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La Renaissance à Paris

(seconde partie)

En 1572, c'était aussi l'union de Marguerite de Valois, catholique, dans la capitale (ci-contre) avec son cousin Henri de Navarre. Le Béarnais abjura-t-il sa foi pour la paix civile du royaume? Ce qui le poussa à 7 ou 8 revirements... tentons d'y voir plus clair !

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Le futur Henri III était élu roi de Pologne en 1573, à la mort de son frère Charles IX l'année suivante, neuf mois après il fut sacré à Reims, le 13 février 1575. Le roi épousait le surlendemain Louise de Vaudémont contre toutes les attentes de Catherine de Médicis, qui envisageait un mariage princier avec la Suède et de faire élire son dernier fils François, comme le nouvel édile de Pologne et de Lituanie à la suite d'Henrik 1er, remplacé au final par un prince Transylvanien.

A contretemps, Henri de Valois épousa une femme de petite noblesse lors du retour de son périple européen, qui plus est de la maison de Lorraine. Toutefois comme sa mère, la jeune reine inattendue s'avéra elle aussi comme une femme d'Etat, pareillement à sa belle-mère, toutes les deux eurent une activité diplomatique conséquente. Et en ce domaine Catherine de Médicis fut au centre des nombreuses tractations qui assurèrent l'unité du royaume, loin ou à rebours des portraits et récits dressés par les historiens du XIXe siècle, et toujours en débat.


Sous le coup d'une légende noire, les réalités ne sont pas simples à exposer. Catherine de Médicis avec ses trois enfants rois "névrosés",  il n'est pas évident d'aborder une période, où le discrédit était général et les oppositions exacerbées, donc propice à des partis pris, même en l'état des recherches et connaissances. Selon l'idée que les vainqueurs effacent ou éliminent les vaincus, Henri de Navarre n'aurait pas pu ramasser la mise sans les vues à long terme de la reine-mère, qui assura plusieurs régences. Et Henri le Béarnais a été sous son emprise et inclus à ses perspectives politiques d'unions, mais pouvait-elle se douter que ses ouailles pouvaient la contrecarrer ou être les acteurs directs de la discorde?

Henri de Valois naquit à Fontainebleau en 1551 et avant d’accéder à la couronne de France, il a été d’abord roi de Pologne en 1573 sous le nom d’Henri 1er pendant deux années, il fut élu par la Diète, le Parlement polonais. Parti en Pologne l’année 1574, ce fut sa mère Catherine de Médicis (ci-contre) qui assura la régence en son absence. Henri de Valois fit en sorte de ne pas conserver le titre étranger, son ambition (et espoir de gloire) aurait été de devenir roi de France. Ce qui ne correspondit pas au plan de sa mère, depuis la disparition d’Henri II, cette dernière avait la haute main sur les affaires et administrait le pays comme régente.


Le quatrième fils (et préféré) de Catherine de Médicis et d’Henri II, le nouveau suzerain débuta son règne en s’appuyant un temps sur la sainte Ligue. Mais un de ses appuis, le cardinal Charles de Lorraine de la famille de Guise contesta la transmission réclamant le trône pour sa branche, mais cette prétention n’allait pas pour autant en finir avec cette vieille lignée carolingienne. Ce dernier décéda peu après.

Les deux Henri (Navarre et Valois) avaient à peu près le même âge et ils avaient grandi ensemble à la cour d’Henri II. Henri III se vit confronter à la menace que représenta son cousin le troisième duc de Guise, Henri 1er, et fit en sorte de se débarrasser de cette contestation, et là où il avait échoué devant les forces Réformées, il dut se résoudre à la paix et ouvrit ainsi la succession à Henri de Navarre. Henri III a été à l’origine des édits de Beaulieu et de Poitiers, bien plus favorables aux huguenots, que l’acte promulgué en 1598 par son cousin héritier.

Avec Henri de Valois, il n’est pas plus simple de faire une synthèse des faits ou événements de ce règne d’une quinzaine d’années, ou ce qui est propre à la seconde partie du XVIe siècle, du sacre d’Henri II au règne d’Henri IV. Pour une raison assez simple, l’avènement de ce prince n’a pas laissé grandes victoires ou louanges, mais des critiques négatives et oppositions nombreuses. Une attitude désinvolte et pleine de maladresse irritèrent divers partis dès son accession à la tête du royaume. Ce qui en fit un personnage d’intrigues et erratique dans ses comportements. Et s’il a été tant décrié, il représente une faille et demanderait à plus d’éclaircissement.

À la suite des nombreuses guerres civiles et religieuses survenues de 1562 à 1598, sur 36 années se déroulèrent huit étapes conflictuelles plus ou moins longues et faîtes de batailles, de déplacements de troupe et villes assiégées, comme La Rochelle en 1573, qui opposèrent les réformés aux tenants du dogme romain. Et qui participèrent des traités de paix plus ou moins solides et selon une géographie, où la France n’était pas vraiment établie dans ses frontières de l’est ou à l’orient, menacée au nord par les pays méridionaux des Pays Bas espagnols. Mais cela ne suffit pas à comprendre les conditions dans lesquelles Henri de Valois accédait dans un contexte de fortes rivalités, si l’on examine les deux décennies avant l’édit de 1598 et le rôle et les fonctions de la reine mère depuis son union avec Henri II, nous plongeons dans un roman familial où beaucoup peut concourir à ne plus savoir qui est qui ?




Famille de Valois d'Henri II à Henri III


Chaque maillon de la famille de la reine mère et en particulier ses héritiers mâles : cinq au total, trois furent rois et en offrant au mariage sa fille Margueritte de Valois (Margot) à son cousin Henri de Navarre, elle a su tisser des liens et une emprise affirmée sur la conduite des affaires et de la famille royale. Son dernier fils, François proche des huguenots a été envisagé dans une union à Elisabeth 1ère d’Angleterre, et Catherine de Médicis a su contracter des unions utiles pour maintenir l’unité du royaume face à la toute puissance de l’Espagne. Une femme de caractère, sans nul doute, qui jusqu’à son décès en 1579 officia à un rôle prépondérant, ce qui ne signifia pas que ses enfants ne furent pas pour autant contradictoires ou dans une opposition au suzerain? On peut considerer que pour l'ensemble des partis en cause la famille royale était intouchable, et les rivalités familiales s'exerçaient à fleurets mouchetés... jusqu'alors.


L’ennui et contrairement aux nombreuses couches que connut Catherine la "florentine" : une dizaine, les héritiers ou progénitures n’ont rien laissé comme possible dauphin ou succeseur mâle. A la mort de son fils Charles IX qui n’a pas vraiment régné, en raison de son jeune âge et de crises de folie, la régente à sa disparition ordonna la fermeture de certains accès du Louvre et appela à sa rescousse des forces armées pour protéger les entrées, dont elle conçut l’idée d’un Palais royal. Par ailleurs, la reine-mère mit en demeure son dernier fils le duc d’Alençon et d’Anjou et Henri le Béarnais de ne pas quitter la cour, jusqu’à ce que ces derniers prennent la poudre d’escampette, et combattent à leur tour.

La place des histoires familiales et de leurs choix pour la Réforme ou contre n'expliquent pas tout, ni les nuances qui ont pu exister, entre autres à l'exemple la modération d'hommes comme Montaigne (tout comme le poète de cour Pierre de Ronsard, Montaigne a connu le mécénat de la reine Catherine). Ce qui est sûr c'est que les grands perdants furent les huguenots, et que l'édit de Nantes n'a été qu'une pâle copie par rapport à l'édit de Beaulieu ou de Poitiers. Il s'agit de même de prendre en compte une guerre civile et un affrontement anglo-espagnol. Le rôle des ambassades, des services secrets sont aussi de cette histoire tumultueuse où Catherine de Médicis a été renvoyée à ses occupations sur l'occultisme, ou bien avoir été l'instigatrice de la Saint-Barthélemy, ou même être une empoisonneuse, soit l'équivalent d'une sorcière ou d'une personne maléfique. Dans le doute obtenu et une déconsidération abusive, il vaut mieux échapper aux binarismes des "gentils et méchants". De toute part les violences ont dominé et décimé, et les cercles fermés des pouvoirs négocier en coulisse, et malgré les plans prévus, elle ne se doutait pas qu'Henri de Valois (tout aussi discrédité), et bien que son fils préféré lui amener de si gros soucis de gouvernabilités.


Néo-platonicienne et de formation humaniste, la reine-mère a laissé une abondante correspondance (5.000 lettres), elle s'adonnait aux horoscopes ou prédications de mages (Nostradamus et Ruggieri), ce qui n'avait rien d'anormal, la chose était courante, l'astrologie pour l'époque était une science. Et pour saisir le contexte, René Descartes naissait à la fin du siècle, la pensée rationnelle plutôt absente pour considérer ces temps-là autrement que par ses oppositions cultuelles et ses réalités économiques et sociales.


Henri III qui fut un batailleur et vainqueur de la bataille de Coutras, la disparition de Marie de Clèves, princesse de Condé son amante et mère d'une fille qui lui fit perdre la vie en couche, encore duc d'Anjou et d'Orléans, Henri de Valois à l'annonce de sa mort sombra dans des excès, aussi bien mystiques qu'en des dépenses inconsidérées pour des somptueuses festivités. Qui plus est, il ne mena aucune bataille du temps de son règne, le roi a cru prendre la tête de la sainte Ligue et tenir à distance les prétentions à un trône en apparence vacillant.

On pourrait en oublier les pressions et interventions extérieures des états Allemands calvinistes, et une liste de traité qui favorisèrent des solutions d’aménagements territoriaux face aux pays frontaliers de l'est, qui comprenaient : les duchés de Savoie, du Dauphiné, de Lorraine, la Franche-Comté espagnole et le saint Empire germanique. Au final, il y a de quoi s'interroger sur la conception et mise en oeuvre de l'Eglise gallicane parachevant la structure intemporelle en faveur de la royauté et d'un pouvoir tendant pas à pas à l'absolutisme.

Nous ne pourrons pas apporter sur cette période terminale du XVIe siècle tous les tenants, sauf à comprendre les oppositions religieuses en une autre perception conflictuelle. Assassinats et duels, et conflits guerriers ont été légions dans les rangs de l’aristocratie française tout camp confondu. Mais ces données ne peuvent suffire pour en saisir toutes les interactions et nuances, et de quoi se perdre ou patauger dans les lignages. Le danger est d’appréhender le règne d’Henri III sous le seul angle des bons et mauvais huguenots et catholiques et toujours de manière frontale, une vision un peu trop simple et limitée au royaume.



Les origines de la sainte Ligue (ou sainte Union)

Les 40 dernières années du XVIe siècle sont particulièrement riches et denses, et tout ce qui se déroule dans la capitale n’aide pas à prendre en considération l’état général du royaume et plus largement en Europe. Une mutation d’ampleur qui va au-delà des seuls affrontements guerriers en interne et met en scène la première puissance avec l’Espagne, financeur de la sainte Ligue, qui s’appuya sur le clan des Guise, ducs et cardinaux de Lorraine pour tenter de mettre la main sur la couronne de France.



Procession de la Ligue par le peintre Jacob Bunel (Château de Pau)

La réalité de trois clans familiaux à intérêts divergents, mais dont le but commun était de diriger le pays participa du chaos ambiant sans se défaire, le paradoxe de cette époque trouble. Les membres et soutiens à Henri troisième duc de Guise (le petit dernier) représentèrent le camp des ultras catholiques refusant toute conciliation et s’armèrent comme du temps des croisades pour combattre l’hérésie huguenote jusqu’au dernier de ses membres. Une folie meurtrière dont les huguenots calvinistes ont été aussi acteurs de massacres dans les années 1560.

La famille royale de la dynastie des Valois, bien que dotée de plusieurs héritiers successifs (François II et Charles IX), avec l’avènement d’Henri III finissait la dynastie de Valois, à un peu plus des trois-quarts du siècle, l’issue ne pouvait amener que soit un de Guise, soit un de Bourbon sur le trône, deux familles prétendantes et Philippe II aux embuscades. Ce n’était pas sans compter sur l’appui des états Allemands calvinistes et ceux que l’on nommait les "Malcontents ou Mécontents", qui au sein du royaume se positionnèrent sur les partisans religieux modérés des deux camps et trouvèrent dans le duc François d’Alençon leur figure de prou, dernier fils de Catherine de Médicis (décèdé en 1584). Plus d’enfants mâles pour succéder et les menaces externes se précisant, l’unité ne céda pas pour autant et s’est maintenue au fil des conflits et trêves ou Etats Généraux.

Quant au parti catholique organisé dans la sainte Ligue, il prenait pour décision d'interdire au roi Henri III de faire allégeance aux Protestants, prêt si besoin était,
notamment de mettre un arrêt à la dynastie des Valois, ce qui survint par absence d'héritiers mâles.
« Dès l’an 1562, vingt-six ans avant la journée des barricades, le cardinal de Lorraine étant au concile de Trente conçut le plan d’une sainte ligne, ou association de catholiques, qui devait avoir le triple but de défendre à main armée, l'église romaine en France, de faire rendre au frère du cardinal, François duc de Guise, la lieutenance générale du royaume, et de l'aider a monter au trône, dans le cas où la race (dynastie) des Valois viendrait à s'éteindre. La mort du duc, assassiné devant Orléans par Poltrot, ne permit pas au cardinal d'exécuter son plan.

Cinq ans après, Henri de Lorraine, duc de Guise, fils aîné de François, et alors âgé de dix-huit ans, fit, pour la première fois, composer une formule de serment, par laquelle les signataires s'engageaient à sacrifier leurs biens et leurs vies à la défense de la religion catholique envers et contre tous, excepté contre le Roi, la famille royale et les princes de son alliance. Cette formule fut signée par la noblesse de Champagne et de Brie, provinces dont Henri était gouverneur, et le 25 juillet 1568, l'évêque et le clergé de Troyes la signèrent également. L’association est nommée dans la formule sainte ligue, ligue chrétienne et royale.

Jusqu'à l'année 1576 cette association resta secrète et ne franchit pas les limites de la Champagne. Les massacrés de la Saint-Barthélemy avaient suffi pour occuper les catholiques et pour satisfaire l'ambition des Guises. D'un autre côté, l'inventeur de la Ligue, le cardinal de Lorraine, étant mort en 1574, ses plans semblaient devoir s'éteindre avec lui ; mais Henri de Guise n'oublia pas les instructions de son oncle, et le nouveau roi, Henri III, lui donna bientôt l'occasion de les mettre à profit. » (in l'Histoire abrégée de la Ligue, Vitet Ludovic)
C'est à partir de l'année 1585, qu'était publié  à Perrone (département de la Somme) la poclamation de la Ligue, elle demandait entre autres, la tenue d'Etats Généraux, et une religion unique. La dite sainte Ligue avait obtenu le soutien du roi Philippe II d'Espagne, pour faire pression sur le roi de France, et resta relativement secrète avant de se manifester ouvertement dans Paris et y trouver le soutien des Parisiens du peuple. Les ligueurs demandèrent au prince Henri de Guise de les rejoindre à Paris. Le roi Henri III, de son côté fit venir des troupes françaises et des gardes Suisses, qu'il disposa tout autour du Louvre et de l'île de la Cité. Dans cette ambiance surchauffée, la foule fit le choix de la Ligue et se prononça en faveur d'Henri de Guise, dit le Balafré, présent à Paris depuis le 9 mai 1588. Une rumeur circulait dans la ville d'une Saint-Barthélemy de revanche, qui devait s'organiser contre les catholiques cette fois-ci.

La révolte gagna le vendredi 12 mai 1588, dès l'aube, le quartier dit latin se remplissait de «barricades», les monticules étaient formés à partir de barriques.
Les objets le plus couramment utilisé pour barrer les voies, et plusieurs porteurs d'armes y trouvèrent la mort.
Henri III s'en allait précipitamment à Chartres, se replia par la suite à Rouen et signait l'édit de l'Union. Le roi se soumettait aux conditions de la sainte Ligue, Henri de Guise devenait lieutenant-général du royaume, puis Henri III convoquait une nouvelle fois les Etats Généraux à Blois.



La journée des Barricades et fuite d'Henri III

de Pierre de l’Estoile (1546-1611)

De l’arrivée du duc Henri de Guise à Paris à la fuite d’Henri III après la journée des Barricades, Pierre de l’Estoile ici nous narre un petit bout d’histoire qui marqua les esprits. Son journal ou mémoires est un splendide et authentique témoignage, car l’auteur a été un contemporain des événements. Bien que parti pris dans son récit, il raconte ces journées avec entrain et simplicité, et il est de toute façon, un des rares écrits qui n’ait pas tourné à l’avantage des Ligueurs, qu’il détestait. Est-il précisé dans l’ouvrage dans sa présentation, placardages venus des partis adverses qui s’activèrent à la publication de brûlots contre le roi et la reine mère, et qui a perduré longtemps sous d'autres formes.

Nous sommes à peu de mois de la disparition d’Henri de Guise, et qui l’année suivante connaît la disparition et la fin tragique d’Henri de Valois, sans héritier naturel, et le dernier souffle de Catherine de Médicis. Et cela ne mettait pas fin aux guerres civiles et de l’extérieure, tout en influant en interne, mais ouvrit la voie au Béarnais dans des conditions où l’unité de la France se vit menacée, jusqu’à la conclusion de l’édit de Nantes et le ralliement de tous les grands du royaume. Hier farouches ennemis de ce roi de Navarre hérétique aimé par l’auteur de ce présent texte, sa référence ultime. Il est à noter que la fin de la Renaissance diffère très peu du Moyen Âge et cet écrit est une assemblage de notes de l’auteur (les parenthèses des éditeurs scientifiques n’ont pas été conservées, mais intégrées au texte).



Journal et Mémoires du 5 au 14 Mai 1588 à Paris

« Le jeudi 5 mai, le seigneur de Belièvre revint de Soissons, de l'assemblée qui s'y était faite avec ceux de Lorraine et de Guise, et rapporta au Roi, qui l'y avait envoyé, et mandé par lui au duc de Guise qu'il n'eût à venir à Paris, des réponses ambigües de sa part, avec hautes paroles de mécontentement du dit duc de Guise, qui fût cause que le Roi lui fît une recharge par le dit de Belièvre, par laquelle il lui mandait exprès qu'il n'eût à venir à Paris qu'il ne le mandât ; et que s'il y venait, les affaires étant en l’état qu'elles étaient, pourraient y causer une émotion de laquelle il l'en tiendrait à jamais auteur et coupable de tout le mal qui en adviendrait. Et pour le regard de la ville de Paris, sa majesté étant dûment avertie qu'il s'y pratiquait un remuement dedans contre lui et son état; pour y donner ordre et prévenir les conspirateurs, fît faire fort guet de nuit et de jour et renforcer ses gardes à l'entour de son Louvre, avec résolution d'y châtier quelques Ligueurs perturbateurs du repos de la ville et de l'Etat.

De quoi ceux de la Ligue ayant été avertis envoyèrent en diligence à Soissons supplier le duc de Guise de les venir secourir contre les cruels desseins du Roi. Celui qui y fût envoyé de leur part, fût Brigart qu'on appelait à cette heure là le courrier de l'Union, lequel démontra à M. de Guise le hasard que courait la Ligue à Paris, s'il n'y venait, et que sa présence y était tellement requise, que s'il ne s'y acheminait promptement, il ne fallait plus qu'il fît état d'y avoir aucun serviteur usant de ces mots : « que les frères étaient fort débauchés, mais que sa présence rhabillerait tout et qu'il pouvait assurer sur sa vie et son honneur, que tout se porterait bien s'il y venait. »

Sur quoi M. de Guise ayant un peu songé et insisté sur la défense que le Roi lui en avait faite, enfin s'étant résolu, il monta à cheval avec huit gentilshommes des siens, sur les neuf heures du soir, Brigart faisant le neuvième de sa troupe, et en cette compagnie arriva le lendemain à midi à Paris, qui était le lundi 9 mai. Etant arrivé, alla droit descendre au logis de la Reine mère, qui était indisposée, laquelle néanmoins se fît porter dans sa chaire à bras jusques au Louvre, accompagnée du duc de Guise toujours à son côté, qui la suivie à pied jusques au dit lieu. Cette venue étant annoncée au Roi, l'étonna et lui fut si peu agréable, qu'étant enfermé pour lors en son cabinet, avec le seigneur Alphonse Corse, il lui commença à dire avec un visage triste et plein d'indignation :

- Voilà monsieur de Guise qui vient d'arriver, et toutefois je lui avais mandé qu'il ne vînt point à votre avis capitaine Alphonse, si vous étiez en ma place et que vous lui en eussiez mandé autant et qu'il n'en eût tenu autre compte, que feriez-vous?
- Sire, dit-il, il n'y a ce me semble qu'un mot en cela tenez-vous monsieur de Guise pour votre ami ou pour votre ennemi?
A quoi le Roi n'ayant rien répondu, sinon par un geste qui donna assez à connaître à l'autre ce qu'il en pensait le seigneur Alphonse alors lui dit :
- Sire, il me semble que je vois à peu près le jugement qu'en fait votre majesté, ce qu'étant, s'il vous plait de m'honorer de cette charge, sans vous en donner autrement peine, je vous apporterai aujourd'hui sa tête à vos pieds, ou bien vous le rendrait en lieu là où il vous plaira d'en ordonner, sans qu'homme du monde bouge ne remue, si ce n'est à sa ruine. Et de ce j'en engage présentement ma vie et mon honneur entre vos mains.

A quoi le Roi répondit qu'il n'était encore besoin de cela, et qu'il espérait de donner ordre à tout en bref, par un autre et plus court moyen. Et là-dessus étant sorti de son cabinet, le duc de Guise lui ayant fait une grande et plus basse révérence, mais moins assurée que de coutume, Sa Majesté lui fît assez maigre accueil, se plaignant de ce que l'ayant prié de ne venir, il n'avait laissé nonobstant sa prière et son mandement, de passer outre. De quoi le duc de Guise s'excusa le mieux qu'il pût, laissant à la Reine-mère à faire le demeurant, qui ne cessa d'après le Roi qu'elle ne l'eût apaisé et non tellement toutefois, qu'il n'en demeurât du ressentiment dans l'estomac de ce prince principalement quand il eût entendu, ce jour, les grandes révérences et acclamations que ce sot peuple avait faites à sa venue, et qu'en la rue Saint-Denis et Saint-Honoré on avait crié : Vive Guise vive le pilier de l'église! même qu'une damoiselle étant sur une boutique avait abaissé son masque et dit tout haut ces propres mots Bon prince, puisque tu es ici, nous sommes tous sauvés. »

Le mercredi 10 mai, le Roi ayant eu avis que le duc de Guise avait fait approcher de Paris ses Albanais et autres gens de guerre qui n'en étaient pas loin, et que la suite de ses amis et serviteurs entraient à Paris file à file même que l'archevêque de Lyon, qui était l'intellect agent de son conseil, était arrivé sur le point du dîner à l'hôtel de Guise redoublant ses soupçons et sa défiance commanda la garde des postes très étroite et qu'on eût à faire la nuit bonne garde et sentinelles.

Le vendredi12 mai, le Roi, dès le grand matin, fît à petit Pont, depuis le carrefour Saint-Sevrin, jusques au devant de l'Hôtel-dieu ranger une compagnie de Suisses, et une compagnie de soldats français de sa garde sur le pont Saint-Michel, une compagnie de soldats Français au Marché-Neuf, trois compagnies de Suisses et une compagnie de Français en la place de Grève, trois compagnies de Suisses et une compagnie de Français dedans le cimetière des Innocents quatre compagnies de Suisses et deux compagnies de Français. Et autour du château du Louvre, les autres compagnies de Suisses, restants des quatre mil, et les autres compagnies françaises.


Le Roi tâchait par ce moyen d'exécuter ce qu'il avait déjà résolu en son conseil, c'est à savoir de se saisir de quelque nombre des bourgeois de Paris, de la Ligue, des plus apparents, et de quelques partisans du duc de Guise, faisant la faction comme chef de part, contre lui et contre son état et qui avaient signée la conjuration qu'il disait savoir au vrai avoir été arrêtée entre les Parisiens et ceux de Guise, pour se saisir de sa personne et le déposséder de sa couronne, et faire mourir tous tels remuants et rebelles par les mains des bourreaux, pour servir d'exemple aux autres Ligueurs adhérents au parti du duc de Guise, qui à la bonne foi l'avaient suivi, ayants été trompés sous le masque de la religion qu'il avait prise pour prétexte et couverture de ses damnables et ambitieux desseins.

Telle était l'intention du Roi ; laquelle, le président Séguier sans y penser assez imprudemment pour un grand courtisan qu'il est, découvrît ce matin à un Ligueur, qui lui demandait que ce pouvait être que tout ce grand remuement car il lui dit qu'il était raisonnable que chacun fût le maître en sa maison, et que le Roi se ferait reconnaître ce jour à Paris ce qu'il était, mettant ses bons serviteurs en liberté, par la justice et châtiment qu'il ferait faire des mutins et perturbateurs. Lequel dessein du Roi, toutefois ne réussit à la fin par lui prétendue ; car le peuple voyant ainsi toutes ses forces disposées par la ville, commença à s'émouvoir, et craindre quelque chose de pis, et à murmurer qu'on n'avait jamais vu ni ouï à Paris qu'on y eût mis une garnison étrangère.

Sur ce incontinent chacun prend les armes, sort en garde par les rues et cantons, en moins de rien tend les chaînes et fait barricades aux coins des rues l'artisan quitte ses outils, le marchand ses trafics, l'université les livres, les procureurs leurs sacs, les avocats leurs cornettes, les présidents et les conseillers mêmes mettent la main aux hallebardes on n'ait que cris épouvantables, murmures et paroles séditieuses pour échauffer et effaroucher un peuple. Et comme le secret, l'amour et le vin, ne valent rien quand ils sont éventés, ainsi le duc de Guise ayant découvert de ce côté là le secret du Roi, comme pareillement le Roi avait découvert le sien, craignant d'être prévenu, envoie sous mains plusieurs gentilshommes de ses partisans qu'il fait disposer de son ordonnance en chaque canton pour encourager ce peuple assez mutin mais couard, et enseigner aux escouades et dizaines le moyen de se bien barricader et défendre car encore que l'archevêque de Lyon eût assuré le duc de Guise de la part du Roi, que le département des gens de guerre par les quartiers de Paris, n'étaient contre lui, sinon s'en veut-il fier qu'à son épée.

Au contraire le Roi, qui jusques au midi dudit jour était le plus fort, ayant moyens de rompre les intelligences et barricades du Guisart et de ses Parisiens, remet la sienne au fourreau, avec défense à tous les siens de tirer leurs épées, seulement à moitié, sur peine de la vie espérant que la temporisation, douceur et belles paroles, accroîtraient la fureur des mutins, et désarmeraient peu à peu ce sot peuple, lequel tout au rebours, l'après dîner venue s'étant armé, assemblé et barricadé plus que devant et se sentant fort, commença à regarder de travers les Suisses et soldas français étant par les rues et à les braver de contenance et de paroles, les menaçant, si bientôt ils ne se retiraient, de les mettre tous en pièces. De quoi le Roi averti, envoya le seigneur d'O, le capitaine Alphonse, les maréchaux de Biron et d'Omont, Grillon et plusieurs autres des siens, pour retirer toutes ces compagnies, tant étrangères que françaises, le plus doucement qu'ils pourraient vers lui, du côté du Louvre, et empêcher que ce peuple mutin ne les offensât. Mais ils n'y purent sitôt venir que déjà l'émeute ne fût commencée vers le Petit-Pont, et le Marché-Neuf, et qu'on n'eût déjà blessé quelques-unes des compagnies des Suisses qui y étaient.

Lesquels lesdits seigneurs d'O et Corse retirèrent, les reconduisant par-dessus le pont Notre-Dame et pria as le peuple de les laisser aller sans les offenser, si ne peuvent-ils tant faire, ni ces pauvres Suisses ; jetant les armes bas et criants bonne France et à mains jointes : « miséricorde!» que ce peuple furieux, depuis le Petit-Pont, jusques au pont Nostre-Dame, n'en tuât tout plein tant de coups d'arquebuse, qu'autres coups de main et de grès, et pierres que les femmes et enfants jetaient par les fenêtres. Les autres s'étant rendus criant vive Guise furent désarmés par monsieur de Brissac, et logés en une boucherie au Marché-Neuf, et les morts enterrés d'une fosse qui fût faite au milieu du parvis Notre-Dame. Le reste des gardes du Roi passa ledit pont à grande peine, et furent lesdits seigneurs d'O et Corse,qui les ramenaient, en grand danger de leurs vies et personnes, confessant qu'ils n'avaient jamais eu tant de peur qu'à cette heure là. Ceux de Grève et des Innocents menacés d'être taillés en pièces, aussi bien que les autres, furent sauvés avec ces pauvres Suisses prisonniers, par le duc de Guise, lequel, à l'instante prière et requête du Roi, qui lui envoya le maréchal de Biron, exprès pour cet effet, les alla prendre et conduire lui-même en lieu de sûreté. Sans lui ils étaient tous morts et n'en fût réchappé la queue d'un, comme depuis ils ont reconnu et avoué ne tenir la vie que de ce seigneur, qui pria le peuple de les lui donner, ce qu'il fît tout aussi tôt, étant la fureur de cette sotte populace accointée au simple son de la voix de Guise, tant elle était empoisonnée et assottée de son amour.

Il n'était sorti tout ce jour de son logis, et avait toujours été aux fenêtres de son hôtel de Guise, avec un pourpoint blanc découpé, et un grand chapeau, jusques à quatre heures du soir de ce jour, qu'il en sortît pour faire ce bon service au Roi. En sortant furent ouïs quelques faquins ramassés là pour le voir passer, qui crièrent tout haut il ne faut plus lanterner ; il faut mener Monsieur à Reims; passant par les rues, c'était à qui crierait le plus haut : vive Guise ! Ce qu'il voulait faire paraître avoir à déplaisir, tellement que baissant son grand chapeau, on ne sait s'il riait dessous, leur dit par plusieurs fois « Mes amis, c'est assez ; Messieurs, c'est trop; criés vive le Roi ! » Les autres compagnies françaises de la garde du Roi, se retirèrent vers le Louvre, sans être autrement offensées fors deux ou trois, qui furent si téméraires que de vouloir braver les bourgeois du carrefour Saint-Sevrin qui étaient animés et assistés par le comte de Brissac, qui avait dès le matin gagné le côté de l'université, fait armer les écoliers, et fait faire les premières barricades vers la rue Saint-Jacques et le quartier de la place Maubert où un avocat de la cour, nommé La Rivière, se montra tant ardent et actif par dessus tous tes autres à barricader et animer le peuple à l'encontre du Roi, qu'il lui échappa, en régnant Dieu, de dire ces vilains mots : « Courage, messieurs, c'est trop patienter, allons prendre et barricader ce bougre de Roi dans son Louvre. »


Paris à la fin du XVIème siècle

Le chevalier d'Omale vint sur le soir retirer monsieur d'O de la presse où il était et le ramena avec le seigneur Corse jusques au Louvre en assurance. Laquelle escorte servît bien au dit d'O, qui était mortellement haï et mal voulu du peuple, qui avait opinion que par son conseil, et celui de Villequier son beau-père, le Roi avait fait faire cette belle disposition de troupes armées par la ville; comme aussi ç'avait été lui qui, le matin, les y était venu poser et disposer avec Grillon, au quel on n'en voulait pas moins, pour avoir été si insolent, et vilain en paroles, que de menacer les bourgeois de Paris cette nuit là, du déshonneur de leurs femmes, et ce en termes injurieux, sales, et impudiques tout outre. Toute cette nuit le peuple fût en alarme, et par deux fois en la dite nuit vint le comte de Brissac l'animer et encourager de poursuivre sa pointe, lui tenant le secours des écoliers, qu'il avait fait armer, prêt au carrefour Saint-Sevrin, pour le faire marcher quand besoin serait. Et pour ce que, le jeudi des barricades, toutes les portes de Paris avaient été tenues fermées fors la porte Saint Honoré qui seule avait été ouverte, le lendemain qui était le vendredi 13 mai, les portes Saint-Jaques, Saint-Marceau la porte de Bussi (Buci ou St. Germain) et celle de Saint-Antoine furent ouvertes et gardées par les bourgeois de la Ligue, qui n'y voulurent souffrir les gardes des Suisses, et soldats français, que le Roi y voulait envoler, si bien qu'à ce pauvre Roi ne demeura que la fausse porte du Louvre, par la quelle il se pût sauver, (comme il fît), la nécessité le pressant. Or voyant le prévôt des marchands et échevins que ce peuple armé et mutiné, qui toute la nuit était demeuré tumultueux, les armes au poing, et bravant sur le pavé, continuait encore ce jour, et menaçait de faire pis, soutenu sous main par le duc de Guise et ses partisans qui se renforçaient d'heure à autres, et entraient à la file dans la ville, allèrent au Louvre accompagnés de quelques capitaines de la ville parler au Roi, et lui remontrer que s'il ne donnait prompt ordre d'apaiser ce tumulte, sa ville de Paris s'en allait perdue.

A quoi le Roi (rassurant un peu sa contenance qu'il portait fort triste), leur dit qu'il ferait tout ce qu'on voudrait mais qu'il voulait que le peuple levât les barricades et posât les armes, les assurant en foi et parole de Roi, qu'il ferait retirer ses forces à sept lieues de Paris, voire à dix, si ce n'était assez, et contremanderait les autres, qu'il avait mandées venir à lui. Sur quoi auraient répliqué à sa Majesté le dit prévôt et capitaines, que l'affaire pressait, et qu'il eût été bon que sa Majesté, pour raccoiser (calmer) un peu la fureur du peuple, les eût fait sortir à l'heure même sans plus tarder, et qu'il n'avait autre moyen pour leur faire quitter leurs armes et leurs barricades, car si on attendait davantage, ils avaient peur qu'on y vînt trop tard. Sur quoi le Roi leur dit, qu'il y allait donner ordre incontinent, et qu'ils regardassent de leur part d'apaiser le peuple. Sur ces entrefaites, le seigneur de Meru, que le Roi avait envoyé hâter, se vînt présenter avec sa compagnie d'hommes d'armes à la porte Saint-Honoré ; mais les bourgeois qui étaient en garde ne le voulurent pas laisser entrer. Aussi lui manda le Roi, qu'il se retirât, craignant qu'on ne courût lui et à ses gens, comme on était prêt à ce faire. Le tumulte se renforçant, la Reine-mère, laquelle tout du long de son dîner n'avait fait que pleurer, prend le chemin vers l'hôtel de Guise, pour tâcher de pacifier cette émotion laquelle était telle qu'à peine pue-t-elle passer jusques là par les rues si dru semées et retranchées de barricades, desquelles, ceux qui les gardaient, ne voulurent jamais faire plus grande ouverture que pour passer sa chaire.

Enfin y étant arrivée, elle parle au duc de Guise, le prie d'éteindre tant de feux allumés, venir trouver le Roi, du quel il aurait autant de contentement qu'il en pourrait espérer, et lui faire paraître en une si urgente occasion qu'il avait plus de volonté à servir qu'à dissiper sa couronne. A quoi le duc de Guise, faisant le froid, répond qu'il en était bien marri mais qu'il n'en pouvait mais, que c'est un peuple, et que ce sont des taureaux échauffés qu'il est malaisé de retenir. Quant à aller trouver le Roi, dit que le Louvre lui est étrangement suspect, que ce serait une grande faiblesse d'esprit en lui d'y aller, les choses étant en l'état qu'il les déplorait, et se jeter faible et en pourpoint à la merci de ses ennemis.

Lors la Reine remarquant de l'opiniâtreté en la résolution et au dessein du duc de Guise, en donna avis au Roi par Pinart, lequel voyant le peuple continuer en ses armes et en sa furie, et celle-ci croître et augmenter d'heure en heure, l'Hôtel de la Ville et l'arsenal pris et occupés par le duc de Guise, et les Parisiens ses partisans, qui s'étaient approchés des portes du Louvre, et commençaient à se barricader contre celles-ci entre les autres, un coquin de tavernier nommé Perriechon (qui depuis fût pendu à Paris par ses compagnons) ; averti d'ailleurs qu'en l'université le comte de Brissac, et les prédicateurs qui marchaient en tête comme colonels des mutins, et ne tenaient autre langage, si non qu'il fallait aller quérir frère Henri dans son Louvre, avaient fait armer sept ou huit cens écoliers, et trois ou quatre cens moines de tous les couvents, prêts à marcher vers le Louvre, à la faveur du peuple, furieusement animé contre le Roi et ceux qui étaient prêts de lui, sur les cinq heures du soir, ayant reçu avis par un de ses serviteurs, qui déguisé se coula dans le Louvre qu'il eût à sortir plutôt tout seul, ou qu'il était perdu, sortît du Louvre à pied, une baguette en la main, comme s'allant (selon sa coutume) promenée aux Tuileries.

Il n'était encore sorti la porte qu'un bourgeois de Paris, qui le jour de devant avait sauvé le maréchal de Biron, l'avertit de sortir en diligence pour ce que le duc de Guise était après pour l'aller prendre avec douze cens hommes dont le capitaine Boursier, capitaine de la rue Saint-Denis en était, qui avait usé de ce langage « Il ne faut plus attendre, allons quérir le sire Henri dans son Louvre. Etant arrivé aux Tuileries, où était son écurie, il monta à cheva), avec ceux de sa suite, qui eurent le moyen d'y monter ceux qui n'en avaient pas, ou demeurèrent,ou allèrent à pied. Du Halde le botta, et lui mettant son éperon à l'envers : «  C'est tout un, dit le Roi, je ne vais pas voir ma maîtresse, nous avons un plus long chemin à faire. » Etant à cheval, se retourna devers la ville, et jeta sur elle sa malédiction, lui reprochant sa perfidie et ingratitude, contre tant de biens qu'elle avait reçus de sa main, et jura qu'il ne rentrerait que par la brèche. Il prît le chemin de Saint-Cloud, accompagné du duc de Montpensier, du maréchal de Biron, du sieur d'O du chancelier, des seigneurs de Villeroi et Brulard, secrétaires d'état, du sieur de Bélièvre, du cardinal de Lanoncour, de maître Jacques Faye, son avocat au parlement, et de plusieurs autres, avec ses quatre mille Suisses et soldats français, de sa garde, qui quittèrent le logis à ces nouveaux rois, et l'escortèrent jusques à Saint-Cloud, et de là le suivirent plus lentement, car il alla passer à Trappes de là faire collation et coucher tout botté à Rambouillet, et le lendemain dîner à Chartres, où il fut bien reçu par les habitants, et y séjourna jusques au dernier jour de mai.

Ce jeudi 12 de mai, surnommé le jour des barricades, fût le commencement et l'occasion des grands troubles advenus depuis, haut loué et magnifié seulement des Ligueurs et des sots badauds de Paris, que la bonté du Roi seule sauva, et non la vaillance du duc de Guise, qui (Dieu merci) ne fut point en peine de mettre la main à l'épée contre ses compères et bons amis, qui se montraient tant siens et affectionnés ce jour-là, qui ne lui resta à faire que ce qu'il n'osa entreprendre le lendemain. Sur quoi un quidam ne rencontra pas mal quand il disait, que les deux Henri avaient tous deux bien fait les ânes, l'un pour n'avoir eu le coeur d'exécuter ce qu'il avait entrepris, en ayant eu tout loisir et moyen de le faire jusques à onze heures passées du matin du dit jour des barricades, et l'autre pour avoir, le lendemain, laissé échapper la bête qu'il tenait en ses filets. Et à la vérité, qui a voulu boire une fois du vin des dieux, jamais ne se doit reconnaître homme qu'il puisse, car il lui faut être César ou rien du tout.

Ce que le duc de Guise a enfin reconnu, mais bien tard. En quoi, les gens de bien et craignant Dieu doivent remarquer le jugement de Dieu et son indignation sur cette maison meurtrière, en ce principalement que les pères et enfants brûlants d'ambition, et s'osant promettre avancement par la ruine de ceux de la religion en France prenants ce voile pour couverture de leurs tyranniques desseins, Dieu les a abandonnés aux cupidités de leurs cœurs endurcis et aveuglés, pour leur faire perdre toute raison et tout respect, afin d'attenter sur l'état et sur la personne du Roi, lequel de successeur de saint Louis, roi Très Chrétien et Catholique, leur a commencé à être tyran, hypocrite, et hérétique, quand ils l'ont vu pauvre orphelin, tant qu'à la fin, ils l'ont chassé ignominieusement de sa capitale ville, le contraignant de leur quitter la place, ce vendredi 13 mai. Pauvre condition d'un roi à la vérité, mais péri à la longue de l'usurpateur, sur lequel vengeance de Dieu doit tomber, pour la catastrophe de la tragédie. Aux premières nouvelles qui furent apportées au roi de Navarre des barricades de Paris, il ne dît mot, sinon qu'ayant songé un bien peu, étant couché sur son lit vert, il se leva et tout gaiement dit ces mots : « Ils ne tiennent pas encore le Béarnais. »

Le samedi 14 mai, la forteresse de la Bastille fut rendue au duc de Guise, qui, en ayant ôté le capitaine que le Roi y avait mis, y fit entrer maître Jean Le Clerc (1), procureur en parlement, capitaine de sa dizaine de la rue des Juifs, qui était estimé fort brave soldat pour un procureur, et fort zélé à la cause de la Ligue, et l'on établit garde et gouverneur du consentement des Parisiens, id-est des zélés mutins de la Ligue ses partisans. Ce jour, arriva à Paris le cardinal de Guise, et fut l'Italien Jamet (ce grand partisan) mené à l'hôtel de Guise, et tôt après lui y furent portés certains coffres pleins de deniers clairs et comptants, montants à grandes sommes. Et disait-on que ce avait fait le duc de Guise à la faveur de Jamet pour la conservation de sa personne et de son bien car le peuple murmurait fort contre les Italiens, nommément contre ceux qui prenaient les partis, et les menaçaient du couteau et du sac.



Notes :


Ce texte  été mis dans un « françois » plus actuel.

(1) Jean Leclerc avait été prévôt de salle avant d'être procureur; il entra dans la Ligue en 1587, et fut fait lieutenant de la Bastille sous Lachapelle-Marteau, maître des comptes, que la Ligue et prévôt des marchands de Paris après les barricades. Ce prévôt des marchands ayant été député aux états de Blois, y fut retenu prisonnier après la mort du duc et cardinal de Guise.

Source : Gallica-Bnf - Mémoires et journal de Pierre de l’Estoile
Registre/journal d’Henri III d’après diverses notes de Lestoile, pages 248 à 252
de MM. Champollion-Figeac et Aimé Champollion fils. (édition à Paris,1837)


Chronologie du règne d'Henri III  :

1573 : Quatrième guerre entre les partis Catholiques et Protestants. En mai, Henri duc d'Orléans et d'Anjou, le futur Henri III est élu par la Diète roi de Pologne sous le nom d'Henrik Ier, il s'y rend l'année suivante et conservera le titre jusqu'en 1575.
1574 : Cinquième guerre de religion (jusqu'en 1576). Mort du jeune Charles IX, Catherine exerce la régence, et Henri III part  pour un voyage à travers l'Europe (Pologne, Autriche et Italie) et fait à son retour une halte à Avignon. Sont publiés Les Sonnets à Hélène de Pierre de Ronsard.
1575 : En février, le 13, Henri III est sacré à Reims sous les auspices du cardinal Louis de Guise (ou de Lorraine) et épouse peu après Louise de Vaudémont ou de Lorraine.


En 1575, la bourgeoisie marchande engageait une offensive pour réduire le nombre des tavernes dans la capitale et ses stocks de vente facteur de spéculation et de prix élévés. Les vins se virent soumis à des droits d'octroi pour toute entrée dans Paris et l'habitude instaura de passer les enceintes pour boire à moindre coût, mais aussi les prémices d'une contrebande du vin. Apparition des guinguettes et des cabarets qui au fil des ans s'ouvriront hors des murailles. Le guinguet était le vin que l'on trouvait en Ile de France et donna son nom aux débits de boisson en région parisienne. Ce qui provoqua en retour des "émotions" populaires contre cette taxe à Bordeaux et dans la capitale.

1576 : En février, Henri de Navarre, troisième du nom s'enfuit de la cour. En mai est promulgué l'édit de Beaulieu ou "paix de Monsieur" (Francois d'Alençon négociateur). Tenue des Etats Généraux et ouverture à Blois en décembre (jusqu'en 1577 et divers actes royaux sur les monnaies).
1577 :  Sixième guerre dont le conflit se passe pour grande part dans le bas Languedoc et promulgation de l'édit de Poitiers. Les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné sont rédigés  (publiés en 1621).
1578 : Débuts de la construction du Pont-neuf, en raison des troubles et de la difficulté des travaux, la construction est stoppée au bout de peu d'années, ou suspendue (sic) pendant dix années, c'est en 1599 qu'Henri IV relance le chantier et que finissent les travaux en 1607. Il est le plus ancien pont existant, ou ayant échappé aux usures du temps, catastrophes ou intempéries.
1579 : En janvier est signé le traité d'Utrecht, il unifie et sépare en deux les Pays-Bas espagnols (Hollande et Belgique), cet acte marque les débuts de l'indépendance des Provinces-Unies. En février est signé entre les parties adverses le traité de Nérac, puis 6 mois après les accords non respectés par les forces huguenotes entraînent le septième conflit. Le 1er avril, se produit en rive gauche une imposante crue de la Bièvre ou plus usuellement désignée sous le nom de la rivière des Gobelins. Cette montée des eaux sera surnommée le «déluge de la Saint-Marcel», de 14 ou 15 pieds de hauteur (1 pied est égal à un peu plus de 30 cm).  Et première édition des Essais de Michel de Montaigne.
1580 :  Epidémie de coqueluche dans la capitale à partir de mai. En novembre est signé la Paix de Fleix en Dordogne, et fin du sixième conflit .
1581 : Fiançailles de François duc d'Alençon et d’Anjou avec la reine Élisabeth d’Angleterre.
1582 : En février, le pape Grégoire XIII ordonne la mise en oeuvre du calendrier grégorien, dix jours calendaires sont supprimés. Marguerite de Valois ("la petite Margot") quitte son époux Henri de Navarre pour la cour.
1583 : Henri III renvoie sa soeur Marguerite de Valois de la cour.
1584 :  Décès de François duc d'Alençon et d'Anjou, frère cadet du roi.
1585 : Constitution de la sainte Ligue à Perrone. La guerre des "Trois Henri" : de France, de Navarre et de Guise (jusqu'en 1598). Henri III se déclare "roi de la Ligue" et interdit le culte protestant avec le traité de Nemours.
1586 : Henri de Guise parade dans Paris. Marguerite de Valois est mise sous bonne garde à Usson en Auvergne, où elle restera en résidence surveillée jusqu'en 1605.
1587 : Froids, pluies abondantes et mauvaises récoltes provoquent une famine à Paris. Se déroule  la bataille de Coutras avec la mort au combat du duc Anne de Joyeuse, "mignon" d'Henri III .
1588 : En mai, se produit "la journée des barricades" à Paris et tenue des Etats Généraux à Blois, où le duc et son frère le cardinal de Guise sont assassinés en décembre sur ordre du roi.
1589 : Henri III est assassiné à Saint-Cloud, le 1er août, par le moine dominicain Jacques Clément. Décès de Catherine de Médicis à Blois, et campagnes militaires d'Henri IV en Normandie avec la victoire d'Arques, le siège de Paris qui suivra sera levé au bout de 6 semaines en août, et de nouveau en octobre avec le même résultat.



DEUX MARTYRES PARISIENNES :
Radegonde et Claude Foucaut (28 juin 1588)


Bûcher en place de Grève

de Nathanaël Weiss (*)

Il est très regrettable que pour tes persécutions de l'époque de la Ligue nous ne possédions aucune narration détaillée comme pour les époques précédentes. L'Histoire ecclésiastique, (de l’imprimerie de Genève) Crespin (1), les Mémoires de l'État de France et beaucoup d'autres relations contemporaines nous donnent une idée, sinon complète, du moins suffisante de ce qui a été entrepris pour l'extirpation du protestantisme jusqu'à la Saint-Barthélemy inclusivement. Le continuateur de Crespin, Simon Goulart, aurait pu sans doute combler cette lacune, car il avait rassemblé de nombreuses informations grâce auxquelles il put compléter l’Histoire des Martyrs et compiler les Mémoires de la Ligue.

Mais, soit la lassitude, soit l'insuffisance des matériaux dont il disposait, le décidèrent à ne nous laisser, pour la période qui s'étend de 1572 à 1597, qu'un résumé ou récit d'histoire qui forme le livre XII et dernier du Martyrologe. Un seul fait y est raconté avec des détails qui ne peuvent venir que d'un témoin occulaire ou du moins minutieusement informé, c'est celui du martyre des «Foucaudes » dont nous publions ci-dessous le jugement définitif.

Jacques Foucaut (2), procureur au parlement de Paris, avait eu vers 1547 et 1551, deux filles. L'aînée, Radegonde, épousa plus tard Jean Surault (3) garde des sceaux de Montargis, y fut au service de Renée de Ferrare et eut trois enfants dont deux au moins furent des fils. Claude, la cadette, ne se maria point et continua, après la mort de son père, à habiter le faubourg Saint-Germain. Nous ne savons quand mourut Jean Surault, mais seulement que sa veuve se retira, sans doute après la mort de sa protectrice (1575) à Pierrefitte, au-dessus de Saint-Denis, où elle avait une propriété.

L'édit de Nemours, du 8 juillet 1585, vint l'en chasser ; on sait qu’il accordait aux protestants qui ne voulaient pas abjurer, six mois pour réaliser leur fortune et quitter le royaume. Or trois mois plus tard, le 6 ou 7 octobre, Henri III y ajouta une déclaration restrictive, laquelle, sous prétexte d'armements et de complots organisés par les huguenots, grâce à ce délai de six mois, le réduisait à quinze jours (1). Radegonde Foucaut était résolue à quitter le royaume, mais fut retenue au-delà du terme légat par la mauvaise foi de son vigneron qui, « pour s'acquitter envers elle, l'accusa d'hérésie ».

Le 29 octobre 1587 les deux sœurs, alors âgées de quarante et trente-six ans, furent saisies et incarcérées au Châtelet. Il faut lire dans Crespin (édition de 1597, fol. 757) le récit des tentatives que firent les plus grands personnages et le roi lui-même, pour obtenir leur abjuration. Fortes de leur bon droit et fermes dans leur foi, elles réfutèrent tous les arguments et ne se laissèrent ébranler ni par les promesses ni par les menaces. Cette résistance faisait évidemment redouter en haut lien le spectacle d'un supplice que l'innocence et la constance des victimes ne pouvait rendre glorieux que pour elles. On part donc s'être arrêté au parti de les laisser mourir sans bruit et comme oubliées, après la longue agonie causée par la faim et par les horreurs du cachot, à laquelle Bernard Palissy devait succomber deux ans plus tard (4).

Cette résolution fut traversée par la journée des Barricades (12 mai 1588). Le duc Henri de Guise ne pouvait mieux honorer son nom et sa royauté éphémère qu'en faisant assassiner et noyer le plus grand nombre possible d'hérétiques. Ce retour aux traditions des bourreaux d'Amboise et de Vassy détermina le prévôt de Paris et le procureur du roi au Châtelet et conclure le procès des Foucaudes par une sentence capitale aux termes de laquelle elles devaient être pendues, étranglées, puis brûlées en place de Grève. Or cette sentence ne put être exécutée tout de suite, parce que, déterminée à se défendre jusqu'au bout, les courageuses femmes en appelèrent au parlement. Elles furent donc transférées du Châtelet à la Conciergerie dont les sombres murailles, encore debout, sont comme imprégnée des souffrances de nos martyrs.

Le parlement, lui aussi, semble avoir hésité à confirmer le jugement en première instance, puisque la populace, fanatisée par les fameux prédicateurs de la Ligue, vint menacer « les présidents et conseillers de leur dire un mauvais parti s'ils ne condamnaient à mort les deux prisonnières ». Celles-ci tentèrent une démarche suprême en faisant présenter, par le fils aîné de Radogonde, une requête à la duchesse de Nemours, fille comme on sait, de Renée de Ferrare, et mère du héros des Barricades. Anne d'Este, qui n'a jamais complètement renié sa haute origine, insista vainement auprès de son fils qui craignait « que la commune se mutinât contre lui ».

Le 28 juin 1588, la cour confirma donc l’arrêt du Châtelet, on y ajoutant une clause qui nous livre le secret de ses hésitations. Elle redoutait que ces nobles femmes fissent entendre une de ces paroles qui avaient si souvent révélé l'iniquité ou la honte des bourreaux, et c'est pourquoi elle ordonna qu'elles seraient « bâillonnées avant d’être renvoyées » par devant leurs premiers juges.

EXTRAIT des REGISTRES du PARLEMENT (5)

1588 : Radegonde et Claude Foucaut

Vue par la Cour le procès criminel fait par le Prévost de Paris, ou son lieutenant, à la requête du substitut du Procureur général du roi au Châtelet, demandeur, à l’encontre de Radegonde Foucaut, veuve de feu M. Jehan Sureau, vivant garde des sceaux de Montargis, et Claude Foucaut sa sœur, filles de feu M. Jacques Foucault vivant procureur en Parlement, natives de Paris, prisonnières ès prisons de la Conciergerie du Palais, appelants de la sentence contre eux donnée ;

Par laquelle pour raison de crime d'hérésie, et nouvelle opinion en laquelle elles ont vécu et persisté jusques à présent, et n'avoir obéi aux édits et ordonnances du roi, les dites Radegonde et Claude Foucaut auraient été condamnés à être pendues, et étranglées à une potence croisée, qui pour ce faire sera plantée et mise en la place de Grève, leurs corps morts jetés dans un feu pour y être consommées et réduites en cendre, tous et chacun de leurs biens acquis et confisqués à qui il appartiendrait sur iceux préalablement pris la somme de trois cents écus applicables, cent écus au roi, cent écus à l'Hôtel-dieu de Paris, et autres cent écus au couvent des Cordeliers pour la réfection de leur église ;

Le certificat de MM. Jehan Prevost, et Christophe Aubry, docteurs en la faculté de théologie, qui auraient par ordonnance de ladite cour ouï les dites Radegonde et Claude Foucaut sur le fait de leur religion et croyance par lequel appert (apparaît) iceles Foucaut être opiniâtres en leur opinion, et ne vouloir recevoir et croire autre doctrine, que la doctrine de ceux qui se disent de la religion prétendue reformée, et non de l'Église catholique apostolique et romaine ;

Ouies et interrogées en ladite cour lesdites Radegonde et Claude Foucaut, sur les causes d'appel et cas à elles imposés, et tout considéré ;

Dit a esté, qu'il a été bien jugé et sentence par le Prévost de Paris ou son lieutenant, mal et sans grief appelé par lesdites Radegonde et Claude Foucaut, et l'amenderont ; ordonne qu'elles seraient bâillonnées et renvoyé prisonnières par devant ledit Prévost de Paris ou son lieutenant.

Elles furent exécutées à mort le 28 juin, la veille St-Pierre mil cinq cent quatre-vingt et huit.

Ainsi qu'on vient de le lire, l'exécution eut lieu l'après-midi du même jour. Pendant qu'on les conduisait à la place de Grève, dit d'Aubigné, « le peuple les trouvant belles, et un vieillard tout blanc ayant monté sur une boutique pour s'écrier : « Elles vont devant dieu », le peuple au lieu de sauter au collet de cet homme répondit quelques gémissements ».

Crespin, confirmé par l'Estoile, ajoute qu'en montant à l'échelle de la potence où elle devait être pendue, Radegonde « secoua de ses mains un bois en figure de croix qu’on lui avait attaché par force, dont la populace fut tellement irritée qu'elle vint jusqu’à ruer pierres et bâtons, tellement que le bourreau l'ayant jetée bas, coupa promptement la corde, et ainsi à demi-morte elle chut dans le feu, où elle rendit l'âme à dieu comme aussi fit sa soeur. Tôt après, le duc de Guise et le roi aussi eurent leur tour ».

(*)
N. Weiss, pasteur et historien - 1845-1928

Notes conservées de l’auteur :

(1) Crespin l'appelle Jean par erreur.
(2) D'Aubigné se trompe en les appelant les filles de Sureau.
(3) Il est probable qu'on laissa ainsi périr Palissy pour éviter un deuxième spectacle comme celui du supplice des Foucaudes.
(4) Il s’appelait Antoine du Prat. Il était séparé de sa femme qu'il fit, dit-on, égorger peu après, le 10 novembre. Voyez Mémoires journaux de l’Estoile, éditeur Jouaust.
(5) Fonds Dupuy, bib. nationale, n°135, f.85

Source : Gallica-Bnf - Bulletin historique et littéraire
Société de l'histoire du protestantisme français. Tome 35 - Pages 406 à 410
Éditeur, Agence centrale de la Société (Paris,1886)

Identifiant : ark:/12148/bpt6k65776k

Pour plus d'information nous vous conseillons
la consultation
du site Musée Protestant : ici !
et notamment ce document pdf sur les huit guerres de religion (1562-1592)


 


Chronologie suite :

1590 : Découverte des fractions décimales, algèbre littérale par François Viète. Bataille d'Ivry et victoire d'Henri IV en mars.
1591 : A Paris, se déroule "la journée des farines", un stratagème d'Henri de Navarre pour reprendre la ville aux ligueurs, mais il renonce à déployer son plan. Siège et prise de la ville de Chartres.
1592 : Désignation du pape Clément VIII et décès de Michel de Montaigne.
1593 : En janvier, convocation des Etats Généraux à Paris à l'appel de la Ligue. En juillet Henri le Béarnais, après s'être emparé de la ville de Dreux et de ses réserves, le 8, il abjure sa foi protestante, le 25 à St.-Denis. Premiers jardins botaniques français à l'université de Montpellier, invention du thermomètre par Galilée (et 10 ans plus tard, il réalisait la Loi de la chute des corps).


Henri IV (1553-1610), le plus Parisien de nos rois...

Les guerres de religion ont laissé des traces importantes, les menées contre les protestants allaient favoriser l'accession de ce roi de Navarre, très opportuniste. Il a été pourtant d'une grande sagesse politique, Henry de Navarre a représenté le "bon roi Henri" pour mémoire parisienne. Son nom fut maintes fois prononcé lors des révoltes populaires ou la révolution de 1789. Henri  dit le "vert Galant" naquit en 1553 à Pau, fils de Jeanne d'Albret, reine de Navarre et d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Il devint, le roi Henri III de Navarre à la mort de sa mère en 1572.

La même année, suite à la paix de Saint-Germain entre catholiques et protestants, il épousait à Paris, Marguerite de Valois (La reine Margot) à la demande de Catherine de Médicis. Le mariage fut annulé par le pape Clément VIII en 1599. Suite à ce mariage et le massacre de la Saint-Barthélémy (en 1572) poussèrent Henri à abjurer sa foi huguenote. Jusqu'en 1576, il vécu à la cour d'Henri III (de Valois), puis il s'enfuyait et rejoignait de nouveau le camp huguenot et reprenait la lutte contre les Ligueurs en combattant en Guyenne et Poitou. En 1587, c'était la bataille de Coutras, dite ''bataille des trois Henri'', victoire du roi de Navarre.

 

En 1588, ce fut la fameuse ''journée des barricades'' les ligueurs se voyaient maîtres de la ville en mai, ce qui contraignit Henri III à fuir de Paris, et à s'allier à Henri IV. Le roi Henri III fit assassiné le duc de Guise en décembre. Deux ans après de tenait se tenait la mémorable Bataille d'Ivry, le duc de Mayenne était à nouveau défait, au nom de ''ralliez-vous à mon panache blanc''.

En 1591, la Ligue fit régner la terreur, Barnabé de Brisson, le Président du Parlement  resta à Paris. Il fut exécuté avec deux de ses conseillers, cette même année. Henri, père de la lignée des Bourbons de France tenta le siège de Paris, en pleine famine, mais cette fois là le duc de Mayenne le poussa à rebrousser chemin, fort du soutien de l'Espagne.

En 1593, siègèrent les Etats-généraux de la Ligue, la loi salique était remise en cause pour la non-catholicité d'Henri
.
Mais le 25 Juillet, il abjura sa foi en la basilique de Saint-Denis, et le 27 Février 1594, Henri IV était sacré roi à Chartres et non à Reims.


 Les événements du 22 mars 1594
 
Le duc de Mayenne (ligueur) ayant quitté Paris, il laissa pour gouverneur le maréchal de Brissac. Ce seigneur, au milieu des troubles conçu de faire de la France une république; mais un échevin, un certain Langlois, ayant plus de crédit dans la ville traitait en coulisse avec le roi. L'Huillier, prévôt des marchands, il suivit le mouvement avec Brissac et plusieurs membres du parlement qui se joignirent secrètement à lui : comme le premier président, le procureur général Molé, les conseillers Pierre d'Amours et Guillaume du Vair. Ils se réunissaient sous le coup du secret à l'Arsenal, l'actuelle bibliothèque (le complot se tint boulevard Morland).

Le reste du Parlement le savait, il rendit un arrêt par lequel il interdisait les assemblées et les armes. L'arrêt porta sur tout discours contre la sainte Ligue, considéré comme crime d'État et provoqua l'inquiétude des ligueurs, qui par le légat et le cardinal Pellevé firent promener dans Paris la châsse de sainte-Geneviève. Les ambassadeurs d'Espagne, la faction des Seize, les moines, la Sorbonne restèrent tranquilles, lorsque le lendemain, le 22 mars, à quatre heures du matin, retentissait un coup de feu et des cris dont on distingua un vive le roi !

L'Huillier, Langlois avaient passé la nuit avec tous les bourgeois qui étaient au courant, on fit ouvrir la porte des Tuileries, celle de Saint-Denys, et la Porte-Neuve, les troupes d'Henri pénétrèrent par ces trois côtés et vers la Bastille. On recensa peu de pertes humaines, à peine le cardinal légat fut-il éveillé, qu'Henri IV se trouvait déjà maître de Paris. Auguste de Thou, juriste et témoin privilégié le résuma ainsi : « On vit presque en un moment les ennemis de l'État chassés de Paris, les factions éteintes, un roi légitime affermi sur son trône, l'autorité du magistrat, la liberté publique et les lois rétablies.

« De par le RoiSa majesté désirant réunir tous ses sujets, et les faire vivre en bonne amitié et concorde, notamment les bourgeois et habitants de sa bonne ville de Paris, veut et entend que toutes choses passées et advenues depuis les troubles, soient oubliées. Défend à tous ses procureurs généraux leur substitut et autres officiers, en faire aucune recherche à l'encontre de quelques personnes que ce soit, mêmes de ceux que l'on appelait vulgairement les Seize, selon que plus aplain est contenu par les articles accordés à ladite ville. Promettant sadite Majesté en foi, et parole du Roi, vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, et de conserver tous sesdicts subjects et bourgeois de la dite ville en leurs biens, privilèges, états, dignités, offices et bénéfices. (à Senlis, le 26ème jour de Mars 1594).


Henri IV mettait de l'ordre à tout avec le secours d'Auguste Thou, grand érudit qui obtint les fonctions de procureur général. Le Parlement de Paris (la grande chambre des affaires juridiques) était rétabli par le roi, qui annula tout ce qui avait été inscrit contre Henri III et sa personne. Il cassait les états de la Ligue, et institua "à perpétuité" une procession à laquelle devait assister le Parlement tous les ans, le 22 mars, et en robes rouges. Dès le mois de septembre 1594, le roi proposait de l'ouvrage au Louvre et à l'abbaye de Saint-Denis. Le nouveau Louvre démontrait son tout neuf pouvoir, ce fut dans la construction du Pont Neuf qu'il manifesta le plus d'enthousiasme. Comme à l'automne 1601. Henri IV, non loin de la Seine à proximité des travaux du pont en construction prit son élan, lança son cheval au galop et le fit sauter et gagna sa joie et celle des ouvriers et des passants présents, dit badauds.

Après l'intronisation, en 1595 le duc de Mayenne se soumettait, il était absout par le pape, et déclara la guerre à Philippe II d'Espagne, et il signa en 1598 la Paix de Vervins avec l'Espagne (selon les modalités du traité de Cateau-Cambrésis de 1559). Puis s'en suivait la proclamation de l'édit de Nantes, qui ré-accordait la liberté de culte aux Protestants.


En 1600, Henri IV épousait Marie de Médicis sans qu'il soit procédé à son sacre. Henri IV mourrait assassiné le vendredi 14 Mai 1610, rue de la Ferronnerie par Ravaillac, un charentais catholique intégriste, plus ou moins aidé dans ce régicide. Ses années de pouvoir laissèrent un socle et engagea une nouvelle dynastie, qui qui n'en avait pas finie de créer des guerres intestines ou d'en subir. Les intrigues de cour eurent une dimension politique pesante jusqu'au milieu du dix-septième siècle et l'arrivée du despotisme dit éclairé de Louis XIV.  

Henri Bourbon de Navarre aura tenté d'asseoir un peu d'équilibre dans le Royaume de France. Il avait créé de nouvelles fondations dans Paris, en particulier dans le dixième arrondissent de Paris, où il fit bâtir l'Hôpital Saint-Louis pour répondre aux maladies infectieuses et de peaux. Sa femme Marie de Médicis a tenu un rôle prépondérant dans l'installation du couvent des Récollets et de l'hopital militaire qui y prenait souche. On lui doit aussi la construction du Palais du Luxembourg, la rénovation d'un aqueduc romain pour les besoins de cette nouvelle résidence et ses jardins (aujourd'hui le Sénat et le jardin du Luxembourg).

Certains rois ont été des bâtisseurs, Henri IV l'était, le temps du règne il changea radicalement la conception de la vie urbaine par des initiatives novatrices à Paris. Il fit du développement général et de l'embellissement de la capitale son principal objectif politique d'aménagement. Paris aura été toujours au centre de sa prise de pouvoir et de ses ambitions. L'édit de Nantes en 1598, aura été une petite parenthèse de tolérance religieuse, mais qui n'effaça pas au sein de l'aristocraties les tensions.

Chronologie du règne d'Henri IV (suites et fin)

1594 : En février, la ville de Lyon se rallie et Henri IV est sacré roi en la ville de Chartres. Traité de St-Germain-en-Laye et Charles III duc de Lorraine, fils du "balafré" se plie à l'autorité royale en novembre. A la fin de l'année est condamné à mort Jean Châtel ou Chastel (Jésuite), pour crime de "lèse majesté", une tentative d'assassinat d'henri IV qui échoua. En décembre, Les Jésuites sont expulsés de France sur décision du Parlement de Paris.
1595 : En janvier, déclaration de guerre à l'Espagne et siège de la ville de Cambrai par les troupes espagnoles en août.
1596 : A Paris l'effondrement du pont des Meuniers fait 150 morts. Ouverture de l'Assemblée des Notables à Rouen et naissance de René Descartes.
1597 : En janvier, sont remis les cahiers de doléances de l'Assemblée des Notables. Entrée du roi dans la ville de Nantes.
1598 : Le 30 avril promulgation de l'édit de Nantes et marque la fin de 36 ans conflictuels depuis 1562. La paix est signée avec le royaume d'Espagne et célébrée à Notre-Dame, le 21 juin.
1599 : Annulation du mariage de Marguerite de Valois avec Henri IV et mort de Gabrielle d'Estrée, favorite du roi.
1600 : Vincent de Paul est ordonné prêtre. En avril est signé le contrat de mariage de Marie de Médicis, en octobre est organisé un mariage par procuration à Florence et le 3 novembre, la nouvelle reine de France débarque à Marseille, et le mariage avec les deux époux se déroule à Lyon en décembre.
1601 : En janvier, fin de la guerre avec la Savoie, le traité de paix est signé à Lyon,  le mois suivant, c'est l'arrivée de Marie de Médicis à Paris. En avril, sous l'impulsion d'Henri IV est ouverte la manufacture des Gobelins, en lieu et place d'«une grande maison où anciennement se faisait teinture», les maîtres tapissiers flamands Marc Coomans et François van der Placke sont récrutés pour le tissage des tapisseries à la façon des Flandres.
1602 : A Paris, Théophraste Renaudot suit les cours de chirurgie du collège de Saint-Côme. Sous l'autorité de l’évêque de Paris et l'impulsion de la reine, les Frères de la Charité (ou Frères de-St-Jean-de-Dieu) s'établissent et créent l’hôpital de la Charité (détruit en 1935). Les droits d'entrée ou taxes sur le vin dans la capitale sont augmentés du triple, si l'imposition de la taille baisse dans les campagnes, l'imposition sur le sel (la gabelle) lui progresse.
1603 : Henri IV paraphe à Rouen l'édit de rappel des Jésuites (expulsés en 1595) et ces derniers récupèrent leurs établisements d'enseignement. Le roi franchit le Pont-Neuf non achevé à cheval sur un plancher jusqu'au Louvre.
1604 : Le Parlement enregistre l'édit de Rouen et rétablit la Compagnie de Jésus en France.
1605: Henri IV lance le projet de création à Paris d'une place Royale (la place des Vosges). Le même roi qui passait par le Pont-Neuf sur sa monture est attaqué et menacé par un dénommé Isle, qui tente de le tuer  d'un coup de poignard, l'assaillant échoue.
1606 : Richelieu est désigné évêque de Luçon par le roi.
1607 : Création et aménagement de la place Dauphine sur l'île de la Cité et fondation de l'hôpital St.-Louis. Henri IV unifie son domaine à celui du royaume.
1608 : Pierre Coton (jésuite) devient le confesseur ordinaire du roi.
1609 : Louise Bourgeois, sage-femme (1563-1636) publie deux ouvrages : Instructions, l'art d'être sage-femme et Observations diverses sur la stérilité, perte de fruit, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveaux nés. L'astronome Galilée met au point un télescope plus puissant, avec lequel il fait de nouvelles découvertes : La surface de la lune est montagneuse, la voie lactée se compose d'étoiles distinctes, et apperçoit quatre satellites autour de Jupiter, qu'il nomme les "astres médicéens". 
1610 : Le 14 mai, le roi part du Louvre sans protection, le carrosse se rend à l'Arsenal au chevet de Sully, malade, et il est assassiné en route, rue de la Ferronnerie. Théophraste Renaudot, médecin, publie le Traité des pauvres et défend l'idée d'un bureau de placement. A Venise en mars, Galilée fait publier Sidereus nuncius (le messager des étoiles), l'ouvrage est dédié à Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, qui l'invitera  à venir à Florence commme mathématicien et philosophe de cour. 

Court extrait d'un poème

Aux campagnes d'Ivry (*).
Ta valeur délivrant ton peuple d'esclavage,
Rend l'honneur aux Français,
Et remplit tes soldats de ce brillant courage,
Ici ta valeur seule,
et ta propre personne
Décident du combat.

(*) La bataille d'Ivry en Normandie s'est déroulée le 14 mars 1590



Louis XIII dit ''le juste'' (1601-1643), précurseur de l'absolutisme

Ce résumé du règne de Louis XIII ne fait pas parti de la Renaissance, mais finalise l'évolution vers l'absolutisme.

Il fut sacré roi à Reims le 17 Octobre 1610, Marie de Médicis, sa mère, la régente entamait une politique contre les Protestants, elle se sépara de Sully, et trouva l'influence de l'escroc Concino Concini, Maréchal d'Ancre. Le roi épousa Anne d'Autriche dans une perception antiprotestante, menée par sa mère et dans le cadre du traité de Fontainebleau qui organisa le contrat de mariage dès 1611.

En 1614, s'engageait la révolte des grands princes contre la régence, cette dernière ne fit la paix que contre le versement de sommes d'argent et la convocation des Etats généraux, qui s'ouvrirent à la fin du mois octobre de la même année (les prochains se tiendront en mai 1789). Louis XIII devenait majeur, mais tous les pouvoirs restaient entre les mains de Concini, en 1615 il s'unissait à Anne d'Autriche. L'année suivante, une nouvelle révolte des nobles éclatait. Le prince de Condé continuait ses intrigues et se voyait arrêté. Apparait alors un nouveau secrétaire d'Etat à la Guerre et aux Affaires Etrangères, Armand du Plessis, évêque de Luçon, puis nommé cardinal de Richelieu.

En 1617, une nouvelle révolte des grands du royaume éclatait. Concini était abattu sur ordre de Louis XIII et sa femme exécutée pour sorcellerie (le favori de Louis XIII, Luynes reçu l'ensemble des biens de Concini).

Louis XIII fit exiler sa mère Marie de Médicis et renvoyait Richelieu. Pendant 3 ans, la noblesse restée fidèle à Marie de Médicis se révolta. La reine mère elle-même passa de nombreuses années en guerre contre son fils.

La guerre de Trente Ans (1618-1648) a été un événement majeur du XVIIe siècle, dit le Grand Siècle et qu'il n'est pas possible de traiter en peu de mots. La dimension du conflit fut à la fois européen et avoir des répecutions mondiales entre les puissances coloniales ou empires occidentaux en quête de nouveaux territoires.
 
 

En 1620, Louis XIII reprenait la lutte contre les huguenots, qui se rassemblèrent à La Rochelle et proclamèrent l'union des provinces réformées de France. Louis XIII partit en campagne dans le sud-ouest, mais échoua devant la ville de Montauban (Luynes meurt lors du siège).

La campagne contre les Réformés allait durer (en plusieurs étapes) de 1620 à 1622 et se termina par la paix de Montpellier octroyant aux protestants 2 forteresses : La Rochelle et Montauban. En 1624, Richelieu redevenait ministre du roi.
Sa politique consista à circonscrire les protestants, imposer la monarchie absolue à une noblesse mise au pas, et lutter contre les maisons d'Autriche et d'Espagne. De 1627 à 1629 la guerre contre les huguenots reprenait avec notamment le siège de La Rochelle et la victoire du roi, puis une autre guerre contre les réformés du midi. Toutefois dans les milieux dévôts ou des conservateurs religieux, il fut reproché au cardinal les alliances du royaume avec des pays réformés dans le cadre de la guerre de Trente Ans. On lui doit aussi d'avoir contribué à l'élimination des villes fortifiées.






La situation
de Richelieu
en 1629

La grande victoire catholique sur La Rochelle et l’hérésie fut fêtée à Paris d’un triomphe païen. Selon le goût allégorique du siècle, Richelieu exhiba Louis XIII déguisé en Jupiter Stator, tenant à la main un foudre doré. Que menaçait le Dieu, et qui devait trembler? l’Espagne apparemment, l’Autriche. L’empereur voulait nous exclure de la succession de Mantoue, nous fermer l’Italie. Et l’Italie, Venise, Rome, dans attente terrible des bandes impériales, criait à nous, nous appelait, envoyait courrier sur courrier.

Donc Louis XIII allait lancer la foudre, mais on pouvait se rassurer. Ce maigre Jupiter à moustaches pointues, s’intitulant Stator (qui arrête), disait assez lui-même qu’il ne voulait rien qu’arrêter, qu'il n’irait pas bien loin, s’arrêterait aussi bien que les autres, et foudroierait modérément, jusqu’à un certain point.

Le fondre était de bois. Il y manquait les ailes dont l’Antiquité a soin de décorer celui de Jupiter. Ces ailes aujourd’hui, c’est l’argent. Le déficit énorme accusé en 1626, l’aggravation d’emprunts faits pour le siège, semblaient rendre impossible le secours d’Italie. Chaque effort de ce genre demandait un miracle, un coup de génie. Et encore, les miracles n’eussent pas d’effet quant au but principal. Gustave-Adolphe (de Suède) le dit et le prédit à notre ambassadeur, qui faisait fort valoir la puissance de son maître : « Vous ne pourrez sauver Mantoue. »

L’histoire de Richelieu est obscure quant au point essentiel, les ressources, les voies et moyens. De quoi vivait-il, et comment? on ne le voit ni dans les mémoires ni dans les pièces. Un ouvrage estimable qu’on vient de publier sur son administration, et qui s’étend fort sur le reste, ne dit presque rien des finances. Comment le pourrait-il? Tout ce qu’on a des comptes de Richelieu (3 vol. manuscrits, biblio. fonds S.G.-354-355-356) ne comprend que quatre années (1636-38-39-40), et donne fort confusément les récoltes ordinaires, poussées à 80 millions. Pas un mot de l’extraordinaire (*).

Note de Jules Michelet :


(*) La belle publication de M. Avenel (Lettres de Richelieu) étant peu avancée encore, c’est à lui-même que j'ai demandé des renseignements. Personne, à coup sûr, ne connaît mieux cette époque.  Mais nous n’avons pas de document qui éclaircisse ce point. J’ai été réduit aux trois volumes manuscrits de la Bibliothèque (nationale), tellement insuffisants - L’ouvrage estimable sur l’Administration de Richelieu, dont je parle dans le texte, est celui de M. Caillot.  M. Caillot est savant, exact, judicieux (sauf le chapitre de l’éducation auquel je reviendrai). - Du reste, ce qui fait sentir partout les embarras financiers de Richelieu, ce sont ces licenciements de troupes au moment le plus grave, mesures absurdes si elles n’avaient été commandées par la nécessité.


Source : Oeuvres complètes de Michelet - Histoire de France
Tome XV, Richelieu et le Fronde. Chapitre II, pages 16 et 17
(Editions Calmann-Lévy - Paris, 1898)



En 1639, éclatait la révolte des va-nu-pieds en Normandie, ainsi que d'autres révoltes de paysans dans le royaume, d'autres courroux (coucou) se ravivèrent quand Richelieu décida de pousser la guerre vers l'expatriation de nombreux Français pour des terres d'exil. La Papauté a été fortement menacée par son propre déclin, l'invention de l'imprimerie et la diffusion des écrits révolutionnaires d'une foi ouverte aux principes de la science, allaient à l'encontre d'un pouvoir qui instruisait en Espagne et en Italie une inquisition sans relâche. La frange de la noblesse française la plus acquise aux idées d'un clergé omnipotent allait accéder au pouvoir, et Mazarin maintenir le joug.

Ce triste et nouveau Cardinal entraîna avec lui aussi un combat décisif sur qui ordonna la foi unique dans le royaume, et aussi un grand recul des idées les plus humanistes du moment. Nous ne sommes pas en des temps si lumineux, ce sont deux conceptions du monde occidental qui s'affrontaient violemment. La part la plus instruite devait laisser à la part catholique la plus obscurantiste faire oeuvre du pire et parfois se traduisait en oeuvre de charité.

Cela se traduisit à Paris, de part des faubourgs parisiens, à donner l'aumône aux pauvres hors des murs. Saint Vincent de Paul ou Monsieur Paul n'a pu que s'indigner du sort qui était fait aussi bien aux crèves la faim, qu'aux protestants? L'horreur et les atrocités traduisait en réalité le triste pouvoir des nouveaux Bourbons, la vie quotidienne des Parisiens hors des murs de Charles V n'a pas eu les éclats de la cour.

Louis XIII résida au Louvre (ci-contre), il a eu pour Paris quelques plans et fut à l'origine des Hôpitaux Généraux de Paris.

Le monarque envisagea que les Invalides de guerre puissent s'installer à Bicêtre  (Gentilly). Il fit aussi aménager une maison de chasse à Versailles.
On parle de lui souvent d'un roi faible dont ses ministres tiraient les ficelles.


Louis le treizième a du surtout répondre aux conflits internes du royaume, son pouvoir servit principalement à l'Eglise catholique à stopper l'érosion de sa domination en France, en s'appuyant sur le pouvoir royal qui à son tour allait prendre le dessus sur le pouvoir intemporet, et à la faveur des cardinaux gallicans qui se succedèrent, comme précepteurs ou conseilleurs. En 1642, Richelieu mourrait, et Mazarin entrait au Conseil du roi à sa demande. Louis XIII décèda à Saint-Germain-en-Laye, le 14 mai 1643 dans les bras de Vincent-de-Paul, d'une péritonite, 33 ans jour pour jour après l'assassinat de son père. Ce fut dans une grande hostilité que naquît le jeune Louis XIV, enfant roi sur un trône incertain, il garda probablement le désir de continuer le chemin qu'avait accompli son père et avant son grand-père. Louis le quatorzième a été pour Paris surtout un grand aménageur, mais il aura été pour le petit peuple des Parisiens celui qui partit à Versailles et abandonna la capitale à une surveillance très étroite de ses habitants sous la coupe des Lieutenances générales.


Au fil et au final de nos routes...

En 1552, Charles Estienne (1504 -1564) éditait le premier guide routier français : Le Guide des chemins de France qui décrit deux cent quatre-vingt-trois itinéraires, dont une petite partie (Paris-Orléans) était pavée. En 1599 était créé l'office de grand Voyer de France qui était confié à Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641).


En 1596, le pont dit aux Meuniers construit sous Charles le Chauve (860) était emporté par une crue de la Seine.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l'histoire la capitale et ce qu'il y à découvrir comme lieux de mémoires (Musées de la Ville), vous pouvez aussi consulter : LIre à Paris et autres sites  où trouver de même des ouvrages sur l'histoire de Paris avec des archives sonores ou des vidéos complémentaires.


Maximilien de Béthunes duc de Sully ordonna l'édification ou l'achèvement de nouveaux ponts dont le Pont-Neuf de Paris (1576-1606). En 1602, sur ce même pont était construit la pompe à eau de la Samaritaine,  pour l'alimentation du Louvre.

Le surintendant des finances organisa des inspections annuelles des chaussées, des ouvrages d'art, des réparations et du bon emploi des péages et des financements royaux.

Nous ne pouvions oublier dans cette énumération des constructions entreprises sous Henri de Bourbon, avec l'édification de 1605 à 1612 émergeait une nouvelle place dite Royale (l'actuelle place des Vosges), une des plus belles places parisiennes connut jusqu'à ce jour, notamment avec la présence de la maison de Victor Hugo et le somptueux Hôtel de Sully : qui permet de déambuler de cette place carrée à la rue de Rivoli. L'ancienne place Royale a été classée monument historique en 1954.


L'histoire de Paris et les périodes, pendant et l'après règne de Louis XIV aux mondes contemporains ne sont pas traités sur ce site. L'abondance des sources, les recherches du rédacteur se limitent à un travail plus "localiste" pour la suite de la promenade, seule une évocation d'une émeute populaire de 1648 racontée par Melle de Montpensier, et puis au final sur un moment très court de l'histoire contemporaine : la Commune de Paris dans l'Est parisien. De plus, Versailles devenait le centre du pouvoir. Il fallut attendre le mois d'octobre 1789 pour faire revenir les Bourbons au Palais Royal, hors la parenthèse de Philippe d'Orléans, régent (1715-1723).




Dessin de la vue du Pont-neuf avec ses habitations et commerces  (les tourelles) sur chaque pilône

Suite de la promenade :
Présentation du travail d'origine
& à Paris, les barricades de 1648

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Dernières modifications : 31/12/2018