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Antiquité,
aux origines des premiers Juifs
en Gaule
Pour
précision
: les premières populations juives à
avoir pris souche en Europe
s'installèrent en Grèce... une riche
histoire mais qui n'est pas traitée ici
!
C'est à partir, du roi
Hérode dit le Grand (de 73 à l'an 4 avant
J.C), puis notamment sous le règne d'Archélaos
son succésseur (roi des Juifs de Judée et
Samarie) et aux prémices du christianisme que
les Hébreux commenceront à s'intégrer au vaste
empire Romain et prendront part à son
évolution et à ses conquêtes. Il est difficile
de chiffrer combien de Juifs vont venir
s'installer en Gaule ou en Europe. Vingt mille
à Rome selon Bernard Lazare. Ce qui semble
fondé, c'est qu'ils prirent leur première
racine d'abord à Rome, et trouver au sein de
la société romaine de nombreuses fonctions et
postes honorifiques : officiers, avocats,
négociants, ... - Et qui migrèrent de
Marseille en passant par la vallée du Rhône
jusque dans le sud-ouest de la Gaule comme
agriculteurs et viticulteurs. La présence
juive en Gaule romaine est attestée par
plusieurs sources, dont Grégoire de Tours et
des recherches à ce sujet toujours en cours.
Si l'exode de 70 après J.C. (sous le règne de
Hérode Antipas II) peut avoir été moins massif
que ne le suggère les croyances, le bassin
méditerranéen allait vivre sous une influence
culturelle juive importante jusqu'à la fin du
monde Antique, ou ce que l'on dénomme plus
communément jusqu'à la fin de l'Empire romain
d'occident, et comme marqueur d'un tournant
vers de nouveaux temps historiques et
religieux (passage du polythéisme au
monothéisme). Il a existé différentes formes
et périodes d'exils et de migrations,
d'assimilations forcées ou pas, des
conversions de toute nature dans l'histoire
des Juifs en Europe et dans le bassin
méditerranéen. Dans la bataille des chiffres,
l'on estime de 1 à 2 millions d'habitants
principalement en Judée, le nombre de juifs
ayant pu se référer à la Torah (bible
hébraïque) à cette époque, au mieux des
estimations. A une autre échelle, c'est-à-dire
pour l'ensemble des populations juives de
l'époque Léon Poliakov, ses estimations sont
de l'ordre de 4 à 5 millions de personnes avec
des ramifications jusqu'en Inde et en Chine.
L'objet de ce texte n'est pas d'alimenter
l'idée ou une controverse sur l'existence ou
non du peuple juif, la polémique a peu
d'intérêt, nous nous limitons à la définition
biblique. Il faut avoir une certaine méfiance
concernant des thèses identitaires, voire
historico-politiques s'appuyant sur de fausses
évidences. Parce que principalement
construites sur des hypothèses, normalement se
déjouant des mythes. C'est le cas de
l'archéologie ou de certaines recherches
historiques, ou toute affirmation doit se
faire avec moultes précautions et
vérifications. Pour précision utile, il vaut
mieux se référer à la diaspora juive
et quelques fondements confessionnels.
Sinon l'on risque de créer une unité poussant
à rendre génétiquement compatible les
populations juives. Les simplifications sont
toujours dangereuses ou abusives.
Au plus court, vont se dessiner des
communautés de destin parfois comparables,
mais aussi disjointes en raison des espaces
géographiques. Les deux branches les plus
connues (et pour aller au plus simple) sont
les juifs ashkénazes (la branche "allemande")
et séfarades (la branche "espagnole"). Toutes
deux présentes à travers l'Histoire de France
et jusqu'à nos jours. Il n'est pas simple de
faire le tri des images d'Épinal, dont celle
du juif errant (roman d'Eugène Sue), les
mythes collant à la peau des populations et
coutumes religieuses juives sont nombreuses.
Derrière les mythes, les
réalités historiques laissent place à une
histoire difficile des relations entre le
Judaïsme et le Christianisme, puis plus
tardivement avec l'Islam, mais en d'autres
termes. Nous ne chercherons pas vraiment à
faire de comparaison, mais de fournir des
faits pouvant vous permettre à partir
d'une ébauche chronologique, de découvrir des
aspects peu ou pas assez connus des
persécutions des Juifs à travers les premiers
âges de la chrétienté.
La
présence
de Juifs dans l'hexagone remonte à
l'Antiquité Gallo-Romaine. Des
commerçants de confession juive et originaire
du Royaume de Canaan ou de Judée sont présents
dans le port de Marseille dès l'époque de la
colonisation romaine, ils sont à l'origine des
communautés de Provence.
Les Juifs apparurent en
Gaule sous l'empereur romain Auguste en 31
avant J-C. Ils suivirent les romains dans la
nouvelle province et s'installèrent à Massilia
(Marseille). Certains poussèrent jusqu'à
Narbonne, tandis que le roi Archéloas,
fils et successeur d'Hérode le Grand était
destitué par les romains et exilé à Vienne le
long du Rhône.
NB : Les fils chronologiques rédigés
sont la plupart au présent, mais traitent
du passé...
Septime
Sévère (193 à 211) autorise les Juifs
présents à Rome et sur le territoire de
l’Empire romain à assumer des fonctions
civiles et militaires, toutefois limitées dans
les hiérarchies, et révisées à la baisse par
ses successeurs.
En 212, l'Édit de Caraccala reconnait dans sa
constitution la citoyenneté romaine à tous ses
résidents ou habitants, y compris de
confession juive.
En 325, Le concile de Nicée étend la validité
de l'excommunication en créant l'anathème.
Auparavant, l'excommunication n'était valide
que dans le diocèse qui l'avait prononcée.
En 399, le pape Anastase 1er convoque un
concile, les mariages mixtes entre Juifs et
Chrétiens sont interdits.
En 439, est promulgué le code Théodosien de
Justinien II. Il est interdit aux juifs
d’exercer une profession publique ou
militaire, et l’on cherche à imposer la
conversion de force au christianisme dans
l’Empire.
En 461 ou 465, Le concile provincial de Vannes
stipule en son seizième Canon : «
Sous peine d'excommunication, les clercs ne
doivent se livrer à la divination par le
sort des saints et la sainte écriture.
(…) Interdiction
aux clercs de partager un repas avec des
juifs. »
L'antisémitisme,
son
histoire, ses causes
Bernard Lazare (1894)
« A Rome, les Juifs
fondèrent une colonie puissante et riche,
aux premières années de l'ère chrétienne.
Ils étaient venus dans la cité vers 139
(avant J.-C.), sous le consulat de Popilius
Lœnus et de Caius Calpurnius, s'il faut en
croire Valère Maxime. Ce qui est certain,
c'est qu'en 160 avant J.-C. arriva à Rome
une ambassade de Judas Macchabée, pour
conclure avec la République un traité
d'alliance contre les Syriens ; en 143 et en
139, autres ambassades. Dès ce moment, des
Juifs durent s'établir à Rome. Sous Pompée,
ils vinrent en nombre, et en 58 leur
agglomération était déjà considérable. Très
turbulents, très redoutables, ils jouèrent
un rôle politique important. César s'appuya
sur eux pendant les guerres civiles et les
combla de faveurs ; ils les exempta même du
service militaire. Sous Auguste, on fit
retarder pour eux les distributions
gratuites de blé quand elles tombaient un
samedi. L'Empereur leur donna le droit de
recueillir la didrachme pour l'envoyer en
Palestine, et il fonda au temple de
Jérusalem un sacrifice perpétuel d'un
taureau et de deux agneaux.
Quand Tibère prit
l'Empire, les Juifs étaient 20.000 à Rome,
organisés en collèges et en sodalitates.
Excepté les Juifs de grandes familles comme
les Hérode et les Agrippa, qui se mêlaient à
la vie publique, la masse juive vivait très
retirée. Le plus grand nombre habitaient
dans la partie la plus sale et aussi la plus
commerçante de Rome : le Transtévère. On les
voyait près la via Portuensis, l'Emporium et
le grand Cirque ; au champ de Mars et dans
Subure ; hors la porte Capène ; au bord du
ruisseau d'Égérie et proche le bois sacré.
Ils faisaient du petit négoce et de la
brocante ceux de la porte Capène disaient la
bonne aventure. Le Juif du ghetto est déjà
là. »
Le « Talmud de Babylone », ensemble
de lois orales (la « Mishna ») et de
commentaires rabbiniques (la « Gemara »),
est clôturé. Une autre version, le « Talmud
de Jérusalem » avait été réalisé au siècle
précédent mais n’était pas aussi
approfondie. Ces écrits représentent un
ensemble concret des fondements oraux de la
religion juive et sont l’œuvre des sages
amoraïm. Au fil des siècles, le « Talmud de
Babylone » sera complété par différents
rabbins et notamment par le rabbin français
Rachi, qui fondera une grande école
talmudique. (source: linternaute.com)
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Mérovingiens,
aux
racines de l'antisémitisme chrétien
Le
peuple « déicide »?
Genèse de l'antisémitisme médiéval,
Yannick Rub
« Cette idée selon
laquelle les Juifs ont été les assassins de
Jésus va justifier pour des siècles les
persécutions à l’encontre des juifs. Cette
accusation est « institutionnalisée »
d’abord entre le II et le Ve siècle chez les
Pères de l’Eglise. La démarche est d’abord
celle de discriminer le judaïsme qui, après
tout, est un concurrent fâcheux pour une
église qui se veut universelle. C’est au IVe
siècle que Jean Chrysostome parle des Juifs
comme étant « hostiles à Dieu » et c’est lui
qui va développer ce concept de « déicide
». Il n’emploie pas encore le terme
précis, c’est Pierre Chrysologue au Ve
siècle qui le fera le premier. L’idée que
les Juifs sont non seulement responsables de
la mort de Jésus, mais qu’en plus celui-ci a
également été trahi par Judas pour de
l’argent va nourrir l’aversion à l’égard du
Juif. (...)
Encore à titre d’exemple, au IVe siècle,
Saint Augustin écrit qu’il ne faut pas tuer
les Juifs, mais les condamner à la
dispersion et à l’humiliation, en signe de
victoire de l’Eglise sur la Synagogue. C’est
une sorte de condamnation à la servitude
éternelle qui sera maintenue pendant des
siècles. C’est là un point éclairant en ce
qui pourrait concerner un certain
anéantissement : celui-ci n’est absolument
pas prôné par les Pères de l’Eglise ni même
souhaité : le Juif est vu comme le mal
nécessaire, l’erreur au service de la
Vérité. C’est ce qui ressort des écrits
d’Augustin : les juifs doivent subsister,
mais de manière diminuée. Les accusations
des Pères de l’Eglise font passer les griefs
à l’encontre des juifs de rumeurs et
d’opinion populaire en fait historique se
basant sur l’interprétation des textes :
Sommairement, cette interprétation fait
ressortir l’idée théologique d’une faute et
donc d’une nécessaire expiation. A la même
époque, le patriarche de Constantinople Jean
Chrysostome prononce des sermons très
virulents contre les Juifs, et prêche aux
Chrétiens que c’est un péché de traiter les
Juifs avec respect. Il appelle la synagogue
la maison de Satan dédiée à l’idolâtrie et
le repaire des meurtriers de Dieu. »
Au
VIe
siècle, la première
attestation d'une présence juive à Paris, il
s'agit d'un document de l'évêque Grégoire de
Tours. Il a rédigé de son temps une Histoire
des Francs, ou l’on retrouve, différents
actes religieux ou récits historiques très
controversés concernant les juifs de cette
époque.
En 506, un concile est
tenu à Agde avec l’autorisation de roi
wisigoth Alaric II. Il y sera défini dans
quelles conditions «
les Juifs qui veulent se rallier à la foi
catholique doivent, à l’exemple des
catéchumènes, se tenir pendant 8 mois sur
le seuil de l’église ; si, au bout de ce
temps, leur foi est reconnue sincère, ils
obtiendront la grâce du baptême » (…)
« empêcher ceux-ci de contaminer les
chrétiens ».
«
Tout chrétien, clerc ou laïc, doit
s'abstenir de prendre part aux banquets
des Juifs ; ces derniers ne mangeant pas
des mêmes aliments que les chrétiens, il
est indigne et sacrilège que les chrétiens
touchent à leur nourriture. Les mets que
nous prenons avec la permission de
l'apôtre sont jugés immondes par les
Juifs. Un chrétien se montre donc
l'inférieur d'un Juif s'il s'assujettit à
manger des plats que ce dernier lui
présente et si, d'autre part, le Juif
repousse avec mépris la nourriture en
usage. Déjà édictée par le Concile de
Vannes, cette interdiction fut peu
respectée, d'autres conciles la
renouvelèrent à plusieurs reprises (Épône,
517 ; Orléans, 538 et Mâcon, 581). En
atteste ce témoignage à propos de Cautinus
(évêque de Clermont entre 551 et 571) : «
Avec les Juifs à l'influence desquels il
se soumettait, il était en termes
familiers, non pour leur conversion, ce
qui, en bon pasteur, eut dû être son
souci, mais pour leur acheter des objets
précieux. On le flattait facilement et ils
lui prodiguaient une grossière adulation.
Ils lui vendaient alors les choses à un
prix plus élevé que leur valeur réelle. »
Grégoire
de Tours, Histoire des Francs
(Denoël, 1974).
Théodoric dit le Grand (474-526) roi des
Ostrogoths et du royaume Ostrogoth d'Italie
prendra sous sa protection les Juifs de
Gênes et de Milan. Il condamna les
émeutes anti-juives et les destructions de
synagogues sur son territoire et tout au
long de son règne.
En 533,
Childebert 1er (roi de Paris à
partir de 511 et roi d'Orléans de 524 à
sa mort en 558). Il prend contre les juifs
un arrêté d'expulsion. Le premier synode du
temps des mérovingiens parlant des juifs se
tient en la présence des enfants vivants de
Clovis (Childebert 1er, de Clotaire 1er et
de Thierry 1er). Les mariages mixtes sont
interdits avec des juifs ou juives sous
peine d’excommunication.
En 535, Le concile de Clermont interdit aux
Juifs de devenir juge.
En 576, A Clermont, un incident entre un
juif et un converti conduit à la destruction
de la synagogue par la population. Il s’en
suivra le baptême forcé de 500 juifs, et
l’expulsion du reste de la communauté à
Marseille.
Vers 580, on présume la construction d’une
synagogue sur l’île de la Cité (à Paris). En
Bourgogne, « tout
Juif qui frappe un chrétien doit payer 75
sous de composition et 12 sous d'amende ou
avoir le poing coupé, et, si la personne
maltraitée est un prêtre, il encourt la
peine de mort et ses biens sont confisqués
».
En 582, Chilpéric 1er établit un édit
ordonnant « à
tous les Juifs de Paris d’être baptisés
sous peine d'avoir les yeux crevés et de
venir présider lui-même à son exécution
». Son ancien conseiller juif Priscus
est assassiné par un filleul du roi, un juif
converti (Récit
de Grégoire de Tours
- 587). La
synagogue d’Orléans est détruite lors
d’émeutes et reconstruite aux frais et aux
dépens des juifs par l’exécutant de
l’autorité royale.
En 583, le concile de Mâcon autorise les
chrétiens à racheter aux juifs des esclaves.
En 585, le roi Gontran vient à Orléans et
dit : « Malheur
à cette nation juive méchante et
perfide, ne vivant que de fourberies.
Ils me prodiguent aujourd’hui de
bruyantes acclamations, c’est qu’ils
veulent obtenir de moi que j’ordonne de
relever, aux frais publics, leur
synagogue que les chrétiens ont détruite
; mais je ne le ferai pas : Dieu le
défend.
»
En 591, le
pape Grégoire 1er dit le Grand (de
590 à 604) s’oppose aux conversions forcées
des Juifs et prône la persuasion. Il refuse
que leurs biens soient saccagés et voit avec
importance qu’ils soient protégés par la
loi.
En 614, au Concile de Paris, il est interdit
aux Juifs, « coupables de la mort de
Jésus-Christ », la possession des
biens terriens et immobiliers, l'usufruit
est plus ou moins conservé. Il est également
devenu impossible d’exercer des métiers
manuels, entre autres être agriculteur. Des
clauses aux conciles de Paris et Clermont
bloquent aussi toute nomination à des
fonctions civiles et militaires. Un édit de
Clotaire II prohibe aux juifs d'intenter des
actions publiques contre les chrétiens.
En 615, le roi wisigoth Sisebut (612-621)
ordonne sous peine de mort, le baptême de
tous les Juifs, et, il oblige les non
convertis à quitter son royaume. La
péninsule ibérique vivra un siècle de
troubles religieux.
En 629, le roi Dagobert demande aux Juifs de
se convertir au christianisme. Ils vivent et
commercent rive gauche, non loin de l’église
St-Julien, et sur l’Ile de la Cité
(l’actuelle rue de la Cité portera le nom de
rue de la Juiverie, jusqu’en 1834).
En 633, c’est l’expulsion des juifs refusant
la conversion du « bon Roi Dagobert ».
À Paris, c’est un refus de la communauté de
se convertir au catholicisme, elle s’exile
en d’autres terres (Rhin et Provence).
En 694, en Hispanie, Egica roi wisigoth
réduit en esclavage tous les Juifs de son
royaume, et en confie la garde aux grands
propriétaires fonciers. Ces derniers, en
effet, sont des relais importants de
l'expansion du christianisme, usant de la
contrainte économique pour obtenir des
conversions.
Bernard
Lazare,
L'Antisémitisme, son histoire et ses
causes :
« Du Ve au VIIIe siècle le bonheur ou
le malheur des Juifs dépendit uniquement de
causes religieuses qui leur étaient
extérieures, et leur histoire parmi ceux
qu'on appelait les barbares est liée à
l'histoire de l'Arianisme, à son triomphe et
à ses défaites. Tant que les doctrines
ariennes prédominèrent, les Juifs vécurent
dans un relatif état de bien-être, car le
clergé et même les gouvernements hérétiques
luttaient contre l'orthodoxie et se
souciaient assez peu des Israélites, qui
n'étaient pas pour eux les ennemis qu'il
fallait réduire. Théodoric fit exception
cependant. A peine l'empire ostrogoth
était-il assis, que le roi, poussé peut-être
par Cassiodore, son ministre, qui paraît
avoir eu fort peu de sympathie pour les
Juifs - il les qualifiait de scorpions,
d'ânes sauvages, de chiens, de licornes -
défendit aux Juifs de construire des
synagogues et essaya de les convertir. Mais,
malgré cela, il les protégea contre les
agressions populaires, et obligea le sénat
de Rome à faire rebâtir les synagogues que
la foule catholique, insurgée contre l'Arien
Théodoric, avait incendiées. »
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Carolingiens,
des
temps en apparence plus calmes
En apparence la période
carolingienne semble plus calme, dans les faits
les pouvoirs royaux ou impériaux ne chercheront
pas à persécuter les populations juives,
Charlemagne à ce sujet sera plutôt bienveillant.
Néanmoins entre suzerains et vassaux ou pouvoirs
locaux, les croyances anti-juives restent
vivaces, et les lois demeurent relativement
restrictives pour les pratiquants du judaïsme au
sein de l'empire Carolingien.
Pendant le VIIIe siècle, les Juifs étaient
actifs dans le commerce et la médecine. Les
empereurs Carolingiens permettent aux juifs de
devenir des approvisionneurs accrédités de la
cour impériale. Ils sont aussi impliqués dans
l'agriculture et le domaine de la viticulture.
Ils doivent comme tout négociant payer la dîme.
En 797, Charlemagne donna une mission
d'ambassadeur auprès du calife de Bagdad à un
juif narbonnais nommé Isaac. Celui-ci ne revint
de sa mission qu'au début de l'an 802,
rapportant deux cadeaux insolites: une horloge
très perfectionnée et un éléphant.

En 800, Charlemagne désigne Machir à
Narbonne pour créer une école talmudique. Sous
son règne de 771 à 814, la condition des
Juifs s’améliore, toutefois leur liberté restera
limitée. Au tribunal, ils prêtaient serment à un
texte appelé : « more judaico ».
Vers 850, le concile de Meaux Paris adopte une
série de dispositions destinées à réprimer le
prosélytisme juif et à éviter toute promiscuité
avec les Chrétiens :
- Interdiction pour les Juifs de
servir dans l'armée,
- Interdiction d'occuper un emploi public,
- Interdiction d'avoir des esclaves chrétiens
et faire le commerce des esclaves.
- Interdiction de sortir de chez soi à la fin
de la semaine sainte, pour éviter que leur vue
n'excite la colère des Chrétiens.
- Interdiction de construire de nouvelles
synagogues.
- La garde des enfants juifs est confiée à des
clercs pour les élever dans la religion
chrétienne.
Charles le Chauve (843–877), tolérant, refusera
d'appliquer les mesures d'exception et de les
inscrire dans un capitulaire.
L'Antisémitisme,
son histoire, ses causes (1894)
«
Une édition peut en être refaite, on
mettrait cependant en tête que sur
beaucoup de points mon opinion s’était
modifiée. »
Bernard
Lazare, extrait de son testament en
juillet 1903
Suite
à un courrier : Concernant
les passage litigieux ou
xénophobes, voire anti-juifs de L'Antisémitisme,
son histoire, ses
causes demandent de
les mettre dans son contexte
historique, le dernier quart du
XIXe siècle. Les considérations
nationalistes et pour l'époque
celles d'un "israélite de France",
ne donnaient pas une vision
universelle des choses et se
faisaient en rejet des juifs
étrangers, ces passages ne sont
pas cités ici ! Seuls quatre
extraits ont été retenus pour
cette page et en relation avec les
périodes données, et c'est loin
d'être la seule source utilisée.
Pour information, le chapitre I de
L'Antisémitisme, est le
plus incriminable, il date du 1er
octobre 1892 et avait été publié
dans le numéro 30 de la revue Entretiens
littéraires et artistiques
sous le titre : L’Antisémitisme
et ses causes générales. De
plus les connaissances religieuses
de Bernard Lazare étaient assez
lointaines du judaïsme, plus
inspirées par les morales
chrétiennes que par une
connaissance approffondie du
Talmud et de la Torah.
Par
ailleurs,
le livre ci-dessus (photo du
livre) de M. Philippe Oriol,
historien, est une biographie du
meilleur spécialiste de l'auteur
(chez Stock, 2003). Cet ouvrage
apporte tous les éclaircissements
nécessaires pour éviter toute
forme d'amalgame, Bernard Lazare
n'a jamais été un antisémite et
son œuvre a été détournée
plusieurs fois : pour exemples,
sous Vichy, puis par une série
d'éditeurs négationnistes dans les
années 1970 et il y a peu
d'années.
Note
de LM du 18/12/2019
|
«
C'est vers la fin du VIIIe siècle que se
développa l'activité des Juifs occidentaux.
Protégés en Espagne par les Kalifes, soutenus
par Charlemagne qui laissa tomber en désuétude
les lois mérovingiennes, ils étendirent leur
commerce qui jusqu'alors avait consisté surtout
dans la vente des esclaves. Ils étaient
d'ailleurs pour cela dans des conditions
particulièrement favorables. Leurs communautés
étaient en rapports constants, elles étaient
unies par le lien religieux qui les rattachait
toutes au contre théologique de la Babylonie,
dont elles se considérèrent comme dépendantes
jusqu'au déclin de l'exilarcat ; ainsi
acquirent-elles de très grandes facilités pour
le commerce d'exportation dans lequel elles
amassèrent des richesses considérables, si nous
en croyons les diatribes d'Agobard (1) et plus
tard celles de Rigord (2), qui, si elles
exagèrent la fortune des Juifs, ne doivent
pourtant pas être absolument rejetées comme
indignes de créance (3). Sur cette richesse des
Juifs, surtout en France et en Espagne, jusqu'au
XIVe siècle, nous avons d'ailleurs les
témoignages des chroniqueurs et ceux des Juifs
eux-mêmes, dont plusieurs reprochaient à leurs
coreligionnaires de se préoccuper des biens de
ce monde beaucoup plus que du culte de Jehovah.
Au lieu de calculer la valeur numérique du nom
de Dieu disait Aboulafia le kabbaliste, les
Juifs aiment mieux supputer leurs richesses.
Aux temps de leur prospérité nationale, les
Juifs semblables en cela à tous les autres
peuples, possédèrent une classe de riches qui se
montra aussi âpre au gain, aussi dure aux
humbles que les capitalistes de tous les âges et
de toutes les nations. Aussi, les antisémites
qui se servent, pour prouver la constante
rapacité des Juifs, des textes d'Isaïe et de
Jérémie, par exemple, font-ils œuvre naïve et,
grâce aux paroles des prophètes, ils ne peuvent
que constater, ce qui est puéril, l'existence
chez Israël de possesseurs et de pauvres. S'ils
examinaient impartialement même les codes et les
préceptes judaïques, ils reconnaîtraient que
législation et morale recommandaient de ne
jamais prélever d'intérêt sur les prêts (4). A
tout prendre même, les Juifs furent, en
Palestine, les moins commerçants des sémites,
bien inférieurs en cela aux Phéniciens et aux
Carthaginois. C'est seulement sous Salomon
qu'ils entrèrent en relation avec les autres
peuples ; encore, en ce temps-là, c'était une
puissante corporation de Phéniciens qui
pratiquait le change à Jérusalem. Du reste, la
situation géographique de la Palestine ne
permettait pas à ses habitants de se livrer à un
trafic très étendu et très considérable.
Cependant, pendant la première captivité, et au
contact des Babyloniens, une classe de
commerçants se forma, et c'est à cette classe
qu'appartenaient les premiers émigrants juifs,
ceux qui établirent leurs colonies en Égypte, en
Cyrénaïque et en Asie Mineure. Ils formèrent
dans toutes les cités qui les reçurent des
communautés actives, puissantes et opulentes,
et, lors de la dispersion finale, des groupes
importants d'émigrants se joignirent aux groupes
primitifs qui facilitèrent leur installation. »
Notes
de l'auteur :
(1) "De Insolentia Judoeorum" Patrologie
Latine, t. CIV.
(2) Gesta Phillippi Augusti.
(3) Sur la situation des Juifs méridionaux au
temps de Philippe le Bel, voir Siméon LUCE,
"Catalogues des documents du Trésor des
Chartes", Revue des Études Juives, t. I. n° 3
(4) "Tu ne prêteras point à intérêt à ton
frère, ni argent, ni vivres, ni quoi que ce
soit; tu pourras prêter à intérêt à l'étranger
(Nochri )." Deutéronome, XXIII, 19, 20 Nochri
veut dire l'étranger de passage; l'étranger
qui réside, c'est le guerre. "Quand ton frère
sera devenu pauvre et qu'il te tendra ses
mains tremblantes, tu le soutiendras, même
l'étranger qui demeure dans le pays, afin
qu'il vive avec toi. Tu ne tireras de lui ni
intérêt, ni usure." Lévitique, XXV, 35.
"Jéhovah, qui est-ce qui séjournera dans ton
tabernacle? Celui qui ne prête pas son argent
à intérêt". (Psaume XV, 5). Même à un non
Juif, ajoute le commentaire talmudique.
(Maccoth, 1. XXIV) (Voir encore Exode, XXII,
25. PHILDON, de Charitate: .JOSEPH, Antiquit.
Jud., 1. I V, chap. VIII; Selden, 1. Vl. chap.
IX.
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Capétiens,
le temps des bûchers, des exils et des
spoliations
«
Dans la mesure où l’origine du christianisme
remonte aux communautés juives du Moyen-Orient,
l’attitude de l’Église vis-à-vis des Juifs a
longtemps été indécise. Mais à partir des
Croisades, les Juifs sont considérés comme des
Infidèles, et persécutés dans toute l’Europe. Le
statut des juifs est celui de citoyens de second
ordre : obligés de vivre dans des ghettos, ils
n’ont pas droit de séjour permanent dans les
villes,et les seules activités auxquelles ils
ont accès sont le commerce, le colportage et le
prêt sur intérêt, ce qui aggrave encore le
ressentiment à leur égard. Les mythes antijuifs
naissent, comme ceux de la profanation de
l’hostie et du meurtre rituel, ou de
l’enlèvement d’enfants. Les stéréotypes
propagent l’image de l’usurier riche et
insensible, ou du col-porteur pauvre et rusé. On
accuse les juifs de propager les maladies comme
la peste. Beaucoup sont expulsés d’Espagne,
d’Italie, d’Angleterre, et émigrent en Pologne
et en Lituanie. L’Europe centrale devient le
nouveau centre de la vie culturelle juive en
Europe. Les juifs connaissent une relative
liberté, ont leur langue, le yiddish, mélange
d’allemand médiéval et d’hébreu. Grâce à leur
éducation, ils ont accès à des professions
libérales. Mais les nationalismes croissants
leur opposent de nouvelles résistances, et les
flambées de violence anti-juive sont fréquentes,
de même que les phénomènes d’exclusion. »
(Texte extrait d'une exposition de la Licra
sur l'antisémitisme)
La France connaît deux
espaces géographiques emblématiques de la
présence de la culture juive, l’une au nord-est
abritait les communautés des Tzarfatim (les
ashkénazes, soit littérallement les Allemands)
et au sud-est les Juifs de Provence. C'est
à partir du XIe siècle qu'un important
changement envers les Juifs se manifeste,
d'abord avec la « grande persécution » de 1007 à
1011, puis avec la première croisade en 1096,
les persécutions se feront au nom d’une
prétendue collusion avec les musulmans, et aussi
au titre de crime de « déicide ».
« Adhémar
de Chabanne, dans sa Chronique, sous l'an
1018, rapporte qu'Aimeric, vicomte de
Rochechouard, ayant fait un voyage à Toulouse,
le chapitre de Saint-Etienne, pour lui faire
honneur, chargea Hugues, chapelain de ce
vicomte, de donner le soufflet au juif à la
fête de Pâques, comme il avait toujours été
d'usage. Il ajoute que ce chapelain s'acquitta
avec tant de zèle de cette commission, et
porta un coup si violent au malheureux juif,
que sa cervelle et ses yeux en jaillirent par
terre, et qu'il expira sur-le-champ. Les juifs
de la synagogue de Toulouse vinrent enlever
son corps et l'enterrèrent dans leur cimetière.
»
(Histoire physique, civile et morale de
Paris, Jacques Antoine Dulaure)
En mai 1096, environ 800 juifs sont tués à Worms
(Allemagne actuelle), et d'autres choisissent le
suicide. À Regensburg (Ratisbogne, Allemagne),
les juifs sont jetés dans le Danube, pour y être
« baptisés ». Plus largement en Europe, Mayence,
Cologne, Prague et dans beaucoup d'autres
villes, des milliers de juifs sont assassinés et
leurs biens spoliés.
|
«
Entre avril et juillet 1096, des
Chrétiens, venus du Nord de la France,
d’Allemagne et d’Angleterre,
traversèrent la vallée du Rhin,
répondant à l’appel à la croisade
lancé par le pape Urbain II en
novembre 1095. Sur leur passage, ils
persécutèrent des centaines de juifs,
hommes, femmes et enfants, en leur
imposant la conversion ou la mort.
Beaucoup périrent alors, tués au fil
de l’épée, d’autres furent convertis
de force et un grand nombre choisirent
la voie du martyre et se donnèrent la
mort, refusant de se faire baptiser.
Ces massacres liées à la première
croisade touchèrent en premier lieu
les principales communautés juives du
monde rhénan ashkénaze, à savoir
Spire, Worms et Mayence, et les plus
petites villes alentour, mais elles
eurent aussi lieu à Cologne, Trêves et
Metz, et plus loin encore, à
Ratisbonne et Prague.
On estime que dans leur ensemble, les
massacres liés à la première croisade
dans le monde germanique, en Bohême et
en Hongrie, ont fait environ 5 000
victimes. Jamais jusque-là, dans
l’Europe du Nord-Ouest, les juifs
n’avaient été victimes d’attaques
d’une telle violence et d’une telle
ampleur. »
|
|

Textes
hébreux établis et traduits par
René Gutman et présentés par
Aude-Marie Certin
|
Vous pouvez écouter l'émission Talmudiques
de M-A Ouaknin du 10/11/2024
sur les Chroniques
juives de la première croisade avec
M.
René Gutman :
Cliquez
ici !
|
Au
Douzième siècle, « Les Juifs ne
doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni
même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la
divine Écriture. Qu'y lit-on de prophétisé dans
le Psaume, au sujet des Juifs. Dieu, dit
l'Église, m'a donné une leçon au sujet de mes
ennemis : ne les tuez pas, de crainte que
mes peuples ne m'oublient. Ils sont pour
nous des traits vivants qui nous représentent la
passion du Seigneur. C'est pour cela qu'ils ont
été dispersés dans tous les pays, afin qu'en
subissant le juste châtiment d'un si grand
forfait, ils servent de témoignage à notre
rédemption ». Saint Bernard de Clairvaux (point
de vue similaire chez Abélard). De nombreuses
communautés se développent, comme en témoignent
les rues "aux juifs" ou les rues de la Juiverie
dans de nombreuses villes de France, ou sinon
des toponymes comme le champ aux Juifs,
etc... Le plus ancien monument juif encore
visible se trouve à Rouen et date du XIIe
siècle.
En 1105 disparaît Rabbi Salomon ben Isaac,
dit Rachi de Troyes, né à Troyes en 1040, il est
la grande figure du judaïsme français,
commentateur de la Bible et traducteur de
l'hébreu au français de l'époque comme : L es
« la’azim » ou gloses de Rachi, mots français
écrits en hébreu pour faciliter la
compréhension des disciples (...) Rachi
symbolise une certaine manière d’être juif en
France : intégré dans la ville, conseillant
les gens, juifs comme chrétiens, fréquentant
la Cour des Comtes de Champagne… Il est un
modèle du judaïsme en diaspora. Les « responsa
» – questions et réponses à ses disciples –
qui figurent dans son œuvre, reflètent la vie
communautaire juive de l’époque et constituent
une source historique importante sur la vie du
XIe siècle en Champagne. (Source :
Centre
Rachi de Troyes)
En 1144, « La
Diffamation du sang ». Les Juifs
d’Angleterre sont accusés d’avoir mis à mort un
enfant chrétien et de l'avoir saigné pour leur
célébration de pâques. Propagée par des moines
chrétiens, cette accusation est connue sous le
nom de « Diffamation du sang ». On les accusera
également d’avoir empoisonné les puits et les
points d’eau qui approvisionnaient les
habitants. On les rendra même coupable de
l’épidémie de Peste de 1348. Ces calomnies
seront reprises par les antisémites des siècles
à venir, et notamment par les nazis, afin de
légitimer leurs violences et crimes.
En 1171, « le martyr du jeune
Richard », première affaire de meurtre rituel en
France. À Blois, la disparition d’un enfant
entraîne des accusations contre les Juifs, ils
auraient tué l’enfant pour préparer des pains
azymes avec son sang. 32 Juifs seront brûlés en
place publique.
 En
1179, le pape Alexandre III oblige tous les
Juifs à porter la rouelle (rouge).
En 1181, Philippe Auguste (1180-1223) fait
saisir les biens juifs, l'année suivante les
Juifs par un édit du 10 mars 1082 sont expulsés
du royaume et leurs synagogues transformées en
églises, les biens des Juifs redistribués à des
nobles ou à des corporations. Philippe-Auguste
engage un système d’expulsions et des
spoliations allant devenir une pratique
régulière.
En 1184, Isaac Uradis, juif de Bourges, se fait
confisquer sa maison par Philippe Auguste, qui
l’offre à son maréchal, Matheus de Bituric.
En 1190, en Angleterre une vague d'antijudaïsme,
déclenchée par le départ du roi Richard en
croisade entraîne le massacre de toute la
population juive de la ville d'York , soit
environ 150 personnes.
A la même période ou aux alentours de 1190,
depuis le Caire, Moïse Maïmonide, (né à Cordoue,
1138-1204), philosophe et médecin rédige le «
Guide des égarés ou des perplexes » (écrit en
judéo-arabe). Il redonne au travail d’Aristote
une nouvelle vie, il tente de démontrer que
la religion juive repose sur la raison ou le
rationnel. Il rédigea de même, mais vingt ans
auparavant en tant que théologien la « Mishnah
Torah », une approche interprétative des lois
juives provenant de l'étude du Talmud.
Au
Treizième siècle, En 1215,
pendant le pontificat d'Innocent III
(1198-1216), le Quatrième Conseil de Latran
force les Juifs à porter un insigne dans les
provinces du Languedoc, de la Normandie et de
Provence, et vise à son application la plus
large : « Il
apparaît parfois que par erreur des chrétiens
s'unissent à des femmes juives ou sarrasines
ou des juifs ou des sarrasins à des femmes
chrétiennes. Pour que cesse un tel péché et
qu'un tel mélange ne puisse avoir lieu dans
l'avenir sous prétexte d'ignorance, nous
décrétons que ces personnes des deux sexes,
dans chaque province chrétienne et en tout
temps, devra se distinguer par le caractère de
son vêtement. Ils n'apparaîtront pas en public
pendant les jours saints et le dimanche de la
Passion. »
Mais aussi sur
trois points imposent des vues sectaires
auxquelles les juifs devront se conformer :
1- Des taxes
sur le prêt d’argent : « Plus les chrétiens
sont interdits de pratiques usuraires, plus
la perfidie des juifs augmente en la
matière. Nous ordonnons que si à l'avenir
les juifs extorquent des intérêts excessifs
aux chrétiens, ils soient coupés de tout
contact avec les chrétiens jusqu'à ce qu'ils
aient fait réparation de leur cupidité
immodérée. Nous décrétons, sous peine
identique, que les juifs doivent payer la
dîme et les offrandes dues à l'église. »
2 – Interdiction aux emplois publics : « Il
semble absurde que des blasphémateurs du
Christ aient le pouvoir sur des chrétiens.
Nous interdisons aux Juifs d'avoir des
emplois publics, puisque, sous ce couvert,
ils sont particulièrement hostiles aux
Chrétiens. Nous étendons la même
interdiction aux païens. »
3. Règles pour Les convertis : « Puisqu'il
est écrit maudit celui qui entre dans un
pays par deux chemins et encore on
ne peut tisser une pièce de vêtement de lin
et de laine, nous décrétons que les
juifs convertis seront solennellement
avertis par l'évêque d'abandonner
l'observance de leur ancien rite. »
En 1218, en Angleterre, il est fait obligation
aux Juifs de s'identifier publiquement d'un
insigne visible sur la poitrine.
En 1227, le concile de Narbonne proclame le port
de la rouelle jaune obligatoire pour les Juifs
et l’interdiction pour eux de sortir pendant la
Semaine sainte.

En 1232, le rabbin Salomon de Montpellier lança
l'anathème contre tous ceux qui liraient le Moré
Neboukhim ou se livreraient aux études
scientifiques et philosophiques. Ce fut le
signal du combat. Il fut violent de part et
d'autres, et ils eurent recours à toutes les
armes. Les rabbins fanatiques en appelèrent au
fanatisme des dominicains, ils dénoncèrent le Guide
des Égarés (ou des perplexes) et le firent
brûler par l'inquisition : ce fut l'œuvre de
Salomon de Montpellier et elle marqua la défaite
des obscurantistes. Mais cette défaite ne
clôtura pas la lutte. A la fin du siècle elle
fut reprise par don Astruc de Lunel, soutenu par
Salomon ben Adret de Barcelone, contre Jacob
Tibbon de Montpellier. A l'instigation d'un
docteur allemand, Ascher ben Yehiel, un synode
de trente rabbins réuni à Barcelone sous la
présidence de Ben Adret, excommunia tous ceux
qui avant vingt-cinq ans lisaient d'autres
livres que la Bible et le Talmud. La même année,
Raymond VII, comte de Toulouse, et le légat du
pape statuent que les Juifs doivent porter la
roue.
«
La place ordinaire de la roue était sur la
poitrine. Elle est expressément déterminée par
la plupart des canons des conciles par les
statuts de Raymond VII, comte de Toulouse, et
par ceux d'Avignon, de Marseille et de Nice.
Il y eut, à la vérité, des exceptions, mais
beaucoup plus tard et probablement dans le
seul Comtat-Venaissin. (...) Saint Louis et
Alphonse de Poitiers, par leurs ordonnances de
1269, et Philippe le Hardi, par celles de 1272
et de 1283, prescrivent une deuxième roue qui
sera placée derrière le dos. L'ordonnance de
Louis X est moins précise « ils
porteront, dit-elle, le signal où ils
l'avoient acoustumé de porter. » Sous
le roi Jean, on revint à la roue unique, et
cette disposition fut maintenue par Charles V,
qui veut que les Juifs « portent leur enseigne
acoustumée au-dessus de la ceinture. » Elle
devait être fixée ou cousue sur le vêtement de
dessus, ouencore, comme le dit l'ordonnance de
Louis X, « pourtrait
de fil ou de soye. »
Étude
historique et archéologique sur la roue
des juifs depuis le XIIIe siècle,
Ulysse Robert
En avril 1233, le pape Grégoire IX crée et
désigne un tribunal d'exception ( Inquisitio
hereticae pravitatis) ayant pour objet de
condamner au sein du royaume de France, « les
hérétiques et les catholiques non sincères
».
En 1236, les croisés sont attaqués les
communautés juives d'Anjou et du Poitou et ils
essayent de baptiser tous les Juifs, ceux qui
résistent sont tués. Environ 3.000 Juifs ont été
assassinés.
En 1239-1240, Nicolas Donin, un juif converti ou
apostat, explique au Pape que les livres sacrés
des juifs contiennent des injures contre le
Christ. La discussion ou controverse célèbre du
Talmud commence à Paris entre Nicolas Dolin et
des rabbins, dont possiblement Yehiel de Paris,
Vivo de Meaux, Juda David de Melun, Samuel
Salomon, et Moïse de Coucy. Suite à la
controverse ayant lieu à Paris entre rabbins et
prêtres, le pape Grégoire IX donne donne l’ordre
de saisir dans les synagogues les livres pour
les brûler. Les Juifs sont expulsés de Bretagne.
En juin 1242, Suite à la controverse du Talmud,
Louis IX fait brûler 24 charrettes d’exemplaires
du Talmud à Paris, en place de Grève. « Le
Talmud fut souvent au centre de la
controverse. Ses adversaires l'accusèrent
d'être immoral, plein de mépris pour le Christ
et de maudire les chrétiens. Certains
apostats, comme Donin de La Rochelle, allèrent
jusqu'à affirmer que cette "Deuxième Loi",
s'étant substituée à l'Ancien Testament, en
avait perverti l'enseignement. »
En 1243, les coutumes d'Avignon prescrivent
la roue aux hommes et le voile aux femmes.

En 1250, Thomas de Cantim (théologien
ayant vécu de 1201 à 1272) reprend à son compte
la rumeur des crimes rituels. Une mythologie
purement d'inspiration antisémite prétendait
que, le sang des enfants chrétiens servait
aux Juifs pour ses propriétés curatives.
Rumeur non fondée, elle restera longtemps
comme une illustration du juif comme bouc
émissaire des maux des sociétés chrétiennes en
Europe. En réalité les juifs furent victimes de
véritables appels aux meurtres et cela permit en
dans de nombreux pays européens le massacre des
communautés hébraïques.

En
1251, le roi Louis IX est fait prisonnier lors
de la septième croisade, ce qui favorise dans
le royaume français un mouvement populaire que
l'on a estimé à 100.000 personnes, et que l'on
nomme la
première croisade des Pastoureaux
(petits bergers) avec à sa tête un dénommé Job
ou Jacob "maître de Hongrie", un abbé de
l'ordre de Citeaux. D'abord acceptés à Paris
par la régente, des pastoureaux vont à Orléans
et massacrent des clercs et des hommes
d'église, et ils pillent la ville. Puis les
mêmes pastoureaux se rendent à Bourges et s'en
prennent à la communauté juive de cette cité.
Ils seront fortement réprimés et le mouvement
prendra fin.
En 1253-1254, Louis IX bannit les juifs de
France (environ 100.0000 personnes) et le roi
leur interdit de pratiquer l'usure (le prêt).
Mais contre des paiements, ils seront
autorisés à revenir quelques années après.
Selon les statuts de Marseille, de 1255, les
Juifs doivent porter une calotte ou un chapeau
jaune ; s'ils ne voulaient pas porter une
roue.
En 1253, le roi Henri III d'Angleterre
promulgue le premier Statut du judaïsme,
il affirme que seuls les Juifs qui servent le
roi, d'une manière ou d'une autre sont
autorisés à séjourner sur ses territoires.
Parmi les restrictions imposées : l'ordre de
parler à voix basse (submissa voce) dans les
synagogues afin que les chrétiens n'aient pas
à les entendre prier ; l'interdiction est
faite aux nourrices chrétiennes d'allaiter les
enfants juifs, d'acheter ou de vendre de la
viande pendant le Carême, la construction de
nouvelles synagogues, ainsi que toute «
familiarité secrète » (secretam familiaritate)
entre chrétiens et juifs.
En 1261, outre-Manche les Juifs sont attaqués
par des habitants de Canterbury, tant
religieux que laïcs. Aucun Juif n'est tué,
certaines de leurs maisons sont incendiées et
leurs biens endommagés ou pillés. Canterbury
était l'un des principaux centres du judaïsme
anglais et comptait probablement une centaine
de Juifs possédant au moins vingt maisons.
En 1263-1265 : En Angleterre, c'est la seconde
guerre des barons, se produisent des massacres
à Londres (500 morts) et dans tout le pays.

En 1264, outre-Manche :
« L'une des
principales préoccupations des barons
rebelles était leur dette envers les
prêteurs juifs, et l'une de leurs
principales revendications auprès d'Henri
III était l'annulation de ces dettes.
Cependant, les taxes sur les Juifs étant une
source majeure de revenus pour la Couronne,
cela ne se fit pas. Simon de Montfort, comme
de nombreux barons, était endetté envers les
prêteurs juifs et, en avril 1264, il lança
une persécution nationale contre les Juifs
et encouragea ses partisans à les tuer, à
saisir leurs biens et à détruire les
documents relatifs aux dettes qui leur
étaient dues. (...) Ce qui allait devenir le
« Massacre des Juifs » fut fomenté par
Gilbert de Clare, sixième comte de Hertford
et septième comte de Gloucester, après sa
prise de possession de Cantorbéry. À cette
époque, Gilbert de Clare était un allié de
Simon de Montfort, comte de Leicester. (...)
Bien qu'alliés à l'époque du massacre de
Cantorbéry, Gilbert de Clare et Simon de
Montfort se brouillèrent plus tard et
Gilbert passa du côté royaliste et aida le
prince Édouard à s'évader de captivité juste
avant la bataille d'Evesham en août 1265, où
Simon de Montfort fut tué. Lors du massacre,
un nombre indéterminé d'habitants juifs de
la ville furent tués, leurs biens pillés et
détruits, et plusieurs femmes juives furent
baptisées pour éviter de nouvelles
persécutions. Les Juifs qui survécurent
s'enfuirent et ne revinrent qu'après la mort
de Simon de Montfort à Evesham. »
Source : crédit enluminure anglaise
(un baron (?) avec un prêteur juif ),
et texte en anglais sur :
https://nonington.org.uk/
En 1269, Louis IX dans le royaume français
impose aux juifs le port de deux signes jaune
l'un dans le dos, l'autre sur la poitrine, à
partir de 14 ans, pour les distinguer du reste
de la population et prévenir les unions
mixtes. Le port de la rouelle décidé par le
IVe concile du Latran en 1215 devient
obligatoire dans le royaume. La rouelle est un
morceau de tissus avec pour symbole une roue
représentant les 30 deniers de Judas.
Jacques le Goff, historien, dans son livre sur
Saint Louis trouvait « ces
conceptions et cette pratique, cette
politique antijuive, ont fait le lit de
l’antisémitisme ultérieur. Saint Louis est
un jalon sur la route de l’antisémitisme
chrétien, occidental et français »,
par ailleurs un lecteur critique précise au
sujet de son ouvrage que le « Roi
sacré et saint, Louis eut à cœur de
combattre les hérétiques et les Juifs.
L'auteur nous donne à voir, grâce à des
développements d'un grand intérêt, comment
le roi de France, fidèle aux préceptes de
la papauté et soumis à l'influence de
conseillers douteux, mania tour à tour la
persécution et la persuasion. Ce thème
occupe les trois quarts du chapitre
intitulé "Conflits et critiques",
curieusement placé entre La religion de
saint Louis et Saint Louis, roi sacré,
thaumaturge et saint ».
En 1275, Edouard 1er d'Angleterre interdit aux
juifs les prêts à intérêt.
En 1280, la dame de Vierzon réclame un juif
arrêté par les gens du roi, car le prisonnier
n’a pas été pris en flagrant délit.
Sensiblement à la même époque, le prieur de
Saint-Benoît-du-Sault veut expulser les juifs
du Sault, mais le vicomte de Brosse s’y
refuse.
L'AUTODAFÉ
DE TROYES du 24 avril
1288
Ce poème ou
pièce liturgique est une
complainte inspirée par la chanson
ou la geste de Roland
du XIe siècle.
« En l’an
1288, le tribunal de l'inquisition
fit monter sur le bûcher treize
Juifs, à Troyes en Champagne. Cet
événement a été relaté dans
plusieurs documents hébreux et
français du moyen âge. Deux de ces
documents ont déjà été publiés par
nous (Revue des études juives fondée
par Zadoc Kahn) ; les autres, au
nombre de quatre, sont encore
inédits. (…) La complainte
française est écrite, comme nous
l'avons dit au début, en
caractères hébreux. Les Juifs de
France avaient l'habitude de
transcrire de la sorte le
français, et les œuvres en
vieille langue d'oïl qu'ils nous
ont laissées sont assez
considérables.
L'élégie (poème
lyrique mélancolique) est suivie
dans le manuscrit d'une notice
historique dont voici la
traduction (de l’hébreu au
français, extraits en italique) :
Cette Selicha
(pièce liturgique juive) a été
composée par R. Jacob, dit
Juda le lorrain (…) au sujet
de treize saints qui furent brûlés
à Troyes, deux semaines avant la
Pentecôte. (…) Les voici, désignés
par leurs noms : R. Isaac
Châtelain, sa femme, ses deux fils
et sa bru, R. Samson Hakkadmôn, R.
Salomon, R. Baruch d’Avirey,
R. Siméon le scribe de Châtilon,
R. Côlon, R. Isaac Cohen, R. Haïm
de Brinon et R. Haïm. (…)
Et la
splendeur d'Isaac est livrée au
feu, et sa sainteté aux flammes.
La rage du bourreau brûlé contre
un homme honoré ;
Il doit le brûler. (La victime)
est livrée et sa sainteté aux
flammes ;
Son visage se contracte, qui
était plus brillant que la
lune,
Et l'arbre de vie est au
paradis.
Pur comme l’huile du luminaire,
tel qu'un lionceau rugissant
;
Il s'écrie : « Que mon corps
soit brûlé avec mes amis !
» (…)
Dès le XIe siècle, on trouve dans
les commentaires bibliques et
talmudiques du rabbin de Troyes,
Salomon Içaki (vulgairement Raschi
ou bien Rachi) nombre de gloses
françaises des plus précieuses
pour l'histoire de notre langue.
Les rabbins français du XIIe et du
XIIIe siècle, à son exemple, ont
inséré dans leurs œuvres
hébraïques des mots ou même des
phrases françaises écrites en
caractères hébreux. Bien plus, il
existe dans diverses bibliothèques
de l'Europe des glossaires
hébreux-français, sortes de
traductions juxtalinéaires de la
Bible, un dictionnaire
hébreu-français et une grammaire
hébraïque-française, tous
manuscrits inédits du Moyen Âge,
dans lesquels les mots français
sont écrits en caractères hébreux.
On ne doit donc pas être surpris
de voir une poésie française
écrite en caractères hébreux.
Toutefois l'élégie du Vatican est
la première pièce littéraire de ce
genre que l'on connaisse, ce qui
ajoute à la valeur qu'elle a déjà
par elle-même. »
Source
: Arsène Darmesteter, «
L'autodafé de Troyes »,
Revue des études juives,
vol. 2, no 4, avril-juin 1881,
extraits des pages199 à 205.
|
En 1290, Les Juifs sont chassés d’Angleterre
par Édouard Ier, de même au pays de Galles.
Vous pouvez écouter à ce sujet la vidéo sur :
Les
juifs d’Angleterre au XIIIe siècle : de
l’intégration à l’expulsion,
une conférence de M. John Trolan (Source
: Université de Nantes, durée 47
minutes) Jusqu'à ce qu'Oliver
Cromwell les invite à revenir en 1655, les
Juifs seront rares en terres anglaises. La
même année à Paris. un Juif, un dénommé
Jonathan, est accusé d’avoir profané
l’hostie (le corps du Christ). Il est
brûlé sur un bûcher et sa maison est rasée
et l'on y construit à la place une église.
Sur son fronton, il sera visible pendant
400 ans cette inscription : «
Ici des Juifs ont blasphémé Dieu !
»
En 1294, les Juifs de Nevers sont expulsés par
Philippe le Bel.
En 1298, les Juifs sont considérés comme
doublement sacrilèges et sont victimes de
massacres sanglants à Röttingen (Bavière).
Au
Quatorzième siècle,
en 1306, Philippe IV de France (dit le Bel)
expulse les Juifs de France, confisque leurs
biens et il s’approprie leurs créances.
Environ100.000 sont expulsés et prennent
en majorité le chemin de l’Espagne.
En 1309, à Zurich, un décret ordonne aux Juifs
de prêter de l’argent aux bourgeois de la ville
moyennant caution ; s’ils s’y refusent, ils
encourent des sanctions. Le taux d’intérêt était
fixé par le Conseil.
En 1310, à Paris, le même jour que la béguine ou
religieuse et auteure Marguerite Porete, le 1er
juin, un juif converti ayant avoué avoir
continué à pratiquer sa religion est brûlé en
place de Grève.
En 1315, Louis X dit le Hutin rappelle les Juifs
expulsés de France neuf ans auparavant pour une
durée limitée. Les impôts payés par les Juifs
sont plus lucratifs pour le trésor royal que la
spoliation pure et simple de leurs biens. Le
temps bref de son règne est une brêve accalmie
pour les Juifs du royaume.
De 1319 à 1321, le Talmud est brûlé à Paris et à
Toulouse.
En 1320 se
produit La
seconde croisade des pastoureaux
(extraits, 8 pages). Le 3 mai 10.000
individus en guenille des deux sexes et portés
par la foi chrétienne, les dits pastoureaux
venus de Normandie entrent dans Paris. Après de
nombreuses exactions, ils s'en vont en direction
du Sud, tout en continuant à piller sur leur
passage. Le 15 juin de la même année, à Toulouse
vingt-quatre charrettes chargées de pastoureaux
(*)
capturés suite au massacre de la communauté
juive de Castelsarrasin (152 morts) entrent dans
la ville. Une grande foule s'était rassemblée
sur leur passage. A la fin du convoi des voix se
font entendre, et les pastoureaux, au nom de
proclamations religieuses se trouvent libérés de
leurs entraves, et les Toulousains sont
entrainés vers le quartier Juif aux cris de : «
À mort,
à mort, qu’on tue tous les juifs !
». S'ensuit l'élimination physique de
tous les Juifs de Toulouse, soit 115 personnes
et le vol de leurs biens. Il ne restera qu'un
survivant, mais converti de force par le baptême
après avoir supporté les pires humiliations,
selon le récit des chroniqueurs, à l'exemple de
Bernard Gui, un inquisiteur local, qui a laissé
des écrits sur la ferveur populaire lors de ce
massacre. La même année, il est aussi fait
référence à Verdun-en-Garonne (enluminure
ci-dessus) où seront tués entre 100 à 500
personnes juives. L'année suivante ce sont
les lépreux qui cette fois-ci font les frais
d'une rumeur reprise par le pouvoir royal. (Source
: Les derniers juifs du pays toulousain etc.,
Georges Passerat p. 629-637, éditions PUM)
«
Leur nombre et leur folie s’accrurent
de manière si dangereuse qu’ils firent naître
la terreur et la peur à la seule évocation de
leur nom dans les communautés villageoises et
les châteaux de ces régions, auprès des
gouverneurs, des bailes, des princes, des
prélats et des riches. Ils assiégèrent le
château royal de Verdun, au diocèse de
Toulouse, pour en chasser les juifs qui s’y
étaient réfugiés. Lorsqu’ils allèrent jusqu’à
exercer leur folie meurtrière dans la ville de
Toulouse, avec l’appui et l’encouragement de
la populace, ils mirent à mort les juifs, en
un seul jour et rapidement, sans que la garde
du Roi et le pouvoir des consuls puissent s’y
opposer. »
Source
: Recueil
des Historiens des Gaules et de la
France, tome XXI, p.731
(*) Les
pastoureaux étaient composés principalement de
bergers, mais aussi de vagabonds, ou autres
composantes sociales défavorisées.
En 1323, Perrin de La Queux, gardien des prisons
royales de Bourges laisse s’échapper, moyennant
finance, « des
juifs et des
malfaiteurs des prisons de Bourges
».
Le Mouvement des Armelder, «
Intéressons-nous au cas particulier du mouvement
des Armelder qui est un phénomène s’étendant sur
les années 1336-1338 principalement, mais ayant
des conséquences directes jusqu’en 1349 en tout
cas. C’est en fait un mouvement de paysans
principalement, c’est du moins dans les
campagnes que s’opère le soulèvement, car il
s’agit bien d’un soulèvement populaire.
Cependant il faut nuancer, ce n’est pas non plus
un mouvement de masse regroupant des milliers de
personnes. On pense pouvoir estimer l’effectif
des Armelder à environ 1.500 membres. »
Il faut savoir
qu’il y eut 3 vagues successives de ces
Armelder :
1ère
vague, juillet 1336 : « C’est donc
juste avant les récoltes que le mouvement
prend forme à l’instigation d’un certain
Arnold von Uissigheim. C’est principalement
dans les environs de Frankfurt que les
Armelder vont agir. Leur chef, que l’on nomme
« König Armelder », donc le roi des Armelder,
cet Arnold von Uissigheim va être arrêté par
les autorités et exécuté le 14 novembre 1336.
Les autorités pensaient que de par cette
exécution le mouvement péricliterait, or il
n’en a rien été puisque Arnold von Uissigheim
va être érigé en martyr par la population. On
dira même que des miracles se passèrent sur sa
tombe. Ce qui ne manqua pas d’entraîner un
second soulèvement. »
2ème vague,
juin 1337 : « A nouveau le
soulèvement intervient avant les récoltes, à
une période où les impôts préoccupent
particulièrement les paysans, ils en sont plus
facilement manipulables ou excitables selon
Graus (auteur allemand). Ce deuxième mouvement
prend aussi naissance dans la région de
Frankfurt et se répand dans les environs (sans
toutefois prendre l’ampleur de la troisième
vague). »
3ème vague :
janvier 1338 : « A nouveau le
mouvement prend naissance dans la région de
Frankfurt, mais cette fois il s’étend à Bâle,
Strasbourg et finalement à quasi toute
l’Alsace. On trouve aussi un König à la tête
des Armelder, auquel succédera un deuxième. On
sait que l’un d’eux était un aubergiste du nom
de Jean Zimberlin ; il semble que se soit à
lui que l’on doive ce nom d’Armelder parce
qu’il portait au bras une lanière de cuir, qui
va devenir le signe de reconnaissance de ses
partisans. On sait également que les Armelder
se déplaçait de village en village déployant
un grand drapeau avec une image du Christ.
En 1337, dans le Haut Rhin (Rouffach et
Ensisheim) plus de 1.500 juifs vont être
exterminés dans un lieu qui prendra le nom de «
champ des juifs ». Quelle est la réaction des
autorités ? Celle de fermer les yeux sur les
massacres et de s’emparer des biens des Juifs.
Notons encore que la même année, l’empereur
Louis de Bavière va promulguer un édit donnant
pleine absolution de ces méfaits tout en
interdisant le recours judiciaire aux juifs.
Pour la région de Strasbourg toujours, il faut
savoir que l’évêque finit par convoquer une
assemblée de nobles d’Alsace (réunie à Colmar,
ville dans laquelle de nombreux juifs s’étaient
réfugiés et que les Armelder menaçaient rien de
moins que d’assiéger pour en extirper les
Juifs). Suite à cette assemblée, entre le 17 et
le 19 mai 1338 une sorte d’alliance est passée
entre villes pour combattre les Armelder dont la
plupart finiront exécutés ou condamnés à
diverses peines (comme par exemple celle de ne
pouvoir approcher un juif pendant 10 ans)… Mais
malgré le sort qui leur était réservé, un
mouvement d’Armelder se reforme dès 1343, les
massacres de juifs recommencent et un nouveau
pacte est signé entre villes le 3 mars 1345. »
Source
: Extraits,
Le mouvement des Almeder, Yannick
Rub.
En
1348, la grande peste. Elle
provoque des émeutes antijuives en
Provence. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence
est incendiée (elle sera reconstruite hors de la
ville en 1352). Des Juifs sont brûlés à Serres,
en Dauphiné, d'autres massacrés en Navarre et en
Castille. Le 13 mai, le quartier juif de
Barcelone est pillé. Les Ashkénazes
(d’Allemagne) sont victimes de pogroms. En
septembre, les Juifs de la région de Chillon,
sur le lac Léman en Suisse, torturés jusqu’à ce
qu’ils avouent, faussement, avoir empoisonné les
puits. Leurs confessions provoque la fureur de
la population qui se livre à des massacres et à
des expulsions. Trois cents communautés sont
détruites ou expulsées. Six mille Juifs sont
tués à Mayence. De nombreux Juifs fuient vers
l’Est, en Pologne et Lituanie.
Le 14 février 1349, près de deux
mille Juifs sont brûlés à Strasbourg, d'autres
sont jetés dans la Vienne à Chinon ( vidéo
sur les massacres de Strasbourg)
En Autriche, le peuple, pris de panique,
s’en prend aux communautés juives, Ils il sont
soupçonnés d’être à l'origine de la propagation
de l’épidémie, et Albert II d'Autriche doit
intervenir pour protéger ses sujets juifs.
En 1380, assassinats de Juifs à Paris et Nantes
En 1382, émeutes contre les Juifs à Paris et à
Rome.
En 1384, expulsion des Juifs de Suisse.
En 1390. Mouvements anti-juifs en Espagne et
sont imposés des signes distinctifs à Valence et
sur l'île de Majorque. Deux synagogues sont
converties en églises à Séville et des violences
s'étendent rapidement à Tolède et Valence. Les
émeutes atteindront leur paroxysme le 5 août
lorsque des marins castillans mettent le feu aux
quartiers juifs et tuent des centaines
d'habitants.
« En 1393,
six juifs de Paris, accusés d'avoir fait
évader ou, mourir un juif converti, furent,
par le prévôt de cette ville, condamnés à la
peine de mort. Le parlement adoucit cette
peine en condamnant les six juifs à être
fustigés pendant trois fois. La première
fustigation, qui eut lieu aux Halles le
samedi de la veille de Pâques, fut exécutée
avec tant de férocité, que le parlement fut
obligé de les exempter des autres. Elle fut
trop excessive et trop cruelle, partent les
registres du parlement ; cette cour,
considérant l'énormité de la première
batture, sur la requête des autres juifs,
commua le reste de la peine en amende
pécuniaire. (Registres criminels, commençant
en 1387, et finissant en 1400.) »
(Histoire physique, civile et morale de
Paris, Jacques Antoine Dulaure)
En 1394, Charles VI, dit le Fol, expulse ou
banni les Juifs de France. Cette expulsion vient
sur fond de mécontentement populaire est une
résultante de la guerre de Cent ans :
les finances sont mauvaises, le peuple est
pauvre et les Juifs, prêteurs d’argent, ont le
plus mauvais rôle. Leur expulsion est réclamée.
Le retour au judaïsme d’un Juif baptisé, Denis
Machault, servira à justifier cette décision.
Edit
du Roy portant défenses aux
Juifs d'habiter dans le Royaume
Le 17 septembre
1394, les Juifs sont expulsés pour
la septième fois du royaume de
France, la mesure ou l’édit avait un
caractère définitif, cette décision
royale ou interdiction se
renouvellera en 1615 par décision de
la régente Marie de Médicis, et elle
ne prendra véritablement fin qu’avec
la Révolution, le 27
septembre 1791. L’interdiction
de séjourner ou de vivre, sur le sol
français ou dépendant de la
Couronne, a été décidée un siècle
avant que les Juifs et Musulmans
d’Espagne ne connaissent le même
sort.
|
En
raison, de frontières et statuts
spécifiques en interne, quelques
îlots territoriaux dans
l’hexagone se maintiennent.
Notamment en Provence dans les
états pontificaux à Avignon et
dans le comtat Venaissin. En
Alsace et en Lorraine où à Metz
les convertis seront un peu plus
tard désignés comme des Nouveaux
Chrétiens.
Ces conversions au
christianisme
concerneront plusieurs
dizaines de Juifs de la
bourgeoisie locale et en
rapport avec des pratiques
marranes ou cachées, encore
plus tardivement des
exceptions seront admises à
Bordeaux et Bayonne sous Louis
XIV, pour les dits Portugais
venus des mondes Ibériques.
|
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« XVII. Cependant, leur dernier
Malheur arriva sous le Règne de ce
même Charles VI. Ce Prince, qui
n'était plus en état de gouverner
son Royaume, changea de conduite. Le
Duc de Milan, Père de Valentine
Duchesse d'Orléans, était accusé de
l'avoir fait ensorceler : mais, il
avait l'Esprit naturellement faible,
et la Frayeur qu'un Inconnu lui
avait causée dans son Voyage de
Bretagne, avait achevé de le rendre
fou. Les Juifs furent accusés
d'avoir tué à Paris un nouveau
Converti.
Quelques-uns
disent que c'était un Chrétien. Je
ne sais si le Nombre des Meurtriers
était grand, et même le Meurtre
n'est pas certain, puis que Juvénal
des Ursins en doute, et se contente
de dire qu'on l'avait battu et
villené,
et qu'en faisant les Informations
on trouva qu'ils faisaient
plusieurs choses non
bien honnêtes
en Dépit des Chrétiens. Cependant,
on en prit plusieurs, dont les uns
furent pendus, et les autres
eurent le Fouet, et la Synagogue
condamnée à payer dix-huit mille
Ecus, dont on acheva de bâtir le
Châtelet, et le petit Pont de
Pierre. Plusieurs se convertirent,
et furent baptisés. Ce n'était là
que le commencement de Misère ;
car, deux Ans après, on les bannit
tous du Royaume sans aucun Retour
; et c'est de ce dernier Exil
qu'ils ont fait une Epoque, et
qu'ils commencent à compter leurs
Années.
XVIII. Ils ne laissèrent pas de
conserver un grand Crédit par
l'Argent qu'ils prêtaient aux
Particuliers. Ils confièrent leurs
Intérêts à un Bourgeois de Pontoise,
nommé Nicolas Flamel. Cet Homme, qui
avait le Registre des Juifs,
et connaissait toutes leurs
Affaires, parce qu'il avait écrit
pour eux, composa avec leurs
Débiteurs, en leur cédant la Moitié
de leur Dette, recevant l'autre à
condition de ne le révéler pas au
Roi, à qui la Confiscation
appartenait. Il devint si riche en
si peu de temps, qu'on crut qu'il
avait trouvé la Pierre Philosophale.
Il laissa courir ce Bruit, afin
d'éviter la Recherche du Duc de
Bourgogne. On dit même qu'il composa
un Traité de la Transformation des
Métaux, qui fut imprimé à Paris en
1561. Afin de se rendre plus
recommandable, il bâtit diverses
Eglises à Paris ; comme, celles de
St. Jacques de la Boucherie, où il
se fit enterrer avec sa Femme
Perenelle, et où l’on voit encore sa
Statue. On dit qu'il était Poète,
Peintre et Philosophe.
Histoire
des Juifs depuis Jésus-Christ
jusqu'à présent, pour servir
de continuation à l'histoire
de Joseph.
Jacques Basnage (1653-1723).
Nouvelle édition augmentée,
imprimé en 1715. Tome
14, Chapitre
XXI, pages 604 à 606.
Source :
Gallica-BnF,
son identifiant, ark:/12148/bpt6k9617406k
|
Au
Quinzième siècle, en 1401, des
Juifs sont brûlés à Diessenhofen, Schaffhouse et
Winterthour sous l’accusation de meurtre rituel.
A Zurich, pour les mettre à l’abri de la colère
populaire, le Conseil les laisse en prison
jusqu’à ce que la fureur se soit apaisée. En
1421, en Autriche les 180.000 Juifs de la ville
de Vienne sont expulsés ou sont obligés de se
convertir.

De 1424 à 1430, une forte agitation antijuive
prend forme dans le sud des Alpes jusqu'à la
ville d'Aix où 10% de la population est de
confession juive. A l'automne 1425 à Manosque
l'on rapporte des violences et des massacres. La
tenue d'un procès dans la ville juridictionnelle
d'Aix provoque cinq ans plus tard, chez les
habitants des exactions, elles sont commises
contre le quartier juif avec des injures, des
insultes proférées, puis des coups et survient
la mort de dix juifs, plus une quinzaine de
conversions forcées. Et cette haine populaire
engage un premier départ de près d'un tiers des
Juifs de la ville, avant l'expulsion définitive
de 1501 en Provence, vers les états du Pape dans
l'actuelle département du Vaucluse (Comtat
Venaissin, sous le pouvoir de la papauté depuis
1358).
En 1451, se met en place de l’inquisition en
Castille et en 1480, se met en place d’un
tribunal de l’inquisition à Séville. Les mondes
Berbères ou Arabo-andalou avaient constitué au
sud de l'Espagne une terre d'exil et vivre sous
ce que l'on appela l'Âge
d'Or entre Juifs et les Musulmans
(aujourd'hui cette idée d'un "âge d'or" est
fortement contestée). La mise en place des
tribunaux de l'Inquisition sera constitutive du
phénomène religieux nommé Maranne (des convertis
au christianisme qui célébraient en secret à
leurs domiciles des cultes hébraïques). Les
juifs qui ne choisissent pas de nouveau
l'expulsion, se convertissent, ou fuient en
Afrique du nord.

En
1478,
le pape permet la création d'une Inquisition
spéciale en Espagne visant essentiellement la
persécution des juifs restés fidèles au judaïsme
après les conversions forcées. Des milliers
d'autodafés (« actes de foi ») ont lieu, au
cours desquels des juifs sont brûlés sur le
bûcher, ou étranglés s'ils avouent.
En 1491, La Guardia (Espagne), cinq juifs
sont arrêtés sous l'accusation d'avoir tué un
enfant dont le corps n'a jamais été retrouvé.
Trois d'entre-eux sont des juifs baptisés de
force. Ils sont garrottés et brûlés. Les autres
sont écartelés. Le dominicain Tomàs de
Torquemada, responsable des persécutions, vise à
renforcer par un décret les sentiments antijuifs
en Espagne.
En 1492, les rois catholiques, Ferdinand et
Isabelle, suite à un édit sont expulsés tous les
juifs de l'Espagne à compter du 31 décembre,
s'ils ne se convertissent pas, exilant ainsi
environ 150.000 personnes et détruisant des
communautés prospères. Les dernière troupes
"mauresques" sont chassées de Grenade et se
retournent en Afrique du nord. La même année, à
Mecklenburg (Allemagne), 24 juifs (dont 2
femmes) sont accusés de profanation d'hostie
par un prêtre, ils sont brulés sur un bûcher,
en un lieu appelé par la suite Judenberg (la
colline aux Juifs).
L'expulsion des Juifs espagnols s'est traduit
par le départ d'au moins les deux tiers vers le
Portugal. Le suzerain Joao II accepta leur
présence contre le paiement d'une rançon, ils
commencèrent à s'établir. Quand le 5 décembre
1496, Manuel 1er son héritier au trône depuis
une année décrétait à son tour une explusion du
royaume portugais des Musulmans et des
Juifs, ces derniers ne purent toutefois partir,
l'année suivante il leur avait été interdit de
sortir du pays, et se virent convertis de force
( conversos). Ainsi naissait l'histoire
des Juifs dits Portugais, et propre aux
siècles suivants, comme au Pays-Bas, en France
et jusqu'à l'émancipation du 27 septembre 1791
sous la Révolution française et ses suites
continentales.
En 1498, dans le royaume de France Charles VIII
un peu avant de décéder décide l'expulsion des
Juifs de Provence. Son successeur Louis XII
réalisera ou fera appliquer la décision en 1500
et 1501.
L'on contaste pour le royaume français dès la
fin du Moyen Âge une disparition progressive des
tribunaux de l'Inquisition, et c'est au sein
même du christianisme que de nouveaux bouc
émissaires vont apparaître avec l'apparition au
seizième siècle du schisme entre le saint-siège
de Rome et
les fois protestantes.
Si vous souhaitez aller aller
plus loin sur le Moyen Âge, nous
vous conseillons de consulter Gallia
Judaica
de M. Henri Gross dans le
cadre des publications de la Socièté
des études juives : un
dictionnaire géographique de
la France d'après les sources
rabbiniques, publié en
1897 à Paris (Libraire Paul
Cerf, 12, rue Ste Anne).
Source
: Gallica-BnF
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Naissance
des ghettos,
Genèse
de
l'antisémitisme médiéval,
Yannick Rub
« Le ghetto est né à
Francfort en 1349, mais en fait, il n’a été «
institutionnalisé » qu’au XVIe siècle. C’est de
la ville de Venise que vient ce nom de ghetto :
l’ancienne fonderie (en vénitien, ghetto) située
aux abords de la résidence obligée des Juifs dès
1516 à Venise. Il porte des noms différents
selon le pays : Judengasse en Allemagne,
carrière dans le Comtat Venaissin, mellah en
Afrique du nord. Les Juifs se regroupent en
communauté par commodité, par habitude mais
surtout pour des raisons de sécurité. Le ghetto
c’est, en général, un quartier entouré d’un mur
; deux portes, d’ailleurs gardées aux frais des
Juifs, qui sont ouvertes durant la journée et
permettent tout de même la communication avec le
monde extérieur. Par contre la nuit, les Juifs
doivent avoir réintégré le ghetto et les
Chrétiens doivent l’avoir quitté, sous peine de
sanctions.
Le ghetto ne peut s’agrandir. La natalité juive
devient un facteur de paupérisme. Les masses
juives d’Allemagne et d’Italie vivent
misérablement, s’adonnant à de petits métiers :
tailleur, fripier, etc. Le ghetto vit surtout de
prêts sur gages : depuis le XIVe siècle, les
Juifs d’Italie sont officiellement chargés - et
même contraints - de pratiquer l’usure pour
survivre. Au XVIIe siècle pourtant, on interdit
aux Juifs de prêter avec intérêt - l’activité
est confiée à des monts-de-piété -, mais on ne
leur ouvre pas pour autant de nouvelles
professions. Outre les conditions économiques
difficiles, le système du ghetto impose aux
Juifs des brimades et des humiliations
nombreuses, du sermon de conversion jusqu’au
rapt d’enfants conduisant au baptême forcé. Le
ghetto devient le symbole de la vie juive et son
modèle se diffuse dans toute l’Europe. Pour
déborder un peu de la période qui nous
intéresse, sachons qu’en 1555, une bulle papale
ordonne la création de ghettos et la
concentration des Juifs résidant dans tous les
états pontificaux. (Comtat-Venaissin entre
autres pour les Juifs du Languedoc, ou les
judéo-provençaux, surnommés les "Juifs du
Pape").
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Carte des
expulsions de 1100 à 1600 et circulations des
populations juives
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Pour
complément, lire la deuxième
partie
Les Juifs à Paris du VIe
au XIVe siècle : Cliquez
ici !
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Sources à consulter, bibliographie(s)
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ANTISÉMITISME
ET HISTOIRE :
Des
persécutions
médiévales à la Shoah, l’antisémitisme
semble traverser l’histoire. Il peut
susciter deux choix opposés qui sont aussi
des renoncements parallèles, celui
d’abolir l’histoire en conférant à cet
antisémitisme une essence éternelle et
celui de le dissoudre dans une
historicisation radicale. Le dossier
proposé par les Annales essaie de montrer
que, face à cette alternative, l’histoire
et les sciences sociales ne sont pas tout
à fait démunies. En éclairant des objets
aussi différents que la politique de Louis
IX envers les juifs au XIIIe siècle, le
rapport historiographique entre les
notions d’antisémitisme et d’antijudaïsme
ou le mouvement antisémite dans
l’Allemagne de la fin du XIXe siècle, les
auteurs réunis ont cherché à poser des
problèmes qui concernent non seulement
l’antisémitisme, mais aussi l’histoire
générale, et qui seront au centre du
débat.
|
Conférence de l'EHESS :
Cliquez
ici !
(audio et vidéo - durée de 1h52)
Avec Sylvie
Anne Golberg, Marie Dejoux, et
Maurice Kriegel et Etienne Anheim
animant les échanges.
|
Lectures
complémentaires
Compléments de lectures en ligne ou à
télécharger :
- Yannick Rub, Le
Peuple déidicide?
Genèse de l'antisémitisme médiéval (Sur son
site - année 2010)
- Ulysse Robert, Étude
historique et archéologique sur la roue
des juifs depuis le XIIIe siècle.
Édité chez A. Durlacher, (Paris, 1883),
Gallica-BnF.
- Jean-Marie Vidal, L'émeute
des Pastoureaux de 1320, (Rome, 1898)
- Robert Anchel, Juifs
à l'époque franque,
(Persée.fr - 1938)
- Isodore Loeb, La
Controverse de 1240 sur le Talmud, Revue
des études juives, 1880, Persée.fr.
- Alain Saint-Denis, Jacques
Le Goff - Saint
Louis,
(Persée.fr,
1997)
- A. Graboïs, Le
souvenir et la légende de Charlemagne
dans les textes hébraïques, par
dans le bulletin mensuel d'histoire et de
philologie (Gallica BnF - 1966 - Article de 40
pages)
Sur
le site Gallica-BnF, il existe aussi une
thèse sur les Juifs du Languedoc et de la
ville de Montpellier en particulier.
Vous êtes à la recherche
de plus grandes précisions sur le
sujet, il existe à Paris le Musée
d'Art et d'Histoire du Judaïsme
: des conférences, des expositions et une
bibliothèque à votre disposition !
|
Bibliographie
ou
lectures complémentaires :
- Textes de Yannick Rub, Génèse
de
l'antisémitisme médiéval et Le Mouvement des Almeder,
sur yrbu.com
-
Danièle Iancu, Être
Juif en Provence, au temps du roi René
(éditions Albin Michel)
-
Sous
la direction de Jean-Pierre Azéma,
Vivre et survivre dans le Marais,
ouvrage collectif, Jean-Pierre Azéma, Le Moyen Âge : Paris
de l’époque médiévale (du XIIe au XVe siècle),
Simone Roux "Les Juifs à Paris", Boris Bove "Le
miracle de l’hostie", "L’urbanisation et le
peuplement du quartier Saint-Gervais au Moyen Âge" ;
"Vies de quartier autour de Saint-Gervais vers 1300" ;
L’âge classique Paris de l’époque classique (du XVIe
au XVIIIe siècle). (édité par la Mairie de Paris)
-
Annie Perchenet, Histoire
des juifs de France (éditions du Cerf)
-
Grégoire de Tours, Histoire
des
Francs
- H.
Graetz,
Histoire
des Juifs (1882, wikisource.org)
-
Béatrice Leroy, Les
Juifs dans l'Espagne Chrétienne
(éditions Albin Michel)
-
Roger Berg, Histoire
des Juifs à Paris (éditions
du
Cerf - 1997)
-
Roland
Charpiot, Histoire
des juifs d'Allemagne (éditions
Vuibert)
-
Alain Finkielkraut, Le
juif imaginaire (éditions du Seuil)
-
Eugène Sue, Le
juif errant (1840,
source wikisource)
- Juliette
Sitbon, Chasser
les Juifs pour régner, (Vidéo
- éditions Perrin - 2016)
Quelques ouvrages de la bibliographie de Yannick
Rub :
- Chevalier, Y.
(1988). L’Antisémitisme.
Paris, Cerf.
- Chouraqui, A.
(1957). Histoire
du judaïsme. PUF et auteur d'une thèse
sur Bernard Lazare.
- Dahan, G. (1991). La
Polémique chrétienne contre le judaïsme au Moyen
Âge. Paris, Albin Michel.
- De Fontenette, F.
(1982). Histoire
de l’antisémitisme. PUF
- Isaac, J. (1956). Genèse
de l’antisémitisme. Paris,
Calmann-Lévy.
- Neusner, J. (1986).
Le judaïsme à
l’aube du christianisme. Paris, Cerf
- Nohl, J. (1986). La
mort noire. Chronique de la peste. Paris
- Poliakov, Léon
(1981). Histoire
de l’antisémitisme (en 2 volumes de poche).
Paris
- Poliakov, Léon
(1973). Les Juifs
et notre histoire. Sciences Flammarion
- Chronique
de Matthias de Neuenburg, pour 1349
(MHG, SRG, p.265-266)
- Halter, Marek.
(1983). La
mémoire d’Abraham. Ed.Robert Laffont.
(p. 311-349)
Film documentaire, UNE AUTRE
HISTOIRE JUIVE
A découvrir sur Youtube : Cliquez
ici !
Réalisateur,
Vincent Froehly
Malgré
les persécutions infligées par les chrétiens
au Moyen Âge, la mémoire collective juive a
gardé un attachement particulier à la région
du Rhin.
L'histoire
des
juifs au Moyen Âge dans la région du Rhin
est, comme en d'autres temps et en d'autres
lieux, ponctuée de persécutions et de
massacres. Mais c'est aussi le récit d'une
relation particulière entre une communauté
et une région qui l'a d'abord bien
accueillie. Avec la terre promise d'Israël,
la Rhénanie représente, aussi bien du côté
alsacien que du côté allemand, l'autre terre
précieuse au coeur des juifs. De l'an 900
jusqu'aux années 1550, le documentaire
s'intéresse à la présence du peuple juif
dans la vallée rhénane, à son intégration
tour à tour souhaitée puis rejetée, et aux
conséquences culturelles et économiques de
ces alternances de prospérité et d'horreur.
À Spire, Mayence, Cologne, Trèves ou Worms,
à Colmar, Mulhouse, Sélestat, Obernai ou
Strasbourg, à Bâle et en Suisse s'écrit déjà
une histoire d'Europe avant l'heure. (France,
2009, 60 mn diffusé par ARTE)
Source
: filmsdocumentaires.com
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Paroles d'Herbert Pagani
Chanson, "L'étoile
d'or"
C'était un pauvre paysan
Qui cultivait depuis longtemps
Son tout petit lopin de terre,
Petit lopin de rien du tout,
Rien que du sable et des cailloux,
Quatre sarments sous la lumière.
Cet homme partageait son temps
Entre son Dieu et ses enfants,
Entre son champ et ses prières
Et n'avait qu'un petit trésor :
Une étoile d'or...
Un jour qu'il soignait ses raisins,
Il vit venir tous ses voisins
En cavalcade à ses frontières.
Il vit briller leurs grands couteaux.
Il leur dit : "Voulez-vous de l'eau ?"
Ils répondirent : "On veut ta terre."
"En quoi vous gêne-t-il, mon champ ?"
Ils répondirent : "Allez, va-t-en !"
Il prit son livre de prières,
Il prit sa femme et ses enfants
Et son étoile d'or...
Ainsi partit le paysan,
En traversant la nuit des temps
A la recherche d'une terre.
"Mes bras sont forts, j'ai du courage.
J'accepte même un marécage... "
Il ne trouva que des barrières.
"T'es pas d'ici, t'as un accent.
Fais-toi prêteur, fais-toi marchand
Mais tu n'auras jamais de terre.
On se méfie de ton trésor,
Ton étoile d'or...
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Faute d'avoir un
champ de blé,
L'homme se mit à cultiver
Son petit champ dedans sa tête.
On le vit scribe et puis docteur
Puis violoniste et professeur,
Peintre, savant ou bien poète.
"Tu fais du bruit, tu vends du vent.
T'as trop d'idées ou trop d'argent.
T'es un danger pour qui t'approche.
On va te coudre sur la poche
Ton étoile d'or... "
Et vint le temps des grands chasseurs,
Des chiens d'arrêt, des rabatteurs.
Ce fut vraiment la grande fête.
Demandez-le aux bons tireurs :
Avec l'étoile sur le cœur,
On traque beaucoup mieux la bête
Et notre pauvre paysan
Perdit sa femme et ses enfants
Et puis le cœur et puis la tête.
Il n'avait plus que son trésor,
Son étoile d'or...
Alors il traversa la mer
A la rencontre de sa terre.
C'était ça ou bien se pendre.
"Revendez-moi mon vieux désert.
- Tu sais, ça va te coûter cher.
- Tant pis : je prends !
- Tu peux le prendre."
Le temps de tracer un sillon,
Un coup de feu à l'horizon.
Il bascula dans la poussière.
Du sang par terre et, sur son front,
Une étoile d'or,
Une étoile d'or... 
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