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"La politique est l'art de capter à son profit les passions des autres" Henry de Montherlant
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Dernières
infos, 3 février 2010
Sommaire,
des nouveaux articles, des dernières vidéos en ligne... Sur cette
même page,
1 - Le paramilitarisme toujours très actif en Colombie, par HRW
2 - Le TLC entre L’Union Européenne et la Colombie remis en cause par l’Espagne & - Le TLC UE/Colombie, pire que celui avec les USA ? par Jorge Enrique Robledo 3 - Haïti-Séisme : L’interminable tragédie, par Castro Desroches & - De la discrimination dans les opérations de secours ? par Alterpresse Haïti 4 - Haiti-Séisme : Repenser l’État, par Maryse Noël Roumain 5 - Colombie : Quatre Brèves dans un même sens, par Hernando Calvo Ospina & - Terre et Confilt, extraction des ressources, par Inter Pares 6 - Exorcisme de la culture de l’impuissance, entretien avec Eduardo Galeano 7 - Conférence Mondiale, Changement climatique, par Evo Morales
Archives récentes,
Histoire du protestantisme au 16ème siècle
- Le contexte de
la naissance du prostestantisme à la Renaissance - Martin Luther ou la naissance du protestantisme en Europe- Jean Calvin et la difficile existence du protestantisme en France - Qui est Jean Calvin, entretien avec Olivier Abel, historien (vidéo) - Une histoire chronologique de la vie de Jean Calvin - Lettre de
Jean Calvin au vicomte François Bouchard d’Aubeterre- Calvin face
aux anabaptistes- Sources & Bibliographies
Une histoire des Juifs en France et en Europe
Histoire
résumée et chronologique
des persécutions contre les Juifs de l'Antiquité au
Moyen
Âge, de la Colonisation Romaine de la Gaule aux
premiers Capétiens
- Antiquité, aux origines des premiers juifs en Gaule - Mérovingiens, aux racines de l'antisémitisme chrétien - Carolingiens, des temps en apparence plus calmes - Documentaire, Une autre histoire juive (2 extraits vidéos - Arte Tv) - Capétiens, le temps des bûchers, des exils et des spoliations - Sources & Bilbliographie(s) ou lectures complémentaires - Paroles d'une étoile d'or, chanson d'Herbert Pagani
Archives 2009,
Archives Amérique Latine, année 2009, page n° 3
1- Les limites du socialisme de la pensée bolivarienne d’Hugo Chavez & - Sur le Venezuela "du miracle agricole" au chavisme, par Jennifer Constant 2 - Dernières vidéos de Pantuana TV... sur la Colombie (en espagnol) 3 - Les murs, ou la marque visible de l'exclusion, par Jean-Sébastien Blanc 4 - Entretien avec Marc Saint-Upéry, par Lémi, Article XI & - "Réponse à Marc Saint Upéry", par Luis Alegre Zahonero & Santiago Alba Rico 5 - La malédiction du pétrole, par Moisés Naím 6 - Lettre de Colombie, par le professeur Miguel Angel BELTRAN 7 - AK-47 est l’arme la moins réglementée au monde, par A.I. Belgique Archives Amérique Latine, année 2009 (page n°2) 1- Haiti, les organisations paysannes contre les agrocarburants, par Maude Malengrez 2 - Les veines bien ouvertes de l’Amérique latine, par Cathy Ceïbe 3 - Le néolibéralisme européen en Amérique Latine, par Alfredo Gomez-Muller 4 - Colombie : Les assassinats se poursuivent, par la C.S.I. 5 - L’ONU enquête sur les exécutions extrajudiciaires en Colombie, par Cathy Ceïbe 6 - Un parfum de guerre froide en Amérique latine, par Bruno Muxagato 7
- Vidéo, Entretien
avec Jorge Enrique Robledo sur le TLC entre l'Europe et la CAN 8 - Colombie /U.E
: vers un traité plus politique que commercial ?
par Constanza Vieira 9 - Vidéos, Trilogie bogotaine...
Archives Amérique Latine, année 2009 (page n°1)
1 - Article et audio, Cinéma,
"Témoin indésirable", un film de Juan Lozano 2 - Colombie,
vers une guerre de cent ans ? 3 - Noël
Saez,
émissaire de Sarkozy, manipulé par Uribe,
par Benito Perez 4 - Accusations
publiques et menaces contre Justice et Paix (CIJYP), par PASC 5 -
Un «Témoin indésirable» ou contrôle de l'information, par Serge Charbonneau 6
- Vidéo, Hommage
aux victimes de Colombie, du 6 mars 2009 à Paris 7 - Appel
du Mouvement national des Victimes de Crimes
d’État (MOVICE), Par PASC 8 -
Colombie: Ottawa cautionne des criminels, par André
Maltais 9 - Vidéos, Trilogie
Bogotaine..
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Le paramilitarisme
toujours très actif en Colombie
par Human Rights Watch, le 3 février 2010
L'ONG HRW lance un nouvel appel pour dire "halte aux exactions commises
par les groupes ayant succédé aux paramilitaires" et précise que "le
gouvernement (colombien) doit protéger les civils et engager des
poursuites contre les membres de ces groupes ainsi que leurs complices."
La Colombie doit prendre des mesures efficaces contre les groupes
violents qui ont surgi dans tout le pays à la suite de la
démobilisation incomplète des groupes paramilitaires et qui sont
coupables de multiples atteintes aux droits humains, a déclaré Human
Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui (3 février 2010, lire
tout le rapport en anglais cliquez ici !).
Le rapport de 122 pages, intitulé «Paramilitaries' Heirs: The New Face
of Violence in Colombia » («Héritiers des paramilitaires : Le nouveau
visage de la violence en Colombie »), documente les exactions graves et
répandues commises par les groupes qui ont succédé à la coalition
paramilitaire connue sous le nom de Autodefensas Unidas de Colombia
(Autodéfenses unies de Colombie, AUC). Ces groupes se rendent
régulièrement coupables de massacres, de meurtres, de déplacements
forcés, de viols ainsi que d'actes extorsion, créant une atmosphère
lourde de menaces dans les communautés qu'ils contrôlent.
Souvent, ils prennent pour cible des défenseurs des droits humains, des
syndicalistes, des victimes des paramilitaires qui réclament justice,
et des membres de la communauté qui n'obéissent pas à leurs ordres. Le
rapport s'accompagne d'une présentation multimédia comportant des
photos et des enregistrements audio de Colombiens pris pour cible par
les groupes qui ont succédé aux paramilitaires.
«Quel que soit le nom que vous donniez à ces groupes - paramilitaires,
gangs, ou tout autre nom - leur impact sur les droits humains en
Colombie aujourd'hui ne devrait pas être minimisé», a indiqué José
Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques à Human Rights
Watch. «Tout comme les paramilitaires, ces groupes qui leur ont succédé
commettent des atrocités épouvantables, et ils doivent être stoppés.»
S'appuyant sur près de deux ans de recherches menées sur le terrain, le
rapport décrit l'impact brutal de ces groupes sur les droits humains en
Colombie, mettant en avant quatre régions où ils ont une présence
considérable : la ville de Medellín, la région d'Urabá dans le
département de Chocó, et les départements du Meta et du Nariño.
Ces groupes représentent une menace croissante pour les droits humains
dont peut bénéficier la société colombienne. Selon les estimations les
plus prudentes avancées par la Police nationale colombienne, ces
groupes comptent plus de 4 000 membres répartis dans 24 des 32
départements de la Colombie. Les groupes recrutent activement de
nouveaux membres, et malgré les arrestations de certains de leurs
chefs, ils s'empressent de remplacer ces dirigeants et d'étendre leurs
zones d'opération.
La montée en puissance de ces groupes a coïncidé avec une forte
augmentation des taux nationaux de déplacement interne depuis 2004
jusqu'en 2007 voire au-delà. Une grande partie de ces déplacements se
produit dans des régions où les groupes qui ont succédé aux
paramilitaires sont actifs. Dans certains endroits, à Medellín par
exemple, où le nombre d'homicides a presque doublé durant l'année
dernière, les opérations menées par ces groupes ont entraîné une
augmentation spectaculaire de la violence.
Le rapport documente de multiples exemples d'exactions commises par ces groupes, notamment les suivants :
Alors qu'une défenseure des droits humains portait assistance à une
victime des paramilitaires chez la victime à Antioquia, des membres
d'un groupe se faisant appeler les « Aigles noirs » ont fait irruption
dans la maison, ont violé les deux femmes et ont averti la militante
qu'elle devait cesser ses activités en faveur des droits humains. Elle
a dû finalement quitter la ville à cause des menaces continuelles
émanant du groupe.
Plus de 40 personnes du quartier de Pablo Escobar à Medellín ont dû
abandonner leurs logements entre fin 2008 et début 2009 à la suite des
meurtres et des menaces dont s'est rendu coupable un groupe armé local,
en partie constitué de paramilitaires démobilisés.
Dans le département de Nariño, près de la frontière sud du pays, la
plupart des habitants de trois communautés de la municipalité côtière
de Satinga ont été déplacés après que l'un des groupes issus des
paramilitaires (utilisant alors le nom d'Autodefensas Campesinas de
Nariño, ou Forces d'autodéfense paysannes du Nariño) estentré dans
l'une des villes, tuant deux jeunes hommes et causant semble-t-il la
disparition forcée d'un troisième.
L'émergence de ces groupes était prévisible, a observé Human Rights
Watch, essentiellement en raison de l'incapacité du gouvernement
colombien à démanteler les réseaux criminels de la coalition
paramilitaire au cours du processus de démobilisation, entre 2003 et
2006. La mise en œuvre insuffisante des démobilisations par le
gouvernement a également permis aux paramilitaires de recruter des
civils se faisant passer pour des paramilitaires devant être
démobilisés, tout en conservant certains de leurs membres en activité.
Le rapport décrit, par exemple, la démobilisation du Bloc Nord, où il
existe des preuves substantielles de fraudes ordonnées par le leader de
l'AUC, Rodrigo Tovar (connu sous le pseudonyme de «Jorge 40»).
Le rapport exprime aussi des préoccupations quant au fait que les
activités des groupes issus des paramilitaires seraient tolérées par
certains agents de l'Etat et des forces de sécurité gouvernementales.
Des procureurs tout comme des officiers supérieurs de la police ont
expliqué que cette tolérance constituait un véritable obstacle à leur
travail. En outre, dans chacune des villes et des régions où Human
Rights Watch s'est rendue, l'organisation a recueilli à maintes
reprises des allégations d'une pareille tolérance de la part des forces
de sécurité.
Au Nariño, par exemple, un homme s'est plaint que « les Aigles noirs
nous interrogent, à vingt mètres des policiers... On ne peut pas faire
confiance à l'armée ni à la police parce qu'elles sont pratiquement
avec eux.» Dans la région d'Urabá, un ancien fonctionnaire a indiqué
que la police d'une des villes semblait travailler avec les groupes
issus des paramilitaires : «Tout ça est très évident... La police
contrôle les entrées et les sorties [de la ville] et ... ils partagent
les renseignements.» Dans le département du Meta, un fonctionnaire a
indiqué qu'il recevait « des plaintes constantes selon lesquelles
l'armée menaçait les gens, disant que ‘les Cuchillos' [‘les
Couteaux', principal groupe paramilitaire de la région] allaient
arriver... Dans certains cas, l'armée s'en va et les Cuchillos
arrivent. »
Human Rights Watch a rappelé que le gouvernement colombien a des
obligations légales de protéger les civils contre divers dangers,
d'empêcher les exactions et, lorsqu'elles se produisent, de garantir
que leurs auteurs soient tenus de rendre des comptes.
Toutefois le gouvernement n'a pas fait en sorte de garantir que les
unités de police chargées de combattre les groupes, ou les procureurs
chargés de mener les enquêtes à leur sujet, disposent de ressources
suffisantes. Il a tergiversé lorsqu'il s'est agi de financer le
Système d'alerte précoce du Bureau de l'Ombudsman (Médiateur), qui joue
un rôle crucial dans la protection des populations civiles. Des
organismes gouvernementaux ont parfois refusé leur assistance à des
civils qui signalaient avoir été déplacés par des groupes armés. Le
gouvernement n'a par ailleurs pas pris de mesures efficaces pour
identifier les fonctionnaires qui auraient toléré ces groupes, enquêter
sur leurs actes et les sanctionner.
«L'administration Uribe n'a pas traité l'essor des groupes issus des
paramilitaires avec le sérieux que le problème exige », a conclu José
Miguel Vivanco. « Le gouvernement a pris quelques mesures pour
affronter ces groupes, mais sans fournir un effort soutenu et
significatif visant à protéger les civils, mener des enquêtes sur les
réseaux criminels de ces groupes, saisir leurs avoirs et traquer leurs
complices.»
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Le Traité de Libre Commerce
entre L’Union Européenne et la Colombie
remis en cause par l’Espagne
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Par Lionel Mesnard, le 1er février 2010
C’est un grand revers pour le Président Alvaro Uribe Veléz et sa
politique de « sécurité démocratique ». « Nous ne pouvons pas avoir un
Traité de Libre Commerce avec un pays qui ne respecte pas les droits
humains ». C’est en ces termes que des élu(e)s espagnols jugent et
mettent en cause une possible signature du TLC entre la Colombie et
l’Union Européenne en discussion depuis deux ans. Il faut souligner que
la présidence espagnole de l’Union Européenne, par le Premier ministre
Luis Zapatero a débuté le 1er janvier 2010 (1).
Une délégation de sept parlementaires espagnols s’est rendu en Colombie
du 23 au 30 janvier 2010. Ils ont rencontré des fonctionnaires
gouvernementaux de la justice et diverses organisations civiles (dont
le MOVICE). Deux d’entre eux, Marian Suarez (élue des Baléares, centre
droit) et Jordi Pedret (du PSOE, parti socialiste) rendent compte d’un
panorama sombre des droits humains en Colombie. L’hebdomadaire Semana
(2) les a interrogés sur leur perception du pays suite à cette visite.
Il en ressort un jugement sévère et « ils ont demandé au final que le
gouvernement reconnaisse le conflit armé » (3).
Cette nouvelle est à la fois une bonne nouvelle et une surprise. Mais
nous ne pouvons oublier le rôle diplomatique qu’a joué l’Espagne ces
dernières années pour l’obtention d’un accord humanitaire concernant le
sort des otages civils et politiques aux mains des FARC. Il faut saluer
cette initiative et aussi se réjouir des conclusions car elles
correspondent à l’attente de nombreux acteurs sociaux et politiques de
la paix en Colombie (4). Pour autant, il reste maintenant aux instances
de l’U.E. de mettre un terme définitif aux négociations et de mettre en
oeuvre des initiatives en faveur d’un cessez-le-feu et pour l’ouverture
de négociations avec tous les acteurs de cette guerre: gouvernement
colombien, FARC, ELN.
Il est plus que temps que nous prenions conscience en Europe d’un des
plus vieux conflits armés dans le monde. Existant depuis 1964, depuis
1991, il n’a fait que s’amplifier. Cette guerre touche régulièrement
des personnalités civiles, tout particulièrement ces dernières années
des syndicalistes, des journalistes, des militants des droits de
l’Homme, des enseignants, des responsables paysans amérindiens ou de
communautés afro-colombiennes. Et sans oublier des dizaines de milliers
d’anonymes, hommes et femmes, dont il faudra bien un jour que l’on
reconnaisse le fait d’avoir été victimes de crimes de guerre et aussi
de crimes de contre l’humanité.
Tel pourrait être est l’enjeu d’une paix durable, et les bases d’une
réconciliation nationale, à la condition de faire face à une mémoire ou
l’État a tout fait ces dernières années pour nier les évidences et les
réalités. Un millier de personnes par jour en 2008 sont devenues des
réfugiés et sont venues croître les plus de 3 millions de personnes
déjà sinistrées, et pour la très grande majorité se trouvant sans
aucune aide et dans le dénuement le plus total. Selon une enquête
récente cinq millions sept cent mile colombiens vivent en dehors de
leur pays sur une population totale de 45 millions (soit plus de 10%).
Et l’on remarque une fuite massive des classes moyennes, chaque année
par milliers des
gens diplômés n’ont que pour ambition que d'aller vivre en
paix et en démocratie (rien que pour la France près de 50.000
colombiens y résident, dont de nombreux réfugiés sociaux et
politiques).
La Colombie ne devrait plus échapper à un moment donné à une
condamnation des plus grandes instances internationales (ONU, UE, TPI, CSI).
Semble-t-il, l’étau se resserre. Le Tribunal Pénal International est
maintenant en mesure depuis fin 2009 de statuer sur les atrocités
commises par tous les acteurs du conflit. Il est à noter, que le
nombre en 2009 de «faux positifs», c’est-à-dire de jeunes civils
enlevés dans les centres urbains et tués par les forces armées du pays
a chuté en flèche, et ne concerne plus que quelques cas ces derniers
mois (environ 1500 jeunes hommes assassinés sur les années 2007 et
2008). L’objet caché était de gonfler les statistiques sur le nombre de
guérilleros abattus par l’exercice national, et au passage vanter la
politique de «sécurité démocratique» du président Uribe et de son vice-président, Juan Manuel Santos.
Notes :
1) "La délégation (…) coïncide avec le semestre pendant lequel le
Gouvernement espagnol à en charge, la Présidence du Conseil de l'Union
Européenne et la célébration, en mai à Madrid, du Sommet de Chefs
d'État de l'Amérique latine et l'Union Européenne. Par cela, elle
accorde et donne une place importance pour que les Droits de l'homme en
Colombie soient présents dans l'agenda politique espagnol et européen",
et le précise dans la déclaration émise par les parlementaires à la fin
de sa visite.
(Semana.com)
(2) lien en langue espagnole de l’entretien avec les 2 parlementaires espagnols sur Semana.com :
(3) Texte final de la délégation en castillan :
(4) Pour rappel (février 2009), un texte du sénateur Jorge Enrique Robledo du parti Démocratique et Alternatif de Colombie :
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L'ACCORD DE LIBRE-ECHANGE ENTRE LA COLOMBIE ET L’UE :
PIRE ENCORE QUE CELUI QUI A ETE NEGOCIE
AVEC LES ETATS UNIS ?
Par Jorge Enrique Robledo, sénateur,
Bogotá, le 19 février 2009
Le gouvernement colombien et l’Union européenne sont en train de
négocier un accord de libre échange. Il y a bien des raisons de croire
que les colombiens, en tout cas presque tous, en souffrirons des
conséquences aussi graves, ou pires, que celles qui furent accordées
dans le cadre du Traité de Libre Echange signé avec les Etats-Unis, un
accord léonin qui n'a pas heureusemen été ratifié par le Congrès
nord-américain parce que la majorité du parti Démocrate, et le
gouvernement de Barack Obama lui-même considèrent que sont
insuffisantes les explications et les agissements du gouvernement du
président Alvaro Uribe en ce qui concerne les assassinats des
syndicalistes: il y en a eu 49 en 2008, soit 25% de plus qu’en 2007.
Ces assassinats confirment que la Colombie est le pays le plus
dangereux du monde pour les dirigeants syndicaux. A cela s’ajoute les
scandaleuses violations de droits humains commises par des membres de
l’armée colombienne, et les relations de nombreux hauts dirigeants
politiques proches du gouvernement avec les organisations d'escadrons
de la mort, aussi appelés groupes paramilitaires.
L’Union européenne prétend prolonger la durée des brevets qui créent
des monopoles et des augmentations de prix au-delà de ce que prévoient
les normes de l’OMC et au-delà des avantages obtenus par les Etats-Unis
dans le cadre de l'ALE qu'ils ont négocié avec le gouvernement
colombien, et qui ont pourtant signifié des hausses de prix des
médicaments d'un milliard de dollars par an, selon les calculs de l'
Organisation panaméricaine de la Santé. Et il est proposé que la
Colombie accepte ce que le capital transnational n’a jamais obtenu
précédemment, ni en Europe ni nulle part ailleurs dans le monde:
l'imposition de peines de prison pour toute violation des droits de
propriété intellectuelle. Si l'ALE Colombie-Etats-Unis est un accord
OMC plus, celui que veut passer l’Union Européenne avec la Colombie
doit être appelé OMC plus plus. En toute tranquillité le ministre colombien de commerce, Luis Guillermo
Plata, a avoué: "Il y a des lignes rouges dans ces négociations (ave
l'UE) qui sont les mêmes que celles de l'ALE négocié avec les
Etats-Unis, et la Colombie n'ira pas au delà"
Avec de tels porte-paroles, il n’est pas surprenant, que les parties
aient convenu de conclure cet accord en quatre mois à peine, et que,
comme ce fut le cas avec les nord-américains, les textes aient été
négociés dans le plus grand secret et sans tenir compte de l'avis des
organisations de travailleurs, paysannes et indigènes.
Tout comme ce fut le cas avec les Etats-Unis pour leur ALE, l'Union
Européenne a imposé que les négociations soient menées séparément avec
chacun des pays de la région andine. De sorte que la Communauté Andine
des Nations (CAN), le projet d'intégration entre les pays de la
sous-région, sera encore plus affaibli qu'aujourd'hui. Que l'Union
Européenne n'appelle pas sa proposition "Traité de Libre Commerce
(ALE)" mais "Accord Commercial" ne correspond qu'à un changement de nom
calculé pour tromper les millions de Colombiens qui rejettent l'ALE
avec les Etats-Unis.
Comme dans le cas des États-Unis, les différences économiques entre la
Colombie et l'Union Européenne sont incommensurables. Par exemple, le
PIB de l'UE est 80 fois supérieur à celui de la Colombie et ses
subventions agricoles atteignent les 70 milliards de dollars par an.
L’égalité entre les parties que proclamera l'ALE n’est rien d'autre que
la consécration d'une énorme inégalité. Le Traité accordera aux
entreprises transnationales de l'Union Européenne le droit d'aller en
Colombie pour s’emparer des grandes entreprises, des ressources
naturelles et du marché intérieur, et cela gratuitement, c'est à dire
sans devoir payer pour cette prérogative, rien de plus de ce qui est
demandé aux colombiens eux-mêmes. Les dommages causés par les capitaux
entrant et sortant de Colombie, les dégâts causés à l’environnement et
les pires conditions de travail qui soient font aussi partie des bonnes
affaires recherchées par les investisseurs européens.
Il est choquant que, alors même que se confirme la responsabilité du
"libre commerce" comme cause de ce qui sera sans doute retenu dans
l'histoire comme la pire crise de l'histoire du capitalisme, les
gouvernements de l’Union Européenne et de la Colombie insistent pour
approfondir cette politique. Ils confirment ainsi que les gouvernants
des deux parties sont disposés à élever les souffrances de leurs
peuples à des niveaux inimaginables.
Il est clair que l’Union Européenne, sachant bien combien le président
de la Colombie, Alvaro Uribe, a besoin de la signature d'un ALE pour le
faire apparaître comme une absolution morale et politique, saura faire
payer le prix d'une telle absolution en privilèges pour ses entreprises
transnationales, en allant même au-delà de ceux qu'ont obtenu les
Etats-Unis dans leur ALE avec la Colombie
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| Haïti-Séisme : L’interminable tragédie
Par Castro Desroches, le 22 janvier 2010
Le terrible tremblement de terre qui vient de dévaster
Port-au-Prince et certaines villes de province a suscité
à travers le monde un vaste mouvement de solidarité et de
compassion envers le peuple martyr d’Haïti. Le
président américain Barack Obama a réagi
immédiatement en créant une Commission d’urgence
dirigée par ses deux prédécesseurs George W. Bush
et Bill Clinton. Le président du Sénégal,
Abdoulaye Wade, a officiellement offert de mettre une région
fertile de son pays à la disposition des Haïtiens
désireux de trouver refuge en dehors des frontières
nationales. Dans un élan humanitaire remarquable, des
secouristes venus de toutes parts ont répondu à
l’appel de ce petit pays qui ne semble pas pouvoir atteindre une
ère de répit après plus de 500 ans de turbulences
coloniales et postcoloniales.
Des millions de
dollars ont été déjà
débloqués par la communauté internationale en vue
de financer le vaste mouvement de sauvetage qui se fait actuellement
sur le terrain. Pour la grande majorité des observateurs,
Haïti a besoin d’une aide matérielle massive et
urgente en vue de limiter les dégâts humains qui
s’élèvent déjà à un nombre
incalculable de victimes. Au-delà de l’immédiat, un
travail titanesque de reconstruction sera nécessaire en vue de
rendre fonctionnel le pays haïtien. A un tournant aussi
dramatique, le rafistolage ne suffira pas. Aux grands maux, les grands
remèdes.
En attendant des lendemains
moins pénibles, chaque jour apporte dans la diaspora
haïtienne sa litanie de nouvelles « imbibées de sang.
» Nouvelles de destruction, de pertes en vies humaines et de
famine. Images technicolors de la lutte dérisoire pour la survie
au milieu des ruines. Images apocalyptiques d’une Haïti
ravagée par un fléau encore plus dévastateur que
les pires dictatures de notre tumultueuse Histoire. Les Haïtiens
de l’étranger redécouvrent avec horreur
l’étendue du dénuement qui frappe «
l’amère patrie. » Un sentiment d’impuissance,
de malaise et de culpabilité vient s’ajouter à la
tristesse que provoque le spectacle de tant de malheurs. Comment
avons-nous permis à un si beau pays de descendre si bas ? Aucun
Haïtien ne pourra désormais se dédouaner de ses
responsabilités dans la débâcle nationale.
Avec cette catastrophe Haïti devient davantage un pays en
faillite, un pays assisté, sinistré et dépendant
de la bonne volonté de la communauté internationale.
Haïti va-t-elle s’enfoncer irrémédiablement
dans sa douloureuse agonie ? Va-t-on assister au contraire à un
sursaut national en vue d’engager ce pays vers la voie de la
modernité ?
Aujourd’hui, les
puissances amies d’Haïti se battent pour la distribution de
l’aide humanitaire. La France a même accusé les
États-Unis de vouloir imposer sinon une occupation, du moins un
monopole dans la logistique des opérations de sauvetage.
C’est la ruée vers Haïti. Aucune puissance qui se
respecte ne veut être accusée aujourd’hui de
non-assistance à pays en danger. Qu’en sera-t-il demain
lorsque les caméras de la télévision
étrangère seront fatiguées d’enregistrer les
mêmes images déprimantes de misère extrême et
de désolation ?
Ce qui est
évident, c’est que l’avenir de ce pays ne semble pas
très radieux si l’on tient compte du comportement
énigmatique de ce qui tient lieu de gouvernement en Haïti.
Refugié dans son solennel silence, le président
René Préval semblait avoir tout bonnement disparu dans
les décombres. Il a finalement refait surface miraculeusement
à l’Aéroport international de Port-au-Prince sous
les yeux étonnés des journalistes de la CNN. Pour un peu,
on aurait cru qu’il s’apprêtait à prendre le
premier avion en partance pour Miami, « son » palais et sa
résidence privée ayant été détruits.
Le président Préval aura beau clamer et proclamer
qu’il est encore vivant. L’impression
générale, c’est que symboliquement, il a disparu
avec le Palais National.
Le moment
n’est certainement pas à la polémique mais un peu
plus de leadership serait dorénavant particulièrement
apprécié. Ne serait-ce que pour sauver les apparences.
Autrement, au-delà de la tragédie, nous risquons de
passer davantage pour une caricature de pays. Une grande savane
désolée dirigée par des zombis en cavale.
La générosité des partenaires internationaux et
des sympathisants à la cause haïtienne est plus
qu’évidente. Cependant, sans vouloir sombrer dans un
nationalisme étroit, il s’agit en fin de compte de notre
pays à nous. Nous ne pouvons plus continuer à demander
aux étrangers d’être plus haïtiens que les
Haïtiens eux-mêmes.
Haiti-Séisme : De la discrimination dans les opérations de secours ?
Dépêche du 22 janv. 2010 [AlterPresse] - Un sauveteur colombien
affirme à la presse colombienne que les équipes de secours déployés en
Haiti suite au puissant séisme du 12 janvier ont reçu l’ordre de
vérifier si les cadavres rencontrés étaient ceux de Blancs ou de Noirs.
«Il y a du racisme dans les opérations de secours en Haiti», dénonce
Camilo Monroy dans des déclarations faites à Radio W et rapportées par
le quotidien El Tiempo. Monroy, étudiant en photographie qui
a intégré une délégation de la défense civile et du personnel médical
militaire colombiens, a fait part de ses frustrations dans son travail
de secouriste à Port-au-Prince. Le premier choc reçu a été
le 15 janvier dans l’aéroport international Toussaint Louverture, où un
citoyen noir a été, selon lui, abandonné sur la piste sans aucune aide.
« Il y a avait cette personne brûlée à 80%, abandonnée sur la piste
sans aucune aide et ils ne sont pas allés la sortir, alors qu’il y
avait deux personnes blanches à l’intérieur de l’aéroport, légèrement
blessées seulement, avec trois docteurs à leurs côtés et des pansements
sur la tête », affirme-t-il. Camilo Monroy soutient que les
secouristes ont reçu l’ordre de vérifier si les cadavres rencontrés
étaient blancs ou noirs, sans pouvoir identifier l’origine de cet ordre.
« S’ils étaient noirs ils les laissaient, s’ils étaient blancs ils les
sortaient aussi vite que possible. Si nous n’arrivions pas à les
reconnaître, on sortait une main et on prenait des empreintes ».
Le secouriste colombien a également émis des critiques sur la gestion
des secours. Selon lui, « les opérations à l’hôtel Montana, un des plus
importants de la capitale et dans lequel descendaient d’importantes
personnalités, ont été interrompues quand un général chilien, qui fait
partie de la mission de l’ONU, a ordonné de chercher son épouse, qui
était hébergée dans l’immeuble, sans se préoccuper de la présence ou
non de plus de gens sous les décombres ». D’autre part, il a
fait remarquer qu’ « il n’ y a pas d’hôpital pour soigner les blessés,
mais au siège de l’ONU, où étaient les cameras de télévision, il y
avait 600 secouristes pour sauver une seule personne ». Le
séisme survenu le 12 janvier à Port-au-Prince et dans quelques autres
villes de l’Ouest et le Sud-est d’Haiti a fait des dizaines de milliers
de morts, 250.000 blessés et d’innombrables dégâts matériels. |
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| Haiti-Séisme : Repenser l’État
Par Maryse Noël Roumain, le 21 janvier 2010
« Le rôle de l’Etat est multifunctionnel et dynamique plutôt que singulier et statique » (1)
Il faut bien l’admettre : le tremblement de terre du 12 janvier
2010 en Haïti a provoqué l’effondrement de notre
capitale et d’autres régions du pays, causant morts,
blessés, sans abris et traumatises. Mais il a aussi comme
résultat et comme constat : l’effondrement de
l’État.
C’est d’un
État fragile qu’il s’agit. Un État ayant du
mal à se démocratiser et étant incapable de
développer les infrastructures nécessaires et
d’organiser l’offre de services de base à sa
population. Un État qui avec peine commençait à
rétablir la sécurité avec ses 14.000 policiers et
l’aide des Nations Unies. C’est cet État en faillite
qui serait appelé à faire face à l’immense
tache de reconstruction du pays.
Il nous
faut, pour répondre aux besoins du pays et de la population,
profiter de l’opportunité pour repenser et
redéfinir l’État.
De quel État avons-nous besoin ?
Nous avons besoin d’un État capable de faire face à
la situation grave et complexe dans laquelle le pays et le peuple
d’Haiti se trouvent aujourd’hui suite au désastre du
12 janvier dernier. Dans cette nouvelle conjoncture, il nous faut
dépasser toute vision réductrice car l’État
ce ne sont plus les occupants du palais présidentiel
d’ailleurs sérieusement endommagé et
désaffecté, ce ne sont plus les différents
ministères réduits en poussière et leur personnel
désorganisé et désorienté, ce ne sont plus
les sénateurs, les députés et le personnel du
corps judiciaire incapables de fonctionner. Ce n’est même
plus le corps de police en formation. L’État, ce devrait
être l’ensemble des forces vives et saines de la nation
organisées autour des taches de reconstruction et de leaderships
compétents et dévoués à la cause du pays.
Le consensus aujourd’hui est qu’un État performant
est une condition nécessaire à la reconstruction et au
relèvement des pays ou l’État a failli. Cette
vision est encore plus valable dans les circonstances actuelles.
La société civile
La société civile organisée et à organiser
doit être amenée à participer aux taches de
l’État plus que jamais fragilisé et
défaillant si nous voulons éviter et contenir le chaos et
la violence anarchisante et être capables de nous atteler
à la tache en tant que partenaires de la solidarité
internationale qui s’offre à nous aujourd’hui si
généreusement.
Sortir de la mentalité « lakou »
La vision de l’État en tant qu’instrument d’un
pouvoir personnel au service d’un clan ou d’un petit groupe
doit s’effacer pour céder la place à un État
démocratique au service de la collectivité. Il nous faut
sans tarder sortir de la logique de « chasse gardée
», de la mentalité « lakou », qui ont
marqué nos gouvernements trop souvent dictatoriaux et
prédateurs. Il nous faut plutôt favoriser la collaboration
et la coopération par la mise en commun des ressources et des
compétences. Il faut une synergie des compétences et des
ressources.
Entrer dans la modernité
L’opportunité s’offre à nous d’entrer
aujourd’hui dans la modernité par le dépassement
des éléments négatifs de notre mentalité et
de nos pratiques, causes de notre sous-développement chronique
et de la faillite de nos institutions.
Entrer
dans la modernité, c’est aboutir à la conception et
la constitution d’une autorité centrale compétente
et démocratique de gestion et d’exécution ;
c’est avoir une administration publique performante, soucieuse
d’une culture de résultats ; non corrompue, efficiente,
transparente et comptable ; c’est penser la préparation et
le renouvellement des cadres par la formation dans le but
d’assurer la reconstruction et de créer un nouveau
leadership ouvert sur le monde et conscient de ses
responsabilités personnelles et sociales, avec la
capacité de solutionner les problèmes complexes qui se
posent.
Identifier nos forces
L’opportunité se présente d’identifier nos
forces et nos faiblesses afin de pouvoir capitaliser sur les
premières et éradiquer les dernières. Nos forces,
c’est notre culture qui représente un potentiel pour le
développement d’activités créatrices de
richesses et le renouvellement de notre identité et de notre
dignité ; ce sont nos ressources humaines, notre capital humain
dans lequel il nous faut davantage investir en mettant sur pied des
programmes d’éducation de qualité et en se souciant
de la santé de la population comme de son bien-être ; nos
forces, c’est notre éthique de travail sur laquelle nous
devons reposer pour créer des emplois, de la richesse et des
biens.
Utiliser nos ressources au sens large
Les ressources financières externes ne sont jamais suffisantes
en elles-mêmes pour catalyser le développement durable. Il
faut envisager les ressources dans le sens large. Notre pays quoique
pauvre possède des ressources potentielles et par le pouvoir de
l’imagination peut en créer de nouvelles. (Ghani et Al,
2008).
Il ne faut pas négliger par
exemple les contributions de nos expatriés qui peuvent investir
dans le pays d’une façon plus profitable. La richesse de
notre secteur privé qui, à l’heure actuelle, est
exportée peut être investie dans la création
d’emplois dans le pays même, en collaboration avec
l’investissement étranger dont
l’intérêt se manifeste. Et, par-dessus tout, la
résilience, la créativité et la grande
capacité d’adaptation de notre peuple peuvent être
mises à contribution de même que sa volonté de
participation par le travail, le bénévolat, qui doit
être récompensée à sa juste valeur.
Notre force réside aussi dans la valorisation que nous accordons
en tant que peuple à l’éducation conçue
comme moyen de la mobilité sociale et de la réussite. Il
est plus que temps d’encourager ces valeurs positives qui tendent
à se perdre.
Encadrer et mobiliser nos jeunes
Notre jeunesse, qui représente plus de 60% de la population,
livrée à elle-même, représente notre avenir.
Elle devrait être encadrée, préparée,
formée et mobilisée. Elle doit s’impliquer,
participer à travers ses organisations dans les taches de
reconstruction et de développement. Notre jeunesse est la source
d’où viendront les leaders et les cadres de demain qui
prendront en charge la relève devant assurer la
réalisation et la continuité de la reconstruction.
Supporter et encourager nos compétences
Notre potentiel de leadership, nos talents et nos intelligences, ne
peuvent être abandonnés : « leadership needs to be
nurtured at all levels of society, in government and business, from the
village to the presidency, the workshop to the boardroom” (ibid).
Nos leaders, nos compétences doivent être appelés
à participer et à donner le meilleur
d’eux-mêmes et d’elles-mêmes. La valorisation
du mérite et de l’excellence doit être
priorisée ; la criminalité, l’immoralité et
l’impunité condamnées et combattues.
Notre nation et la communauté globale sont à un moment
critique. Un défi se présente à nous qui nous
pousse à questionner nos façons établies de
concevoir et d’agir. Notamment notre compréhension de
l’État et les pratiques qui en découlent. La
façon dont nous posons les problèmes et les solutions que
nous proposerons détermineront notre succès ou notre
échec.
Nous devons pouvoir saisir les
opportunités qui s’offrent à nous. Notre nation a
sans aucun doute besoin de la solidarité internationale et de la
constitution d’un fonds de reconstruction estimé à
plusieurs milliards de dollars, mais elle possède aussi
d’autres capitaux tels que sa culture, ses ressources humaines,
sa volonté de travailler …qu’il faut aussi
considérer et utiliser pour créer un État
performant qui servira de véhicule à la
prospérité et à la sécurité ; sinon
nous serons toujours dans la spirale de la pauvreté et de
l’instabilité.
Note :
(1) Ghani,
A. & Lockhart, C., Fixing Failing States, a Framework for
Rebuilding a Fractured World, New York : Oxford University Press. 2008.
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| COLOMBIE : QUATRE BRÈVES DANS UN MÊME SENS
par Hernando Calvo Ospina, Traduction Armando García, le 17 janvier 2010
UN JOUR VIENDRA
Il
fait déjà l’objet d’une plainte pour crimes
contre l’humanité devant la Coupe Pénale
Internationale de La Haye. Ce sont des organisations de droits humains
qui l’ont déposée. Le fait qu’il soit
président empêche qu’on ouvre une enquête
contre Álvaro Uribe Vélez. Les crimes contre
l’humanité sont au-dessus de tout crime. Malgré
cela, Uribe Vélez a obtenu que plusieurs chefs
narcoparamilitares, qui ont commis des milliers de meurtres horribles,
soient extradés aux USA sous l’accusation de trafic de
drogue. Il a ainsi évité qu’ils continuent à
raconter aux Colombiens comment lui-même, des politiciens de
droite, des propriétaires fonciers, des cadres de
l’armée et de multinationales ont instauré, tous
unis, le terrorisme d’État.
Mais…
aujourd’hui, la grande préoccupation du président,
du vice-président Santos, de l’ex-ministre de la
Défense - un autre Santos- et de beaucoup de «
personnalités » est de ne pas être en mauvais termes
avec Washington. Ils pourraient, pour une moindre brouille, finir
devant un tribunal usaméricain. Les preuves qu’ont remis
les paramilitaires et autres ex-fonctionnaires colombiens à la
justice usaméricaine sont catégoriques. Et là, on
les tient bien gardées, comme c’est la coutume aux
USA…
C’est passé inaperçu. Le 24
novembre 2009 a été enregistrée au
secrétariat du Sénat colombien « une
dénonciation pénale pour délit de trahison de la
Patrie » contre Uribe Vélez et des possibles coauteurs.
Selon la plainte, les accords militaires signés avec les USA
« violent les principes fondamentaux de la Constitution ».
Tant de crimes et de délits ne peuvent rester impunis. Si la
justice colombienne ou la Cour Pénale Internationale n’y
arrivent pas, un jour peut-être leur complice et protecteur se
retournera contre eux. Dès qu’ ils ne serviront plus
à Washington, ou que leur image sera devenue
indéfendable, ils seront alors traités comme des kleenex.
L’ex-secrétaire d’État US Henry Kissinger
l’a dit : « Être notre allié est fatal ».
MENACES VALABLES
Bien
qu’il réside en Colombie, c’est la police
fédérale usaméricaine, le FBI, qui a fait
l’enquête. Dans les heures qui ont suivi sa capture, ses
chefs d’inculpation lui ont été notifiés. Le
jeune homme est supposé avoir menacé de mort, sur
Facebook, les deux fils du président Álvaro Uribe
Vélez. Par un communiqué de la Présidence du 2
décembre, les rejetons disent : « Nous répudions
tout acte de terrorisme, tel que l’incitation à
l’homicide -indépendamment de sa motivation et de la
personne qui le commet ». Si l’acte du jeune homme
était confirmé, il répéterait
malheureusement une pratique des dirigeants colombiens. Il est courant
de taxer les adversaires politiques légaux de «
guérilléros » ou de « terroristes ».
Ceux qui ont été assassinés par des «
inconnus » sont déjà des centaines. Cela se fait
depuis cinquante ans. Uribe Vélez a multiplié cette
aberrante incitation au crime. La personne qui a le plus «
mérité » ses attaques est la sénatrice
Piedad Córdoba. Son inébranlable initiative d’aide
à l’échange de prisonniers entre la guérilla
et l’État est une des causes. La quantité de
grossièretés et de menaces proférées sur
elle est déconcertante. La plupart se font dans la section
« commentaires » des sites des principaux médias. On
a identifié sur Facebook 30 groupes qui appellent à
attenter à sa vie. Et pas une seule enquête.
LUIS CARLOS GALÁN, UN CRIME D’ÉTAT DE PLUS ?
Le
18 août 1989, près de Bogota, Luis Carlos Galán,
candidat à la présidence de Colombie, était
assassiné Ce dirigeant politique fut un des quatre candidats
assassinés à cette époque. Dans chaque cas,
presque immédiatement, sans un minimum d’enquête, le
chef du Département Administratif de Sécurité, le
DAS, Miguel Bat Márquez, assurait que le responsable
était le narcotrafiquant Pablo Escobar, chef du fameux Cartel de
Medellín. Presque personne n’osait douter de la parole
« du meilleur policier du monde », comme l’avait
nommé Washington. Il menait une guerre sans merci contre celui
que Washington appelait le « pire criminel du monde ».
Comme on le sait, le cartel de Cali, aussi ennemi d’Escobar,
livrait des informations à Maza. Par une de ces «
coïncidences de la vie », le général
était marié avec une parente d’un des principaux
parrains de Cali. Détails sans importance… Le 18
août 2009, à quelques heures de la prescription du meurtre
de Galán, un des rares juges honnêtes et courageux de
Colombie a ordonné la détention du Maza Márquez,
déjà retraité. Il l’a fait sur base du
témoignage du chef narcoparamilitaire Ernesto Báez, qui a
assuré que le policier « incorruptible » et «
honnête » était derrière la mort de
Galán. Pablo Escobar a été responsable de
centaines de crimes et d’assassinats. Mais beaucoup de ceux
qu’ont commis de hauts responsables de l’État lui
ont été attribués. Celui de Galán
n’est qu’un échantillon.
PRISONNIERS POLITIQUES ET DE GUERRE
En
Colombie il y a environ sept mille prisonniers politiques et de guerre.
Presque tous torturés. Femmes et hommes. Noirs, Indiens,
mulâtres… syndicalistes, étudiants,
guérilleros, paysans, enseignants, intellectuels…
Miguel
Ángel Beltrán Villegas est l’un d’eux.
À la demande de Bogotá, ce sociologue a été
arrêté à Mexico le 22 mai 2009. Il y
résidait en tant qu’universitaire invité. On
allégua qu’il était membre des FARC. Après
avoir été torturé, il fut extradé - en
violation des conventions entre les deux pays qui interdisent de le
faire pour motifs politiques.
Le 23 décembre 2009, dans
la nuit, Beltrán Villegas a été sorti de sa
cellule de la prison Modelo de Bogotá. Selon des témoins,
la seule explication qu’on lui a donnée est qu’il
« serait transféré vers des terres froides ».
Aucune autorité n’a informé sa famille ou ses
avocats de son transfert. On ignorait à la date du 7 janvier
où il se trouvait. Il a disparu. Si à Cuba un
contre-révolutionnaire est arrêté, la nouvelle fait
le tour du monde et l’Union Européenne menace
d’appliquer des sanctions. Si au Venezuela un « opposant
» enfreint les lois et est arrêté, la presse
mondiale se scandalise devant la « répression chaviste
». Le gouvernement colombien étant un humble serviteur de
Washington, les grands médias qui créent l’opinion
font comme si de rien n’était. C’est comme si ces
combattants populaires et révolutionnaires n’existaient
pas. Ou s’ils méritaient ce qui leur arrive...
Source : http://www.hernandocalvoospina.com/Terres et conflit Extraction des ressources, Par Inter Pares, septembre 2009droits de la personne et responsabilié sociale des entreprises :les socétés canadiennes en Colombie
Nécessité de l’étude
L’investissement
étranger direct canadien en Colombie a augmenté
sensiblement depuis les années 1990, notamment dans les
télécommunications, les mines et l’extraction de
combustibles fossiles. Les sociétés minières et
pétrolières canadiennes jouent un rôle majeur en
Colombie. Les zones où se concentrent leurs activités,
riches en minerais et en pétrole, ont été –
et sont toujours – aux prises avec la violence, les
déplacements de population et les activités
paramilitaires. De fait, c’est dans les régions riches en
ressources que l’on constate 87 % des déplacements
forcés, 82 % des violations des droits de la personne et du
droit humanitaire international, et 83 % des meurtres de dirigeants
syndicaux. La gravité de la violence et la présence de
groupes armés illégaux font craindre que
l’investissement canadien profite du conflit ou qu’il en
soit complice. Maria McFarland Sánchez-Moreno, principale
chercheuse pour les Amériques de Human Rights Watch, a
déclaré dans son témoignage devant le
Congrès des É.-U. le 12 février 2009 : «
Malgré le tableau idyllique de la situation des droits de la
personne que brossent souvent des représentants de
l’État colombien, il y a encore aujourd’hui en
Colombie des violations généralisées des droits de
la personne – exécutions extrajudiciaires de civils,
disparitions forcées, enlèvements, utilisation
d’enfants-soldats et de mines antipersonnel, extorsion et
menaces. Le controôle des terres, de la
main-d’œuvre et des ressources naturelles fait partie
intégrante de la guerre et de la violence en Colombie et le pays
a été le théâtre de déplacements et
de meurtres massifs à des fins économiques et politiques
au cours des dernières décennies. Il y a des
corrélations frappantes entre les sites d’investissement
(national et étranger) et les violations des droits de la
personne, à partir des meurtres et massacres jusqu’au vol
massif des terres et de la propriété, en passant par les
violations du droit de circuler librement et du droit à un
environnement sain. |
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| « L’Amérique Latine exorcise la culture de l’impuissance »
Interview d’Eduardo Galeano, le 8 janvier 2010
L’auteur
et le journaliste uruguayen Eduardo Galeano consacré il y a
presque 40 ans avec le livre "Les veines ouvertes de
l’Amérique latine", l’oeuvre que le président
vénézuélien, Hugo Chavez, a choisie de donner
à son homologue américain , Barack Obama. Mais la
fascination que Galeano éveille subsiste jusqu’à
aujourd’hui. Un témoignage quotidien de cette admiration :
pendant l’entrevue, qui s’est déroulée dans
un café de Buenos Aires, un homme s’est approché
avec discrétion avec sa fille et il s’est assis à
une table proche pour pouvoir l’écouter. Son dernier livre
"Miroirs", parle d’un monde contradictoire qui a de la peur de se
voir, et de se reconnaitre.
Comment vous définissez l’Amérique latine ?
C’est
une terre de rencontres de beaucoup de diversités : de culture,
religions, traditions, et aussi de peurs et d’impuissance. Nous
sommes différents dans l’espoir et dans le
désespoir.
Comment cette variété influence le présent ?
Durant
ces dernières années il y a un processus de renaissance
latino-américaine dans lequel ces terres du monde commencent a
se découvrir elles-mêmes dans toute leur diversité.
Ce que l’on a appelé découverte de
l’Amérique a été, en réalité,
une dissimulation de la diversité de la réalité.
L’Amérique est l’arc-en-ciel terrestre, qui a
été mutilé durant quelques siècles de
racisme, de machisme et de militarisme. Ils nous ont laissé
aveugles de nous-même. Il est nécessaire de
récupérer la diversité pour célébrer
le fait que nous sommes plus [NDT : divers, riches, complexes] que ce
qu’ils nous ont dit.
Cette diversité peut-elle être un empêchement pour l’intégration ?
Je
crois que non. Toute unité fondée sur
l’unanimité est une fausse unité qui n’a pas
d’avenir. La seule unité digne de foi est
l’unité qui existe dans la diversité et dans la
contradiction de ses différentes parties. Il y a un triste
héritage du stalinisme qu’on a appelé "socialisme
réel" tout au long du 20° siècle, cela a trahi
l’espoir de millions de personnes justement parce qu’on a
imposé ce critère, celui que l’unité
c’est l’unanimité. On a confondu ainsi la politique
avec la religion. On a appliqué des critères qui
étaient habituels dans les temps de la Sainte Inquisition, quand
toute divergence était une hérésie digne de
punition. Cela est une négation de la vie. C’est un sort
de cécité qui t’empêche de te mouvoir parce
que le moteur de l’histoire humaine est la contradiction.
La diversité peut-elle établir des chemins irréconciliables de vie ?
Non
jamais. En tout cas, il ne faut pas avoir peur de la
vérité de la vie. Il faut la célébrer,
parce que meilleur de la vie c’est sa diversité. Le
système qui domine la planète nous propose une option
très claire. Il faut choisir, de voir si tu désire mourir
de faim ou d’ennui. Je ne veux mourir d’aucun des deux. Le
système dominant d’aujourd’hui nous impose une
vérité une seule, une seule voix, la dictature de la
pensée unique qui nie la diversité de la vie et qui par
conséquent la rétrécit, elle la réduit
à presque rien. Le meilleur de ce que le monde a réside
dans la quantité de mondes qu’il loge, et cela vaut
à son tour pour l’Amérique latine. Le meilleur
d’elle c’est la quantité des Amériques
qu’elle contient.
Vous parliez d’une redécouverte latino-américaine. Un exemple ?
La
Bolivie, avec Evo Morales, elle a redécouvert sa
diversité avec beaucoup de dignité et avec la
fierté de dire : « Nous sommes divers, et sommes
indigènes. Mais non seulement indigènes. Nous sommes
divers ». Il est évident que la Bolivie est un pays comme
le Paraguay, et jusqu’à un certain point l’Uruguay,
soumis dans une certaine mesure au poids asservissant des grands
voisins, et surtout du Brésil, qui s’oppose actuellement
à ce que chaque pays ait un vote dans la Banque du Sud.
Quelle est la force de ce projet ?
La
Banque du Sud est la base financière de l’unité
latino-americaine, un projet de Chávez certainement. Il est
né comme une réponse à la dictature
financière du Fonds Monétaire International et de la
Banque Mondiale, où n’existe pas le système «
d’un pays, un vote ». Les votes dépendent du capital
investi : tant d’argent, tant de votes, de sorte que le Fonds est
dirigé par cinq pays, et la Banque par huit, même si
l’un est appelé Mondial et l’autre International.
Peut-il récupérer un fonctionnement démocratique ?
C’est
très difficile, pour la simple raison que la démocratie a
été plus formel que réelle dans les processus
historiques latino-americains. Et dans les démocraties, pour
qu’elles le soient vraiment, elles ne doivent pas régir
des relations verticales ou hiérarchiques, où il y a une
autorité et des exécutants. Elles doivent être
horizontales, solidaires, égales entre elles capables de se
respecter et de se reconnaître, parce que la vérité
c’est que nous ne nous connaissons pas. Nous devons nous
connaître pour commencer à nous reconnaître, pour
savoir tout ce que nous pouvons apprendre de l’autre. Depuis la
conquête espagnole nous avons été formés par
des empires successifs à l’ignorance mutuelle, au divorce
et à la haine mutuelle. La spécialité
latino-americaine est la guerre entre voisins.
Le Brésil peut faire valoir que, puisqu’il est plus grand, il doit avoir davantage de voix ?
Cela
part de la base dont la grandeur coïncide avec grandiloquent. Mon
expérience m’a enseignée que la grandeur
n’habite pas le grandiloquent. Elle est dissimulée dans
les gens anonymes, dans le jour après jour qui paraît
insignifiant et indigne d’attention. Le grandiloquent est
généralement très mesquin et avec un petit esprit.
Je ne veux pas dire que le Brésil ait un petit esprit, mais il
ne faut pas confondre où est la grandeur brésilienne, qui
réside parmi les moins bien traités de ses citoyens.
Des héros anonymes ?
Dans
une conversation on m’a demandé quel était mon
héros préféré. J’ai dit : « Le
jour où j’allais à l’aéroport pour
entamer ce voyage j’ai pris un taxi, et j’ai discuté
avec le conducteur. Le chauffeur travaillait dans le taxi entre 10 et
12 heures par jour, mais ensuite il avait un autre emploi. Il dormait
entre trois et quatre heures par jour pour donner à manger
à son fils. Pour lui les dimanches n’existaient pas, il ne
se rappelait pas non plus à quoi ils ressemblaient ».
Celui-là est mon héros préféré.
Avant
on disait que le moteur de l’histoire humaine est la
contradiction. Croyez-vous qu’il y ai des contradictions
nuisibles ?
Il ne doit pas être ainsi. Toute
contradiction est un signal de mouvement. En effet il y a des
injustices objectivement nuisibles. En Amérique latine,
l’abîme qui sépare ceux qui ont de ceux qui sont
dans le besoin, à la minorité dominante de la
majorité dominée, est chaque fois plus grand.
L’Amérique Latine est une région inégale
dans un monde chaque fois plus injuste, où ceux qui sont
affamés dépassent le milliard de personnes.
Observe-t-on de nos jours un changement significatif en Amérique latine ?
Oui.
Il se produit quelque chose de très beau, qui est une sorte
d’exorcisme collectif des vieux démons. Et d’autres
nouveaux aussi. Un de ceux qu’a laissé
l’héritage colonial a été la culture de
l’impuissance, qui te met l’idée dans la tête
que « il n’est pas possible » de changer les choses.
Et cela vaut pour les pays pauvres et pour ceux qui sont riches. Parce
que le Vénézuéla est un pays objectivement riche,
il a du pétrole, mais ce concept de l’impuissance y a
été intériorisé c’est un fait contre
lequel le pays essaye maintenant de combattre. C’est un combat
difficile, parce que la culture du pétrole forme pour acheter et
non pour créer.
Qu’est-ce que vous voulez dire ?
On
te forme avec l’idée qu’il ne faut pas travailler
pour créer des choses si l’on peut les consommer.
C’est la culture de consommation, non de création.
Née de la culture de l’impuissance, qui est la pire des
héritages coloniaux. Il t’enseigne à ne pas penser
avec ta tête, à ne pas sentir avec ton propre coeur, et
à ne pas bouger avec tes propres jambes. On te forme pour
marcher en chaise roulante, pour répéter des idées
étrangères et pour éprouver des émotions
qui ne sont pas tiennes.
Les gauches de l’Amérique latine sont-elles différentes ?
Il
y a de tout, par chance, justement parce que nous sommes divers.
C’est pourquoi c’est très injuste de
généraliser, surtout quand la
généralisation proviend de regards étrangers, qui
regardent te jugent, et en te jugeant te condamnent. Il y a un complexe
de supériorité qu’ont les pays dominants dans le
monde, qui imposent les conditions pour obliger les autres à
passer les examens de la démocratie, qui sont les grands
enseignants pour décider qui est démocrate et qui ne
l’est pas, quels processus sont bien et lesquels sont mauvais. Et
quand ces professeurs de démocratie viendront nous juger, nous
surveiller depuis dehors et nous condamner à l’avance, ils
exerceront un droit de propriété qui est l’un des
droits les plus répugnants.
Quelles
différences y-a-t-il entre les présidents du
Vénézuéla, de l’Équateur et de la
Bolivie ?
Beaucoup, parce qu’ils sont des
expressions de trois pays différents. La liste des
différences est interminable. Mais la liste des
coïncidences entre les pays qui cherchent des chemins de
libération après des siècles d’oppression et
de négation d’eux-même n’est pas tellement
interminable. Ce sont les expériences différentes de
trois pays qui décident de cesser de cracher sur le miroir,
d’arrêter de haïr leur propre image, de se permettre
de regarder avec les yeux de ceux qui les méprisent.
Quel rôle accomplit le Brésil dans ceci ?
Un
rôle très important, mais le problème c’est
la tentation d’un mot abominable : le leadership. Tous les pays
s’attribuent l’intention de l’exercer et cela
génère des relations contaminées par l’ordre
hiérarchique qui nie l’égalité de droits. Je
ne veux que personne soit mon leader. Je ne veux pas commander ni
être commandé. Je ne suis pas né pour obéir.
Je suis né pour exercer ma liberté de conscience. Je ne
peux pas accepter l’idée que parmi les personnes ou parmi
les pays il y ait des conducteurs ou des conduits. Il faut aller vers
une société vraiment libre.
Qu’est-ce que vous pensez de la réélection présidentielle ?
Je
n’aime pas beaucoup, parce que cela implique un certain
attachement au pouvoir et cela n’est recommandable en aucun cas.
Le pouvoir en lui, bien qu’il soit un petit pouvoir, empoisonne
assez l’esprit. Je sais qu’il faut l’exercer, mais en
sachant qu’il est dangereux. Le pouvoir produit des monarchies,
des pouvoirs absolus, des voix qui n’écoutent que leurs
propres échos incapables d’écouter d’autres
voix.
D’où convient cette tentative de se perpétuer dans le leadership ?
En
Europe on l’attribue à l’héritage du
caudillisme en Amérique latine, au sous-développement,
à l’ignorance, à notre tendance au populisme et
à la démagogie. Mais il faut regarder l’histoire
des pays dominants pour voir jusqu’à quel point eux ils
ont été soumis à la volonté, par exemple,
d’un type complètement fou comme Hitler. C’est
invraisemblable : dans le pays le plus cultivé d’Europe,
des millions de personnes l’acclamaient. Et les leaders de
maintenant, Qu’est-ce qu’ils pensent venir nous enseigner ?
L’Uruguay a une démocratie plus ancienne que la
majorité des pays européens. Et en matière de
droits de l’homme, il a conquis avant les Etats-Unis et beaucoup
de pays européens la journée de travail de huit heures,
le droit au divorce, et l’éducation gratuite et
obligatoire.
Pourquoi y-a-il à peine des relations entre l’Amérique latine et l’Afrique ?
C’est
un scandale. Cela provient du système éducatif et des
moyens de communication. Dans la majorité des pays de
l’Amérique latine il y a une influence africaine
énorme : dans la cuisine, le sport, le langage, l’art. Et
toutefois, de l’Afrique, nous ne savons rien.
Pourquoi ?
Par
racisme. Nous savons ce que nos maîtres de siècle en
siècle ont voulu que nous sachions, et de de nous nous ignorons
presque tout parce que cela leur convenait. Par exemple, cela ne leur
convenait pas que nous sachions que ces esclaves qui sont
arrivés de l’Afrique chargés comme des choses
apportaient leurs dieux, leurs cultures. De toute façon, le
problème avec l’Afrique né du racisme et de
l’exploitation esclavagiste n’est pas latino-americaine,
mais de toutes les Amériques. C’est pourquoi
l’élection d’Obama m’a paru digne
d’être célébrée, bien qu’ensuite
ce qu’il a fait ne me convainque pas trop.
Que représente Obama ?
Un
de mes enseignants, don Carlos Quijano, avait l’habitude de dire
: « Tous les péchés ont une rédemption. Tous
sauf un. Il est impardonnable de pécher contre l’espoir
». Avec le temps j’ai appris combien il avait raison.
Regrettablement, Obama pèche contre l’espoir que
lui-même a su réveiller, dans son pays et dans le monde.
Les frais de guerre ont augmenté, ils dévorent maintenant
la moitié de leur budget. Une défense contre qui, dans un
pays envahi par personne, qui l’a envahi et continue à
envahir presque tous les autres ? Et le comble, cette blague de mauvais
goût : recevoir le prix Nobel de la Paix en prononçant une
éloge à la guerre.
Quelles sont, à son avis, les peurs du 21° siècle ?
L’art
de raconter est né de la peur de mourir. C’est dans les
mille et un des nuits. Chaque nuit, Sherezade racontait une nouvelle
histoire pour un nouveau jour de vie. Mais je crois aussi que la peur
de vivre est pire que la peur de mourir. Et il me paraît que
l’affaire, dans ce monde et en ce temps, est celle-là : la
peur de se souvenir, la peur d’être, la peur de changer.
Soit : la peur de vivre.
Vous voyez un exemple de cette peur dans le Sommet de Copenhague ?
Les
assassins de la planète versent de temps à autres une
larme, pour que les déargentés sachent qu’eux aussi
ils ont un petit coeur. Mais c’est du pur théâtre.
Ils savent bien que les modèles de vie
d’aujourd’hui, qu’ils imposent, sont des
modèles de mort. Je me demande vers quelle planète iront
ceux choisis par le Seigneur quand ils auront fini d’exploiter la
Terre jusqu’à la dernière goutte.
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| CONFERENCE MONDIALE DES PEUPLES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
Evo Morales Ayma, le 5 janvier 2010,
Président de l'État Plurinational de Bolivie
-
Considérant que le changement climatique représente une menace
réelle pour l’existence de l’humanité,
des êtres vivants et de notre Terre-Mère telle que nous la
connaissons aujourd’hui; - Constatant le grave
péril pour les îles, les zones côtières, les glaciers de
l’Himalaya, les Andes et les montagnes du monde, les pôles,
les régions chaudes comme l’Afrique, les sources d’eau,
les populations affectées par les désastres naturels croissants, les
plantes et les animaux, et tous les écosystèmes en général. -
Etant évident que les plus affectés par le changement climatique
seront les plus pauvres de la planète qui verront leurs foyers
détruits, ainsi que leurs moyens de survie et seront obligés de
migrer et de chercher refuge ; - Confirmant que 75% des
émissions historiques de gaz à effet de serre proviennent des pays
irrationnellement industrialisés du Nord; -
Regrettant l’échec de la Conférence de Copenhague dû à
la responsabilité des pays appelés « développés »
qui ne veulent pas reconnaître la dette climatique qu’ils
ont envers les pays en voie de développement, les futures
générations et la Terre-Mère; - Réaffirmant la nécessité de lutter pour la justice climatique; -
Reconnaissant la nécessité d’assumer des actions urgentes afin
d’éviter de plus grands désastres et souffrances à
l’Humanité, à la Terre-Mère et de rétablir l’harmonie
avec la nature; - Et célébrant la Journée International de la Terre-Mère, Le
gouvernement de l’Etat Plurinational de Bolivie convoque les
peuples et mouvements sociaux et les défenseurs de la Terre-Mère du
monde, invite les scientifiques, académiciens, juristes et
gouvernements qui souhaitent travailler avec leurs peuples à la
Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les
Droits de la Terre-Mère qui aura lieu du 20 au 22 avril 2010 à Cochabamba en Bolivia. La
Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et
les Droits de la Terre- Mère a pour objectifs : 1 - Analyser les causes structurelles y systémiques qui provoquent le changement climatique et proposer des mesures de fond qui rendraient possible le bien-être de toute l’Humanité en harmonie avec la nature.
2 - Discuter et se mettre d’accord sur le projet de Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère.
3 - Se mettre d’accord sur les propositions de nouveaux engagements pour le Protocole de Kyoto et pour les futures décisions de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique. Ces propositions guideront l’action des gouvernements engagés sur la voie des négociations à propos du changement climatique et dans toutes les sphères des Nations Unies sur les thèmes suivants :
a) dette climatique.
b) migrants-réfugiés du changement climatique.
c) réduction des émissions.
d) adaptation.
e) transfert des technologies.
f) financement.
g) forêts et changements climatiques.
h) vision partagée.
i) peuples indigènes
j) autres.
4 - Travailler pour organiser un Référendum Mondial des Peuples sur le changement climatique. 5 - Analyser et tracer un plan d’action en vue de la constitution d’un Tribunal pour la Défense du Climat. 6 - Définir les stratégies d’action et de mobilisation pour la défense de la vie face au changement climatique et pour les Droits à la Sauvegarde de la Terre-Mère. |
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