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 « La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent »           Albert Camus
                                                                                                                                                                   

      Sommaire de la page,  

Histoire résumée et chronologique des persécutions contre les Juifs de l'antiquité au Moyen Âge - de la Colonisation Romaine de la Gaule aux premiers Capétiens

- Antisémitisme et Histoire (conférence de l'Ehess) - rajouté en déc. 2015
- Antiquité, aux origines des premiers juifs en Gaule

- Mérovingiens, aux racines de l'antisémitisme chrétien
- Carolingiens, des temps en apparence plus calmes
- Documentaire, Une autre histoire juive (vidéos VOD - Arte Tv)
- Capétiens, le temps des bûchers, des exils et des spoliations
- Sources & Bibliographie ou lectures complémentaires
- Paroles d'une étoile d'or, chanson d'Herbert Pagani


ANTISÉMITISME ET HISTOIRE :

"Des persécutions médiévales à la Shoah, l’antisémitisme semble traverser l’histoire. Il peut susciter deux choix opposés qui sont aussi des renoncements parallèles, celui d’abolir l’histoire en conférant à cet antisémitisme une essence éternelle et celui de le dissoudre dans une historicisation radicale. Le dossier proposé par les Annales essaie de montrer que, face à cette alternative, l’histoire et les sciences sociales ne sont pas tout à fait démunies. En éclairant des objets aussi différents que la politique de Louis IX envers les juifs au XIIIe siècle, le rapport historiographique entre les notions d’antisémitisme et d’antijudaïsme ou le mouvement antisémite dans l’Allemagne de la fin du XIXe siècle, les auteurs réunis ont cherché à poser des problèmes qui concernent non seulement l’antisémitisme, mais aussi l’histoire générale, et qui seront au centre du débat"


Conférence de l'EHESS

en audio ou vidéo  (durée de 1h52) :

Cliquez ici !

avec Sylvie Anne Golberg, Marie Dejoux, et Maurice Kriegel et Etienne Anheim animant les échanges.

Antiquité, aux origines des premiers juifs en Gaule



Pour précision : les premières populations juives à avoir pris souche en Europe s"installèrent en Grèce... une riche histoire mais qui n'est pas traitée ici !

C'est à partir, du roi Hérode dit le Grand (de 73 à l'an 4 avant J.C), puis notamment sous le règne d'Archélaos son succésseur (roi des Juifs de Judée et Samarie) et aux prémices du Christianisme que les hébreux commenceront à s'intégrer au vaste empire Romain et prendront part à son évolution et à ses conquêtes. Il est difficile de chiffrer combien de Juifs vont venir s'installer en Gaule ou en Europe. 20.000 à Rome selon Bernard Lazare. Ce qui semble fondé, c'est qu'ils vont prendre leur première racine d'abord à Rome, et trouver au sein de la société romaine de nombreuses fonctions et postes honorifiques : officiers, avocats, négociants, ... - Et qui migreront de Marseille en passant par la Vallée du Rhône jusque dans le sud-ouest de la Gaule comme agriculteurs et viticulteurs. La présence juive en Gaule romaine est attestée par plusieurs sources dont Grégoire de Tours et des recherches à ce sujet toujours en cours.

Si l'exode de 70 après J.C. (sous le règne de Hérode Antipas II) peut avoir été moins massif que ne le suggère les croyances, le bassin méditerranéen va vivre sous une influence culturelle juive importante jusqu'à la fin du monde Antique, ou ce que l'on dénomme plus communément jusqu'à la fin de l'Empire Romain, et comme marqueur d'un tournant vers de nouveaux temps historiques et religieux (passage du polythéisme au monothéisme). Il a existé différentes formes et périodes d'exils et de migrations, d'assimilations forcées ou pas, des conversions de toute nature dans l'histoire des Juifs en Europe et dans le bassin méditerranéen. Dans la bataille des chiffres, l'on estime de 1 à 2 millions d'habitants principalement en Judée, le nombre de juifs s'étant référer à la Thora à cette époque.

L'objet de ce texte n'est pas d'alimenter l'idée ou une controverse sur l'existence ou non du peuple juif, la polémique a peu d'intérêt. Il faut avoir une certaine méfiance concernant des thèses identitaires, voire historico-politiques s'appuyant sur de fausses évidences parce que principalement construites sur des hypothèses, normalement se déjouant des mythes. C'est le cas de l'archéologie ou de certaines recherches historiques, ou toute affirmation doit se faire avec moultes précautions et vérifications. Pour précision utile, il vaut mieux se référer à la diaspora juive et quelques fondements confessionnels. Sinon l'on risque de créer une unité poussant à rendre génétiquement compatible les populations juives. Les simplifications sont toujours dangereuses ou abusives.

Au plus court, vont se dessiner des communautés de destin parfois comparables, mais aussi disjoint en raison des espaces géographiques. Les deux branches les plus connues (et pour aller au plus simple) sont les juifs ashkénazes et  séfarades. Toutes deux présentes à travers l'Histoire de France et jusqu'à nos jours. Il n'est pas simple de faire le tri des images d'Épinal, dont celle du juif errant, les mythes collant à la peau des populations et coutumes religieuses juives sont nombreuses. Derrière les mythes, les réalités historiques laissent place à une histoire difficile des relations entre le judaïsme et le christianisme, puis plus tardivement avec l'islam et en d'autre termes. Nous ne chercherons vraiment pas à faire de comparaison, mais de fournir des faits pouvant vous permettre à partir d'une ébauche chronologique, de découvrir des aspects peu connus des persécutions des Juifs à travers les premiers âges de la chrétienté .

  La présence de juifs dans l'hexagone remonte à l'Antiquité Gallo-Romaine. Des commerçants de confession juive et originaire du Royaume de Canaan ou de Judée sont présents dans le port de Marseille dès l'époque de la colonisation romaine, ils sont à l'origine des communautés de Provence.

Les juifs apparurent en Gaule sous l'empereur romain Auguste en 31 avant J-C. Ils suivirent les romains dans la nouvelle province et s'installèrent à Massilia (Marseille). Certains poussèrent jusqu'à Narbonne, tandis que le roi Archéloas, fils et successeur d'Hérode le Grand était destitué par les romains et exilé à Vienne le long du Rhône.

 Septime Sévère (193 à 211) autorise les Juifs présents à Rome et sur le territoire de l’Empire romain à assumer des fonctions civiles et militaires, toutefois limitées dans les hiérarchies, et révisées à la baisse par ses successeurs.

En 212, l'Édit de Caraccala reconnait dans sa constitution la citoyenneté romaine à tous ses résidents ou habitants, y compris de confession juive.

En 306, le concile d’Elvire décide l'interdiction pour les Chrétiens d’avoir des relations sociales avec les Juifs, et l'impossibilité pour un Juif d’avoir un employé chrétien.

En 325, Le concile de Nicée étend la validité de l'excommunication en créant l'anathème. Auparavant, l'excommunication n'était valide que dans le diocèse qui l'avait prononcée.

En 399, le pape Anastase 1er convoque un concile, les mariages mixtes entre Juifs et Chrétiens sont interdits.

En 439, est promulgué le code Théodosien de Justinien II. Il est interdit aux juifs d’exercer une profession publique ou militaire, et l’on cherche à imposer la conversion de force au christianisme dans l’Empire.

En 461 ou 465, Le concile provincial de Vannes stipule en son XVI° Canon : «Sous peine d'excommunication, les clercs ne doivent se livrer à la divination par le sort des saints et la sainte écriture. (…) Interdiction aux clercs de partager un repas avec des juifs.»

Presque de tout temps, la conversion au judaïsme a été possible (et même prosélyte les premiers siècles de l'ère chrétienne). On peut imaginer la crainte de la Gaule devenue chrétienne voir les juifs acquérir des esclaves et de les convertir, et accéder ainsi au savoir, comme lire, écrire et commentés les textes sacrés. Il est à signaler que l'esclavage n'est pas vraiment en conformité avec les textes religieux et enseignements aussi bien bibliques que talmudiques, et que l'on peut envisager des contradictions fortes entre les deux monothéismes, l'un naissant, l'autre allant péricliter à partir du VI° siècle après J.C, notamment s'affaiblir au VII° siècle en Afrique du Nord avec l'apparition de l'islam et l'expansion du colonialisme arabo-musulman en Afrique du nord et au sud de l'Europe.

Bernard Lazare, l'antisémitisme, son histoire et ses causes

(...) A Rome, les Juifs fondèrent une colonie puissante et riche, aux premières années de l'ère chrétienne. Ils étaient venus dans la cité vers 139 (avant J.-C.), sous le consulat de Popilius Lœnus et de Caius Calpurnius, s'il faut en croire Valère Maxime. Ce qui est certain, c'est qu'en 160 avant J.-C. arriva à Rome une ambassade de Judas Macchabée, pour conclure avec la République un traité d'alliance contre les Syriens ; en 143 et en 139, autres ambassades. Des ce moment, des Juifs durent s'établir à Rome. Sous Pompée, ils vinrent en nombre, et en 58 leur agglomération était déjà considérable. Très turbulents, très redoutables, ils jouèrent un rôle politique important. César s'appuya sur eux pendant les guerres civiles et les combla de faveurs ; ils les exempta même du service militaire. Sous Auguste, on fit retarder pour eux les distributions gratuites de blé quand elles tombaient un samedi. L'Empereur leur donna le droit de recueillir la didrachme pour l'envoyer en Palestine, et il fonda au temple de Jérusalem un sacrifice perpétuel d'un taureau et de deux agneaux.

Quand Tibère prit l'Empire, les Juifs étaient 20.000 à Rome, organisés en collèges et en sodalitates.

Excepté les Juifs de grandes familles comme les Hérode et les Agrippa, qui se mêlaient à la vie publique, la masse juive vivait très retirée. Le plus grand nombre habitaient dans la partie la plus sale et aussi la plus commerçante de Rome : le Transtévère. On les voyait près la via Portuensis, l'Emporium et le grand Cirque ; au champ de Mars et dans Subure ; hors la porte Capène ; au bord du ruisseau d'Égérie et proche le bois sacré. Ils faisaient du petit négoce et de la brocante ceux de la porte Capène disaient la bonne aventure. Le Juif du ghetto est déjà là. (...)



Le «Talmud de Babylone»,
ensemble de lois orales (la «Mishna») et de commentaires rabbiniques (la «Gemara»), est clôturé. Une autre version, le «Talmud de Jérusalem» avait été réalisé au siècle précédent mais n’était pas aussi approfondie. Ces écrits représentent un ensemble concret des fondements oraux de la religion juive et sont l’œuvre des sages amoraïm. Au fil des siècles, le «Talmud de Babylone» sera complété par différents rabbins et notamment par le rabbin français Rachi, qui fondera une grande école talmudique. (source: linternaute.com)

 Mérovingiens,
aux racines de l'antisémitisme chrétien

Le peuple «déicide»? Genèse de l'antisémitisme médiéval,  par Yannick Rub

(...) Cette idée selon laquelle les Juifs ont été les assassins de Jésus va justifier pour des siècles les persécutions à l’encontre des juifs. Cette accusation est « institutionnalisée » d’abord entre le II et le Ve siècle chez les Pères de l’Eglise. La démarche est d’abord celle de discriminer le judaïsme qui, après tout, est un concurrent fâcheux pour une église qui se veut universelle. C’est au IVe siècle que Jean Chrysostome parle des Juifs comme étant «hostiles à Dieu» et c’est lui qui va développer ce concept de «déicide». Il n’emploie pas encore le terme précis, c’est Pierre Chrysologue au Ve siècle qui le fera le premier. L’idée que les Juifs sont non seulement responsables de la mort de Jésus, mais qu’en plus celui-ci a également été trahi par Judas pour de l’argent va nourrir l’aversion à l’égard du Juif. (...)  

(...) Encore à titre d’exemple, au IVe siècle, Saint Augustin écrit qu’il ne faut pas tuer les Juifs, mais les condamner à la dispersion et à l’humiliation, en signe de victoire de l’Eglise sur la Synagogue. C’est une sorte de condamnation à la servitude éternelle qui sera maintenue pendant des siècles. C’est là un point éclairant en ce qui pourrait concerner un certain anéantissement : celui-ci n’est absolument pas prôné par les Pères de l’Eglise ni même souhaité : le Juif est vu comme le mal nécessaire, l’erreur au service de la Vérité. C’est ce qui ressort des écrits d’Augustin : les juifs doivent subsister, mais de manière diminuée. Les accusations des Pères de l’Eglise font passer les griefs à l’encontre des juifs de rumeurs et d’opinion populaire en fait historique se basant sur l’interprétation des textes : Sommairement, cette interprétation fait ressortir l’idée théologique d’une faute et donc d’une nécessaire expiation. A la même époque, le patriarche de Constantinople Jean Chrysostome prononce des sermons très virulents contre les Juifs, et prêche aux Chrétiens que c’est un péché de traiter les Juifs avec respect. Il appelle la synagogue la maison de Satan dédiée à l’idolâtrie et le repaire des meurtriers de Dieu. (...)

 Au VI° siècle, la première attestation d'une présence juive à Paris, il s'agit d'un document de l'évêque Grégoire de Tours. Il a rédigé de son temps une Histoire des francs, ou l’on retrouve, différents actes religieux ou récits historiques très controversés concernant les juifs de cette époque.

En 506, un concile est tenu à Agde avec l’autorisation de roi wisigoth Alaric II. Il y sera défini dans quelles conditions «les Juifs qui veulent se rallier à la foi catholique doivent, à l’exemple des catéchumènes, se tenir pendant 8 mois sur le seuil de l’église ; si, au bout de ce temps, leur foi est reconnue sincère, ils obtiendront la grâce du baptême» (…) «empêcher ceux-ci de contaminer les chrétiens ».

(…) «Tout chrétien, clerc ou laïc, doit s'abstenir de prendre part aux banquets des Juifs ; ces derniers ne mangeant pas des mêmes aliments que les chrétiens, il est indigne et sacrilège que les chrétiens touchent à leur nourriture. Les mets que nous prenons avec la permission de l'apôtre sont jugés immondes par les Juifs. Un chrétien se montre donc l'inférieur d'un Juif s'il s'assujettit à manger des plats que ce dernier lui présente et si, d'autre part, le Juif repousse avec mépris la nourriture en usage ». Déjà édictée par le Concile de Vannes, cette interdiction fut  peu respectée, d'autres conciles la renouvelèrent à plusieurs reprises (Épône, 517 ; Orléans, 538 et Mâcon, 581). En atteste ce témoignage à propos de Cautinus (évêque de Clermont entre 551 et 571) : «Avec les Juifs à l'influence desquels il se soumettait, il était en termes familiers, non pour leur conversion, ce qui, en bon pasteur, eut dû être son souci, mais pour leur acheter des objets précieux. On le flattait facilement et ils lui prodiguaient une grossière adulation. Ils lui vendaient alors les choses à un prix plus élevé que leur valeur réelle». Grégoire de Tours, Histoire des Francs (Denoël, 1974).

Théodoric dit le Grand (474 - 526) Roi des Ostrogoths et du Royaume ostrogoth d'Italie prendra sous sa protection les Juifs de Gênes et de Milan. Il condamna les émeutes anti-juives et les destructions de synagogues sur son territoire et tout au long de son règne.

En 533, Childebert 1er (roi de Paris à partir de 511 et roi d'Orléans de 524 à sa mort en 558). Il prend contre les juifs un arrêté d'expulsion. Le premier synode du temps des mérovingiens parlant des juifs se tient en la présence des enfants vivants de Clovis (Childebert 1er, de Clotaire 1er et de Thierry 1er). Les mariages mixtes sont interdits avec des juifs ou juives sous peine d’excommunication.

En 535, Le concile de Clermont interdit aux Juifs de devenir juge.

En 576, - A Clermont, un incident entre un juif et un converti conduit à la destruction de la synagogue par la population. Il s’en suivra le baptême forcé de 500 juifs, et l’expulsion du reste de la communauté à Marseille.

Vers 580, on présume la construction d’une synagogue sur l’île de la Cité (à Paris). En Bourgogne, «tout Juif qui frappe un chrétien doit payer 75 sous de composition et 12 sous d'amende ou avoir le poing coupé, et, si la personne maltraitée est un prêtre, il encourt la peine de mort et ses biens sont confisqués». 

En 582, Chilpéric 1er établit un édit ordonnant «à tous les Juifs de Paris d’être baptisés sous peine d'avoir les yeux  crevés et de venir présider lui-même à son exécution» . La synagogue d’Orléans est détruite lors d’émeutes et reconstruite aux frais et aux dépens des juifs par l’exécutant de l’autorité royale. Il fait condamné à mort son ancien conseiller juif Priscus.

En 583, - Le concile de Mâcon autorise les chrétiens à racheter aux juifs des esclaves.

En 585, le roi Gontran vient à Orléans et dit : «Malheur à cette nation juive méchante et perfide, ne vivant que de fourberies. Ils me prodiguent aujourd’hui de bruyantes acclamations, c’est qu’ils veulent obtenir de moi que j’ordonne de relever, aux frais publics, leur synagogue que les chrétiens ont détruite ; mais je ne le ferai pas : Dieu le défend.»

  En 591, le pape Grégoire 1er dit le Grand (de 590 à 604) s’oppose aux conversions forcées des Juifs et prône la persuasion. Il refuse que leurs biens soient saccagés et voit avec importance qu’ils soient protégés par la loi.

En 614, au Concile de Paris, il est interdit aux Juifs, «coupables de la mort de Jésus-Christ», la possession des biens terriens et immobiliers, l'usufruit est plus ou moins conservé. Il est également devenu impossible d’exercer des métiers manuels, entre autres être agriculteur. Des clauses aux conciles de Paris et Clermont bloquent aussi toute nomination à des fonctions civiles et militaires. Un édit de Clotaire II prohibe aux juifs d'intenter des actions publiques contre les chrétiens.

En 615, le roi wisigoth Sisebut (612-621) ordonne sous peine de mort, le baptême de tous les Juifs, et, il oblige les non convertis à quitter son royaume. L'Espagne vivra un siècle de troubles religieux.

En 629, le roi Dagobert demande aux Juifs de se convertir au christianisme. Ils vivent et commercent rive gauche, non loin de l’église St-Julien, et sur l’Ile de la Cité (l’actuelle rue de la Cité portera le nom de rue de la Juiverie, jusqu’en 1834).

En 633, c’est l’expulsion des juifs refusant la conversion du « bon » Roi Dagobert. À Paris, c’est un refus de la communauté de se convertir au catholicisme, elle s’exile en d’autres terres (Rhin et Provence).

En 694, en Espagne, Egica roi wisigoth réduit en esclavage tous les Juifs de son royaume, et en confie la garde aux grands propriétaires fonciers. Ces derniers, en effet, sont des relais importants de l'expansion du christianisme, usant de la contrainte économique pour obtenir des conversions.

Bernard Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes (...) Du Ve au VIIIe siècle le bonheur ou le malheur des Juifs dépendit uniquement de causes religieuses qui leur étaient extérieures, et leur histoire parmi ceux qu'on appelait les barbares est liée à l'histoire de l'Arianisme, à son triomphe et à ses défaites. Tant que les doctrines ariennes prédominèrent, les Juifs vécurent dans un relatif état de bien-être, car le clergé et même les gouvernements hérétiques luttaient contre l'orthodoxie et se souciaient assez peu des Israélites, qui n'étaient pas pour eux les ennemis qu'il fallait réduire. Théodoric fit exception cependant. A peine l'empire ostrogoth était-il assis, que le roi, poussé peut-être par Cassiodore, son ministre, qui paraît avoir eu fort peu de sympathie pour les Juifs — il les qualifiait de scorpions, d'ânes sauvages, de chiens, de licornes — défendit aux Juifs de construire des synagogues et essaya de les convertir. Mais, malgré cela, il les protégea contre les agressions populaires, et obligea le sénat de Rome à faire rebâtir les synagogues que la foule catholique, insurgée contre l'Arien Théodoric, avait incendiées.(...)

  Carolingiens,
des temps en apparence plus calmes

En apparence la période carolingienne semble plus calme, dans les faits les pouvoirs royaux ou impériaux ne chercheront pas à persécuter les populations juives, Charlemagne à ce sujet sera plutôt bienveillant. Néanmoins entre suzerains et vassaux ou pouvoirs locaux, les croyances anti-juives restent vivaces, et les lois demeurent relativement restrictives pour les pratiquants du judaïsme au sein de l'empire Carolingien.

Pendant le VIII° siècle, les Juifs étaient actifs dans le commerce et la médecine. Les empereurs Carolingiens permettent aux juifs de devenir des approvisionneurs accrédités de la cour impériale. Ils sont aussi impliqués dans l'agriculture et le domaine de la viticulture. Ils doivent comme tout négociant payer la dîme.

En 797, Charlemagne donna une mission d'ambassadeur auprès du calife de Bagdad à un juif narbonnais nommé Isaac. Celui-ci ne revint de sa mission qu'au début de l'an 802, rapportant deux cadeaux insolites: une horloge très perfectionnée et un éléphant.

 En 800, Charlemagne désigne Machir à Narbonne pour créer une école talmudique. Sous son règne  de 771 à 814, la condition des Juifs s’améliore, toutefois leur liberté restera limitée. Au tribunal, ils prêtaient serment à un texte appelé «more judaico».

Vers 850, le concile de Meaux Paris adopte une série de dispositions destinées à réprimer le prosélytisme juif et à éviter toute promiscuité avec les Chrétiens :

- Interdiction pour les Juifs de servir dans l'armée,
- Interdiction d'occuper un emploi public,
- Interdiction d'avoir des esclaves chrétiens et faire le commerce des esclaves.
- Interdiction de sortir de chez soi à la fin de la semaine sainte, pour éviter que leur vue n'excite la colère des Chrétiens.
- Interdiction de construire de nouvelles synagogues.
- La garde des enfants juifs est confiée à des clercs pour les élever dans la religion chrétienne.

Charles le Chauve (843 – 877), tolérant, refusera d'appliquer les mesures d'exception et de les inscrire dans un capitulaire.


 L'Antisémitisme, son histoire et ses causes

(...) C'est vers la fin du VIIIe siècle que se développa l'activité des Juifs occidentaux. Protégés en Espagne par les Kalifes, soutenus par Charlemagne qui laissa tomber en désuétude les lois mérovingiennes, ils étendirent leur commerce qui jusqu'alors avait consisté surtout dans la vente des esclaves. Ils étaient d'ailleurs pour cela dans des conditions particulièrement favorables. Leurs communautés étaient en rapports constants, elles étaient unies par le lien religieux qui les rattachait toutes au contre théologique de la Babylonie, dont elles se considérèrent comme dépendantes jusqu'au déclin de l'exilarcat ; ainsi acquirent-elles de très grandes facilités pour le commerce d'exportation dans lequel elles amassèrent des richesses considérables, si nous en croyons les diatribes d'Agobard (1) et plus tard celles de Rigord (2), qui, si elles exagèrent la fortune des Juifs, ne doivent pourtant pas être absolument rejetées comme indignes de créance (3). Sur cette richesse des Juifs, surtout en France et en Espagne, jusqu'au XIVe siècle, nous avons d'ailleurs les témoignages des chroniqueurs et ceux des Juifs eux-mêmes, dont plusieurs reprochaient à leurs coreligionnaires de se préoccuper des biens de ce monde beaucoup plus que du culte de Jehovah. "Au lieu de calculer la valeur numérique du nom de Dieu disait Aboulafia le kabbaliste, les Juifs aiment mieux supputer leurs richesses."

(...) Aux temps de leur prospérité nationale, les Juifs semblables en cela à tous les autres peuples, possédèrent une classe de riches qui se montra aussi âpre au gain, aussi dure aux humbles que les capitalistes de tous les âges et de toutes les nations. Aussi, les antisémites qui se servent, pour prouver la constante rapacité des Juifs, des textes d'Isaïe et de Jérémie, par exemple, font-ils œuvre naïve et, grâce aux paroles des prophètes, ils ne peuvent que constater, ce qui est puéril, l'existence chez Israël de possesseurs et de pauvres. S'ils examinaient impartialement même les codes et les préceptes judaïques, ils reconnaîtraient que législation et morale recommandaient de ne jamais prélever d'intérêt sur les prêts (4). A tout prendre même, les Juifs furent, en Palestine, les moins commerçants des sémites, bien inférieurs en cela aux Phéniciens et aux Carthaginois. C'est seulement sous Salomon qu'ils entrèrent en relation avec les autres peuples ; encore, en ce temps-là, c'était une puissante corporation de Phéniciens qui pratiquait le change à Jérusalem. Du reste, la situation géographique de la Palestine ne permettait pas à ses habitants de se livrer à un trafic très étendu et très considérable. Cependant, pendant la première captivité, et au contact des Babyloniens, une classe de commerçants se forma, et c'est à cette classe qu'appartenaient les premiers émigrants juifs, ceux qui établirent leurs colonies en Égypte, en Cyrénaïque et en Asie Mineure. Ils formèrent dans toutes les cités qui les reçurent des communautés actives, puissantes et opulentes, et, lors de la dispersion finale, des groupes importants d'émigrants se joignirent aux groupes primitifs qui facilitèrent leur installation.(...)

Notes :

(1) "De Insolentia Judoeorum" Patrologie Latine, t. CIV.
(2) Gesta Phillippi Augusti.
(3) Sur la situation des Juifs méridionaux au temps de Philippe le Bel, voir Siméon LUCE, "Catalogues des documents du Trésor des Chartes", Revue des Études Juives, t. I. n° 3
(4) "Tu ne prêteras point à intérêt à ton frère, ni argent, ni vivres, ni quoi que ce soit; tu pourras prêter à intérêt à l'étranger (Nochri )." Deutéronome, XXIII, 19, 20 Nochri veut dire l'étranger de passage; l'étranger qui réside, c'est le guerre. "Quand ton frère sera devenu pauvre et qu'il te tendra ses mains tremblantes, tu le soutiendras, même l'étranger qui demeure dans le pays, afin qu'il vive avec toi. Tu ne tireras de lui ni intérêt, ni usure." Lévitique, XXV, 35. "Jéhovah, qui est-ce qui séjournera dans ton tabernacle? Celui qui ne prête pas son argent à intérêt". (Psaume XV, 5). Même à un non Juif, ajoute le commentaire talmudique. (Maccoth, 1. XXIV) (Voir encore Exode, XXII, 25. PHILDON, de Charitate: .JOSEPH, Antiquit. Jud., 1. I V, chap. VIII; Selden, 1. Vl. chap. IX.
DOCUMENTAIRE UNE AUTRE HISTOIRE JUIVE

à découvrir sur : filmsdocumentaires.com


Réalisateur, Vincent Froehly

Malgré les persécutions infligées par les chrétiens au Moyen Âge, la mémoire collective juive a gardé un attachement particulier à la région du Rhin.

L'histoire des juifs au Moyen Âge dans la région du Rhin est, comme en d'autres temps et en d'autres lieux, ponctuée de persécutions et de massacres. Mais c'est aussi le récit d'une relation particulière entre une communauté et une région qui l'a d'abord bien accueillie. Avec la terre promise d'Israël, la Rhénanie représente, aussi bien du côté alsacien que du côté allemand, l'autre terre précieuse au coeur des juifs. De l'an 900 jusqu'aux années 1550, le documentaire s'intéresse à la présence du peuple juif dans la vallée rhénane, à son intégration tour à tour souhaitée puis rejetée, et aux conséquences culturelles et économiques de ces alternances de prospérité et d'horreur. À Spire, Mayence, Cologne, Trèves ou Worms, à Colmar, Mulhouse, Sélestat, Obernai ou Strasbourg, à Bâle et en Suisse s'écrit déjà une histoire d'Europe avant l'heure.

(France, 2009, 60 mn)  diffusé par ARTE 
 Capétiens,
le temps des bûchers, des exils et
des spoliations

"Dans la mesure où l’origine du christianisme remonte aux communautés juives du Moyen-Orient, l’attitude de l’Église vis-à-vis des Juifs a longtemps été indécise. Mais à partir des Croisades, les Juifs sont considérés comme des Infidèles, et persécutés dans toute l’Europe. Le statut des juifs est celui de citoyens de second ordre : obligés de vivre dans des ghettos, ils n’ont pas droit de séjour permanent dans les villes,et les seules activités auxquelles ils ont accès sont le commerce, le col-portage et le prêt sur intérêt, ce qui aggrave encore le ressentiment à leur égard. Les mythes antijuifs naissent, comme ceux de la profanation de l’hostie et du meurtre rituel, ou de l’enlèvement d’enfants. Les stéréotypes propagent l’image de l’usurier riche et insensible, ou du col-porteur pauvre et rusé. On accuse les juifs de propager les maladies comme la peste. Beaucoup sont expulsés d’Espagne, d’Italie, d’Angle-terre, et émigrent en Pologne et en Lituanie. L’Europe centrale devient le nouveau centre de la vie culturelle juive en Europe. Les juifs connaissent une relative liberté, ont leur langue, le yiddish, mélange d’allemand médiéval et d’hébreu. Grâce à leur éducation, ils ont accès à des professions libérales. Mais les nationalismes croissants leur opposent de nouvelles résistances, et les flambées de violence anti-juive sont fréquentes, de même que les phénomènes d’exclusion."  (exposition de la Licra sur l'antisémitisme)

La France connaît deux espaces géographiques emblématiques de la présence de la culture juive, l’une au nord-est abritait les communautés des Tzarfatim (ashkénaze) et au sud-est les Juifs  de Provence. C'est à partir du XI° siècle qu'un important changement envers les Juifs se manifeste, d'abord avec la « grande persécution » de 1007 à 1011, puis avec la première croisade en 1096, les persécutions se feront au nom d’une prétendue collusion avec les musulmans, et aussi au titre de crime de «déicide».

En mai 1096, environ 800 juifs sont tués à Worms (Allemagne), et d'autres choisissent le suicide. À Regensburg (Ratisbogne, Allemagne,), les juifs sont jetés dans le Danube, pour y être «baptisés». Plus largement en Europe, Mayence, Cologne, Prague et dans beaucoup d'autres villes, des milliers de juifs sont assassinés et leurs biens spoliés.

  Au Douzième Siècle, «Les Juifs ne doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la divine Écriture. Qu'y lit-on de prophétisé dans le Psaume, au sujet des Juifs. Dieu, dit l'Église, m'a donné une leçon au sujet de mes ennemis : "ne les tuez pas, de crainte que mes peuples ne m'oublient" . Ils sont pour nous des traits vivants qui nous représentent la passion du Seigneur. C'est pour cela qu'ils ont été dispersés dans tous les pays, afin qu'en subissant le juste châtiment d'un si grand forfait, ils servent de témoignage à notre rédemption». Saint-Bernard de Clairvaux (point de vue similaire chez Abélard). De nombreuses communautés se développent, comme en témoignent les "rues aux juifs" ou rues "Juiverie" dans de nombreuses villes de France. Le plus ancien monument juif de France encore visible se trouve à Rouen et date du XIIème siècle.

En 1144 - «La Diffamation du sang». Les Juifs d’Angleterre sont accusés d’avoir mis à mort un enfant chrétien et de l'avoir saigné pour leur célébration de pâque. Propagée par des moines chrétiens, cette accusation est connue sous le nom de «Diffamation du sang». On les accusera également d’avoir empoisonné les puits et les points d’eau qui approvisionnaient les habitants. On les rendra même coupable de l’épidémie de Peste de 1348. Ces calomnies seront reprises par les antisémites des siècles à venir, et notamment par les nazis, afin de légitimer leurs violences.

En 1171, «le martyr du jeune Richard», première affaire de meurtre rituel en France. À Blois, la disparition d’un enfant entraîne des accusations contre les Juifs, ils auraient tué l’enfant pour préparer des pains azymes avec son sang. 32 Juifs seront brûlés en place publique.
En 1179, le pape Alexandre III oblige tous les Juifs à porter la rouelle  (rouge).

En 1181, Philippe Auguste (1180-1223) fait saisir les biens juifs.

En 1182, les Juifs par édit le 10 mars sont expulsés du royaume et leurs synagogues transformées en églises, les biens des Juifs redistribués à des nobles ou à des corporations. Philippe-Auguste engage un système d’expulsions et spoliations allant devenir  une pratique régulière.

En 1184, Isaac Uradis, juif de Bourges, se fait confisquer sa maison par Philippe Auguste, qui l’offre à son maréchal, Matheus de Bituric.

En 1190, Maïmonide, philosophe et médecin espagnol rédige le «Guide des égarés». Il redonnera au  travail d’Aristote une nouvelle vie, il tentera de démontrer que la religion juive repose sur la raison et le rationnel. Il rédigera de même la «Mishnah Torah», une approche interprétative des lois juives provenant de l'étude du Talmud.

  Au Treizième siècle, En 1215, pendant le pontificat d'Innocent III (1198-1216), le Quatrième Conseil de Latran a forcé les Juifs à porter un insigne dans les provinces du Languedoc, de la Normandie et de Provence, et visera à son application la plus large. : «Il apparaît parfois que par erreur des chrétiens s'unissent à des femmes juives ou sarazines ou des juifs ou des sarazins à des femmes chrétiennes. Pour que cesse un tel péché et qu'un tel mélange ne puisse avoir lieu dans l'avenir sous prétexte d'ignorance, nous décrétons que ces personnes des deux sexes, dans chaque province chrétienne et en tout temps, devra se distinguer par le caractère de son vêtement. Ils n'apparaîtront pas en public pendant les jours saints et le dimanche de la Passion.»

Mais aussi sur trois points imposent des vues sectaires auxquelles les juifs devront se conformer :

1- Des taxes sur le prêt d’argent  : « Plus les chrétiens sont interdits de pratiques usuraires, plus la perfidie des juifs augmente en la matière. Nous ordonnons que si à l'avenir les juifs extorquent des intérêts excessifs aux chrétiens, ils soient coupés de tout contact avec les chrétiens jusqu'à ce qu'ils aient fait réparation de leur cupidité immodérée. Nous décrétons, sous peine identique, que les juifs doivent payer la dîme et les offrandes dues à l'église. »
 
2 – Interdiction aux emplois publics : « Il semble absurde que des blasphémateurs du Christ aient le pouvoir sur des chrétiens. Nous interdisons aux juifs d'avoir des emplois publics, puisque, sous ce couvert, ils sont particulièrement hostiles aux Chrétiens. Nous étendons la même interdiction aux païens. »

3. Règles pour Les convertis : « Puisqu'il est écrit "maudit celui qui entre dans un pays par deux chemins" et encore "on ne peut tisser une pièce de vêtement de lin et de laine", nous décrétons que les juifs convertis seront solennellement avertis par l'évêque d'abandonner l'observance de leur ancien rite. »

En 1227, le concile de Narbonne proclame le port de la rouelle jaune  obligatoire pour les Juifs et l’interdiction pour eux de sortir pendant la Semaine sainte.

 En 1232, le rabbin Salomon de Montpellier lança l'anathème contre tous ceux qui liraient le Moré Neboukhim ou se livreraient aux études scientifiques et philosophiques. Ce fut le signal du combat. Il fut violent de part et d'autres, et on eut recours à toutes les armes. Les rabbins fanatiques en appelèrent au fanatisme des dominicains, ils dénoncèrent le Guide des Égarés et le firent brûler par l'inquisition : ce fut l'œuvre de Salomon de Montpellier et elle marqua la défaite des obscurantistes. Mais cette défaite ne clôtura pas la lutte. A la fin du siècle elle fut reprise par don Astruc de Lunel, soutenu par Salomon ben Adret de Barcelone, contre Jacob Tibbon de Montpellier. A l'instigation d'un docteur allemand, Ascher ben Yehiel, un synode de trente rabbins réuni à Barcelone sous la présidence de Ben Adret, excommunia tous ceux qui avant vingt-cinq ans lisaient d'autres livres que la Bible et le Talmud.

En avril 1233, le pape Grégoire IX crée et désigne un tribunal d'exception («Inquisitio hereticae pravitatis») ayant pour objet de condamner au sein du royaume de France, «les hérétiques et les catholiques non sincères».

En 1236, les croisés ont attaqué les communautés juives d'Anjou et du Poitou et ont essayé de baptiser tous les Juifs, ceux qui ont résisté ont été tués. Environ 3,000 Juifs ont été assassinés.


En 1240, les Juifs sont expulsés de Bretagne et la discussion célèbre du Talmud a commencé à Paris.

En 1242, Nicolas Donin, un juif converti, explique au Pape que les livres sacrés des juifs contiennent des injures contre le Christ. Suite à une controverse ayant lieu à Paris entre rabbins et prêtres, Louis IX fait brûler 24 charrettes d’exemplaires du Talmud à Paris, en place de Grève.

   En 1250, Thomas de Cantim (théologien ayant vécu de 1201 à 1272) reprend à son compte la rumeur des crimes rituels. Une mythologie purement d'inspiration antisémite prétendait que, le sang des enfants chrétiens servait aux Juifs pour ses propriétés curatives. Rumeur non fondée, elle restera longtemps comme une illustration du juif comme bouc émissaire des maux des sociétés chrétiennes en Europe. En réalité les juifs furent victimes de véritables appels aux meurtres et cela permit en dans de nombreux pays européens le massacre de communautés hébraïques.

  En 1254, Louis IX bannit les juifs de France, mais contre des paiements, ils seront autorisés à rester quelques années après.

En 1269, Louis IX impose aux juifs le port de deux signes jaune l'un dans le dos, l'autre sur la poitrine, à partir de 14 ans, pour les distinguer du reste de la population et prévenir les unions mixtes. Le port de la rouelle  décidé par le IVe concile du Latran en 1215 devient obligatoire dans le royaume. La rouelle est un morceau de tissus avec pour symbole une roue représentant les "30 deniers de Judas". Jacques le Goff, historien, dans son livre sur Saint Louis trouvait «ces conceptions et cette pratique, cette politique antijuive, ont fait le lit de l’antisémitisme ultérieur. Saint Louis est un jalon sur la route de l’antisémitisme chrétien, occidental et français», par ailleurs un lecteur critique précise au sujet de son ouvrage que le  «Roi sacré et saint, Louis eut à cœur de combattre les hérétiques et les Juifs. L'auteur nous donne à voir, grâce à des développements d'un grand intérêt, comment le roi de France, fidèle aux préceptes de la papauté et soumis à l'influence de conseillers douteux, mania tour à tour la persécution et la persuasion. Ce thème occupe les trois quarts du chapitre intitulé "Conflits et critiques", curieusement placé entre La religion de saint Louis et Saint Louis, roi sacré, thaumaturge et saint». (Alain Saint-Denis, source Persée.fr, année 1997)

En 1280, la dame de Vierzon réclame un juif arrêté par les gens du roi, car le prisonnier n’a pas été pris en flagrant délit. Sensiblement à la même époque, le prieur de Saint-Benoît-du-Sault veut expulser les juifs du Sault, mais le vicomte de Brosse s’y refuse.

En 1290, Les Juifs sont chassés d’Angleterre par Édouard Ier.

En 1294, les juifs de Nevers sont expulsés par Philippe le Bel.

En 1298, les Juifs sont considérés comme doublement sacrilèges et sont victimes de massacres sanglants à Röttingen (Bavière).

 Au Quatorzième Siècle,  en 1306, Philippe IV de France (dit le Bel) expulse les Juifs de France, confisque leurs biens et il s’approprie leurs créances. 100 000 Juifs environ sont expulsés et prennent en majorité le chemin de l’Espagne.

En 1309, à  Zurich, un décret ordonne aux Juifs de prêter de l’argent aux bourgeois de la ville moyennant caution; s’ils s’y refusent, ils encourent des sanctions. Le taux d’intérêt était fixé par le Conseil.

 En 1315, Louis X rappelle les Juifs expulsés de France neuf ans auparavant pour une durée limitée. Les impôts payés par les Juifs sont plus lucratifs pour le trésor royal que la spoliation pure et simple de leurs biens.

De 1319 à 1321, le Talmud est brûlé à Paris et à Toulouse

En 1323, Perrin de La Queux, gardien des prisons royales de Bourges laisse s’échapper, moyennant des finance, des “juifs et des malfaiteurs des prisons de Bourges”.
 
  Le Mouvement des Armelder, (…) Intéressons-nous au cas particulier du mouvement des Armelder qui est un phénomène s’étendant sur les années 1336-1338 principalement, mais ayant des conséquences directes jusqu’en 1349 en tout cas. C’est en fait un mouvement de paysans principalement, c’est du moins dans les campagnes que s’opère le soulèvement, car il s’agit bien d’un soulèvement populaire. Cependant il faut nuancer, ce n’est pas non plus un mouvement de masse regroupant des milliers de personnes. On pense pouvoir estimer l’effectif des Armelder à environ 1500 membres.

Il faut savoir qu’il y eut 3 vagues successives de ces Armelder :

1ère vague, juillet 1336 : C’est donc juste avant les récoltes que le mouvement prend forme à l’instigation d’un certain Arnold von Uissigheim. C’est principalement dans les environs de Frankfurt que les Armelder vont agir. Leur chef, que l’on nomme « König Armelder », donc le roi des Armelder, cet Arnold von Uissigheim va être arrêté par les autorités et exécuté le 14 novembre 1336. Les autorités pensaient que de par cette exécution le mouvement péricliterait, or il n’en a rien été puisque Arnold von Uissigheim va être érigé en martyr par la population. On dira même que des miracles se passèrent sur sa tombe. Ce qui ne manqua pas d’entraîner un second soulèvement.

2ème vague, juin 1337 : A nouveau le soulèvement intervient avant les récoltes, à une période où les impôts préoccupent particulièrement les paysans, ils en sont plus facilement manipulables ou excitables selon Graus (auteur allemand). Ce deuxième mouvement prend aussi naissance dans la région de Frankfurt et se répand dans les environs (sans toutefois prendre l’ampleur de la troisième vague).

3ème vague : janvier 1338 : A nouveau le mouvement prend naissance dans la région de Frankfurt, mais cette fois il s’étend à Bâle, Strasbourg et finalement à quasi toute l’Alsace. On trouve aussi un König à la tête des Armelder, auquel succédera un deuxième. On sait que l’un d’eux était un aubergiste du nom de Jean Zimberlin ; il semble que se soit à lui que l’on doive ce nom d’Armelder parce qu’il portait au bras une lanière de cuir, qui va devenir le signe de reconnaissance de ses partisans. On sait également que les Armelder se déplaçait de village en village déployant un grand drapeau avec une image du Christ.

(…) En 1337, dans le Haut Rhin (Rouffach et Ensisheim) plus de 1500 juifs vont être exterminés dans un lieu qui prendra le nom de « champ des juifs ». Quelle est la réaction des autorités ? Celle de fermer les yeux sur les massacres et de s’emparer des biens des Juifs. Notons encore que la même année, l’empereur Louis de Bavière va promulguer un édit donnant pleine absolution de ces méfaits tout en interdisant le recours judiciaire aux juifs. Pour la région de Strasbourg toujours, il faut savoir que l’évêque finit par convoquer une assemblée de nobles d’Alsace (réunie à Colmar, ville dans laquelle de nombreux juifs s’étaient réfugiés et que les Armelder menaçaient rien de moins que d’assiéger pour en extirper les Juifs). Suite à cette assemblée, entre le 17 et le 19 mai 1338 une sorte d’alliance est passée entre villes pour combattre les Armelder dont la plupart finiront exécutés ou condamnés à diverses peines (comme par exemple celle de ne pouvoir approcher un juif pendant 10 ans)… Mais malgré le sort qui leur était réservé, un mouvement d’Armelder se reforme dès 1343, les massacres de juifs recommencent et un nouveau pacte est signé entre villes le 3 mars 1345.

Extraits, Le mouvement des Almeder, par Yannick Rub.


 En 1348, la grande peste. Elle provoqua des émeutes antijuives en Provence. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence fut incendiée (elle sera reconstruite hors de la ville en 1352). Des Juifs furent brûlés à Serres, en Dauphiné, d'autres massacrés en Navarre et en Castille. Le 13 mai, le quartier juif de Barcelone fut pillé. Les Ashkénazes d’Allemagne furent victimes de pogroms. En septembre, les Juifs de la région de Chillon, sur le lac Léman en Suisse, furent torturés jusqu’à ce qu’ils avouent, faussement, avoir empoisonné les puits. Leurs confessions provoquèrent la fureur de la population qui se livra à des massacres et à des expulsions. Trois cents communautés furent détruites ou expulsées. Six mille Juifs furent tués à Mayence. De nombreux Juifs fuirent vers l’Est, en Pologne et Lituanie.

Le 14 février 1349,
près de deux mille Juifs furent brûlés à Strasbourg, d'autres furent jetés dans la Vienne à Chinon (vidéo sur le massacre de Strasbourg) En Autriche, le peuple, pris de panique, s’en prit aux communautés juives, les soupçonnant d’être à l'origine de la propagation de l’épidémie, et Albert II d'Autriche dû intervenir pour protéger ses sujets juifs.

En 1380, assassinats de juifs à Paris et Nantes

En 1382, émeutes contre les Juifs à Paris et à Rome.

En 1384, expulsion des Juifs de Suisse.

En 1390. Mouvements anti-juifs en Espagne. Deux synagogues sont converties en églises à Séville et des violences s'étendent rapidement à Tolède et Valence. Les émeutes atteindront leur paroxysme le 5 août lorsque des marins castillans mettront le feu aux quartiers juifs et tueront des centaines d'habitants.

En 1394, Charles VI expulse les Juifs de France. Cette expulsion vient sur fond de mécontentement populaire dû à la guerre de cent ans : les finances sont mauvaises, le peuple est pauvre et les Juifs, prêteurs d’argent, ont le plus mauvais rôle. Leur expulsion est réclamée. Le retour au judaïsme d’un Juif baptisé, Denis Machault, servira à justifier cette décision.

Au Quinzième Siècle, en 1401, des Juifs sont brûlés à Diessenhofen, Schaffhouse et Winterthour sous l’accusation de meurtre rituel. A Zurich, pour les mettre à l’abri de la colère populaire, le Conseil les laisse en prison jusqu’à ce que la fureur se soit apaisée.

En 1451, se met en place de l’inquisition en Castille et en 1480, se met en place d’un tribunal de l’inquisition à Séville. Le monde berbère ou arabo-andalou avait contitué au sud de l'Espagne offert une terre d'exil et constitué ce que l'on appela l'Âge d'Or entre juifs et les musulmans. La mise en place des tribunaux de l'Inquisition sera constitutive du phénomène religieux nommé Maranne. Les juifs qui ne choisissent pas de nouveau l'expulsion se convertissent ou fuient en Afrique du nord.

En 1478, le pape permet la création d'une Inquisition spéciale en Espagne visant essentiellement la persécution des juifs restés fidèles au judaïsme après les conversions forcées. Des milliers d'autodafés (« actes de foi ») ont lieu, au cours desquels des juifs sont brûlés sur le bûcher, ou étranglés s'ils avouent.

En 1491, La Guardia (Espagne), 5 juifs sont arrêtés sous l'accusation d'avoir tué un enfant dont le corps n'a jamais été retrouvé. 3 d'entre eux sont des juifs baptisés de force. Ils sont garrottés et brûlés. Les autres sont écartelés. Le dominicain Tomàs de Torquemada, responsable des persécutions, vise à renforcer par un décret les sentiments antijuifs en Espagne.

En 1492, les Rois Catholiques, Ferdinand et Isabelle, expulsent tous les juifs du Portugal et de l'Espagne, exilant environ 150 000 personnes et détruisant les communautés prospères. Les dernière troupes "mauresques" sont chassées de Grenade et se retournent en Afrique du nord. La même année, à Mecklenburg (Allemagne), 24 juifs (dont 2 femmes) sont accusés de profanation d'hostie par un prêtre, ils sont brulés sur un bûcher, en un lieu appelé par la suite Judenberg (colline aux Juifs ").
 
L'on contastera en France dès la fin du Moyen-Âge une disparition progressive des tribunaux de l'inquisition, et c'est au sein même du christianisme que de nouveaux bouc émissaires vont apparaître avec l'apparition au 16ème siècle du schisme entre le saint-siège de Rome et les fois protestantes.




À LA CHARNIÈRE DU MOYEN AGE ET DES TEMPS MODERNES....

par Freddy Raphaël et Monique Ebstein (http://judaisme.sdv.fr/)

"L'époque où vécut Yossel, le dernier quart du 15ème siècle et la première moitié du 16ème, fut à de nombreux titres une époque charnière où s'acheva le passage du Moyen Age aux Temps modernes. Pour ceux qui vécurent alors, cette période aux transitions floues fut riche en profonds bouleversements."

Naissance des ghettos, Genèse de l'antisémitisme médiéval, par Yannick Rub

(...) Le ghetto est né à Francfort en 1349, , mais en fait, il n’a été « institutionnalisé » qu’au XVIe siècle. C’est de la ville de Venise que vient ce nom de ghetto : l’ancienne fonderie (en vénitien, ghetto) située aux abords de la résidence obligée des Juifs dès 1516 à Venise. Il porte des noms différents selon le pays : Judengasse en Allemagne, carrière dans le Comtat venaissin, mellah en Afrique du nord. Les Juifs se regroupent en communauté par commodité, par habitude mais surtout pour des raisons de sécurité. Le ghetto c’est, en général, un quartier entouré d’un mur ; deux portes, d’ailleurs gardées aux frais des Juifs, qui sont ouvertes durant la journée et permettent tout de même la communication avec le monde extérieur. Par contre la nuit, les Juifs doivent avoir réintégré le ghetto et les Chrétiens doivent l’avoir quitté, sous peine de sanctions.

Le ghetto ne peut s’agrandir. La natalité juive devient un facteur de paupérisme. Les masses juives d’Allemagne et d’Italie vivent misérablement, s’adonnant à de petits métiers : tailleur, fripier, etc. Le ghetto vit surtout de prêts sur gages : depuis le XIVe siècle, les Juifs d’Italie sont officiellement chargés - et même contraints - de pratiquer l’usure pour survivre. Au XVIIe siècle pourtant, on interdit aux Juifs de prêter avec intérêt – l’activité est confiée à des monts-de-piété - , mais on ne leur ouvre pas pour autant de nouvelles professions. Outre les conditions économiques difficiles, le système du ghetto impose aux Juifs des brimades et des humiliations nombreuses, du sermon de conversion jusqu’au rapt d’enfants conduisant au baptême forcé. Le ghetto devient le symbole de la vie juive et son modèle se diffuse dans toute l’Europe. Pour déborder un peu de la période qui nous intéresse, sachons qu’en 1555, une bulle papale ordonne la création de ghettos et la concentration des Juifs résidant dans tous les états pontificaux. (...)

Sources, Bibliographie(s)

 ou lectures complémentaires 

Les sources principales :


- l'Ehess, yrub.com, wikipedia, bnf.fr, histoiredesjuifs.com, linternaut.com, kropot.free.fr,et books.google.com.
 
Bibliographie ou lectures complémentaires :

- Textes de Yannick Rub, Génèse de l'antisémitisme médiéval et Le Mouvement des Almeder, sur yrbu.com
- Danièle Lancu ,  Être Juif en Provence, au temps du roi René (éditions Albin Michel)
- Sous la direction de Jean-Pierre Azéma, Vivre et survivre dans le Marais, ouvrage collectif, Jean-Pierre Azéma, Le Moyen Âge "Paris de l’époque médiévale (du XIIe au XVe siècle)", Simone Roux "Les Juifs à Paris", Boris BOVE "Le miracle de l’hostie",  "L’urbanisation et le peuplement du quartier Saint-Gervais au Moyen Âge" ;  "Vies de quartier autour de Saint-Gervais vers 1300" ; L’âge classique Paris de l’époque classique (du XVIe au xviiie siècle). (édité par la Mairie de Paris)
- Annie Perchenet, Histoire des juifs de France (éditions du Cerf)
- Bernard Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, sur kropot.free.fr
- Grégoire de Tours, Histoire des Francs sur books.google.com
H. Graetz,  Histoire des Juifs (1882, wikisource.org)
- Béatrice Leroy, Les Juifs dans l'Espagne Chrétienne  (éditions Albin Michel)
- Roger Berg, Histoire Des Juifs à Paris (éditions du Cerf - 1997)
- Roland Charpiot, Histoire des juifs d'Allemagne (éditions Vuibert)
- Alain Finkielkraut, Le juif imaginaire (éditions du Seuil)
- Jean d'Ormesson, Le juif errant (éditions Galimard)

Bibliographie de Yannick Rub :

- Chevalier, Y. (1988). L’Antisémitisme. Paris, Cerf.
- Chouraqui, A. (1957). Histoire du judaïsme. PUF
- Dahan, G. (1991). La Polémique chrétienne contre le judaïsme au Moyen Age. Paris, Albin Michel.
- De Fontenette F. (1982). Histoire de l’antisémitisme. PUF
- Gottfried, R.-S. (1983). The Black Death; Natural and Human Disaster in Medieval Europe. Londres
- Graus, F. (1987). Pest-Geissler-Judenmorde. Das 14.Jahrhundert als Krisenzeit, Göttingen.
- Haverkamp, A. (1981). Zur Geschischte des Juden im Deutschland des späten Mittelalters und der frühen Neuzeit. Stuttgart.
- Isaac, J. (1956). Genèse de l’antisémitisme. Paris, Calmann-Lévy.
- Neusner, J. (1986). Le judaïsme à l’aube du christianisme. Paris, Cerf
- Nohl, J. (1986). La mort noire. Chronique de la peste. Paris
- Poliakov L. (1981). Histoire de l’antisémitisme. Paris
- Poliakov, L. (1973). Les Juifs et notre histoire. Sciences Flammarion
- Hermanni Gygantis (Hermann Gygax). Flores Temporum seu chronicon universale, Leyde (1750) (p.138-139).
- Chronique de Matthias de Neuenburg, pour 1349 (MHG, SRG, p.265-266)
- Halter, Marek. (1983). La mémoire d’Abraham. Ed.Robert Laffont. (p. 311-349)


Vous êtes à la reche
rche de plus d'information et de précision sur le sujet de l'histoire du judaïsme, il existe à Paris le Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme et vous pouvez aussi consultez le site AKADEM pour accéder à de nombreuses conférences, notamment sur l'Antiquité et le Moyen-âge.



Paroles de Herbert Pagani


                   

   Chanson, "L'étoile d'or"

C'était un pauvre paysan

Qui cultivait depuis longtemps

Son tout petit lopin de terre,

Petit lopin de rien du tout,

Rien que du sable et des cailloux,

Quatre sarments sous la lumière.

Cet homme partageait son temps

Entre son Dieu et ses enfants,

Entre son champ et ses prières

Et n'avait qu'un petit trésor :

Une étoile d'or...

Un jour qu'il soignait ses raisins,

Il vit venir tous ses voisins

En cavalcade à ses frontières.

Il vit briller leurs grands couteaux.

Il leur dit : "Voulez-vous de l'eau ?"

Ils répondirent : "On veut ta terre."

"En quoi vous gêne-t-il, mon champ ?"

Ils répondirent : "Allez, va-t-en !"

Il prit son livre de prières,

Il prit sa femme et ses enfants

Et son étoile d'or...

Ainsi partit le paysan,

En traversant la nuit des temps

A la recherche d'une terre.

"Mes bras sont forts, j'ai du courage.

J'accepte même un marécage... "

Il ne trouva que des barrières.

"T'es pas d'ici, t'as un accent.

Fais-toi prêteur, fais-toi marchand

Mais tu n'auras jamais de terre.

On se méfie de ton trésor,

Ton étoile d'or... "

Faute d'avoir un champ de blé,

L'homme se mit à cultiver

Son petit champ dedans sa tête.

On le vit scribe et puis docteur

Puis violoniste et professeur,

Peintre, savant ou bien poète.

"Tu fais du bruit, tu vends du vent.

T'as trop d'idées ou trop d'argent.

T'es un danger pour qui t'approche.

On va te coudre sur la poche

Ton étoile d'or... " 

Et vint le temps des grands chasseurs,

Des chiens d'arrêt, des rabatteurs. 

Ce fut vraiment la grande fête.

Demandez-le aux bons tireurs :

Avec l'étoile sur le cœur,

On traque beaucoup mieux la bête

Et notre pauvre paysan

Perdit sa femme et ses enfants

Et puis le cœur et puis la tête.

Il n'avait plus que son trésor,

Son étoile d'or...

Alors il traversa la mer

A la rencontre de sa terre. 

C'était ça ou bien se pendre.

"Revendez-moi mon vieux désert.

- Tu sais, ça va te coûter cher.

- Tant pis : je prends !

- Tu peux le prendre."

Le temps de tracer un sillon,

Un coup de feu à l'horizon.

Il bascula dans la poussière.

Du sang par terre et, sur son front,

Une étoile d'or,


Une étoile d'or...  

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