier, il faut croire que je m'en tarde,
ou peut être n'est-ce qu'un faux bruit ?..." :



"Pour en finir avec le jugement de dieu"
(1947) : 
La Question se pose.mp3    (Source sonore : Ubu.com)


Les nouvelles continuent d’arrivées, et un aspect que j’ai du négliger et pour cause le sujet m’avait échappé et je vous propose de découvrir un texte reçu le 1er août 2015 et concernant sa relation avec le poète (tout aussi sombre) Jacques Prével, par les éditions Blackhaus :

BLOCkHAUS-EDITIONS - Poésie - Tract (n°4) :

 Jacques Prével et Artaud


Antonin Artaud - Colette Magny - Les nouvelles révélations de l'être



Ps : pour précision, je ne suis en rien spécialiste d’Artaud, mais apparemment il m’a pris pour sa boîtes aux lettres, je fais suivre comme je peux !?


Antonin Artaud : «On ne peut accepter la vie qu’à condition d’être grand, de se sentir à l’origine des phénomènes, tout au moins d’un certain nombre d’entre eux. Sans puissance d’expansion, sans une certaine domination sur les choses, la vie est indéfendable.»


Bibliographie (incomplète)
 - Publication de Héliogabale ou l'Anarchiste couronné, Denoël, 1934.
 - Lettre contre la Cabbale, Jacques Haumont, Paris,1949.
 - Vie et Mort de Satan le feu, suivi de Textes mexicains, coll. "Voyants", Arcanes, Paris, 1953.
 - Les Tarahumaras, L'Arbalète, Décines (Isère, France), 1955.
 - Oeuvres complètes, tomes I à XXVI, Gallimard, Paris, 1956-1994.
 - Lettres à Génica Athanasiou, coll. "Le Point du jour", Gallimard, Paris, 1969.
 - Lettres à Annie Besnard, Le Nouveau Commerce, Paris, 1977.
 - Nouveaux écrits de Rodez, suivi de Six lettres à Marie Dubuc, présentation et notes de Pierre Chaleix, Gallimard, Paris, 1977.
 - L'arve et l'aume, suivi de 24 lettres à Marc Barbezat, L'Arbalète, Décines (Isère, France), 1989
-  Antonin Artaud, vie et oeuvre, par Evelyne Grossman, Quarto Gallimard,  2004

Films 
documentaires
sur Antonin Artaud
 

- En compagnie d'Antonin Artaud, d'après le roman de Jacques PRÉVEL, réalisé par Gérard MORDILLAT, avec Sami FREY dans le rôle d'Artaud, coproduit par Archipel/Laura Productions/La Sept/France 2, 1993.

- La véritable histoire d'Artaud le Mômo (1ère partie et seconde partie - sous-titré en anglais), réalisé par Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, prod. La Sept, 1993. 

- Un siècle d'écrivains, Antonin Artaud, dirigé par Bernard Rapp, France 3 (2000)

- Antonin Artaud, Court-métrage réalisé par Grégoire Leibel (2003)

- Antonin Artaud à Marseille, Réalisation de François Mouren-Provensal avec Alain Paire, Mativi Marseille (2014)

Sur Artaud et le cinéma consulter le blog de la Belle équipe :

Entretien avec "Ciné monde" en 1929 et "Pour Vous" en 1932


Biographie résumée 

  d'Antonin Artaud

 

Génie pour certains, fou pour d'autres, Artaud fut poète, auteur et metteur en scène de théâtre, comédien, plasticien, c'est-à-dire un homme un peu hors norme.
Membre du mouvement surréaliste, il incarna un verbe unique, étrange, toujours aux confins de la folie, sa poésie et son théâtre furent le reflet de son âme et de ses pratiques toxicomanes. Aujourd'hui ce qu'il nous reste de lui : une oeuvre unique, grinçante, inscrite dans l'absurde d'une vie que l'on détourna du bien-pensant. Prenons garde alors que ses mots ou ses maux, plus que jamais trouvent à nous dire quelque chose...

L'oeuvre notamment théâtrale d'Antonin Artaud a d'abord été connu par les surréalistes, mais il sera exclu en 1926, suite à son Manifeste sur le Théâtre. Il publiera aussi au sein de la Nouvelle Revue Française de Gaston Gallimard. Sa perception du jeu est venue bousculer la création théâtrale. Il influencera, bien après sa mort, dans les années 1960 de nombreux metteurs en scène et acteurs. Si le mouvement surréaliste à apporter son lot de créateurs géniaux ou incontournables au vingtième siècle, Antonin Artaud est le personnage le plus entier, le plus à vif.

Antonin Artaud est né en 1896 à Marseille, dont il dit n'y avoir fait que passé « parce qu'en réalité je ne suis jamais né et qu'en vérité je ne peux pas mourir » (lettre à Marthe Robert du 29 mars 1946). Son père était officier de marine et sa mère originaire de Smyrne. Pendant son adolescence, il rédige ses premiers poèmes dans la revue de son collège et prendra pour pseudonyme : Louis des Attides. Il sera amené à faire des cures dans des maisons de santé pour des diverses dépressions.

Son goût pour l'opium a débuté en 1919 et il vient à Paris en 1920. Il commence par écrire dans la revue Demain du docteur Toulouse. Puis Artaud est pris dans la compagnie de Charles Dullin pour des petits rôles. Il rencontrera ainsi la comédienne Génica Athanasiou. Ils auront ensemble une histoire passionnelle jusqu'en 1927.

En 1923, il fait éditer ses premiers poèmes «Tric Trac du ciel». En 1925, c'est la publication de la première édition du Pèse Nerf, et de L'Ombilic des Limbes à la NRF. Il travaillera aussi avec Pitoëff, et tournera avec Pabst, Dreyer, et Lang (dans Napoléon, le rôle de Marat). Il finira par s'opposer à la tradition théâtrale occidentale et dénoncera l'industrie du spectacle cinématographique.

En 1927, il fonde avec Roger Vitrac et Robert Aron le Théâtre Alfred-Jarry. Son théâtre est un acte dangereux, ni comédiens, ni spectateurs ne doivent revenir intacts : "l'union de la pensée, du geste, de l'acte". Sa découverte en 1931 d'un spectacle Balinais le conforte dans ses idées. Il écrivit par la suite ses théories sur le théâtre. A partir de 1931, son rapport de dépendance aux dogues le mènera à de nombreuses tentatives de désintoxication.

En 1936, il part pour une mission de l'Éducation nationale au Mexique : il écrira de textes et des conférences. Il s'intéressera notamment aux indiens de la Sierra Tarahumara. En 1937, il connaît un nouvel échec sentimental avec Cécile Schramme. Artaud sera alors interné dans différents asiles, à la demande d'un «ami» poète et surréaliste. 

Il en sortira vraiment qu'à partir 1946 : il sera interné à Quatre-Mares à Sotteville-lès-Rouen, à Sainte-Anne à Paris, à Ville-Evrard en Seine-Saint-Denis et à Rodez en Aveyron. Concernant ce dernier hôpital psychiatrique, il sera traité par électrochocs. Son directeur se fera le plaisir de s'accaparer certaines de ses oeuvres, en particulier son travail plastique, et au nom de l'art thérapie... Si Antonin Artaud est connu pour avoir joué, mis en scène ou comme dramaturge, ce fut aussi un plasticien.

En 1946, il trouve enfin un accueil sain, des amis pour lui témoigner une attention digne. Il peut ainsi continuer à travailler, et donnera quelques entrevues radiophoniques avec son ton tout particulier : «Les Malades et les médecins et Aliénation et magie noire», «Pour en finir avec le jugement de dieu».

Il donnera ses dernières conférence au théâtre du Vieux Colombier. Il posera le cadre de son "théâtre de sang", son dernier ouvrage sera sur «La Culture indienne». Artaud décèdera d'un cancer, le 4 mars 1948 dans une maison de soin, on le retrouvera au pied de son lit. Il laisse dans sa chambre d’Ivry un nombre important de cahiers, de manuscrits et des dessins, dont les fameux “subjectiles” qui ont inspiré Jacques Derrida.

L’édition des Œuvres complètes revient à Paule Thévenin.

Il est fait interdiction la radiodiffusion de "Pour en finir avec le jugement de dieu". (en audio sur cette page)


Biographie détaillée :
à lire ici ! (par Evelyne Grossman)

     Antonin Artaud, auto-portrait

Toute l'écriture est de la cochonnerie

"Le Pèse-Nerfs" fut publié en 1925, dans la collection 

"Pour vos beaux yeux" (dirigée par Louis Aragon).

Extraits :

Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons.

Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci.
Tous ceux qui ont des points de repère dans l'esprit, je veux dire d'un certain côté de la tête, sur des emplacements bien localisés de leur cerveau, tous ceux qui sont maîtres de leur langue, tous ceux pour qui les mots ont un sens, tous ceux pour qui il existe des altitudes dans l'âme, et des courants dans la pensée, ceux qui sont esprit de l'époque, et qui ont nommé ces courants de pensée, je pense à leurs besognes précises, et à ce grincement d'automate que rend à tous vents leur esprit,- sont des cochons.

Ceux pour qui certaines mots ont un sens, et certaines manières d'être, ceux qui font si bien des façons, ceux pour qui les sentiments ont des classes et qui discutent sur un degré quelconque de leurs hilarantes classifications, ceux qui croient encore à des "termes", ceux qui remuent des idéologies ayant pris rang dans l'époque, ceux dont les femmes parlent si bien et ces femmes aussi qui parlent si bien et qui parlent des courants de l'époque, ceux qui croient encore à une orientation de l'esprit, ceux qui suivent des voies, qui agitent des noms, qui font crier les pages des livres,- ceux-là sont les pires cochons.
Vous êtes bien gratuit, jeune homme !

Non, je pense à des critiques barbus.

Et je vous l'ai dit : pas d'oeuvres, pas de langue, pas de parole, pas d'esprit, rien.

Rien, sinon un beau Pèse-Nerfs.
Une sorte de station incompréhensible et toute droite au milieu de tout dans l'esprit.
Et n'espérez pas que je vous nomme ce tout, en combien de parties il se divise, que je vous dise son poids, que je marche, que je me mette à discuter sur ce tout, et que, disuctant, je me perde et que je me mette ainsi sans le savoir à PENSER, - et qu'il s'éclaire, qu'il vive, qu'il se pare d'une multitude de mots, tous bien frottés de sens, tous divers, et capables de bien mettre au jour toutes les attitudes, toutes le nuances d'une très sensible et pénétrante pensée.
Ah ces états qu'on ne nomme jamais, ces situations éminentes d'âme, ah ces intervalles d'esprit, ah ces minuscules ratées qui sont le pain quotidien de mes heures, ah ce peuple fourmillant de données, - ce sont toujours les même mots qui me servent et vraiment je n'ai pas l'air de beaucoup bouger dans ma pensée, mais j'y bouge plus que vous en réalité, barbes d'ânes, cochons pertinents, maîtres du faux verbe, trousseurs de portraits, feuilletonistes, rez-de-chaussée, herbagistes, entomologistes, plaie de ma langue.
Je vous l'ai dit, que je n'ai plus ma langue, ce n'est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue. Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui feront aujourd'hui ce que vous faites.
Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décèlera mes jeux d'âmes. Alors tous mes cheveux seront coulés dans la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d'arborescents bouquets d'yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on vera choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce que c'est que la configuration de l'esprit, et on comprendra comment j'ai perdu l'esprit.

Alors on comprendra pourquoi mon esprit n'est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s'aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l'air, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d'irrigations pénétrantes et vireuses, alors tout ceci sera trouvé bien, et je n'aurai plus besoin de parler.
Lettre à Henri Parisot

Artaud rédigea cette lettre quelques mois avant de décéder à son ami Henri Parisot
. Il est enfermé à Rodez dans un hôpital psychiatrique, il y écrira des lettres, des textes et il y laissera de nombreuses esquisses plastiques.


Mon cher ami,

Excusez-moi de vous importuner avec mes innombrables lettres mais, je vous le répète, j'ai à me plaindre d'une chose grave contre la société et le monde actuel. Tout le monde dans le monde des lettres déplore cent ans après sa mort la fin sinistre de la vie du poète Gérard de Nerval, mais qui parmi ses amis aurait eu l'idée de l'éviter ou de la soulager.Mon cas actuel n'est pas sans analogie avec le sien. Car la soi-disant folie de Gérard de Nerval fut le résultat d'une masse concertée d'envoûtements venus de tous les jaloux de ses sublimes poèmes des Chimères qui sont au sommet de tout ce que l'homme ait jamais écrit et pensé.

Gérard de Nerval s'en est rendu conscience mais il a sombré et il est mort. En ce qui me concerne, je n'ai pas sombré et ne sombrerai pas et je ne crois pas que je mourrai de sitôt, mais bien que la liberté m'ait été rendue ici je ne peux parvenir à sortir parce qu'on empêche par envoûtements les personnes qui doivent venir m'apporter de quoi vivre dehors de venir me rejoindre ici.

Vous connaissez Anie Besnard et une histoire bizarre la concerne, c'est qu'elle a pris le train le 14 octobre 1944, à la Gare d'Orléans je crois, pour venir me retrouver ici, n'est jamais parvenue, s'est dissoute peut-être dans les étoiles souterraines, par assassinat entre Paris et Rodez, a été remplacée par un sosie où paraît-il, son peresprit est revenu et non elle, mais son peresprit étant là elle se croit Anie Besnard et habite en effet 45 quai Bourbon.

Vous avez vu bien des cataclysmes célestes et spatiaux entre Paris et Rodez et m'avez vu bien souvent me battre ici comme sur la montagne des Tarahumaras avec le monde dit occulte et qui n'est que l'émission poudroyante infectieuse de la crapule abdominale de tous les gens. J'ai une autre amie qui voulait venir me voir, Catherine Chilé, qui fut infirmière à l'hôpital Saint-Jacques sous le nom de Mlle Seguin, qui a quitté Paris en mai 1945 dernier et qui est morte d'épuisement dans un champ dans sa lutte avec les envoûtements qui voulaient l'empêcher de parvenir ici. Et je ne sais pas ce qu'on a fait de son cadavre. - Raymond Queneau a voulu me voir à la Noël 1943, avec des aliments, sucre, riz, beurre, confitures, pain, on l'a fait tomber malade, pour le forcer à m'oublier, et je n'ai plus de ses nouvelles. Est-il lui aussi devenu par magie un autre qui ne m'aime plus et me renie quand c'était un de mes meilleurs amis ? Et depuis hier soir dimanche 2 décembre à 10 heures n'est-il pas de nouveau éclairé ? - Voudriez-vous, s'il vous plaît, éclaircir tout cela.

Merci et de tout coeur.

A.A

"L'ombilic des Limbes, Le pèse nerfs",

 en Poésie aux éditions Gallimard


J'ai besoin, à côté de moi, d'une femme simple et équilibrée, et dont l'âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. Ces derniers temps, je ne te voyais plus sans un sentiment de peur et de malaise.  Je sais très bien que c'est ton amour qui te fabrique tes inquiétudes sur mon compte, mais c'est ton âme malade et anormale comme la mienne qui exaspère ces inquiétudes et te ruine le sang. Je ne veux plus vivre auprès de toi dans la crainte.

J'ajouterai à cela que j'ai besoin d'une femme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver chez moi à toute heure. Je suis désespéré de solitude.  Je ne peux plus rentrer le soir, dans une chambre, seul, et sans aucune des facilités de la vie à portée de ma main. Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et une femme qui s'occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m'occuper de rien, qui s'occupe de moi pour les plus petites choses.Une artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela.

Tout ce que je te dis est d'un égoïsme féroce, mais c'est ainsi.Il ne m'est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne veux pas non plus qu'elle soit d'une intelligence excessive, ni surtout qu'elle réfléchisse trop. Il me suffit qu'elle soit attachée à moi.
Je pense que tu sauras apprécier la grande franchise avec laquelle je te parle et que tu me donneras la preuve d'intelligence suivante : c'est de bien pénétrer que tout ce que je te dis n'a rien à voir avec la puissante tendresse, l'indéracinable sentiment d'amour que j'ai et que j'aurai inaliénablement pour toi, mais ce sentiment n'a rien à voir lui-même avec le courant ordinaire de la vie. Et elle est à vivre, la vie.
 
Il y a trop de choses qui m'unissent à toi pour que je te demande de rompre, je te demande seulement de changer nos rapports, de nous faire chacun une vie différente, mais qui ne nous désunira pas.
A.A.
Portrait d'Antonin Artaud : une création de Xavier Maître
Source à découvrir : http://desportraitsdemaitre.blogspot.com/
Antonin Artaud,
texte rédigé
pour la « Révolution Surréaliste »
numéro °2 – 15 janvier 1925




Le monde physique est encore là. C'est le parapet du moi qui regarde, sur lequel un poisson d'ocre rouge est resté, un poisson fait d'air sec, d'une coagulation d'eau retirée.

Mais quelque chose s'est produit tout à coup.

Il est né une arborescence brisante, avec des reflets de fronts, élimés, et quelque chose comme un nombril parfait mais vague, et qui avait la couleur d'un sang trempé d'eau et au-devant était une grenade qui épandait aussi un sang mêlé d'eau, qui épandait un sang dont les lignes pendaient ; et dans ces lignes, des cercles de seins tracés dans le sang du cerveau.

Mais l'air était comme un vide aspirant dans lequel ce buste de femme venait dans le tremblement général, dans le secouement de ce monde vitré, qui virait en éclats de fronts, et secouait en végétation de colonnes, ses nichées d'oeufs, ses nœuds en spires, ses montagnes mentales, ses frontons étonnés. Et dans les frontons des colonnes des soleils par hasard s'étaient pris, des soleils dressés sur des jets d'air comme des œufs et mon front écartait ces colonnes, et l'air floconneux, et les miroirs de soleils, et les spires naissantes, vers la ligne précieuse des seins, et le creux du nombril, et le ventre qui n'était pas.

Mais toutes les colonnes perdent leurs oeufs, et en rupture de la ligne des colonnes il naît des œufs en ovaires, des oeufs en sexes retournés.

La montagne est morte, l'air est éternellement mort. Dans cette rupture décisive d'un monde, tous les bruits sont pris dans la glace, le mouvement est pris dans la glace ; et l’effort de mon front s'est gelé. Mais sous la glace un bruit effrayant traversé de cocons de feu entoure le silence du ventre nu et privé de glace, et il monte des soleils retournés et qui se regardent, des lunes noires, des feux terrestres, des trombes de laits. La froide agitation des colonnes partage en deux mon esprit, et je touche mon sexe à moi, le sexe du bas de mon âme, qui monte en triangle enflammé (*).


(*) Ce texte a été écrit sous l’inspiration des tableaux de Mr Masson.


Document de la Bilibliothèque Nationale de France ;
Artaud l'homme théâtre

(document PDF sous droits d'auteurs)




TrOis Rêves d'enfants...




III ème rêve













Sources des textes d'Antonin Artaud  : Gallica BNF


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