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La Commune de Paris

(en 3 parties ou 3 pages)

18 mars au 28 mai 1871,

du 28 mars au soir au 24 mai siègèrent les élus Parisiens, à ne pas confondre avec le Comité central des Gardes nationales

Il ne s'agit pas de réhabiliter les Communards, il n'y a pas à juger, mais de pouvoir transmettre une page de notre Histoire un peu trop ignorée, ou sous le coup d'une mythologie, à laquelle j'ai pu succomber... A l'approche du Cent cinquantième anniversaire de la Commune de Paris, qui pointera son nez en 2021, ce travail reste encore partiel ou très synthétique. Les trois pages ont été corrigées, il existait des erreurs factuelles, les sources ont été vérifiées et agrémentées de liens vers des textes et des documents audios ou visuels.
 
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Face à la déferlante prussienne le pouvoir de Napoléon III s'écroulait à Sedan, le 1er septembre 1870, l'empereur était battu et il était fait prisonnier peu de temps après (en photo ci-contre). Ensuite et malgré toutes les tentatives de Léon Gambetta, ministre de l'intérieur, les troupes mobilisées en province échouaient, elles aussi.

En se rendant à Bordeaux, le pouvoir laissaient aux Parisiens l'humiliation de la défaite. Puis en choisissant  d'établir le parlement hors de Paris, il y avait là une cassure symbolique et une perte de repère. Ensuite, avec le retour à Versailles en mars, c'était le pouvoir royal ou monarchiste qui reprenait le dessus avec un régime provisoire et sans grande légitimité. Et dans Paris, la ville des révolutions et des idées de progrès, l'émotion en a été d'autant plus grande et la colère diffuse.



Plus de cent quarante cinq ans après sa mémoire reste vivace, fort instructive sur les divisions des communards ou "communeux" et de la gauche française. Faire œuvre de mémoire sur la Commune de Paris est rarement le fait d'un travail objectif, vous n'échapperez pas à la règle ? Les événements survenus entre septembre 1870 et la semaine sanglante fin mai 1871 ont poussé plusieurs générations de militants de gauche à trouver dans la révolte des Parisiens de 1871 un modèle de référence. Difficile de ne pas prendre parti ou cause, mais au filtre du temps, il y a à lever encore certaines ombres, des textes à découvrir qui peuvent échapper. L'objectif de cette synthèse est redonner un peu de sens et de dignité à ceux qui soutinrent des causes justes avec des réalités politiques d'un autre temps.

Ce fut une époque cruciale pour l'ensemble des luttes ouvrières et sociales en France et en Europe, à analyser en tant que telle, et dans le prolongement de 1848. La mémoire de cette commune ouvrière a été bien au-delà de l'hexagone et a eu une influence sur de nombreux processus révolutionnaires du vingtième siècle. De Léon Trotsky à Maozedong, la Commune de Paris est souvent plus connue à l'étranger qu'en France. Et un certain nombre d'archives a suivi les routes de l'exil, les premières publications des proscrits allaient être rédigées et éditées à Londres, Bruxelles, et Genève notamment, ou possibles lieux d'asiles.


La Guerre Civile en France (1/2)

 

Le 4 septembre 1870, quand les ouvriers de Paris proclamèrent la république, qui fut presque instantanément acclamée d'un bout à l'autre de la France, sans une seule voix discordante, une cabale d'avocats en quête de places, avec Thiers pour homme d'État et Trochu pour général, s'empara de l'Hôtel de Ville. Ces gens étaient alors imbus d'une foi si fanatique dans la mission dévolue à Paris de représenter la France à toutes les époques de crise historique que, pour légitimer leurs titres usurpés au gouvernement de la France, ils crurent suffisant de produire leurs mandats périmés de représentants de Paris.

Dans notre seconde Adresse sur la récente guerre, cinq jours après l'avènement de ces hommes, nous vous disions qui ils étaient. Toutefois, les véritables dirigeants de la classe ouvrière étant encore bouclés dans les prisons bonapartistes et les Prussiens déjà en marche sur la ville, Paris, pris à l'improviste, toléra cette prise du pouvoir, à la condition expresse qu'il ne serait exercé qu'aux seules fins de défense nationale. Cependant, comment défendre Paris sans armer sa classe ouvrière, sans l'organiser en une force effective et instruire ses rangs par la guerre elle-même? Mais Paris armé, c'était la révolution armée.

Une victoire de Paris sur l'agresseur prussien aurait été une victoire de l'ouvrier français sur le capitaliste français et ses parasites d'État. Dans ce conflit entre le devoir national et l'intérêt de classe, le gouvernement de la Défense nationale n'hésita pas un instant : il se transforma en un gouvernement de la Défection nationale.
Karl Marx, Londres, le 30 mai 1871, Rathborne Place,10

 
Toutefois, le lègue est important et a plus qu'alimenté le devenir de la gauche en France, des anarchistes aux socialistes, ou le contraire... C'était hier et pourtant les débuts d'un mouvement ouvrier sur les voies de son émancipation sociale et politique en France, qui allait connaître la perte d'une génération entière, une deuxième vague d'exil politique depuis 1851, plus son lot de tués et de prisonniers. Il a fallu 20 à 30 ans pour que la gauche sociale et ouvrière française s'en relève.

Depuis 1830, les Parisiens avec leurs drapeaux rouges et noirs provoquaient des peurs ou fortes inquiétudes au sein de la bourgeoisie possédante,
Adolphe Thiers plusieurs fois ministre sous Louis Philippe, avait envisagé ou pratiqué depuis longtemps une riposte claire et précise. Son objectif fut d'empêcher tout embryon de contre-pouvoir, de faire échec à toute revanche de l'esprit de 1792. Thiers aura mis près de quarante ans pour accomplir son sinistre plan de prise du pouvoir et d'éliminer le "vile multitude" comme il le fit dès 1832, avec son premier massacre. Thiers surnommé "le nain" (et autres insultes) devenait le premier Président d'une république incertaine en août 1871, sans préalable constituant : trois textes seront votés en 1875 et le Sénat sera rétabli. Celui-ci resta à la tête de l'Etat
jusqu'en 1873 où le camp réactionnaire le remercia pour ses bons et loyaux services, pour laisser place au maréchal Mac-Mahon.
 
Bien que proclamée en septembre 1871, l'on resta dans le flou jusqu'en 1875, pour que la IIIe République soit dotée d'un timide fondement constitutionnel : période de la République dite des "Ducs", et à partir de 1876, puis surtout en 1880-1881 une assemblée moins répressive et moins monarchiste qu'à ses débuts (avec plus de 60% des sièges et inversement en faveur des camps républicains). Pourtant les hommes et les femmes de mars 1871, en lutte dans la capitale ont cru à nouveau qu'ils pouvaient propager les idéaux révolutionnaires et les valeurs de la république sociale. Mais les événements de 1830, et 1848 avaient été à l'origine une grande césure entre parisiens et provinciaux, le creuset ne fit que s'amplifier. Et toute les velléités qui ont pu survenir dans les centres urbains furent étouffées dans l'œuf.

Peu de mouvements ont éclaté en dehors de Paris. Ou n'ont survécu que l'éclipse de quelques jours, à Lyon, à Toulouse, à Saint Etienne, à Marseille, mais à partir du 6 avril tout était rentré dans l'ordre ou presque. (Lire Histoire Socialiste à ce sujet). Thiers a pu s'appuyer  au sein des campagnes apeurées sur la propagande royaliste et conservatrice, et il profita comme émminence grise de la présence des Prussiens qui occupaient une bonne partie de la France. Aussi, faut-il avoir à l'esprit que le pays contrairement à l'Angleterre était encore en 1870 un pays majoritairement agricole. Et l'on ne peut pas dire que la gauche ouvrière était homogène ou rassemblée.

Précisons que la naissance de la SFIO a dû attendre l'année 1905.
Il existait à ses débuts une myriade de petites organisations sous la troisième République, qu'il aurait été très difficile de réunir dans un grand parti ouvrier (et paysan), par faute ou absence de cohésion, sans parler du camp dit républicain très disparate : des radicaux aux modérés. Une structuration qui passa d'abord par deux formes d'organisation : les partis et les syndicats, et contrairement à la sociale-démocratie allemande, ou au travaillisme anglais, les syndicats ouvriers français prirent ou gardèrent une orientation syndicale principalement révolutionnaire désigné sous le nom d'anarcho-syndicalisme, qui se traduisit par la charte d'Amiens (1906). Le seul vrai point d'appui ou force du mouvement social de 1871 a été le mutualisme, avec des caisses de secours ou de solidarité et l'apparition ou l'expérimentation d'entreprises coopératives.



Les affiches ont tenu un rôle décisif dans l'information de tous, et dans les deux camps.
 
La débâcle de Napoléon III, la chute de l'Empire face à un autre encore plus militarisé, le régime prussien ouvrait la voie de l'unification allemande, le 1er janvier 1871. Si en 1792, Valmy fut la victoire des troupes de la république française sur l'Empire Germanique et ses alliés prussiens. 1870 a été le contre-coup de la montée des nationalismes, un reliquat de l'héritage napoléonien qui favorisa partout en Europe des guerres civiles et nationales. Si la commune de 1871 reste unique en son genre, c'est qu'en germe l'internationalisme pointait son nez. De quoi s'interroger, les travailleurs étaient-ils vraiment en mesure de ne plus avoir de frontières? et avaient-ils les moyens de trouver la voie de leur émancipation sociale et politique? La réponse ne peut être que négative, les conditions ne pouvaient être rassemblées.
 
Etait-ce un hasard que cela puisse survenir à Paris? Non plus, il n'y a pas de doute que depuis Louis XIV cette ville fut un long temps désertée par le pouvoir royal, pour devenir suspecte et très surveillée, et que rien sur le fond n'avait évolué en ce domaine. Avec une telle concentration de misères économiques et sanitaires, on peut saisir que les conditions de vie étaient plus que déplorables pour la plus grande majorité des habitants (pour exemple, les taux de décès des enfants ou des adultes dans les quartiers populaires étaient importants et sans rapport avec les quartiers de la bourgeoisie).

L'essor économique intervenu sous Napoléon III, surnommé le petit par Hugo, ou le troisième du nom, favorisa une minorité aisée. À Paris des empires économiques se construisirent sous son règne. Il engagea des travaux gigantesques menés par le baron et préfet Haussmann, poussant les plus pauvres hors des fortifications comme préfiguration de la banlieue parisienne et de l'ancienne zone, d'où poussèrent les bidonvilles tout autour de Paris de triste mémoire.
 
Tout comme son parent illustre et mégalomane Napoléon 1er, la tentation des guerres ne manquèrent pas et l'échec du Mexique n'a pas permis à cet autocrate d'asseoir un pouvoir stable. Mais il a su réveiller le nationalisme allemand ou pangermanique. L'échec de Sedan et après sa capture poussa Napoléon III vers l'exil. Les bonapartistes pour autant ne disparaissaient pas d'un coup de baguette, et s'ils allaient être ramenés éloctoralement à la portion congrue lors des législatives en février 1871 (2%), ils sauvegardaient deux fiefs, l'un en Corse et l'autre en Charente Inférieure (aujourd'hui Maritime). Concernant la Prusse de Guillaume I, bien que considéré comme un agent prussien par certains journalistes bien informés de sa situation..., Karl Marx et le secrétariat de l'AIT en place à Londres suivaient la nature des événements en cours des deux côtés du Rhin...?
Marx s'adressant à un correpondant : Vous savez que, sous prétexte d'un débarquement français, toute la côte de l'Allemagne du Nord a été mise en état de guerre, de manière à ce que messieurs les militaires puissent arrêter, juger, fusiller, comme bon leur semble. Cependant, même dans les parties de l'Allemagne où l'état de guerre n'a pas été proclamé, les Prussiens ont établi un régime de terreur, soutenu par la classe moyenne, contre toute opinion indépendante. Les ouvriers allemands se comportent admirablement, malgré cette terreur et les hurlements patriotiques des bourgeois. Je regrette de ne pas pouvoir dire la même chose des camarades français. Leur manifeste [« Au peuple allemand, à la démocratie socialiste de la nation allemande » du Conseil fédéral de l'Internationale de Paris] est une absurdité: «Repassez le Rhin ! », mais ils oublient que, pour arriver chez eux, les Allemands n'ont pas besoin de repasser le Rhin, il leur suffit de se retirer dans le Palatinat et la Province rhénane (prussienne). Vous comprendrez comment cette phrase chauvine a été exploitée par les journaux officiels de Bismarck ! Tout le ton de ce manifeste est absurde et pas du tout dans l'esprit de l'Internationale.
En septembre 1870 le pouvoir en France était quasi vacant. Paris, la ville capitale se perdit dans des conjonctures et oublia de proclamer sa légitimité, c'est-à-dire de constituer une nouvelle République. Les monarchistes et réactionnaires profitèrent du vide pour se faire élire, là où la réaction fleurait bon l'ordre moral. En février après les élections du 8, les élus déménagèrent et siégèrent à Bordeaux, puis s'installèrent après des hésitations à Versailles le 20 mars. Le petit peuple de Paris le jugea comme une injure supplémentaire, en particulier après les parades des troupes d'occupations dans la capitale début mars 1871.
 
 
Aussi surprenant que cela puisse sembler dans ce fatras de sentiment ou volonté de revanche, les urnes et les consultations électorales allaient être relativement nombreuses en si peu de mois (avant et pendant la Commune). En raison du siège prussien bon nombre ont abandonné la capitale pour des retraites plus sûres et restaient principalement les familles ouvrières et les petits artisans, dont les hommes dépendant de la Garde Nationale (en uniforme de guerre ou presque). Les premières urnes à Paris firent ressortir les contradictions des camps républicains et leurs divisions. Ce que l'on peut analyser, ce sont les différents scrutins de la capitale pour mieux comprendre certains antagonismes locaux, et certaines contradictions avec la province ou entre villes et campagnes.
 
Les campagnes majoritaires, Paris était une ville à part, ou la plus en capacité à relever le défi de la liberté et d'une démocratie effective ou directe. L'on doit à certains étrangers une place conséquente dans le mouvement qui vit jour avec la proclamation de la Commune, le 26 mars 1871. Il va de même, que nos parisiens étaient très divisés et qu'il importe de pouvoir rétablir un certain contexte. L'on pourrait oublier qu'ailleurs l'Internationale se construisait, sans vraiment le soutien des Français, trop préoccupés à raviver les divisions internes. Ce fut un hongrois du nom de Léo Fränkel qui représenta une figure des premiers ou proto-marxistes en France lors de la Commune. Il n'a pu s'appuyer que sur quelques rares arrondissements de Paris, et encore sous la houlette des blanquistes en perte de vitesse ou des proudhoniens majoritaires au sein des internationaux.
 
Dès le début de juin ou juillet 1870, Marx dans son exil lançait un appel à la paix avec les travailleurs Français. En septembre il s'inquiétait de l'inertie. Il ne comprenait pas pourquoi la république n'était pas proclamée à Paris. Quand les anciens de 1848 (les quarante-huitards) et pour certains des luttes des années 1830 s'exaltaient d'une première république disparue, et qui ne pouvait que profiter à la classe possédante. Au lieu de l'imposer de fait, la République resta en réalité absente des enjeux. Tout discours venant de l'étranger était de nouveau suspect, ou hors des réalités quotidiennes d'un pays mis en pièce par les armées d'occupation (500.000 soldats). La réaction fit mine de dénoncer ce qui venait de l'Est de l'Europe, et délivra pour longtemps une fantasmagorie très franchouillarde et réactionnaire sur le "parti de l'étranger".

 

En moins de deux mois, l'un des événements les plus marquant de l'histoire contemporaine allait se dérouler. Un épisode de l'histoire de France mondialement connu. Trop peu souvent transmis à un large public, en particulier scolaire. Cette révolution inaboutie pourtant préfigurait les grandes causes sociales du vingtième siècle, et la validité des observations de Karl Marx sur ses échecs.

A noter : À Lyon, à Marseille, à Narbonne, et dans d'autres villes des foyers de révoltes, des communes libres tenteront de se mettre en place. Elles furent très rapidement circonscrites et limitées dans le temps à quelques jours.


"DISCOURS SUR LA COMMUNE"

 Compte-rendu de Karl Marx du 23 mai 1871

A la réunion du Conseil général du 25 avril 1871, Marx a fait un rapport d'information sur la Commune. «On ne peut s'imaginer, a-t-il déclaré, la force de l'enthousiasme du peuple et de la garde nationale».

Le 9 mai 1871, Engels fit le rapport sur la Commune. Le 23 mai 1871, en pleine «semaine sanglante », Marx prononça un grand discours sur la Commune dont seule fut conservée une courte note du procès-verbal. Le citoyen Marx a déclaré qu'il était malade et qu'il n'était pas à même de terminer l'«Adresse 1» qu'il a accepté de faire, mais il espérait la terminer pour le mardi suivant. A propos de la lutte à Paris, il a dit qu'il craignait que la fin fût proche, mais si la Commune était battue, la lutte serait seulement ajournée. Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits : ils seront toujours posés à nouveau à l'ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n'aura pas conquis sa libération.

On abat la Commune de Paris avec l'aide des Prussiens qui agissent en qualité de gendarmes de Thiers. Le plan de sa destruction a été élaboré par Bismarck, Thiers et Favre. A Francfort, Bismarck a déclaré que Thiers et Favre lui avaient demandé d'intervenir. Le résultat a montré qu'il était prêt à tout faire pour leur venir en aide, sans risquer la vie des soldats allemands, non parce qu'il estimait la vie humaine quand il s'agissait du profit, mais parce qu'il désirait une chute encore plus profonde de la France, afin d'avoir la possibilité de la piller. Il a permis à Thiers de recruter plus de soldats qu'il n'était convenu dans l'accord ; par contre, il n'a autorisé le passage des vivres à Paris qu'en quantités limitées.

C'est une vieille histoire. Les classes supérieures se mettent toujours d'accord pour tenir sous leur talon la classe ouvrière. Au XIe siècle, il y eut une guerre entre les chevaliers français et normands, et les paysans se soulevèrent. Les chevaliers oublièrent immédiatement leurs querelles et se réunirent afin d'écraser le mouvement paysan. Pour montrer comment les Prussiens s'acquittaient de leur tâche de policiers, il suffit d'indiquer qu'à Rouen, occupé par les Prussiens, 500 personnes ont été arrêtées parce qu'elles appartenaient à l'Internationale.

L'Internationale fait peur. A l'Assemblée nationale française, le comte Jaubert - momie desséchée, ministre de 1834 - connu comme partisan des mesures de répression contre la presse, a prononcé un discours dans lequel il dit qu'après le rétablissement de l'ordre le premier devoir du gouvernement doit être une enquête sur l'activité de l'Internationale, et son anéantissement. A la même séance, on a examiné la question de la protestation du Conseil général contre les atrocités des Versaillais et la question de l'aide à accorder aux émigrés de la Commune.

Marx a déclaré : Nous pouvons démasquer l'activité du gouvernement versaillais, mais nous ne pouvons lui faire part de notre protestation, parce que cela signifierait que nous nous adressons à ce même gouvernement que nous qualifions de brigand.

(Adresse numéro 1 ) Adresse du Conseil général 
de l'Association internationale des travailleurs
.



L'insurrection du 18 mars 1871, est déclenchée par le gouvernement de Monsieur Thiers, par son refus de restaurer la république, si l'on peut résumer ce mouvement populaire, ce fut un enjeu communaliste, patriotique, républicain et de révoltes ouvrières, qui n'avait pas pu trouver libre cours depuis juin 1848.

Compère-Morel - publications sociales - édition 1920 

 

Le 19 mars, suite à la prise de l'Hôtel-de-Ville par les insurgés et de son Comité central de la garde nationale parisienne,  était lancé un appel à des élections libres dans tous les arrondissements.
Paris, il y a six mois, a commis la sottise de confier les destinées de la République à des traîtres connus, très connus même. Le Comité Central, composé de délégués de la garde nationale de Paris a forcé ces traîtres à quitter la place. Il se déclare prêt à la céder à son tour à ceux qui seront de nouveau librement élus. Qu’a-t-on dès lors à craindre de lui. (?)

Souvenirs d’un révolutionnaire sur la question sociale
et politique en France (1844-1871),
page 471, dit Gustave Lefrançais

Le 26, étaient élus les représentants de la Commune proclamée qui prirent siège à l'Hôtel de Ville de Paris, le 28 dans l'après-midi. La notion "de révolution manquée" n'est pas l'idée d'une révolution pour rien, bien au contraire. On ne peut refaire ou réécrire l'histoire, cependant on ne peut que s'appuyer sur des faits. Que l'analyse des événements divergent avec d'autres histoires de la Commune, cela ne fait pas de doute. C'est un sujet qui demeure encore partisan et qui mériterait moins de passions. Toutefois si l'on s'en tient à l'examen des sources, c'est aussi une grande page du mouvement ouvrier français et de ses relations ou pas avec une perspective internationaliste.
 



Les trente-trois premières mesures 
de la Commune

(à partir du 28 mars 1871)


 Ci-contre, caricature de Pilotell
                       

(...) Les séances se tinrent toujours dans la salle dite du Conseil municipal, salle très basse, très mal aérée, et dont l'atmosphère étouffante rendait très pénibles et très énervantes ces séances qui avaient souvent lieu la nuit, le jour étant consacré à l'administration et à l'expédition des affaires. Les mesures les plus urgentes qui s'imposaient étaient le règlement des loyers et des échéances ; le rétablissement de l'administration de la ville de Paris complètement désorganisée par le gouvernement fugitif de Versailles la consécration légale des aspirations révolutionnaires les plus universellement formulées, et la direction, après l'agression versaillaise, des opérations militaires.

Aussi les premières mesures de la Commune furent-elles les suivantes :
1° Remise générale des loyers des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871.

2° Suppression de la vente des objets déposés au Mont-de-Piété.

3° Abolition de la conscription

4° Séparation de l'Eglise et de l'Etat, suppression du budget des cultes. Confiscation au profit de la Commune des biens de main-morte. (Les Biens de mainmorte se réfère aux biens des communautés, des hôpitaux ou hospices, etc., considérés comme inaliénables, exonérés des droits fiscaux).

5° Décret accordant une pension de trois à douze cents francs à tout fédéré blessé en combattant pour la liberté communale.

6° Décret accordant une pension de 600 francs à la femme légitime ou non du fédéré tué devant l'ennemi et une pension de 365 francs pour chaque enfant, reconnu ou non, jusqu'à l'âge de dix-huit ans.

7° Etablissement d'un conseil de guerre dans chaque légion.

8° Création d'une Cour martiale sous la présidence de Rossel.

9° Mise en accusation des membres du gouvernement de Versailles, après l'agression contre Paris.

10° Convocation des Chambres syndicales ouvrières, des Chambres syndicales du commerce et de l'industrie, invitées à présenter des projets de lois sur les échéances.

11° Décret sur les échéances permettant des coupures payables par dates échelonnées à partir du 15 juillet, et accordant un délai total de trois ans.

12° Décret donnant la direction administrative de leurs arrondissements respectifs aux membres de la Commune, sous leur responsabilité.

13° Interdiction du cumul, fixation du maximum des traitements à 6.000 francs par an.

14° Fixation des émoluments des membres de la Commune à 15 francs par jour. (environ 400 francs par mois, un député à l'époque percevait 6000 francs par mois et le salaire ouvrier moyen de l'ordre de 4 francs par jour pour les hommes sur des postes journaliers, moitié moins pour les femmes en usine, et les enfants moins d'1 franc).

15° Adoption des familles des victimes du 22 janvier et du 18 mars.

16° Décret ordonnant que toute arrestation par la Sûreté générale devra être notifiée au délégué à la justice, qui avisera sur le maintien de l'arrestation. Interdiction de perquisitions sans mandat régulier.

17° Attribution, s'il y a lieu, d'une pension alimentaire à la femme qui demandera contre son mari la séparation de corps.

18° Décret ordonnant l'organisation d'une Chambre du tribunal civil de la Commune de Paris. Abolition de la procédure ordinaire. Les parties autorisées à se défendre elles-mêmes. Les huissiers pouvant, à défaut d'avoués, occuper pour les parties.

19° Organisation du Jury pour assurer aux citoyens en matière judiciaire d'une façon complète : Le jugement par ses pairs ; l'élection des magistrats ; la liberté de la défense.

20° Attribution d'un traitement fixe aux huissiers, notaires, commissaires-priseurs, greffiers des tribunaux quelconques, qui pourront être dispensés d'un cautionnement et devront en retour verser tous les mois entre les mains du délégué aux finances les sommes perçues par eux pour les actes de leur compétence.

21° Attribution, après enquête et les droits du patron restant réservés, les ateliers abandonnés aux associations ouvrières.

22° Décret portant le traitement des instituteurs et institutrices à 2000 francs et le traitement des aides des deux sexes à 1500 francs.

23° Décret ordonnant le renversement de la colonne Vendôme.

« Considérant que la colonne impériale est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République française : la fraternité. »

24° Décret ordonnant que pour mettre un terme aux exécutions de prisonniers faites ostensiblement par les Versaillais, des otages pourraient être pris parmi les partisans de Versailles.

25° Interdiction des amendes et retenues dans les ateliers et dans les administrations.

26° Abolition du serment politique et professionnel.

27° Institution de médecins de naissances chargés, dans un but de conservation pour les nouveaux-nés, d'aller constater la naissance à domicile.

28° Ouverture dans chaque mairie d'un registre d'offres et de demandes de travail avec les conditions de l'offre ou de la demande.

29° Nomination d'une Commission d'initiative de réformes sociales. Cette Commission faisait à son tour appel aux délégués de l'Internationale, des sociétés ouvrières, des comités démocratiques, des groupes industriels et scientifiques, aux ingénieurs et architectes et à toutes les initiatives de bonne volonté.

30° Réforme du service de vérification des poids et mesures.

31° Introduction d'un cahier des charges fixant le salaire de la main-d'œuvre, dans tous les marchés conclus ou à conclure par la Commune. Cette mesure avait pour but de ramener la concurrence à son principe scientifique, c'est-à-dire de la circonscrire dans les seules limites du bénéfice, la sincérité de qualité et de fabrication restant garantie à l'acheteur et un salaire raisonnable restant garanti à l'ouvrier. Forme de procéder radicalement contraire à ce qui se fait maintenant, où la concurrence se fait aux dépens de la qualité et du salaire, trompant l'acheteur et exploitant le travailleur.

32° Remise, moyennant indemnité, à l'administration du Mont-de-Piété, des objets y déposés pour une somme ne dépassant pas 25 francs (ou 30 francs selon une autre source).

33° Suppression du travail de nuit dans les boulangeries. Abolition des placiers, etc., etc. (...)
Post-scriptum : Les deux mesures qui ont été les plus agitées par les contre-révolutionnaires furent les 2 décisions qui  touchèrent à la colonne Vendôme et à la question des otages, qui participèrent des surenchères. Le reste les mesures de justices, économiques et sociales, souvent des urgences, ont été peu prises en considération et lointaines des propagandes Versaillaises. Et ceci bien que partiel, fut pourtant mis en oeuvre. Très rapidement les services publics étaient rétablis... pour exemple de ces communards "assoiffés de sang" comme leurs parents de 1793...


Source Gallica-BNF : Benoît Malon,
de l'Internationale
La troisème défaite du prolétariat
 Pages 150 à 155 - édité à Neuchâtel (Suisse, 1871)




 
 Les coulisses de la révolution manquée et premières journées...
 
Le 1er mars 1871, conformément aux accords du gouvernement en exil, les troupes ennemies paradaient dans une capitale endeuillée. Les statues furent recouvertes de voiles noirs et l'accueil de la population resta glacial, et des canons transférés à Montmartre par des gardes nationaux pour les détourner des troupes d'occupation. Adolphe Thiers (73 ans), le 2 mars 1871 obtint de l'Assemblée nationale à Bordeaux qu'elle accepta les bases d'un traité de paix avec la Prusse (et ses allliés) devenue l'Empire Allemand. Le 17 mars, le petit peuple de Paris et la garde nationale faisaient cause commune à Montmartre. Le 18 mars, la Caserne du Château-d'Eau (place de la République) était aux mains des insurgés.

Le 26 mars des élections donnaient naissance à la Commune libre de Paris et son assemblée communale populaire, elle resta en activité pendant 57 jours.
C'est à partir de son fonctionnement communaliste propre qu'elle organisa sa propre dissolution, quatre jours avant la fin des massacres et du bain de sang de la population parisienne des quartiers de l'Est parisien. Toutefois elle ne commença son travail d'assemblée que le 28 mars au soir. Cette structure communale éphémère se vit mêlée au sein de l'Hôtel-de-Ville (la maison commune), à l'activité du comité central des gardes nationales dites fédérées et à leur surveillance plus ou moins maladroite.

Il fut créé dix commissions, les réunions se tinrent d'abord en soirée, puis les après-midi avec un retard régulier pour réunir une assemblée volatile (de 20 à 70 élus siégeant selon les jours). Il fallait en moyenne 4 ou 5 heures par jour pour prendre des décrets sur les affaires courantes, comme sur les biens du Mont-de-Piété. Ce qui nécessita un mois avant que la décision fut prise de restituer une partie des objets divers et variés à la population la plus démunie, dans une limite impartie de 20 francs par ménage. Pas de quoi traduire les décisions communales en des fanfreluches ou comme le spectre de 1793, des choix assez austères et au plus juste dans sa répartition. Les comptes furent tenus de manière scrupuleuse, au centime près.

Cette anarchie apparente, avec une réalité désordonnée selon des critiques internes justifiées, n'en permit pas moins de poser des revendications légitimes et certaines commissions accomplirent une prospective sociale plutôt remarquable.
La présidence des séances était tournante, selon une règle entendue qu'il ne devait pas y avoir de chefs et qu'il se devait à tout à chacun de tenir compte des principes souverains. Selon lesquels la citoyenneté ne se délègue pas et pose d'inévitables questions sur la démocratie : délégation de pouvoir avec un mandat impératif ou représentation?

Le gouvernement de la Défense nationale acculé, signait un armistice le 28 janvier 1871 et décidait d'organiser des élections générales. Dans la confusion la plus totale le gouvernement se réfugia quelques temps à Bordeaux, puis revint l'Assemblée à Versailles le 20 mars, le gouvernement siégea lui à Paris dès le 17 (lors du premier siège Tours servit de capitale annexe).

Le jeune Georges Clemenceau (31 ans, en photo), républicain radical, classé à "l'extrême-gauche" (à relativiser ou en fonction de l'hémicycle, proche de Gambetta et Ranc), maire du 18e arrondissement, puis député de la Seine en février 1871 (ci-contre), traduisit les ressentiments de la population et fit afficher la proclamation suivante :
On vous a livrés sans merci. Toute résistance a été rendu impossible.



Paris, depuis longtemps faisait peur au pouvoir politique et oligarchique, la capitale avec ses 2 millions d'habitants était majoritairement républicaine et socialiste. C'était un danger pour le nouveau parlement réactionnaire de Versailles et le puissant camp royaliste croyait tenir sa revanche. Le camp de la réaction a eu tout intérêt à réduire à la plus simple expression toute opposition "rouge" ou "communiste". D'autant plus si elle disposait d'armes qui pouvaient se retourner contre le nouveau pouvoir.

L'Assemblée des ruraux depuis Bordeaux décidaient le 10 mars de s'installer à Versailles, après avoir hésité pour Fontainebleau.
Les premières mesures prisent démontrait la volonté d'en découdre avec ceux d'en bas : fin du moratoire sur les loyers, réduction de l'indemnité de la garde nationale (à Paris, elle rassemblait 180.000 hommes issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier, volontaires pour défendre la capitale).

  Adolphe Thiers, sous la pression de la commission des "Quinze" de l'Assemblée et des impératifs financiers de l'occupant, prenait la décision de récupérer les 270 canons situés à Montmartre, ou au sein du 18ème arrondissement et les autres pièces d'artillerie misent à Belleville (20e). La garde nationale de Paris avait conservé des canons sur les buttes de Montmartre et de Belleville, à l'origine le fruit d'une souscription à l'effort de guerre du journal Le Siècle durant le premier siège et autres quêtes des clubs et sociétés ouvrières. Les soldats avaient choisi de les mettre hors d'atteinte avant l'entrée dans la capitale des troupes allemandes, et le firent à la force des bras faute d'attelage.

Dans la nuit du 17 au 18 mars, c'était l'envoie d'une colonne de 40.000 soldats sur la capitale avec l'ordre de récupérer les canons. Ce qui fut la goutte qui fit déborder le vase. Mal préparés les soldats de Thiers perdirent du temps à trouver des attelages. Lorsque les troupes arrivèrent à Montmartre, elles se virent cernées par les citoyens Montmartrois avec des aliments et des chopes de vin, les femmes allaient y tenir un rôle non négligeable. Les femmes et les enfants sont venus et se sont mêlés aux troupes. Nous avons été rudement trompés en permettant à ces gens de s'approcher de nos soldats, car se mélangèrent à eux, et les femmes et les enfants leur scandaient : Vous ne tirerez pas sur le peuple!.

Le général Lecomte donna l'ordre à ses hommes de faire feu, le refus fut catégorique. Les nouvelles affluaient dans tout l'Est de Paris, des barricades étaient érigées.
Jules Vallès, écrivain et journaliste décrivit ainsi la première journée, ainsi que commandant de la garde nationale : C'est la révolution ! Nous y voilà, le moment espéré et attendu depuis le premier geste de cruauté d'un père, depuis la première gifle à l'école, depuis la première nuit à dormir dans les rues. Voici la revanche pour l'école, pour la pauvreté et pour le coup d'état de 1851.
 
Le signal de rappel et de mobilisation populaire était annoncé par le tocsin, la foule fit masse et les soldats s'enfuirent, d'autres désertaient et rejoignaient le mouvement naissant. Le général Lecomte, chef de brigade, fut fait prisonnier avec le général, Clément Thomas. A 17 heures, ils furent exécutés dans une liesse effroyable, sous les yeux horrifiés de Georges Clemenceau. Il ne trouva aucun moyen de canaliser la vue frénétique du sang. D'autres émeutes se produisaient dans d'autres quartiers, de nombreux soldats fraternisèrent avec le peuple des "bras nus" de Paris. Les bataillons de la garde nationale s'étaient fédérés avec un comité à leur tête depuis février (d'où le terme de "fédérés" qu'ils conservèrent).

Adolphe Thiers face à une telle levier de bouclier n'a pu contenir le mouvement, il ordonna à l'armée et aux corps constitués d'évacuer sur le champ la capitale. La débandade s'engagea en début d'après-midi et s'acheva à la tombée de la nuit, administrations et ministères inclus. Tout ce petit monde se replia à Versailles, restèrent cependant des huiles ou des ronds-de-cuirs, toujours interchangeables selon les régimes, comme à la Banque de France (organisme privé) pour protéger le magot. La Commune ne reçut que 20 millions de francs, alors que dormait tranquillement des milliards, tandis que Thiers, chef du régime provisoire (qui dura) se coucha littéralement devant les exigences financières du chancelier Bismarck en retour. Il fallait débourser rapidement un millliard, plus de 250 millions de francs furent consacrés à l'offensive contre le péril "rouge".

Paris s'en remis pendant deux mois à des militants jacobinistes (ou républicains sociaux) comme l'avocat Charles Delescluze, aux blanquistes (Auguste Blanqui, lui était en prison le 18 mars), aux proudhoniens, aux premiers "marxistes", dont Marx a été un des premiers auteurs à traiter des erreurs de la Commune, aux anarchistes dont à l'époque Michel Bakounine était le fer de lance. Sans omettre la combativité des femmes plus que manifeste, et l'une d'elle a été cette grande dame que fut Louise Michel (Ci-contre) : institutrice, brancardière et combattante lors des événements ; blanquiste sous la Commune, elle allait devenir par la suite anarchiste (et franc-maçon), ainsi que l'auteure d'un récit ou d'une histoire sur cette lutte sociale et politique.
 


Louise Michel, soldate de la Commune
avec Xavière Gauthière, historienne et une fiction radiophonique
(Louise Michel, G. Clémenceau, T. Ferré, Marie Ferré,
etc., à Montmartre )

France Inter, Autant en emporte l'histoire - durée 54 minutes



ADRESSES DES CITOYENNES
à LA COMMISSION EXECUTIVE DE LA COMMUNE DE PARIS
 Barricade de la place Blanche (9e) - femmes au combat - mai 1871

Considérant : 

- Qu'ils est du devoir et du droit de tous de combattre pour la grande cause du peuple pour la Révolution ;

- Que le péril est imminent et l'ennemi aux portes de Paris ;

- Que l'union faisant la force, à l'heure du danger suprême tous les efforts individuels doivent se fusionner pour former une résistance.collective de la population entière, et laquelle rien ne saurait résister ;

- Que la commune représente le grand principe proclamant l'anéantissement de tout privilège, de toute inégalité, - par, là même est engagée a tenir compte des justes réclamations de la population entière, sans distinction de sexe, - distinction créée et maintenue par le besoin de l'antagonisme sur lequel, reposent les privilèges des classes gouvernantes ;

- Que le triomphe de la lutte actuelle, - ayant pour but la suppression des abus, et dans un avenir prochain, la rénovation sociale tout entière, assurant le règne du travail et de la justice, - a, par conséquent, le même intérêt pour les citoyennes que pour les citoyens ;

- Que le massacre des défenseurs de Paris par les assassins de Versailles exaspère à l’extrême la masse des citoyennes et les pousse à la vengeance ;

- Qu'un grand nombre d'entre elles est résolu, au cas où l'ennemi viendrait à franchir les portes de Paris, à, combattre et vaincre où mourir pour la défense de nos droits communs ;

- Qu'une organisation sérieuse de cet élément révolutionnaire en une force capable de donner un soutien effectif et vigoureux à la Commune de Paris, ne peut réussir qu'avec l'aide et le concours du gouvernement de la Commune ;

Les déléguées des citoyennes de Paris demandent à la commission exécutive de la Commune :
1° De donner l'ordre aux mairies de tenir à la disposition des Comités d'arrondissement et du Comité central, institués par les citoyennes pour l'organisation de la défense de Paris, une salle dans les mairies des divers arrondissements, ou bien, en cas d'impossibililé, un local séparé où les Comités pourraient siéger en permanence;
2° De fixer, dans le même but, un grand local où les citoyennes pourraient faire des réunions publiques.
3° De faire imprimer, aux frais de la Commune les circulaires, affiches et avis que les dits Comités jugeront nécessaire de propager.

Pour les citoyennes déléguées,
membres du comité central des citoyenne :
 Adélaïde Valentin, ouvrière ; Noémie Colleuille, ouvrière ; Marcand, ouvrière ; Sophie Graix, ouvrière ; Joséphine Pratt, ouvrière ; Céline Delvainquier, ouvrière ; Aimée Delvainquier, ouvrière ; Elisabeth Dmitrieff.
Source : Le Cri du Peuple du dimanche 16 avril 1871,
n°46, première année, page 2, rédaction rue d'Aboukir


L'Union des Femmes et son Comité central?

Un fait important entre tous, qu'a mis en lumière la révolution de Paris c'est l'entrée des femmes dans la vie politique. Sous la pression des circonstances, par la diffusion des idées socialistes, par la propagande des clubs elles ont senti que le concours de la femme est indispensable au triomphe de la révolution sociale arrivée à sa période de combat ; que la femme et le prolétaire ces derniers opprimés de l'ordre ancien, ne peuvent espérer leur affranchissement, qu'en s'unissant fortement contre toutes les forces du passé. (...)

Le 9 avrit elles participèrent à la manifestation populaire qui brûla deux guillotines au pied de la statue de Voltaire (11e arrondissement). On les trouvait toujours en nombre imposant dans les actions collectives, et beaucoup se dévouèrent particulièrement à la cause révolutionnaire. Un certain nombre d'héroïnes faisaient crânement et modestement le coup de feu aux avant-postes, quelques-unes sous l'uniforme de garde national. On ne comptait plus les cantinières qui se signalaient une dizaine avaient été tuées, et les survivantes n'étaient pas moins braves.

La légendaire Louise Michel,
maîtresse de pension, femme d'une bonté sans bornes, d'un dévouement infini, d'un héroïsme inconscient à force d'être absolu, fournit à ces jours terribles un de ces types qu'admire l'histoire et que les peuples chérissent.


Une femme dont le nom est celui d'un des plus grands écrivains de notre temps, et que Rossel qui s'y connaît, appellait le citoyen André Léo (Victoire Léodile Béra), s'était également vouée à la cause populaire et la servait de sa plume, de sa parole et de son concours. Peu portée aux mesures violentes elle blâma beaucoup d'actes de la Commune mais sachant dégager d'une grande idée militante son cortège inévitable d'écarts et de passions, elle resta fidèle à la Révolution prolétarienne et s'y attacha plus fortement que jamais au moment de la catastrophe.

En compagnie des citoyennes Jaclard, Poirier, Buisard, etc. (de Montmartre), Jarry, Collet, Vanowerbeke, Fallon, Peuriant, Sassin, etc. (de Batignolles) elle fonda dans les 17e et 18e arrondissements un groupe d'ambulancières. Elle prêchait en outre la formation d'un bataillon de femmes pour défendre les barricades en cas de combats dans Paris.


De son côté une jeune Russe qui signait Elise Dmitrieff (en photo) se mit à l'œuvre. Séduite par la grande tradition révolutionnaire de Paris et aussi entraînée par un dévouement passionné à la cause du peuple, elle voulut réunir dans une ligue militante les ouvrières de Paris à l'effet d'apporter à la cause de la Commune un concours précieux, et à l'émancipation des femmes un point d'appui. Elle commença par réunir quelques femmes de cœur, entre autres la citoyenne Lemel, l'une des fondatrices de la société des relieurs et relieuses de Paris et un moment secrétaire de l'une des sociétés de consommation que Varlin avait fondées. Le petit Comité décida que l'on fonderait des clubs de femmes. Ces clubs réussirent.

Le Comité prit le titre de Comité central de L'Union des femmes ; les propagandistes se multipliaient le jour dans les réunions puis le soir dans leurs clubs et les adhésions leur venaient en foule. Elles ouvraient des clubs aussi bien dans les quartiers bombardés que dans les autres, et toujours la foule leur venait.


Bientôt vingt comités de 11 membres furent installés dans les vingt arrondissements de Paris, et groupés fédérativement autour du Comité central siégeant à la mairie de 10e arrondissement. Tandis qu'elles surexcitaient les dévouements à la révolution et qu'elles étaient en instance auprès de la Commune pour obtenir des armes et des postes de danger, elles propageaient les idées sociales de l'Internationale, formaient des noyaux d'associations ouvrières, de chambres syndicales des travailleuses, cherchaient les bases d'une fédération internationale des ouvrières de Paris.

Elles ne négligeaient pas non plus le présent elles formaient des compagnies de citoyennes qui ne demandaient que des armes pour partir aux avant-postes, et envoyaient sur tous les champs de bataille des sections d'ambulancières pour relever et panser les blessés. Bientôt toutes les ambulances furent tenues à la grande satisfaction des blessés, par les femmes révolutionnaires fédérées..

Source : Gallica-BNF, Benoît Malon, La troisième défaite du prolétariat
Pages 272 à 276 - Edité à Neuchâtel, Suisse 1871



La composition du parlement des élus communards a été très variée, et sans femmes élues. Le camp dit "bourgeois" demeurait majoritaire au 26 mars, puis à la vue des abandons de postes, passa aux mains des nostalgiques de 1792 : Blanquistes et Jacobins. Ils pesèrent dans l'inertie des décisions, les autres composantes étaient trop divergentes pour faire cause commune. Seul, le groupe des internationalistes (désignés sous la Commune sous le nom des internationaux) pouvait faire contre-poids, mais les protagonistes ou élus communards ne purent arriver à trancher entre Proudhon et Marx sur le contenu de ce qu'il fallait mettre en œuvre. Ce fut pour ainsi dire une assemblée plus que confuse.

Pendant ce temps, Thiers propagande à l'appui depuis Versailles levait rapidement 100.000 hommes
, des soldats de l'armée régulière qui avaient été fait prisonniers et avaient été libérés par l'occupant dans le cadre des conventions ou des préliminaires de paix du 26 février. Des assauts en direction de l'Ouest vers Versailles, Sèvres et Châtillon furent tentés les 3 et 4 avril par des troupes fédérées sous le commandement d'officiers blanquistes comme Emile Eudes ("la sortie torrentielle"). Certains de leur réussite, mais sans réelle stratégie, armement lourd et même victuailles, les attaques se soldèrent par des échecs et cantonnaient Paris à l'impuissance, à se replier, et à vivre un nouveau siège. Gustave Flourens à la tête d'un des mouvements de troupe sous les ordres du général Jules Begeret, avec plusieurs milliers d'hommes se virent bombardés sans ménagement depuis le Mont-Valérien, la panique provoqua une dispersion des soldats "fédérés". Le général Flourens dut s'enfuir long de la Seine, il était arrêté après une dénonciation ; une fois identifié son crâne était sabré par un capitaine de la gendarmerie, puis on le fusilla, et sa dépouille criblée servit de trophée dans les rues de Versailles.

Engels dit : « Dans son activité politique (Blanqui) fut avant tout un "homme d'action" qui croyait qu'une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d’effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse . . . De l'idée blanquiste que toute révolution est l'œuvre d'une petite minorité dérive automatiquement la nécessité d'une dictature après le succès de l'insurrection, d'une dictature que n'exerce naturellement pas toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais le petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui, à leur tour, sont soumis d'avance à la dictature d'une ou de plusieurs personnes » [Le programme des émigrés blanquistes de la Commune, 1874]. (...) Ainsi, comme les masses sont autres, comme le prolétariat est autre, on ne peut parler aujourd’hui d’une tactique de conspirateurs, d’une tactique blanquiste. Blanqui et ses héroïques camarades ont fait des efforts superhumains pour amener la masse à la lutte de classe ; ils n’ont point réussi, parce qu’ils avaient en face d’eux des travailleurs qui n’avaient pas encore rompu avec le système des corporations, qui étaient encore plongés dans l’idéologie petite-bourgeoise.
Blanquisme et Sociale-Démocratie, Rosa Luxembourg, juin 1906

Deux causes majeures ont pesé et ont joué un rôle dans la chute de cette révolution embryonnaire. La première fut l'argent et la non utilisation des réserves d'or, que pourtant avait "sous le coude" l'assemblée communale. La deuxième fut stratégique et décisive dans le rapport de force, et maintes fois rédigées. L'isolement dans les murs de la capitale a permis "aux canons de la réaction" encerclant Paris de réduire à néant, ce qui fut probablement de mémoire de Parisien une de ces périodes les plus riches de sens. Qui fut au service de nouveaux idéaux universels. Cet affrontement social et politique nous laisse pour mémoire et revendications : l'organisation d'une égalité entre les femmes et les hommes, l'idée d'un salaire minimum, l'accueil gratuit de tous les enfants à l'école communale et la suppression de leur travail, la journée de huit heures, etc.

 
En mai, le 21, les armées de la contre-révolution entamèrent une bien triste page d'histoire. Le 22, des gendarmes, des séides ou anciens gardes nationaux bonapartistes s'engageaient dans le massacre de plusieurs milliers d'hommes, mais aussi des femmes et des enfants. Le 24 mai, le parlement communard se dissolvait. Puis ce fut l'exil forcé pour environ 5.000 personnes, pour beaucoup avant le 28 mai, ceux qui furent arrêtés plus de 38.000 personnes, 3.000 furent envoyés deux ans plus tard dans les bagnes Néo-Calédoniens, dont Louise Michel et Henri Rochefort. Après des procès expéditifs, à l'automne 1871, 80 hommes furent fusillés dont  le  colonel Louis Rossel.

Ci-contre : les ruines du théâtre Saint-Martin

Pendant la "semaine sanglante" la ville a été conquise, rue par rue, jusqu'au dimanche 28 mai. On recensa des incendies nombreux : à l'Hôtel de Ville, au Quai d'Orsay, aux Tuileries, à la Légion d'honneur, à la Cour des comptes, au Palais de Justice, à la Bibliothèque du Louvre, etc. Au final les armées de Versailles achevaient la reconquête de la capitale avec la prise du Père Lachaise, et la chute de la dernière barricade, rue Ramponeau (Paris 20ème). Ce fut un outil de propagande utile pour dénoncer les communards, un beau serpent de mer sur les violences d'une répression brutale et fruit  de ces ruines qui marquèrent les esprits, plus que la mort de milliers d'anonymes, dont les estimations varient de 20.000 à 32.000 morts.

La Guerre Civile en France (2/2)

L'entendement bourgeois, tout imprégné d'esprit policier, se figure naturellement l’Association internationale
des travailleurs comme une sorte de conjuration secrète, dont l'autorité centrale commande, de temps à autre, des explosions en différents pays. Notre Association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays du monde civilisé.

En quel que lieu, sous quelque forme, et dans quelques conditions que la lutte de classe prenne consistance, il est bien naturel que les membres de notre Association se trouvent au premier rang. Le sol sur lequel elle pousse est la société moderne même. Elle ne peut en être extirpée, fût-ce au prix de la plus énorme effusion de sang. Pour l'extirper, les gouvernements auraient à extirper le despotisme du capital sur le travail, condition même de leur propre existence parasitaire.

Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle.

Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer.

Karl Marx Londres, le 30 mai 1871. In la Guerre Civile en France (1871)



Les étrangers et figures au sein de la Commune de Paris

Nombreux étaient les étrangers qui participèrent à la Commune : des travailleurs immigrés ou migrants, Allemands, Belges, Luxembourgeois, Polonais, Espagnols, des Italiens dont les Garibaldiens engagés volontaires pour défendre la république face à la menace des états Allemands (puis de l'Empire de Guillaume Ier), et des révolutionnaires en exil se cachant ou travaillant en France, etc. Fait plutôt ignoré dans l'histoire contemporaine de la France, plusieurs étrangers occupèrent une place dirigeante ou des fonctions militaires lors des deux sièges.

Notamment, un hongrois juif, ouvrier bijoutier, Léo Fränkel (en photo).

     
« Nous ne devons pas oublier que la Révolution du 18 mars a été faite exclusivement par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, nous qui avons pour principe l’ Égalité sociale, je ne vois pas la raison d’être de la Commune.  L.F.

Frankel siégea au Conseil général de la Commune et à la commission des élections, le 30 mars 1871, il fut confirmé ainsi :


« Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent (...), la commission est d'avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l'admission du citoyen Frankel.


Il y avait à Paris, environ 40.000 Belges, dont un "Comité Belge" : Georges Melotte, cheminot, Alexandre Lebrun, Pierre Cammaerte, Rifflet et Thomas diffusèrent un appel au début du mois de mai 1871 pour la création d’une "Légion fédérale belge". 700 belges suite à la Commune furent arrêtés, le plus gros contingent étranger de prisonniers pour un peu plus de 2000 personnes, dont environ 700 Polonais et 300 Italiens.

Membre de la branche Allemande de l'Internationale, Léo Frankel fut promu ministre du Travail et inspira toute l'œuvre sociale de la Commune.
Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assumèrent des commandements militaires. Anna Jaclard russe, née Korvine-Kroukovskaïa, Élisabeth Dmitrieff, elle aussi russe co-dirigea l'Union des Femmes.

En retour, les acteurs de la Commune connurent la solidarité du mouvement ouvrier International.


    *

Délégués à la guerre : Gustave Cluseret (1823-1900) général de l'armée nord-américaine ; Louis Rossel (1844-1871), fusillé ; Charles Delescluze (1809-1871), mort au combat.

Chef militaires ou généraux de la Commune :
Jaroslaw Dombrowski (1836-1871), mort au combat, quartier maître de l'armée russe ; Gustave Flourens (1838-1871), assassiné ; Charles Lullier, lieutenant de vaisseau (1838-1891) destitué le 25-3-1871 pour incompétence.

 
Suite de la promenade :
La Commune de Paris, l'Est Parisien
 
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Dernières modifications : 31/12/2018