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Le grenier
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Lionel Mesnard


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Sommaire de la page :


1 - Une sixième République, pour faire quoi ?
2 - Intervention de Victor Hugo sur la liberté de la presse et la constituante (1848)
3 -"Ouvrons les yeux !" et 30ème anniversaire des journées du patrimoine.
4 - Presse et télévisions poubelles : cobayes ou citoyens ?
5 - La vie du site et le pourquoi du "Grenier" ?



La sixième République et pour faire quoi ?

Le texte d’une constitution est plus qu’une base, c’est la fondation même d’un contrat entre les citoyens et ce qui en découle(ra) comme règles et lois de la République, mettant en avant des éléments fondamentaux de la vie de tous. La cinquième République est à l’image d’un statut d’association dont l’objet est d’assurer à son responsable, son président, à la fois de servir son image et lui assurer un maximum de pouvoir au sein d’un collectif infantilisé. Ce type de situation n’est pas exceptionnel, et conduit soit à conserver un culte du chef, soit irrémédiablement, à un moment, à une césure totale entre l’idylle et la masse des sans grades. En d’autres temps, cela aurait pu finir en des émeutes, des révolutions, le monde urbain a été maintes fois en secousses dans notre histoire passée – et, si vous voulez changer la face de votre nation, n’oubliez pas que ce n’est pas le contenant qui importe, mais son contenu. Ce qui en sortira, comme les applications concrètes et les objectifs nouveaux. (lire après, l’intervention de Victor Hugo sur la liberté de la presse et la constituante).

Le danger le plus évident serait de faire de ce débat faire un simple mécanisme électoral ou de faire croire à un retour des mauvaises heures de la quatrième République. Là où Mendès France en tant que Président du Conseil n’a  pas pu réformer la constitution et faire de ce pays, un état moderne. Sans omettre, qu’il sera dans le ton général aux premières heures de l’Algérie indépendante et fera appel au contingent, tout en  ayant permis l’indépendance du Maroc et du Vietnam, pendant son cours temps à la direction du pays. Le régime parlementaire de la quatrième n’a pu fonctionner faute de stabilité gouvernementale, son grand point faible. Pour le reste, cela n’a pas empêché le pays de se reconstruire après la seconde guerre mondiale, bien au contraire et en parti grâce à l’Empire colonial, dont les ressources n’ont cessé de parvenir à la métropole ou enrichir les colons, de nos jours les multinationales.

La quatrième était loin d’être le pire des régimes politiques que la France ait connu, les partis politiques étaient plus forts et beaucoup plus représentatifs, qu’ils ne le sont après plus de 50 ans de monarchie républicaine, et pareillement pour les organisations syndicales. Mais l’objet n’est pas de refaire ce qui n’a pas fonctionné et en ce domaine, la constitution de la deuxième République s’est avérée inapplicable et un gouffre dans lequel Louis Napoléon une fois élu président est devenu Empereur des Français, le troisième du nom. Et la troisième République a débouché sur les pleins pouvoirs à Pétain en juin 1940. Nous connaissons les pièges et si nous voulons éviter un débouché brunâtre, en finir avec la cinquième est un moyen d’offrir de plus une dynamique pouvant aller au-delà de nos seules frontières ou visions trop hexagonales.

Le débat sur les institutions est un débat plus horizontal qu’il ne semble et je vais tenter d’y répondre. D’abord commençons par un préalable, une des plus belles constitutions du monde, m’a-t-on dit un jour, fut celle de l’Union Soviétique, du moins sur le papier, car l’application d’un texte constitutif n’est pleinement possible que dans un état de droit social et démocratique.  Je pourrais aussi mettre en avant la constitution de la République Colombienne de 1991, qui est un admirable texte. Mais là aussi un petit défaut de taille, il n’a pas empêché l’Etat colombien de faire le contraire de ce qui est inscrit en droit, et s’il advenait qu’elle soit un jour appliquée, elle permettrait une expression diversifiée de sa richesse culturelle. Et autre difficulté, cette constitution est multi culturaliste, alors que nous appliquons un peu trop le saint dogme de « l’unité et de l’indivisibilité ».

Pour exemple au sein de la République, il existe deux peuples autochtones échappant à la Convention Internationale n°169 de l’OIT, dont une population amérindienne sérieusement menacée et qui compte encore 10.000 personnes, en Guyane française. Ils sont les Laissés pour compte et à ce rythme, c’est une condamnation à mort certaine que la République leur réserve, faute de lieu de santé et surtout de pouvoir vivre dans un environnement protégé. Car non seulement, il s’agit d’humains et de français, mais aussi de comment les sols sont souillés et soumis à des niveaux de cyanure au-dessus des normes légales internationales. Comment vivre dans ce cas et puis nos concitoyens Amérindiens et Kanaks posent pour interrogation, la question de la propriété collective ?  Face aussi à un autre dogme celui de la propriété individuelle. (2)

Des idées novatrices et plus exactement progressistes sont possibles, comme le système révocatoire proposé par le député Mélenchon. Il existe aussi le droit de vote obligatoire comme réponse à l’abstention, et ce qui touche à la structure même du pouvoir parlementaire est à reconsidérer. Il ne faudrait pas s’arrêter en route et oublier le principal, c’est-à-dire la question des contre-pouvoirs ou du contrôle des citoyens, notamment sur les dépenses, comme le proposait Arnaud Montebourg dans un livre paru sur la question des institutions en 2001, ou Lutte Ouvrière qui à ce sujet demande un contrôle accru des dépenses et recettes publiques. La question ne touche pas que les finances, cela concerne bon nombre de domaines de la vie politique et sociale, car si un texte constitutionnel ne dit pas tout, il pose les bases, la charpente, sur lesquelles, les lois sont articulées et s’appliquent. Quand je faisais, part dans mon dernier billet des médias. Qui désigne les neuf membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? et par la suite qui autorise et contrôle les licences attribuées pour la télévision et la radio ?

Il est possible et ainsi de suite, de continuer sur la question des juges, des préfets élus dans d’autres contrées par leurs concitoyens. En clair, une constitution est un pacte commun et ce dont souffre la cinquième République, c’est son manque de contre-pouvoirs. Une question centrale et qui touche à notre fonctionnement et qui face à un pouvoir fort demande un contre-pouvoir de même, comme aux Etats-Unis. Ce fut entre autres un débat au sein de la Révolution française et au moment du passage au Directoire concernant l’exécutif. Pour ce qui est de la Révolution Française, notre constitution renvoie à la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et de 1948 (dont un très beau chapitre sur la liberté d’expression de la presse), et pour nombre d’aspects sociaux. Il est fort dommage, que nous nous ne réclamions pas de la constitution 1793 (courte et précise sur ses objectifs). Mais l’objet n’est pas de revenir plus de 200 ans en arrière, mais de passer à une République majeure et consciente des enjeux futurs.

Après la chute du mur de Berlin, les constitutionnalistes et professeurs en droit français ont participé à la rénovation ou refonte démocratique des pays de l’Est après 1989. Simplement pour souligner que nous disposons aussi de très bon juristes, qui seront capables de résoudre ce que l’on nomme l’aspect technique ou légal. S’il avait été fait part d’une « cinquième bis » du temps du président Mitterrand, rien n’est venu rééquilibrer les pouvoirs démocratiques et notamment ceux des chambres élues. Rien que le système de désignation du Sénat est un sérieux problème. Même, Charles-de-Gaulle à ce sujet avait tenté d’en modifier sa composition, et l’idée de faire élire à sa place un grand conseil économique et social reste une idée à creuser. Une chambre haute composée d’élus politiques et sociaux en deux collèges distincts et désignée à la proportionnelle intégrale est une possibilité. Ou bien comme en Allemagne, dans une logique décentralisée et représentative des régions.

L’objet n’est pas de porter un projet définitif, dire voilà, j’ai la recette. Il s’agit bien avant l’échéance présidentielle de 2017 d’apporter une alternative politique, le changement climatique, la protection du vivant et des niches environnementales peuvent être une base du contrat. Tout dépend de ce que les citoyens de ce pays décideront et le seul moyen à ce sujet de le savoir, c’est de permettre au plus grand nombre de s’exprimer et trouver les voies porteuses et les voix pour une Constituante. C’est non seulement possible, mais évident et comme aurait pu s’en amuser le scénariste René Goscinny, j’espère avant que le ciel ne nous tombe sur la tête…

Pas seulement en raison du ciel, mais du gâchis actuel, une véritable gabegie financière et surtout humaine, et nos institutions portent une responsabilité certaine. Un destin collectif ne peut se construire sans sa base, et je me demande d’où est venu cette force en 1788, pour qu’une grande partie du pays se mette à exiger des droits communs et universels, et grâce aux cahiers de doléance ? Aujourd’hui, nous avons les outils pour démultiplier la parole citoyenne, les autoroutes de l’info un moyen de faire entendre, qu’il existe des dynamiques et qu’elles ne sont le ressort de personne, mais de toutes et tous ! Il me faudra revenir sur cet aspect important, la France et la mondialisation ou la globalisation économique, et la question est de savoir, si un petit pays peut résister et montrer une autre direction, c’est tout l’enjeu. Syndrome ou symptôme, ce ne sont pas les richesses qui sont en cause, c’est l’utilisation qui en est faite et aux dépens de qui ? Si nous sommes encore en mesure de proposer au monde une autre idée du développement, des systèmes économiques solidaires et non plus rapaces, oui cela pourrait aller bien au-delà de nos frontières comme écho.

Trois ans avant les prochaines présidentielles, c’est long et court, mais l’objet n’est pas d’user des armes, du moins la seule utile est de prendre sa plume et son clavier. De plus et selon la fable de Lafontaine courir ne sert à rien. La volonté populaire y pourvoira ou pas. Soit nous continuons à jouer les grands enfants jamais contents, soit nous prenons collectivement nos responsabilités à la base et sans sauveur suprême et faisons acte d’œuvrer pour une émancipation réelle et concrète. Et s’il advenait que le pays « de la belle aux dormants » continue de la sorte à s’en remettre à celui qui bombe le plus le torse, je finirai par choisir la pêche à la friture… et irai tâter du gardon.



Billet de Lionel Mesnard, le 21 septembre 2014

Note :


1) Les Abandonnés de la République, sorti début septembre 2014 chez Albin Michel. Auteurs : Yves Gery, Christopher Gruner, Alexandra Mathieu (tous chercheurs)


« Avec un sixième de la superficie de l’Hexagone, la Guyane est la plus vaste région française. Environ dix mille Amérindiens de différentes ethnies y vivent, pour l’essentiel, sur la côte et le long des fleuves. Parmi eux, les Amérindiens du Haut Maroni, installés au cœur de la forêt amazonienne, sont victimes depuis plusieurs décennies d’un drame qui se joue dans le silence et l’indifférence. Une terrible épidémie de suicides ravage la population, tout particulièrement les jeunes, et l’orpaillage clandestin, source d’une véritable catastrophe »sanitaire et environnementale – par la contamination au mercure qu’elle provoque – créé un climat de guerre.»  Lire la suite :   Cliquez ici !

Plus d'infos récentes sur la Guyane (années 2012-2013) ; LIBRES AMéRIQUES

Vous trouverez aussi un appel contre l'orpaillage avec Les hurleurs de guyane !



POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE



ET CONTRE L'ÉTAT DE SIEGE (*)

Assemblée Nationale, le 11 octobre 1848
(*) L'état de siège fut levé le lendemain de ce discours (note de l'éditeur).


M. VICTOR HUGO. —  Si je monte à la tribune, malgré l'heure avancée, malgré les signes d'impatience d'une partie de l'Assemblée (Non! non! Parlez!), c'est que je ne puis croire que, dans l'opinion de l'Assemblée, la question soit jugée. (Non! elle ne l'est pas!) En outre, l'Assemblée considérera le petit nombre d'orateurs qui soutiennent en ce moment la liberté de la presse, et je ne doute pas que ces orateurs ne soient protégés, dans cette discussion, par ce double respect que ne peuvent manquer d'éveiller, dans une assemblée généreuse, un principe si grand et une minorité si faible (Très bien!) Je rappellerai à l'honorable ministre de la justice que le comité de législation avait émis le vœu que l'état de siège fût levé, afin que la presse fût ce que j'appelle mise en liberté.

M. ABBATUCCI.
— Le comité n'a pas dit cela.

M. VICTOR HUGO. — Je n'irai pas aussi loin que votre comité de législation, et je dirai à M. le ministre de la Justice qu'il serait, à mon sens, d'une bonne politique d'alléger peu à peu l'état de siège, et de le rendre de jour en jour moins pesant, afin de préparer la transition, et d'amener par degrés insensibles l'heure où l'état de siège pourrait être levé sans danger. (Adhésion sur plusieurs bancs.) Maintenant, j'entre dans la question de la liberté de la presse, et je dirai à M. le ministre de la Justice que, depuis la dernière discussion, cette question a pris des aspects nouveaux. Pour ma part, plus nous avançons dans l'œuvre de la Constitution, plus je suis frappé de l'inconvénient de discuter la Constitution en l'absence de la liberté de la presse. (Bruit et interruptions diverses. ) Je dis dans l'absence de la liberté de la presse, et je ne puis caractériser autrement une situation dans laquelle les journaux ne sont point placés et maintenus sous la surveillance et la sauvegarde des lois, mais laissés à la discrétion du pouvoir exécutif. (C'est vrai!) Eh bien, messieurs, je crains que, dans l'avenir, la Constitution que vous discutez ne soit moralement amoindrie. (Dénégations. Adhésion sur plusieurs bancs.)

M. DUPIN (de la Nièvre). — Ce ne sera pas faute d'amendements et de critiques.

M. VICTOR HUGO.
— Vous avez pris, messieurs, deux résolutions graves dans ces derniers temps; par l'une, à laquelle je ne me suis point associé, vous avez soumis la République à cette périlleuse épreuve d'une assemblée unique; par l'autre, à laquelle je m'honore d'avoir concouru, vous avez consacré la plénitude de la souveraineté du peuple, et vous avez laissé au pays le droit et le soin de choisir l'homme qui doit signer le gouvernement du pays. (Rumeurs.) Eh bien, messieurs, il importait dans ces deux occasions que l'opinion publique, que l'opinion du dehors pût prendre la parole, la prendre hautement et librement, car c'étaient là, à coup sûr, des questions qui lui appartenaient. (Très bien!) L'avenir, l'avenir immédiat de votre Constitution amène d'autres questions graves. Il serait malheureux qu'on pût dire que, tandis que tous les intérêts du pays élèvent la voix pour réclamer ou pour se plaindre, la presse est bâillonnée. (Agitation.) Messieurs, je dis que la liberté de la presse importe à la bonne discussion de votre Constitution. Je vais plus loin (Écoutez! écoutez!), je dis que la liberté de la presse importe à la liberté même de l'Assemblée. (Très bien!) C'est là une vérité. (Interruption.)

LE PRÉSIDENT. — Écoutez, messieurs, la question est des plus graves.

M. VICTOR HUGO. — Il me semble que, lorsque je cherche à démontrer à l'Assemblée que sa liberté, que sa dignité même sont intéressées à la plénitude de la liberté de la presse, les interrupteurs pourraient faire silence. (Très bien!) Je dis que la liberté de la presse importe à la liberté de cette Assemblée, et je vous demande la permission d'affirmer cette vérité comme on affirme une vérité politique, en la généralisant.

Messieurs, la liberté de la presse est la garantie de la liberté des assemblées. (Oui! oui!) Les minorités trouvent dans la presse libre l'appui qui leur est souvent refusé dans les délibérations intérieures. Pour prouver ce que j'avance, les raisonnements abondent, les faits abondent également. (Bruit.)

Voix À GAUCHE.
— Attendez le silence ! C'est un parti pris !

M. VICTOR HUGO. — Je dis que les minorités trouvent dans la presse libre. — et, messieurs, permettez-moi de vous rappeler que toute majorité peut devenir minorité, ainsi respectons les minorités (vive adhésion); — les minorités trouvent dans la presse libre l'appui qui leur manque souvent dans les délibérations intérieures. Et voulez-vous un fait ? Je vais vous en citer un qui est certainement dans la mémoire de beaucoup d'entre vous.

Sous la restauration, un jour, un orateur énergique de la gauche, Casimir Périer, osa jeter à la Chambre des députés cette parole hardie : Nous sommes six dans cette enceinte et trente millions au dehors. (Mouvement.) Messieurs, ces paroles mémorables, ces paroles qui contenaient l'avenir, furent couvertes, au moment où l'orateur les prononça, par les murmures de la Chambre entière, et le lendemain par les acclamations de la presse unanime. ( Très bien! très bien! Mouvement prolongé. )

Eh bien, voulez-vous savoir ce que la presse libre a fait pour l'orateur libre? (Écoutez!) Ouvrez les lettres politiques de Benjamin Constant, vous y trouverez ce passage remarquable : «En revenant à son banc, le lendemain du jour où il avait parlé ainsi, Casimir Périer me dit : «Si l'unanimité de la presse n'avait pas fait contre«poids à l'unanimité de la Chambre, j'aurais peut-être été découragé. »

Voilà ce que peut la liberté de la presse, voilà l'appui qu'elle peut donner! c'est peut-être à la liberté de la presse que vous avez dû cet homme courageux qui, le jour où il le fallut, sut être bon serviteur de l'ordre parce qu'il avait été bon serviteur de la liberté. (Très bien!) Ne souffrez pas les empiétements du pouvoir; ne laissez pas se faire autour de vous cette espèce de calme faux qui n'est pas le calme, que vous prenez pour l'ordre et qui n'est pas l'ordre; faites attention à cette vérité que Cromwell n'ignorait pas, et que Bonaparte savait aussi : Le silence autour des assemblées, c'est bientôt le silence dans les assemblées. (Mouvement.) Encore un mot.

Quelle était la situation de la presse à l'époque de la Terreur?. (Interruption. ) Il faut bien que je vous rappelle des analogies, non dans les époques, mais dans la situation de la presse. La presse alors était, comme aujourd'hui, libre de droit, esclave de fait. Alors, pour faire taire la presse, on menaçait de mort les journalistes; aujourd'hui on menace de mort les journaux. (Mouvement.) Le moyen est moins terrible, mais il n'est pas moins efficace.

Qu'est-ce que c'est que cette situation ? c'est la censure. (Agitation.) C'est la censure, c'est la pire, c'est la plus misérable de toutes les censures; c'est celle qui attaque l'écrivain dans ce qu'il a de plus précieux au monde, dans sa dignité même; celle qui livre l'écrivain aux tâtonnements, sans le mettre à l'abri des coups d'état. (Agitation croissante.) Voilà la situation dans laquelle vous placez la presse aujourd'hui.

M. FLOCON.
— Je demande la parole.

M. VICTOR HUGO. — Eh quoi! messieurs, vous raturez la censure dans votre Constitution et vous la maintenez dans votre gouvernement ! À une époque comme celle où nous sommes, où il y a tant d'indécision dans les esprits. (Bruit.)

LE PRÉSIDENT. — Il s'agit d'une des libertés les plus chères au pays; je réclame pour l'orateur le silence et l'attention de l' Assem blée. (Très bien! très bien!)

M. VICTOR HUGO. — Je fais remarquer aux honorables membres qui m'interrompent en ce moment qu'ils outragent deux libertés à la fois, la liberté de la presse, que je défends, et la liberté de la tribune, que j'invoque. Comment ! il n'est pas permis de vous faire remarquer qu'au moment où vous venez de déclarer que la censure était abolie, vous la maintenez: (Bruit.Parlez!parlez!) Il n'est pas permis de vous faire remarquer qu'au moment où le peuple attend des solutions, vous lui donnez des contradictions! Savezvous ce que c'est que les contradictions en politique ? Les contradictions sont la source des malentendus, et les malentendus sont la source des catastrophes. (Mouvement. ) Ce qu'il faut en ce moment aux esprits divisés, incertains de tout, inquiets de tout, ce ne sont pas des hypocrisies, des mensonges, de faux semblants politiques, la liberté dans les théories, la censure dans la pratique; non, ce qu'il faut à tous dans ce doute et dans cette ombre où sont les consciences, c'est un grand exemple en haut, c'est dans le gouvernement, dans l'Assemblée nationale, la grande et fière pratique de la justice et de la vérité! (Agitation prolongée. )

M. le ministre de la Justice invoquait tout à l'heure la nécessité. Je prends la liberté de lui faire observer que la nécessité est l'argument des mauvaises politiques; que, dans tous les temps, sous tous les régimes, les hommes d'état, condamnés par une insuffisance, qui ne venait pas d'eux quelquefois, qui venait des circonstances mêmes, se sont appuyés sur cet argument de la nécessité. Nous avons entendu déjà, et souvent, sous le régime antérieur, les gouvernants faire appel à l'arbitraire, au despotisme, aux suspensions de journaux, aux incarcérations d'écrivains. Messieurs, prenez garde! vous faites respirer à la République le même air qu'à la monarchie. Souvenez-vous que la monarchie en est morte. (Mouvement.) Messieurs, je ne dirai plus qu'un mot. (Interruption.)

L'Assemblée me rendra cette justice que des interruptions systématiques ne m'ont pas empêché de protester jusqu'au bout en faveur de la liberté de la presse. (Adhésion.) Messieurs, des temps inconnus s'approchent, préparons-nous à les recevoir avec toutes les ressources réunies de l'état, du peuple, de l'intelligence, de la civilisation française, et de la bonne conscience des gouvernants. Toutes les libertés sont des forces; ne nous laissons pas plus dépouiller de nos libertés que nous ne nous laisserions dépouiller de nos armes la veille du combat.

Prenons garde aux exemples que nous donnons ! Les exemples que nous donnons sont inévitablement, plus tard, nos ennemis ou nos auxiliaires; au jour du danger, ils se lèvent et ils combattent pour nous ou contre nous.

Quant à moi, si le secret de mes votes valait la peine d'être expliqué, je vous dirais : J'ai voté l'autre jour contre la peine de mort; je vote aujourd'hui pour la liberté.

Pourquoi? C'est que je ne veux pas revoir 93! c'est qu'en 93 il y avait l'échafaud, et il n'y avait pas la liberté! (Mouvement.) J'ai toujours été, sous tous les régimes, pour la liberté, contre la compression. Pourquoi? C'est que la liberté réglée par la loi produit l'ordre, et que la compression produit l'explosion. Voilà pourquoi je ne veux pas de la compression et je veux de la liberté. (Mouvement. Longue agitation. L'orateur descend de la tribune).


Source : Bibliothèque Nationale de France


« Ouvrons les yeux !» le nouveau livre de Jack Lang :



et 30° anniversaire des journées du patrimoine !
On en aurait pu s’attendre de l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang, un livre tout plein de références longues et ennuyeuses sur le patrimoine de la France avec tout plein de notes en bas de page, c’est tout le contraire !  Son livre « Ouvrons les yeux ! » ne manque pas de rappeler son rôle dans la sauvegarde de certains fleurons de notre mémoire collective. Mais Jack Lang va plus loin et dans un livre condensé, qui a bien l’air d’un manifeste pour la beauté, à laquelle nous devrions jeter un œil dès plus attentif qui soit !

Cette approche qualitative, c’est-à-dire ce qui touche à notre environnement et à une certaine qualité de vie n’est pas un sujet d’esthète ou réservé à une élite culturelle, mais se pose à tous ceux qui circulent, se déplacent dans leur vie quotidienne, donc à toutes et tous. L’enjeu de fond que pose cet écrit est de savoir, s’il est possible d’associer ensemble des réalités quantitatives et qualitatives et concernant à minima 80% de la population, vivant en milieu urbain ?

Le patrimoine, tout de go, lancer comme ça, on peut y voir un côté un peu passéiste, un quelque chose ne nous appartenant plus vraiment, d’un autre âge. Au nom d’une fausse modernité ou l’héritage d’un urbanisme ravageur des années 1960 et 1970, il fallut loger en urgence des millions de personnes dans des conditions plus décentes. Et vous voilà flanqué, quelques décennies après et cela n’a rien de neuf ou d’anodin, plus exactement coiffé d’un ou de multiples panneaux publicitaires, devant votre pavillon.

Cette situation se reproduisant à l’infini et en tout lieu, selon un plan pour cage à lapin, et avec sa route traînant son lot de bruits et de pollutions sonores, mais aussi visuelles. Nous, nous sommes tellement habitués à cette pollution visuelle que chaque jour dans nos déplacements, à pied, en vélo, en voiture, en bus, dans le métro ou en train, nous voilà confronté, ou l’œil solliciter des milliers fois chaque jour pour des tapageuses réclames ou par des ensembles urbains plus que grisâtres. Pourtant, nous habitons sans que nous le sachions toujours dans un des plus beaux pays du monde, et même dans nos parcours touristiques, il est difficile d’échapper aux marques de cette fausse modernité.

Pour son trentième anniversaire, les journées du patrimoine en septembre 2014 (le 20 et 21) seront l’occasion de découvrir pour des millions de personnes de multiples lieux protégés, mais qui s’inquiètent finalement de la laideur qui envahit notre quotidien ?  Ces millions d’images et plaies urbaines au cours de nos promenades, déambulation auxquelles nous sommes confrontés, sans que nous puissions nous arrêter vraiment sur la beauté de notre lieu de vie ou d’habitation.

Un des éléments de la richesse de la France est son patrimoine, ancien et aussi moderne. Sauf que partout, ou surtout aux  entrées des villes où à leurs abords et n’en parlons pas dans les périphéries des grandes villes, le béton et le consumérisme, nous ont envahi d’une laideur sans nom, tout comme ses saveurs fades. Et la place de l’homme devient plus que problématique dans un urbanisme défiguré, sans goût en poussant à la hâte son chariot de courses, ou le nez dans son téléphone portable dernier cri, surtout pour l’oreille du voisin. Stop, et si nous prenions un peu le temps de respirer, de regarder tout simplement et si nous prenions en compte ce qui compose notre environnement, en levant le regard du bitume et de nos objets virtuels ?

Car l’objet de ces journées du patrimoine et plus encore est de, « levez les yeux », comme il est dit justement dans le livre de Jack Lang. Point de besoin de vous rendre dans un haut lieu de la de la mémoire passée, faites travailler votre imagination et redécouvrez vos villes et villages. Regardez ce qui demande à l’être et interrogez-vous si nous devons continuer à grignoter sans cesse ailleurs pour construire des gros pâtés en béton ou en briques. Ce qui ne fait pas de ces matériaux des responsables désignés, mais de comment au nom des urgences d’hier nous avons parqué des populations en des lieux anxiogènes et d’une laideur incomparable. Par ailleurs, vous pouvez aussi profiter de ces milliers de conférenciers, agents du patrimoine, pour découvrir les multiples histoires « locales » pouvant parfois échapper à ses propres riverains et si riche de sens.

Au Moyen-âge, la ville rendait  « libre » pour diverses raisons, mais on observait des règles ou le « beau » ou le bien fait, faisait d’une cruche ou autres ustensiles un objets d’art, et l’on disposait de savoirs faire, et des métiers indispensables dans la construction d’œuvres gigantesques. Ce qui relève d’un art du quotidien au fil des siècles, mais pas seulement. Ce lègue est encore de nos jours par certains aspects menacés, voire on tente par certains subterfuges administratifs, à minimiser certaines constructions passées, à faire moins peser les décisions d’un organisme du patrimoine et peu importe l’époque.

Il faut bétonner et caser ce que l’on peut et en général pour seule barrière, des petites associations de riverain, qui ne veulent pas voir une église, une vieille bâtisse, un marché ou une vieille Halle disparaître. Repenser la ville, la cité et ses abords, chasser la laideur de nos villes et campagnes, je souscris sans hésitation à cette idée de Jack Lang. Trop de publicités, de zones laides et lugubres ou défigurées, il en passe par une meilleure réappropriation des espaces urbains et c’est un enjeu citoyen.

La dernière fois que j’ai tenté d’exprimer une idée sur la beauté, j’ai dû me faire rabrouer… Quelle idée aussi de défendre ce qui est beau ou ce que l’on peut considérer comme tel, on pourrait y voir un seul enjeu esthétique, mais il ne s’agit pas que de cela. La question touche à des aspects économiques et sociaux et aussi des enjeux de transmission, notamment le rôle de l’observation et de la capacité que nous avons tous à nous approprier notre part de mémoire collective. « Le patrimoine immatériel, ce n’est pas quelque chose qui est tangible. C’est toute la signification, le lien qu’on peut faire à travers un élément physique - un lieu, un objet très ancien - et la présence de l’homme pour que cela ait un sens aujourd’hui. » (1)

La seule critique que je puis faire au livre de l’actuel président de L’Institut du Monde Arabe, Jack Lang, est peut-être ce qu’il y a lieu comme part immatérielle ou de non visible à l’oeil nu, plus exactement des enjeux de mémoire collective passant par une meilleure transmission des savoirs faire, et des éléments de connaissances nombreux. Comme par exemple, une meilleure connaissance de l’architecture et de l’urbanisme, qui fait souvent défaut dans les apprentissages scolaires, sauf à devenir architecte ou urbaniste. Qui plus est dans un pays connut par ses beautés architecturales tous siècles confondus et qui attire de nombreux étudiants étrangers pour son enseignement culturel et son patrimoine depuis des lustres.... Et le moyen de découvrir l’histoire de notre pays en le conjuguant avec un patrimoine matériel et immatériel considérable.

Mais Jack Lang dans son ouvrage fait aussi référence à une question qui va de pair avec la question de notre urbanisme et patrimoine, c’est-à-dire l’éducation aux arts, et en tant que digne héritier de Malraux, l’ancien ministre de l’éducation a su favoriser en son temps dans le milieu scolaire une impulsion pour l’excellence et pour tous les jeunes citoyens de ce pays, faut-il souligner en créant des classes artistiques !

Ce petit livre est aussi un beau travail littéraire que devrait retenir l’attention sur ce que nous ne voyons plus ou sur ce que ne faisons plus guère attention, mais que les anciens nous ont légués et qui fait de ce pays la première destination touristique du monde. Il y en ce domaine beaucoup à faire, et nous aurons l’occasion d’en reparler sur ce site.

En attendant, vous pouvez acheter son dernier livre aux éditions HC à un prix très abordable (4,5 euros)  !
Et je vous renvoie à mon travail les histoires urbaines et légendes de Paris, et ce que j'ai pu faire sur une artère de Paris : LE FAUBOURG et le quartier SAINT-DENIS, ses origines, ses figures passées. etc...


Billet de Lionel Mesnard, le 19 septembre 2014


Notes :

(1)
Yvon Noël, directeur du Musée québécois de la culture populaire, à Trois-Rivières. Patrimoine immatériel - La mémoire des lieux - «Les liens des êtres entre eux sont le ciment pour construire une société» (Le Devoir - Canada) : Cliquez ici !
Un exemple par l'image sur la disparition d'un lieu de mémoire à Marseille (1982):

ANDRé BRETON, La Villa "AIR BEL"
Un Film d'Alain Paire et François Mouren-Provensal

Sur : http://www.mativi-marseille.fr/

André Breton fait séjour à Marseille à compter d'octobre 1940. Il rejoint l'équipe de Varian Fry et Victor Serge qui ont élu domicile à la Villa Air Bel. Il quittera le Vieux Port à bord du Capitaine Paul Lemerle, le 24 mars 1941. La Villa Air Bel a été squattée et puis détruite au début des années 80 : ses uniques vestiges, ce sont un jardin d'herbes folles et les deux piliers de la porte d'entrée.



Presse et télévisions poubelles :

Cobayes ou citoyens ? 
De mémoire de Socialiste, une telle mise au pas et de fait à l’écart (de ministres et parlementaires) n’avait jamais eu lieu de manière si brusquée. En d’autres temps, François Mitterrand les auraient usés jusqu’à la corde, à l’exemple de Michel Rocard. Mais de la à les tenir hors des conduites du pouvoir, le « sphinx » Mitterrand n’aurait jamais commis une telle erreur. En faire des victimes, ou les « martyrs » d’un pouvoir claudiquant, cela s’appelle en retour recevoir un jour, « une balle perdue... » et ces derniers jours, cela siffle de toute part.

De toute façon personne n’est vraiment dupe, il s’agit de beaucoup plus qu’une crise de régime, c’est une administration des choses ne variant pas vraiment d’un parti dominant à un autre, le formatage selon diverses coutures, fait que la notion d’élite est surtout un raccourci de la pensée, quand il est question de clonages ou du système de reproduction sociale du modèle dominant. Quand il s’agit plus exactement d’un fait social caractérisant une hiérarchie, un ordre ou un état des choses.

Face à un tel chaos combiné au flux des nouvelles de la presse poubelle, qui l’aurait cru la sixième république fait son chemin dans les esprits (lire le bloc-notes n°1, ci dessus). La volonté n’est pas de ne pas respecter les institutions actuelles, le but est d’en changer et de favoriser l’expression du plus grand nombre. Il est rappelé de temps à autre, que Les Français aiment le principe d’un président désigné par le suffrage universel, mais pour autant approuvent-ils une telle concentration des responsabilités ?

Depuis le référendum de 1962, rien n’est vraiment venu remettre en cause les pouvoirs pyramidaux et la figure du monarque, notamment de la part du président Mitterrand. Bien qu’il fut conscient que nos institutions entre des mains peu scrupuleuses pouvaient tourner à un pouvoir quasi absolu (lire absolument l’article 16 de la constitution). Comme l’a proposé récemment, le Premier ministre, Manuel Valls, de faire appel au droit d’ordonnance a dû en faire sursauter plus d’un et ce qui se dessine comme renforcement du centralisme devrait mettre en alerte plus d’un.

La tentation bonapartiste à gauche et de la part de faux héritiers de la défunte « deuxième gauche » a de quoi surprendre, sauf pour ceux qui connaissent la décomposition de la famille Rocard et de ses rejetons, qui ont choisi la gouverne à la société. Il y a de quoi comprendre pourquoi sont nombreux ceux qui se réfugient dans l’abstention ou dans un vote contestataire, si l’exercice politique n’a plus de colonne vertébrale, de lisibilité, et si l’objet est de brouiller les cartes et nous faire un retour permanent aux fondamentaux du capital ?

C’est à se demander, mais pourquoi voter si la représentation nationale n’est plus qu’une caisse enregistreuse ? Même un girondin y perdrait son latin… Quant à ceux qui claironnent de toute part que le refus de la politique actuelle se fonderait à gauche sur de vieux et éculés préceptes marxistes cherchent à faire peur. A ce rythme certains vont se retrouver avec un couteau entre les dents. S’ils ne trouvent pas la route de la rédemption en votant « les pleins pouvoirs », pardon la confiance en un gouvernement qui persiste et signe dans une voie économique nous menant à la déflation et plus (1).

Si le retour du politique est absolument nécessaire, il ne peut passer que par l’expression du plus grand nombre et ne doit pas continuer à incarner un silence, ou un grand vide des sans voix. Et tout prouve une césure profonde, quelque chose qui est du ressort de la manipulation des consciences.  Cette problématique, elle ne peut plus être escamotée, les évidences sont sous nos yeux. Les médias ne sont que le résultat, non point du réel, mais d’un outil mis entre les mains d’apprentis idéologues et au service de quelques grands groupes financiers, dont certains cultivent l’art de la vente des armes ou le bétonnage à outrance.

Concernant l’objet  audiovisuel, c’est un manège tournant composé des mêmes têtes, ou le nombre de ceux qui accèdent véritablement à la parole ne dépasse pas quelques dizaines, voire centaines de personnes par an et selon des critères d’audience ou politique (pour le temps de parole des partis, ces derniers sont réglementés par la loi). En clair, vous avez plus de chance de tomber sur Céline Dion ou les politiques désignés par leurs instances partisanes, que d’entendre une multiplicité des approches citoyennes, car l’objet télévisuel notamment n’est pas en l’état un média démocratique.

Si le service public sous le général, Pompidou et Giscard n’était que la voix de son maître, il est difficile de croire, que tout serait depuis le produit de la liberté d’expression, quand celle-ci est souvent cantonnée à délivrer le même message, les mêmes arguments. Au point de voir chaque jour et en boucle, ou lire sous la plume de certains journalistes, nous délivrer des injonctions, sur le thème, du « Y-a-qu’à ou du il faudrait que ». De plus, si l’interlocuteur politique ne répond pas au schéma de penser, celui-ci se voit ramener à la morale dominante ou au bon entendement du moment, ce qu’ils appellent le « bons sens ». 

Ou mieux, quand un politique « ami » se voit conforter, cela tourne à la brosse à reluire. Au final, le temps consacré au contenu ne trouve pas sa place, et rien n’est plus formaté que le temps audiovisuel et la logique rédactionnelle. Au plus court, toujours au plus court et au plus vendeur, l’audience est devenu un dogme. Tout ce qui est de l’ordre du qualitatif n’a pas sa place et comme dirait le réalisateur Peter Watkins à ce sujet, dehors ou à la porte  pour ceux qui contredisent les règles commerciales du métier.

Souvent nous sommes confrontés à une série de propositions d’inspirations très patronales, et comme je n’ai rien contre les « patrons » à priori, je me réfère au MEDEF et à Monsieur Gattaz fils de son père, Yvon ancien patron des patrons de l’ex.CNPF. Le pactole de 41 milliards d’euros avec la mise en place du pacte de responsabilité, et surtout à la clef la création d’un million d’emploi reste à venir. Et nous ne savons toujours pas ce qu’il est devenu des 400.000 emplois, qu’aurait dû créer la suppression de l’autorisation préalable de licenciement, sous le gouvernement Chirac à la fin des années 1980 et sur proposition du père Gattaz. Et tout ce qui a pu suivre en matière de législation du travail et complexification du code du travail, et qui ne sont pas du fait des centrales ouvrières ou des travailleurs eux-mêmes. Cherchez l’erreur !

Il est plus facile dans ce cas, de faire d’un « beauf » moyen, une vedette du petit écran, car à ce petit jeu, seules gagnent les caricatures, les excès et en matière de télé poubelle et de contenu insipide, nous avons déjà atteint des sommets. Autre exemple plus spécifique à l’information massifiée est de passer son temps à analyser les réactions via Twitter de la Dame Morano ou d’autres « gogos » du moment. Ou comment l’information n’a plus de consistance. Les infos s’additionnent dans un grand néant, tout équivalant à tout, passant du chien écrasé à l’actualité internationale et encore si cette dernière est traitée. Le phénomène n’a rien de récent, mais il ne fait que s’amplifier. Dans le pire des cas, il n’existe plus de hiérarchisation de l’information, tout est balancé en vrac, faîtes votre marché en quelque sorte… une simple logique d’offre.

Les chaînes d’infos continues, la question des journaux télévisés, la presse sous sa forme la plus crue sur Internet, c’est tout sauf divers ou varié, et c’est particulièrement navrant quand le service public suit le même pas. La question est de toucher le bon segment, l’intelligence du lecteur ou du spectateur des infos est rarement voulue ou recherchée. Sauf à faire de lui un commentateur de commentateur, on n’en finit plus, dans les rancoeurs des uns et des autres. Car nous parlons d’un système économique, qui a pour objet de vendre selon des standards imposés, pas de réfléchir et encore moins d’interagir, c’est un spectacle passif. En plus de vous transmettre ce qu’il y a de plus réducteur. Et si vous réagissez comme le vaut la règle, ou se trouve votre libre-arbitre?

Cobayes ou citoyens ? 

Pas étonnant que nous connaissions régulièrement les assauts des journalistes les plus conservateurs ou réactionnaires, quand il serait entendu, que la profession serait ultra majoritairement de gauche et la presse aux mains d’abominables « gauchistes ». Mais ce petit monde se ressemble et à toutes les allures d’un monde très aseptisé. Nous pouvons assister à foison à des bavardages journalistiques, ou certains finissent par se donner tant d’importance, qu’ils ne sont même pas conscients des perles qu’ils alignent.

Une incapacité à analyser la chose publique, parce que cela demande du temps, et que répondre à tout moment donné au spasme de l’actualité, cela ni sens, ni valeur, cela commente, rien de plus et ne fait pas appel à votre sens critique, ni aux leurs. Un journalisme qui n’a pas de sens critique devient l’expression du futile ou de la seule capacité à répéter ce que dit le voisin. Surtout depuis que certains en font un fonds de commerce et un format télévisuelle à l’exemple de Canal Plus, ou il est impossible de distinguer la part du travail journalistique de la gaudriole.

En matière de télévision, les bornes ont été largement dépassées et depuis longtemps.  La phrase mémorable de l’ancien patron de TF1 sur Coca-cola et « les temps des cerveaux disponibles » illustrait la méthode. Cela est né de la démultiplication des canaux et réseaux ou des flux, pour reprendre le jargon Tv et média. Il n’a pour sens que d’alimenter de nos jours des écrans devenu plats comme son contenu, et la presse être un pâle reflet de la globalisation économique. La variété des programmes est d’une pauvreté rare, les programmes culturels sur la TNT sont bons pour les noctambules (entre 3 et 5 heures du matin pour TF1), et il existait plus d’inventivité, voire de place à la parole sous l’ORTF… à se demander si l’offre est compatible avec la création et l’expression du plus grand nombre ? Je vous en laisse juge.

Il existe ici ou là et sur le service public radio et télévision, de bons programmes, probablement une survivance de l’ancien temps ou trois chaînes et un bon poste de radio transistor suffisaient amplement… Ceci est ironique, car l’objet télévisuel et sa massification n’est pas à l’image du monde, ses périls ou catastrophes régulières, ou d’y dépeindre la nature humaine, ses richesses immatérielles. Non l’objet lui est dépendant de la publicité, c’est une logique de racolage, de marchandisation de besoins fictifs,qui ont un rôle non négligeable dans le quotidien de chacun. (2)

Concernant la concentration des titres de  presse, ce fut, je crois l’un des derniers textes présenté par le gouvernement Mauroy, s’agissant de la question face au magnat des années 1970-1980, Robert Hersant. Qui à lui seul concentrait une bonne part de la presse régionale, appelée PQR. Depuis cette même époque, hormis la famille Dassault déjà présente, la famille Bouygues a construit son petit empire télévisuel, d’autres patrons comme Lagardère fils ont croqué allégrement du média depuis une vingtaine d’année, sachant que le père s’était plus porté sur le monde l’édition, et récemment Tapie, lui s’est offert (ou va s’offrir encore) quelques noms de la presse PQR du sud-est ou provençal. Pour ne citer, que les plus marqués à droite de l’échiquier. Et nous sommes pour certains titres de la presse hexagonale passé à la dimension européenne (Le Monde entre autres appartenant à un groupe transnational), ce qui ne fait que participer à la concentration à l’échelle mondiale des organes de presse, des télés et radios, à l’exemple de l’empire Murdoch.

L’expression de ces grands groupes est intimement liée aux pouvoirs économiques et politiques, quand il n’est  pas délivré ou dicté le bon ordre des choses par l’intermédiaire d’un, de ses pions de l’info, relayant les intérêts de son patron actionnaire ou du parti au pouvoir. Que peut vouloir exprimer Monsieur Bolloré sur l’Afrique de l’Ouest, si ce n’est être un reflet de la politique extérieure de la France ? Pour Dassault et Largadère, la liste est simple, avions, missiles et médias à foison.

Le pesant du choc des photos et des maux ou mots assassins, à l’exemple de Paris Match et ses 10 pages consacrées à une vengeance, mais une ou plusieurs ? Cent mille euros en premier acompte pour un livre kleenex, « la causette » de l’Elysée peut partir en vacances. Les traductions vont faire fureur à l’étranger, quand trop de symboles se bousculent au portillon, de l’Elysée, soit plus de 250 ans d’histoire de même nature dans une telle enceinte, cette situation devrait nous amener à réfléchir à ce que pourrait être un état moderne et surtout démocratique.

En ces temps, ou il suffit de cliquer ou de discourir sur le ton du « j’aime », ou son contraire, la pensée binaire est à son comble. Sur fond d’une relance de la chasse aux pauvres, plus exactement aux précaires, chômeurs, ou ceux, crevant à petit feu dehors sur un banc ou sur un quai, auront leurs unes au moment des premiers gels. Mais les profondeurs du malaise qui réside en cette violence d’être impuissant face à la misère et cette idée plus que droitière de relancer la surveillance de la population, ceci ne peut qu’énerver et donner l’envie de mordre avec ou sans dents. Quand par ailleurs, l’état se désinvestit et laisse à la soupe populaire prendre le relais, dans ce cas, mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade… Cela relève du bon sens…

Une fois mis de côté l’ironie du propos, beaucoup savent que les urgences sont nombreuses, le but n’est pas de déqualifier ou d’aimer, mais de s’appuyer sur des potentialités, et la France, n’en manquent pas. Elle a les atouts pour affronter l’avenir et ils sont nombreux. Notre pays s’appui sur un peuple instruit et hautement productif. Il est temps d’en finir avec les effets d’estrades de toutes sortes, les plans de communication. Appuyons-nous sur nos capacités de rebondir collectivement, de mettre un frein à la gabegie financière et aux pillages des ressources naturelles.

Qui sont pour nous tous en l’état un horizon indépassable, du moins l’exigence d’une plus juste répartition des richesses et en mettant fin aux pillages que nous opérons sur des pays bien plus pauvres que le nôtre. Nous sommes en France bien plus riche qu’on ne le donne à dire. Plus cela crise, plus le bas de laine grossi et nourrit la rente financière, et à l’autre bout de la chaîne, les pauvres s’endettent ou s’enlisent. Un panorama social et politique, qui a de quoi rendre sceptique et faire appel à un autre entendement.

Cinquième puissance mondiale présente au sein de multiples organismes internationaux, et puissance nucléaire, on omet souvent le rôle dans les répressions civiles, des guerres passées et actuelles, de nos vendeurs et producteurs d’armements. En plus, nous appartenons, au pire ensemble militaire qui soit : l’OTAN, tout cela semble naturel.  On pourrait même faire état d’un néo-Molletisme, du temps ou la SFIO (l’ancêtre du PS) n’était qu’un rouage dans la chasse gardée étasunienne, un retour aux fondamentaux de la troisième voie au sommet de l’Etat, mais dans une cinquième République en bout de course.

La sixième République fait peu à peu son chemin dans les esprits, c’est encourageant. Nos chers « chiens de garde » feront le nécessaire pour pilonner ce débat citoyen. Surtout quand des universitaires, des intellectuels commencent à l’ouvrir, et mettent en lumière l’épineux des institutions actuelles face à une accession de l’ultra-droite qui engendrerait le pire, voire un petit Bonaparte mal luné du PS ou de l’UMP, qui sait ?


Billet de Lionel Mesnard, 15 septembre 2014


Notes :


(1) Entretien dans Libération de LIEM HOANG NGOC, cofondateur des « Socialistes affligés » : LE "PACTE DE RESPONSABILITé" est un immense gaspillage d'argent : Cliquez ici !

(2) Je vous renvoie à lecture d’un texte sur les mécanismes de la télévision et deux documentaires en rapport sur le site : Cliquez ici !



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Ce texte n'a pour but de répondre à tous les aspects du malaise, mais la question mérite d'être posée, et de donner à lire une page sur un sujet de société difficile à cerner en raison de sa complexité. Je n’avais jamais songé écrire sur un tel un sujet, même s’il trouve une cohérence avec la « question psy » sur ce site. Il a fallu prendre du temps pour en poser les contours et ne pas chercher à faire un portrait type de malade ou bien partir d’une seule expérience vécue, tant elle serait à relativiser dans un ensemble commun.


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