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Psychopathie et perversion narcissique, une même famille ?

Sommaire de la page :

- Présentation du sujet et qu'est-ce que le narcissisme ?
- Vidéo en ligne : André Green sur le narcissisme
- Manipulations perverses et maladie-s mentale-s, que dire ?
- Psychopathes ou pervers : Le faux débat ?

- L'enfant du pervers par Yvonne Poncet-Bonissol
- Compléments d'infos :  justice et  soutien psychologique



Bonjour
,


Suite à des courriers, je tiens à preciser pour des raisons éthiques : je ne donne, ni avis ou conseils, ni aides ou assistances, ni coordonnées de thérapeutes,  je vous renvoie  aux numéros de téléphone en bas de page à disposition des publics concernés.

Cordialement, LM, le 16 jan. 2016

« La famille est souvent le terrain fertile où la perversion s’enracine, laissant croire à ceux qui la subissent qu’ils sont victimes d’une fatalité implacable. »
 
Marie France TAYEBALY
Présentation,



Par Lionel Mesnard - le 6 juin 2014

Le « pervers narcissique », ou la psychopathologie de la destruction ?


Dans les notes ou en bas de cette page, vous trouverez de quoi vous informer sur les pervers narcissiques dits PN (livres reccommandés, l'association de défense contre le harcèlement moral et numéro d'urgence...).

Ce texte n'a pour but de répondre à tous les aspects du malaise, mais la question mérite d'être posée, et de donner à lire une page sur un sujet de société difficile à cerner en raison de sa complexité.

Je n’avais jamais songé écrire sur un tel un sujet, même s’il trouve une cohérence avec la « question psy » sur ce site. Il a fallu prendre du temps pour en poser les contours et ne pas chercher à faire un portrait type de malade ou bien partir d’une seule expérience vécue, tant elle serait à relativiser dans un ensemble commun.

La première question pouvant venir à l’esprit est comment se construit et agit ce type de personnalité, qualifiée de "perverse" et de "narcissique" ?

A ce sujet, vous trouverez une abondante littérature sur les autoroutes de l’information,  et tout ce qui peut toucher à la question « psy », il importe de pouvoir distinguer ce qui ressort d’un fonds de commerce de la souffrance humaine, d’une démarche altruiste ou bienveillante et il faut en convenir les pièges sont nombreux.

Nous passons tous par des blessures narcissiques au moment de l’enfance et à d’autres moment de l’existence, néanmoins une fois installées dans l’âge adulte, les blessures n’auront pas pour la grande majorité d’incidences majeures sur la vie psychique.

Toutefois et selon la violence vécue, une part non négligeable de la population se trouve affectée par des « incidences pathologiques » plus ou moins sévères et pouvant avoir en matière de traumatisme des conséquences sur le cours de la vie quotidienne. Les PN représenteraient entre 1 et 3% de la population totale en France, des chiffres donnant 10 à 20% de la population semblent plus qu'exagérés, ou qui sait un moyen de commercialiser les peurs ?

Des termes comme "borderline" (aux limites de quoi ?) ou bien  parler de "trouble de la personnalité" ne peuvent suffire pour comprendre ce qu'un psychopathe de la destruction ou PN peut faire comme dégâts autour de lui (famille, cercle amical et au travail). Attention il s'agit de personnes malades, mais échappant pour la plupart au filet sanitaire ou légal. Et les raisons sont nombreuses.

Il est difficile de pouvoir définir d’un seul trait de plume ce que peut être une famille saine ou malsaine, sauf à moraliser, mais il est crucial de saisir que certaines familles sont plus propices que d'autres à générer ce type de maladie. Le phénomène est aussi intergénérationnel.

Ce qui prime est d'apporter une approche fiable, sur ce que peut vouloir dire une « famille pathologique, pathogène ou dysfonctionnelle », ou pour reprendre l’idée de Mme Yvonne Poncet-Bonissol une « famille formidable » ou tyrannique (lire le texte concernant "l'enfant du pervers" sur cette page).

Les termes utilisés sont variés et il importe de ne pas tout confondre. L’usage de certains mots est à manier avec précaution ou distance et si vous en ignorez le sens consultez un dictionnaire, et cherchez à en comprendre les origines si nécessaires. (lire le texte psychopathe "Psychopathe et pervers : le faux débat ?" sur cette page).

La terminologie « pervers narcissique » est devenue assez commune, et elle peut être facteur d’une certaine confusion. Pour une victime, en arriver à ce type de conclusion, mieux vaut être accompagné par un psychiatre faisant des psychothérapies, un psychologue clinicien ou bien un psychanalyste compétent pour s’assurer des faits.

Et encore, il faudra un certain temps avant de pouvoir établir le "diagnostic", sa cohérence dans le « roman familial ». Cela peut s’avérer être un très long cheminement. L’enjeu est suffisamment grave pour celles et ceux victimes de ces personnages malades ou parents et conjoints tyrans, pour ne pas en faire un délire victimaire.

Trop de femmes, mais aussi des hommes, des jeunes et des moins jeunes sont amenés à traverser des périodes dépressives fortes et pouvant garder des années durant un malaise manifeste, sans en comprendre sa signification, les êtres confrontés à de véritables pervers narcissiques sont des personnes plus que vulnérables et elles-mêmes soumises à des failles narcissiques.

Avant qu’une personne prenne véritablement conscience, hors fantasmes et projections, il en va, non pas de répondre à un simple questionnaire en dix questions, comme il peut être proposé sur les autoroutes de l’info et de ses dérives en tout genre en ce domaine.

Il s’agit d’arpenter une souffrance et sortir d’un parcours quasi inaudible, tant que ne reculera pas la violence ou la soumission à un ordre familial et moral, ou le mot famille n’est que la manifestation d’un symptôme ou les manipulateurs et les tyrans imposent leur toute puissance au nez et à la barbe de notre société.

Donc avant de pouvoir aboutir à cette conclusion, qui libérera non pas un malade, mais une victime de l’emprise d’un voleur ou violeur d’identité. Il importe de comprendre d’où vient le problème et qui est ou sont au final le ou les malades en question ?


Le narcissisme selon André Green





Manipulations perverses
et maladie-s mentale-s, que dire ? 




Par Lionel Mesnard - 6 Juin 2014


1 – Plongée dans un malaise de société...

Tout le danger pourrait être de ne pas nommer ce mal étrange, pourtant les pervers et les manipulateurs qualifiés de narcissiques ont de beaux jours devant eux. Un phénomène de société dont les conséquences sont redoutables dans l’espace social et dont l’impact peut se transformer en du mortifère pour les victimes.

Ensuite qu’entend-on par victime, l’objet de ce texte est surtout de faire comprendre, que sans prise de conscience de cette question de la perversité et de la manipulation dans tous les recoins de notre vie sociale, les victimes
ne peuvent se faire entendre dans l’immense majorité des cas, elles sont condamnées à subir, ou sont réduites à l’état de silence.

Le plus souvent c’est la victime qui se croit folle, alors qu’en réalité, elle est sous l’emprise de ce que l’on peut nommer « la beauté du diable ». Et arriver à faire reconnaître ce qui est une mystification pure, peut être une mission impossible en l’état des choses.

Quand une partie de votre mémoire ou identité ou intimité vous a été volée, voilée, maquillée transformée, parfois de la naissance et tout au long de votre vie, et qu’en plus, cela altère sur votre quotidien dans votre relation à tout à chacun. Vous êtes pris dans un piège dont il est très difficile de s’extraire et, cela peut mettre de très longues années à faire jour ou surface à votre conscience pleine et du temps aussi pour couper les liens toxiques.

Si le sujet concerne principalement des femmes, la question des enfants, ceux qui auront vécu aux côtés d'un PN est parfois un oubli révélateur, car ce qui est d'abord une maltraitance psychologique concerne tout l'entourage direct et pas seulement le conjoint. Un véritable non-dit de société, où vivent dans une certaine tranquillité des individus nuisibles au sens plein de l'horreur ou plus exactement tirant plaisir ou jouissance de la souffrance des autres.

Un sujet de société faussement banal et ayant toutefois abouti à une loi protégeant une partie des victimes de ce type de prédation, mais pas toutes, et restant difficile à démontrer, car demandant aux plaignants d’apporter des preuves sur des auteurs s’avérant comme des maîtres dans l’art de manipuler les faits et surtout leurs entourages, qu’ils soient professionnels, sociaux ou familiaux.

La loi est en ce domaine le seul rempart face à la maladie des auteurs, car sur le plan médical s'ils sont facilement détectables, ils n'entrent dans aucune case pouvant les prendre en charge. Ce ne sont pas des névrosés et en dehors des psychopathes criminels, ils sont renvoyés à des catégories plus que floues. Même si l'incidence, les faits des violences (verbales ou physiques) sont évidents sur le plan psychologique pour les victimes sous l'emprise d'un PN. Un sujet d’étude qui a pris jour dans les années 1990 grâce à l’apport depuis de différents auteurs,
notamment. des psychanalystes, des psychiatres, des psychologues cliniciens travaillant en milieu hospitalier ou en lien avec la justice.

Les bonnes références, les écrits de qualité ne sont pas si nombreux et ils viennent tous de l’univers « psy » : psychiatrie, psychanalyse ou psychologie clinique, faut-il préciser. Mais la dimension du problème est encore plus complexe, manifestement il s’agit de s’interroger sur la place du pervers ou de la perversité au sein de nos sociétés ?

Particulièrement sur la protection et les recours existants pour s’en sortir. Il est nécessaire à minima d’avoir une aide ou un accompagnement psychologique, la loi pouvant dans une certaine mesure servir comme un bouclier, mais elle ne couvre pas pour autant les dégâts causés, et en particuliers les chocs émotionnels, qui peuvent se traduire par de véritables traumatismes et mettre gravement en danger la santé mentale et physique des victimes.

La construction ou la reconstruction de la victime peut prendre beaucoup de temps et faut-il apprendre ou trouver la bonne distance, car face à un prédateur, un individu agissant par malveillance et dont l’objet est de nuire à l’autre. Le PN à toutes les chances de vieillir tranquille et sa victime finir au bout d’une corde.

Là aussi difficile de savoir le nombre de suicides provoqués par des situations de harcélements, de maltraitance, mais à la connaissance du nombre de suicide dans le cadre professionnel chaque année, l'on devine qu'en raison de la diversité des circonstances vécues, cela ne soit pas sans incidence dans les familles.


2 - La perversion narcissique en question ?

C’est un sujet complexe et concernant à minima en France des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, qui au sein de notre société causent et posent comme question de comment se protéger de leurs personnalités.

Les témoignages ne manquent pas sur les forums de discussions et la presse s’est emparée de la question avec des réponses très partielles, voire inutiles pour celles et ceux confrontés à cette situation. Par exemple, la contre manipulation ne sert à rien sauf à jouer le jeu du PN. Une drôle d'idée que de vouloir se transformer ou jouer de tels scénarios.

Toutefois une certaine médiatisation du sujet a permis la prise en compte des victimes et de faire parler d’un sujet touchant à des vies brisées. Mais rien sur son coût social et économique et le fait de devenir source de bénéfice pour quelques agents du marché de la souffrance humaine. En ce domaine, il existe un marché très juteux, lire ou découvrir des solutions version coaching ou thérapeutiques cognitives donne une idée
des pièges à éviter.

Un ouvrage paru en 2012 d’une psychanalyste pose cette finalité (1), « Pour en finir avec les pervers narcissiques ». Ou comment mettre fin à des processus qui détruisent ou minent des familles entières et sont la source de trop nombreux traumatismes. De plus, un phénomène se reproduisant sur plusieurs générations. Souvent ayant un caractère irréversible, et dans tous les cas, les victimes ne peuvent s’en défaire sans l’appui d’un spécialiste ou d’une assistance spécifique.

Cela peut ressembler à un labyrinthe, un parcours de vie qui mérite une attention particulière, ce n’est pas un sujet superficiel ou pour magazine féminin. C’est un mal de société qui attend des réponses propres et d’abord d’être à l’écoute des victimes. 

Victimes, qui de leurs côtés ne seront pas vraiment ou toujours écoutées, car se défaire d’un manipulateur pervers peut mettre des dizaines d’années. Et pose la question d’une société « complice » et aussi la question des complices directs et indirects dans l’environnement d’un menteur ou de mystificateurs pathologiques.

Face aux harcèlements et aux manipulations, faire la preuve devient dans ce cas difficile à prouver quand il s’agit d’une violence verbale et un rabaissement quotidien à ne pouvoir exprimer une blessure vive.

Il est encore plus difficile de faire entendre qu’un géniteur, un parent sous le coup d’une maladie dont on commence depuis 30 ans à cerner le comportement, soit un "monstre". Si autour de vous, personne ne comprend ce qui vous arrive, c’est le tragique que devront payer les victimes, car en plus d’être réduit à l’état d’objet, il n’est pas sûr que vos tiers entendent votre appel au secours.

Alors à qui se fier et sortir de cette impasse ?

"La face cachée du porc"

..." Quand j’ai soudain réalisé ce qui m’était arrivé,
ce fut aussi violent que toutes ces années de terreur que j’avais traversées.
Je ne fus plus jamais la même, ma part d’innocence disparue à jamais.

La monstruosité et l’inhumanité font partie de ce monde,
vous ne pouvez cependant concevoir qu’elles fassent partie du vôtre.

Votre regard sur la vie aura changé à jamais,
vos valeurs seront ébranlées,
tout ce que vous allez connaître n’aura plus jamais la même saveur.

Le temps n’effacera jamais cet état de maltraitance profonde,
il vous imposera une autre vision de la vie, l’enfant qui sommeille en vous est assassiné.

Le crime est loin d’être parfait, la torture poursuit sa tâche,
il est des expériences qui ne vous grandiront jamais.

Inutile de lutter, les alliés dont vous auriez le plus besoin ne seront jamais présents,
 l’issue c’est le respect de vous-même.

Aucune limite ne doit vous arrêter dans cette conquête.
Le jour où vous aurez gagné cette estime, vous aurez gagné votre liberté.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : votre liberté..."  (source internet)


3 - C’est quoi un pervers narcissique, comment agit-il ?


Comment offrir des éléments sur un sujet qui mérite une attention particulière sur la nature des dégâts psychiques occasionnés par les pervers narcissiques chez leurs proches ? Il ne faut pas hésiter à parler de négation de la personne, le PN est un être froid et calculateur et il assouvira ses besoins en allant jusqu’à provoquer une mort psychique chez l’autre, en niant sa réalité dans les moindres détails.

Cela peut conduire au suicide ou à des phases dépressives longues ou dépréciatives chez les victimes, mais la question est relativement méconnue au sein des familles et surtout comment échapper à ce que l’on peut appeler des prédateurs?

Ce qui pourrait paraître extravaguant dans mon propos est d’une très grande importance pour celles et ceux amener à lire ce texte : fuyez et rompez tous les contacts, si vous êtes sous l’emprise de ce type de personnalité. Mais faut-il en avoir conscience, plus exactement le vivre dans tous ses aspects sombres pour pouvoir faire émerger votre part de vérité.

Le tyran qui sommeille chez le PN ne se présente jamais sous son vrai jour.  Dans les cas de grandes souffrances, il ne faut pas hésiter à prendre contact avec un spécialiste : psychologues cliniciens ou un psychiatre et/ou psychanalyste. Voire si vous disposez sur votre région d’une association pouvant vous porter recours et vous aidez sur le plan juridique, notamment dans le cas des unions matrimoniales où les PN agissent à leurs guises en imposant leurs marques parfois indélébiles.

Il faut dans le cas de nombreuses femmes s’extirper de personnalités qui ont su tisser des liens particuliers à l’image d’une araignée tissant sa toile pour piéger sa proie. Comme l’autre n’est qu’un jouet, le sujet ne peut s’exprimer et c’est ainsi que l’on tue à petit feu un être « sain » et au service des intérêts propres du « malade ».

Il est peut abordé la question de l’enfant dans le milieu familial, et comment se développe un mineur dans de telles circonstances ? Et pareillement comment devient-on PN ou comment se structure une telle personnalité ?

La question de la perversion narcissique est un sujet hautement sensible et touche au sein de notre société un nombre de victime non négligeable, notamment des femmes et des enfants, et aussi des hommes qui sont soumis à un ordre des choses assez terrifiant, la négation de ce qu’ils sont.

Les victimes peuvent avoir le sentiment d’une fatalité ou d'une malédiction, il en va surtout de quelque chose qui a été « mal dit » (maudit), non exprimé ou tapis dans un silence qui enferme des êtres des années durant, s’ils en trouvent les clefs pour s’en sortir.

Ce que l’on dénomme le pervers narcissique est dans la très grande majorité des cas un homme qui peut sévir dans de multiples situations, plus rarement des femmes, si l’on s’en tient à des situations de justice où ce type de personnalité est évoqué. Le phénomène, cette maladie proprement mentale est difficilement classable, mais elle n’est pas si banale ou si rare que l’on pourrait le croire ou l’envisager.

Il est difficile de mesurer le pourcentage de la population en France qui serait concernée, par ce type d’individu ou pathologie ambulante qui peut avoir aussi une place et un rôle dans l’espace social : le monde de l’entreprise, de la politique sous ses différentes coutures, (élus, apparatchiks, ...). Ce qui n’est pas une surprise, nos individus aiment surtout avoir du pouvoir sur les autres.

Le pervers adore se sentir le pouvoir qu’il exerce sur les autres, et il aime briller en société en plus de sévir sur les siens, il est à ce titre multifonctions… Il n’apparaît jamais en terrain ouvert ou à visage découvert, il agit toujours par derrière ou s’en prend à ses victimes dans un espace sans communication avec l’extérieur.

Le PN peut à ce titre changer de personnalité comme de chemise, son adaptabilité aux circonstances très symptomatiques, dans son cas ne jamais répondre ou rester dans l’insensibilité. Une absence d’empathie ou le sort de l'autre n'a aucun intérêt. S’il ne s’agit à vraiment dire d’une pathologie névrotique, elle n’est pas non plus classifiée dans le domaine des psychoses. Bien qu’elle ait été dénommée « psychose blanche » par André Green (2). Mais attention, ce terme entre dans un registre assez vague, ou il renvoie à quelques éléments théoriques ne faisant pas l’unanimité.

Le PN est le terme que l’on retrouve sur de nombreux sites ou blocs-notes et permet ainsi d’y découvrir des témoignages forts et sur les dégâts psychiques encourues par les victimes. Il faut préciser, que si Freud a écrit sur la question des perversions dans son essai "une théorie de la sexualité", il faisait lien avec la sexualité. La notion de PN a pris véritablement forme, il y a trente ans grâce aux apports d’un psychanalyste français, Paul-Claude Racamier (3). D’autres travaux ont suivis et les plus connus d’entre eux sont les ouvrages de Marie France Hirigoyen (4). Cette dernière ayant consacré une bonne part de ses écrits à la question du harcèlement moral.

Depuis des lois contre le harcèlement dans les entreprises et dans le couple ont été votées, mais comme il est très difficile de pouvoir établir les faits de certaines violences et trouver un bon avocat connaisseur de ce type de violence sourde, cela peut devenir un sacré parcours d’embûches. Car le PN est un être nocif pour son entourage, mais il n’en fait pas état, il n’est pas pleinement conscient des dégâts qu’il occasionne. Il se vit dans la toute puissance et les dégâts occasionnés ne sont pas de son fait, quitte à les faire porter par d'autres, il vit un état de déni permanent.

Il ne saute pas à première vue que le caméléon fait tout pour se confondre avec les décors. Il n’agit la plupart du temps que si son ou ses méfaits échappent à la loi, car ce qu’il redoute avant tout, c’est qu’il puisse être démasqué, même si dans les cas les plus extrêmes un pervers n’hésitera pas à user de la violence physique et à tuer sa victime, si celle-ci devient trop gênante ou vient à combler ses manques existentiels. 

Nous entrons là dans une catégorie judiciaire et psychiatrique sur la perversion comme action criminelle, mais c’est l’aspect le plus visible et connu et qui a été l’objet de nombreux romans, films et série télévisées et qui passionnent les foules. Le PN moyen a un peu le masque de monsieur tout le monde. Il peut apparaître comme un « bon père de famille », être « un collègue très lisse, ou sous d’autres formes un chefaillon ou un supérieur aux dents longues ». Son objet est d’être le sujet de l’attention, il baigne comme un poisson dans les milieux de pouvoir.

Etonnant pour une personnalité que l’on peut considérer comme inachevée. Qui n’a pas pu se développer sans prendre en compte ce que l’empathie peut vouloir signifier. Ce sont des êtres incomplets se nourrissant des souffrances des autres, pour le seul plaisir de dominer et d’être le centre des attentions. Les PN sont persuadés de leur importance et quiconque se dresse sur leur chemin a droit de s’attendre en retour aux attaques les plus sournoises, aux stratégies les plus malsaines et visant à discréditer ou ternir l’image de celui ou celle qui peut représenter un rival.

Le PN va inévitablement être à la source de conflits, de stratégies diverses, l’argent est un de ces moteurs. Sa vie est dédiée à son « égo » et certains traits de caractères permettent de savoir à qui nous pouvons avoir à faire.

Petite précision, ce type de malade ne demandera jamais une prise en charge psychologique, ou dans de très rares cas, il maquillera ses sentiments, ses raisons propres, car la prise en charge psycho-thérapeutique sera comme dans toutes les situations de sa vie, une mise en scène dont il doit tirer bénéfice.

L’objet n’est pas d’engager une chasse au PN, mais d’en comprendre les raisons et de pouvoir s’en prémunir. La question de la perversion comme dimension psychique n’est pas un sujet mineur et comment s’y retrouver dans ce qui fait appel à une personnalité perverse? En langage psy, il est fait part de structure perverse, s'opérant dans la petite enfance au moment (l'œdipe), ce n'est donc pas génétique, mais en relation avec l'histoire de la personne.

Le rajout du terme narcissique est important. Les perversions sont diverses et ce n’est pas l’objet de cet écrit. Même si, il est difficile de ne pas en faire état, ils ont aussi une sexualité. Faire la relation sur jusqu’où ces individus sont en mesure d’aller pour humilier l’autre, pour la seule satisfaction de leur petite jouissance ou pour se jouer des autres ressemble pour beaucoup à des relations sadomasochistes entre la victime et son bourreau.

Une personnalité perverse est toujours autocentrée sur son seul plaisir et se moque du sort des victimes toujours non consentantes. Car par opposition le PN sait se trouver des complices passifs ou actifs. Si j’ai été amené à réfléchir sur ce sujet, c’est qu’il touche non seulement les femmes mais aussi des enfants et que j’ai pu me rendre compte dans mon travail de recherche des conséquences lourdes et invalidantes pour certains jeunes qui deviendront inévitablement des adultes.

D’autres enfants dans la fratrie ou la famille reproduiront le modèle dominant et c’est ainsi que le PN se reproduit en quelque sorte de génération en génération dans les familles. Ce n’est pas un phénomène récent, et la prise de conscience et les moyens d’y répondre sont très nouveaux, du moins de pouvoir s’informer sur ce sujet.

En l’état, si la loi peut tenir compte des souffrances, elle ne peut prendre en charge tous les dégâts et les personnalités ou personnes brisées. Il en va de comment répondre préventivement et d’appuyer les professionnels qui font face à ce genre de problème dans l’exercice de leur travail (avocats, cliniciens, ...).

Et il s’agit d’une rencontre très improbable entre des juristes et les personnels médicaux pour faire de la loi une protection et une aide aux victimes et du système de santé mental un outil adapté à ce type de pathologie et à l'écoute des symptômes, qui trouveront, espérons-le un jour une classification acceptable et des soins appropriés. Le PN est un malade, ne jamais l'oublier.


4 - Le traumatisme et victimes sous emprises

Oublions un peu le PN et intéressons-nous à la question des victimes et ce qu’elles peuvent endurer. Sigmund Freud et ses pairs, se sont intéressé à la question des traumatismes de guerre lors du premier conflit mondial, et ce que le trauma des champs de bataille pouvait avoir comme conséquence sur l‘activité psychique et physique.

Si nous nous ouvrons à une dimension plus large du trauma, il existe bien un parallèle à faire avec les victimes sous le coup d’un harcèlement moral ou psychique, si la pression psychologique agit sans discontinuité, des mois, des années durant. L’humiliation et son caractère moral, c’est-à-dire vexatoire influe sur le psychisme et si régulièrement, il vous est expliqué ou martelé que vous n’êtes rien, il y a de grandes chances que vous finissiez par le croire.

L’assaillant psychique est en expert en la matière, il devine les faiblesses de sa victime potentielle, il appuiera en toute complaisance sur le point faible. Et il saura bien alterner le chaud et le froid, et vous faire croire que vous comptez à ses yeux, quand son objet est d’avoir un ascendant sur vous.

Alors peut se mettre en scène, le trauma comme un handicap, une incapacité de vous extraire d’une situation usante, répétitive, un ou des souvenirs heurtant votre conscience, mais sans trouver d'explication ( des réminiscences du passé, de mêmes échos souvent en relation avec l'agresseur) avec en retour un malaise général de vos perceptions et
des séquelles organisant son lot dépressif, et toujours vécu dans de très grandes douleurs.

Comment vivre avec un être qui va au final faire de vous un souffre douleur, un exécutant de ses pulsions morbides, le goût de détruire ? Mission impossible, si l’on ne peut s’extraire de l’emprise du ou des PN. Au sein d'une famille, ils peuvent être plusieurs.

Un enfant « sain » de PN mettra très probablement très longtemps avant de comprendre, pourquoi tel père, ou tel frère ou parent, voire telle mère a voulu établir tels rapports de force à son insu. Quand l’humiliation est devenu un lot commun ou quotidien, nous sommes très loin d’un modèle gratifiant et constructif ou stable, il n’est que facteur d’insécurité ou de liens insécures. Et comme l’être sain ou commun est aussi un être qui culpabilise, la mécanique infernale tourne à plein et le PN a atteint ses objectifs.

Sans que vous le sachiez vraiment, le PN est devenu le maître et il vient à contrôler vos faits et gestes, vous êtes sa chose. Et la "beauté du diable" continue son œuvre de basse besogne.

Si ces éléments ont été vécu pendant un temps très long, il devient impossible à la victime de cerner la nature du mal, de comment c’est produit le « trauma initial dans la relation à l'autre », quand l’emprise a pris le dessus, ou quand les événements dépassent votre seul espace intime, car le prédateur a rarement une seule victime.

Il faut insister sur un fait important le PN sait aussi comment se faire passer pour une victime et entretient le doute dans les esprits. Il n’oublie pas de se faire des "complices" et de monter la victime comme le responsable de ses malheurs, c’est un Tartuffe par excellence. Des pères la morale aussi.

Alors est-ce qu’une victime peut se libérer de ce genre de maltraitance, la réponse est oui et non. Oui, parce qu’il est possible de renaître ou de sortir des limbes, pour enfin vivre ce que l’on est. Mais il n’y a pas de solutions miracles et ce n’est qu’après que l’on se rend compte du chemin parcouru pour s'émanciper de ses peurs ou culpabilités infondées.

Des vies détruites, à reconstruire, ce n’est pas simple et surtout si vous ne prenez conscience que tard de la raison des altérations de la conscience, mais pas seulement. Un long temps à comprendre que vous n’êtes pas responsable de votre état psychique, mais que vous avez été l’objet d’une manipulation, une logique intrusive et visant à nuire.

Vous voilà comme un pion dans l’échiquier du stratège malfaisant, qui jamais n’abdiquera, l’animal est tenace. Ce qui a lien à votre histoire restera trouble et obscur, parfois sans réponse. Néanmoins, certains s’en sortent plus ou moins bien, mais faut-il et insister à ce sujet en être conscient. Ensuite en tenant compte de l'activité inconsciente, si vous trouver les clefs du mal être et le bon psy ?

Dans le cas d’un traumatisme, l’objet répétitif va organiser ce mal être, l’inhibition de l’action devenir un refuge destructeur. Vivre avec des manipulateurs et qui plus est des pervers laisse entrevoir que la victime s’est elle-même pris au piège et à la tyrannie de son maître. Pouvoir discerner le vrai et et faux est impossible, parce que rien ne présente un caractère solide, ou comment naviguer dans le flou le plus total... Le réel est sous contrainte, la fuite est une excellent conseil et mode de vie face à ce type de folie, qui ne dit pas son nom.

Réduit au néant et au silence, comment fuir cet enfer ou cette entreprise aux aspects sadiques ? Telle est la question, mais la loi ne peut tout résoudre, alors comment (re)naître ? Du courage et même beaucoup plus face à l’adversité et l’inaudible de la chose.


5 - Psychopathie et perversion ? 


Le texte Psychopathes ou pervers : Le faux débat ? (sur cette page) met en évidence la profusion langagière concernant seulement la psychopathie ou ce qui est plus connu sous le terme de perversion narcissique, et si l’on s’en tient au seul mot pervers, dans le langage courant, ses définitions religieuses ou morales, la confusion peut devenir totale.

Faut-il aussi pouvoir distinguer ce qui est de l’ordre des perversités sexuelles, non criminelles ou consenties entre adultes, mais trouvant une nature commune ou l’autre devient objet et non pas un être de désir à part entière.

Le champ des perversions est large, il en va de la petite décharge de plaisir agissant comme des stimuli, jusqu’à ce qui peut s’apparenter à une non nature d’être, une impossibilité de vivre comme tout à chacun dans une démarche altère.

L’idée que "l’homme est un loup pour l’homme" s’accorde bien avec les personnalités les plus extrêmes du pervers criminel, c’est-à-dire celui qui avec cette pathologie tendra irrémédiablement à commettre des actes non légaux, allant de la corruption passive ou active au meurtre, comme d’un rituel.

De plus ce texte date de l’année 2003, les notions liées à ce terme sont encore plus nombreuses et si l’on cherche dans l’abondance des textes, en finalité, beaucoup de redite, d’appréciations, et assez peu d’analyse clinique ou de compréhension de quel chemin la victime doit parcourir pour s’entendre dire, non ce n’est pas vous qui êtes malade et dangereux, mais celui ou ceux assaillant vos pensées quotidiennes.

Une partie de cette littérature des autoroutes de l’information a surtout pour objectif de se créer une clientèle, vendre une approche comportementaliste, quand ce n’est pas un groupe sectaire, et apporter des réponses simples à une question d’une très grande complexité.

Le psychopathe en anglais ou en psychiatrie, le pervers narcissique pour lui donner une double réalité est une expression de plus en plus commune. Au risque des interprétations les pervers criminels n’ont pas un visage commun, mais une communauté dans la nature de l’acte commis sur autrui, visant à détruire et s’approprier ce que l’autre a et qu’ils n’auront jamais.

Pour ce type de pathologie, il faut se rendre à l’évidence, que ce qui est tu dans les profondeurs de ces âmes damnées, ne peut être analysé que sous l’angle de ce que les victimes ont enduré ou endurent encore.

On ne revient pas facilement de l’horreur, et pour pouvoir remonter l’ensemble des conséquences, il faut signaler que la victime est soumise à un système répressif (interne et externe) et que pour s’en libérer, faut-il trouver la combinaison pouvant vous libérer d’un tel joug. Pas simple, plus que problématique, une personne sous l’emprise d’un pervers narcissique, va endurer la souffrance et ne sera pas dans la majorité des cas quoi faire.

Sauf à revivre un tel traumatisme, tellement subi et sans être en mesure d’y faire face véritablement. Il semble indispensable de pouvoir mieux cerner un problème touchant à l’échelle de la France quelques dizaines de milliers de personnes, très majoritairement des femmes, mais aussi une proportion assez peu connue d’hommes confrontés à un grand vide et finalement connaissant assez peu de recours dans l'adversité à laquelle ils ou elles devront faire face seul-e-s.

Toutefois, il existe toujours un moyen d’agir et il est possible de se remettre de telles épreuves, sachant que la personne toxique agit comme un prédateur ou un chasseur et l’objectif est la mort du « gibier ». Il faut apprendre à ne plus être une proie et parer aux urgences. La prise de conscience peut agir comme d’un déclic, d’une lecture, d’une vidéo sur Internet ou des témoignages, de reportages TV, à la galerie « je promène » ma souris sur les moteurs de recherche… pour comprendre.

Des doutes s’ajoutant à d’autres peuvent venir vous mener vers un début de résolution des problèmes, c’est de pouvoir nommer l'intrus. Car le pervers manipulateur narcissique ou psychopathe, lui n’en a pas fini avec sa victime, plus exactement avec ses victimes. Aussi le pervers narcissique n’est pas cantonné à la seule sphère familiale, ses terrains de chasses sont étendus.

Ces messieurs et madame tout le monde sont dangereux, mais comme ils agissent toujours dans un réel qui est leur est propre, hors de l’entendement et de la loi, nos détrousseurs d’âmes ne sont que le reflet de leur absence, vous comprendrez qu’un bon nombre passe entre les filets.

L’on touche là plus exactement une limite, voire un segment entre la psychiatrie et le monde de la justice pénale, où la réponse de ces deux institutions de la République ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Mais les réponses largement insuffisantes sur l’agir de celui qui manipule ou comment il tisse comme une araignée une toile sur sa victime, et cela peut durer des années et même des décennies et jusqu’au suicide de la victime.

Il y a de quoi se rendre compte du malaise, il faut prendre en considération que les conséquences ne peuvent que favoriser des angoisses et des peurs, source d’un repli sur soi pour les victimes et provoquer de nombreux maux (perte d'emploi, envies suicidaires, ...). D’autres termes comme « vampires » ont fait leur apparition dans le langage courant, donnant bien l’image d’un individu qui a pour objet de vous vider de votre substance, de votre vie.

Notes :


(1)  "Pour en finir avec les Pervers Narcissiques", un livre de Marie France Tayebaly:  « La famille est souvent le terrain fertile où la perversion s’enracine, laissant croire à ceux qui la subissent qu’ils sont victimes d’une fatalité implacable. »

(2)
La "psychose blanche"

Le Blanc, Le Vide – Mère Morte  « Quelles sont les modalités de ce secteur touché par la Folie privée ? Sans être du délire comme dans la psychose, ni dépression, la psychose blanche (telle que Green la nomme) touche la pensée elle-même. Être frappé de blanc, d’incapacité à penser, se sentir vide, avoir la tête vide, trouée… S’ouvre la passionnante clinique du vide. Pensons par exemple a celui qui mange sans mâcher, qui se remplit, ou à celui qui parle, parle, parle, parle, pour remplir un vide, une absence profonde de sens.

La psychose blanche agit comme une paralysie de la pensée.Green apporte alors dans un article qui a fait date (in Narcissisme de Vie, Narcissisme de Mort) le concept de mère morte. La mère morte n’est pas réellement morte, mais psychiquement morte. Accaparée par la dépression, par la souffrance, la mère désinvestit l’enfant, laisse un vide… Tout ce que l’enfant a, c’est un trou, un vide, qui est préférable à rien n’avoir. Alors, il s’identifie négativement à ce vide, ce trou, trouant ainsi son Moi, laissant du blanc. L’informe, l’absence de contenant, seront les caractéristiques de ce secteur de la pensée. Le sujet est ainsi mobilisé par cette dame blanche.

Reprenons les deux pulsions originaires : La pulsion de vie lie alors que la pulsion de mort sépare et disjoint. Deux énoncés contradictoires peuvent ainsi se lier ou alors devenir paradoxaux. Le devenir paradoxal est le fruit de clivage. Le clivage coupe, pose un hiatus sans communication, la pensée est déliée et semble incohérente. La dé-liaison du clivage lorsqu’elle touche la pensée est ressentie comme une paralysie intellectuelle, comme des trous dans la tête… »


Source : La psychose blanche chez André Green

(3)  Perversion narcissique, ses origines


« L'expression perversion narcissique est proposée en 1986 par Racamier dans Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique1, puis en 1987 dans La Perversion narcissique, enfin en 1992 dans Génie des origines. Il la tire de la théorisation psychanalytique qui relie les points de vue de Freud sur la sexualité et sur le narcissisme. Le terme s'est ensuite étendu dans la psychologie populaire commune où il a aussi pris des sens qui relèvent parfois d'un jugement de valeur.

Pour Racamier, elle est « une organisation durable caractérisée par la capacité à se mettre à l'abri des conflits internes, et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d'un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir ». Selon Gérard Bayle, Racamier ne cherche pas à qualifier des individus mais à identifier l'origine d'un dysfonctionnement dans les interactions : il explique que la notion « sert son souci de décrire et de traquer les processus pervers dans les familles et dans les groupes. » La mise en actes de ces stratégies est précisée par Racamier. »
.  source Wikipedia

  (4) Le Harcèlement Moral : la violence perverse au quotidien - Éditions La Découverte & Syros, 1998

« II est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral.Dans ce livre nourri de nombreux témoignages, l'auteur analyse la spécificité de la relation perverse et met en garde contre toute tentative de banalisation. Elle nous montre qu'un même processus mortifère est à l'oeuvre, qu'il s'agisse d'un couple, d'une famille ou d'une entreprise, entraînant les victimes dans une spirale dépressive, voire suicidaire. Ces violences insidieuses découlent d'une même volonté de se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains. Car le propre du pervers est d'avancer masqué.

C'est cette imposture qu'il faut dévoiler pour permettre à la victime de retrouver ses repères et de se soustraire à l'emprise de son agresseur. S'appuyant sur son expérience clinique, l'auteur se place en effet, en tant que victimologue, du côté des personnes agressées pour que le harcèlement qu'elles subissent quotidiennement soit pris en compte et nommé pour ce qu'il est : un véritable meurtre psychique. »


Source : Site de Marie-France Hirigoyen
http://www.mariefrance-hirigoyen.com/



Psychopathes ou pervers :
Le faux débat ?



Par Jean-Pierre Chartier (*)

Le débat autour du statut différentiel entre « psychopathes » et « pervers » qui anime les cliniciens est-il justifier ou révèle-t-il le malaise actuel autour de la psychopathologie ? C'est à partir d'une recherche historique sur les concepts que Jean-Pierre Chartier explore ici les défaillances de l'organisation psychique qui éclairent de tels comportements.

En psychopathologie, psychopathes et pervers ont en commun d'apparaître comme ceux qui seraient les plus faciles à diagnostiquer comme tels tant leurs symptomatologies semblent évidentes si ce n’est caricaturale. Comment ne pas reconnaître le pervers contraint de mettre en acte un scénario immuable, seul susceptible de lui apporter le plaisir sexuel, quelles qu'en soient les conséquences judiciaires ?

Quant au psychopathe, sa quête éperdue de jouissance transgressive, son recours permanent au passage à l'acte destructeur et son absence de remords et de toute culpabilité après les crimes les plus odieux, suffisent à l'identifier, que l'on soit ou non spécialiste de la psyché !

Mais sont-ils vraiment différents ?

Après avoir été confondus au début du siècle, puis opposés dans les années 1980, la question de leur statut différentiel continue d'animer sinon d'enrager les réunions de cliniciens : ce sujet dérangeant est-il pervers ou psychopathe ?

J'essaierai ici de montrer qu'il s'agit d'un faux débat, fruit de méconnaissances étymologiques et historiques et qui illustre parfaitement le malaise actuel de la psychopathologie.

Une profusion de termes et de concepts


C'est Pinel qui, le premier, observa et décrivit en 1801 des aliénés qui présentaient « une manie sans délire ». Ne souffrant d'aucune lésion de l'entendement, « ils sont dominés par une sorte d'instinct de fureur, comme si les facultés affectives avaient été seulement lésées ». Rush, le père de la psychiatrie américaine, onze ans plus tard, incriminera le « dérangement de la volonté et l'indécence » chez des patients comme ceux de Pinel.

Ainsi sera-t-il le premier à utiliser des critères moraux pour les caractériser... ce que le psychiatre anglais Pritchard va systématiser en parlant de « folie morale » (Moral Insanity) en 1835. On peut, selon Reid Meloy (Meloy, 2000), le considérer « comme le chef de file des générations qui ont contaminé l'objectivité scientifique par un discours moralisateur », celui qui reste présent dans les DSM (1).

En France, Morel, en 1857, introduira le concept de « dégénérescence nerveuse ». Il sera relayé par son élève Magnan qui proposera celui de « déséquilibre » (1895) qui a en partie survécue jusqu'à aujourd'hui. Entendons que le « déséquilibré » est quelqu'un qui a un cerveau qui dysfonctionne puisque sa partie frontale ne contrôle pas les zones instinctuelles postérieures.

Si la plupart des auteurs français sont avant tout préoccupés de découvrir une étiologie organique et/ou héréditaire, comme Lombroso en Italie et son « criminel né », Dupré va réinstaurer la confusion entre l'approche médicale et la morale en introduisant sa théorie de la « perversion constitutionnelle » lors du Congrès des aliénistes de langue française qui se réunissait en 1912 à Tunis. Pour ce psychiatre du ministère de la Justice, « les perversions sont des anomalies constitutionnelles des instincts de l'individu considéré dans son activité morale et sociale. La perversion est aux plans moral et social l'équivalent de l'oligophrénie au plan intellectuel ».

L’impact de cette conception du pervers inéducable, inamendable et inintimidable fut considérable, elle continue d'infiltrer les théorisations les plus récentes. Le jeune au fonctionnement pervers qui s'amuse à corrompre son compagnon est du côté du «mal pur », écrit en 2001 un psychiatre qui enseigne la psychopathologie à Bruxelles (Havez, 2001). L’origine de cette version peccamineuse, si ce n'est théologique, des désordres du comportement se trouve, selon moi, dans l'amphibologie des mots « perversion » et « pervers ».

Le mot « pervers » apparaît dans la langue française au XII° siècle (1176) ; il est issu du latin perversitas qui désigne le goût pour le mal, la malignité de celui qui cherche à nuire à autrui en accomplissant des actes agressifs, immoraux et systématiquement malveillants. La perversité renvoie ainsi à l'axiologie, au péché et au vice.

La perversion (1190), du latin pervertere qui signifiait mettre sens dessus dessous, bouleverser, renvoie à l'idée de retournement comme dans « subversion » et à celle de changement radical comme dans « conversion ». Le pervers, dans cette acception, a des comportements aux antipodes du sujet normal, en particulier dans le domaine de la sexualité.

En 1905, Freud publie un livre scandaleux qui propose une étiologie psychique de ces conduites. Les Trois essais sur la théorie sexuelle (Freud, 1905) entendent démontrer que les perversions trouvent leurs racines dans l'enfance. Les expériences corporelles et les satisfactions recherchées aux plans oral, anal puis génital, constituent autant de points de fixation possibles pour de futures conduites perverses.

Les traits de sexualité considérés comme anormaux se retrouvent chez les névrosés sous forme de fantasme ; chez le pervers, ils sont au contraire mis en actes d'où la célèbre formule freudienne « la névrose est le négatif de la perversion » ; il faut ici entendre négatif au sens photographique du terme. Avec « « On bat un enfant », en 1919, il établira l'origine oedipienne des futures perversions, mais c'est dans l'article sur le fétichisme, en 1927, qu'il va relier les perversions à la problématique d'une angoisse de castration insupportable.

En 1923, Kurt Schneider reprendra à Kraepelin le terme de « psychopathie» pour désigner des états qui ne relèvent en rien de processus organiques pathologiques, mais qui dépendent de personnalités « anormales » telles que leur caractère anormal les fait pâtir ou fait pâtir la société. Le psychopathe est étymologiquement celui qui souffre de sa psyché, encore faut-il préciser qu'il n'en veut rien savoir. Ainsi, les mêmes sujets seront diagnostiqués « pervers » en France (versus Dupré) et « psychopathes » en Allemagne (versus Schneider).

Le terme de psychopathie s'imposera ensuite partout, même s'il fut lui aussi contaminé par cette dérive moralisatrice dont la psychiatrie répugne apparemment à se défaire. Aux États-Unis, en 1941, Cleckley définit seize caractéristiques qui seront à la base des échelles contemporaines censées mesurer la psychopathie. Mises au point par Hare pour les adultes et par Frick pour les enfants, elles inspirent la plupart des recherches actuelles qui s'inscrivent dans le paradigme du DSM bien que celui-ci n'envisage que le diagnostic de « personnalité antisociale ».

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Je m’inscrirai en faux contre l'affirmation de Gilles Coté et de Thierry Hoang Pham (2000) pour qui « la psychopathie est devenue une entité nosographique beaucoup mieux circonscrite au cours des vingt dernières années ». Pour preuve, la multiplication actuelle des dénominations qui se juxtaposent, voire se superposent.

Ainsi utilise-t-on en France les concepts d'« organisation à expression psychopathique » d'Hubert Flavigny (Flavigny, 1996), de « pervers narcissique » de Racamier ; aux États-Unis : « la personnalité antisociale » du DsM IV, mais aussi « la personnalité antisociale avec psychopathie sévère » (Reid Meloy), repris par les psychiatres français sous l'appellation tautologique de « psychopathie grave », comme s'il pouvait en exister de bénignes !

Ce confusionnisme est le résultat de la coexistence de classifications purement symptomatiques avec d'autres approches qui cherchent à prendre en compte l'organisation de la personnalité, difficulté de toute la psychopathologie actuelle, compliquée dans le cas de la psychopathie par la difficile articulation du social et du thérapeutique, où fantasmes et préjugés se masquent sous les apparences de la scientificité.

Faut-il alors différencier, voire opposer, perversion et psychopathie ? Si l'on s'en tient à la symptômelogie. oui, surtout si l'on se réfère aux perversions sexuelles. Pour les autres sujets qualifiés de « pervers », cela paraît beaucoup moins évident. Je soutiendrai qu'au niveau structural cette distinction perd toute signification. L'agir compulsif et protecteur pour leur psyché apparaît bien comme le symptôme cardinal de ces pathologies. Lacan, le 23 janvier 1923, dans son séminaire sur «L ’angoisse », distinguera l'acting out porteur d'une parole in statut nascendi, du passage à l'acte, moment de bascule « hors du symbolique vers le réel ».

Ainsi, «l’agir », terme que je préfère à celui de « passage à l'acte », connoté psychiatriquement et ambigu sémantiquement, se voit dénué de toute signification symbolique. Il serait la marque d'une impuissance à métaboliser les tensions par la voie psychique, qu'elle utilise le symptôme névrotique ou qu'elle emprunte l'hallucination ou le délire psychotique.

L'agir atteste donc de la présence persistante chez le psychopathe d'une homéostasie mentale archaïque, basée sur la décharge de toute tension psychique par « la voir motrice » (Freud, 1956) et révélatrice de la faillite des processus de symbolisation chez lui.

Un triptyque existentiel


Leur vie semble s'organiser autour d'un triptyque existentiel que j'ai appelé les « 3D » : déni, défi, délit (Chartier, 1991-1998-2001).

Le déni, défense radicale contre les sources externes d'angoisse, est décrit par Freud à plusieurs reprises dans son oeuvre, en particulier comme un mécanisme spécifique des psychoses (cf. le clivage du moi, 1938). Je soutiendrai avec d'autres qu'il a une place centrale dans l'organisation et le fonctionnement de la personnalité psychopathique.

Reid Meloy, qui consacre une dizaine de pages à ce mécanisme qu'il situe sur un continuum, affirme que le processus psychopathique «permet à l'individu de cultiver différentes formes de déni qui vont des formes quasi psychotiques à des rationalisations de niveau développemental supérieur ».

Quoi qu'il en soit, pour le psychopathe, le déni est cette incapacité structurale de se situer en tant que responsable de ses actions. L'autre sera toujours jugé, de bonne foi, comme l'auteur des tribulations qui l'accablent. De la même manière, le déni des conséquences de leurs actes amène les psychopathes à de folles extrémités comportementales, susceptibles de mettre en péril leur existence et celle d'autrui.

Le défi est aussi au coeur de leurs conduites. Défi de la loi et de l'autorité sous toutes ses formes (enseignants, policiers, etc.), mais aussi défi de l'autre et défi de soi-même, censé démontrer son omnipotence. Ainsi va le « Chevalier de Thanatos », arpentant les trottoirs des hauts lieux de la marge afin de se mesurer à plus fort que lui (Chartier, 1986).

Le troisième D, le délit, est la conséquence inévitable des deux précédents. Cette « formule existentielle» peut s'appliquer aussi aux pervers sexuels et aux grands toxicomanes. Seuls la localisation du déni (absence de pénis chez la femme dans les perversions sexuelles, déni de la mort dans les conduites addictives) et le niveau de désintrication pulsionnelle permettent de différencier ces sujets qui, selon moi, relèveraient tous de la structure perverse (Lacan, Aulanier).

Une homologie structurale


Comme je l'ai déjà écrit, notre expérience clinique nous emmène à affirmer l'homologie structurale des grands toxicomanes, des pervers sexuels et des psychopathes. Deviendrait pervers ou addictif l'enfant qui, confronté à des expériences traumatisantes et, en particulier, à «l’idolâtrie maternelle » (Masud Khan, 1977) a su sauvegarder une liaison suffisante des pulsions à travers des pratiques sexuelles ou toxiques qui ont la particularité de satisfaire conjointement Eros et Thanatos. Risque d'entrer dans la carrière psychopathique celui chez qui les expériences traumatiques ont contribué à désintriquer plus profondément les pulsions.

Fritz Wittels, dès 1937, dans un article brillant « Le psychopathe criminel,», oppose le « Don Juan névrosé du Moyen Âge chrétien au Don Juan psychopathe de l'opéra de Mozart » : c'est un personnage préoedipien typiquement narcissique « phallique » qui ne connaît ni limites (il tue son père) ni culpabilité, car « il n'est jamais passé par les fourches caudines de l'angoisse de castration ».

Chez lui coexistent, clivées et sans problème d'inhibition, masculinité et féminité, qu'il utilise à son gré, « ce qui en fait un psychopathe triomphant et trépidant ». Peu d'auteurs, à ma connaissance, n'ont approfondi cette bisexualité aconflictuelle du psychopathe. Les analystes postkleiniens, en revanche, mettront en évidence le rôle primordial des mécanismes de défenses archaïques (clivage, déni, identification projective, idéalisation primaire).

Kernberg (1975) fera de la psychopathie une variante des personnalités narcissiques qui souffrent d'un excès d'agressivité et sont incapables d'établir des relations objectales.

L'identification « au soi grandiose» (Heinz Kohut) permet ainsi au psychopathe « état limite » en danger de décompensation psychotique de se restaurer dans une position d'omnipotence. Il n'y a pas d'offense narcissique minime pour ces sujets psychopathes et pervers pour qui « l'autre est le prolongement de leur soi grandiose ». « Les mauvais traitements infligés, le sadisme et le meurtre d'autrui sont à l'évidence les preuves qu'ils n'ont pas pu se construire de représentation de l'autre et qu'ils externalisent leurs conflits sur lui, en lui déniant toute altérité. » (Racamier.)

L'autre devient ainsi « le miroir du négatif de soi » (Roussillon).

Mais pourquoi n'ont-ils pas pu se fabriquer de représentation de l'autre ? La raison est simple : ils n'ont pas pu se construire une image positive d'eux-mêmes. L’internalisation (Hartman, 1939) est un processus par lequel « le sujet transforme les interactions régulatrices réelles ou imaginaires avec son environnement et les caractéristiques réelles ou imaginaires de son environnement en règles et caractéristiques internes ».

Prototype de l'identification, équivalent psychanalytique de l'incorporation piagéticienne, elle ne fonctionnerait pas chez le psychopathe et le pervers, empêchant la mise en place des identifications humani- santes et socialisantes.

Pour conclure...

Ainsi, pour moi, la distinction pervers/psychopathe est un faux débat qui révèle pleinement l'antagonisme des cliniciens qui se réfèrent soit à une approche symptomatique, soit à un abord structural des patients comme Freud l'avait fait en formulant sa loi de cristal (Freud, 1974).

Quand on frappe un cristal minéral, celui-ci se brise en fonction de son organisation interne. Cette façon d'envisager la psychopathologie, même si elle fait l'objet de nombreuses critiques, me semble en tout cas plus appropriée que le recours aux approches symptomatiques statistiques des DsM et autres CIM qui se donnent l'apparence de la scientificité et fonctionnent comme le miroir aux alouettes des cliniciens.


Notes :

(*) Psychanalyste - Membre du 4' Groupe Directeur de l'École de psychologues praticiens



Source : Le journal des psychologues (année 2003)





L'enfant du pervers

Extrait du livre : "pour en finir avec les tyrans et les pervers dans la famille", d'Yvonne Poncet-Bonissol. 

Une famille formidable

Toute la difficulté pour l’enfant confronté à un parent pervers narcissique réside dans un paradoxe : sa souffrance est d’autant plus gigantesque que tous les signes extérieurs de son développement, ainsi que ceux relatifs à son milieu familial, non seulement ne laissent transparaître aucune faille, aucune souffrance, mais renverraient même l’image d’une famille quasi parfaite, dans laquelle l’enfant se développe et grandit dans l’harmonie sans jamais poser de problème.

Par conséquent, cet enfant n’a aucun moyen direct de crier son malaise, aucune accroche possible dans cette illusion d’harmonie et cette réalité factice, aucune place pour une quelconque révolte : le piège est bien ficelé, l’image renvoyée est lisse, socialement correcte. C’est un peu comme avoir un revolver braqué dans le dos et être obligé de faire bonne figure pour ne pas que celui qui le pointe tire. Ne surtout pas attirer l’attention sur la face cachée de la réalité.

Seul au monde

« le sentiment dominant, de loin, chez cet enfant, est celui d’un isolement profond et d’une immense solitude », précise Catherine Salobir, psychologue clinicienne. D’abord parce qu’il n’existe entre son parent pervers narcissique et lui aucune transmission, quelle qu’elle soit. Rien ne lui est dit, rien ne lui est jamais raconté, ou alors, bien « enrobé » et « lissé ». Il prendra conscience, au fil des années, qu’il y a des trous dans son histoire, parce qu’il n’y a jamais eu de véritable récit à ce sujet. Les bribes d’information que l’enfant finira par obtenir ne seront que celles qu’il aura pu glaner de ci de là, au fil des conversations dont il aura été le témoin avec certains proches de la famille, ou de recoupements que lui seul sera parvenu à établir. Le pervers narcissique ne se dévoile pas, il ne livre rien. Ainsi, tant sur le plan de son histoire personnelle que sur celui des connaissances générales, l’enfant comprend très tôt qu’il doit tout découvrir et apprendre par lui-même. Il sait qu’il devra grandir seul, ce qu’il aura beaucoup de mal à pardonner.

L’enfant a par conséquent du mal à se situer dans son histoire, à trouver sa place, comme si le lien de la filiation n’existait finalement que sur les registres d’état civil. C’est là encore un paradoxe : son parent est bien vivant, mais en réalité, l’enfant se sent orphelin, à ceci près qu’il n’a aucune chance d’être adopté, ce à quoi il pense d’ailleurs parfois car cela signifierait enfin avoir un parent, c'est-à-dire quelqu’un qui sait que l’essentiel est dans le don et l’échange, quelqu’un qui « sait vivre ».

Le pervers narcissique vit avec son enfant, mais séparément ; ils ne partagent rien. Sécheresse absolue. Un gouffre infini les sépare. Le parent ne sait pas ouvrir les portes de son cœur, symboliquement tenir chaud et envelopper. C’est un langage qu’il ignore complètement et dont il ne veut rien entendre, préférant se réfugier dans une intellectualisation quasi systématique des évènements de la vie, qui lui permet habilement, (car il s’agit en général d’un être brillant), de ne pas aborder les sujets sensibles tout en jouissant d’un pouvoir de fascination sur son entourage, qui se laisse, hélas, berner.

De cette mascarade, l’enfant est témoin, mais il a appris à dissimuler sa nausée et son chagrin. Sa plaie est à l’intérieur, comme sa solitude. Que son parent soit donc rassuré, pour l’heure tout semble – désespérément – normal.

Le pervers narcissique ne présente son enfant aux autres qu’à travers son propre narcissisme, ce qui le valorise aussi. De fait, l’extérieur ne perçoit cet enfant qu’à travers la description qu’il lui en fait, et le méconnaît. Une fois encore, nous sommes dans le domaine de l’image, de l’apparence. L’enfant expérimente la solitude qu’il y a à ne pas être reconnu et compris, à peaufiner l’image du foyer parfait, comme un accessoire dernier cri qu’il est de bon ton d’afficher.

Il arrive néanmoins que certaines personnes proches de l’entourage familial parviennent à saisir quelque chose de cet enfant : capables d’une réelle écoute et de se faire leur propre idée sur lui, sans être influencés par le discours ambiant des parents, ils établissent avec lui une relation sincère et vraie, simplement parce qu’ils le regardent, lui.

Cette situation nouvelle procure à l’enfant un profond bien-être, même si, dans le même temps, cela ne fait qu’intensifier sa souffrance de réaliser que ses proches sont incapables de saisir au quotidien ce que d’autres, plus éloignés et plus anonymes, ont su percevoir.

Un dernier aspect du sentiment d’isolement est directement lié à l’autre parent, le conjoint sur lequel le pervers narcissique exerce une emprise considérable, pris dans une relation de soumission, avalé par celui qui organise et centre chaque instant de la vie autour de lui, devant abandonner presque totalement son rôle de parent pour se dévouer exclusivement à celui d’époux ou d’épouse. L’enfant est doublement orphelin de ses parents : il réalise l’impensable, il lui faut faire son deuil et surmonter l’anachronisme qu’il y a à vivre avec ceux qui sont déjà morts, qu’il doit déjà « enterrer ».

Qui suis-je ?


L’affirmation de soi est également très délicate pour l’enfant : n’ayant pas de place réelle, il a beaucoup de mal à se manifester autrement qu’à travers ce qu’il a compris de ce qu’il devait être. Il ne réclame jamais grand-chose, n’est quasiment jamais demandeur. Il sait qu’il doit se glisser dans le costume tristement étroit qu’on a confectionné pour lui, sinon il deviendra un étranger. Il n’y a pas d’espace pour la contestation, qui serait immédiatement étouffée et violemment réprimée. L’enfant perçoit très tôt, dans ce simulacre d’équilibre, l’intolérance de son parent à toute forme de différence, à tout ce qui ne lui ressemble pas. La singularité est taboue.

La discrète mais réelle dictature ambiante ne laisse évidemment pas de place à la discussion, à l’échange de points de vue différents, puisque rien ne doit risquer de menacer l’ordre établi et le sentiment de toute puissance que le pervers narcissique défend envers et contre tout. L’enfant sait que c’est ailleurs qu’il pourra vivre libre, qu’il doit pour l’instant se taire s’il ne veut pas être rejeté ou risquer de confronter son parent à son propre néant. Il ne s’oppose pas de front au pervers narcissique, il se réfugie souvent dans le silence, ce qui lui vaut alors d’être défini comme un enfant sage et bien élevé, un enfant modèle qui vient redorer bien malgré lui le blason du narcissisme du parent, qui, incapable de la moindre empathie, à aucun moment ne réalise l’artificiel de cette attitude.

Ce silence imposé verrouille chez l’enfant toute verbalisation des sentiments et des affects. La parole avec le pervers narcissique ne s’articule qu’autour de discussions où les émotions ne transparaissent jamais parce qu’elles sont dangereuses pour lui, risqueraient de l’affaiblir, de le rendre vulnérable et de lui faire perdre son pouvoir. Son discours, souvent empreint d’une culture à vertu protectrice, est toujours sérieux ». Sa parole, sa pensée, doit occuper tout l’espace, tant celui des autres que celui de leurs émotions. Ici, on ne s’épanche pas, on raisonne. Ici, on ne vit pas, on est mort.

Une île au milieu des gens


Le fardeau que supporte l’enfant du pervers narcissique a un impact sur ses relations avec le monde extérieur.

Sur le plan relationnel, l’enfant dans sa famille témoigne d’une raideur forte vis-à-vis du contact physique. Les rares étreintes avec le parent ne sont pas chaleureuses, comme si l’enfant se préservait de manière inconsciente, d’une dangereuse contamination. Au quotidien, ce contact physique se réduit au strict minimum, comme s’il fallait mettre le plus de distance entre la vie et la mort. Il faut dire que le parent narcissique n’est pas lui non plus enclin au contact physique.

Sur le plan social, il ne sera pas facile à l’enfant de nouer des contacts avec les autres. D’avoir vécu auprès d’un parent intolérant à toute différence, systématiquement dans le jugement et préoccupé par l’apparence lui aura rendu difficile toute spontanéité et toute intégration dans un groupe : du temps lui sera nécessaire.

L’enfant du pervers narcissique, qui a appris à survivre à la tragédie des faux-semblants, a toujours eu en lui la connaissance intuitive et très précoce qu’il échapperait au piège de son parent et qu’il trouverait, dehors, la terre qu’il devait conquérir pour vivre libre (sauf si les manipulations font apparaître le monde extérieur comme dangereux, auquel cas il sera pris dans un filet de contradictions inconscientes plutôt paralysant).

Plus âgé, il « sait » qu’il est un rescapé, qu’il est passé à côté de ce qui aurait pu l’enterrer vivant, le rendre taciturne ou pire. C’est pourquoi il a parfois la rage de vivre chevillée à l’âme, la rage d’exister, de dire, de se dire, et surtout de partager, de transmettre. Dans ce duel ultra sophistiqué, le pervers narcissique n’est pas parvenu à mettre la voix de son enfant en échec, ni sa richesse, ni sa chaleur.

L’immense solitude dans laquelle il l’aura fait vivre pendant des années aura fait naître un sentiment de force et d’indépendance, même s’il met du temps à se révéler. Il a grandi seul, est devenu fort et avide de liberté, lui qui a connu la prison. Il saura jouir de la vie d’une manière qui déplaira certainement à son parent, confronté à son propre vide et à son affligeante inconsistance. Tel est le destin d’un enfant parvenu à faire de sa souffrance l’œuvre d’art de sa vie.

Cependant, les enfants n’ont pas tous, face au drame d’avoir un parent pervers narcissique, ce potentiel de lutte et de survie. Pour la majorité d’entre eux, certains symptomes empreints de souffrance s’expriment très tôt : agressivité, terreurs nocturnes, troubles alimentaires, psychosomatisations, allergies… Toutes ces manifestations expriment une soif d’être aimé, regardé et entendu.

Tyrannique, coléreux, agressif… Non, il n’est pas caractériel. Mais en révolte.

Dans la constellation familiale du pervers narcissique, on constate que l’enfant est très tôt désigné comme l’héritier du parent pervers. C’est celui qui, généralement, est le préféré de ce dernier, comme s’il avait reconnu d’emblée celui qui serait digne de lui « succéder ». Alors peu à peu, une toile d’araignée perverse se tisse.

Complément d'info : "Parents P.Ns, enfant ligoté", à lire  http://blogs.psychologies.com/




Compléments d’informations :
 
Justice
et soutien psychologique



La Justice face aux pervers narcissiques

« "La loi est représentée par des êtres humains, plus ou moins conscients, plus ou moins consciencieux, plus ou moins influençables, plus ou moins au courant des pathologies psychologiques et des techniques de manipulation mentale.

Lorsqu’une procédure juridique oppose une personne honnête à un pervers narcissique, c’est généralement de la personne honnête dont le juge va douter, et non du pervers narcissique ! Ce n’est pas parce que le manipulateur est plus malin. C'est tout simplement parce que, pour le pervers narcissique, il n’y a aucune différence entre le bien et le mal. Puisque le pervers narcissique pense toujours avoir raison, il en arrive à convaincre les autres de sa prétendue bonne foi. C’est aussi simple que cela !

Ma propre expérience m'a montré que la seule solution pour qu'un juge commence à entrevoir la réalité, c'est que la procédure devienne de plus en plus dure. Le pervers narcissique ne peut accepter de s'expliquer. Il ne peut admettre la remise en question. Il est incapable de se justifier calmement face à une attaque en règle. S'il est poussé dans ses retranchements par la partie adverse et par le juge, le pervers narcissique est capable de perdre son contrôle légendaire et de se dévoiler tel qu'il est, à la fois extrêmement pervers, très manipulateur et totalement narcissique.

C'est ce qui a failli se passer pour mon cas personnel en Appel, puisqu'une Juge sur 3 s'est parfaitement rendue compte du problème qu'a la mère de mes enfants. C'est aussi ce qui se passe maintenant devant un pédopsy. Celui-ci vient d'organiser une première séance en présence de mon ex épouse et moi, sous prétexte de sauver nos enfants de certains troubles qu'ils montrent depuis le début de la procédure de divorce. Le pédopsy a pris soin de transformer rapidement cette séance en confrontation au cours de laquelle mon ex épouse a tenu des discours tellement délirants que l'évidence lui a sauté aux yeux.

Je n'ai donc qu'un seul conseil à vous donner si vous êtes malheureusement obligé de vous battre contre un pervers narcissique plutôt que de fuir : Poussez-le toujours plus loin dans ses derniers retranchements, sans vous énerver, et toujours en présence de la Justice. Entourez-vous d'un avocat connaissant très bien cette pathologie. Votre avocat pourra alors vous soutenir lorsque vous êtes au fond du trou (le combat est psychologiquement très dur à supporter ...), et vous calmer de manière à ne surtout pas vous emporter devant la Justice. Peut-être arriverez-vous ainsi à gagner face à lui !

Une dernière recommandation : Si vous avez des enfants communs, sachez que le pervers narcissique s'en prendra forcément à eux s'il n'arrive pas à vous détruire directement. Prenez donc soin de protéger vos enfants avant le combat, si c'est possible. Une fois le combat juridique démarré, le pervers narcissique prendra un immense plaisir à manipuler vos enfants pour mieux vous détruire ... »

Source : le Post année 2008

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