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La Commune de Paris

Vue de l'Est?

L'Est Parisien et tout particulièrement le 20ème, le 19ème, le 18ème et le 11ème et  du 13ème arrondissement, leurs habitants participèrent activement à l'insurrection du 18 mars 1871.

Moins connu, le dixième arrondissement de Paris. Cette localité aura aussi une place et et une activité notable dans le processus révolutionnaire
 
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Les vingt arrondissements de Paris émanent d'une décision de Napoléon III de 1860. Comment ne pas rappeler que le Préfet Haussmann entrepris de larges tranchées, un urbanisme favorisant les édifices bourgeois. Immeubles qualifiés du nom de cet ancien préfet de Paris, d'haussmanniens. Le 10ème arrondissement a été la localité parisienne la plus touchée, en raison des travaux sur plusieurs voix de circulation, notamment le boulevard de Magenta et de Strasbourg.

Au sein du dixième arrondissement, on recensait une population de 200.000 à 300.000 personnes vers 1870. Sachant qu'aujourd'hui les habitants sont un peu plus de 90.000. Malgré cette baisse importante, cette localité est resté l'une des plus densifiée d'Île de France (à l'exemple de ses 0,4 mètres par habitants d'espaces verts, débuts des années 2000).
 
 
 
Avant les travaux du Préfet Haussmann, les rues ne dépassaient pas quatre à six mètres de largeur, voire en faisait deux maximum de large en raison d'une urbanisation non maîtrisée ou héritée du Moyen Âge. On devine l'ampleur des travaux, les mouvements de population. En particulier, quand on délogea les plus pauvres des faubourgs et rues avoisinantes. N'oublions pas la présence de deux gares, celles du Nord et de l'Est, et le développement du train au cours du dix-neuvième siècle. Sans omettre la construction du canal Saint-Martin, et l'aspect industrieux et artisanal, qui font de cet arrondissement parisien, un des principaux poumons économiques de la capitale.
 
Les quartiers populaires du dixième, jouxtant les grands boulevards, comme les quartiers Saint-Martin et Saint-Denis furent des lieux festifs et de "débauches". Les révolutions de 1789, 1830, et 1848 eurent leurs heures de gloire sous les arcs des deux portes monumentales de St-Denis et de St-Martin (édifiées sous Louis XIV).

Ces quartiers rassemblaient de jour et de nuit une activité grouillante. De jour, s'y illustra le jeune Victor Shoelcher qui y  naquit et travailla dans le magasin de son père dans le faubourg Saint-Denis.
La nuit tombante, le guinguet coulait à flot, et ici ou là, les chants révolutionnaires jaillissaient de la nostalgie des anciens et de l'espoir d'un autre monde.

 Depuis Louis XIV, Paris est une ville hautement surveillée, dans l'ombre agissent les "mouches" (mouchards) ou indicateurs de la police. La surveillance policière ne fait pas de cadeau aux agitateurs : en point de mire "les rouges" et surtout ce que l'on désigne depuis 1830 les classes dangereuses. La présence d'une classe ouvrière naissante, peu à peu s'organisait et se reconnaissait dans les idéaux républicains et démocratiques de 1792 dans l'Est parisien, et resta une menace permanente.

Et si les cafetiers connaissaient des descentes régulières de police. On peut
aussi présumer  de nombreuses planques ou lieux d'accueils pour les militants révolutionnaires de France et d'ailleurs, au sein de cet ancien dédale des ruelles et des passages jouxtant les faubourgs de la rive droite.

En raison des voies de circulation et des déplacements ferroviaires, c'est aussi un arrondissement par où passeront de nombreuses migrations de l'Est européen. La venue nombreuse d'Allemands, de Polonais, de Suisses et de Belges tout au long du XIX° siècle, se vit renforcée par la présence des deux gares et le développement des moyens de transports en communs. Rien de vraiment étonnant de découvrir encore aujourd'hui, en ce bout de capitale, qu'un habitant sur quatre est de nationalité étrangère. Et toutes les nationalités y vivent harmonieusement.
 
 
 Notes ou éléments propres au dixième arrondissement de Paris
 
Les ouvriers dès le 18 mars font causes communes avec la garde nationale, cette dernière défendant les canons. Des barricades se dressent au pied des Portes Saint-Denis et Saint-Martin, mais aussi sur le boulevard du Magenta et partout dans la capitale. Elles éclosent sur les axes principaux de circulations et maintiendront la défense des faubourgs populaires. Les employés du café "l'Écu de l'Est" (disparu) qui se trouvait à proximité de la Gare de l'Est enclenchèrent la première grève connue ou répertoriée, et en solidarité avec le mouvement naissant.

Ci-contre une reproduction colorisée d'une barricade sur le boulevard Magenta.
 

 
Publication officielle :

Il est fait part dans le journal officiel de la Commune, du 10 avril : d'un article faisant mention des héroïnes de la révolution de 1848 et de faits aux Portes St-Martin et St-Denis. 

 

"Le Journal du 10ème arrondissement"


Il publiera deux numéros au moment de la Commune, c'était "l'organe des intérêts communaux, politique, littéraire et commercial", un journal d'inspiration Proudhonien.

Autre publication locale : Le Faubourg
 
Un appel à la mobilisation sera lancé en avril et signé par Monsieur A. Moreau en tant que délégué à l'administration de la mairie du X°.  Au sein de la Commune, il exista une Fédération des artistes de Paris, dont fut membre le peintre Corot (habitant du 10ème, rue du faubourg Poissonnière).

 
Figures du dixième arrondissement de Paris pendant la Commune de Paris




Antoine
Brunel
Comme acteur sur le terrain du 10ème arrondissement s'y illustra un certain Antoine Brunel, qui suite à son incarcération en 1870 pour indiscipline profita de la confusion. Il s'évada en tout début de la Commune et s'empara le 18 mars de la caserne du Château d'Eau (place de la République). Il devint ainsi chef de la 10ème légion. Il fit le choix de l'exil en Angleterre après la fin de la commune.
 
Antoine Brunel  prend part au soulèvement blanquiste du 31 octobre 1870, contre le gouvernement de la Défense nationale. Le 26 janvier 1871, à l'annonce de l'armistice avec les Allemands, il tente de s'emparer des forts de l'Est parisien ; il est arrêté et condamné à la prison. Il est libéré le 26 février par la Garde nationale. Le 18 mars 1871, au début du soulèvement des Parisiens contre le gouvernement Thiers, il s'empare de la caserne Prince-Eugène et de l'Hôtel de Ville de Paris. Le 24 mars, il est nommé général de la Commune (avec Émile Eudes et Émile-Victor Duval). Le VIIe arrondissement l'élit au Conseil de la Commune. Il demande alors sa mise en disponibilité comme général. Il est chargé de la difficile réorganisation de la défense du fort d'Issy. Il est grièvement blessé au combat pendant la Semaine sanglante, mais parvient à se réfugier en Angleterre. Il y reste et devient professeur à l'école navale de Dartmouth. 
Louis-Charles Delescluzes
(ci-contre)
 

 


Louis-Charles Delescluzes est

élu le 5 novembre 1870
maire du XIXe arrondissement,


Mort sur la barricade
du Château-d'Eau à Paris,
X° arrondisssement

« servir de victime ou de jouet à la réaction victorieuse ».

Il démissionna le 6 janvier 1871, appelant à « la lutte armée contre les capitulards » (c’est-à-dire le gouvernement de la Défense nationale). Son journal est suspendu en janvier après l'échec de l'insurrection contre le gouvernement. Le 8 février 1871, il est élu par un vote massif à l'Assemblée nationale, où il demande la mise en accusation des membres du gouvernement de la Défense nationale. Le 26 mars, élu membre du Conseil de la Commune par le XIe et le XIXe arrondissements, il donne sa démission de député. Il est membre de la commission des Relations extérieures, de la Commission exécutive (4 avril), et à celle de la Guerre. Il est membre du Comité de Salut public (9 mai) et délégué civil à la Guerre (11 mai). Lors de l'entrée des Versaillais dans Paris, il en appelle le 24 mai à une guerre des quartiers : « Place au peuple, aux combattants aux bras nus !». Le lendemain, 25 mai, désespéré, il ne fera rien pour éviter la mort sur une barricade au Château-d'Eau, ne voulant en aucun cas « servir de victime ou de jouet à la réaction victorieuse ». Considéré comme en fuite bien que mort, il sera condamné à mort par contumace en 1874. (Sources en italyque rajoutées en avril 2011)





Jean
Baptiste Corot


JB Corot est  né en 1796, et meurrt à Paris dans le 10ème arrondissement de Paris en 1875, au 56 de la rue du Faubourg-Poissonnière.

Le peintre a été le responsable de la commission des artistes pendant la Commune de Paris.



Ci-contre : la chambre et atelier du peintre à Paris, où il décèda.

Dans la nuit du 9 au 10 septembre 1870, alors que les troupes prussiennes progressaient vers Paris, Corot fit le cauchemar que l'ennemi entrait dans la ville pour l'incendier. Le lendemain, dans un tableau qu'il intitula Le Rêve, Paris incendié, l'artsite fixa rapidement et fébrilement, comme pour s'en libérer, cette vision terrifiante en laquelle il vit, quelques mois pluis tard, une prémonition des destructions de la Commune. Jusqu'à sa mort, Corot conserva presque secrètement ce tableau dans son atelier, où il fut peu montré, au point qu'à la vente posthume de l'atelier de l'artiste, en 175, il fut relégué parmi les études et les esquisses. Après la Commune cette représentation fantasmée de la capitale livrée aux flammes devint certainement pour Corot une sorte de mémorial des ses traumatismes intimes confondus avec l'histoire récente.

Source : La Commune de Paris, la révolution sans images, de Bertrand Tillier (éditeur Epoques - Champ Vallon, année 2004)


 Les élus du 10ème arrondissement de Paris après le 26 mars 1871
 
Jules-Nicolas-André BABICK (1820-1902) : parfumeur et chimiste, né en Pologne, il adhère à l'internationale en 1871 et signa l'affiche rouge. Il est élu au Conseil de la Commune par le Xe arrondissement. Il fut membre de la commission justice puis des services publics et fut condamné à la déportation. Connu pour ses positions mystiques, il créa même un culte et deux livres furent édité en 1893 et 1902 : "A nos bienfaiteurs connus et inconnus! : témoignage de reconnaissance et de vénération pour la réalisation du règne de dieu sur terre comme au ciel !" - imprimerie Haussmann et Lips, à Genève. Et "Sept prières édifiantes : suivies de la loi des lois paraphrasée et des six raisons". Il décéda à Genève.
 
Charles-Ferdinand GAMBON (1820-1887) : avocat et juge, élu de la Seine et de la Nièvre, socialiste, écrivit deux essais "la revanche"et "la dernière révolution". Il se rangea du côté de la Commune puis s'exila en Suisse et fut condamné par contumace.

Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il est élu à l'Assemblée nationale comme socialiste révolutionnaire. Il en démissionne le 26 mars à la suite de son élection au Conseil de la Commune par le Xe arrondissement. Il fait partie de la Commission de la Justice, mais refuse le poste de Procureur de la Commune. Le 9 mai 1871, il devient membre du Comité de Salut public.




Henry-Louis CHAMPY (1846-1902) : doreur sur métaux, membre de l'Internationale et du comité central de la Garde Nationale. Pendant le siège de Paris par les Allemands (septembre 1870-mars 1871), il est membre du 203e bataillon de la Garde nationale. Il fut membre de la commission de subsistance de la Commune de Paris et condamné à la déportation au mois de septembre et revint en France en 1880; ancien président de la Société des proscrits de 1871. Il décéda à Paris.  


En 187O, Le journaliste Félix Pyat lance pour la première fois dans Le Combat l'idée d'une commune de Paris.
Félix PYAT (1810-1889) : publiciste radical, avocat, journaliste et écrivain, il écrivit quelques pièces de théâtre dont "le brigand et le philosophe", "les deux serruriers", "le chiffonnier de Paris". Élu membre de la commission exécutive de la Commune de Paris, il fait une proposition à la séance le 2 avril que L'Officiel (J.O. de la commune, elle sera rejetée par 32 voix - pour : 25). Le 20 avril il menace de démissionner, Henry Champy demande que sa démission ne soit pas prise en compte. A la fin de la Commune, il a du s'enfuir et fut condamné à mort par contumace (et réhabilité en 1880). Il fut élu député des Bouches du Rhône en 1887.  


Paul Philémon RASTOUL (1835-1875) : Il s'établit comme médecin à Paris vers 1870. Pendant le siège de Paris par les Allemands (septembre 1870 - mars 1871), il est garde national au 9e bataillon. Il préside le club des Montagnards et organise à ses frais une ambulance. Le 26 mars 1871, il est élu au Conseil de la Commune par le 10e arrondissement ; il siège à la commission des services publics et le 9 avril il est nommé inspecteur général des Ambulances, il fut condamné par le Conseil de Guerre à la déportation. En mars 1875 tentant de s'évader de l'Île des Pins en Nouvelle Calédonie son embarcation échoua et périt sur un banc de corail.

Il a été rédigé un livre non réédité sur le Docteur Rastoul "Une vie d'apostolat de la Commune à l'île des Pins", en 1995 par Michel Lubac, où il est fait mention de ses activités dans l'arrondissement (rajouté en 2017)





   Henry FORTUNé (1821-1882)

Le
portrait d'Henry Fortuné par Félix Vallotton paru dans La Revue Blanche, 1897

Poète et militant politique, il est issu d’une famille d’artisans bottiers de Nîmes. Il s'installe à Paris à partir de 1846. Fortuné combat  sur les barricades en 1848. Considéré comme un opposant à Napoléon III, il est interné politique à la Prison Sainte-Pélagie après le Coup d'État du 2 décembre 1851. Il collaborera à l’Almanach phalanstérien et au quotidien La Démocratie pacifique. Il s’intègre à la société littéraire parisienne et reprend la publication de Panurge. Mais un article qualifié d’obscène lui vaut une nouvelle condamnation : en janvier 1863 il est condamné à un mois de prison. D'abord fouriériste, il évoluera vers l'anarchisme.

En 1867 il se marie avec une jeune confectionneuse méridionale, Rose Caubet, dont il aura trois enfants. La même année il fonde avec les militantes féministes Louise Michel et Marguerite Tinayre la Société des équitables de Paris, une société coopérative de consommation et d’éducation. Par cette société il adhère à l’Association internationale des travailleurs.
Son militantisme politique lui vaut un nouveau séjour à la Prison Sainte-Pélagie. En tant que délégué de son arrondissement Fortuné est l’un des signataires de l’affiche rouge du 6 janvier 1871 appelant à la création de la Commune de Paris. Le 3 mars il est élu au Comité central de la Garde nationale.

Après le 26 mars 1871, i
l est désigné membre de la Commune de Paris par les élus du X° arrondissement, il siègea à la commission des subsistances et fut le créateur du Comité de vigilance du 10ème arrondissement ; il s'exilera après la Commune. Pendant la Semaine sanglante Fortuné est l’un des derniers à combattre. Il occupe l’hôtel de ville dont il dirige la défense avec Pindy.


Le 27 mai il combat encore rue Haxo à Belleville puis il parvient à échapper à la répression versaillaise en se déguisant en peintre en bâtiment. Condamné à mort par contumace par le Conseil de Guerre, Fortuné doit attendre l'amnistie de 1880 pour revenir en France. Malade et sans revenu, il est heureusement aidé par son ami le docteur Goupil qui le soigne et l’emploie comme secrétaire. Fortuné meurt le 28 mai 1882 dans son domicile parisien d’une congestion cérébrale due aux vapeurs de mercures qu’il avait respirées dans son usine. Il est enterré au cimetière d’Ivry en présence de plusieurs communards dont le docteur Goupil et Benoît Malon.



Les sources en italique sont de Wikipédia, le texte sur les élus du X° a été modifié le 7 avril 2011, et un grand merci à l'auteur M. Gauthier Langlois pour ses précisions et son apport sur Henry Fortuné. 




Source : Carte de  Gallica-BNF

 Le regard critique de Marx et des internationalistes...



 
Suite à son manifeste achevé en janvier 1848, il rédigea un opuscule sur les luttes sociales en France (publié en 1850). Au hasard de sa vie d'exilé, il fut présent à Paris en mars 1848 furtivement avant de retourner à Cologne. Il en rédigea une analyse des rapports de classes, il tablait sur un changement selon des conditions historiques et sociales particulières, et par une meilleure fédération du mouvement ouvrier.

Quand Marx s'installa en Angleterre à partir de 1849, il compléta ses analyses historiques, économiques, sociales et politiques sur la révolution industrielle, dont le Royaume Uni était le fer de lance depuis la fin du dix-huitième siècle.


Un site de référence : Marxiste.org



Karl Marx habita donc ainsi les trois nations occidentales les plus importantes du dix-neuvième siècle : l'Allemagne prussienne, la France et la Grande Bretagne. Et il passa aussi queques années en Belgique avec Engels et sa petite famille dont Jenny son épouse (1844-1847). Il a été un des fondateurs en 1864 de la 1ère Internationale, plus exactement de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT).

Il importait de créer une césure et c'est en partie en Septembre 1870 que l'échec de la révolution sociale ou "socialiste" s'est jouée. Au moment de la débâcle du pouvoir impérial. Paris, la capitale politique du pays était en mesure de constituer un gouvernement provisoire, d'imposer la République aux factions monarchistes. En quelque sorte, la Sociale laissa à ce moment à la réaction, une porte ouverte pour une reprise en main à court terme.

Ce gouvernement provisoire fut non conforme aux voeux de Marx et il le fit savoir. Les français en 1870 n'y entendaient pas grand chose à la nouvelle problématique internationaliste et à ses fondements matérialistes de l'histoire. Marx dans sa correspondance marqua son agacement en raison de la tournure des événements, ne disant rien des désordres internes de l'AIT.

Bien que Marx ait demandé aux soldats allemands de ne pas faire de la République et du peuple français les victimes d'une guerre ou serait victorieuse la domination Prussienne, des doutes furent émis. Ce qui l'a lui même poussé à l'exil, et lui fit connaître ainsi les accents de la censure et de la répression. Le Marx de 1870 n'était plus vraiment l'auteur tranchant du Manifeste de la Ligue des Communistes. Son analyse avait évolué, même si Karl Marx pensait toujours en terme de rapport de force, il l'envisageait autrement, résurgence de la dialectique hégélienne?
En France, en 1870, les proto-marxistes ont été denrées plutôt rares, en dehors des personnes de Léo Frankel (en photo) ou Elisabeth Dmitriev, peu de figures de premier plan, hors Eugène Varlin. Frankel était un hongrois d'origine, ministre du Travail au moment de la Commune. Il représenta pour certains un "social-démocrate"..., voire un "social-traître". L''on en conserve encore une trace d'ignorance en France de l'oeuvre de Marx, et surtout de sa pensée au fil du temps et de son évolution intellectuelle.

Le 26 mars 1871, Frankel était élu membre de la Commune et le 29 mars, membre de la Commission du Travail, Industrie et Echange.
Le programme de la Commission du Travail, Industrie, Echange, elle a eu en charge les réformes des services publics, les rapports entre travailleurs et patrons, la refonte du Code du commerce, l'éducation professionnelle avec une pédagogie axée sur une méthode empirique et se voulant scientifique.
 


Léo Frankel

On connait mieux les changements politiques de Victor Hugo, royaliste dans sa jeunesse, devenu sensible à une Europe progressiste et républicaine en 1870 à tonalité socialiste. Lui aussi, comme Marx a connu l'exil, point commun entre ces deux hommes, de plus tous les deux étaient  contemporains. Sauf que l'on connait moins l'évolution intellectuelle du Rhénan, surnommé le Maure.

Sa jeunesse fut aussi contrastée que celle d'Hugo, notamment quand il partagea certaines vues avec un certain Bruno Bauer, professeur, théologien et "hégélien de gauche" (cf. à L'idéalisme allemand). Toutefois, Marx sera le précurseur de beaucoup de révolutionnaires du vingtième siècle. Avec le temps, il deviendra non pas plus lisse, mais moins présomptueux sur le devenir victorieux de la classe ouvrière en Europe.
Marx a eu tout à loisir d'être l'observateur le plus avisé de son temps, des mouvements sociaux et politiques dans l'hexagone, en Grande Bretagne, en Allemagne, plus largement en Europe mais aussi des recherches importantes sur les Etats-Unis et la Russie.

Pour en revenir à la Commune, l'on comprend mieux que Marx ait été en colère. Mais ses idées eurent peu de place à Paris? C'est en analysant les divers courants en présence que l'on se rend compte que l'annonce d'une révolution socialiste n'était pas vraiment à l'ordre du jour. Sauf, pour en comprendre les failles et souhaiter qu'un jour un changement radical suive un autre chemin.

Après Septembre 1870, les élections successives furent des échecs électoraux pour les progressistes. Le scrutin du 26 mars 1871 ne fut que le résultat des arrondissements parisiens. Il ne fut en rien représentatif de l'opinion globale des Français. La lecture des différents scrutins a été moins reluisante que l'héroïsme des communards. Il faut avoir une lecture plus austère des élections. Très évocatrices des forces en présence, notamment réactionnaires en interne comme en dehors de la capitale.
 
L'analyse des scrutins de septembre, novembre 1870, de janvier, à mars et avril 1871 releva d'un contexte particulier. La capitale assiégée s'était vidée d'une partie de sa population. Le nouveau gouvernement dit "libéral" poussa de ses quatre fers pour qu'aucuns "rouges" n'entra dans le nouvel échiquier politique. Benoît Malon fut éconduit à Bordeaux, bien qu'élu d'une circonscription de la Seine.

Comme analyse historique un tant soit peu sérieuse, l'on remarque aussi une abstention forte et le recul électoral des élus internationalistes, sauf en mars et en avril 1871 à Paris pour les membres de l'AIT. Il faut aussi re-situer l'ensemble des composantes républicaines ou révolutionnaires : blanquistes, proudhoniens, anarchistes ou libertaires de tout poil, socialistes bourgeois ou réformistes  (anciennement le camp des utopistes et/ou Saint-Simoniens), etc.

Il fut aussi difficile de maintenir l'unité des diverses composantes de l'AIT, et l'on a eu une césure claire entre un camp républicains qualifié de "bourgeois", et de l'autre un camp révolutionnaire très éclaté. La situation fut complexe, les échanges vifs et les attaques des armées Versaillaises ne pouvaient installer une situation stable. Le piège d'Adolphe Thiers fonctionna en mobilisant la province, et il a pu ainsi décapiter une génération militante. Les conditions n'étaient pas au rendez-vous, mais il restera le courage de ces femmes et hommes du peuple qui ont cru pendant quelques semaines à un changement fondamental des consciences. Et si en France souvent la mémoire est défaillante, le message des communards est devenu depuis lors un message universel d'espoir.
 
 Ce mouvement populaire fut aussi celui de figure que l'on retrouve sous le trait d'exilés de Pologne ou de l'Est de l'Europe. Souvent très actifs sur le terrain, et au titre le plus souvent des marxistes de la Commune comme Elisabeth Dmitriev (d'origine russe), qui informa Marx des événements.

Et il y a des personnages comme Benoît Malon (ci-contre). Il représenta la présence des ouvriers parisiens, et son intrépide combat contre les dérives des Blanquistes.


Karl Marx dans la presse bourgeoise
 et "calomnies" en France



in la REVUE QUOTIDIENNE

du 15 mars 1871, journal le Gaulois (quotidien)


Il faut pourtant en revenir, et chaque jour à la question de la reprise du travail. D'après la Patrie de Bordeaux, nous disions, hier, que des négociants de province avaient envoyé à des fabricants des commissions importantes d'articles de Paris, et qu'il leur avait été répondu qu'il était impossible, de leur livrer ces marchandises, les ouvriers refusant de travailler.

Un fait raconté par la Gazette de France montre que cette grève des «citoyens à trente» a dès longtemps commencé : C'était dans les premiers mois du  siège : un industriel, qui avait une commande considérable du gouvernement, se rendit auprès du ministre de la guerre pour lui faire part de l'impossibilité où il était de tenir ses engagements.

- Je ne trouve pas d'ouvriers, lui dit-il; la garde nationale les a tous pris : si vous voulez que je travaille, facilitez-moi le moyen de recruter des travailleurs.

Il fut donc convenu que les ouvriers qu'il emploierait seraient exemptés des exercices de la garde nationale pour service public, l'atelier où ils allaient rentrer devant uniquement travailler pour le compte de l'Etat. En conséquence, l'industriel fit part à ses anciens ouvriers, et à d'autres encore des conditions avantageuses qui leur étaient faites, puisqu'ils recevraient le même salaire qu'autrefois, tout en étant maintenus sur les contrôles de la garde nationale, ce qui leur permettrait d'ajouter à leur salaire la solde d’un franc et cinquante centimes par jour.

A ces conditions, les ouvriers consentirent, en effet de rentrer à l'atelier; mais ils ne revinrent pas le lendemain, et, à une démarche qui fut faite auprès d'eux, ils répondirent qu'avant d'être ouvriers ils étaient citoyens, qu'ils tenaient, à en remplir les devoirs, et que la solde de 1,50 fr. leur suffisait.

Dans un appel à l'armée, des «citoyens à trente» exposent sur une affiche rouge leurs théories; les murs remplacent les Journaux suspendus. Il y a pourtant, dans cet appel à l'indiscipline une chose à relever et un exemple à suivre par ceux qui donnent ainsi des conseils aux soldats.

Que veut le peuple de Paris, disent-ils? Il veut conserver ses armes, choisir lui-même ses chefs, et, les révoquer quand il n'a plus confiance en eux. Il veut, que l'armée soit renvoyée dans ses foyers, pour rendre au plus vite les cœurs à la famille et leurs bras au travail. On n'en demande pas davantage aux «citoyens à trente».

Leurs cœurs à la famille, Et leurs bras au travail.

*
Le grand chef de l'Internationale va d'ailleurs prendre la parole «pour un fait général», si l’on en croit le Paris-Journal, qui promet la lettre de M. Karl Marx, prussien à qui il ne manque aucun sacrement, puisqu'il a été aussi condamné à mort.

Ce Karl Marx n’est pas satisfait de l'attitude des membres français de l'Internationale. Il trouve qu’ils s'occupent infiniment trop de politique et pas assez de questions sociales. C'est son avis, et il vient de le formuler très nettement dans une lettre adressée de Berlin à son frère et ami, le citoyen Serallié (*), un des grands prêtres parisiens de l'Internationale.

Karl Marx supplie les membres français et en particulier les affiliés parisiens, de ne pas perdre de vue que leur société a un but unique l'organisation du travail et l'avenir des sociétés ouvrières. Or, on désorganise le travail au lieu de l'organiser, et il croit devoir rappeler les délinquants au respect des statuts de l'association. (…)

(*) Auguste Seraillier
ou Serraillier (né à Draguignan1840-1891), dit Jackson, fut envoyé par l’AIT en septembre 1870 dans le 2ème arrondissement de Paris depuis Londres, où il vivait depuis 1869 avec son père. Il est élu membre de la Commune, le 16 avril 1871. Ce militant ouvrier dans la chaussure trouvera refuge à Londres après avoir été condamné à mort et sera présent au Congrès de La Haye en 1872 votant l’exclusion de Bakounine de l’Internationale.

31 mars 1871, le Gaulois - Rubrique « à Paris »

« C'est, parait-il, à Londres que s'est organisé le complot qui a éclaté à Paris, le 18 mars. L'insurrection aurait été préparée par MM. Karl Marx, Prussien, et chef suprême de l'Internationale; Assi (**), agent général pour la France; Bentini (non identifié), agent général pour l’Italie; et Dermott (non identifié), agent général pour l’Angleterre. Blanqui aurait assisté a cette réunion, qui a eu lieu dans les premiers jours de février dernier.
*
Hier, à neuf heures et demie du matin, les gardes nationaux des Batignolles ont tenté un coup de main sur la mairie de Neuilly. La bonne vigilance et l'attitude énergique des gardes de cette localité ont permis de déjouer cette surprise, et les fédérés des Batignolles se sont retirés au bout d'un quart d'heure de pourparlers. (…) »

(**) ASSI Adolphe, (1841 à Roubaix (Nord), et décédé à l’hôpital militaire de Nouméa enn février 1886. Un "ouvrier mécanicien d’origine italienne, il prit une part active aux grèves du Creusot de janvier 1870. Il fut élu membre de la Commune, le 26 mars 1871, puis déporté en Nouvelle-Calédonie. Il n’appartenait pas à l’Internationale." (Source : dictionnaire Maîtron du mouvement social).

13 août 1871, le Gaulois - Rubrique « La Bourse »

« L'Angleterre nous avait lâché l’internationale pour ruiner nos usines et notre industrie, parce que le prétendu libre-échange lui permettait de se substituer sur notre marché au travail national. Que les nécessites du budget nous forcent à imposer ses produits, et elle renoncera à alimenter de ses millions l'Internationale et les grèves, depuis celle des chapeliers jusqu'à celle du Creuzot. Sans compter que l'Internationale unirait par l'inquiéter pour son propre compte; c'est du picrate dangereux à manipuler.

Et quant à la Prusse, qui n'a plus à gagner a la guerre, elle n'a plus le même intérêt a affaiblir notre gouvernement, et entraver l'exécution des lois, et il est probable qu'elle congédiera l'auxiliaire dangereux qu'elle avait introduit en France. M. de Bismarck n'a qu'un mot à dire à son secrétaire Karl Marx, chef de l'Internationale, et tout sera dit. (…)»

   Signé par le journaliste (boursicoteur), Jules Fleurichamp (1817-1890).


Source : Gallica-BNF - Le Gaulois - année 1871
Directeur-gérant, Edmond Tarbé des Sablons

Karl Marx dans le journal The Times,

Réponse du Secrétaire général de l’AIT


Déclaration du Conseil général à l'éditeur du Times Écrit, le 21 mars 1871

Monsieur,

- Je suis chargé par le Conseil Général de l'Association Internationale des Travailleurs de solliciter votre faveur pour publier ce qui suit dans les colonnes de votre journal :

- Une déclaration a circulé dans la presse anglaise que les membres parisiens de l'Association internationale des travailleurs avaient rejoint jusqu'à présent la soi-disant ligue anti-allemande pour déclarer tous les Allemands désormais exclus de notre association. Cette déclaration est le contraire des faits.

Ni le Conseil fédéral de notre association à Paris, ni aucune des sections de Paris représentées par ce conseil, n'ont jamais adopté une telle résolution.
La soi-disant Ligue anti-allemande, pour autant qu'elle existe est l'œuvre exclusive des classes supérieures et moyennes: elle a été créée par le Jockey Club et entretenue par les adhésions de l'Académie, de la Bourse, de quelques banquiers et fabricants, etc. Les classes ouvrières n'ont rien à voir avec cela.

L'objet de ces calomnies est évident. Peu de temps avant le déclenchement de la dernière guerre, l'Internationale devint le bouc émissaire général de tous les événements fâcheux. Ceci est maintenant répété à nouveau.

Tandis que la presse suisse et prussienne l'accuse d'avoir créé les outrages tardifs contre les Allemands à Zurich, des journaux français tels que le Courrier de Lyon, le Courrier de la Gironde, La Liberté, etc., disent que certaines réunions secrètes de l’Internationales ont été à Genève et à Berne, l'ambassadeur de Prusse à la présidence, dans lequel des réunions un plan a été concocté pour remettre Lyon aux Prussiens et aux Internationaux unis pour l'amour du pillage commun. (propos ironique…)

         Respectueusement votre,

    J. George Eccarius, Secrétaire général de l'Internationale, depuis, le 256, High-Holborn (Londres - GB), publié  par le Times, le 23 mars 1871.

Source: The Times, Marxists.org
par Tony Brown
(version anglaise)



Suite de la promenade :
 Chronologie des événements (1871)

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Dernières modifications : 10/09/2017