|
 |
| Cliquez
ci-dessus pour revenir à la page d'accueil
|
| |
|
|
La
Commune de Paris
Vue de l'Est?
Dans
l'Est de la capitale et tout
particulièrement dans le 20ème, le
19ème, le 18ème, le 11ème et pour la
rive gauche, le 13ème arrondissement,
etc., leurs habitants et gardes
nationales locales participèrent
activement à l'insurrection du 18 mars
1871.
Moins connu, le
dixième arrondissement de Paris, cette
localité a connu aussi une place et
une activité notable dans le processus
révolutionnaire.
|
|
|
|
|
|
| |
Les
20 arrondissements de Paris émanaient d'une décision
de Napoléon III de 1860, qui fut désigné sous le terme
d'annexion des villages limitrophes, tout un
poème.... Comment
ne
pas rappeler que le préfet Haussmann avait fait
entreprendre de larges tranchées, un urbanisme qui
favorisa les édifices bourgeois. Immeubles qualifiés
du nom de cet ancien préfet de la Seine,
d'haussmanniens. Le 10ème arrondissement a été la
localité parisienne, l'une des plus transformées, en
raison des travaux sur plusieurs voies de circulation,
notamment le boulevard de Magenta et de Strasbourg.
Au sein du dixième arrondissement,
on recensait une population de l'ordre de 200.000 à
300.000 personnes vers 1870 et loin des chiffres
officiels ou voulus comme tels autrefois, un choix
volontaire d'escamoter les populations miséreuses
des statistiques. Sachant qu'aujourd'hui les
habitants sont un peu plus de 90.000. Malgré cette
baisse importante, cette localité est restée l'une des
plus densifiées d'Île de France, à l'exemple de ses
0,4 mètres par habitant d'espaces verts, aux débuts
des années 2000. Depuis quelques lieux de verdures ont
été créés, et grâce à des actions militantes, faut-il
souligner. Cela commmence tout juste a changé, mais
pour la surface requise, c'est bien moins que le vélo,
patience !
De nouveau et depuis peu, la
baisse de la population est de reprise, appartements
et locaux vides (et son lot de miséreux à chaque
coin de rue, etc.), des locations à la nuitée au
service exclusif des touristes, rien d'étonnant que
la spéculation avec une moyenne des prix à 10.000
euros le mètre carré soit à son comble. Le
logement a été durant la Commune une question
importante, voire centrale avec l'approvisionnement en
vivre. L'augmentation des loyers des dernières années
furent de l'ordre de 20% pour des logis souvent
petits surpeuplés et mal entretenus par
les propriétaires (ou "gens de biens"),
voire sordides et sous la coupe d'un concierge ; plus
l'accueil des réfugiés des villages et villes
limitrophes durant le 1er siège (150.000 personnes),
divers problèmes furent sur le feu et notamment le
prolongement du moratoire sur les loyers, une des
raisons du soulèvement du 18 mars 1871.
|
| |
|
| |
| Avant
les travaux du préfet Haussmann, les rues ne
dépassaient pas quatre à six mètres de largeur, voire
en faisait deux maximum de large en raison d'une
urbanisation non maîtrisée ou héritée du Moyen
Âge. On
devine l'ampleur des travaux, les mouvements de
population. En particulier, quand on délogea les plus
pauvres des faubourgs et rues avoisinantes. N'oublions
pas la présence de deux gares, celles du Nord et de
l'Est, et le développement du train au cours du
dix-neuvième siècle. Sans omettre la construction du
canal Saint-Martin, et l'aspect industrieux et
artisanal, qui font de cet arrondissement parisien, un
des principaux poumons économiques de la capitale. |
| |
| Les
quartiers populaires du dixième, jouxtant les grands
boulevards, comme les quartiers Saint-Martin et
Saint-Denis furent des lieux festifs et de
"débauches".
Les révolutions de 1789, 1830, et 1848 eurent leurs
heures de gloire sous les arcs des deux portes
monumentales de St-Denis et de St-Martin (édifiées
sous Louis XIV). Ces
quartiers
rassemblaient de jour et de nuit une activité
grouillante. De
jour, s'y illustra le jeune Victor Schœlcher qui y
naquit et travailla dans le magasin de son père
dans le faubourg Saint-Denis. La
nuit tombante, le guinguet coulait à flot, et ici ou
là, les chants révolutionnaires jaillissaient de la
nostalgie des anciens et de l'espoir d'un autre monde. |
|
 |
|
Depuis
Louis XIV, Paris restait une ville hautement
surveillée, dans l'ombre agissent les
"mouches" (mouchards) ou indicateurs de la
police. La
surveillance
policière ne faisait pas de cadeau aux
agitateurs : en point de mire "les rouges" et
surtout ce que l'on désignait depuis 1830
comme les classes dangereuses. La présence
d'une classe ouvrière naissante, peu à peu
s'organisa et se reconnaissait dans les idéaux
républicains et démocratiques de 1792 dans
l'Est parisien, et resta une menace
permanente.
Et si les cafetiers
connaissaient des descentes régulières de
police. On peut
aussi
présumer de nombreuses planques ou lieux
d'accueils pour les militants révolutionnaires
de France et d'ailleurs, au sein de cet ancien
dédale des ruelles et des passages jouxtant
les faubourgs de la rive droite. |
|
|
En
raison des voies de circulation et des déplacements
ferroviaires, c'est aussi un arrondissement par où
passeront de nombreuses migrations de l'Est européen.
La venue
nombreuse d'Allemands, de Polonais, de Suisses et de
Belges tout au long du XIXème siècle, se vit renforcer
par la présence des deux gares et le développement des
moyens de transports en communs. Rien de vraiment
étonnant de découvrir encore aujourd'hui, en ce bout
de capitale, qu'un habitant sur quatre est de
nationalité étrangère. Pour donner une mesure en 1890
et valables les deux décennies précedentes, il y avait
environ 170.000 étrangers vivants à Paris et
fluctuants selon les migrations. Le 10ème a connu une
forte population parlant des langues germaniques,
l'Alsacien ou ses patois notamment.
|
| |
|
La
Commune vécue (extraits)
|
|
 |
Construction
d'une barricade limitrophe du boulevart
|
|
A la
réunion plénière tenue le 13 mars au
Tivoli-Vaux-Hall
(ancienne rue de la Douane, 10e),
chaque délégation d'arrondissement
se présenta avec ses procès-verbaux
et ses mandats en règle et il faut
croire que le projet de ces délégués
inconnus avait du bon puisque une
fédération de 215 bataillons se
trouva ainsi constituée. C’était
bien là en définitive le corps
électoral armé, appuyant de la
garantie du fusil la volonté
affirmée par le bulletin de vote.
Les politiciens
d'alors (…) contestèrent avec
insistance l'autorité de ces
élections ; mais, outre que les 215
bataillons adhérents réduisent par
les faits mêmes cette contestation à
néant, les procès-verbaux des
Conseils de légion sont encore là
pour établir que le Comité central
émanait bien d'un vote de la très
grande majorité des gardes nationaux
parisiens. Afin d'établir ce point
historique, il a son importance nous
allons donner le procès-verbal de
l'élection des trois délégués pour
le 10ème arrondissement (*).
Fédération
Républicaine de la Garde
Nationale,
Conseil de légion du 10ème
arrondissement
Extrait
du procès-verbal de la séance du
mardi 14 mars 1871, rue Dieu, n° 8.
Nomination de trois délégués au
Comité central.
Sont
présents :
Pour le
24e bataillon, les citoyens
Lisbonne, Colombillier (1
manquant);
Pour le 107e,
bataillon, Vallée, Sée, Protot
Pour le 108e,
Philippe, Grégoire, Sadier
Pour le 109e,
Dosbleschin, Théat, Fossé
Pour le 110e,
Mogan, Noël, Bahaben
Pour le 128e,
Salomon, Joug, D'huin
Pour le 137e,
Oiselez, Richetin, Frondière
Pour le 153e,
Sans, Bez, Wantzet;
Pour le 167e,
Lemaire, Leber (1 manquant)
Pour le 170e,
Arnold, Simonet, Tilleul
Pour le 186e,
François, Aubry, Desagneaux;
Pour le 202e,
Brétheau, Babick, Corlet;
Pour le 238e,
Durand, Lebel, Guillochet.
Après appel nominal
des délégués présents, il est
procédé au vote par scrutin secret.
Nombre des votants, 32.
Majorité absolue, 17. Ont obtenu
Arnold, 32 voix, Babick, 32 voix,
Lisbonne, 20voix. Il suffit de se
reporter aux statuts pour comprendre
comment ces membres du Comité
central avaient été élus, au
suffrage graduel, par les citoyens
de ces 13 bataiïtons d'un
arrondissement.
(…)
*
Dès midi,
l'insurrection (du 18 mars) était
donc maîtresse du 11e arrondissement
mais le Comité central, qui avait là
de nombreux bataillons sous la main,
ne savait qu'en faire et ne songeait
nullement à les utiliser. II fallut
l'arrivée de ce fou qu'était Lullier
pour le tirer de son embarras et de
sa torpeur. Nous avons dit ailleurs
comment ta population de
Ménilmontant, Belleville et La
Villette avait accueilli la troupe.
Après le départ du
général Faron, des barricades
s'élevèrent de tous côtés ; c'est
toujours la crainte d'un retour
offensif qui préoccupe alors tous
tes esprits. Ce n'est que très tard,
sous la vigoureuse impulsion de
Brunel, de Ranvier et de Emile Eudes
que les Bellevillois se décident à
quitter les hauteurs, à prendre
l'offensive et a marcher vers
l'Hôtel de Ville.
Voici d'ailleurs
comment Maxime Lisbonne, alors
membre du Comité central et
commandant du 24e bataillon de
marche, relate, dans des Mémoires,
encore inédits son rôle au cours
de la journée :
«
Lorsque je fus averti que Brune
avait été délivré et qu'il était
à la tête de son bataillon, près
du pont Grange-aux-Belles, de
l'autre côté du canal, nous
correspondîmes et nous décidâmes
de prendre la caserne du
Prince-Eugène. Le rendez-vous
était place du Château-d'Eau. Le
107e bataillon, les compagnies
de marche du 24e et quelques
débris d'autres bataillons de
l'arrondissement composaient la
colonne d'attaque. A notre
arrivée, on parlementa quelques
instants avec le colonel du
régiment de ligne qui occupait
la caserne. Mais les lignards
agitaient leurs képis en criant
: Vive la République! Vive la
garde nationale!
Nous entrâmes
dans la caserne, tambours
battants. Nos hommes étaient
armés de fusils à tabatière. Les
soldats livrèrent leurs
chassepots et leurs cartouches.
Les officiers se retirèrent et
les soldats restèrent ainsi
livrés à eux-mêmes. Je reçus du
Comité l'ordre de conserver la
caserne du Château-d'Eau tout en
essayant de marcher sur l'Hôtel
de Ville. Enfin, vers 6 heures
du soir, laissant là une force
suffisante, notre colonne se mit
en marche. (...)
|
Sources
:
(*) Enquête
parlementaire sur le 18
mars (Documents).
|
|
|
|
|
|
| |
| Notes
ou éléments propres au dixième
arrondissement de Paris |
|
| |
|
Les ouvriers
dès le 18 mars font causes communes avec la
garde nationale, cette dernière défendant les
canons de la souscription du journal le Siècle.
Des
barricades se dressent au pied des Portes
Saint-Denis et Saint-Martin, mais aussi sur le
boulevard du Magenta et partout dans la
capitale. Elles éclosaient sur les axes
principaux de circulations et ont maintenu la
défense des faubourgs populaires, dont celui
du Temple qui connut une forte activité. Le
Tivoli-Waux-Hall
a été le lieu de formation du Comité
central des Gardes nationales parisiennes (215
bataillons).
Les employés du café l'Écu
de l'Est (disparu) qui se trouvait à
proximité de
la Gare de l'Est enclenchèrent
la première grève connue ou répertoriée, et
en solidarité avec le mouvement naissant.
Ci-contre:
une reproduction colorisée
d'une barricade
sur
le boulevard Magenta.
|
|

|
|
|
|
 |
|
Publication
officielle et presse :
Il a été fait mention dans le Journal
Officiel de la Commune,
du 10 avril 1871, d'un article
relatant les héroïnes de la
révolution de 1848 et de faits aux
Portes St-Martin et St-Denis.
Le
Journal du Xème arrondissement
: Il a été publié deux numéros, il
s'agissait d'un journal
d'inspiration Proudhonien :
L'organe des intérêts communaux,
politique, littéraire et
commercial.
Autres publications
: Le
Faubourg, journal politique
et La Montagne (journal
de la révolution sociale) de
Gustave Maroteau (en photo).
|
|
|
Le
Journal du Xe
Arrondissement
(Organe
des intérêts communaux,
politique, littéraire et
commercial.
Tout par
la liberté et par la patrie.
N°1, 4 décembre 1870)
Ce
journal, tout à la dévotion de
M. Dubail, maire du Xe
arrondissement, espère que du
milieu de nos discordes
s'élèvera, fondé sur la Liberté,
le Droit et la Justice,
l'édifice modèle de
l'administration municipale,
auquel le couronnement ne
manquera pas cette fois. Ainsi
soit-il ! Cette feuille sait
allier le plaisant au sévère et
cherche à dérider les
administrés de M. Dubail par
des saillies auxquelles,
j'en suis certain, lesdits
administrés préféreraient de
beaucoup une distribution
supplémentaire de bœuf en boîte.
En
attendant, voici ce qu'on
pouvait se procurer en
achetant le Journal du Xe
arrondissement :
A propos de la
réquisition des mulets, Anes,
etc.: « Nous serons bien
cette fois la ville des
lumières, puisqu'il n'y aura
plus d'ânes parmi nous. »
Au sujet de la
viande salée : « Les
Parisiens sont déjà habitués à
tout ce qui emporte la bourse
et la bouche. »
A propos de la
déclaration relative à la taxe
sur les chiens : « Que
doivent faire les personnes
qui ne possèdent que le
tiers ou le quart d'un chien?
» Etc.
Ces pauvres
plaisanteries font assez l'effet
d'allumettes qu'on frotterait
contre un papier humide. Quand
ils ont tant d'esprit, les
journaux vivent peu et mal ;
aussi le n°2 du Journal du
Xe arrondissement, journal
bi-hebdomadaire cependant, n'a
paru que le 9 janvier,
c'est-à-dire plus d'un mois
après la publication du premier
numéro.
Administrateur-gérant
: J. Béraud. Collaborateurs
: V. Montantaine ; P. .Mignard ;
G. l'Etienne, etc.
|
|
|
Le
Faubourg
(Journal politique
quotidien. 2e
année. N°1, 26 mars 1871)
2e
année !... Mon Dieu oui !
Mais ce que ne dit pas le
citoyen Maroteau, c'est que
son journal le Faubourg,
publié le 26 février 1870,
n'eut que trois numéros dont
un spécial. Il m'en souvient
encore de ce numéro spécial ;
il était adressé au président
de la 7e chambre, et Gustave
Maroteau ne mâchait pas ce
qu'il avait à lui dire :
« Bonnet
bas ! mon président, Je vous
condamne à me juger tous les
vendredis.»
« Le
Faubourg tué, je fonderai la
Révolte, et quand vous aurez
déchiré encore mon papier,
épointé ma plume, je ferai
feu sur du papier d'affiches
avec le rouge d'une
allumette. »
« Et
malgré vous, la foule, la
grande foule en blouse,
achètera notre feuille d'un
sou ; et avec notre papier,
son cuivre, nous ferons pour
le jour de l'émeute des
bourres et des balles. »
C'était raide
en février 1870. Ne parlons
pas du Faubourg de 1871. Un
seul numéro !
|
|
|
La Montagne
N°1, 2 avril
1871
(journal de la
révolution
sociale)
|
|
 |
|
|
Le
rédaction
se trouvait au 19 boulevard
Saint-Denis, Paris 10e, ce
journal lui aussi éphémère a
connu 22 numéros du 2 au 25
avril 1871 et Gustave
Maroteau comme rédacteur en
chef : En fondant la
Montagne j'ai fait le
serment de Rousseau et
Marat : Mourir s'il le
faut, mais dire la vérité.
Ce dernier avait
collaboré au journal La
Rue de Jules Vallès
en 1869 et tient de lui un
style tranchant... Le
journal était imprimé sur
deux grandes feuilles au
prix de 5 centimes. Le
gérant fut Jules Gouffé, son
comité de rédaction était
composé de Francis Enne
(écrivain), Léon Picard, A.
Olirini, Gustave Sauger, G.
Tridon (membre de la
Commune), Passedouet, etc.
|
|
| Rédacteur
en chef du Faubourg, de
la Montagne et du Salut
public (la dernière
publication communarde née le 15
mai et encore en activité le 24
mai...) : Gustave
Maroteau homme
de lettres et journaliste sous
la Commune
est né à Chartres (Eure-et-Loir)
le 28 juillet 1849. Il décéda au
bagne en Nouvelle-Calédonie le
17 mars 1875 et avait été
à l'origine condamné pour ses
articles à la peine de mort. |
|
pendant le siège et sous
la Commune,
pages
: 92, 93 et 18.
Editeur-libraire, E. Dentu
(Paris, 1871)
|
|
|
| |
| Un
appel à la mobilisation sera lancé en avril et signé
par Monsieur A. Moreau en tant que délégué à
l'administration de la mairie du 10e. Au
sein de la Commune, il exista une Fédération des
artistes de Paris, dont fut membre le peintre Corot
(habitant du 10ème, rue du faubourg Poissonnière). |
|
| |
| Figures
au sein du dixième arrondissement pendant
la Commune de Paris |
|
|
|
|
|
Paul
Antoine
Brunel
(ci-contre)
|
|
|
Antoine
Brunel est né le 12 mars 1830 à Chalmoux
(Saône-et-Loire), et décéda le 26 avril 1904 à
Devon (Grande-Bretagne)
et se réclamait comme
républicain socialiste.
Il fut officier de carrière, élu
membre
et général en chef de la Commune. Sur le
terrain du 10ème arrondissement Antoine
Brunel
s'y illustra
suite à son
incarcération en 1870 pour indiscipline,
et profita de la confusion. Il
sortit discrétement de la prison Ste Pélagie
avec l'aide de la Garde nationale, puis avec
des troupes il s'empara le 18 mars de la
caserne du Château d'Eau (ou caserne du Prince
Eugène, actuelle place de la République) et
d'autres sites stratégiques. Il se trouva
ainsi désigné chef de la 10ème légion. A la
fin des combats Brunel fit le choix de l'exil
en Angleterre.
|
|
| |
| Antoine
Brunel
prend part au soulèvement blanquiste du 31 octobre
1870, contre le gouvernement de la Défense
nationale. Le 26 janvier 1871, à l'annonce de
l'armistice avec les Allemands, il tente de
s'emparer des forts de l'Est parisien ; il est
arrêté et condamné à la prison. Il est libéré le 26
février par la Garde nationale. Le 18 mars 1871, au
début du soulèvement des Parisiens contre le
gouvernement Thiers, il s'empare de la caserne
Prince-Eugène et de l'Hôtel de Ville de Paris. Le 24
mars, il est nommé général de la Commune (avec Émile
Eudes et Émile-Victor Duval). Le 7ème arrondissement
l'élit au Conseil de la Commune. Il demande alors sa
mise en disponibilité comme général. Il est chargé
de la difficile réorganisation de la défense du fort
d'Issy. Il est grièvement blessé au combat pendant
la Semaine sanglante, mais parvient à se réfugier en
Angleterre. Il y reste et devient professeur à
l'école navale de Dartmouth. |
|
|
Louis
Charles
Delescluze
(ci-contre)
|

|
Louis-Charles Delescluze est élu
le
5 novembre 1870
Maire du XIXème arrondissement,
Mort sur la barricade
place du Château-d'Eau à Paris,
10e arrondisssement
«
servir de victime ou de jouet à la
réaction victorieuse » |
|
| Il
démissionna le 6 janvier 1871, appelant à « la lutte
armée contre les capitulards » (c’est-à-dire le
gouvernement de la Défense nationale). Son journal
est suspendu en janvier après l'échec de
l'insurrection contre le gouvernement. Le 8 février
1871, il est élu par un vote massif à l'Assemblée
nationale, où il demande la mise en accusation des
membres du gouvernement de la Défense nationale. Le
26 mars, élu membre du Conseil de la Commune par le
XIe et le XIXe arrondissements, il donne sa
démission de député. Il est membre de la commission
des Relations extérieures, de la Commission
exécutive (4 avril), et à celle de la Guerre. Il est
membre du Comité de Salut public (9 mai) et délégué
civil à la Guerre (11 mai). Lors de l'entrée des
Versaillais dans Paris, il en appelle le 24 mai à
une guerre des quartiers : « Place au peuple, aux
combattants aux bras nus !». Le lendemain, 25
mai, désespéré, il ne fera rien pour éviter la mort
sur une barricade au Château-d'Eau, ne voulant en
aucun cas « servir de victime ou de jouet à la
réaction victorieuse ». Considéré comme en
fuite bien que mort, il sera condamné à mort par
contumace en 1874. (Sources en italique
rajoutées en avril 2011) |
|
 |
|
Jean
Baptiste Corot : Né en
1796 à
Paris,
Javant
de devenir un plasticien reconnu, il a a été
graveur de profession. Il
décéda dans le 10ème en 1875 dans son
atelier (ci-contre) au 56 de la rue du
faubourg Poissonnière.
Le peintre Corot dans ses dernières années a
pu vivre de son art, il versa à titre
personnel 20.000 francs aux pauvres lors du
premier siège, puis sous le second, il a été
élu membre de la commission fédérale des
artistes de la Commune, le 17 avril 1871. Il
l'est l'un des fondateurs de l'école de
Barbizon en Seine-et-Marne.
|
|
|
Dans
la
nuit du 9 au 10 septembre 1870, alors que les
troupes prussiennes progressaient vers Paris,
Corot fit le cauchemar que l'ennemi entrait dans
la ville pour l'incendier. Le lendemain, dans un
tableau qu'il intitula Le Rêve, Paris incendié,
l'artsite fixa rapidement et fébrilement, comme
pour s'en libérer, cette vision terrifiante en
laquelle il vit, quelques mois pluis tard, une
prémonition des destructions de la Commune.
Jusqu'à sa mort, Corot conserva presque
secrètement ce tableau dans son atelier, où il fut
peu montré, au point qu'à la vente posthume de
l'atelier de l'artiste, en 1875, il fut relégué
parmi les études et les esquisses. Après la
Commune cette représentation fantasmée de la
capitale livrée aux flammes devint certainement
pour Corot une sorte de mémorial des ses
traumatismes intimes confondus avec l'histoire
récente.
Source
: La Commune de Paris, la
révolution sans images, de Bertrand
Tillier
Editeur Epoques - Champ Vallon, année 2004
|
|
|
| Les
élus du 10ème arrondissement de Paris
après le 26 mars 1871 |
|
| |
 |
|
|
Jules-Nicolas-André
BABICK (1820-1902) :
parfumeur
et chimiste, né en Pologne, il adhèra à
l'internationale en janvier 1871 et signa
l'affiche rouge. Il
est élu au Conseil de la Commune par le Xe
arrondissement. Il fut membre de la
commission justice puis des services publics
et fut condamné à la déportation. Connu
pour ses positions mystiques, il créa même un
culte et deux livres furent édités en 1893 et
1902 : "A nos bienfaiteurs connus et
inconnus! : témoignage de reconnaissance et
de vénération pour la réalisation du règne
de dieu sur terre comme au ciel !" -
imprimerie Haussmann et Lips, à Genève. Et "Sept
prières édifiantes : suivies de la loi des
lois paraphrasée et des six raisons".
Il décéda à Genève.
|
|
 |
|
| |
Charles-Ferdinand
GAMBON
(1820-1887) :
avocat
et juge, élu de la Seine et de la Nièvre,
socialiste, il écrivit deux essais : La
revanche et La dernière
révolution. Il se rangea du côté
de la Commune puis s'exila en Suisse et fut
condamné par contumace. Gambon dit «L'homme à
la vache», selon M. Thoreux, s’adressa aux
communes du centre de la France : «Frères,
si Paris trahi, livré, insulté, provoqué,
attaqué violemment, est assez fort pour
défendre son droit, la France ne peut se
dispenser de son devoir. Agissez donc. Plus
de conscription, plus de police, plus
d'octrois, plus d'impôts sur les boissons,
plus de gendarmes, plus de vols, ni rats de
cave, ni rats d'église, ni rats de théâtre,
ni rats du palais. Travail et lumière
partout.» (29 avril 1871).
(...) Après la proclamation de la République
le 4 septembre 1870, il est élu à
l'Assemblée nationale comme socialiste
révolutionnaire. Il en démissionne le 26
mars à la suite de son élection au Conseil
de la Commune par le Xe arrondissement. Il
fait partie de la Commission de la Justice,
mais refuse le poste de Procureur de la
Commune. Le 9 mai 1871, il devient membre du
Comité de Salut public. (...)
|
|

|
|
|
|
|
Henry-Louis
CHAMPY (1846-1902) : doreur
sur métaux, membre de l'Internationale et du
comité central de la Garde Nationale. Pendant
le
siège de Paris par les Allemands (septembre
1870 - mars 1871), il est membre du 203e
bataillon de la Garde nationale. Il
fut membre de la commission de subsistance de
la Commune de Paris et condamné à la
déportation au mois de septembre et revint en
France en 1880 ; il devint président et
fondateur de la Société des proscrits de
1871 (aujourd'hui l'association "des
ami(e)s de la Commune de Paris"). Il décéda
dans la capitale en 1902.
|
|

|
|
|
En
187O, Le journaliste
Félix Pyat lance pour la première fois dans Le
Combat l'idée d'une Commune de Paris.
|
Félix,
Aimé PYAT (1810-1889) : publiciste
radical, avocat, journaliste et écrivain, il
écrivit quelques pièces de théâtre dont "le
brigand et le philosophe", "les deux
serruriers", "le chiffonnier de Paris".
Élu membre de la commission exécutive de la
Commune de Paris, il fait une proposition à la
séance le 2 avril que L'Officiel (J.O. de la
commune, elle sera rejetée par 32 voix - pour
: 25). Le 20 avril il menace de démissionner,
Henry Champy demande que sa démission ne soit
pas prise en compte. A la fin de la Commune,
il a du s'enfuir et fut condamné à mort par
contumace (et réhabilité en 1880). Il fut élu
député des Bouches du Rhône en 1887.
|
|

|
|
|
Paul
Philémon RASTOUL (1835-1875) : Il
s'établit
comme médecin à Paris vers 1870 (demeurant
au 109 bld Magenta). Pendant le siège
de Paris par les Allemands (septembre 1870 -
mars 1871), il est garde national au 9e
bataillon. Il préside le club des
Montagnards et organise à ses frais une
ambulance. Le 26 mars 1871, il est élu au
Conseil de la Commune par le 10e
arrondissement ; il siège à la commission
des services publics et le 9 avril il est
nommé inspecteur général des Ambulances, il
fut condamné par le Conseil de Guerre à la
déportation. En mars 1875 tentant de
s'évader de l'Île des Pins en Nouvelle
Calédonie son embarcation échoua et périt sur
un banc de corail.
Il a été rédigé un livre non réédité sur
le Docteur Rastoul "Une vie d'apostolat
de la Commune à l'île des Pins", en
1995 par Michel Lubac, où il est fait
mention de ses activités dans
l'arrondissement (rajouté en 2017)
|
|
|
|
|
|
|
Henry FORTUNé
(1821-1882)
Le portrait
d'Henry
Fortuné par Félix Vallotton paru dans
La Revue Blanche, 1897
|
|
Poète
et
militant politique, il est issu d’une
famille d’artisans bottiers de Nîmes. Il
s'installe à Paris à partir de 1846. Fortuné
combat sur les barricades en 1848.
Considéré comme un opposant à Napoléon III,
il est interné politique à la Prison
Sainte-Pélagie après le Coup d'État du 2
décembre 1851. Il collaborera à l’Almanach
phalanstérien et au quotidien La Démocratie
pacifique. Il s’intègre à la société
littéraire parisienne et reprend la
publication de Panurge. Mais un article
qualifié d’obscène lui vaut une nouvelle
condamnation : en janvier 1863 il est
condamné à un mois de prison. D'abord
fouriériste, il évoluera vers l'anarchisme.
En
1867
il se marie avec une jeune confectionneuse
méridionale, Rose Caubet, dont il aura
trois enfants. La même année il fonde avec
les militantes féministes Louise Michel et
Marguerite Tinayre la Société des
équitables de Paris, une société
coopérative de consommation et
d’éducation. Par cette société il adhère à
l’Association internationale des
travailleurs.Son militantisme politique
lui vaut un nouveau séjour à la Prison
Sainte-Pélagie. En tant que délégué de son
arrondissement Fortuné est l’un des
signataires de l’affiche rouge du 6
janvier 1871 appelant à la création de la
Commune de Paris. Le 3 mars il est élu au
Comité central de la Garde nationale.
Après
le
26 mars 1871, il est désigné membre de la
Commune de Paris par les élus du X°
arrondissement, il siègea à la commission
des subsistances et fut le créateur du
Comité de vigilance du 10ème
arrondissement ; il s'exilera après la
Commune. Pendant la Semaine sanglante
Fortuné est l’un des derniers à combattre.
Il occupe l’hôtel de ville dont il dirige
la défense avec Pindy.
|
|
|
Le
27 mai il combat encore rue Haxo à
Belleville puis il parvient à échapper à
la répression versaillaise en se
déguisant en peintre en bâtiment.
Condamné
à mort par contumace par le Conseil de
Guerre, Fortuné doit attendre l'amnistie
de 1880 pour revenir en France. Malade
et sans revenu, il est heureusement aidé
par son ami le docteur
Goupil qui le soigne et l’emploie
comme secrétaire. Fortuné meurt le 28
mai 1882 dans son domicile parisien
d’une congestion cérébrale due aux
vapeurs de mercures qu’il avait
respirées dans son usine. Il est enterré
au cimetière d’Ivry en présence de
plusieurs communards dont le docteur
Goupil et Benoît Malon.
NB : Les sources en
italique sont de Wikipédia, le texte sur
les élus du 10e a été modifié le 7 avril
2011, et un grand merci à l'auteur M.
Gauthier Langlois pour ses précisions et
son apport sur Henry Fortuné.
|
|
 |
|
|
 |
Source : Carte de Paris assiégé,
Gallica-BnF
|
|
| Le
regard critique de Marx et des
internationalistes... |
|
|
|
|
 |
|
Suite
à son Manifeste achevé en janvier
1848, il rédigea un opuscule sur les Luttes
sociales en France (publié en 1850).
Au hasard de sa vie d'exilé, il fut
présent à Paris en mars 1848 furtivement
avant de retourner à Cologne. Il
en rédigea une analyse des rapports de
classes, il tablait sur un changement selon
des conditions historiques et sociales
particulières, et par une meilleure fédération
du mouvement ouvrier.
Quand
Marx s'installa en Angleterre à partir de
1849, il compléta ses analyses historiques,
économiques, sociales et politiques sur la
révolution industrielle, dont le Royaume Uni
était le fer de lance depuis la fin du
dix-huitième siècle.
|
|
|
- Karl
Marx habita donc ainsi les trois nations
occidentales les plus importantes du
dix-neuvième siècle : l'Allemagne prussienne, la
France et la Grande Bretagne. Et il
passa aussi quelques années en Belgique avec
Engels et sa petite famille dont Jenny son épouse
(1844-1847).
Il a été l'un des fondateurs en 1864 de la 1ère
Internationale, plus exactement de l'Association
Internationale des Travailleurs (AIT).
- Il importait de
créer une césure et c'est en partie en septembre
1870 que l'échec de la révolution sociale ou
"socialiste" s'est jouée, pour Marx il s'en fut
d'un fil que le 31 octobre tout bascule en faveur
de la révolution (lire absolument son texte sur la
guerre civile en France). Au
moment
de la débâcle du pouvoir impérial. Paris, la
capitale politique du pays était en mesure de
constituer un gouvernement provisoire, d'imposer
la République aux factions monarchistes. En
quelque sorte, la Sociale laissa à ce moment à la
réaction, une porte ouverte pour une reprise en
main à court terme. D'autres ont vu des occasions
manquées au moment du 18 mars 1871, Bakounine
avait déjà soldé l'échec d'une révolution en
France à son commencement.
- Ce gouvernement
provisoire fut non conforme aux vœux de Marx et il
le fit savoir. Les
français
en 1870 n'y entendaient pas grand-chose à la
nouvelle problématique internationaliste et à ses
fondements matérialistes de l'histoire. Marx dans
sa correspondance marqua son agacement en raison
de la tournure des événements, ne disant rien des
désordres internes de l'AIT. Il
est difficile de savoir qui de Engels ou son
compère a été le plus actif ou a pu avoir les
moyens (statutaires) d'intervenir sur des
structures plus ou moins nationales ayant chacunes
des modes de fonctionnement propres et pouvant
diverger sur les objectifs?
- Bien
que Marx ait demandé aux soldats allemands de ne
pas faire de la République et du peuple Français
les victimes d'une guerre où serait victorieuse
la domination Prussienne, des doutes furent
émis. Ce qui l'avait lui-même poussé à
l'exil, et lui fit connaître ainsi les accents de
la censure et de la répression. Le Marx de 1870
n'était plus vraiment l'auteur tranchant du Manifeste
de la Ligue des Communistes. Son analyse
avait évolué, même si Karl Marx pensait toujours
en terme de rapport de force, il l'envisageait
autrement, résurgence de la dialectique
hégélienne? ou fruits de la présence des
anarchistes au sein de l'AIT?
Pour
les
Socialistes comme pour Hegel, le présent n'est
qu'un passé contemporain qu’il faut modifier
sans cesse, pour préparer l'avenir qui n’est
qu'un devenir. Ceci dit, nous n’avons pas
besoin d’insister sur la connexion existant
entre le développement moral des sociétés et
leur développement économique, formant ensemble
le développement social dont nous devons, encore
une fois, connaître la direction et les lois,
pour agir efficacement sur lui.
Benoît
Malon, L'agiotage de 1715 à 1870
(Paris, 1885)
|
En
France,
en 1870, les proto-marxistes ont été denrées
plutôt rares, en dehors des personnes de Léo
Frankel (en photo) ou Elisabeth Dmitrieff, peu
de figures de premier plan, hors Eugène Varlin.
Frankel
était un hongrois d'origine, ministre du
Travail au moment de la Commune. Il
représenta pour certains un
"social-démocrate"..., voire un
"social-traître". L'on en
conserve encore une trace d'ignorance en
France de l'oeuvre de Marx, et surtout de sa
pensée au fil du temps et de son évolution
intellectuelle.
Le 26 mars 1871, Frankel était élu membre de
la Commune pour le 13e arrondissement et le
29 mars, il devenait membre de la Commission
du Travail, Industrie et Echange. Le
programme de cette commission se chargea des
réformes des services publics, des rapports
entre travailleurs et patrons, de la refonte
du Code du commerce, et de l'éducation
professionnelle, avec une pédagogie axée sur
une méthode empirique et se voulant
scientifique.
|
|

Léo Fränkel
|
|
|
- On connait
mieux les changements politiques de Victor Hugo,
royaliste dans sa jeunesse, devenu sensible à une
Europe progressiste et républicaine en 1870 à
tonalité socialiste. Lui
aussi, comme Marx a connu l'exil, point commun
entre ces deux hommes, de plus tous les
deux
étaient contemporains. Sauf que l'on connait
moins l'évolution intellectuelle du Rhénan,
surnommé le Maure. Sa
jeunesse fut aussi contrastée que celle
d'Hugo, notamment quand il partagea certaines
vues avec un certain Bruno Bauer, professeur,
théologien et "hégélien de gauche" (cf. à
L'idéalisme allemand). Toutefois,
Marx sera le précurseur de beaucoup de
révolutionnaires du vingtième siècle. Avec le
temps, il deviendra non pas plus lisse, mais moins
présomptueux sur le devenir victorieux de la
classe ouvrière en Europe.
Marx a eu
tout à loisir d'être l'observateur le plus avisé
de son temps, des mouvements sociaux et politiques
dans l'hexagone, en Grande Bretagne, en Allemagne,
plus largement en Europe mais aussi des recherches
importantes sur les États-Unis et la Russie. |
|
|
La
Commune et les crises de
l'A.I.T.
Extraits
de courriers de Karl Marx
(1870-1873)
|
|
 |
|
Depuis
Londres, le 23 juillet 1870
devant la
menace de la guerre franco-allemande,
Marx écrivait :
« La
classe
ouvrière anglaise tend une main
fraternelle aux travailleurs de
France et d'Allemagne. Elle se
sent profondément convaincue que,
quelque tournure que prenne
l'horrible guerre qui s'annonce,
l'alliance des ouvriers de tous
les pays finira par tuer la
guerre. Tandis que la France et
l'Allemagne officielles se
précipitent dans une lutte
fratricide, les ouvriers de France
et d'Allemagne échangent des
messages de paix et d'amitié. Ce
fait unique, sans parallèle dans
l'histoire du passé, ouvre la voie
à un avenir plus lumineux. Il
prouve qu'à l'opposé de la vieille
société, avec ses misères
économiques et son délire
politique, une nouvelle société
est en train de naître, dont la
règle internationale sera la Paix,
parce que dans chaque nation
régnera le même principe : le
travail! Le pionnier de cette
nouvelle société, c'est
l'Association internationale des
travailleurs ».
Suite à
l’enclenchement du conflit entre la
France et la Prusse, Marx rédigeait le
16 septembre une lettre au Professeur
E.S. Beesly :
« Cher
Monsieur, (…) Après avoir
déclaré faire la guerre à Louis
Bonaparte et non au peuple
français, la Prusse fait
maintenant la guerre au peuple
français et la paix avec
Bonaparte. Elle a relâché
l'assassin. Elle a déclaré son
intention de le rétablir, lui ou
sa famille aux Tuileries. L'infâme
Times affecte aujourd'hui de
traiter cela comme un simple
cancan. Il sait, ou devrait
savoir, que la chose a été
imprimée dans le Staatsanzeiger de
Berlin (le Moniteur prussien).
D'après les journaux prussiens
semi-officiels, tels que la
Gazette de Cologne, je vois que ce
vieil âne de roi Guillaume, fidèle
aux traditions de famille des
Hohenzollern, se prosterne déjà
aux pieds du tsar et l'implore
d'avoir la magnanimité de
l'employer comme son domestique
contre les Turcs ! Récemment, la
réaction a déjà débuté en
Allemagne. A commencer par nos
gens à Brunswick qui ont, comme je
vous l'ai décrit, été mis en route
enchaînés comme de vulgaires
traîtres dans la direction de la
frontière de l'Est. Mais cela
n'est qu'un fait entre mille
». (La première Adresse
sur la guerre franco-allemande
pour l’AIT).
Du 18 mars au 28 mai
1871, se
déroulait la Commune de Paris. Marx
écrivit pendant la Commune, La
Guerre civile en France, plus un
certain nombre de courrier à ses
correspondants français de l’AIT.
Londres, le 13 mai, il envoyait une
lettre à ses camarades parisiens :
« Chers
citoyens Frankel et Varlin, J'ai
eu
des entrevues avec le porteur. Ne
serait-il pas utile de mettre en
sûreté les papiers compromettants
pour les canailles de Versailles ?
Une telle précaution ne peut
jamais faire de mal. On m'écrit de
Bordeaux que quatre Internationaux
ont été élus aux dernières
élections municipales. Les
provinces commencent à bouger.
Malheureusement, leur action est
localisée et "pacifique". J'ai
écrit plusieurs centaines de
lettres pour votre cause à tous
les coins du monde où nous avons
des sections. La classe ouvrière
était du reste pour la Commune dès
son origine. Même les journaux
bourgeois de l'Angleterre sont
revenus de leur première férocité.
Je réussis à y glisser de temps en
temps des articles favorables. La
Commune me semble perdre trop de
temps à des bagatelles et à des
querelles personnelles. On voit
qu'il y a encore d'autres
influences que celles des
ouvriers. Tout cela ne serait rien
si vous aviez le temps de
rattraper le temps perdu.
Il est tout à
fait nécessaire de faire vite tout
ce que vous voulez faire en dehors
de Paris, en Angleterre ou
ailleurs. Les Prussiens ne
remettront pas les forts dans les
mains des Versaillais, mais après
la conclusion définitive de la
paix (26 mai), ils permettront au
gouvernement de cerner Paris avec
ses gendarmes. Comme Thiers et Cie
se sont, comme vous le savez,
assuré un important pot-de-vin
dans leur traité conclu par
Pouyer-Quertier, ils ont refusé
d'accepter l'aide des banquiers
allemands offerte par Bismarck.
Dans ce cas, ils auraient perdu le
pot-de-vin. La condition préalable
de la réalisation de leur traité
étant la conquête de Paris, ils
ont prié Bismarck d'ajourner le
payement du premier terme jusqu'à
l'occupation de Paris. Bismarck a
accepté cette condition. La
Prusse, ayant elle-même un besoin
très pressant de cet argent,
donnera donc toutes les facilités
possibles aux Versaillais pour
accélérer l'occupation de Paris.
Aussi, prenez garde ! ».
Londres, le 6
avril 1871 Marx écrit une lettre à
Wilhem Liebknecht :
« Cher
Liebknecht, (…) Il semble
que si les Parisiens succombent ce
soit par leur faute, mais par une
faute due, en réalité, à une trop
grande honnêteté. Le Comité
central et, plus tard, la Commune,
ont donné au malfaisant avorton
Thiers le temps de centraliser des
forces ennemies:
1. Parce
qu'ils
ne voulaient pas, les insensés,
ouvrir la guerre civile. Comme si
Thiers ne l'avait pas déjà ouverte
par sa tentative de désarmer Paris
par la force, comme si l'Assemblée
nationale, convoquée seulement
pour décider de la paix ou de la
guerre avec les Prussiens, n'avait
pas immédiatement déclaré la
guerre à la république !
2. Pour ne pas
se donner l'apparence d'un pouvoir
usurpateur, ils ont perdu des
moments précieux (il s'agissait de
se porter immédiatement vers
Versailles après la défaite, place
Vendôme, de la réaction dans
Paris) par l'élection de la
Commune, dont l'organisation,
etc., a encore pris du temps ».
En 1872, Jenny
Caroline Marx épousait Charles Longuet
(futur député socialiste). Ils eurent
cinq garçons et une fille. Jenny Julia
Eleanor, la cadette des filles Marx à
17 ans rencontrait le journaliste
français, le comte Prosper Olivier de
Lissagaray. Son père désapprouva la
relation, il avait le double de son
âge. Eleanor penchait alors plus pour
les thèses anarchistes, il ne fut pas
possible de la retenir, elle décida de
suivre son amant. Elle finit par
quitter le foyer pour le rejoindre en
France et participer à la rédaction de
son Histoire de la Commune de
Paris. Mais Eleanor quittera
Lissagaray au bout de dix ans de vie
commune pour retourner en Angleterre,
au contraire de ses deux autres sœurs
qui vécurent leurs derniers jours et
décédèrent en France. Premières
publications en avril du Capital
en Russe, puis en Français en juillet,
sauf que la censure bloqua sa parution
jusqu’en 1895 et il fut lu à sa
publication de manière très marginale.
En septembre, au congrès de La Haye,
le cinquième de l’AIT, Bakounine et
d’autres membres étaient exclus. Le
sujet avait été abordé lors d’une
conférence un an plus tôt aux
Pays-Bas. La section Russe ayant
demandé à Marx de les représenter, et
non Bakounine impliqué dans des
méandres sectaires et indirectement
par un meurtre. Voici un extrait d’un
rapport rédigé à la suite de ce
congrès par Engels, Lafargue, Marx et
d’autres contributeurs :
« Pour
se faire reconnaître comme chef de
l'Internationale, il lui fallait
se présenter comme chef d'une
autre armée dont le dévouement
absolu envers sa personne lui
devait être assuré par une
organisation secrète. Après avoir
ouvertement implanté sa société
dans l'Internationale, il comptait
en étendre les ramifications dans
toutes les sections et en
accaparer par ce moyen la
direction absolue. Dans ce but, il
fonda à Genève l'Alliance
(publique) de la démocratie
socialiste. (…) Mais cette
Alliance publique en cachait une
autre qui à son tour était dirigée
par l'Alliance encore plus secrète
des Frères Internationaux, les
Cent Gardes du dictateur Bakounine
».
L’exclusion aurait dû
intervenir plus tôt, mais la guerre
franco-allemande, plus la Commune de
Paris en retardèrent l’échéance. Cette
affaire au sein de l’AIT allait être
une des raisons importantes de la
disparition de la première
Internationale. A ce titre, un certain
Serguei Netchaïev, écrivain (Le
catéchisme révolutionnaire –
publié en1868) et nihiliste Russe fut
l’auteur d’un meurtre en 1869, sans
être arrêté, parce qu’en fuite. Il
souleva une enquête judiciaire sur les
membres de l’AIT en Russie.
Netchaïev (1846-1882) a été le facteur
enclenchant de cette division en
interne et constitua à lui seul une
réalité politique, toutefois limitée,
ou ce qu’appela plus tard Lénine la «
maladie infantile du communisme
». Sur son éviction Bakounine exploita
le sujet pour dénoncer l’autoritarisme
de Marx, plus tard pour soutenir des
entreprises terroristes, et des
campagnes calomnieuses. Pour autant,
l’anarchisme n’étant pas le reflet
d’un seul ou deux hommes, des contacts
ou des groupes observateurs
anarchistes ou libertaires se
poursuivirent ou contribuèrent au sein
de l’Internationale à son maintien,
mais celle-ci fut affaiblie par des
départs, et des campagnes pour
certaines sournoises.
Londres le 21 juillet
1873, le
débat n’étant pas vraiment épuisé, le
sujet continua à soulever au sein de
l’AIT des condamnations :
« On
ne saurait dire ce qui l'emporte
dans les élucubrations théoriques
et dans les tentatives pratiques
de l'Alliance, du grotesque ou de
l'infâme. Néanmoins, elle a réussi
à provoquer au sein de
l'Internationale une lutte sourde
qui pendant deux ans a entravé
l'action de notre association, et
qui a fini par la sécession d'une
partie des sections et
fédérations. Les résolutions
prises par le Congrès de la Haye
contre l'Alliance étaient donc de
devoir strict; il ne pouvait
laisser tomber l'Internationale,
cette grande création du
prolétariat, dans les piéges
tendus par le rebut des classes
exploitantes. Quant à ceux qui
veulent dépouiller le Conseil
général des attributions sans
lesquelles l'Internationale ne
serait qu'une masse confuse,
éparpillée et, pour parler le
langage de l'Alliance, "amorphe,"
nous ne saurions y voir que des
traîtres ou des dupes ».
Lettre
signée par les membres de La
Commission : E. DUPONT,
F. ENGELS, Léo FRÄNKEL, C. LE
MOUSSU, Karl MARX, Auguste
SERRAILLIER.
Notes
de Lionel Mesnard du 28/08/2019
|
|
|
|
|
|
|
|
Pour
en revenir à la Commune, l'on comprend mieux que Marx
ait été en colère. Mais
ses
idées eurent peu de place à Paris? C'est en analysant
les divers courants en présence que l'on se rend
compte que l'annonce d'une révolution socialiste
n'était pas vraiment à l'ordre du jour. Sauf, pour en
comprendre les failles et souhaiter qu'un jour un
changement radical suive un autre chemin. Il faut
surtout souligner que ce fut la dernière révolution
d'un long cycle et que si une révolution peut en
effacer une autre, il n'existe pas un mouvement type,
mais des époques données.
Après Septembre 1870, les
élections successives furent des échecs électoraux
pour les progressistes. Le scrutin du 26 mars
1871 ne fut que le résultat des arrondissements
parisiens. Il ne fut en rien représentatif de
l'opinion globale des Français. La lecture des
différents scrutins a été moins reluisante que
l'héroïsme des communards. Il faut avoir une lecture
plus austère des élections. Très évocatrices des
forces en présence, notamment réactionnaires en
interne comme en dehors de la capitale. |
| |
L'analyse
des scrutins de septembre, novembre 1870, de janvier,
à mars et avril 1871 releva d'un contexte particulier.
La capitale assiégée s'était vidée d'une partie de sa
population. Comme
analyse historique un tant soit peu sérieuse, l'on
remarque aussi une abstention forte et le recul
électoral des élus internationalistes, sauf en
mars et en avril 1871 à Paris pour les membres de
l'AIT. Il faut aussi re-situer
l'ensemble des composantes républicaines ou
révolutionnaires : blanquistes, proudhoniens,
anarchistes ou libertaires de tout poil, socialistes
bourgeois ou réformistes (anciennement le camp des
utopistes et/ou Saint-Simoniens), etc.
Il fut aussi difficile de
maintenir l'unité des diverses composantes de l'AIT,
et l'on a eu une césure claire entre un camp
républicains qualifié de "bourgeois", et de l'autre
un camp révolutionnaire très éclaté. La
situation fut complexe, les échanges vifs et les
attaques des armées Versaillaises ne pouvaient
installer une situation stable. Le piège d'Adolphe
Thiers fonctionna en mobilisant les troupes revenues
des camps de prisonniers, à coup de propagande, il
rendit ainsi les parisiens libérés de sa tutelle
responsables des pires horreurs, et il a pu ainsi
décapiter une génération militante. Les conditions
n'étaient pas au rendez-vous, mais il restera le
courage de ces femmes et hommes du petit peuple qui
ont cru pendant quelques semaines à un changement
fondamental des consciences. Et si en France souvent
la mémoire est défaillante, le message des communards
est devenu depuis lors un message universel d'espoir. |
| |
|
|
|
Ce
mouvement populaire fut aussi celui de figure
que l'on retrouve sous le trait d'exilés de
Pologne ou de l'Est de l'Europe. Souvent
très actifs sur le terrain, et au titre le
plus souvent des marxistes de la Commune comme
Élisabeth Dmitrieff (d'origine
russe), qui
informa Marx des événements.
Et il y a des figures
comme Benoît Malon (ci-contre),
ouvrier teinturier, journaliste et un des
fondateurs de l'Internationale en France en
1865. Député en 1871 un court temps
avant de démissionner le 26 mars, il refusa
les conditions de l'armistice comme
représentant des prolétaires parisiens, et
s'illustra dans son intrépide combat contre
les dérives des blanquistes.
« Soyons
révolutionnaires quand les circonstances
l’exigent et réformistes toujours.
|
|
|
MALON
(Benoît),
membre de la Commune de Paris, né aux environs
de Saint-Etienne (Loire), en 1841, d’une famille
de cultivateurs, reçut une assez bonne
instruction primaire, chez son frère aîné,
instituteur dans ce département. Tour à tour
homme de peine et ouvrier teinturier, dans la
banlieue de Paris, il fut l’un des fondateurs de
la seconde section de l’internationale dans la
Seine en 1868, et condamné, comme tel, à trois
mois de prison. Ces rigueurs ne ralentirent point
son zèle. Avec l’aide de M. Varlin, il organisa la
fédération des sociétés ouvrières, et devint le
secrétaire de la section des travailleurs unis, de
Puteaux. Au congrès de Bâle, il soutint les
théories de l’Internationale, et au mois d'ami
1870, fut l'un des promoteurs de la fameuse grève
du Creuzot, qui prit si rapidement les proportions
les plus inquiétantes, et ne put être domptée que
par la force.
M. Malon était
alors rédacteur de la Marseillaise et il y
raconta les péripéties du mouvement industriel
qu'il avait provoqué. Sa correspondance avec E.
Varlin ayant été saisie, il fut arrêté, et
condamné, au mois de juin 1870, lors du troisième
procès de l’Internationale, à un an de prison. Mis
en liberté, après la révolution du 4 septembre, M.
Malon se montra, pendant tout le siège,
l’adversaire acharné du Gouvernement de la
défense. Elu adjoint du 17e arrondissement, après
l’affaire du 31 octobre au second tour de scrutin,
par 1787 voix sur 4.487 votants (8 novembre). il
prit part à la tentative du 21 janvier l871. Nommé
député à l’Assemblée nationale dans le département
de la Seine, aux élections du 8 février le
dix-huitième sur quarante-trois, par 117.483 voix,
sur 328.970 votants, il donna peu après, sa
démission, et vint reprendre, aux Batignolles,
l‘exercice des fonctions municipales.
Après l’insurrection du 18 mars il se rallie au
Comité central, consentit aux élections du 26, et
fut élu membre de la Commune dans le 17e
arrondissement, par 4199 voix sur 11.394 votants.
Membre de la commission de travail et d’échange,
le 30 mars, officier municipal du 17e
arrondissement, le 13 avril, il vota pour la
validation des élections complémentaires à la
majorité absolue des suffrages, quel que fût le
nombre des votants, mais repoussa, par des
considérants énergiques, la création d'un Comité
de Salut public. Il signa, avec la minorité,
une déclaration d’abstention politique, qu‘il
pratiqua rigoureusement, se bornant, jusqu’à
l’entrée des troupes dans Paris à l’administration
de son arrondissement. A ce moment. il s'échappa
et gagna la Suisse, où il fonda et rédigea, avec
MM. Eudes, Lefrançais et Razoua, le journal la Revanche,
que le gouvernement helvétique crut devoir
supprimer au commencement du mois de février 1872.
G. Vapereau, Dictionnaire universel
des contemporains, page 123, Librairie
Hachette et C° (Paris 1873)
|
|
|
Karl
Marx dans la presse bourgeoise
et "calomnies" en France
|
|
 |
|
LA REVUE QUOTIDIENNE
du mercredi 15 mars 1871, journal Le
Gaulois, n°981
Il faut pourtant en revenir, et chaque jour à
la question de la reprise du travail. D'après
la Patrie de Bordeaux, nous disions,
hier, que des négociants de province avaient
envoyé à des fabricants des commissions
importantes d'articles de Paris, et qu'il leur
avait été répondu qu'il était impossible, de
leur livrer ces marchandises, les ouvriers
refusant de travailler.
Un fait raconté par la Gazette de France
montre que cette grève des «citoyens à trente»
a dès longtemps commencé : C'était dans les
premiers mois du siège : un industriel,
qui avait une commande considérable du
gouvernement, se rendit auprès du ministre de
la guerre pour lui faire part de
l'impossibilité où il était de tenir ses
engagements.
- Je ne trouve pas d'ouvriers, lui dit-il; la
garde nationale les a tous pris : si vous
voulez que je travaille, facilitez-moi le
moyen de recruter des travailleurs.
Il fut donc convenu que les ouvriers qu'il
emploierait seraient exemptés des exercices de
la garde nationale pour service public,
l'atelier où ils allaient rentrer devant
uniquement travailler pour le compte de
l'Etat. En conséquence, l'industriel fit part
à ses anciens ouvriers, et à d'autres encore
des conditions avantageuses qui leur étaient
faites, puisqu'ils recevraient le même salaire
qu'autrefois, tout en étant maintenus sur les
contrôles de la garde nationale, ce qui leur
permettrait d'ajouter à leur salaire la solde
d’un franc et cinquante centimes par jour.
A ces conditions, les ouvriers
consentirent, en effet de rentrer à
l'atelier; mais ils ne revinrent pas le
lendemain, et, à une démarche qui fut faite
auprès d'eux, ils répondirent qu'avant
d'être ouvriers ils étaient citoyens, qu'ils
tenaient, à en remplir les devoirs, et que
la solde de 1,50 fr. leur suffisait.
Dans un appel à l'armée, des «citoyens à
trente» exposent sur une affiche rouge
leurs théories ; les murs remplacent les
Journaux suspendus. Il y a pourtant,
dans cet appel à l'indiscipline une chose à
relever et un exemple à suivre par ceux qui
donnent ainsi des conseils aux soldats.
Que veut le peuple de Paris, disent-ils? Il
veut
conserver ses armes, choisir lui-même ses
chefs, et, les révoquer quand il n'a plus
confiance en eux. Il veut, que l'armée soit
renvoyée dans ses foyers, pour rendre au plus
vite les cœurs à la famille et leurs bras au
travail. On n'en demande pas davantage aux
«citoyens à trente».
Leurs
cœurs à la famille, Et leurs bras au
travail.
*
Le grand chef de
l'Internationale va d'ailleurs prendre la
parole « pour un fait général », si l’on en
croit le Paris-Journal, qui
promet la lettre de M. Karl Marx, prussien à
qui il ne manque aucun sacrement, puisqu'il a
été aussi condamné à mort.
Ce Karl Marx n’est pas satisfait de
l'attitude des membres français de
l'Internationale. Il trouve qu’ils
s'occupent infiniment trop de politique et pas
assez de questions sociales. C'est son avis,
et il vient de le formuler très nettement dans
une lettre adressée de Berlin à son frère et
ami, le citoyen Serallié (*), un des
grands prêtres parisiens de l'Internationale.
Karl Marx supplie les membres français et en
particulier les affiliés parisiens, de ne pas
perdre de vue que leur société a un but unique
l'organisation du travail et l'avenir des
sociétés ouvrières. Or, on désorganise le
travail au lieu de l'organiser, et il croit
devoir rappeler les délinquants au respect des
statuts de l'association. (…)
(*) Auguste Seraillier ou Serraillier
(né à Draguignan1840-1891), dit Jackson, fut
envoyé par l’AIT en septembre 1870 dans le
2ème arrondissement de Paris depuis Londres,
où il vivait depuis 1869 avec son père. Il est
élu membre de la Commune, le 16 avril 1871. Ce
militant ouvrier dans la chaussure trouvera
refuge à Londres après avoir été condamné à
mort et sera présent au Congrès de La Haye en
1872 votant l’exclusion de Bakounine de
l’Internationale.
31
mars 1871, le Gaulois - Rubrique « à
Paris »
« C'est, parait-il, à Londres que s'est
organisé le complot qui a éclaté à Paris, le
18 mars. L'insurrection aurait été préparée
par MM. Karl Marx, Prussien, et chef suprême
de l'Internationale; Assi (**),
agent général pour la France; Bentini (non
identifié), agent général pour l’Italie;
et Dermott (non identifié),
agent général pour l’Angleterre. Blanqui
aurait assisté a cette réunion, qui a eu
lieu dans les premiers jours de février
dernier.
*
Hier, à neuf heures et demie
du matin, les gardes nationaux des Batignolles
ont tenté un coup de main sur la mairie de
Neuilly. La bonne vigilance et l'attitude
énergique des gardes de cette localité ont
permis de déjouer cette surprise, et les
fédérés des Batignolles se sont retirés au
bout d'un quart d'heure de pourparlers. (…) »
(**) ASSI Adolphe, (1841 à Roubaix
(Nord), et décédé à l’hôpital militaire de
Nouméa en février 1886. Un "ouvrier mécanicien
d’origine italienne, il prit une part active
aux grèves du Creusot de janvier 1870. Il fut
élu membre de la Commune, le 26 mars 1871,
puis déporté en Nouvelle-Calédonie. Il
n’appartenait pas à l’Internationale." (Source
: dictionnaire Maîtron du mouvement social).
13
août 1871, le Gaulois - Rubrique «
La Bourse »
« L'Angleterre nous avait lâché
l’internationale pour ruiner nos usines et
notre industrie, parce que le prétendu
libre-échange lui permettait de se substituer
sur notre marché au travail national. Que les
nécessites du budget nous forcent à imposer
ses produits, et elle renoncera à alimenter de
ses millions l'Internationale et les grèves,
depuis celle des chapeliers jusqu'à celle du
Creuzot. Sans compter que l'Internationale
unirait par l'inquiéter pour son propre
compte; c'est du picrate dangereux à
manipuler.
Et quant à la Prusse, qui n'a plus à gagner a
la guerre, elle n'a plus le même intérêt a
affaiblir notre gouvernement, et entraver
l'exécution des lois, et il est probable
qu'elle congédiera l'auxiliaire dangereux
qu'elle avait introduit en France. M. de
Bismarck n'a qu'un mot à dire à son secrétaire
Karl Marx, chef de l'Internationale, et tout
sera dit. (…)»
Signé par le journaliste (boursicoteur),
Jules Fleurichamp (1817-1890).
Source : Gallica-BNF - Le Gaulois -
année 1871
Directeur-gérant, Edmond
Tarbé des Sablons
|
|
|
Karl
Marx dans le journal The Times,

Réponse du Secrétaire général
de l’AIT
Déclaration du Conseil
général à l'éditeur du Times Écrit, le 21
mars 1871
Monsieur,
- Je suis chargé par le Conseil Général de
l'Association Internationale des Travailleurs
de solliciter votre faveur pour publier ce qui
suit dans les colonnes de votre journal :
- Une déclaration a circulé dans la presse
anglaise que les membres parisiens de
l'Association internationale des travailleurs
avaient rejoint jusqu'à présent la soi-disant
ligue anti-allemande pour déclarer tous les
Allemands désormais exclus de notre
association. Cette déclaration est le
contraire des faits.
Ni le Conseil fédéral de notre association à
Paris, ni aucune des sections de Paris
représentées par ce conseil, n'ont jamais
adopté une telle résolution. La
soi-disant Ligue anti-allemande, pour autant
qu'elle existe est l'œuvre exclusive des
classes supérieures et moyennes: elle a
été créée par le Jockey Club et entretenue
par les adhésions de l'Académie, de la
Bourse, de quelques banquiers et fabricants,
etc. Les classes ouvrières n'ont rien à voir
avec cela.
L'objet de ces calomnies est évident. Peu de
temps avant le déclenchement de la dernière
guerre, l'Internationale devint le bouc
émissaire général de tous les événements
fâcheux. Ceci est maintenant répété à nouveau.
Tandis que la presse suisse et prussienne
l'accuse d'avoir créé les outrages tardifs
contre les Allemands à Zurich, des journaux
français tels que le Courrier de Lyon,
le Courrier de la Gironde, La Liberté,
etc., disent que certaines
réunions secrètes de l’Internationale ont été
à Genève et à Berne, l'ambassadeur de Prusse à
la présidence, dans lequel des réunions un
plan a été concocté pour remettre Lyon aux
Prussiens et aux Internationaux unis pour
l'amour du pillage commun. (propos ironique…)
Respectueusement votre,
J. George Eccarius, Secrétaire
général de l'Internationale, depuis, le 256,
High-Holborn (Londres - GB), publié par
le Times, le 23 mars 1871.
Source: The Times, Marxists.org
Tony Brown
(version anglaise)
|
|
|
|
|
|
|
Cet
espace d'expression citoyen n'appartient à
aucune organisation politique, ou
entreprise commerciale. Le
contenu est sous la responsabilité de son
créateur, en tant que rédacteur.
Les
articles
et textes de Lionel Mesnard
sont sous la mention tous
droits réservés
Ils ne peuvent faire l'objet d'une
reproduction sans autorisation
Les autres documents sont sous
licence
Creative
Commons 3.0 ou 4.0 (audio)
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.fr
|
|
|
|