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Le grenier de Lionel Mesnard

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"Ce qui est démocratique, c'est à faire du petit cercle de connaisseurs un grand cercle de connaisseurs"


Bertholt Brecht

 
Les Parisii :
"le peuple des carrières"

Parisii est le nom d'origine celte qui désigne le peuple des carrières. On estime les gaulois sous Jules César a environ 13 millions de personnes. Les Romains eux varieront entre 50 à 25 millions d'habitants, selon les époques, dont un million pour la seule ville de Rome.

 

La présence en sous-sol du calcaire et du gypse, offrira à Paris en rive gauche et au nord de la rive droite, notamment à Montmartre, toutes les ressources aux Parisii pour construire et édifier des mégalithes. En langue celtique le "P" se prononçait "K" et il semblerait que "Kwarisi" ou "Karisi" soit en celte le terme qui désignait les carrières.
 
L'on dénombrait trois mégalithes en rive droite, ils servirent longtemps aux dévotions. Croyances et mythes trouveront des Ligures, puis avec les gaulois et romains des communautés mystiques, ce que l'on nomme un syncrétisme. Du moins des syncrétismes successifs, que l'on devine encore de nos jours dans le culte voué aux saints. Les trois ornements mégalithiques ont depuis disparu, mais on les connaissait à Paris sous le nom de: "pet au diable"; "pierre au lait", et de "pierre au lart" en proximité de l'église de Saint-Merri.


On ne sait pas grand chose de l'implantation gauloise à Paris et l'on peut comprendre que les traces originelles ne sont pas nombreuses ou enfouies sous les nombreuses couches d'histoires, notamment romaines.

Ce sont les latins qui vont donner un sacré essor à un modeste camp retranché gaulois. Et c'est du côté des Sénons que l'on trouve de véritables traces urbaines gauloises (Melun et Sens).

A proximité de Paris, la première implantation urbaine des gaulois prendra souche du côté de Nanterre. Cette même ville donnera plus tard naissance à Geneviève de Nanterre ou sainte Geneviève, "patronne de Paris". (à lire sur la pge consacrée aux Francs et à Clovis)
 
 
 Les gaulois de la tribu des Parisii
 
Au tout début de l'Antiquité entre 800 et 300 avant J.C. s'implanta une tribu celto-gauloise : les "Parisii" sous domination de la tribu des Sénons. Ils peuplèrent l'actuelle Ile de la Cité, pour en faire un espace de protection, où se trouva un modeste camp retranché sans véritable importance économique ou stratégique.

Entre moins 300 ans et moins 50 avant J.C., c'est au sein et sous protection de l'Oppidum de l'île de la Cité, que les Parisii seront le premier groupe humain à prendre pour base cet espace. Auparavant, l'île avait un rôle religieux et s'appela l'Ile de la Dame Blanche.
 

 
Les peuplements celtiques donneront vie à un modeste camp retranché, et lieu de replis pour les populations avoisinantes. Au sud, la rive gauche, les abords de la Seine offraient un terrain plus propice à la culture. La présence d'une deuxième île plus importante en taille devait offrir une protection naturelle. Pour ce que l'on sait pour la rive droite de cette époque, c'est qu'elle est relativement sauvage, humide, pas ou peu habitée, et a pu connaître de nombreuses crues, même si le débit du cours nord de la Seine est de moins en moins virulent.
 
Sur la rive droite là ou se tenait la Tutela, aujourd'hui disparue. Les populations gauloises y dessinèrent des sentiers aux travers des marécages. Ils devaient y exploiter les ressources vivrières. Bien avant que ne se concentre une population en ces lieux. La proximité d'une vaste étendue marécageuse a pu avoir un rôle dans le choix de l'implantation gauloise. Les boues permettent de construire, de fabriquer des poteries. Les alluvions offrent de belles récoltes.
 


Les Parisii nous devons l'admettre ont du goût et choisissent une charmante région tempérée. On se consacre aux pêches, aux cultures, aux carrières, à la céramique, ... les premiers "parisiens" n'inventèrent ils pas aussi un certain art de vivre... (à ne pas prendre au premier degré).
 
 
Qui sont les Gaulois ?
 
Un peuple métisse, plus structuré que ne l'affiche ses divisions. Qui des Ligures ou des Celtes, ou des deux, voire des premiers Homo-Sapiens des cavernes est le résident d'origine type qui donna naissance au gaulois : mystère des gènes, et des mélanges. De plus, on discerne mal les différences entre les Germains voisins, les Celtes du Danube, jusqu'aux Galates des Balkans (voir la page précédente). Les Parisiens sont un peu de tout cela ou comment l'assimilation rapide des populations du cru a pu fonctionner avec l'arrivée de vagues successives de populations celtes, sans connaître des changements profonds dans les structures de pouvoir. Une domination agissant par la force avec la capacité d'avoir des armes de guerre puissantes, pouvait être une condition pour les plus faibles ou conquis pour se soumettre au nouvel occupant.
 
La Gaule indépendante au début de la guerre des Gaules est divisée en tribu. Parisiens, Aulerques et Sénons, en raison de leurs forces sur les champs de bataille sont les alliés principaux de Vercingétorix dans le nord. Mais au sud-est, les voisins Eduens sont soumis aux romains. Le maillon faible de l'unité gauloise. César fera face à une résistance forte et passera sept années de guerre pour rallier les rebelles à l'Empire, et plus encore à les pacifier.


 

 
C'est Rome et sa puissance qui va faire de Lutèce, ou Lucotécia une ville fleurissante et aussi une voie de communication importante vers le nord de la France et de l'Europe. En passant par une ligne droite, par exemple allant d'Orléans à Dreux, on désignait sous le nom de "cardo" l'ensemble routier qui organisait déjà les voies de circulation à la fin de la gaule indépendante (vers 60 av. J-C).

Chronologie de la guerre des Gaules 

- 58 César est nommé proconsul de la Gaule cisalpine et transalpine.     
- 58 mai Les Eduens demandent l'aide aux romains suite à des pillages helvètes.     
- 58 juin César remporte la victoire sur les Helvètes près de Montmort et les oblige à regagner leur terres     

- 57 Jules César soumet la Belgique.     
- 56 Pacification de toute la Gaule par César et ses lieutenants.     
- 55 César repousse les armées germaniques et les poursuit au delà du Rhin.     
- 55 Jules César débarque en Grande-Bretagne.     
- 53 février Trois légions viennent renforcer les sept légions déjà présentes en Gaule.     
- 53 avril César convoque l'assemblée des Gaules à Samarobriva (Amiens) ; Intervention de César contre les Carnutes, les Trévires et les Sénons qui n'ont pas répondu à sa convocation.   
- 52 mars César prend Vellaunodunum (Montargis), Genabum (Orléans), Noviodunum.     
- 52 avril Victoire de Vercingétorix à Gergovie, en réalité  le siège est levé par César.     
- 52 juin Victoire de Labiennus sur les Parisii à Lutèce.     
- 52 mi-septembre L'armée de secours gauloise échoue devant Alésia.     
-
52 fin septembre Capitulation de Vercingétorix.
 
 


 La bataille de Lutèce



La personnalité de Camulogène, le chef gaulois des Parisiens incarna un certain esprit de résistance. Il du faire face à des Romains faisant de la guerre un "art", et César comme tout stratège de son envergure s'avéra un habile tacticien. Dans son récit de la Guerre des Gaules, il a fait croire qu'une partie de ses troupes ne le suivaient pas - les Eduens ses alliés gaulois avaient été après Gergovie réticents à continuer à combattre. Et ils se trouvaient aussi ménacés par leurs voisins Héveltes. César le faisaint abondamment savoir sur tout le territoire de la Gaule pour que la nouvelle parvienne aux oreilles de Camulogène et s'en serve comme source pour présumer peut-être trop vite d'une victoire à Gergovie.

 
L'échec de Gergovie confirma une faiblesse dans les armées romaines. Contretemps guerriers, César construisit une stratégie nouvelle et revit ses alliances. il va favoriser la surprise et faire suivre de fausses nouvelles. Camulogène dans la bataille de Lutèce s'appuiera sur une déstabilisation probable des forces romaines. Pour les romains, il s'agit surtout d'éliminer un fédérateur ou plusieurs, comme ce vieil homme résistant, chef militaire des Parisiens. Camulogène accumulera les erreurs stratégiques. Il ira jusqu'à mettre le feu à l'Oppidum, pensant que seule la politique de la terre brûlée pouvait mettre à mal des légions très éloignées, ou sans forces ou appoints nécessaires. Et il poussera l'erreur jusqu'à partager en trois groupes toutes les troupes qu'il avait à l'origine rassemblé pour répondre à un assaut massif des troupes romaines.
 
L'on sait que sur les champs de bataille les romains ont pratiqué des assauts en corps à corps, notamment avec les celtes d'Angleterre. Et ce qui devint une tactique éprouvée, car elle profitait de l'indiscipline des formations celtiques. Il en fut aussi pour les armées gauloises en leur incapacité à battre une formation romaine de plus de cent mille hommes, même avec deux cent mille gaulois en ordre de bataille. À Gergovie les gaulois n'ont pu à aucun moment vraiment repousser les armées de César. Et Jules César a du lui aussi douter de sa capacité à faire plier ces hommes d'un courage exemplaire. Tel un jeu d'échec, le "pat" était possible. Sans compter sur la vraie arme de cette histoire qui résida surtout à tromper en tout l'ennemi, à nourrir des rumeurs et pratiquer des assauts moins frontaux, mais plus meurtriers et symboles de puissance sur les futurs soumis.
 
César disposait à ses côtés de compagnies gauloises, aux côtés des légions romaines, et cela a du être utile à ce que chaque camp espionne et devine les intentions de l'autre. A ce jeu les romains ont un jeu d'avance. C'est d'anciennes victoires que des battus se joignent à l'Empire et forment les troupes en mouvement sur le terrain. Comme les Eduens, qui eux donnent l'impression de se chamailler après l'échec de Gergovie. Chez César naît l'idée d'une stratégie qui résida à attaquer en deux lieux en territoire gaulois, avant l'attaque ultime d'Alésia. César alimentera à plein les rumeurs, retourne à Rome et revient sur le champ des opérations avec une stratégie résidant d'abord à calmer les divisions des Eduens. Labiénus, lieutenant de César, lui met des troupes en bateau et provoque là ou l'on n'attend pas les romains. À cette annonce, la panique fut grande chez les Senons et Parisiens, et l'effet de surprise jouera pleinement, et ce malgré une forte résistance. La ruse gagnera à plein et affaiblira le camp gaulois pour toujours.
 


En remontant la Seine les légions romaines profitent d'un moyen de transport rapide pour l'époque, là ou l'on attend des troupes par les plaines épuisées par les combats de Gergovie. Ce sont au contraire des troupes offensives et reposées qui arrivent.

Labiénus pose le premier camp à Melun et va sillonner d'abord par le nord Lutèce où sont rassemblées l'ensemble des forces des Parisiens et des Sénons.
 
César lui attaque au sud les Avernes et évite ainsi toute union entre les gaulois du sud et du nord, du moins ceux qui ont manifestés aux romains un refus d'alliance et notamment les Sénons et les Parisiens, et leurs voisins Aulerques. Labiénius en arrivant au nord de Lutèce juge impossible de passer par cette partie en raison des marécages trop présents et impropres à la bonne circulation des soldats et des armes lourdes (la Tutela). De plus la fortification est plus imposante par la partie nord de l'oppidum, demi-tour et retour à Melun. De là il envisage un plan d'intoxication et divise ses troupes, une petite part doit se faire remarquer et concentrer l'attention des gaulois qui attendent, plus qu'ils ne veulent attaquer. Les Sénons craignent pour Melun, qu'en est-il de leur bastion en région Ile de France, le malaise jouera à plein entre les deux tribus gauloises.
 
Les armées romaines font mine de partir à grand bruit, mais de Melun les embarcations peuvent à tout moment soutenir une attaque de front et attendent l'assaut final et le déplacement dernier vers Lutèce. Ceux qui ont pris pied à terre, cette fois s'approcheront par le sud, et il fut surtout de faire sortir et se diviser en nombre les gaulois et les amener à la défaite. C'est un coup de poker de la part de César qui tente d'affaiblir par le nord les faibles acquis fédérateur de Vercingétorix. Le peu d'information, l'impréparation des gaulois, plus le changement stratégique font que d'Ivry-sur-Seine à la Seine en proximité de l'oppidum des parisiens -non loin du champs de mars, lieu ultime de la bataille - annonce la future défaite des gaulois. Plus la petite note stratégique de Labiénus de mener ses déplacements la nuit, ce qui désappointe les soldats celtes, qui n'entendent pas grand chose à l'art de cette guerre, si savamment menée.
Chaque détail ou déplacement massif doit offrir des conditions maximales de réussite. C'est-à-dire des carrés d'infanteries qui supportent les flèches et maintiennent une pression sur le terrain. Suivis des lanciers qui à l'approche des derniers dizaines de mètre, se servent de leurs projectiles et semaient ainsi une grande confusion chez les assaillis. Toujours suivi d'une attaque équestre qui profitait de la dispersion des gaulois par les lances pour administrer le plus souvent le coup de grâce.  

 
Voilà pour Camulogène et ses hommes, un ennemi qui vient de toute part, au nord, à Melun, en petit nombre au sud. Labiénus se dissimule derrière les marécages au sud-est et avance par petite touche et fait faire silence sur les navires prêt à se lancer. Quand enfin Camulogène pense et décide de porter un coup décisif à des troupes en déroute comme la rumeur l'envisageait, il sort du camp retranché. Au lieu de tenir un front, il va penser qu'il vaut mieux se diviser. Division interne ou choix du chef, là où la bataille fera rage, elle n'est pas là où elle se devine. Aurait-il été pris à revers, par les armées venant du fleuve?
 
Les Sénons, divisions tribales gauloises obligent, eux s'en retourneront à Melun leur point de résidence et d'origine en région parisienne. Quelques cohortes romaines peu aguerries jouent aux épouvantails et font mines de les attendre. Les Parisiens divisés en deux, une partie attend au nord et aurait pu être attaqué par la flottille par effet de surprise. Ils engagèrent possiblement le feu et une sortie vers le sud. Labiénus attendra qu'un autre front s'engage avec toutes les troupes au sol pour engager une ou deux offensives consécutives. Une première légère qui donne le sentiment d'une faiblesse et laisse passer les Sénons en direction de Melun. Le gros des bataillons attendant ailleurs, préparaient une deuxième charge. Peu de jours après, les gaulois seront pris définitivement en tenaille ou à revers et dans l'impossibilité de faire face aux assauts du rouleau compresseur des armées latines.
 
Camulogène et ses troupes seront massacrés sur la plaine sud ouest de Paris (le champs de mars à Paris). Labiénus aux derniers jours posa son camp dans la plaine d'Ivry, et les navires se tenaient à l'embouchure de la Bièvre en planque, ou en forces d'appoints. La machine de guerre est là pour dérouter les troupes gauloises. Caché derrière un marais en rive sud de Paris Labiénus à tout mijoter, tout présumer de la faiblesse des Parisiens. La hardiesse des gaulois parisiens n'est pas en cause face à une armée professionnelle. De plus, ayant des informateurs et pouvant acheter l'honneur des braves. Tout cela laisse à présumer de divisions bien orchestrées. César ne tardât pas à faire de cette offensive un bon conducteur pour affaiblir Vercingétorix et ses soutiens du nord du massif central. Tout lui semblait perdu à Gergovie et à force de rumeurs, le piège se refermera dans les mâchoires d'une armée sans états d'âmes. 
 
  À ces jeux de guerre, les Sénons se joindront à César en vue de l'assaut final contre Vercingétorix. Comme les Eduens au nom de "la paix des braves", une tribu pouvait se rallier à l'ennemi, suite à une défaite.

La lecture du récit que César nous laisse, parle de la ruse, des notes qui ne disent pas tout et laissent pour ensemble à s'interroger, et laisser l'imagination faire le reste.
Les gaulois s'en retourneront à leurs activités sédentaires et vont comme avec les celtes d'orient finir par accepter l'étranger. Cette fois-ci venu du sud, et pour longtemps. L'influence latine aura de beaux jours devant elle, malgré quelques dernières résistances.
 
Après la bataille de Lutèce, il y a aura la défaite d'Alésia, la même année. En début de -52, Vercingétorix a le sentiment d'avoir gagné. Seulement quelques mois plus tard, il échoue à Rome comme vaincu. La bataille de Lutèce met en lumière ce qui affaiblira le camp gaulois et les prouesses stratégiques de Jules César. On estime à un million de gaulois morts, être le chiffre des 7 ans de champs de bataille de la Guerre des Gaules.


La bataille de Lutèce reconstituée

(extraits de la Guerre des Gaules de César)

(...) Campagne de Labiénus

 « Pendant ces mouvements de l'armée de César, Labiénus (1) ayant laissé à Agendicum (Sens), pour la garde des bagages, les recrues récemment arrivées d’Italie, se porte avec quatre légions vers Lutèce. Cette ville appartient aux Parisii et est située dans une île de la Seine. Au bruit de son arrivée, un grand nombre de troupes ennemies se réunirent des pays voisins. Le commandement en chef fut donné à l'Aulerque Camulogène (2), vieillard chargé d'années, mais à qui sa profonde expérience dans l'art militaire mérita cet honneur.  Ce général ayant remarqué que la ville était entourée d'un marais qui aboutissait à la Seine, et protégeait merveilleusement cette place, y établit ses troupes dans le but de nous disputer le passage.

Labiénus travailla d'abord à dresser des mantelets, à combler le marais de claies et de fascines, et à se frayer un chemin sûr. Voyant que les travaux présentaient trop de difficultés, il sortit de son camp en silence à la troisième veille, et arriva à Metlosedum (Melun) par le même chemin qu'il avait pris pour venir. C'est une ville des Sénons, située, comme nous l'avons dit de Lutèce, dans une île de la Seine. S'étant emparé d'environ cinquante bateaux, il les joignit bientôt ensemble, les chargea de soldats, et par l'effet de la peur que cette attaque inopinée causa aux habitants, dont une grande partie d'ailleurs avait été appelée sous les drapeaux de Camulogène, il entra dans la place sans éprouver de résistance. Il rétablit le pont que les ennemis avaient coupé les jours précédents, y fit passer l'armée, et se dirigea vers Lutèce en suivant le cours du fleuve. L'ennemi, averti de cette marche par ceux qui s'étaient enfuis de Metlosedum, fait mettre le feu à Lutèce, couper les ponts de cette ville ; et, protégé par le marais, il vient camper sur les rives de la Seine, vis-à-vis Lutèce et en face du camp de Labiénus.

Déjà le bruit courait que César avait quitté le siège de Gergovie ; déjà circulait la nouvelle de la défection des Eduens et des succès obtenus par la Gaule soulevée. Les Gaulois affirmaient, dans leurs entretiens, que César, à qui l'on avait coupé sa route et tout accès à la Loire, avait été, faute de vivres, forcé de se retirer vers la province romaine. De leur côté, les Bellovaques, instruits de la défection des Eduens, et déjà assez disposés à se soulever, se mirent à lever des troupes et à préparer ouvertement la guerre. Labiénus, au milieu de si grands changements, sentit qu'il fallait adopter un tout autre système que celui qu'il avait jusque-là suivi ; il ne songea plus à faire des conquêtes ni à harceler l'ennemi, mais à ramener l'armée sans perte à Agédincum (Ville de Sens). Car d'un côté, il était menacé par les Bellovaques (gaulois belges), peuple jouissant dans la Gaule d'une haute réputation de valeur ; de l'autre, Camulogène, maître du pays, avait une armée toute formée et en état de combattre ; enfin un grand fleuve séparait les légions de leurs bagages et de la garnison qui les gardait. Il ne voyait contre de si grandes et si subites difficultés d'autre ressource que son courage.

Ayant donc, sur le soir, convoqué un conseil, il engagea chacun à exécuter avec promptitude et adresse les ordres qu'il donnerait ; il distribua les bateaux, qu'il avait amenés de Metlosedum, à autant de chevaliers romains, et leur prescrivit de descendre la rivière à la fin de la première veille, de s'avancer en silence l'espace de quatre mille pas et de l'attendre là. Il laissa pour la garde du camp les cinq cohortes qu'il jugeait les moins propres à combattre, et commanda à celles qui restaient de la même légion de remonter le fleuve au milieu de la nuit, avec tous les bagages, en faisant beaucoup de bruit. Il rassembla aussi des nacelles et les envoya dans la même direction à grand bruit de rames. Lui-même, peu d'instants après, partit en silence avec trois légions, et se rendit où il avait ordonné de conduire les bateaux.

Lorsqu'on y fut arrivé, les éclaireurs de l'ennemi, placés sur toute la rive du fleuve, furent attaqués à l'improviste pendant un grand orage survenu tout à coup ; l'armée et la cavalerie passèrent rapidement le fleuve, avec le secours des chevaliers romains chargés de cette opération. Au point du jour et presque au même instant, on annonce aux ennemis qu'il règne une agitation extraordinaire dans le camp romain, qu'un corps considérable de troupes remonte le fleuve, qu'on entend un grand bruit de rames du même côté, et qu'un peu au-dessous des bateaux transportent des soldats. À ce récit, persuadés que les légions passent le fleuve en trois endroits, et que l'effroi causé par la défection des Eduens précipite notre fuite, ils se partagent aussi en trois corps. Ils en laissent un vis-à-vis de notre camp pour la garde du leur ; le second est envoyé vers Metlosedum, avec ordre de s'avancer aussi loin que les bateaux, et ils marchent contre Labiénus avec le reste de leurs troupes.

Bataille de Lutèce


Au point du jour toutes nos troupes avaient passé, et l'on vit celles de l'ennemi rangées en bataille. Labiénus exhorte les soldats à se rappeler leur ancienne valeur et tant de combats glorieux, et à se croire en présence de César lui-même, sous la conduite duquel ils ont tant de fois défait leurs ennemis, puis il donne le signal du combat. Dès le premier choc, la septième légion, placée à l'aile droite, repousse les ennemis et les met en fuite ; à l'aile gauche qu'occupait la douzième légion, quoique les premiers rangs de l'ennemi fussent tombés percés de nos traits, les autres résistaient vigoureusement, et aucun ne songeait à la fuite. Camulogène, leur général, était lui-même avec eux, et excitait leur courage. Le succès était donc douteux sur ce point, lorsque les tribuns de la septième légion, instruits de ce qui se passait à l'aile gauche, vinrent avec leur légion prendre les ennemis en queue et les chargèrent.  Même dans cette position, aucun Gaulois ne quitta sa place ; tous furent enveloppés et tués. Camulogène subit le même sort. D'un autre côté, ceux qu'on avait laissés à la garde du camp opposé à celui de Labiénus, avertis que l'on se battait, marchèrent au secours des leurs, et prirent position sur une colline ; mais ils ne purent soutenir le choc de nos soldats victorieux. Entraînés dans la déroute des autres Gaulois, tous ceux qui ne purent gagner l'abri des bois ou des hauteurs furent taillés en pièces par notre cavalerie. Après cette expédition, Labiénus retourne vers Agendicum, où avaient été laissés les bagages de toute l'armée. De là il rejoignit César avec toutes les troupes. » (...)


Notes du texte de Jules César  :


1 - Titus Labiénus décède en 51 av. J.-C. dans une bataille sur le terrain formant la plaine de Vaugirard – près d’Issy-les-Moulineaux (dépt. des Hauts-de-Seine).

2 - Camulogène, général gaulois, chef des Parisii.


Source en ligne du texte : BIBLIOTHECA CLASSICA SELECTA (BCS



Note n°37 sur Lutetiae

 Pages 404 et 405 
(Livre VII
- notes de Charles Louandre - Charpentier éditeur - 1868 )

Les détails de la bataille livrée par Camulogène aux Romains, dans les environs de Lutèce, ainsi que le lieu précis où cette bataille a été donnée, ont beaucoup préoccupé les érudits. Nous ne rapporterons point ici tout ce qui a été dit à ce sujet. Nous, nous en tiendrons à l'opinion qui a été émise dans ces derniers temps par M. Jules Quicherat, et qui nous paraît tout à fait concluante. M. Quicherat a publié, dans le tome XXI des Mémoires de la Société des antiquaires de France, une dissertation intitulée :

Du lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens

Le bras mort de la Seine. (Atlas de Paris - Evolution d'un paysage urbain -Parigramme, 1999)


LA TUTELA : A. Lombard-Jourdan - Aux Origines de Paris, 
La genèse de la rive droite jusqu’en 1223 - Paris, Editions du CNRS - 1985

 
Nous avons contrôlé, par le texte de César et l'examen attentif des lieux, cet excellent travail. Il nous a paru de tous points incontestable dans ses conclusions, et nous croyons faire plaisir à tous ceux qui s'intéressent à notre histoire nationale en reproduisent ici l'analyse que M. Quicherat a bien voulu faire lui-même de sa dissertation, pour les notes de notre édition de César.

- Je pars, dit M. Quicherat, de l'identité d'Agendicum et de Sens. Labiénus suit la rive gauche de la Seine jusqu'à un perpétua palus que je démontre ne pouvoir être formé par 1a Bièvre, mais qui l'était certainement par l’Orge. Il rebrousse donc chemin après s'être avance seulement jusqu'à Juvisy. Il va chercher passage à Melun et recommence sa route en suivant la rive droite de la Seine. Je démontre qu'il n'a pas passé sous Paris, qu'il n'a pas même traversé la Marne et qu'il a posé son camp sous Créteil, en vue de Paris, qu'on découvre de là dan un lieu qui s'appelle aujourd'hui Notre-Dame-des-Mesches.

Cette position appelle celle de Camulogène qui se met devant Paris vers les terrains actuels du Jardin des Plantes.

Pour l'opération du passage des Romains, voici les points que je détermine :

Les bateaux romains stationnent vers l’endroit où est à présent le pont de Choisy.  Les batelets (petits bateaux) sont envoyés en amont à Villeneuve-Saint-Georges. Le rendez-vous des bateaux et de l'armée qui s'avance à pied est à quatre milles au-dessous du point où étaient stationnés les bateaux, c'est-à-dire en face du Port-à-l'Anglais, tout près du confluent de la Seine et de la Marne. L'armée passe et se range en bataille dans la plaine de Vitry.

Le plan de Camulogène consiste :

1° A envoyer un corps dans le direction de Metlosedum, corps destiné à surveiller les batelets romains qui remontaient la Seine avec fracas. Ceci m’amène à conjecturer que Metlosedum localité détruite; était un oppidum correspondant à peu près a la situation d'Athis-Mons.

2° A laisser e regione Castrorum, en observation, en face de camp romain, un prœsidium qui y était nécessairement déjà, car les Gaulois ne seraient pas restés sans faire surveiller le camp romain, et cette faction était faite par le prœsidium en question envoyé dès le commencement, soit à Thiais, soit à Choisy. C'est là que César peut avoir fait quelque confusion d'après le rapport de Labiénus, en semblant indiquer comme improvisée, une manoeuvre déjà faite.

3° A conduire le fort de l'armée gauloise contre les Romains, de manière à barrer la plaine d’lvry et à défendre les hauteurs de Vitry.

Nous arrivons à la bataille. La septième légion rompt les Gaulois qui barraient la plaine d’lvry. La douzième se charge de ceux des hauteurs de Vitry dont elle n'a pas si bon marché. Je remarque que César, qui parte d'abord de la présence de trois légions, ne dit rien de l'action de celle qui combattit au milieu, preuve qu'elle fut battue et vraisemblablement en voulant escalader le mamelon où est le fort d’Ivry. Il faut que la septième vienne secourir la douzième pour que la victoire se décide. Elle se décide par le massacre de tout l'état-major gaulois qui tenait alors la plaine en avant des hauteurs d’lvry.

L'endroit où Camulogène a été tué est le véritable lieu de la victoire. Ce lieu a été appelé Victoriacum. Un autel y a été élevé. La religion des Romains e été perpétuée sous l'empire du christianisme par une église de Saint-Gervais et de Saint-Protais, saints militaire, qui ont été substitués aux divinités guerrières du paganisme. La poursuite faite en dernier lieu par le cavalerie romaine a pour théâtre les hauteurs de Villejuif et de Bicêtre.

Ajoutons aux détails qu'on vient de lire que M. Quicherat a recueilli dans plusieurs documents du moyen âge des indications et des traditions qui donnent un nouveau poids a sa critique; et nous ne doutons pas que les personnes qui suivront son travail dans son ensemble ne restent convaincues, comme nous I'avons été nous-même, qu'il a fixé de la manière la plus nette et la plus précise l'un des points les plus controversés des Commentaires.

Mis en ligne en juillet 2015

 
Suite de la promenade....   La vie quotidienne à Lutèce


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