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La Commune de Paris

(en 3 parties ou 3 pages)

18 mars au 28 mai 1871

140e anniversaire de la Commune 

(Année 2011)


L'association des Amis de la Commune de Paris 1871 veut faire de la commémoration du 140e anniversaire de la Commune une année de manifestations importantes.

"Il s'agit de lutter contre l'oubli des hommes et des femmes de la Commune, de leurs actes et de leurs idéaux, de réactiver un héritage politique, social, culturel, et de les réhabiliter en leur restituant leur dignité."


 
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Face à la déferlante prussienne le pouvoir de Napoléon III s'écroule à Sedan en 1870, l'empereur est battu et fait prisonnier (en photo ci-contre). Par après et malgré les tentatives de Léon Gambetta (ministre de l'intérieur), les troupes mobilisées en province échouent elles aussi.

En se rendant à Bordeaux, le pouvoir laissent aux Parisiens l'humiliation de la défaite. Puis en choisissant en février 1871 d'établir le parlement à Versailles, il y a là une cassure symbolique et une perte de repère. Versailles, c'est le pouvoir royal. Et dans Paris, la ville des révolutions et des idées de progrès, l'émotion en a été d'autant plus grande et la colère diffuse.


Plus de cent quarante ans après sa mémoire reste vivace, fort instructive sur les divisions des communards et de la gauche française. Faire oeuvre de mémoire sur la Commune de Paris est rarement le fait d'un travail objectif, nous n'échapperons pas à la règle. Les événements survenus entre septembre 1870 et la semaine sanglante fin mai 1871 ont poussé plusieurs générations de militants de gauche à trouver dans la révolte des parisiens de 1871 un modèle de référence. Difficile de ne pas prendre parti ou cause, mais au filtre du temps, il y a à lever encore certaines ombres. Pour redonner un peu de sens et de dignité à ceux qui soutinrent des causes justes avec des réalités politiques d'un autre temps.
 
  Ce fut une époque cruciale pour l'ensemble des luttes ouvrières en France et en Europe, à analyser en tant que telle. La mémoire de cette commune ouvrière a été bien au delà de l'hexagone et a eu une influence sur de nombreux processus révolutionnaires du vingtième siècle. De Léon Trotsky à Maozedong, la Commune de Paris est souvent plus connue à l'étranger qu'en France. Et un certain nombre d'archives ont aussi suivi les routes de l'exil.


La Guerre Civile en France (1/2)
"Le 4 septembre 1870, quand les ouvriers de Paris proclamèrent la république, qui fut presque instantanément acclamée d'un bout à l'autre de la France, sans une seule voix discordante, une cabale d'avocats en quête de places, avec Thiers pour homme d'État et Trochu pour général, s'empara de l'Hôtel de Ville. Ces gens étaient alors imbus d'une foi si fanatique dans la mission dévolue à Paris de représenter la France à toutes les époques de crise historique que, pour légitimer leurs titres usurpés au gouvernement de la France, ils crurent suffisant de produire leurs mandats périmés de représentants de Paris.

Dans notre seconde Adresse sur la récente guerre, cinq jours après l'avènement de ces hommes, nous vous disions qui ils étaient. Toutefois, les véritables dirigeants de la classe ouvrière étant encore bouclés dans les prisons bonapartistes et les Prussiens déjà en marche sur la ville, Paris, pris à l'improviste, toléra cette prise du pouvoir, à la condition expresse qu'il ne serait exercé qu'aux seules fins de défense nationale. Cependant, comment défendre Paris sans armer sa classe ouvrière, sans l'organiser en une force effective et instruire ses rangs par la guerre elle-même? Mais Paris armé, c'était la révolution armée.

Une victoire de Paris sur l'agresseur prussien aurait été une victoire de l'ouvrier français sur le capitaliste français et ses parasites d'État. Dans ce conflit entre le devoir national et l'intérêt de classe, le gouvernement de la Défense nationale n'hésita pas un instant : il se transforma en un gouvernement de la Défection nationale".
Karl Marx, Londres, le 30 mai 1871, Rathborne Place,10

 
Toutefois, le lègue est important et a plus qu'alimenté le devenir de la gauche en France, des anarchistes aux socialistes. C'était hier et pourtant les débuts d'un mouvement ouvrier sur les voies de son émancipation en France, qui allait connaître la perte d'une génération entière, une deuxième vague d'exil politique depuis 1851, plus son lot de tués et de prisonniers. Il a fallu 20 à 30 ans pour que la gauche sociale et ouvrière française s'en relève.

Depuis 1830, les Parisiens avec leurs drapeaux rouges et noirs provoquaient des peurs ou fortes inquiétudes au sein de la bourgeoisie possédante,
Adolphe Thiers plusieurs fois ministre sous Louis Philippe, avait envisagé depuis longtemps une riposte claire et précise. Son objectif fut d'empêcher tout embryon de contre-pouvoir, de faire échec à toute revanche de l'esprit de 1792. Thiers aura mis quarante ans pour accomplir son sinistre plan, il devenait le premier Président d'une république en août 1871 sans préalable constituant jusqu'en 1873, année où le camp réactionaire le remercia pour ses bons et loyaux services. La haine (sociale) était de chaque part, mais seuls vraiment les activistes communards ont payé le prix du sang et firent la preuve de leur totale impréparation aux événements.
 
Bien que proclamée en septembre 1871, l'on resta dans le flou jusqu'en 1875, pour que la III° République soit dotée d'une nouvelle constitution  : période de la République dite des "Ducs", et à partir de 1880 une assemblée moins répressive et moins monarchiste qu'à ses débuts. Pourtant les hommes et les femmes de mars 1871, en lutte dans la capitale ont cru à nouveau qu'ils pouvaient propager les idéaux révolutionnaires et les valeurs de la république sociale. Mais les événements de 1830 et 1848 avaient été à l'origine une grande césure entre parisiens et provinciaux, le creuset ne fit que s'amplifier.

Peu de mouvements ont éclaté en dehors de Paris.
Ou n'ont survécu que l'éclipse de quelques jours, à Lyon notamment. Thiers recruta son armée au sein des campagnes apeurées par la propagande royaliste et par les Prussiens qui occupaient une partie de la France. Aussi, faut-il avoir à l'esprit que le pays contrairement à l'Angleterre est encore en 1870 un pays majoritairement agricole. Et l'on ne peut pas dire que la gauche ouvrière était homogène ou rassemblée. Précisons que la naissance de la SFIO a du attendre l'année 1905. Il existait une multitudes de petites organisations sous la troisième République, qu'il aurait été très difficile de réunir dans un grand parti ouvrier, par faute ou absence de cohésion.
 
 
La débâcle de Napoléon III, la chute de l'Empire face à un autre encore plus militarisé, le régime prussien ouvrait la voie de l'unification allemande, le 1er janvier 1871. Si en 1792, Valmy fut la victoire des troupes de la république française sur l'Empire Germanique et ses alliés prussiens. 1870 a été le contre coup de la montée des nationalismes, un reliquat de l'héritage napoléonien qui favorisa partout en Europe des guerres civiles et nationales. Si la commune de 1871 reste unique en son genre, c'est qu'en germe l'internationalisme pointait son nez. De quoi s'interroger, les travailleurs étaient-ils vraiment en mesure de ne plus avoir de frontières? et avaient-ils les moyens de trouver la voie de leur émancipation sociale et politque? La réponse ne peut être que négative, les conditions ne pouvaient être rassemblées.
 
Etait-ce un hasard que cela puisse survenir à Paris? Non plus, il n'y a pas de doute que depuis Louis XIV cette ville fut un temps désertée par le pouvoir royal, pour devenir suspecte et très surveillée, et que rien sur le fond n'avait évolué en ce domaine. Avec une telle concentration de misères économiques et sanitaires, on peut saisir que les conditions de vie étaient plus que déplorables pour la plus grande majorité des habitants (pour exemple, les taux de décès des enfants ou des adultes dans les quartiers populaires étaient importants et sans rapport avec les quartiers de la bourgeoisie) .

L'essor économique intervenu sous Napoléon le petit, ou le troisième du nom, favorisa une minorité aisée. À Paris des empires économiques se construirent sous son règne. Il engagea des travaux gigantesques menés par le baron et préfet Haussmann, poussant les plus pauvres hors des fortifications comme préfiguration de la banlieue parisienne et de l'ancienne zone, d'où poussèrent les bidonvilles tout autour de Paris de triste mémoire.
 
Tout comme son parent illustre et mégalomane Napoléon 1er, la tentation des guerres ne manquèrent pas et l'échec du Mexique n'a pas permis à cet autocrate d'asseoir un pouvoir stable. Mais il a su réveiller le nationalisme allemand ou pangermanique. L'échec de Sedan poussa Napoléon III vers l'exil.

En septembre 1870 le pouvoir en France était quasi vacant. Paris, la ville capitale se perdit dans des conjonctures et oublia de proclamer sa légitimité, c'est-à-dire de constituer une nouvelle République. Les monarchistes et réactionnaires profitérent du vide pour se faire élire, là où la réaction fleurait bon l'ordre moral. Ils siégèrent à Bordeaux, puis à Versailles. Le petit peuple de Paris le jugea comme une injure supplémentaire, en particulier après les parades des troupes d'occupations dans la capitale (début mars 1871).
 
 
Aussi surprenant que cela puisse sembler dans ce fatras de sentiment ou volonté de revanche, les urnes et les consultations électorales allient être relativement nombreuses en si peu de mois (avant et pendant la Commune). En raison du siège prussien bon nombre ont abandonné la capitale pour des retraites plus sûres et restaient principalement les familles ouvrières et les petits artisans, dont les hommes dépendant de la Garde Nationale (en uniforme de guerre ou presque). Les premières urnes à Paris firent ressortir les contradictions des républicains et leurs divisions. Ce que l'on peut analyser, ce sont les différents scrutins de la capitale pour mieux comprendre certains antagonismes locaux, et certaines contadictions avec la province ou entre villes et campagnes.
 
Les campagnes majoritaires, Paris était une ville à part, ou la plus en capacité à relever le défi de la liberté et d'une démocratie effective ou directe. L'on doit à certains étrangers une place conséquente dans le mouvement qui vit jour avec la proclamation de la Commune, le 26 mars 1871. Il va de même, que nos parisiens étaient très divisés et qu'il importe de pouvoir rétablir un certain contexte. L'on pourrait oublier qu'ailleurs l'Internationale se construit, sans vraiment le soutien des Français, trop préoccupés à raviver les divisions internes. C'est un polonais du nom de Léo Frankel qui représenta une figure des premiers marxistes en France lors de la Commune. Il n'a pu s'appuyer que sur quelques rares arrondissements de Paris, comme le dixième arrondissement.
 
Dès le début de juin ou juillet 1870, Marx dans son exil lançait un appel à la paix avec les travailleurs français. En septembre il s'inquiètait de l'inertie. Il ne comprenait pas pourquoi la république n'était pas proclamée à Paris. Quand les anciens de 1848 et pour certains de 1830 s'exaltaient d'une première république disparue, et qui ne pouvait que profiter à la classe possédante. Au lieu de l'imposer de fait, la République resta en réalité absente des enjeux. Tout discours venant de l'étranger était de nouveau suspect, ou hors des réalités quotidiennes d'un pays mis en pièce par les armées d'outre-Rhin. La réaction fit mine de dénoncer ce qui venait de l'Est de l'Europe, et délivra pour longtemps une fantasmagorie très franchouillarde et réactionnaire sur le "parti de l'étranger".
 

En moins de trois mois allait se vivre l'un des événements les plus marquant de l'histoire contemporaine. Un épisode de l'histoire de France mondialement connu. Trop peu souvent transmis à un large public, en particulier scolaire. Cette révolution pourtant préfigure les grandes causes sociales du vingtième siècle, et la validité des observations de Karl Marx sur ses échecs.

A noter : À LYON, À MARSEILLE, et dans d'autres villes des foyers de révoltes, des communes libres tenteront de se mettre en place. Elles seront très rapidement circonscrites et limitées dans le temps à quelques jours.


"DISCOURS SUR LA COMMUNE"

 Compte-rendu de Karl Marx du 23 mai 1871

A la réunion du Conseil général du 25 avril 1871, Marx a fait un rapport d'information sur la Commune. «On ne peut s'imaginer, a-t-il déclaré, la force de l'enthousiasme du peuple et de la garde nationale».

Le 9 mai 1871, Engels fit le rapport sur la Commune. Le 23 mai 1871, en pleine «semaine sanglante », Marx prononça un grand discours sur la Commune dont seule fut conservée une courte note du procès-verbal. Le citoyen Marx a déclaré qu'il était malade et qu'il n'était pas à même de terminer l'« Adresse1» qu'il a accepté de faire, mais il espérait la terminer pour le mardi suivant. A propos de la lutte à Paris, il a dit qu'il craignait que la fin fût proche, mais si la Commune était battue, la lutte serait seulement ajournée. Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits : ils seront toujours posés à nouveau à l'ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n'aura pas conquis sa libération.

On abat la Commune de Paris avec l'aide des Prussiens qui agissent en qualité de gendarmes de Thiers. Le plan de sa destruction a été élaboré par Bismarck, Thiers et Favre. A Francfort, Bismarck a déclaré que Thiers et Favre lui avaient demandé d'intervenir. Le résultat a montré qu'il était prêt à tout faire pour leur venir en aide, sans risquer la vie des soldats allemands, non parce qu'il estimait la vie humaine quand il s'agissait du profit, mais parce qu'il désirait une chute encore plus profonde de la France, afin d'avoir la possibilité de la piller. Il a permis à Thiers de recruter plus de soldats qu'il n'était convenu dans l'accord ; par contre, il n'a autorisé le passage des vivres à Paris qu'en quantités limitées.

C'est une vieille histoire. Les classes supérieures se mettent toujours d'accord pour tenir sous leur talon la classe ouvrière. Au XIe siècle, il y eut une guerre entre les chevaliers français et normands, et les paysans se soulevèrent. Les chevaliers oublièrent immédiatement leurs querelles et se réunirent afin d'écraser le mouvement paysan. Pour montrer comment les Prussiens s'acquittaient de leur tâche de policiers, il suffit d'indiquer qu'à Rouen, occupé par les Prussiens, 500 personnes ont été arrêtées parce qu'elles appartenaient à l'Internationale.

L'Internationale fait peur. A l'Assemblée nationale française, le comte Jaubert - momie desséchée, ministre de 1834 - connu comme partisan des mesures de répression contre la presse, a prononcé un discours dans lequel il dit qu'après le rétablissement de l'ordre le premier devoir du gouvernement doit être une enquête sur l'activité de l'Internationale, et son anéantissement. A la même séance, on a examiné la question de la protestation du Conseil général contre les atrocités des Versaillais et la question de l'aide à accorder aux émigrés de la Commune.

Marx a déclaré : Nous pouvons démasquer l'activité du gouvernement versaillais, mais nous ne pouvons lui faire part de notre protestation, parce que cela signifierait que nous nous adressons à ce même gouvernement que nous qualifions de brigand.

(Adresse numéro 1 ) Adresse du Conseil général 
de l'Association internationale des travailleurs.

 

"L'insurrection du 18 mars 1871, est déclenchée par le gouvernement de Monsieur Thiers, par son refus de restaurer la république, si l'on peut résumer ce mouvement populaire, ce fut un enjeu communaliste, patriotique, républicain et de révoltes ouvrières, qui n'avait pas pu trouver libre cours depuis juin 1848."

Compère-Morel - publications sociales - édition 1920 

 

Le 19 mars, était lancé l'appel à des élections libres dans tous les arrondissements. Le 26, étaient élus les représentants de la Commune proclamée qui prirent siège à l'Hôtel de Ville de Paris. La notion "de révolution manquée" n'est pas l'idée d'une révolution pour rien, bien au contraire. On ne peut refaire ou réécrire l'histoire, cependant on ne peut que s'appuyer sur des faits. Que l'analyse des événements divergent avec d'autres histoires de la Commune, cela ne fait pas de doute. C'est un sujet qui demeure encore partisan. Toutefois si l'on s'en tient à l'examen des sources, c'est aussi une grande page la mémoire du mouvement ouvrier français et de ses relations ou pas avec une perspective internationaliste.
 
 
 Les coulisses de la révolution manquée et premières journées...
 
Le 1er mars 1871, conformément aux accords du gouvernement en exil, les troupes ennemies paradaient dans une capitale endeuillée. Les statues furent recouvertes de voiles noirs et l'accueil de la population resta glacial. Adolphe Thiers (73 ans), le 2 mars 1871 obtint de l'Assemblée nationale à Bordeaux qu'elle accepta les bases d'un traité de paix avec la Prusse devenu l'Empire Allemand. Le 17 mars, le petit peuple de Paris et la garde nationale faisaient cause commune à Montmartre. Le 18 mars la Caserne du Chateau d'Eau (place de la République) était aux mains des insurgés. Le 26 mars des élections donnaient naissance à la commune libre de Paris.

Le gouvernement de la Défense nationale acculé, signait un armistice le 28 janvier 1871 et décidait d'organiser des élections générales. Dans la confusion la plus totale le gouvernement se réfugia quelques temps à Bordeaux, puis à Versailles, le 10 mars.

Le jeune Georges Clemenceau (31 ans), maire du XVIIIe arrondissement (ci-contre), traduisit les ressentiments de la population et fit afficher la proclamation suivante:
«On vous a livrés sans merci. Toute résistance a été rendu impossible»



Paris, depuis longtemps faisait peur au pouvoir politique et oligarchique, la capitale avec ses deux millions d'habitants était majoritairement républicaine et socialiste. C'était un danger pour le nouveau parlement réactionnaire de Versailles et le puissant camp royaliste croyait tenir sa revanche. Le camp de la réaction a eu tout intérêt à réduire à la plus simple expression toute opposition "rouge". D'autant plus si elle disposait d'armes qui pouvaient se retourner contre le nouveau pouvoir.

Le gouvernement du libéral Olivier décidait le 10 mars de s'installer à Versailles.
Les premières mesures prisent démontrait la volonté d'en découdre avec ceux d'en bas : fin du moratoire sur les loyers, réduction de l'indemnité de la garde nationale (à Paris, elle rassemblait 180.000 hommes issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier, volontaires pour défendre la capitale).

  Adolphe Thiers prenait la décision de récupérer 200 canons dans la capitale. La garde nationale de Paris avait à l'origine du conflit avec les prussiens disposé des canons sur les buttes de Montmartre et de Belleville. Elle avait choisi de les mettre hors d'atteinte avant l'entrée dans la capitale des troupes allemandes.

Le samedi 18 mars, c'était l'envoie d'une colonne de 40.000 soldats sur la capitale avec l'ordre de récupérer les canons. Ce qui fut la goutte qui fit déborder le vase. Mal préparés les soldats de Thiers perdirent du temps à trouver des attelages.

Lorsque les troupes arrivèrent à Montmartre, elles se virent cernées par les citoyens Montmartrois avec des aliments et des chopes de vin, les femmes allaient y tenir un rôle non négligeable. "Les femmes et les enfants sont venus et se sont mêlés aux troupes. Nous avons été rudement trompés en permettant à ces gens de s'approcher de nos soldats, car se mélangèrent à eux, et les femmes et les enfants leur scandaient : Vous ne tirerez pas sur le peuple!".

Le général Lecomte donna l'ordre à ses hommes de faire feu, le refus fut catégorique. Les nouvelles affluaient dans tout l'Est de Paris, des barricades étaient érigées.
Jules Vallès, écrivain et journaliste décrivit ainsi la première journée : "C'est la révolution ! Nous y voilà, le moment espéré et attendu depuis le premier geste de cruauté d'un père, depuis la première gifle à l'école, depuis la première nuit à dormir dans les rues. Voici la revanche pour l'école, pour la pauvreté et pour le coup d'état de 1851."
 
Le signal de rappel et de mobilisation populaire est annoncé par le tocsin, la foule fait masse et les soldats s'enfuient, d'autres désertes et rejoignent le mouvement naissant. Le général Lecomte, chef de brigade, est fait prisonnier avec le général, Clément Thomas. A 17 heures, ils sont exécutés dans une liesse effroyable, sous les yeux horrifiés de Georges Clemenceau. Il ne trouve aucun moyen de canaliser la vue frénétique du sang. D'autres émeutes se produisent dans d'autres quartiers, de nombreux soldats fraternisent avec le peuple de Paris. Les bataillons de la garde nationale se fédèrent avec un comité à leur tête (d'où le terme de "fédérés" qu'ils conserveront).

Adolphe Thiers face à une telle levier de bouclier ne peut contenir le mouvement, il ordonne à l'armée et aux corps constitués d'évacuer sur le champ la capitale. La débandade s'engagea en début d'après-midi et s'achèva à la tombée de la nuit.

Paris s'en remis pendant deux mois à des militants jacobinistes comme l'avocat Charles Delescluze, aux blanquistes (Auguste Blanqui, lui était en prison le 18 mars), aux proudhoniens, aux marxistes, dont Marx a été un des premiers auteurs à traiter des erreurs de la Commune, aux anarchistes dont à l'époque Michel Bakounine était le fer de lance. Ce qui  allait constituer un Comité central siégeant à l'Hôtel de Ville très hétéroclite. Sans omettre la combativité des femmes plus que manifeste, et l'une d'elle a été cette grande dame que fut Louise Michel (Ci-contre) : institutrice et brancardière lors des événements. Blanquiste sous la Commune, elle allait devenir par la suite anarchiste et l'auteure d'un récit ou d'une histoire sur cette lutte sociale et politique.

 

La composition du parlement des élus communards a été très variée. Le camp dit "bourgeois" demeurait majoritaire au 26 mars, puis à la vue des abandons de postes, passa aux mains des nostalgiques de 1792 : Blanquistes et Jacobins. Ils pesèrent dans l'inertie des décisions, les autres composantes était trop divergentes pour faire cause commune. Seul, le groupe des internationalistes pouvaut faire contre-poids, mais les protagonistes ou élus communards ne sont pas arrivés à trancher entre Proudhon et Marx sur le contenu de ce qu'il fallait mettre en oeuvre. Ce fut pour ainsi dire une assemblée plus que confuse. Pendant ce temps, Thiers reculait à Versailles avec son armée et lèvait rapidement 100.000 hommes dans les campagnes. Un nouvel assaut tenté les 2, 3 et 4 avril, qui se solda à nouveau par un échec des "Versaillais".
Deux causes majeures ont pesé et ont joué un rôle dans la chute de cette révolution embryonnaire. La première fut l'argent et la non utilisation des réserves d'or, que pourtant avait "sous le coude" l'assemblée communale. La deuxième fut stratégique et décisive dans le rapport de force, et maintes fois rédigées. L'isolement dans les murs de la capitale a permis "aux canons de la réaction" encerclant Paris de réduire à néant, ce qui fut probablement de mémoire de Parisien une de ces périodes les plus riches de sens. Qui fut au service de nouveaux idéaux universels. Cet affontement social et politique nous laisse pour mémoire et revendications : l'organisation d'une égalité entre les femmes et les hommes, l'idée d'un salaire minimum, l'accueil gratuit de tous les enfants à l'école communale et la suppression de leur travail, la journée de huit heures, etc.



 
En mai, le 21, les armées de la contre-révolution entamèrent une bien triste page d'histoire. Le 22, ils s'engageaient dans le massacre de plus de 20.000 hommes, femmes et enfants. Puis l'exil forcé pour ceux qui furent arrêtés, soit environ 38.000 personnes), dont Louise Michel en Nouvelle Calédonie.
 


ci-contre :
les ruines du théâtre Saint-Martin
Pendant la "semaine sanglante" la ville a éte conquise, rue par rue, jusqu'au 28 mai. On recensa des incendies nombreux : à l'Hôtel de ville, au Quai d'Orsay, aux Tuileries, à la Légion d'honneur, à la Cour des comptes, au Palais de Justice, à la Bibliothèque du Louvre, etc. Au final les armées de Versailles achèvaient la reconquête de la capitale avec la prise du Père Lachaise, et la chute de la dernière barricade, rue Ramponeau (Paris 20ème). Ce fut un outil de propagande utile pour dénoncer les communards, un beau serpent de mer sur les violences d'une répression brutale et fruit  de ces ruines.

La Guerre Civile en France (2/2)

"L'entendement bourgeois, tout imprégné d'esprit policier, se figure naturellement l’Association internationale
des travailleurs comme une sorte de conjuration secrète, dont l'autorité centrale commande, de temps à autre, des explosions en différents pays. Notre Association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays du monde civilisé.

En quel que lieu, sous quelque forme, et dans quelques conditions ne la lutte de classe prenne consistance, il est bien naturel que les membres de notre Association se trouvent au premier rang. Le sol sur lequel elle pousse est la société moderne même. Elle ne peut en être extirpée, fût-ce au prix de la plus énorme effusion de sang. Pour l'extirper, les gouvernements auraient à extirper le despotisme du capital sur le travail, condition même de leur propre existence parasitaire.

Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle.

Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer."

Karl Marx Londres, le 30 mai 1871. In la Guerre Civile en France (1871)

 
Suite de la promenade :
La Commune de Paris, l'Est Parisien
 
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Dernières modifications : 10/09/2017