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Le grenier
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Lionel Mesnard


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 "Rendre la vie supportable est le premier devoir du vivant"  Sigmund Freud


Sommaire de la page :

1- "Rocky est de retour", ou Michel Rocard pris en flagrant délit de surmoi marxiste !
2 - "La gauche ne doit pas mourir !", petite leçon d'anatomie sur "le cadavre à la renverse"
3 - Clartés et obscurités des temps présents...
4 - Une sixième République, pour faire quoi ?
5 - Intervention de Victor Hugo sur la liberté de la presse et la constituante (1848)
6 -"Ouvrons les yeux !" et 30ème anniversaire des journées du patrimoine.
7 - Presse et télévisions poubelles : cobayes ou citoyens ?
8
- La vie du site et le pourquoi du "Grenier" ?





« Rocky » est de retour
ou Michel Rocard
pris en flagrant délit
de surmoi marxiste !
Je suis heureux de découvrir que Michel Rocard n’a pas troqué ses idées et son appartenance à la maison socialiste, il exprime dans une tribune (ci-dessous le billet) un point de vue à prendre en compte, mais surtout il rappelle quelques faits et raisons de son engagement. Rocard reprend ses anciens habits de « gauchiste » face à la nouvelle orthodoxie et ses propres rejetons, il ne peut oublier les fondations, les raisons propres de ses combats actuels et passés. Il n’est pas vraiment sur la ligne moderniste et fait un pied de nez assez surprenant. Cette filiation intellectuelle dont le seul mot « socialiste » suffit à rassembler, ne doit pas faire oublier que « le capitalisme est toujours là ». Le parti des socialistes français y survivra-t-il, rien n’est moins sûr. Il est déjà en parti cliniquement mort, et cette fois-ci je ne crois pas que la "voiture à balais" des idées suffisent à remplir le vide, ou colmater la brèche d'un navire sans gouvernail.

Renouer avec le long terme implique de revoir, renouer, du moins alimenter une pensée ouverte sur la collectivité et notre monde. Michel Rocard citant Marx et sur la somme considérable de travail en perspective, et ne cachant point les ratés du système capitaliste, il fait tomber au moins un masque salutaire. La « sociale démocratie » est en crise (ce n'est pas un scoop) et il est temps de prendre en compte les temps nouveaux, ne pas évincer d’un trait de plume la charpente intellectuelle. Il souligne d’où il vient, ce qu’il a combattu et pourquoi son histoire militante l’a poussé en certaines périodes à passer pour un gauchiste. On en devine une pointe d’humour, une remise à l’heure de compteurs ? Mais prudence, ce que pense Rocard et exprime n’est pas toujours entendu, ou pris à sa juste valeur, et il avait perdu cette pugnacité à appeler un chat un chat. Il n’a jamais correspondu au temps médiatique et ne délivre pas sa pensée au détour d’une petite phrase.

Mais et c’est tout le mais, le parti socialiste est-il capable de changer, d’intégrer les leçons du passé, de reprendre le flambeau des luttes actuelles et à venir ? Il faut rester, non point sur la défensive, ne plus être incrédule. Avec tout le respect que l’on peut avoir pour Michel Rocard, cette salve très « deuxième gauche », fait certes plaisir. Toutefois le pied sur lequel se repose l’édifice ne tient plus qu’à un fil, un mot plus exactement. Parce que le lien, cette base perdue, populaire de surcroît n’a plus de fil conducteur. Le contrat social est à bien des égards rompus, et les politiques béquilles et dépenses irréfléchies ne tiennent pas compte du temps politique et de son rôle pour défricher et préparer l’avenir. Nous ne sommes pas face à des problématiques de moyens, mais de ce que nous pouvons faire pour remettre du politique et redonner à l’état ses fonctions vitales.

Dresser des perspectives, c’est sortir des pesanteurs actuelles, pour cela faut-il dresser un bilan et disposer des outils de mise en œuvre, et pas sur la base les potins obscurantistes ou les perceptions monomaniaques journalistiques de l’économisme ambiant. Ancien ministre du Plan sous Mauroy et Mitterrand, celui qui avait amorcé des réformes administratives lors de son passage à Matignon est encore doté d’un surmoi marxiste. Contradictions, paradoxes, je vous laisse juge. Rocard se rappelant ses jeunes années et le fondement de ses idées, « Rocky  est de retour » est simplement une marque affectueuse pour constater que cet homme n’a pas perdu de sa combativité, ni raccroché les gants.

Pèsera-t-il pour cela, il y a plus que des doutes, ses vœux de fin d’année se réaliseront-ils ? « Ce faisant, nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent. » Si le dessein est louable, il va falloir contribuer aux réveils du « sultan » et à calmer les ardeurs du « vizir » parce que c’est précisément pour cela que les Français ont élus ces derniers. Pour changer la donne et par la même les mécanismes éculés de l’accumulation au profit d’une toute petite frange ou minorité.



Billet de Lionel Mesnard, 5 décembre 2014


Changer le nom du PS,
c’est le couper de son histoire
et le fragiliser,




par Michel Rocard (*)


Le Parti socialiste (PS) vit l’une des crises les plus profondes de sa longue histoire. Pourtant, quel paradoxe. Né du refus de la cruauté inhérente au capitalisme, ce parti s’est formé autour de la certitude longtemps affirmée, puis oubliée sans être pour autant démentie, que le capitalisme était caractérisé par une instabilité structurelle qui finirait par l’emporter. Or le capitalisme est toujours là.

Il a survécu à deux guerres mondiales et aux deux crises les plus gigantesques de son histoire (1929, 2006). Le capitalisme semble maintenant entré dans une période de convulsions, de drames, et de contradictions dont on ne voit guère comment il pourrait sortir.

C’est dans cette situation, que certains, y compris dans nos rangs, et faute d’avoir vu le PS de France porteur de solutions, veulent déclarer sa désuétude et programmer sa disparition. Ce serait pire qu’une folie, une faute et sans doute un geste suicidaire pour la France.

Les forces de progrès ont toujours besoin d’un emblème, d’un nom qui soit un signe de rassemblement. Dans cette période inquiétante où s’effondrent nos anciennes convictions et nos savoirs, la seule certitude qui demeure est que la somme des intérêts individuels qui constitue le marché est incapable de définir et de défendre l’intérêt général.

Certes, la liberté fut si menacée au XXe siècle qu’il ne faut transiger en rien sur sa priorité. Mais l’histoire a fait que le nom de la social-démocratie porte toujours la trace et l’honneur de ces combats. Et ce qui est menacé aujourd’hui est l’intérêt général. Il faut assurer leur compatibilité. Le nom du socialisme, s’il n’a plus guère de contenu concret, dit au moins cela, et ne dit même que cela.

La France n’est pas seule dans cette affaire, et il ne s’agit pas que de nous. Si le PS français est plus affaibli que d’autres, cela ne nous donne en rien le droit de les y entraîner. La disparition du sens de l’international est une des causes majeures de l’affaissement du PS français. Or à peu près tous les objectifs qu’il faut poursuivre maintenant sont internationaux, sinon mondiaux : réguler la finance, endiguer l’effet de serre, réconcilier chrétiens et musulmans, assurer la transition énergétique, recommencer la construction européenne, établir avec le milliard de Chinois ces rapports d’amitié dans la société civile qui dépassent le commerce comme la diplomatie. Préservons une affiliation qui peut nous y aider, notre nom compris.

Jaurès n’a pas quitté les mémoires.

C’est le militantisme qu’il faut réinventer, le recréer moins électoral, plus social, territorial, environnemental et international. Nous ne le ferons pas seuls. La terre des ONG est en friche pour nous. Il n’y a aucune raison de les y laisser seules. L’affiliation internationale est ici la clé.

Dans un monde où tous les repères se diluent, les traditions prennent un poids croissant. En crise intellectuelle, la tradition socialiste au moins ne s’est pas déshonorée. Elle demeure, Jaurès n’a pas quitté les mémoires. Et puis, regardez les conservateurs de France : ils changent de nom tous les cinq ou dix ans, et ne savent même plus raconter leur histoire. Quant à l’espoir de recréer de l’émotion et du rassemblement autour d’une tradition, il est hors de portée pour eux.

L’un des drames les plus profonds de la période est la disparition du temps long. Depuis que l’écran a remplacé l’écrit, tout ce qui est complexe comme tout ce qui se situe et se comprend dans la longue durée a disparu de nos façons de réfléchir. C’est un suicide de civilisation. Les médias le leur demandant, les politiques d’aujourd’hui jouent à l’instantané (effet d’annonce…), ce qui est stupide et inefficace, et contribue à tuer leur beau métier qui consiste à planter des cèdres – des institutions, des procédures, des règles – en évitant de tirer dessus pour qu’ils poussent plus vite.

Si le consensus se fait sur la vision, il vaudra aussi pour la méthode : c’est progressivement que se mettront en place les éléments de la nouvelle société, dans l’énergie, le temps, la culture puis l’art de vivre. La machine devra continuer à marcher tout au long, ses cruautés et ses injustices ne s’effaçant que progressivement.

Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant le gauchisme. Qu’est-ce que le gauchisme sinon l’attitude consistant à refuser le discours politiquement correct auquel se sont ralliés les institutions et les chefs en place ? Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire.

Le gauchisme, je connais, j’en sors, j’en suis, c’est ma famille.
J’avais 16 ans, mon pays baignait dans la joie de la liberté retrouvée. Il tomba d’accord, tout entier, socialistes compris, pour entreprendre en Indochine la reconquête de son empire colonial. Je dénonçai cette honte, et me découvris gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l’Algérie. L’accord était général. De nouveau, je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l’honneur de la gauche.

Et puis un bref moment – Mai 68 – je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l’intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.

Franchement, n’y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer, dix ans plus tard, que l’accord solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparaient pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin ?

Une cure de gauchisme n’est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire. Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s’appelait Karl Marx. J’ai grand crainte que nos gauchistes d’aujourd’hui ne soient en train d’oublier sa plus forte leçon. Il ne l’a pas écrite comme telle, c’est sa vie qui la donne. Elle est évidente à résumer : « Camarades, c’est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n’y arriverez que si vous commencez à travailler comme des forcenés pour comprendre comment il marche… »

En l’absence d’une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses emplois, c’est-à-dire que la machine marche. Or elle ne peut fonctionner que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l’avenir long, nous n’avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l’affaiblir. Il n’y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.

Voilà la raison qui nous fait obligation de renouveler, renforcer, réunir notre Parti socialiste, dans la France d’aujourd’hui, le seul outil de demain. Ce faisant, nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent.


(*) Michel Rocard, ancien premier ministre (1988-1991).


Source : Le Monde des idées, 3 décembre 2014



« La Gauche
ne doit pas mourir !»
(*)


Petite leçon
d’anatomie sur "le
cadavre à la renverse"

Au détour d’une lecture récente d’une entrevue avec Liêm Hoang-Ngoc, il est possible de lire quelques constatations sur l’état du Parti Socialiste, bien loin de l’affichage officiel qui comptabiliserait plus de 150.000 adhérents. Il faut préciser que ce chiffre n’est en aucun cas une donnée sérieuse, si l’on n’extrait pas le nombre de cotisants à jour. Si le PS peut atteindre plus de 100.000 personnes encartées, ceci n’est possible qu’en des périodes très favorables, et l’on peut deviner que depuis 2012, des milliers d’anonymes sont partis sur la pointe des pieds ou en claquant la porte.

Cette réalité n’est pas nouvelle, le PS est surtout un parti d’élu et de l’aristocratie d’état. La masse des adhérents au PS est composée surtout et principalement des élus locaux, et le gratin, s’il est possible de le désigner ainsi, se glane à la sortie des grandes écoles. Selon l’ancien eurodéputé « Il n’y a quasiment plus de militants au Parti socialiste. Le PS revendique 170.000 adhérents, mais il n’y en a sans doute pas plus de 50.000 militants à jour de leurs cotisations. Le PS est devenu un parti d’élus et de collaborateurs d’élus qui veulent se faire élire. »

Ce n’est pas la première fois depuis 25 ans que ce parti de pouvoir soit dans une vague creuse, dix ans d’opposition et différentes élections locales gagnées n’ont pu que remettre un peu de muscle militant sur un squelette bien décharné. Si l’on concoctait un graphique des adhésions au PS de ces 30 dernières années, le graphe donnerait de belles montagnes russes, et tiendrait probablement sur la somme des renoncements et échecs de cette gauche de pouvoir. Le roulement (ou le turn-over) des cotisants est depuis longtemps impressionnant. Sur le nombre, combien n’assisteront qu’une fois aux débats de la section locale, à un tractage pour les plus courageux. Les fédérations sont à ce titre un bon exemple des hauts et des bas, et surtout comment défilent les têtes nouvelles, réunion après réunion (locale), et se maintiennent les piliers.

S’agissant des militants, c’est une catégorie depuis longtemps en voie d’extinction et se renouvelant de plus en plus difficilement, tant l’idée de l’engagement est devenue une donnée très relative au sein de ce parti et pas seulement. La formation des militants est quasi inexistante, la presse militante qui pouvait servir d’expression libre a quasiment disparu. Si internet permet aujourd’hui une plus large expression, pour autant c’est plus au profit des têtes de gondoles et plus rarement dans le sens de l’action militante et collective. Si vous adhérez un jour à cette ou à une autre organisation par « idéal », votre moyenne de vie militante en son sein ne dépassera pas quelques mois ou années dans le meilleur des cas.

Dans cet ordre des choses, seuls survivront et majoritairement les ambitieux et les « bien nés » notamment dans la faune parisienne. Les autres s’épuiseront et retourneront à l’essentiel, à l’existence de 99,50 pour cent des français. Car l’adhérent, et peu importe le parti en France est une denrée à vie très limitée, s’il peut y avoir foule à l’entrée, les sorties sont toutes aussi nombreuses. La seule chose qui peut surprendre c’est qu’il y a plus d’anciens encarté-e-s au PS, qu’il n’existe de membres actuels même en retard de paiement.

Il fut un temps au sein du PS des adhésions importantes provenaient des classes populaires (ou en remontant à la SFIO), soit revenir quelques décennies en arrière et à certaines fédérations ayant entretenu des liens forts avec certaines centrales ouvrières (CGT et FO) pour trouver un lien avec cette fameuse base perdue. Il est difficile, de nos jours et dans ce cas de pouvoir connaître une représentation « ouvrière », ces dernières années la convulsion identitaire ayant pris le dessus, la représentation populaire ou sociale est restée à la portion congrue. Même le corps enseignant qui connut ses grandes heures sur les bancs de l’assemblée en 1981 est aujourd’hui en net recul.

Ce qui faisait la charpente intellectuelle de ce parti s’est disloqué, même le monde universitaire et de la recherche a finalement assez peu de place. Cela prouve à bien des égards la pauvreté intellectuelle et l’absence de base de cette organisation et de ses cadres. Un monde en vase clos s’appuyant sur ces « Think-Thank » très en vogues, un micmac conceptuel servant de porteurs d’analyses, comme d’autres trimbalent de l’eau bénite. Et quand Manuel Valls parle de « collectif », il fait état de conseil d’élus, cherchez l’erreur !

Liêm Hoang-Ngoc co-auteur de « la Gauche ne doit pas mourir !» (*) entre dans la catégorie des « intellectuels militants » ou universitaires, qui ne bousculent pas à l’entrée de la rue de Solférino. Néanmoins comment ne pas goûter son plaisir à la lecture de ses analyses et critiques, notamment économiques. Qui plus est, il est un des premiers au sein du PS à avoir tirer la sonnette d’alarme concernant une politique qui n’avait plus lien avec les objectifs initiaux programmatiques ; conduisant le PS à enregistrer défaites sur défaites électorales jusqu’en 2017, avec en perspective avec un second tour de la présidentielle, entre la droite et l’extrême droite. Plus encore, il a pu lors de son mandat de député européen dresser un bilan, là aussi calamiteux pour les institutions européennes et des mécanismes de la Troïka.

Pas simple dans ce cas de se retrouver dans le rôle de « Cassandre », et être membre du Bureau National du PS ayant eu la charge du programme économique du parti avant 2012. Cet intellectuel et militant a lancé depuis le mois de juin 2014 un club de réflexion « les socialistes affligés » avec le politologue Philippe Marlière. L’objectif est de rassembler les « socialistes » de tous horizons à des fins de favoriser une expression critique et avec tous ceux qui composent la gauche de conviction : progressistes et écologistes, réformistes et révolutionnaires (non sectaires).

Les deux derniers gouvernements (Valls I et II) sont devenus très indéfinissables, rien que sur le qualificatif de « gauche » il y a de quoi se questionner, mais « à gauche » certainement pas. Quand « le radicalisme » petit bourgeois, dans sa version claironnante et franchouillarde de la troisième République tient pour l’alpha et l’oméga des temps actuels, il existe comme un léger malaise. Ce furent justement les mots qui me manquèrent et me questionnèrent lors de la soirée de présentation du livre « La gauche ne doit pas mourir » !

C’est quoi l’engagement, qui plus est politique ?

Pourquoi ai-je buté sur cette question ? Si ce n’est pour faire écho à une notion un peu oubliée, si ce n’est volontairement ou bien, enfouie très profondément dans les consciences ? Qu’a-t-il pris un jour à ces anciennes générations militantes « socialistes » de se mettre en mouvement et venir bousculer l’ordre établi ? De préférer l’engagement à leur seul paraître ? La création d’une section « ouvrière » entraînait presque de fait la création d’un journal, le choix de partager des convictions et d’être porteur du désir de convaincre le plus grand nombre. Et ce qui va de soit d’élargir la base militante.

Aux premières heures du mouvement ouvrier ce fut le plus souvent, en des situations pouvant mettre des vies en danger pour des idéaux d’égalité et de solidarité. Combien sont allés croupir dans des prisons pour la publication d’un journal ou d’un ouvrage « subversif » ou durent prendre l’exil ? Combien de manifestations sanglantes, d’arrestations arbitraires face à l’ordre républicain d’hier ? Autre monde, autres réalités, dans ces décombres que reste-t-il de l’idéal ? Qui plus est de l’engagement ?

Selon Liêm Hoang-Ngoc « Il n’y a plus de débat d’idées au PS. Les dirigeants du PS actuels n’ont plus rien à voir avec les fondateurs de la pensée socialiste du début du XXe siècle qui était d’authentiques intellectuels ». Surtout que la plus grande partie des sphères intellectuelles a choisi de 1920 jusqu’aux années 1960, le parti Communiste et ses dérivés contestataires. Néanmoins, la SFIO a permis une expression plus large des courants de pensée socialistes, y compris l’expression d’un communisme critique jusqu’aux années 1950.

En 2014, comme le constate Liêm Hoang-Ngoc, le PS est devenu un fourre-tout « d’apparatchik et de technos », et en ce domaine, rien de très neuf ou d’étonnant. Le fossé idéologique entre la gauche de conviction et les gestionnaires du système n’a fait que se creuser depuis l’enclenchement en janvier 1991 de la première guerre d’Irak. La même année se tiendra un congrès, celui de la Défense (Nanterre) ou le capitalisme devint un « horizon indépassable », toute mention au parti « révolutionnaire » disparaissait.

Le « Bad Godesberg »  tant réclamé par l’aile droite du parti en finissait avec l’hypocrisie doctrinaire, mais en contrepartie débouchait sur un grand vide conceptuel, que personne n’a depuis vraiment rebouché. Faut-il cependant en déduire un encéphalogramme plat ou s’interroger sur une idée mal menée, le socialisme ? A ce stade de décomposition, faut-il s’interroger sur le contenant ou poser les bases du contenu et de notre futur dans cette mélasse? Pourquoi être « socialiste » quand l’héritage n’y suffit plus ou que les bornes ont été outrepassées?

Ce qui était hier comme d’une nécessité, c’est-à-dire en 2012, a fini par tourner en moins de 18 mois en un scénario de nature connue, visant à nouveau à remplir les poches des plus nantis ou à nier les évidences, sans esquisser la moindre inflexion « sociale-démocrate » et pire à classer les économistes keynésiens dans le camp des « doux rêveurs ». Quand il existe une crise de nature systémique toujours en sommeil et prête à éclater. La seule question serait de savoir dans combien de temps cela va-t-il se produire ? Et quelles réponses politiques la gauche sera-t-elle en mesure d’esquissée ou de proposer pour sortir de cette impasse.

« La gauche ne doit pas mourir » est un livre venant en écho aux propos de Manuel Valls sur la disparition de la gauche dans son oeuvre d’apprenti sorcier au pouvoir.  Cet ouvrage dresse un bilan économique et social sans concession. Il est proposé quelques hypothèses après un exposé des faits, ou ce qui a pu pousser au sein du PS quelques courants, réseaux et individualités à dire non à une politique aux accents conservateurs. Sinon, que dire d’une politique qui entretient le souci du « moderne » avec le mauvais goût des nouveaux riches ? Cela donne une bouillie, où l’on se gratte la base du crâne pour se demander si Clemenceau ressuscité dans cette première année du centenaire de la « grande guerre » est bien le buste à ressortir ?

Dans la catégorie poussiéreuse, après Jules Ferry, le fuyard de la Commune de Paris et acteur clef de l’ordre colonial, le « radicalisme » français phare de la pensée au vingt-et-unième siècle? Non ceci n’est pas l’effet de mon imagination. Ils sont forts ces communicants… Oui, le jeune Premier ministre, de cinquante ans néanmoins, avec plus de trente ans d’appareil au compteur, comme bon nombre d’élus notamment masculins de sa génération. Avec ce type de références, il y aurait de quoi s’amuser pour établir un portrait type de l’arriviste ou du bulot se rivant à son rocher. Comme l’arrivisme suggère l’arrivée et qu’en matière de bornes à franchir, il y a comme une sorte de lourdeur à en comprendre les tenants et les aboutissants, je comprends mieux mon interrogation sur l’engagement en politique.

Je suis bien conscient de la césure du temps passant et des défis actuels, mais dans ce  « sauve qui peut » général, ce théâtre qui se dresse sous nos yeux, prendre sa plume, n’est pas un élément vain ou minime. Possiblement un refus de capituler devant la nouvelle Sainte inquisition, cette religion de la plus value, ou la marchandise a plus de valeur que l’humain. Le régime d’exception qu’endurent les enfants et leurs parents migrants à Mayotte semble lointain, quand Manuel Valls se fait décorer par le président du Niger. Deux médailles en si peu de temps, c’est excellent pour son égo, mais pas vraiment pour quelques milliers de gamins qui ont séjourné ou séjournent toujours dans des conditions indignes dans un département outremer français. Ce qui vaut à notre pays certains rappels à ses engagements internationaux et comme une évidence à la protection des mineurs et non à la défense de nos intérêts miniers, et surtout riche en uranium.

Le bilan du « Hollando-Vallsisme » sera lourd et brut de décoffrage…


Le livre « La gauche ne doit pas mourir !» est déjà un bilan d’étape sur une « sociale démocratie » qui n’en a que le parfum, mais pas la couleur. Il devient aussi compliqué d’aller voir ou chercher un peu plus loin que l’objectif électoral. L’année 2015 pourrait apporter son lot de surprise, faire du squelette PS à cette vitesse un tas de cendre. A saper les bases plus que flou des « collectifs »,du moins limités à la sphère des élus, la denrée et les postes vont devenir rares et les batailles internes vont se renforcer. Dans ce cas comment un ensemble d’individualité en concurrence va faire un collectif ? A ce rythme, le dernier qui aura la clef est prié de fermer la porte…

Toutefois, il n’existe aucune raison à ce que la gauche disparaisse. En Espagne et en Grèce de cette opacité  des PS locaux sont nées des alternatives citoyennes et la question de l’engagement est posée. A ne pas confondre avec un ras-le-bol manifeste, mais restant sans réponse à l’échelle de la France. Un collectif sans perspective ne peut générer d’engagement. Il ne peut que se composer que de divers apports, et si c’est le fait d’une classe sociale dominante et d’une reproduction du modèle ambiant, oui il y a un sérieux problème dans les engrenages.

Le socialisme, c’est autre chose et l’idée même du socialisme passe par un dépassement des rapports de force classique économiques et sociaux, et nous en sommes loin. Qui plus est, le socialisme se conjugue sans appartenance territoriale, par ailleurs la république sociale n’étant pas, la somme d’un tout limité, le socialisme demeure encore une étape historique à construire. L’idéologie point trop n’en faut, mais quand même, ne pas ouvrir de perspectives à plus d’un an à l’avance est probablement le piège. Un congrès, plus deux élections de notables, il y a peu de chances que le ressourcement adéquate se fasse dans cette déroute annoncée.

Je me méfie des vendeurs de rêve, surtout quand les enjeux sont assez conformes avec ce qu’en avait présumé Marx, une crise permanente du système économique. Le capitalisme est entré dans une phase destructive de richesse, ou l’humain ne se diffère plus vraiment de l’objet, sauf qu’il est possible à une marchandise d’aller de port en port. Les migrants sont porteurs d’autres raisons, et ceux que je peux découvrir ces derniers temps arrivent tout droit de pays en guerre. Nous sommes loin du standard ou phantasme habituel sur les croqueurs d’allocation. Ce visage du monde n’est pas né de la fantaisie de quelques auteurs réactionnaires, il donne un état de la planète et de cette incapacité à impulser une dynamique de la paix.

Je comprends que l’on veuille éviter le « bashing » ou le cognant de la chose, mais que dire de la 4ème puissance exportatrice d’armement, de ses multinationales sous d’autres latitudes ? De son empreinte dans l’appauvrissement des pays anciennement tutélaires, où sans une dynamique populaire rien ne change vraiment comme en Tunisie ou au Burkina. Ce qui peut surprendre, c’est de retrouver la France à la remorque de Washington, un « grand pays » devenu le supplétif de la puissance dominante est devenu au pays de Guy Mollet chose courante et réalisée par ses héritiers et petits-enfants. C’est flagrant, nos « modernes » sentent un peu le sapin, pourrait-on ironiser. Deux doigts de radicalisme pour masquer l’absence d’idées ou de projet, il y a des niveaux de ridicule où il devient sur un cadavre difficile de trouver le moindre souffle.

A parler en des termes aussi anatomiques cela n’a rien d’anodin, le « grand cadavre à la renverse » n’est pas la gauche, mais le parti socialiste. Ce sera, à sauve qui peut mon poste, mais cela n’a pas une grande importance. Près de 70.000 signataires pour une sixième République, c’est peut-être une part du muscle à reconstituer … Face à certaines abdications devant les urgences sociales et économiques, il est facile de comprendre pourquoi le radicalisme hexagonal a pour référence, « rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur et toujours près du beurre ».

La question reste bien de rassembler la gauche pour une politique de même, et si nous abordions enfin le contenu ? Un retour du politique est urgent, mais quelle définition lui donner, comment fédérer des ambitions communes si l’action militante se résume au partisan de la chose et à administrer les futures échéances électorales ? Certes, chaque jour suffit sa peine mais sans perspectives, c’est une mort lente assurée. Si le bilan ne fait pas sauter de joie et s’avère être en opposition aux promesses miroitées, cette conformité à ce qui n’était que des maigres enjeux ne suffit pas ou plus. Ce n’est pas une question de lisibilité ou de transparence, mais de comment inverser certains processus économiques marchands et rompre avec des logiques financières folles et pour certaines mafieuses ?

A quoi bon se réclamer du socialisme quand l’écologie politique a finalement pris le dessus sur une conception pouvant sembler dépassée. Sauf que sans dynamique sociale, sans contribution commune, sans transformation en profondeur des logiques du capital et de nos modes de vie, c’est une belle utopie de penser « nature », quand l’objet est de repenser l’humain au sein des niches environnementales et notre rapport à la production. Savoirs et connaissances sont des clefs de notre futur et la transmission n’est pas toujours chose aisée en ce domaine.

Billet de Lionel Mesnard, 3 décembre 2014

Note :


(*) La Gauche ne doit pas mourir !, aux éditions Les Liens qui Libèrent (9 euros) de Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière.

Après les multiples débâcles électorales, la perte de repère d’une grande partie de l’électorat de gauche et les reculs successifs d’un socialisme aux abois, voici les solutions proposées par des socialistes affligés … mais loin d’être résignés !


Présentation :

"La gauche peut mourir", a lancé Manuel Valls devant les dirigeants du PS dès sa nomination au poste de Premier ministre. À qui la faute ? lui répondent dans cet ouvrage les auteurs du Manifeste des socialistes affligés. La gauche de transformation sociale est effectivement en danger. Mais ceux qui veulent l’éliminer ne viennent pas du camp d’en face, et ils ont été portés au pouvoir par le peuple de gauche. Dès son élection, François Hollande a délibérément tourné le dos à ses modestes engagements de campagne. Sa politique de l’offre prend systématiquement à contrepied les idéaux égalitaires de la gauche. Elle est socialement injuste car elle multiplie les cadeaux fiscaux aux entreprises et impose l'austérité au peuple. Elle est économiquement absurde et vouée à l'échec, tant elle reprend les principes des politiques qui ont mené la zone euro vers la déflation. Cet ouvrage en réfute un par un les arguments, et montre qu’il existe une alternative progressiste. Il cerne les caractéristiques idéologiques du hollando-vallsisme, économiquement néolibéral et culturellement conservateur. Il émet trois hypothèses quant à l’avenir d’une gauche qui, pour le bien commun, ne doit pas mourir.

Vladimir Jankélévitch :
Cours sur "L'Immédiat" (Sorbonne, 1960)

Ce cours sur l'Immédiat peut s'entendre comme un commentaire de Platon qui fut, comme Socrate, un grand critique de ceux qui pensaient qu'on pouvait atteindre l'Un, le Bien, le Beau, sans intermédiaire : une intransigeante mais juste adresse aux modernes - "improvisateurs", "clowns, acrobates" et autres "charlatans" qui "brûlent les étapes" et qui, "faisant l'ange font la bête" et "se brûlent les ailes" comme Icare -, auxquels Vladimir Jankélévitch fait référence dans ce cours.

Clartés et obscurités des temps présents...


Je suis occupé par divers écrits et des recherches d'une autre nature et de temps à autre me vient l'envie d'écrire un billet. Je rassemble ainsi les trois derniers récemment rédigés sur le climat social et politique
du mois d'octobre 2014. A se demander si notre monde tourne rond ?

LM
La France un petit pays dans la mondialisation

Le 9 octobre 2014, il s’est produit un événement majeur, la Chine est devenue la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis. Faut-il accueillir cette nouvelle avec crainte, angoisse ou fatalité ? Je ne crois pas, pas plus qu’il faille crier ou de se réjouir de l’arrivée d’un « nouveau monde » » en perspective. Il y a simplement à constater ce qui était du domaine du prévisible. Il y a de quoi s’étonner toutefois de la rapidité du mouvement, mais posant en réalité la fin de la domination du monde dit occidental (Europe – Etats-Unis) et un basculement du centre de gravité de l’activité mondiale vers le continent asiatique.

Que cela peut-il préfigurer, c’est une autre question, mais il est incontestable que la crise systémique intervenue en 2008 et les échecs militaires ou stratégiques des Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et depuis quelques mois en Ukraine et l’annexion pure et simple de la Crimée, ne peuvent que conforter les dirigeants chinois à aller de l’avant, dans cette escalade qui ne mènera nulle part, sauf à comptabiliser les victimes. En 2015 même si le taux de croissance sera en léger recul, il se situera néanmoins entre 7,1 et 7,5%, de quoi faire rêver les dirigeants européens pataugeant dans la déflation et participant de plus au coup de mou de l’économie mondiale.

La Chine n'a pas de dettes et surtout fait office de réserve mondiale bis, et dans un cas présumé d’une crise immobilière et spéculative dans le pays, ce qui lui pend au nez, il n’est pas dit que cela affecterait de la même manière « l’Empire du Milieu », comme ce fut le cas aux USA et en Espagne. De toute façon en matière de stratégie et de possibilités d’investir, la Chine dispose d’un coup d’avance. Ses capacités d’adaptation sont impressionnantes et s’il existe quelques retards technologiques, demain ils seront rattrapés, si ce n’est amplifié et en investissant tous les domaines de la recherche scientifique de pointe.

Ce pays s’appuie sur ces très anciennes prédispositions au commerce et au passage quelque six mille ans de culture… Si l’Europe se réveillait de sa léthargie ou était capable d’avoir des responsables en mesure de regarder un peu plus moins que le bout de leur chaussette. Oui, nous aurions tout intérêt à faire de la Chine un partenaire de premier plan et ne pas nous laisser étouffer par des accords commerciaux nous vassalisant un peu plus au géant étasunien. Non seulement, nous pourrions nous entendre sur le devenir commun du monde et favoriser des échanges de toute nature avec et comme évidence le pays le plus peuplé de la planète et qui sera que nous le voulions ou pas le nouvel empire dominant du vingt-et-unième siècle.

Hors des questions démocratiques et touchant aux droits de l’Homme, c’est plutôt une bonne nouvelle, et rien ne dit, que la Chine ne sera pas d’ici, une génération plus libérale, au bon sens du terme, du moins conforme aux exigences et droits que nous avons en ce domaine. Donc après l’éveil et son bon productif et commercial, oui nous avons à dialoguer et nous préoccuper du futur avec des partenaires moins enclins au développement de l’économie de la guerre. Pour autant, nous ne sommes pas encore en Europe sortie du choc et du ralentissement qui s’opère et principalement chez nous.

Dans le flou général et cette incapacité à comprendre - que la France est aujourd’hui un petit pays, et – que  depuis trente ans, le « miracle européen » de Jacques Delors n’a jamais eu lieu. Si nous ne sommes pas en mesure de construire des stratégies porteuses, il nous restera en France les bombinettes nucléaires et un siège permanent à l’Onu pour pouvoir rassurer les plus crédules sur notre puissance prétendue. Notre devenir est à minima Européen, en l’état l’intégration par une fédéralisation de nos moyens et par la démocratisation de nos institutions a été oublié, si ce n’est volontairement enterré. L’espoir hugolien est mort et dans ce cloaque technocratique, est-il encore possible d’en reconstruire les bases et redonner sens à notre citoyenneté, quelque peu malmenée?

Avec une population d’un peu plus de 60 millions, nous représentons environ un pour cent de la population mondiale et sur un territoire s’étendant sur quatre continents (Europe, Amériques, Océanie, Afrique) et même sur un bout non reconnu de l’Antarctique à la forme d’une petite tranche de Camenbert d’un peu plus de 400.000 km2… Avec un peu plus de 550.000 kilomètres carrés, si effectivement la France est le plus grand pays en Europe continentale (hors Russie), à l’échelle mondiale la réalité est tout autre. Du simple fait de l’ancienne colonisation de la Polynésie dite française (1), nous disposons du deuxième territoire maritime mondial, sans parler des autres départements des Antilles et de la Guyane, et de l’Océan Indien.

D’un point de vue hexagonal, il n’y a pas de pas de quoi pavoiser sur les restes de l’Empire français quand on connaît la situation sociale et économique des outremers et du peu d’intérêt de la métropole à ce sujet. Sur le plan économique et selon un critère de répartition des richesses par habitant (le PNB), le pays est encore la cinquième puissance, mais en raison des indices actuels, il existe de fortes probabilités, que d’ici une trentaine d’années, le classement fonctionne à la baisse, mais rien de très alarmant ou mettant en cause la prospérité de cette nation et de ses territoires.

Encore moins de quoi alimenter un déclin, sauf à certains à vivre sur les héritages du XVIII° siècle dans l’ombre des « anti-lumières ». Car au contraire quand certains s’enfoncent dans le brouillard (et la nuit !), il est un élément bien plus conséquent pour l’avenir de ce pays : sa langue parlée et écrite. Si aujourd’hui, il existe un peu plus de 200 millions de locuteurs francophones sur la planète, le chiffre lui devrait à minima être le double en une génération. Cette perspective, pourtant mise en avant par Jacques Attali récemment avec un rapport sur cette question (2) devrait ouvrir à une prise en compte des potentialités et de notre futur, et cet enjeu va au-delà de nos seules frontières.

Le français hors des vomissures essentialistes est avant tout une langue et un sentiment d’appartenance résidant en un principe : partager des mots et des maux en commun. Et dans un contexte de mondialisation et de numérisation des informations, il ne vous échappera pas que la défense d’une langue et sa propagation sur les autoroutes de l’information jouera un rôle conséquent sur notre avenir, et cela peut même avoir un rôle dynamique ou moteur. Le français est une langue latine, et ce que l’on pourrait dénommer l’espace latin, représente déjà à lui seul plus d’un milliard de locuteurs.

Le langage et ses proximités linguistiques pourraient être un pari sur l’intelligence et l’échange, pour sortir des gonds actuels et de cette idée de la puissance, comme un attribut viril, ou un simple ressort économique. Le facteur humain est essentiel. Si la dynamique ne peut se construire sur la seule base d’un état national, le fait d’être un petit pays n’a rien d’infâmant, notre héritage culturel et notre tradition révolutionnaire à de quoi encore surprendre, et bien plus, nos capacités à ne pas nous satisfaire d’un état de fait.

Nous pouvons encore en changer le cours de choses, sans s’en remettre au premier pouvoir venu, les enjeux futurs sont des enjeux démographiques et sanitaires et sociaux et des luttes appropriées contre les fléaux climatiques, dépendant de l’inventivité que nous serons en mesure de déployer ou pas dans cette aventure humaine collective, que nous nommons la mondialisation. Les voies très éculées du national chauvinisme, c’est une mort lente assurée, et si sens il y a à redonner, c’est d’éviter passer son temps à penser au niveau du « plancher des vaches », quand les enjeux sont d’un autre niveau.

Notes :

(1) La surface maritime et selon les traités en cours équivaut à la taille physique ou territorial de l’Europe (hors espace maritime).

(2) Rapport de Jacques Attali, cliquez ici !

La machine à exclure est en marche

Le Parti Socialiste est entré dans une phase d’affrontement et la machine à exclure semble se mettre en route.  Il y a toute raison de croire que d’ici quelques mois, il se jouera un éclatement de cette organisation avec d’un côté un axe penchant à droite toute et de l’autre les rescapés d’un navire en déroute. A ce stade, cela ressemble à une entreprise de démolition et  présume de l’arrivée des coupeurs de tête.

Oh le vilain mot de Gérard Filoche, qui de texto à bien fait comprendre que la mort du patron de Total a surtout laissé de glace tous ceux qui connaissent le fonctionnement et les agissements des multinationales du pétrole. Je ne sais qui fleure le mauvais goût et l’odeur putride des cadavres, mais de là à voir l’exécutif en tête nous faire l’éloge du disparu, c’est du cynisme de haut vol. De ce message virtuel parmi d’autres, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat, pourtant une levée de bouclier est venue  même du sein de l’hémicycle, avec le député pagnolesque Mennucci, (et une bande de planquée) le vent en poupe demandant la tête de cet ancien inspecteur du travail.

Non, non, ceci n’est pas un rêve. Même l’Amiral Cambadélis veut le traduire devant le comité d’étique ou « ethnique », qui sait ? Cela correspond plus au tribunal de l’inquisition. Je ne sais pourquoi la presse dominante, les a affublés de ce nom de « frondeur », parce qu’à ce rythme, il va falloir se référer aux droits des socialistes à la liberté d’expression, du moins ceux n’entrant pas dans les paramètres du Torquemada de Matignon et de ses tueurs. C’est fou comme le naturel, revient vite au galop, le masque de la communication n’y suffit plus, surtout faute de politique à proposer et plus à même un dessein pour ce pays, c’est-à-dire autre chose allant au-delà du bout des chaussettes du président Hollande. Les vieux apparatchiks complices s’énervent, rappellent à l’ordre, la bureaucratie molle se transformant en Jivaro de circonstance. Finalement il n'y a pas de quoi impressionner, cela sert simplement à alimenter la machine à parler dans le vide.

Comme il fait état d’une commission éthique, à quand une commission parlementaire pour enquêter sur le rôle de multinationales françaises ou européennes hors de nos frontières, de comment par exemple Total France ne paie pas d’impôt depuis quelques années, quand on sait les milliards accumulés ces dernières années par ses propres actions. Et cela n’est que la partie visible de l’iceberg, car en souterrain combien de guerres, de coup d’états, de meurtres, de déplacements de population, de pollutions souillant les terres, de malversations financières pour cette énergie fétiche? C’est trop complexe pour les quidams que nous sommes et devons-nous nous réjouir des crimes du capitalisme ? C’est indécent et abject.

Face à la nouvelle « inquisition» et les excommunications à venir, les citoyens de gauche et écologiste ne seront pas dupes et cela commence à faire beaucoup, et de quoi donner des envies de connaître les liens qui poussent le pouvoir et ses petits marquis à faire des courbettes devant ce géant pétrolier ? C’est autrement choquant, qu’un bon mot et bien senti, cette adversité est ridicule et à la hauteur du vide dans lequel nous sommes plongés, pour ne pas dire plombés par des apprentis-sorciers.

La demande de sens, de compréhension passe par d’autres analyses que celles pondues à la City ou les places financières, comble du comble, des organismes internationaux, comme le FMI préconise, une relance revenant à quelques fondamentaux keynésiens. Nous faisons le contraire de ce qui serait nécessaire pour sortir de cette situation déflationniste, autant dire que l’Europe va en 2015 probablement renforcé un ralentissement de l’économie monde. Il n’y a donc aucune raison de continuer ainsi, sauf à faire du « discount social » (chômage et pauvreté) et compresser une économie qui a besoin d’investissements et de soutien à son économie interne.

En abandonnant la grande réforme des impôts et des taxes, et au passage en négligeant et en ne cherchant pas vraiment à recouvrir l’argent de la fraude (130 milliards échappant au fisc chaque année et en 2013 il existait 350 milliards d’avoirs dans les paradis fiscaux), c’est une capitulation en rase campagne. Ce pays ne manquent pas de moyens, mais à force de succomber aux sirènes d’un libéralisme social, qui n’a de libéral que le nom et n’a rien de social. Oui, un certain nombre d’élus pas vraiment socialistes devront tomber à leur tour aux scrutins futurs, ou rejoindre le marais néo-capitaliste pour se faire élire.  Si le Parti Socialiste tombe dans l’escarcelle du blairisme franchouillard au prochain congrès, cette organisation aura rompu avec ses "valeurs" et pourrait se retrouver à la portion congrue de la « gauche moderne
» de Jean-Marie Bockel.

La perspective d’un éclatement du Ps est tout à fait possible, à force de montrer la porte de sortie, le masque autoritariste va tourner en combat des chefs et le congrès de Rennes ressemblera en comparaison à un épiphénomène, il risque de se rejouer un congrès de Tours avec la même amplitude, il va falloir choisir camarades ! Le choix est simple me semble-t-il :  - L’orthodoxie des Chicago boys à la française ; - Ou, un retour urgent, aux fondamentaux d’une solidarité sociale effective et de protection des biens communs et du vivant.

Le défi est tout autre et hors du court terme, l’enjeu est intergénérationnel et loin des calibres économiques actuels ou visant à culturaliser ou essentialiser la population française. On ne laisse pas dix à vingt millions de personnes au bord de la route, et il faut arrêter de croire que l’économie règle tout quand on néglige le potentiel humain dans un pays ou l’inventivité, et les capacités sont sous-estimées face aux changements qui interviendront au cours du siècle ou surestimées par les nostalgiques d’un autre temps.

Un peu de lisibilité, ne peut que faire du bien à notre démocratie. Si un tuit conduit à l’exclusion d’un membre honorable du Ps, il va falloir penser à construire des digues de protection contre la censure. Vous avez pu remarquer comment les mots, font appel à un langage maritime, donc ceci n’est pas un avis de tempête, mais bel et bien l’arrivée d’un cataclysme politique.

Le surmoi marxiste et la défaite consommée de la pensée?

J’avais parié sur « le couteau entre les entre les dents » pour les détracteurs de gauche de la politique économique actuelle du gouvernement Valls II. Nous voilà au final et selon le 1er ministre avec un surmoi « marxiste » et nous serions d’horribles « passéistes » ? Ce qui diffère peu et revient de manière non anodine à désigner son propre électorat comme un ramassis de crypto gauchiste et à adresser des grosses papouilles au Modem et à une partie de l’UMP. Car quand le Premier ministre en oublie son surmoi, et sachant comment il s’est illustré par le passé, ses démangeaisons partisanes reprennent le dessus.

François Hollande le décorant depuis l’Elysée et se moquant de son empressement et son art du clivage. Nous avions un gentil petit garçon à l’écran et sur son pupitre manifestant un égo satisfait, un « Lou ravi » dit-on dans le sud de la France. La même autosatisfaction juvénile que Sarkozy, la même pratique des médias et les tics en moins.  En dehors de quelques images pouvant prêter à rire, le sujet est moins drôle qu’il n’y paraît. Il faut s’arrêter sur une nouvelle résumant le problème.

Suite au prix Nobel de littérature accordé à Patrick Modiano, nous avons appris que la nouvelle ministre de la culture n’avait pas ouvert un livre depuis deux ans. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne lit pas, mais qu’en dehors de l’univers administratif, bien connu pour ses prouesses linguistiques et la qualité de son langage ; il existe peu de place à la culture livresque et ceci n’a rien de très nouveau. Mais revenons, non pas au surmoi, mais à Marx ?

Manuel Valls en renvoyant toute son opposition de gauche à être des « marxistes » ou du moins sous le poids d’un passé, les renvoyant à des perceptions vieillottes. Le problème n’est pas qu’il ne soit pas marxiste, mais qu’il n’a jamais ouvert un livre de Marx et de son compère Engels. Il pourrait même y apprendre que Marx n’était pas marxiste et il pourrait être surpris de savoir, pourquoi le mécanisme de lutte des classes est entrain de se réactiver en raison des inégalités sociales et économiques grandissantes et pas seulement à l’échelle du pays.

Si Michel Rocard n’a jamais été le Pic de la Mirandole dans le domaine de la Culture, il n’en reste pas moins, il fut sur cette question avec quelques-uns de l’ancienne génération, un ancien lecteur assidu de Marx et il écrivit en des temps lointains : 15 thèses pour l’autogestion (publié en 1973 à l'origine avec 17 thèses). En arriver à de telles caricatures démontre le peu d’activité neuronale ou de distance prise avec ce que certains aiment à nommer le réel, du moins de quoi présumer sur l’absence de lecture avec de vrais livres au sein des nos « élites » (très relatives), pour en souligner un problème objectif.

Je n’ose même pas écrire au sujet de Mitterrand, sauf à y voir une bibliothèque disparue. Sommet de l’inconvenance, quant à une portée de clic, pour une ancienne secrétaire à l’économie numérique, devrait plutôt aider à la numérisation d’oeuvres littéraires et participer à la grande bibliothèque mondiale de demain et dans toutes les langues du monde. Tout ce monde préfère mettre sa binette sur Facebook et faire son texto sur le minimalisme du moment.


A passer son temps à n’avoir rien à dire aux médias, nous avons atteint l’absurde  comme point ultime de la pensée et un niveau d’inculture assez stupéfiant. Cette parodie médiatique est très révélatrice, des montées de haine régulière des pisses vinaigres et nationaux chauvinistes. La gauche et ce qui lui reste d’intellectualité n’en pas pour autant Morte. Oui j’ai un surmoi, ce qui évite à mes adversaires de finir devant un peloton d’exécution ou à être excommunié.

Je crois que le temps à combler en lecture offrira dans deux ans et demi à beaucoup une sereine retraite de la vie politique. J’ose encore espérer, des temps et débats plus sereins et constructifs, ou la lecture et aussi écrire n’a que pour but d’enrichir l’oeuvre commune, et non la salir. Pour la littérature et certains maux que nous traversons, merci à Monsieur Plenel pour son dernier ouvrage ("Pour les musulmans" aux éditions de la Découverte), quelques paroles fortes sur l’essentialisme et les menaces de dislocation de la société française s’agitant sous nos yeux à un niveau alarmant. Quand tout est réduit, tout est amalgamé, à ne plus savoir ce que le passé nous a transmis comme connaissances, il reste heureusement des gens lucides, des plumes et des analystes de qualité, rares mais existants.

Nous passons notre temps dans une logique de question et de réponse, il devient compliqué de répondre au néant. Le gouffre est de savoir ce que ce mot de socialisme provoque dans l’encéphale d’un « moderne » ? Faut-il mener des essais en laboratoires sur un haut niveau de cynisme et sur le grande vide de la pensée, quitte à renvoyer sur quelques livres ou lectures ? Notamment un livre, « la défaite de la pensée » d’Alain Finkielkraut dans sa conclusion, il faisait référence à l’Entertainment, auquel le philosophe avec ses raccourcis actuels est devenu à son tour un pur produit de cette même machinerie du spectacle : du plaisir immédiat, au comptoir du jouissif consommateur de télé et radio...


Ou concernant « les modernes », un petit livre du disparu et clairvoyant de Jean Paul Aron sur les années Mitterrand. Le livre qui m’a le plus marqué concernant la justesse de ses propos, quand la critique devient une arme symbolique et post-mortem pour les tenants d’une modernité qui n’a pas lieu d’être citée. De quoi être aussi un peu stupéfait de voir les mondanités élyséennes à un de ces féodaux de l’art moderne et de la finance internationale et de la fuite fiscale en Belgique. Trop de symboles, de prétexte à un énervement pour ne pas vouloir baigner dans la fausse modernité de la chose.

Le seul élément qui me laissera hilare fut cette grande rencontre, non pas avec l’œuvre photographique de Pierre et Gilles, mais avec le plus commun dénominateur du sexe vendu en tant que tel par des médias poubelles  au sein des allées de la Foire aux oeuvres contemporaines (la Fiac 2014). Une belle reconversion pour la jeune femme comme icône, mais ce portrait sexe et pouvoir est une image, qui en dit long sur le paraître, mais absolument rien sur le contenu.  Je conclurai ce billet sur le Surmoi, sachant que d’après Freud, écrivant sur ce dernier et voulant apporter quelques précisions utiles, il baigne en grande partie dans le ça, ou ce qui relève de l’inconscient. Le surmoi représente néanmoins la marque des interdits familiaux et sociétaux, ne pas avoir de surmoi devient alors un problème, qui sait pathologique ?

Alors sans aucun problème, si je peux faire avancer des idées par effet d’un surmoi marxiste me rappelant le rôle de ce système économique et social, je préfère entendre la porte-parole de Lutte Ouvrière se rappelant sa première lecture du Manifeste du Parti Communiste, qu’un lecteur des plages de Cicéron et de ses notes de l’Intérieur.  Ce n’est pas seulement un grand décalage avec le réel, car ce dernier ne surgit pas toujours là  où on l’attend, surtout à force de prendre les citoyens de ce pays pour des ignares, le trop plein sera tout aussi signifiant.

J’ai bien peur qu’à force d'agiter les peurs ou de vieux fantasmes réactionnaires, nous ne soyons amener à ébranler leurs valeurs sonnantes et trébuchantes d’un système pour aliénés et paranoïaques en tout genre. Et comme le précise bien, Phillippe Corcuff sur son blog, il s’agit de s’émanciper et non d’émanciper. http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff


Billets de Lionel Mesnard, le 27 octobre 2014


La sixième République et pour faire quoi ?

Le texte d’une constitution est plus qu’une base, c’est la fondation même d’un contrat entre les citoyens et ce qui en découle(ra) comme règles et lois de la République, mettant en avant des éléments fondamentaux de la vie de tous. La cinquième République est à l’image d’un statut d’association dont l’objet est d’assurer à son responsable, son président, à la fois de servir son image et lui assurer un maximum de pouvoir au sein d’un collectif infantilisé. Ce type de situation n’est pas exceptionnel, et conduit soit à conserver un culte du chef, soit irrémédiablement, à un moment, à une césure totale entre l’idylle et la masse des sans grades. En d’autres temps, cela aurait pu finir en des émeutes, des révolutions, le monde urbain a été maintes fois en secousses dans notre histoire passée – et, si vous voulez changer la face de votre nation, n’oubliez pas que ce n’est pas le contenant qui importe, mais son contenu. Ce qui en sortira, comme les applications concrètes et les objectifs nouveaux. (lire après, l’intervention de Victor Hugo sur la liberté de la presse et la constituante).

Le danger le plus évident serait de faire de ce débat faire un simple mécanisme électoral ou de faire croire à un retour des mauvaises heures de la quatrième République. Là où Mendès France en tant que Président du Conseil n’a  pas pu réformer la constitution et faire de ce pays, un état moderne. Sans omettre, qu’il sera dans le ton général aux premières heures de l’Algérie indépendante et fera appel au contingent, tout en  ayant permis l’indépendance du Maroc et du Vietnam, pendant son court temps à la direction du pays. Le régime parlementaire de la quatrième n’a pu fonctionner faute de stabilité gouvernementale, son grand point faible. Pour le reste, cela n’a pas empêché le pays de se reconstruire après la seconde guerre mondiale, bien au contraire et en parti grâce à l’Empire colonial, dont les ressources n’ont cessé de parvenir à la métropole ou enrichir les colons, de nos jours les multinationales.

La quatrième était loin d’être le pire des régimes politiques que la France ait connu, les partis politiques étaient plus forts et beaucoup plus représentatifs, qu’ils ne le sont après plus de 50 ans de monarchie républicaine, et pareillement pour les organisations syndicales. Mais l’objet n’est pas de refaire ce qui n’a pas fonctionné et en ce domaine, la constitution de la deuxième République s’est avérée inapplicable et un gouffre dans lequel Louis Napoléon une fois élu président est devenu Empereur des Français, le troisième du nom. Et la troisième République a débouché sur les pleins pouvoirs à Pétain en juin 1940. Nous connaissons les pièges et si nous voulons éviter un débouché brunâtre, en finir avec la cinquième est un moyen d’offrir de plus une dynamique pouvant aller au-delà de nos seules frontières ou visions trop hexagonales.

Le débat sur les institutions est un débat plus horizontal qu’il ne semble et je vais tenter d’y répondre. D’abord commençons par un préalable, une des plus belles constitutions du monde, m’a-t-on dit un jour, fut celle de l’Union Soviétique, du moins sur le papier, car l’application d’un texte constitutif n’est pleinement possible que dans un état de droit social et démocratique.  Je pourrais aussi mettre en avant la constitution de la République Colombienne de 1991, qui est un admirable texte. Mais là aussi un petit défaut de taille, il n’a pas empêché l’Etat colombien de faire le contraire de ce qui est inscrit en droit, et s’il advenait qu’elle soit un jour appliquée, elle permettrait une expression diversifiée de sa richesse culturelle. Et autre difficulté, cette constitution est multi culturaliste, alors que nous appliquons un peu trop le saint dogme de « l’unité et de l’indivisibilité ».

Pour exemple au sein de la République, il existe deux peuples autochtones échappant à la Convention Internationale n°169 de l’OIT, dont une population amérindienne sérieusement menacée et qui compte encore 10.000 personnes, en Guyane française. Ils sont les Laissés pour compte et à ce rythme, c’est une condamnation à mort certaine que la République leur réserve, faute de lieu de santé et surtout de pouvoir vivre dans un environnement protégé. Car non seulement, il s’agit d’humains et de français, mais aussi de comment les sols sont souillés et soumis à des niveaux de cyanure au-dessus des normes légales internationales. Comment vivre dans ce cas et puis nos concitoyens Amérindiens et Kanaks posent pour interrogation, la question de la propriété collective ?  Face aussi à un autre dogme celui de la propriété individuelle. (2)

Des idées novatrices et plus exactement progressistes sont possibles, comme le système révocatoire proposé par le député Mélenchon. Il existe aussi le droit de vote obligatoire comme réponse à l’abstention, et ce qui touche à la structure même du pouvoir parlementaire est à reconsidérer. Il ne faudrait pas s’arrêter en route et oublier le principal, c’est-à-dire la question des contre-pouvoirs ou du contrôle des citoyens, notamment sur les dépenses, comme le proposait Arnaud Montebourg dans un livre paru sur la question des institutions en 2001, ou Lutte Ouvrière qui à ce sujet demande un contrôle accru des dépenses et recettes publiques. La question ne touche pas que les finances, cela concerne bon nombre de domaines de la vie politique et sociale, car si un texte constitutionnel ne dit pas tout, il pose les bases, la charpente, sur lesquelles, les lois sont articulées et s’appliquent. Quand je faisais, part dans mon dernier billet des médias. Qui désigne les neuf membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? et par la suite qui autorise et contrôle les licences attribuées pour la télévision et la radio ?

Il est possible et ainsi de suite, de continuer sur la question des juges, des préfets élus dans d’autres contrées par leurs concitoyens. En clair, une constitution est un pacte commun et ce dont souffre la cinquième République, c’est son manque de contre-pouvoirs. Une question centrale et qui touche à notre fonctionnement et qui face à un pouvoir fort demande un contre-pouvoir de même, comme aux Etats-Unis. Ce fut entre autres un débat au sein de la Révolution française et au moment du passage au Directoire concernant l’exécutif. Pour ce qui est de la Révolution Française, notre constitution renvoie à la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et de 1948 (dont un très beau chapitre sur la liberté d’expression de la presse), et pour nombre d’aspects sociaux. Il est fort dommage, que nous nous ne réclamions pas de la constitution 1793 (courte et précise sur ses objectifs). Mais l’objet n’est pas de revenir plus de 200 ans en arrière, mais de passer à une République majeure et consciente des enjeux futurs.

Après la chute du mur de Berlin, les constitutionnalistes et professeurs en droit français ont participé à la rénovation ou refonte démocratique des pays de l’Est après 1989. Simplement pour souligner que nous disposons aussi de très bon juristes, qui seront capables de résoudre ce que l’on nomme l’aspect technique ou légal. S’il avait été fait part d’une « cinquième bis » du temps du président Mitterrand, rien n’est venu rééquilibrer les pouvoirs démocratiques et notamment ceux des chambres élues. Rien que le système de désignation du Sénat est un sérieux problème. Même, Charles-de-Gaulle à ce sujet avait tenté d’en modifier sa composition, et l’idée de faire élire à sa place un grand conseil économique et social reste une idée à creuser. Une chambre haute composée d’élus politiques et sociaux en deux collèges distincts et désignée à la proportionnelle intégrale est une possibilité. Ou bien comme en Allemagne, dans une logique décentralisée et représentative des régions.

L’objet n’est pas de porter un projet définitif, dire voilà, j’ai la recette. Il s’agit bien avant l’échéance présidentielle de 2017 d’apporter une alternative politique, le changement climatique, la protection du vivant et des niches environnementales peuvent être une base du contrat. Tout dépend de ce que les citoyens de ce pays décideront et le seul moyen à ce sujet de le savoir, c’est de permettre au plus grand nombre de s’exprimer et trouver les voies porteuses et les voix pour une Constituante. C’est non seulement possible, mais évident et comme aurait pu s’en amuser le scénariste René Goscinny, j’espère avant que le ciel ne nous tombe sur la tête…

Pas seulement en raison du ciel, mais du gâchis actuel, une véritable gabegie financière et surtout humaine, et nos institutions portent une responsabilité certaine. Un destin collectif ne peut se construire sans sa base, et je me demande d’où est venu cette force en 1788, pour qu’une grande partie du pays se mette à exiger des droits communs et universels, et grâce aux cahiers de doléance ? Aujourd’hui, nous avons les outils pour démultiplier la parole citoyenne, les autoroutes de l’info un moyen de faire entendre, qu’il existe des dynamiques et qu’elles ne sont le ressort de personne, mais de toutes et tous ! Il me faudra revenir sur cet aspect important, la France et la mondialisation ou la globalisation économique, et la question est de savoir, si un petit pays peut résister et montrer une autre direction, c’est tout l’enjeu. Syndrome ou symptôme, ce ne sont pas les richesses qui sont en cause, c’est l’utilisation qui en est faite et aux dépens de qui ? Si nous sommes encore en mesure de proposer au monde une autre idée du développement, des systèmes économiques solidaires et non plus rapaces, oui cela pourrait aller bien au-delà de nos frontières comme écho.

Trois ans avant les prochaines présidentielles, c’est long et court, mais l’objet n’est pas d’user des armes, du moins la seule utile est de prendre sa plume et son clavier. De plus et selon la fable de Lafontaine courir ne sert à rien. La volonté populaire y pourvoira ou pas. Soit nous continuons à jouer les grands enfants jamais contents, soit nous prenons collectivement nos responsabilités à la base et sans sauveur suprême et faisons acte d’œuvrer pour une émancipation réelle et concrète. Et s’il advenait que le pays « de la belle aux dormants » continue de la sorte à s’en remettre à celui qui bombe le plus le torse, je finirai par choisir la pêche à la friture… et irai tâter du gardon.



Billet de Lionel Mesnard, le 21 septembre 2014

Note :


1) Les Abandonnés de la République, sorti début septembre 2014 chez Albin Michel. Auteurs : Yves Gery, Christopher Gruner, Alexandra Mathieu (tous chercheurs)


« Avec un sixième de la superficie de l’Hexagone, la Guyane est la plus vaste région française. Environ dix mille Amérindiens de différentes ethnies y vivent, pour l’essentiel, sur la côte et le long des fleuves. Parmi eux, les Amérindiens du Haut Maroni, installés au cœur de la forêt amazonienne, sont victimes depuis plusieurs décennies d’un drame qui se joue dans le silence et l’indifférence. Une terrible épidémie de suicides ravage la population, tout particulièrement les jeunes, et l’orpaillage clandestin, source d’une véritable catastrophe »sanitaire et environnementale – par la contamination au mercure qu’elle provoque – créé un climat de guerre.»  Lire la suite :   Cliquez ici !

Plus d'infos récentes sur la Guyane (années 2012-2013) ; LIBRES AMéRIQUES

Vous trouverez aussi un appel contre l'orpaillage avec Les hurleurs de guyane !


POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE



ET CONTRE L'ÉTAT DE SIEGE (*)

Assemblée Nationale, le 11 octobre 1848
(*) L'état de siège fut levé le lendemain de ce discours (note de l'éditeur).


M. VICTOR HUGO. —  Si je monte à la tribune, malgré l'heure avancée, malgré les signes d'impatience d'une partie de l'Assemblée (Non! non! Parlez!), c'est que je ne puis croire que, dans l'opinion de l'Assemblée, la question soit jugée. (Non! elle ne l'est pas!) En outre, l'Assemblée considérera le petit nombre d'orateurs qui soutiennent en ce moment la liberté de la presse, et je ne doute pas que ces orateurs ne soient protégés, dans cette discussion, par ce double respect que ne peuvent manquer d'éveiller, dans une assemblée généreuse, un principe si grand et une minorité si faible (Très bien!) Je rappellerai à l'honorable ministre de la justice que le comité de législation avait émis le vœu que l'état de siège fût levé, afin que la presse fût ce que j'appelle mise en liberté.

M. ABBATUCCI.
— Le comité n'a pas dit cela.

M. VICTOR HUGO. — Je n'irai pas aussi loin que votre comité de législation, et je dirai à M. le ministre de la Justice qu'il serait, à mon sens, d'une bonne politique d'alléger peu à peu l'état de siège, et de le rendre de jour en jour moins pesant, afin de préparer la transition, et d'amener par degrés insensibles l'heure où l'état de siège pourrait être levé sans danger. (Adhésion sur plusieurs bancs.) Maintenant, j'entre dans la question de la liberté de la presse, et je dirai à M. le ministre de la Justice que, depuis la dernière discussion, cette question a pris des aspects nouveaux. Pour ma part, plus nous avançons dans l'œuvre de la Constitution, plus je suis frappé de l'inconvénient de discuter la Constitution en l'absence de la liberté de la presse. (Bruit et interruptions diverses. ) Je dis dans l'absence de la liberté de la presse, et je ne puis caractériser autrement une situation dans laquelle les journaux ne sont point placés et maintenus sous la surveillance et la sauvegarde des lois, mais laissés à la discrétion du pouvoir exécutif. (C'est vrai!) Eh bien, messieurs, je crains que, dans l'avenir, la Constitution que vous discutez ne soit moralement amoindrie. (Dénégations. Adhésion sur plusieurs bancs.)

M. DUPIN (de la Nièvre). — Ce ne sera pas faute d'amendements et de critiques.

M. VICTOR HUGO.
— Vous avez pris, messieurs, deux résolutions graves dans ces derniers temps; par l'une, à laquelle je ne me suis point associé, vous avez soumis la République à cette périlleuse épreuve d'une assemblée unique; par l'autre, à laquelle je m'honore d'avoir concouru, vous avez consacré la plénitude de la souveraineté du peuple, et vous avez laissé au pays le droit et le soin de choisir l'homme qui doit signer le gouvernement du pays. (Rumeurs.) Eh bien, messieurs, il importait dans ces deux occasions que l'opinion publique, que l'opinion du dehors pût prendre la parole, la prendre hautement et librement, car c'étaient là, à coup sûr, des questions qui lui appartenaient. (Très bien!) L'avenir, l'avenir immédiat de votre Constitution amène d'autres questions graves. Il serait malheureux qu'on pût dire que, tandis que tous les intérêts du pays élèvent la voix pour réclamer ou pour se plaindre, la presse est bâillonnée. (Agitation.) Messieurs, je dis que la liberté de la presse importe à la bonne discussion de votre Constitution. Je vais plus loin (Écoutez! écoutez!), je dis que la liberté de la presse importe à la liberté même de l'Assemblée. (Très bien!) C'est là une vérité. (Interruption.)

LE PRÉSIDENT. — Écoutez, messieurs, la question est des plus graves.

M. VICTOR HUGO. — Il me semble que, lorsque je cherche à démontrer à l'Assemblée que sa liberté, que sa dignité même sont intéressées à la plénitude de la liberté de la presse, les interrupteurs pourraient faire silence. (Très bien!) Je dis que la liberté de la presse importe à la liberté de cette Assemblée, et je vous demande la permission d'affirmer cette vérité comme on affirme une vérité politique, en la généralisant.

Messieurs, la liberté de la presse est la garantie de la liberté des assemblées. (Oui! oui!) Les minorités trouvent dans la presse libre l'appui qui leur est souvent refusé dans les délibérations intérieures. Pour prouver ce que j'avance, les raisonnements abondent, les faits abondent également. (Bruit.)

Voix À GAUCHE.
— Attendez le silence ! C'est un parti pris !

M. VICTOR HUGO. — Je dis que les minorités trouvent dans la presse libre. — et, messieurs, permettez-moi de vous rappeler que toute majorité peut devenir minorité, ainsi respectons les minorités (vive adhésion); — les minorités trouvent dans la presse libre l'appui qui leur manque souvent dans les délibérations intérieures. Et voulez-vous un fait ? Je vais vous en citer un qui est certainement dans la mémoire de beaucoup d'entre vous.

Sous la restauration, un jour, un orateur énergique de la gauche, Casimir Périer, osa jeter à la Chambre des députés cette parole hardie : Nous sommes six dans cette enceinte et trente millions au dehors. (Mouvement.) Messieurs, ces paroles mémorables, ces paroles qui contenaient l'avenir, furent couvertes, au moment où l'orateur les prononça, par les murmures de la Chambre entière, et le lendemain par les acclamations de la presse unanime. ( Très bien! très bien! Mouvement prolongé. )

Eh bien, voulez-vous savoir ce que la presse libre a fait pour l'orateur libre? (Écoutez!) Ouvrez les lettres politiques de Benjamin Constant, vous y trouverez ce passage remarquable : «En revenant à son banc, le lendemain du jour où il avait parlé ainsi, Casimir Périer me dit : «Si l'unanimité de la presse n'avait pas fait contre«poids à l'unanimité de la Chambre, j'aurais peut-être été découragé. »

Voilà ce que peut la liberté de la presse, voilà l'appui qu'elle peut donner! c'est peut-être à la liberté de la presse que vous avez dû cet homme courageux qui, le jour où il le fallut, sut être bon serviteur de l'ordre parce qu'il avait été bon serviteur de la liberté. (Très bien!) Ne souffrez pas les empiétements du pouvoir; ne laissez pas se faire autour de vous cette espèce de calme faux qui n'est pas le calme, que vous prenez pour l'ordre et qui n'est pas l'ordre; faites attention à cette vérité que Cromwell n'ignorait pas, et que Bonaparte savait aussi : Le silence autour des assemblées, c'est bientôt le silence dans les assemblées. (Mouvement.) Encore un mot.

Quelle était la situation de la presse à l'époque de la Terreur?. (Interruption. ) Il faut bien que je vous rappelle des analogies, non dans les époques, mais dans la situation de la presse. La presse alors était, comme aujourd'hui, libre de droit, esclave de fait. Alors, pour faire taire la presse, on menaçait de mort les journalistes; aujourd'hui on menace de mort les journaux. (Mouvement.) Le moyen est moins terrible, mais il n'est pas moins efficace.

Qu'est-ce que c'est que cette situation ? c'est la censure. (Agitation.) C'est la censure, c'est la pire, c'est la plus misérable de toutes les censures; c'est celle qui attaque l'écrivain dans ce qu'il a de plus précieux au monde, dans sa dignité même; celle qui livre l'écrivain aux tâtonnements, sans le mettre à l'abri des coups d'état. (Agitation croissante.) Voilà la situation dans laquelle vous placez la presse aujourd'hui.

M. FLOCON.
— Je demande la parole.

M. VICTOR HUGO. — Eh quoi! messieurs, vous raturez la censure dans votre Constitution et vous la maintenez dans votre gouvernement ! À une époque comme celle où nous sommes, où il y a tant d'indécision dans les esprits. (Bruit.)

LE PRÉSIDENT. — Il s'agit d'une des libertés les plus chères au pays; je réclame pour l'orateur le silence et l'attention de l' Assem blée. (Très bien! très bien!)

M. VICTOR HUGO. — Je fais remarquer aux honorables membres qui m'interrompent en ce moment qu'ils outragent deux libertés à la fois, la liberté de la presse, que je défends, et la liberté de la tribune, que j'invoque. Comment ! il n'est pas permis de vous faire remarquer qu'au moment où vous venez de déclarer que la censure était abolie, vous la maintenez: (Bruit.Parlez!parlez!) Il n'est pas permis de vous faire remarquer qu'au moment où le peuple attend des solutions, vous lui donnez des contradictions! Savezvous ce que c'est que les contradictions en politique ? Les contradictions sont la source des malentendus, et les malentendus sont la source des catastrophes. (Mouvement. ) Ce qu'il faut en ce moment aux esprits divisés, incertains de tout, inquiets de tout, ce ne sont pas des hypocrisies, des mensonges, de faux semblants politiques, la liberté dans les théories, la censure dans la pratique; non, ce qu'il faut à tous dans ce doute et dans cette ombre où sont les consciences, c'est un grand exemple en haut, c'est dans le gouvernement, dans l'Assemblée nationale, la grande et fière pratique de la justice et de la vérité! (Agitation prolongée. )

M. le ministre de la Justice invoquait tout à l'heure la nécessité. Je prends la liberté de lui faire observer que la nécessité est l'argument des mauvaises politiques; que, dans tous les temps, sous tous les régimes, les hommes d'état, condamnés par une insuffisance, qui ne venait pas d'eux quelquefois, qui venait des circonstances mêmes, se sont appuyés sur cet argument de la nécessité. Nous avons entendu déjà, et souvent, sous le régime antérieur, les gouvernants faire appel à l'arbitraire, au despotisme, aux suspensions de journaux, aux incarcérations d'écrivains. Messieurs, prenez garde! vous faites respirer à la République le même air qu'à la monarchie. Souvenez-vous que la monarchie en est morte. (Mouvement.) Messieurs, je ne dirai plus qu'un mot. (Interruption.)

L'Assemblée me rendra cette justice que des interruptions systématiques ne m'ont pas empêché de protester jusqu'au bout en faveur de la liberté de la presse. (Adhésion.) Messieurs, des temps inconnus s'approchent, préparons-nous à les recevoir avec toutes les ressources réunies de l'état, du peuple, de l'intelligence, de la civilisation française, et de la bonne conscience des gouvernants. Toutes les libertés sont des forces; ne nous laissons pas plus dépouiller de nos libertés que nous ne nous laisserions dépouiller de nos armes la veille du combat.

Prenons garde aux exemples que nous donnons ! Les exemples que nous donnons sont inévitablement, plus tard, nos ennemis ou nos auxiliaires; au jour du danger, ils se lèvent et ils combattent pour nous ou contre nous.

Quant à moi, si le secret de mes votes valait la peine d'être expliqué, je vous dirais : J'ai voté l'autre jour contre la peine de mort; je vote aujourd'hui pour la liberté.

Pourquoi? C'est que je ne veux pas revoir 93! c'est qu'en 93 il y avait l'échafaud, et il n'y avait pas la liberté! (Mouvement.) J'ai toujours été, sous tous les régimes, pour la liberté, contre la compression. Pourquoi? C'est que la liberté réglée par la loi produit l'ordre, et que la compression produit l'explosion. Voilà pourquoi je ne veux pas de la compression et je veux de la liberté. (Mouvement. Longue agitation. L'orateur descend de la tribune).


Source : Bibliothèque Nationale de France

« Ouvrons les yeux !» le nouveau livre de Jack Lang :



et 30° anniversaire des journées du patrimoine !
On en aurait pu s’attendre de l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang, un livre tout plein de références longues et ennuyeuses sur le patrimoine de la France avec tout plein de notes en bas de page, c’est tout le contraire !  Son livre « Ouvrons les yeux ! » ne manque pas de rappeler son rôle dans la sauvegarde de certains fleurons de notre mémoire collective. Mais Jack Lang va plus loin et dans un livre condensé, qui a bien l’air d’un manifeste pour la beauté, à laquelle nous devrions jeter un œil dès plus attentif qui soit !

Cette approche qualitative, c’est-à-dire ce qui touche à notre environnement et à une certaine qualité de vie n’est pas un sujet d’esthète ou réservé à une élite culturelle, mais se pose à tous ceux qui circulent, se déplacent dans leur vie quotidienne, donc à toutes et tous. L’enjeu de fond que pose cet écrit est de savoir, s’il est possible d’associer ensemble des réalités quantitatives et qualitatives et concernant à minima 80% de la population, vivant en milieu urbain ?

Le patrimoine, tout de go, lancer comme ça, on peut y voir un côté un peu passéiste, un quelque chose ne nous appartenant plus vraiment, d’un autre âge. Au nom d’une fausse modernité ou l’héritage d’un urbanisme ravageur des années 1960 et 1970, il fallut loger en urgence des millions de personnes dans des conditions plus décentes. Et vous voilà flanqué, quelques décennies après et cela n’a rien de neuf ou d’anodin, plus exactement coiffé d’un ou de multiples panneaux publicitaires, devant votre pavillon.

Cette situation se reproduisant à l’infini et en tout lieu, selon un plan pour cage à lapin, et avec sa route traînant son lot de bruits et de pollutions sonores, mais aussi visuelles. Nous, nous sommes tellement habitués à cette pollution visuelle que chaque jour dans nos déplacements, à pied, en vélo, en voiture, en bus, dans le métro ou en train, nous voilà confronté, ou l’œil solliciter des milliers fois chaque jour pour des tapageuses réclames ou par des ensembles urbains plus que grisâtres. Pourtant, nous habitons sans que nous le sachions toujours dans un des plus beaux pays du monde, et même dans nos parcours touristiques, il est difficile d’échapper aux marques de cette fausse modernité.

Pour son trentième anniversaire, les journées du patrimoine en septembre 2014 (le 20 et 21) seront l’occasion de découvrir pour des millions de personnes de multiples lieux protégés, mais qui s’inquiètent finalement de la laideur qui envahit notre quotidien ?  Ces millions d’images et plaies urbaines au cours de nos promenades, déambulations auxquelles nous sommes confrontés, sans que nous puissions nous arrêter vraiment sur la beauté de notre lieu de vie ou d’habitation.

Un des éléments de la richesse de la France est son patrimoine, ancien et aussi moderne. Sauf que partout, ou surtout aux  entrées des villes où à leurs abords et n’en parlons pas dans les périphéries des grandes villes, le béton et le consumérisme, nous ont envahi d’une laideur sans nom, tout comme ses saveurs fades. Et la place de l’homme devient plus que problématique dans un urbanisme défiguré, sans goût en poussant à la hâte son chariot de courses, ou le nez dans son téléphone portable dernier cri, surtout pour l’oreille du voisin. Stop, et si nous prenions un peu le temps de respirer, de regarder tout simplement et si nous prenions en compte ce qui compose notre environnement, en levant le regard du bitume et de nos objets virtuels ?

Car l’objet de ces journées du patrimoine et plus encore est de, « levez les yeux », comme il est dit justement dans le livre de Jack Lang. Point de besoin de vous rendre dans un haut lieu de la de la mémoire passée, faites travailler votre imagination et redécouvrez vos villes et villages. Regardez ce qui demande à l’être et interrogez-vous si nous devons continuer à grignoter sans cesse ailleurs pour construire des gros pâtés en béton ou en briques. Ce qui ne fait pas de ces matériaux des responsables désignés, mais de comment au nom des urgences d’hier nous avons parqué des populations en des lieux anxiogènes et d’une laideur incomparable. Par ailleurs, vous pouvez aussi profiter de ces milliers de conférenciers, agents du patrimoine, pour découvrir les multiples histoires « locales » pouvant parfois échapper à ses propres riverains et si riche de sens.

Au Moyen-âge, la ville rendait  « libre » pour diverses raisons, mais on observait des règles ou le « beau » ou le bien fait, faisait d’une cruche ou autres ustensiles un objets d’art, et l’on disposait de savoirs faire, et des métiers indispensables dans la construction d’œuvres gigantesques. Ce qui relève d’un art du quotidien au fil des siècles, mais pas seulement. Ce lègue est encore de nos jours par certains aspects menacés, voire on tente par certains subterfuges administratifs, à minimiser certaines constructions passées, à faire moins peser les décisions d’un organisme du patrimoine et peu importe l’époque.

Il faut bétonner et caser ce que l’on peut et en général pour seule barrière, des petites associations de riverain, qui ne veulent pas voir une église, une vieille bâtisse, un marché ou une vieille Halle disparaître. Repenser la ville, la cité et ses abords, chasser la laideur de nos villes et campagnes, je souscris sans hésitation à cette idée de Jack Lang. Trop de publicités, de zones laides et lugubres ou défigurées, il en passe par une meilleure réappropriation des espaces urbains et c’est un enjeu citoyen.

La dernière fois que j’ai tenté d’exprimer une idée sur la beauté, j’ai dû me faire rabrouer… Quelle idée aussi de défendre ce qui est beau ou ce que l’on peut considérer comme tel, on pourrait y voir un seul enjeu esthétique, mais il ne s’agit pas que de cela. La question touche à des aspects économiques et sociaux et aussi des enjeux de transmission, notamment le rôle de l’observation et de la capacité que nous avons tous à nous approprier notre part de mémoire collective. « Le patrimoine immatériel, ce n’est pas quelque chose qui est tangible. C’est toute la signification, le lien qu’on peut faire à travers un élément physique - un lieu, un objet très ancien - et la présence de l’homme pour que cela ait un sens aujourd’hui. » (1)

La seule critique que je puis faire au livre de l’actuel président de L’Institut du Monde Arabe, Jack Lang, est peut-être ce qu’il y a lieu comme part immatérielle ou de non visible à l’oeil nu, plus exactement des enjeux de mémoire collective passant par une meilleure transmission des savoirs faire, et des éléments de connaissances nombreux. Comme par exemple, une meilleure connaissance de l’architecture et de l’urbanisme, qui fait souvent défaut dans les apprentissages scolaires, sauf à devenir architecte ou urbaniste. Qui plus est dans un pays connu pour ses beautés architecturales tous siècles confondus et attirant de nombreux étudiants étrangers pour son enseignement culturel et son patrimoine depuis des lustres.... Et le moyen de découvrir l’histoire de notre pays en le conjuguant avec un patrimoine matériel et immatériel considérable.

Mais Jack Lang dans son ouvrage fait aussi référence à une question qui va de pair avec la question de notre urbanisme et patrimoine, c’est-à-dire l’éducation aux arts, et en tant que digne héritier de Malraux, l’ancien ministre de l’éducation a su favoriser en son temps dans le milieu scolaire une impulsion pour l’excellence et pour tous les jeunes citoyens de ce pays, faut-il souligner en créant des classes artistiques !

Ce petit livre est aussi un beau travail littéraire que devrait retenir l’attention sur ce que nous ne voyons plus ou sur ce que ne faisons plus guère attention, mais que les anciens nous ont légués et qui fait de ce pays la première destination touristique du monde. Il y en ce domaine beaucoup à faire, et nous aurons l’occasion d’en reparler sur ce site.

En attendant, vous pouvez acheter son dernier livre aux éditions HC à un prix très abordable (4,5 euros)  !
Et je vous renvoie à mon travail les histoires urbaines et légendes de Paris, et ce que j'ai pu faire sur une artère de Paris : LE FAUBOURG et le quartier SAINT-DENIS, ses origines, ses figures passées. etc...


Billet de Lionel Mesnard, le 19 septembre 2014


Notes :

(1)
Yvon Noël, directeur du Musée québécois de la culture populaire, à Trois-Rivières. Patrimoine immatériel - La mémoire des lieux - «Les liens des êtres entre eux sont le ciment pour construire une société» (Le Devoir - Canada) : Cliquez ici !
Un exemple par l'image sur la disparition d'un lieu de mémoire à Marseille (1982):

ANDRé BRETON, La Villa "AIR BEL"
Un Film d'Alain Paire et François Mouren-Provensal

Sur : http://www.mativi-marseille.fr/

André Breton fait séjour à Marseille à compter d'octobre 1940. Il rejoint l'équipe de Varian Fry et Victor Serge qui ont élu domicile à la Villa Air Bel. Il quittera le Vieux Port à bord du Capitaine Paul Lemerle, le 24 mars 1941. La Villa Air Bel a été squattée et puis détruite au début des années 80 : ses uniques vestiges, ce sont un jardin d'herbes folles et les deux piliers de la porte d'entrée.


Presse et télévisions poubelles :

Cobayes ou citoyens ? 
De mémoire de Socialiste, une telle mise au pas et de fait à l’écart (de ministres et parlementaires) n’avait jamais eu lieu de manière si brusquée. En d’autres temps, François Mitterrand les auraient usés jusqu’à la corde, à l’exemple de Michel Rocard. Mais de la à les tenir hors des conduites du pouvoir, le « sphinx » Mitterrand n’aurait jamais commis une telle erreur. En faire des victimes, ou les « martyrs » d’un pouvoir claudiquant, cela s’appelle en retour recevoir un jour, « une balle perdue... » et ces derniers jours, cela siffle de toute part.

De toute façon personne n’est vraiment dupe, il s’agit de beaucoup plus qu’une crise de régime, c’est une administration des choses ne variant pas vraiment d’un parti dominant à un autre, le formatage selon diverses coutures, fait que la notion d’élite est surtout un raccourci de la pensée, quand il est question de clonages ou du système de reproduction sociale du modèle dominant. Quand il s’agit plus exactement d’un fait social caractérisant une hiérarchie, un ordre ou un état des choses.

Face à un tel chaos combiné au flux des nouvelles de la presse poubelle, qui l’aurait cru la sixième république fait son chemin dans les esprits (lire le bloc-notes n°1, ci dessus). La volonté n’est pas de ne pas respecter les institutions actuelles, le but est d’en changer et de favoriser l’expression du plus grand nombre. Il est rappelé de temps à autre, que Les Français aiment le principe d’un président désigné par le suffrage universel, mais pour autant approuvent-ils une telle concentration des responsabilités ?

Depuis le référendum de 1962, rien n’est vraiment venu remettre en cause les pouvoirs pyramidaux et la figure du monarque, notamment de la part du président Mitterrand. Bien qu’il fut conscient que nos institutions entre des mains peu scrupuleuses pouvaient tourner à un pouvoir quasi absolu (lire absolument l’article 16 de la constitution). Comme l’a proposé récemment, le Premier ministre, Manuel Valls, de faire appel au droit d’ordonnance a dû en faire sursauter plus d’un et ce qui se dessine comme renforcement du centralisme devrait mettre en alerte plus d’un.

La tentation bonapartiste à gauche et de la part de faux héritiers de la défunte « deuxième gauche » a de quoi surprendre, sauf pour ceux qui connaissent la décomposition de la famille Rocard et de ses rejetons, qui ont choisi la gouverne à la société. Il y a de quoi comprendre pourquoi sont nombreux ceux qui se réfugient dans l’abstention ou dans un vote contestataire, si l’exercice politique n’a plus de colonne vertébrale, de lisibilité, et si l’objet est de brouiller les cartes et nous faire un retour permanent aux fondamentaux du capital ?

C’est à se demander, mais pourquoi voter si la représentation nationale n’est plus qu’une caisse enregistreuse ? Même un girondin y perdrait son latin… Quant à ceux qui claironnent de toute part que le refus de la politique actuelle se fonderait à gauche sur de vieux et éculés préceptes marxistes cherchent à faire peur. A ce rythme certains vont se retrouver avec un couteau entre les dents. S’ils ne trouvent pas la route de la rédemption en votant « les pleins pouvoirs », pardon la confiance en un gouvernement qui persiste et signe dans une voie économique nous menant à la déflation et plus (1).

Si le retour du politique est absolument nécessaire, il ne peut passer que par l’expression du plus grand nombre et ne doit pas continuer à incarner un silence, ou un grand vide des sans voix. Et tout prouve une césure profonde, quelque chose qui est du ressort de la manipulation des consciences.  Cette problématique, elle ne peut plus être escamotée, les évidences sont sous nos yeux. Les médias ne sont que le résultat, non point du réel, mais d’un outil mis entre les mains d’apprentis idéologues et au service de quelques grands groupes financiers, dont certains cultivent l’art de la vente des armes ou le bétonnage à outrance.

Concernant l’objet  audiovisuel, c’est un manège tournant composé des mêmes têtes, ou le nombre de ceux qui accèdent véritablement à la parole ne dépasse pas quelques dizaines, voire centaines de personnes par an et selon des critères d’audience ou politique (pour le temps de parole des partis, ces derniers sont réglementés par la loi). En clair, vous avez plus de chance de tomber sur Céline Dion ou les politiques désignés par leurs instances partisanes, que d’entendre une multiplicité des approches citoyennes, car l’objet télévisuel notamment n’est pas en l’état un média démocratique.

Si le service public sous le général, Pompidou et Giscard n’était que la voix de son maître, il est difficile de croire, que tout serait depuis le produit de la liberté d’expression, quand celle-ci est souvent cantonnée à délivrer le même message, les mêmes arguments. Au point de voir chaque jour et en boucle, ou lire sous la plume de certains journalistes, nous délivrer des injonctions, sur le thème, du « Y-a-qu’à ou du il faudrait que ». De plus, si l’interlocuteur politique ne répond pas au schéma de penser, celui-ci se voit ramener à la morale dominante ou au bon entendement du moment, ce qu’ils appellent le « bons sens ». 

Ou mieux, quand un politique « ami » se voit conforter, cela tourne à la brosse à reluire. Au final, le temps consacré au contenu ne trouve pas sa place, et rien n’est plus formaté que le temps audiovisuel et la logique rédactionnelle. Au plus court, toujours au plus court et au plus vendeur, l’audience est devenu un dogme. Tout ce qui est de l’ordre du qualitatif n’a pas sa place et comme dirait le réalisateur Peter Watkins à ce sujet, dehors ou à la porte  pour ceux qui contredisent les règles commerciales du métier.

Souvent nous sommes confrontés à une série de propositions d’inspirations très patronales, et comme je n’ai rien contre les « patrons » à priori, je me réfère au MEDEF et à Monsieur Gattaz fils de son père, Yvon ancien patron des patrons de l’ex.CNPF. Le pactole de 41 milliards d’euros avec la mise en place du pacte de responsabilité, et surtout à la clef la création d’un million d’emploi reste à venir. Et nous ne savons toujours pas ce qu’il est devenu des 400.000 emplois, qu’aurait dû créer la suppression de l’autorisation préalable de licenciement, sous le gouvernement Chirac à la fin des années 1980 et sur proposition du père Gattaz. Et tout ce qui a pu suivre en matière de législation du travail et complexification du code du travail, et qui ne sont pas du fait des centrales ouvrières ou des travailleurs eux-mêmes. Cherchez l’erreur !

Il est plus facile dans ce cas, de faire d’un « beauf » moyen, une vedette du petit écran, car à ce petit jeu, seules gagnent les caricatures, les excès et en matière de télé poubelle et de contenu insipide, nous avons déjà atteint des sommets. Autre exemple plus spécifique à l’information massifiée est de passer son temps à analyser les réactions via Twitter de la Dame Morano ou d’autres « gogos » du moment. Ou comment l’information n’a plus de consistance. Les infos s’additionnent dans un grand néant, tout équivalant à tout, passant du chien écrasé à l’actualité internationale et encore si cette dernière est traitée. Le phénomène n’a rien de récent, mais il ne fait que s’amplifier. Dans le pire des cas, il n’existe plus de hiérarchisation de l’information, tout est balancé en vrac, faîtes votre marché en quelque sorte… une simple logique d’offre.

Les chaînes d’infos continues, la question des journaux télévisés, la presse sous sa forme la plus crue sur Internet, c’est tout sauf divers ou varié, et c’est particulièrement navrant quand le service public suit le même pas. La question est de toucher le bon segment, l’intelligence du lecteur ou du spectateur des infos est rarement voulue ou recherchée. Sauf à faire de lui un commentateur de commentateur, on n’en finit plus, dans les rancoeurs des uns et des autres. Car nous parlons d’un système économique, qui a pour objet de vendre selon des standards imposés, pas de réfléchir et encore moins d’interagir, c’est un spectacle passif. En plus de vous transmettre ce qu’il y a de plus réducteur. Et si vous réagissez comme le vaut la règle, ou se trouve votre libre-arbitre?

Cobayes ou citoyens ? 

Pas étonnant que nous connaissions régulièrement les assauts des journalistes les plus conservateurs ou réactionnaires, quand il serait entendu, que la profession serait ultra majoritairement de gauche et la presse aux mains d’abominables « gauchistes ». Mais ce petit monde se ressemble et à toutes les allures d’un monde très aseptisé. Nous pouvons assister à foison à des bavardages journalistiques, ou certains finissent par se donner tant d’importance, qu’ils ne sont même pas conscients des perles qu’ils alignent.

Une incapacité à analyser la chose publique, parce que cela demande du temps, et que répondre à tout moment donné au spasme de l’actualité, cela ni sens, ni valeur, cela commente, rien de plus et ne fait pas appel à votre sens critique, ni aux leurs. Un journalisme qui n’a pas de sens critique devient l’expression du futile ou de la seule capacité à répéter ce que dit le voisin. Surtout depuis que certains en font un fonds de commerce et un format télévisuelle à l’exemple de Canal Plus, ou il est impossible de distinguer la part du travail journalistique de la gaudriole.

En matière de télévision, les bornes ont été largement dépassées et depuis longtemps.  La phrase mémorable de l’ancien patron de TF1 sur Coca-cola et « les temps des cerveaux disponibles » illustrait la méthode. Cela est né de la démultiplication des canaux et réseaux ou des flux, pour reprendre le jargon Tv et média. Il n’a pour sens que d’alimenter de nos jours des écrans devenu plats comme son contenu, et la presse être un pâle reflet de la globalisation économique. La variété des programmes est d’une pauvreté rare, les programmes culturels sur la TNT sont bons pour les noctambules (entre 3 et 5 heures du matin pour TF1), et il existait plus d’inventivité, voire de place à la parole sous l’ORTF… à se demander si l’offre est compatible avec la création et l’expression du plus grand nombre ? Je vous en laisse juge.

Il existe ici ou là et sur le service public radio et télévision, de bons programmes, probablement une survivance de l’ancien temps ou trois chaînes et un bon poste de radio transistor suffisaient amplement… Ceci est ironique, car l’objet télévisuel et sa massification n’est pas à l’image du monde, ses périls ou catastrophes régulières, ou d’y dépeindre la nature humaine, ses richesses immatérielles. Non l’objet lui est dépendant de la publicité, c’est une logique de racolage, de marchandisation de besoins fictifs,qui ont un rôle non négligeable dans le quotidien de chacun. (2)

Concernant la concentration des titres de  presse, ce fut, je crois l’un des derniers textes présenté par le gouvernement Mauroy, s’agissant de la question face au magnat des années 1970-1980, Robert Hersant. Qui à lui seul concentrait une bonne part de la presse régionale, appelée PQR. Depuis cette même époque, hormis la famille Dassault déjà présente, la famille Bouygues a construit son petit empire télévisuel, d’autres patrons comme Lagardère fils ont croqué allégrement du média depuis une vingtaine d’année, sachant que le père s’était plus porté sur le monde l’édition, et récemment Tapie, lui s’est offert (ou va s’offrir encore) quelques noms de la presse PQR du sud-est ou provençal. Pour ne citer, que les plus marqués à droite de l’échiquier. Et nous sommes pour certains titres de la presse hexagonale passé à la dimension européenne (Le Monde entre autres appartenant à un groupe transnational), ce qui ne fait que participer à la concentration à l’échelle mondiale des organes de presse, des télés et radios, à l’exemple de l’empire Murdoch.

L’expression de ces grands groupes est intimement liée aux pouvoirs économiques et politiques, quand il n’est  pas délivré ou dicté le bon ordre des choses par l’intermédiaire d’un, de ses pions de l’info, relayant les intérêts de son patron actionnaire ou du parti au pouvoir. Que peut vouloir exprimer Monsieur Bolloré sur l’Afrique de l’Ouest, si ce n’est être un reflet de la politique extérieure de la France ? Pour Dassault et Largadère, la liste est simple, avions, missiles et médias à foison.

Le pesant du choc des photos et des maux ou mots assassins, à l’exemple de Paris Match et ses 10 pages consacrées à une vengeance, mais une ou plusieurs ? Cent mille euros en premier acompte pour un livre kleenex, « la causette » de l’Elysée peut partir en vacances. Les traductions vont faire fureur à l’étranger, quand trop de symboles se bousculent au portillon, de l’Elysée, soit plus de 250 ans d’histoire de même nature dans une telle enceinte, cette situation devrait nous amener à réfléchir à ce que pourrait être un état moderne et surtout démocratique.

En ces temps, ou il suffit de cliquer ou de discourir sur le ton du « j’aime », ou son contraire, la pensée binaire est à son comble. Sur fond d’une relance de la chasse aux pauvres, plus exactement aux précaires, chômeurs, ou ceux, crevant à petit feu dehors sur un banc ou sur un quai, auront leurs unes au moment des premiers gels. Mais les profondeurs du malaise qui réside en cette violence d’être impuissant face à la misère et cette idée plus que droitière de relancer la surveillance de la population, ceci ne peut qu’énerver et donner l’envie de mordre avec ou sans dents. Quand par ailleurs, l’état se désinvestit et laisse à la soupe populaire prendre le relais, dans ce cas, mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade… Cela relève du bon sens…

Une fois mis de côté l’ironie du propos, beaucoup savent que les urgences sont nombreuses, le but n’est pas de déqualifier ou d’aimer, mais de s’appuyer sur des potentialités, et la France, n’en manquent pas. Elle a les atouts pour affronter l’avenir et ils sont nombreux. Notre pays s’appui sur un peuple instruit et hautement productif. Il est temps d’en finir avec les effets d’estrades de toutes sortes, les plans de communication. Appuyons-nous sur nos capacités de rebondir collectivement, de mettre un frein à la gabegie financière et aux pillages des ressources naturelles.

Qui sont pour nous tous en l’état un horizon indépassable, du moins l’exigence d’une plus juste répartition des richesses et en mettant fin aux pillages que nous opérons sur des pays bien plus pauvres que le nôtre. Nous sommes en France bien plus riche qu’on ne le donne à dire. Plus cela crise, plus le bas de laine grossi et nourrit la rente financière, et à l’autre bout de la chaîne, les pauvres s’endettent ou s’enlisent. Un panorama social et politique, qui a de quoi rendre sceptique et faire appel à un autre entendement.

Cinquième puissance mondiale présente au sein de multiples organismes internationaux, et puissance nucléaire, on omet souvent le rôle dans les répressions civiles, des guerres passées et actuelles, de nos vendeurs et producteurs d’armements. En plus, nous appartenons, au pire ensemble militaire qui soit : l’OTAN, tout cela semble naturel.  On pourrait même faire état d’un néo-Molletisme, du temps ou la SFIO (l’ancêtre du PS) n’était qu’un rouage dans la chasse gardée étasunienne, un retour aux fondamentaux de la troisième voie au sommet de l’Etat, mais dans une cinquième République en bout de course.

La sixième République fait peu à peu son chemin dans les esprits, c’est encourageant. Nos chers « chiens de garde » feront le nécessaire pour pilonner ce débat citoyen. Surtout quand des universitaires, des intellectuels commencent à l’ouvrir, et mettent en lumière l’épineux des institutions actuelles face à une accession de l’ultra-droite qui engendrerait le pire, voire un petit Bonaparte mal luné du PS ou de l’UMP, qui sait ?


Billet de Lionel Mesnard, 15 septembre 2014


Notes :


(1) Entretien dans Libération de LIEM HOANG NGOC, cofondateur des « Socialistes affligés » : LE "PACTE DE RESPONSABILITé" est un immense gaspillage d'argent : Cliquez ici !

(2) Je vous renvoie à lecture d’un texte sur les mécanismes de la télévision et deux documentaires en rapport sur le site : Cliquez ici !



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Ce texte n'a pour but de répondre à tous les aspects du malaise, mais la question mérite d'être posée, et de donner à lire une page sur un sujet de société difficile à cerner en raison de sa complexité. Je n’avais jamais songé écrire sur un tel un sujet, même s’il trouve une cohérence avec la « question psy » sur ce site. Il a fallu prendre du temps pour en poser les contours et ne pas chercher à faire un portrait type de malade ou bien partir d’une seule expérience vécue, tant elle serait à relativiser dans un ensemble commun.


2 - Quelques mises à jour récentes,

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