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Le grenier de Lionel Mesnard

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 Ce qui est démocratique :  faire du petit cercle de connaisseurs un grand cercle de connaisseurs

Bertholt Brecht

 
Le Bas Moyen Âge
à Paris

(seconde partie)


Universités et moeurs de l'époque


En 1200, la police royale réprime violemment un incident entre les bourgeois et la corporation universitaire. Philippe Auguste prend le parti des maîtres et des étudiants. Il leurs donnent pour privilège d'être jugés en cas de fautes par les seules instances religieuses. Le roi légalise la corporation de l'Université parisienne. Naissance en 1214 du futur Louis IX, petit-fils de Philippe Auguste.

Nous sommes face face à l'essor et à une crise profonde du monde universitaire, au treizième et quatorzième siècle Paris en sera une belle illustration. Innocent III met un terme aux paiements des licences par les étudiants en 1215 (et le laisse au seul jugement des maîtres d'université). Quatre disciplines sont transmises à Paris : la théologie, le droit ecclésiastique, la médecine et les arts libéraux (1213). En 1231, Grégoire IX donne à l'Université un statut reconnu par le pouvoir laïque et l'Église. C'est aussi la création du baccalauréat - ou de la «déterminance» (juste en dessous de la licence, de la maîtrise et du doctorat).
 
À partir de 1250, les universités parisiennes deviennent incontournables en Europe. La Faculté des Arts professe la science et la métaphysique selon Aristote et les principes d'Averroès, et la Faculté de Théologie cherche une voie chrétienne et fondamentaliste, dont Thomas d'Aquin sera une des figures fanatiques. Thomas d'Aquin est un dominicain qui pris domicile avec les franciscains sur la rive gauche, menaçant un tant soit peu le pouvoir universitaire "laïque" au sein de la capitale. De 1250 à 1255 ça grondera, mais les universitaires furent obligés par la papauté d'accepter tous les ordres religieux le droit d'enseigner. Le conflit aura toutefois des suites et laissera des traces dans la fondation des différents collèges qui vont se créer comme la Sorbonne.
 

Robert de Sorbon, maître en théologie au cloître Notre-Dame, crée en 1253 le collège qui porte son nom, afin de limiter le poids des franciscains et des dominicains. Chapelain de Saint-Louis, il agira sous ses ordres, et Louis IX en 1257 reconnaît le nouveau collège. Il est composé de prêtres séculiers et d'étudiants pauvres, et il est attribué une bourse pour la préparation au sacerdoce.

ci-contre : Portail de la Sorbonne

En 1277, le Saint siège et l'évêché de Paris condamnera la doctrine de Thomas d'Aquin, à leurs yeux trop clémentes avec les Averroïstes. En 1292, les étudiants licenciés à Paris pourront enseigner dans toute la chrétienté romaine, le diplôme s'élargissant au delà de la compétence diocésaine. Au XIVe siècle les universités rencontrent des difficultés, en particulier les débouchés pour les étudiants sans fortunes et cette crise est la conséquence des abus de taxes opérés par les pontifes avignonnais, qui accentuent la crise économique et sociale à la fin du Moyen Age.. Et feront naître les racines du protestantisme.
Le fils de Philippe Auguste, Louis VIII lui succède de son vivant en 1223 et meurt en 1226. Il sera l'époux de Blanche de Castille (petite fille d'Aliénor d'Aquitaine). Il reprend aux anglais le Poitou, le Limousin, le Périgord et une partie du Bordelais. Il décède lors d'une croisade décisive contre les Cathares.Louis IX est sacré roi à 12 ans.  

 
 
1226 : sacre de Louis IX, dit saint Louis
On connait de ce roi, son chène ou il rendait la justice. Dans le10ème arrondissement de Paris, l'on retrouve son nom et sa légende, au lieu dit du buisson Saint-Louis (une petite rue aujourd'hui bétonnée). Le roi aimait parait-il venir s'y détendre. Sa campagne parisienne à quelques encablures de la ville. Elle était champêtre comme l'entend le mythe, ou plus simplement la campagne n'était pas très lointaine des fortifications de son grand père. En ce qui concerne l'Hôpital Saint Louis, pour sa fondation, l'hôpital consacré au maladie de peau, il faut attendre le règne d'Henri IV pour y voir s'édifier un vaste ensemble hospitalier, non loin du buisson...  
 

Sa mère (ci-contre), Blanche de Castille assumera la régence jusqu'en 1235, maniant la diplomatie aussi bien que la force contre ses vassaux récalcitrants. En 1233, naît l'Inquisition. Se met en place une juridiction chargée de juger les hérétiques. Le tribunal de l'inquisition sera dirigé par les Dominicains (et sous le contrôle du Pape). Louis IX de son côté soutiendra les chasseurs de sorcières et imposera aux juifs le port d'une "rouelle jaune".

Sous Louis IX sera construite la Sainte Chapelle (au sein du Palais de Justice de Paris) entre 1245 et 1248. Elle est édifiée pour accueillir la couronne d'épines du Christ (deux tiers des verrières encore existantes sont encore d'origine).C'est un monarque qui prendra très à coeur les questions de législation. Signe des ordonnances interdisant : la prostitution, les combats entre les nobles, le jeu. Il favorise sa monnaie et restreint celles des seigneurs au seul domaine et engage la naissance d'une unité monétaire royale à l'ensemble du royaume.

Saint Louis aurait soigné des lésions cutanées (« les écrouelles »). On connaît sa charité, ses soutiens aux pauvres et aux malades, entre autres pour les lépreux. Il fondera des hospices, en particulier celui des Quinze-Vingt pour accueillir 300 aveugles.

En 1254 à Paris, il crée un Parlement avec une cour de justice et un conseil politique.
Il met fin « au jugement de Dieu » par des enquêtes et des auditions. Il crée un corps issu des universités parisienne, ces hommes suivront l'application des mesures sur tout le territoire. Il organise les métiers, selon des codes propre à chaque profession.

Louis IX sera canonisé par le Pape Boniface VIII en 1297, 27 ans après sa mort, il devient Saint Louis.

 
 
La prostitution au temps de Louis IX
 
Lors de la construction de Notre dame, l'Evèque refusera le don d'un vitrail par les ribaudes parisiennes. Mais certains théologiens s'interrogeront sur le statut de ce métier si particulier. Thomas de Cobham estimera que les femmes "foles de leur cors" doivent être assimilées aux mercenaires. "Elles louent, en effet, leur corps et fournissent un travail. Si elles se repentent, elles peuvent garder les bénéfices de la prostitution pour en faire des aumônes. Mais si elles se prostituent par plaisir et et louent leur corps pour connaître la jouissance, alors elles ne fournissent pas un travail , et le bénéfice est aussi honteux que l'acte". Le « plus vieux métier du monde » ne s'exercera pas dans l'indifférence pendant les temps médiévaux, la prostitution depuis le code Alaric (5ème siècle) poursuit celles qui vendent leur corps et condamne ceux qui les soutiennent, les proxénètes. Sous Charlemagne, les prostituées étaient passibles de 300 coups de de fouet et la chevelure tondue.
 
Louis IX dans un édit de 1254, prône l'extradition. La prostitution devient souterraine suite à une forte répression et voit la fermeture des maisons de luxure. La population finit par se plaindre des restrictions, les viols se multipliant, ils mettaient en danger les filles ou les épouses des bourgeois. Sous la pression l'édit est révoqué et un nouveau décret ouvre de nouvelles conditions à la prostitution : seulement dans certains quartiers de la ville, à certaines heures ou moments de débauche général comme les carnavals ou le viol devenait pratique courante. Les Dames de bon rang exigèrent un code vestimentaire les différenciant, des autres Dames, dîtes de "petite vertu". Il fut donc interdit aux prostituées de vêtir dans de riches toilettes, et obligeant celles-ci à porter au cou un ruban de couleur jaune. Idem pour les souteneurs devant porter un habit de couleur jaune, afin de les éviter, ou sous peine d'être fouetté.
Il fut de fait interdit aux "filles ou femmes de joye, follieuses, ribaudes, bordelières, folles de leurs corps" de se mélanger avec la population. Saint Louis fut le premier, en 1254 à vouloir expulser ces dames du Royaume, après confiscation de leurs biens et vêtements. Ordonnance réitérée lors de son départ d'Aigues Mortes pour l'Outre Mer, avec un don au couvent des Filles Dieu ouvert aux filles repenties. En 1256, le roi devra se contenter de les expulser hors les murs et de leur interdire de travailler en centre ville, près des églises ou des cimetières.  

Après cette édit prohibitionniste à la huitième croisade, le roi s'assouplit fortement, étonnant les prostituées suivirent les troupes. Il fut fait mention sur les "Livres de Compte d'État", que le Roi paya un salaire à 13.000 prostituées, pour répondre aux besoins des hommes loin de la terre natale et de leurs épouses... Au XIVème siècle on verra naître une reconnaissance de la prostitution. La maison close est reconnue par l'Eglise et la municipalité comme d'utilité publique. Et c'est le Clergé qui en prend couramment le contrôle... La prostitution est considérée dès lors comme un mal nécessaire. Néanmoins, les prostituées se devront à une pénitence de six ans, les clients de jeûner pendant 1O jours. L' Eglise considéra ces femmes comme des " Brebis égarées ". Elles furent autorisées à se former en corporation.
 
La prostitution, quoi que mal vue était tolérée est encadrée par le pouvoir politique. Il est vrai que ce genre de pratiques permettait de protéger la vertu des honnètes femmes. Il semble à la lecture de registres criminels que les viols, parfois en groupe, n'étaient pas rares au point que les historiens ont parlé de rite de passage à l'âge adulte pour les jeunes mâles entravés par un carcan social et religieux des plus pesant... Même la cité des Papes connaisaient quelques mauvais lieux, puisqu'un proverbe disait qu'on ne peut traverser le pont d'Avignon sans croiser "deux moines, deux ânes et deux putains..."
 
Il y a au sujet du règne de Louis IX, un sentiment contradictoire, à la fois il engage des progrès, et sur le fond il se nourrit de l'intolérance religieuse de l'époque. Il pose un peu plus loin les bases du centralisme. Il gagne un peu sur le pouvoir "intemporel" de l'église, qui ne peut le suspecter d'être un hérétique. Il passera une bonne part de son temps en guerre, même en prison quelques temps, en l'attente du paiement de sa rançon. C'est avant tout un personnage autoritaire, qui a su s'attirer la sympathie de ses sujets chrétiens, cela va de soit...  

 
Saint-Louis a connu une difficile séparation sur la route de Saint-Denis avec la Reine Mère Blanche de Castille. Quand Louis IX partit en croisade (et fait prisonnier en 1250), la cours fait ses adieux au roi, nous vous livrons un extrait du récit : Pour les deux extraits cités : les termes du texte original sont dans un français plus contemporain
"La reine (Marguerite de Provence), et les frères et leurs femmes, déchaussés et nus pieds, et toutes les congrégations et le peuple de Paris les convoyèrent jusqu'à Saint-Denis, en larmes et en pleurs...

Et là prit à eux congé du roi et les renvoya à Paris, et pleura assez au départir d'eux.
Mais la Reine sa mère demeura avec lui, et la convoya trois journées, maugréa le roi.
Et hors de lui :

- Belle, très douce mère, par cette foi que vous me devez, retournez désormais.

-Ah donc lui répondit la reine en pleurant; Beau, très doux, fils, comment pourrai-je souffrir le départi de vous et de moi. Vous m'avez été le meilleur fils que peut avoir une mère.

A ces mots elle chue dans un spasme, et le Roi la redressa, et elle prit congé de lui en pleurant. Quand le benoit roi dut aller outre-mer à la dernière fois qu'il y alla, il visita les maisons de religions de Paris. (...) . Et il s'en alla à la maison de Saint-Ladre et s'agenouilla devant les meseaux (malades lépreux) assemblés et leur requit humblement et dévotement qu'ils priassent Notre-Seigneur pour lui. Et les choses devant dites furent faites" .

 
Louis IX ne revit jamais la reine mère, par avant de disparaître elle créa deux monastères, quelques temps après elle mourut très dévotement sur une paillasse en 1252, tel est le récit qu'il nous reste des derniers jours de Blanche de Castille.

La même année Louis IX est libéré suite au paiement d'une rançon, et pourra revenir en France et dans sa ville. Marguerite de Provence, sa femme l'accopagnera dans ses périples. Elle incarnera une figure d' héroïne au côté de son mari batailleur. Elle meurt en 1295.

 

Prévôt des marchands, naissance de la Mairie de Paris...
Le terme prévôt des marchands sera le nom donné au chef de la municipalité parisienne jusqu'en 1789.

Le corps municipal, ayant une juridiction sur la ville, n'est apparu à Paris que vers 1260
 

 

La hanse des marchands de l'eau :

L'organisation municipale parisienne résulte de la transformation de la plus importante des corporations de la ville, la hanse des marchands de l'eau. Cette hanse n'a aucun lien avec la corporation des nautes (navigateurs) de la Lutèce romaine. Elle est née spontanément à la fin du XIe siècle pour défendre les intérêts commerciaux de Paris, menacés par l'essor de Rouen. Libéralement ouverte à tous les bourgeois, elle établit au profit de ses membres un monopole du transport des marchandises entre Mantes et Rouen, les marchands non parisiens devant obligatoirement s'associer à un marchand membre de la hanse pour commercer sur ce secteur de la Seine. Soutenue par la royauté, la hanse fait de rapides progrès : le contrôle de son monopole l'amène à juger les infractions et à lever des amendes; de là, sa juridiction s'étend au contrôle de la navigation; enfin, elle obtient du roi des privilèges pour ses membres.  

La hanse administre de Paris :

En 1263, cette hanse devient l'organisation municipale de Paris. Le roi administrait sa capitale par l'intermédiaire de prévôts. Les prévôts se recrutaient dans la bourgeoisie de la ville. En 1260, le roi aligne le statut de la prévôté de Paris sur celui des bailliages et place à sa tête un prévôt salarié.  Pour éviter un conflit avec les bourgeois dépossédés de leurs attributions, Saint Louis décide de confier celles-ci à la hanse: perception et répartition des taxes, représentation de la ville. Le prévôt des marchands, assisté de quatre échevins (magistrats municipaux), apparaît alors comme chef de la municipalité. Il s'occupe de l'approvisionnement de la ville, des travaux publics, de l'assiette des impôts. Il a juridiction sur le commerce fluvial. Cette juridiction et ses attributions financières lui permettent de nouer des liens très forts avec la bourgeoisie parisienne. Il représente la volonté de celle-ci, aussi bien lorsqu'elle donne son accord aux levées de taxes, que lorsqu'elle résiste aux abus de la royauté et veut imposer la réforme du gouvernement (sous Étienne Marcel).  

 
 
1259 : Traité de Paris
1270 : Départ en croisade et mort de Louis IX
1314 : Le maître des Templiers Jacques de Molay est condamné à mort par Philippe le Bel (en octobre).
1315 : Louis X, dit le Hutin
1315 -1317 : Grande famine en France et en Occident
1316 : Mort de Louis X, le Hutin  
1317 : Sacre de Philippe V, dit le Long . Assemblée des notables instituant la loi salique à la succession des rois de France
1321 : Disette et persécutions contre les lepreux et les juifs
1322 : sacre de Charles IV, dit le Bel
1323-1328 : Soulèvement de paysans en Flandre  
1328 : mort de Charles IV le Bel.  
 
 
 Philippe IV, dit le Bel (1268 -1314)
 
Il monte sur le trône de France à l'âge de dix-sept ans, à la mort de son père Philippe III, en octobre 1285. Sous Philippe IV, la France est la nation la plus peuplée en Europe occidentale (en proportion un tiers de la population, soit 13 à 15 millions d'habitants). Le pays va vivre une relative prospérité économique. Jean de Paris rédigera sous son règne « De potestate regum papali », un écrit sur « la laïcisation » du pouvoir royal. Il convoqua en 1302, pour la première fois ensemble les représentants des trois ordres ou états, qui deviendront plus tardivement les Etats Généraux. De1277, à 1311, il fait procédé à des arrestations et des expulsions contre des marchands italiens (les frères florentins Biccio et Musciato Guidi de Franzesi,... ). Plus largement, les confiscations sont décrétés à l'égard «des corps étrangers au royaume», en particulier par des expulsions collectives. Ce fut le cas d'environ 100.000 Juifs  en 1306.
 
La même année en raison des ajustements monétaires éclatent de graves émeutes à Paris. S'en suit l'exécution des meneurs et la suppression (provisoire) des corporations parisiennes. Cette politique éconique valut à Philippe le Bel la réputation de "faux-monnayeur" et quelques relations difficiles jusque dans ses relations avec le Vatican, qui ne le porta pas vraiment en coeur. et en esprit. Philippe, dit le Bel fit arrêté Enguerrand de Marigny, de petite noblesse du Vexin. Celui qui dirigea les affaires financières et les affaires extérieures du royaume, il fut pendu en avril 1315 au gibet de Montfaucon, son cadavre y restera à la vue de tous durant deux années. Il était soupçonné d'enrichissement.  

 

 
Philippe IV gardera sa vie entière une grande estime pour, Louis IX, son grand-père (il obtint sa canonisation en 1297). Mais "le temps de monseigneur Saint-Louis" n'était plus. S'engagèrent des mutations monétaires, notamment des dévaluations à la fin de son règne, ainsi que la grande famine de 1315-1317. Le Bel fut transporté jusqu'à Poissy par le réseau fluvial, puis en civière à Fontainebleau. Il décéda, le 29 novembre 1314. Quarante huit heures auparavant, il prévenait son fils de "tenir l'Église romaine en révérence, d'aimer ses sujets, de maintenir le royaume de France en bon état, à l'instar de son aïeul Saint Louis, de prendre l'avis de ses frères et oncles". Son corps fut embaumé et couvert d'objets précieux, et arrivera via la Seine à Notre-Dame. Puis le corps fut emmené à Saint-Denis où on l'enterra près de son aïeul vénéré. Ses fils, lui succédant moururent tous les trois jeunes. C'est ainsi que naquit  un mythe, suite à la condamnation des Templiers : la fameuse malédiction des « rois maudits ». Philippe IV, fit surtout commande à un des moines de Saint-Denis, d'un travail sur les miracles de saint Denis. Il croyait en une histoire des monarques de France plongée dans des phénomènes surnaturels.
 
 
 
1328, Philippe VI est acclamé roi "pour force de"guerre de cent ans" (ci-contre).
1330 : Agitation à Paris avec des scènes de pillage et des violences destructrices.
1340 : Edouard III d'Angleterre se déclare roi de France
1341: Extension de la Gabelle à tout le royaume
1348 : Apparition de la peste noire à Marseille et extension à tout le royaume, agitations à Paris, elles sont dues à la guerre, mais aussi à la maladie et à la misère.
 
Les paysans et citadins souffrent de plusieurs maux : la peste, la guerre et la faim. La peste, depuis la grande épidémie de 1348, revient régulièrement, elle raye des villages, des quartiers urbains entiers parfois. La guerre entraîne la destruction de terres, l'instabilité des villes et Paris sera le jeu des passations de pouvoir entre la France et l'Angletterre, d'un royuame menacé à l'est comme à l'ouest, qui campe le temps des honneurs à Paris et laisse au sein du peuple un sentiment d'incertitudes et des doutes sur le pouvoir royal qui tente de survivre et n'oubli pas de lever de nouveaux împôts pour de nouvelles guerres.
 
 
Les marginaux parisiens au 14ème et 15ème siècle
Paris au 14ème siècle fut la ville la plus importante de l'Europe occidentale, environ 200 à 300.000 habitants. Au début du quinzième la population chutera brutalement de moitié, en raison de la grande peste de 1348. Plus exactement on parle de «feux et non d'habitants, terme désignant un foyer avec plusieurs personnes, et sur lequel on prélevait une taxe. Pour les chiffres de l'époque, il s'agit d'un peu plus de 60.000 foyers que l'on recense à Paris. Et encore, on ne prend en compte que les «feux» au sein des enceintes. La population des faubourgs et villages limitrophes n'est pas concernée, encore moins les marginaux hors de la ville et nombreux  

Les marginaux parisiens sont composés principalement des mendiants, des vagabonds, des prostituées et des artistes. Pour les mentalités de l'époque être mendiant est en soit déjà un crime, être prostituée depuis Charlemagne, un délit passible de 300 coups de fouets et de la tonte. En raison des forts écarts économiques, l'on peut se douter que les plus pauvres pour survivre favorisaient des solutions pas toujours honnêtes ou morales. La violence sociale était telle, que la criminalité était une solution face aux questions quotidiennes (se loger, manger, s'habiller,...). La justice en cette fin de Moyen Âge s'est employée à réprimer sévèrement les couches sociales les plus défavorisées. La grande majorité des punitions se faisait à la vue d'un public. Les châtiments étaient corporelles et variaient selon l'estimation de la faute. On était passible de pendaison pour un incendie délibéré de maison, l'hérésie religieuse après maintes tortures se finissait le plus souvent sur le bûcher. Dernier exemple, la fausse monnaie valait pour condamnation à son auteur d'être jeté vivant dans l'eau bouillante.
 
La liste des supplices et idées tordues seraient longues. La notion d'altérité était quasi inexistante. Nous sommes face à une justice, qui n'est en fait qu'une justice de classe implacable. De triste mémoire, le gibet de Montfaucon à la sortie de Paris exhibait et laissait en nombre les corps de malheureux pendus au spectacle des passants. La prison n'avait pas pour but d'y maintenir les criminels en lieu sur, on n'y faisait que passer en l'attente de sa condamnation publique. Paris regorgea de prisons et de condamnés. Au Châtelet, la plus grande prison parisienne, le séjour coûtait six deniers pour une litière et un denier pour la " fossée ", soit un bout de geôle très humide comme seule solution pour ceux qui n'avaient aucuns moyens pécuniaires. La nourriture y était médiocre et insuffisante et les prisonniers dépendaient de l'aide éventuelle de visiteurs charitables ou des proches. Le séjour carcéral n'était pas quelque chose de rare ou pris comme dégradant. Sauf pour les pauvres dont les conditions étaient terrifiantes, et les peines plus sévères.
 
La délation est aussi un mode répandu par des appels au " voisinage " pour lutter contre les voyous. La police parisienne dispose des Sergents de Ville pour exécuter la justice prévôtale. Il y a peu de contrôle de leurs fonctions et les abus sont fréquents. Les sergents du Châtelet sont conscients de leur force et détestés par la population. Ils tirèrent le plus souvent profit de leur pouvoir. Difficile de savoir quels étaient leurs effectifs, au début du XIVe siècle, à Paris on estima à quatre-vingt policiers à cheval et autant à pied, mais moins ils subissaient contrôle et plus ils augmentaient en nombre. On peut supposer qu'en période de vacances de pouvoir ou de changements fréquents pendant la guerre de cent ans, ils disposèrent d'une emprise conséquente sur les citadins.


 


La société médiévale est marquée par la féodalisme et fossilise les relations sociales dans chaque fiefs, au dépend d'un plus grande unité territoriale.
L'état de vagabondage et l'instabilité politique inquiètent. Le vagabondage devient progressivement un délit. Et l'on n'hésite pas à appréhender les personnes sans revenu, les soûlards, ou individus louches. Si vous étiez suspecter " de mauvaise vie ", l'expulsion de la ville ne tardait pas. Les migrations préoccupent les populations sédentaires, la peur de l'étranger domine. En 1351, l'ordonnance de Jean II le Bon marque le début d'une chasse aux indigents des centres ville, maintenant les plus pauvres hors des murailles ou des fortifications urbaines.

La ville au Moyen Âge vit sur la notion de quartier. On trouve ainsi à Paris des rues où dominent la pratique d'un travail ou d'un métier : bouchers, tanneurs, jongleurs, ...Les listes dressées pour le prélèvement de l'impôt de la taille recense la répartition des fortunes, mais nous ne savons pas grand chose sur les contribuables du Paris médiéval. Et rien ne permet d'indiquer avec exactitude où s'assemble la population la plus misérable ? Sauf à se concentrer sur les abords de la ville, ou dans ses faubourgs ou localités avoisinantes. Henri Sauval, (historien amateur du XVIIème siècle), écrivit un texte sur «la cour des miracles», dont il dénombra une dizaine de lieux similaires à Paris. Dans son récit, l'auteur situe l'action d'une de ces cour sur une vaste place et une longue ruelle. Juste derrière se tenait le couvent des Filles-Dieu (le couvent des prostituées repenties), non loin de l'emplacement des fortifications. Où se dressaient des cabanes en torchis, où se concentraient les "gueux". Pareillement cette cours réapparaît dans la fiction sur le Capitaine Fracasse au sein possiblement du deuxième arrondissement, à la limite des actuels grands boulevards.



Le clergé aussi est concerné par le crime. Certains individus entrent dans les ordres pour échapper à la justice, en particulier à la peine de mort, qui est assez coutumière. On trouve aussi une catégorie du clergé en situation d'errance. Allant de paroisse en paroisse pour trouver du travail, ils vivent avec les errants et s'adaptent aux murs des groupes. Les institutions ecclésiastiques sont inaptes face à la misère. Les Hôpitaux ne sont pas vraiment ce à quoi nous sommes habitués. Les pauvres, les mendiants, les prisonniers sont des pécheurs et s'ils se trouvent au sein d'un hôpital, c'est d'abord pour expier, les soins médicaux sont secondaires. Là, l'enfermement prend un sens pour l'époque. Reconnaître ses fautes et souffrir, c'est enfin vivre en bon chrétien et c'est seulement à ce titre que l'on peut échapper à la rue ou au crime.  


 Sources : B. GEREMEK, ancien ministre polonais, et historien de Paris au Moyen Âge.

 
 
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