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"L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde"         Albert Camus

Infos, Amérique Latine 2011            

Sommaire de la page 2,

1 - Le projet HidroAysen, une idée folle du système néo-libéral au Chili
2 - Chili, répression d’une manifestation anti-barrages en Patagonie, par Cristian Palma
&   En Patagonie, les Chiliens se révoltent pour défendre leur eau, par Cristina L'Homme
3 - Extraits sonores, Journées Amérindiennes à Sciences-Po Paris, Amnesty International
5 - La France en guerre, le monde arabe en révolution, et l’Amérique Latine «radicale»?
6 - Colombie, Mouvements sociaux des menaces dans le Cauca, par Sergio Ferrari
&  Colombie, 10 ans après le massacre du Naya, par Primitivi
7 - Colombie : Uribe à Metz - Même le silence à une fin, par Louise Mitchell
&  Les “Aigles noirs” menaces contre des journalistes et des ONG, par RSF
8 - Une affaire de droit : La question des Mapuche, par Mireille Fanon Mendes-France





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Le projet Hidro-Aysen,
une idée folle du système néo-libéral au Chili



par Lionel Mesnard, le 7 juin 2011

Comment ne pas s’associer aux voix qui s’élèvent au Chili, mais aussi en d’autres lieux de la planète, contre une idée hors de toute raison. Le ministre de l’énergie chilien, Laurence Golborne et les instances en charge de la production électrique du pays sont sur le point de donner un aval à un projet qui dépasse un peu l’entendement. De son doux nom « Hidro-Aysen » va dans les années prochaines détruire un bout de patrimoine commun pour construire de gigantesques œuvres de béton d’environ 130 mètres de hauteur dans une partie très isolée du Chili, et qui ne demande certainement pas ce type de développement, même s’il est montré sous un jour très vert reluisant.

L’enrobage semble vert, mais il est tout le contraire. Vous pouvez vous demander, mais quel intérêt porté à des questions énergétiques et d’un bout de la Patagonie ? Au demeurant pas grand-chose, mais à fouiller et saisir les enjeux, nous sommes tous concernés par des ouvrages pouvant rendre « fou de joie » tous les bétonneurs du monde. Qui peut soutenir l’objet de  détruire quelques bijoux naturels sans éveiller plus que du doute. Pour notamment comprendre que l’eau est une question centrale de notre avenir. Il existe suffisamment de possibilités énergétiques, notamment durables et sans de trop grandes incidences, dites renouvelables, pour projeter un monde plus respectueux des équilibres écologiques.

Une partie de la Patagonie du Chili est face à un grave danger environnemental, c’est au sein de la 11ème Région (à l’extrême sud) qu’est prévue la construction de cinq barrages hydroélectriques (Baker I et II et Pascua I,II et III). C’est une vieille idée, qui était jusqu’à présent restée dans les cartons du pouvoir et des entreprises privées, mais cette fois-ci le gouvernement Pinera semble disposé à mettre en oeuvre ce projet colossal. Son coût est estimé  à 7 milliards de dollars (environ 5 milliards d’euros) et pouvant générer 2750 Mégawatts en puissance. On peut parler d’un projet pharaonique et supérieur au barrage d’Assouan en Egypte (puissance 2200 Mégawatts). Cela donne une idée de l’ampleur des travaux futurs et des conséquences évidemment irréparables sur les écosystèmes, et en particulier ce qui touche à la question cruciale de l’eau.

La Patagonie est une région sensible, d’une nature foisonnante et en partie vierge, et depuis quelques années cette région du monde aiguise les appétits en raison de son faible développement. Au pays du néo-libéralisme Roi, ce projet soulève de nombreuses questions, et dans ce cas particulier comment s’organise le marché « libre » des énergies au Chili? Qui sont ceux décidant vraiment des orientations prises, quand on découvre que 100% du marché de l’énergie est aux mains de consortiums privés. Et précisément, l’on trouve une multinationale Italo-espagnole aux commandes (ENDESA Energia), ou du moins pour 50% des parts dans ce chantier titanesque au sein d’une filiale se nommant ENDESA COLBUN (mi-chilienne, mi-italo-espagnole).

Les filiales chiliennes du groupe ENDESA ont récemment décidé de mettre 5,5 milliards au pot en 2011 et ouvrir 1,5 milliard aux investissements principalement étrangers, peut-on présumer. Le coût réel de ce projet risque s’il était entrepris de s’avérer bien plus onéreux, sachant qu’il a fallu chercher depuis son élaboration active au moins un milliard de dollars supplémentaire et que chaque année passant les coûts sont réévalués de 30%. Il y a de grandes chances que ce projet revienne au final à 10 à 15 milliards de dollars, sans parler des destructions inestimables d’un bien commun à toute l’Humanité, et qui aura irréparablement des conséquences sur le milieu ambiant et cela va de soit la population locale.

C’est une région très faible en présence humaine, ou l’on n’approche à peine un habitant au kilomètre carré et la majorité vivant en de petites et moyennes localités urbaines. Des échauffourées ont eu lieu début mai 2011 entre la population locale et la police, néanmoins ont pris naissance des groupes autour d’une résistance locale et une coordination représentative de l’opposition à ce projet destructeur et mégalomaniaque. Les deux rivières menacées Pascua et Baker, plus ce que l’on peut présumer comme inondation des terres (plusieurs centaines d’hectares) et possibles évacuations révèlent de nombreux enjeux. Ils sont économiques, écologiques, sociaux et politiques, c’est en soit un nouveau cataclysme, non seulement pour les Chiliens mais aussi pour toute personne cherchant à se faire une opinion sur un tel sujet et quel soit le lieu sur le diktat néo-libéral, qui a pris naissance du temps de la junte militaire (1973-1992).

Le Chili a besoin d’électricité et voit d’année en année augmenter sa consommation. Ses besoins actuels sont de l’ordre de 18 Gigawatts, dont 60% proviennent de l’énergie fossile, 4% en énergie renouvelable (0,1% pour l’éolien) et pour 36% les autres sources proviennent notamment des centrales thermiques au charbon (neufs en projet), et barrages hydroélectriques. Jusqu’à là rien de très anormal de voir une nation en quête de son développement, l’on comprend moins ce qu’elle a sacrifié ses ressources et ne pas disposer d’un plan tout aussi ambitieux, mais à d’autres fins.

Le projet Hidro-Aysen va à contresens d’une logique respectueuse des niches environnementales et préconise la destruction assumée de deux vallées et deux cours d’eaux (les rivières Baker et Pascua), qui sont probablement deux petits poumons de notre planète à ne pas toucher. La grande faille est certainement la distance qui sépare lieu de production et les besoins centraux énergétiques du Chili, notamment Santiago étant à 1800 kilomètres de distance. De plus, acheminer sur une seule ligne ou un seul ouvrage l’énergie comporte le risque de provoquer une rupture de l’approvisionnement, mais aussi de déséquilibrer l’ensemble des circuits nationaux de distribution. Comble d’ironie, en fait l’ouvrage sera de 2300 kilomètres et aura pour but exclusif de fournir de l’électricité aux entreprises minières de l’acier. Quand il est fortement recommandé de produire de l’énergie près des lieux de distribution, on peut estimer que les pertes seront d’environ un tiers en raison des distances d’acheminement de cette énergie. 

La question n’est pas de dénoncer les investissements étrangers, mais se demander quel impact social et économique peut avoir une idée et des plans instruits à plusieurs milliers de kilomètres et pour le simple appât du gain. Les forces vives locales dans ce type de projet ont de quoi se faire entendre et trouver un soutien, pour que la technocratie chilienne puisse au moins prendre son destin en main. Le monde n’est pas un grand jeu de Monopoly, sauf que dans cette architecture capitalistique, le Chili est un des exemples de comment est vendu à la découpe un état en principe souverain. Il n’y a rien d’original de voir des cours d’eaux en Amérique Latin être des propriétés privées, l’une des rivières en question est depuis longtemps la propriété d’une multinationale.

Soit il vous semble anodin de voir confisquer aux populations du cru son droit de jouissance pour ce qui devrait normalement être un bien commun est purement confisqué pour des intérêts sans point précis de résidence et se moquant du sort des "riens de riens". Quelle idée de vouloir prendre part dans une actualité non hexagonale ? Je ne suis pas certain, que nous accepterions cette privatisation de biens collectifs. A noter qu’en France, le retour des concessions de l’eau du privé aux services publics disposent de quelques exemples significatifs. Et oui même la capitale parisienne a mis fin aux années pas très reluisantes ou l’équipe chiraquienne à Paris avait vendu les plus beaux fleurons de l’eau à deux multinationales françaises bien connues en ce domaine.

Cet exemple chilien avec « Hidro-Aysen » démontre à quel point l’exercice du politique est au final assez lointain. Et le Chili est en ce domaine est un des exemples du culte voué à l’ultralibéralisme. Comment le politique peut-il vraiment intervenir, si tout est déjà ficelé par ailleurs ? C’est assez ahurissant mais très révélateur,, de comment au Chili le peuple est disjoint de l’exercice du politique, la représentation nationale ou gouvernementale semble soumise, puisque le pouvoir chilien est plutôt une somme négligeable, au pire un rouage, à qui l’on promet un mirage énergétique.  La politique du gouvernement Pinera, par bien des aspects, c’est un pas en avant, pour trois pas en arrière, et seule une mobilisation internationale peut participer à faire marche arrière, et voir le Chili se doter d’un plan plus ambitieux, non seulement avec des capitaux locaux et des objectifs respectueux de l’économie du vivant.

La géothermie, le solaire, et plus encore l’autonomie énergétique du Chili n’est pas gagnée, loin d’un contexte où l’imagination serait au pouvoir. Néanmoins la circulation d’informations sur ce projet en question est importante pour saisir les différents aspects d’un même problème. Comment lutter contre ces trusts, ces pouvoirs économiques qui ne pensent qu’en retombée et plus value juteuse. Où est l’humain, le vivant dans tout cela, quelle économie favoriser en tout lieu du globe pour sortir de cette marche forcée vers l’absurde de croire qu’il faille pour des besoins électriques mettre en péril non seulement deux vallées et rivières, mais tout un processus qui prend sa source dans le lac le plus profond du continent américain, le San Martin à cheval sur le Chili et l’Argentine. Et ces eaux aboutissent en fin de parcours dans l’océan Pacifique, et il faut souligner le rôle crucial  des sédiments dans les eaux maritimes et ses conséquences sur le biotope.

Dans ce crescendo de conséquences et de choix absurdes, Hidro-Aysen est appelé à retourner à ses cartons. Soixante et un pour cent des chiliens rejettent ce méga titanesque projet. Pas besoin d’être chilien ou économiste, mais simplement se dire comment construire de vrais barrages à cette idéologie dominante. Il est temps que le Chili rompe avec ce passé empli d’inhumanité et gagne les voix d’un progrès partagé et non pas subit. L’entrée de cette nation comme modèle économique essaie de faire oublier les souffrances non seulement du passé, tout en continuant le même ouvrage à des fins financières à court terme. L’objectif a été de faire du Chili un état vidé de ses prérogatives politiques et citoyennes, un Eldorado pour investisseurs européens et étasuniens. Toutefois les Chiliens ne sont pas dupes, mais ils disposent de la gauche la plus désunie du monde, et pour certaines franges sur des positions dogmatiques. Pas simple dans ce cas de trouver une unité commune, même si l’on dispose d’un opinion publique majoritairement à gauche. Chercher l’erreur !

Pinera, le président fait partie de cette génération d’élu coulé dans l’orthodoxie financière du pinochetisme, car non seulement Augusto Pinochet fut un dictateur sanguinaire, mais aussi l’homme qui a transformé le Chili en le soumettant à la religion néo-libérale et en concentrant tous les pouvoirs dans les mains d’intérêts transnationaux. Ce fut pour les Chiliens un traitement de choc, la paupérisation d’une partie de la population, une junte militaire et un développement non consenti et au détriment de l’enrichissement du pays et de ces concitoyens. Dire non au projet hydroélectrique « Hidro-Aysen » c’est refuser de se soumettre à cet ordre des choses, à ce chaos que propose le capitalisme comme agent de destruction des ressources.

Pour le même prix des universitaires chiliens, comme, Roberto Roman et Stephen Hall expliquent qu' il est possible d’avoir une production électrique bien supérieure que le projet envisagé d’Hidro-Aysen, et avec un moindre impact environnemental. En comparaison, il est possible de produire plus de 4.000 Mégawatts avec la géothermie, voire sinon plus de 5.000 Mégawatts avec les énergies éoliennes, et bien plus avec le solaire pour 40.000 Mégawatts, si l’on s’en tient à ses spécialistes de la question.  L’on voit bien que ce projet est non seulement dangereux et qu’en plus on ne cherche pas à s’appuyer sur les compétences ou des contre-expertises. Cette folle insouciance du gouvernement Pinera et promoteurs chiliens et européens ne doit pas laisser indifférents. Les futures générations ne sont pas appelées à vivre selon des dogmes financiers ou politiques, mais auront besoin de faire respecter leur droit à protéger des richesses inestimables et essentielles à la vie. Si les barrages sont entrepris, ils engageraient des dommages irréparables et une menace sur une des derniers patrimoines de notre humanité qu’est la Patagonie.

A l’exemple du président équatorien Rafael Correa et son choix de renoncer à certains chantiers pétroliers en Amazonie, prouve qu’il existe d’autres chemins. Rafael Correa a fait appel à une aide internationale pour protéger un bout de poumon du monde, croire que ce qui passe à mille lieu est sans effet serait une grossière erreur. L’eau, l’air, les énergies ne sont pas des sujets seulement pour spécialistes, ces deux éléments naturels ont pour méritent de nous mettre le nez dans ce qui est du domaine du possible et à distance de la folie néo-libérale. Il ne s’agit pas d’aller contre le progrès ou les besoins énergétiques des Chiliens, mais le Chili n’a pas besoin de se sacrifier une fois plus sur l’autel du profit. Et la question n’est pas que chilienne, et il en va de proposer d’autres choix, d’autres alternatives, et l’écologie pose comme question l’importance des sciences dans le champ des analyses politiques et socio-économiques.


Source : Article tous droits réservés,
ne peut être publié sans autorisation


Chili : répression d’une manifestation
anti-barrages en Patagonie




par Cristian Palma, , 16 mai 2011

HidroAysén est le nom d’un mégaprojet que le gouvernement de droite essaie de mettre en œuvre en Patagonie chilienne et qui a réveillé le mécontentement dans les rues.

Selon les Carabiniers ce sont 30 000 personnes qui sont descendues dans les rues vendredi pour protester contre HidroAysén, un mégaprojet énergétique qu’Endesa et la fortunée famille Matte essaient de mettre en œuvre en Patagonie chilienne. Pour ceux qui ont participé à la manifestation, ils étaient plus de 50 000.

Au-delà des chiffres, il est certain que l’approbation de l’étude d’impact environnementale de l’initiative privée a échauffé une bonne partie de la population - non seulement à Santiago - qui est contre un projet qui inondera des milliers d’hectares, modifiera pour toujours le sud du Chili et qui voit comment le gouvernement de Sebastián Piñera serre de plus en plus de mains patronales et ordonne des pompeux projets de loi.

La marche est pacifiquement partie de la Place l’Italie, centre névralgique de la capitale. Les manifestants ont défilé en direction de la Place de la Citoyenneté, en face du Palais de La Moneda. Les manifestants étaient tranquilles, portant des bougies et entonnant des chants de contestation contre le gouvernement de droite au pouvoir dans le pays. La tranquillité a peu duré. Des forces Spéciales de Carabiniers ont empêché que les gens s’approchent du palais du gouvernement. Certains qui ont réussi à atteindre la place, ont été pratiquement balayés du lieu. Appuyés par des voitures lance-eau, les effectifs ont commencé à lancer des bombes lacrymogènes vers 21.30, à l’heure des infos télévisées.

Cependant, les chaines n’ont pas ressorti la nouvelle, malgré le fait qu’à cette heure la marche avait déjà dérivé en dur affrontement contre les forces de l’ordre de Piñera, qui pour beaucoup ont fait un usage démesuré de la force. De fait, les twitters qui étaient dans la manif ont dénoncé que plusieurs effectifs policiers ne portaient pas de plaque d’identification. Une telle situation fait rappeler les temps dans lesquels l’ennemi du peuple avait nom et prénom : Augusto Pinochet.

Dans les réseaux sociaux, le coupable de cette situation est le ministre de l’intérieur, Rodrigo Hinzpeter (d’une obsession reconnue pour faire baisser les indices de criminalité, coûte que coûte), qui a interdit que la manifestation ne circule librement et a mis tous les policiers en état d’alerte. "Cela n’est pas seulement pour HidroAysén. Il y a un mécontentement avec ce gouvernement, avec la manière de faire les choses et avec les offres de campagne non accomplies. Ils nous ont promis une administration d’excellence, où il n’y aurait pas d’espace pour perdre de temps et hier nous avons vu le porte-parole de La Moneda (Ena von Baer) déguisée de motoquera dans une revue pituca", avancait le sociologue Roberto Valencia tandis qu’il se séchait les larmes provoquées par les gaz toxiques. Des feux de circulation arrachés, presque tous les panneau de signalisation détruits, plusieurs rideaux métalliques de magasins abîmés, des automobiles avec leurs verres cassés et des succursales bancaires affectées, c’était le bilan de la journée.

La manifestation a été organisée par l’ONG Patagonie Sans Barrage. L’organisation s’oppose au projet approuvé par douze fonctionnaires gouvernementaux lundi dernier de construction de cinq barrages dans le lit des rivières Pascua et Baker, et d’un réseau de transmission de 2000 kilomètres jusqu’à Santiago. Les 67 personnes arrêtées et les nombreux blessés de vendredi - entre manifestants et carabiniers – n’ont en aucune façon freiné les plaintes. Le mouvement Action Écologique a convoqué à une nouvelle manifestation pour vendredi prochain, qui veut arriver jusqu’au menton de Piñera. Les manifestations continueront jusqu’au 21 mai prochain, jour où le président Sebastián Piñera remettra au Congrès le compte-rendu public de sa gestion. Hier il y a déjà eu un préalable avec un "concert de casseroles" massif.


Source : Pagina/12, traduit par Amerikenlutte
 

En Patagonie, les Chiliens se révoltent
pour défendre leur eau


  Par Cristina L’Homme, le 19 mai 2011

    « Non aux barrages en Patagonie! - 
La Patagonie n'est pas à vendre! - Non à HidroAysén ! »

C'est avec ces cris et des banderoles plein les rues que des dizaines de milliers de manifestants défilent depuis plus d'une semaine dans les grandes villes du Sud du Chili, et principalement en Patagonie, où les carabiniers les ont violemment réprimés. Ils protestent contre HidroAysén, un projet de construction de cinq méga-barrages hydro-électriques.

Ce slogan signifie qu'ils ne veulent pas que la Patagonie meure. Cette région du bout du monde est l'une des rares encore intactes de la planète et représente la troisième réserve d'eau douce dans le monde.

Si ce projet aboutit, la distribution de l'électricité produite par les centrales (18 430 GWh par an) se fera à travers un alignement de pylônes de plus de 70 mètres de haut, qui s'étendra sur 2 300 kilomètres en direction du Nord du pays (sachant que le taux de pertes d'énergie avec ce type de transport est de 30%).

Autant dire un coup mortel pour la région d'Aysén, qu'on appelait depuis 26 ans, la « réserve de vie », étant donné les efforts poursuivis pour y défendre un style de vie tourné vers le « vivre ensemble » et le respect de la biodiversité.



Journées Amérindiennes  - Amnesty International



Extraits sonores de la Conférence à Sciences-Po Paris du 29 avril 2011


I - Juana Calfunao : Représentante et résistante Mapuche du Chili en Europe


A écouter ou télécharger l'intervention de Juana Calfunao en MP3 :





Juana Calfunao

17 minutes - Résistance Mapuche - En français et en castillan


II - Christian Gros :  Professeur émérite (Université de Paris-III, Institut des Hautes études de l’Amérique latine- IHEAL)


A écouter ou télécharger l'intervention de Christian Gros en MP3 :

     De l'indigénisme à l'indianisme : d'un mouvement pour les indigènes
à un mouvement par les indigènes,


s
Christian Gros

18 minutes - Etat des lieux des résistances Amérindiennes

 
III - Bernard Duterme : Sociologue, directeur du CETRI (Belgique)


A écouter ou télécharger l'intervention de Bernard Duterme en MP3 :

L’ « autonomie de fait » des zapatistes du Chiapas : Une alternative viable ?




Bernard Duterme

20 minutes - Mexique, résistances Amérindiennes au Chiapas



IV - Diego Landivar : Chercheur et co-auteur d'"Indigénisme, capitalisme, socialisme : l’invention d’une «quatrième voie» ? Le cas bolivien"


A écouter ou télécharger l'intervention de Diego Landivar en MP3 :   

 Indigénisme, capitalisme, socialisme:
l’invention  d’une «  quatrième voie » ? Le cas bolivien





Diego Landivar

16 minutes - Bolivie, mouvements et pouvoirs Amérindiens


Source : Pantuana TV - Creative Commons - Pas de modification


La France en guerre, le monde arabe en révolution,
 et l’Amérique Latine « radicale » dans une impasse ?



Par Lionel Mesnard, le 12 avril 2011



De la lutte contre le communisme, à la lutte contre la drogue puis contre le terrorisme : on peut ainsi désigner trois étapes importantes de comment les Etats-Unis ont pu des années durant imposer un ordre mondial sans partage. De ce qui fut la guerre froide, la chute des régimes de l’Est européen en 1989 obligera les Usa à changer de stratégie, notamment guerrière, du moins à trouver de nouveaux ennemis fédérateurs. Si hier ils étaient « rouges » ou « communistes », ils sont passés du statut du trafiquant de drogue dans les années 1990, à celui de terroriste dans les années 2000. Mais, sur le fond, ces stratégies politico-militaires visant à projeter une cible à abattre ont-elles véritablement changé ? Peut-on imaginer un instant que la protection de la veuve et de l’orphelin soit du ressort d’un état qui ne cache pas sa volonté d’imposer au monde une conduite avant tout économique? Qui peut croit encore à un humanisme des relations diplomatiques, quand les voies consulaires n’ont que pour but d’asseoir une domination et si cette critique est porteuse pour les Etats-Unis, elle l’est aussi pour tout ce qui ressemble de près loin ou de loin à un état nation.

Toute la question est de savoir comment on passe d’un monde bipolaire (anciennement sur un axe Est/Ouest ou les Usa et l’Urss) puis monopolaire à un multipolarisme, quand tout porte à croire que nous vivons une période transitoire, et le passage d’un empire dominant à un autre. La question n’est pas de crier au loup ou dire attention à l’empire du milieu, il serait hasardeux de comparer les deux molosses impérialistes, l’un en construction, l’autre sans véritable contradiction, et les deux sur le même modèle économique capitaliste. En 20 ans, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale, et les Etats-Unis ne tiennent, au seul prix d’un surarmement et de conflits répétitifs. Sinon depuis Ronald Reagan la machine économique serait partie en morceau depuis fort longtemps. Le poids de ce que l’on appelle le lobby militaro-industriel, et surtout la présence d’hommes accrédités, dans les cénacles du pouvoir à Washington et liés aux groupes étasuniens de pression économique est une réalité objective de la conduite de « l’hyperpuissance » en faveur d’une domination sans partage.

L’on ne peut comprendre, l’ordre du monde qu’à travers une grille de lecture en mouvement. En un peu plus deux décennies, nous sommes passés d’un monde à un autre sans nous rendre compte des changements intercontinentaux, des stratégies en cours pour nous endormir et nous détourner des enjeux majeurs. Ce qui a pu produire dans le monde Arabe depuis le début de l’année 2011 est le deuxième volet d’une attente populaire à l’échelle de plusieurs pays, révolution de velours ou de jasmin, les aspirations ne sont pas lointaines. Toutefois l’histoire n’est pas la même et ce qui a pu se produire de Berlin Est à Bucarest s’est fait sans trop de heurt et s’est soldé au pire avec la condamnation à mort du tyran roumain. Si l’on a pu constater des mécanismes de manipulation de l’information sur les événements en Roumanie (décembre 1989), l’on peut s’interroger à savoir pourquoi et par ailleurs elle a pu aussi servir à ne pas informer les opinions publiques sur ce qui se produisait dans l’arrière-cour des Etats-Unis à la même période.


Vue du plancher des vaches…

Il est difficile de ne pas avoir un peu le tournis au regard de l’actualité internationale récente. On peut se demander, à juste titre, si le monde fait son entrée dans un nouveau cycle ?  En l’état personne ne maîtrise véritablement les clefs du futur. La France en quelques semaines s’est engagée dans deux conflits armés et participe de fait à trois guerres, si l’on n’oublie pas l’Afghanistan.  Le gouvernement fait entendre qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, mais nous avons les moyens d’entretenir des troupes par milliers et d’engager un arsenal guerrier qui coûtera à la collectivité et pèsera indubitablement dans les relations diplomatiques.

Une fois de plus, aucun citoyen de ce pays ne pourra s’exprimer en raison d’un débat confisqué, pas même les représentants des assemblées ne pourront véritablement s’exprimer sur le sujet. Notre constitution est ainsi, les élus du peuple français sont consultés seulement si le pays est engagé à son propre titre. Le président et ses ministres se cachant derrière l’ONU, nous voilà donc devant un fait accompli. Quid d’un débat public plus qu’important, à minima nous sommes en droit d’attendre un examen et un vote des parlementaires français. Il n’en sera rien et ce problème n’a rien de nouveau.

C’est pourquoi il est presque impossible de prendre parti dans un processus militaire, ou de toute façon la voix d’un représentant du peuple équivaut au néant, et celle de l’opinion publique à du vent. Ceci n’est qu’une histoire de pouvoir et nous ne pouvons qu’en regretter le vide démocratique, ici comme ailleurs.

La Libye est une guerre qui tombe à pic. Croire que la politique n’est qu’un exercice d’équilibre et de raisons nobles peut induire fortement en erreur. C’est surtout le fait de calculs égoïstes et d’intérêts parfois personnels se faisant sur le dos des peuples. Nous sommes en droit de nous demander, si le Président de la République française, ne trouve pas là une bonne aubaine que de jouer les va-t-en-guerre en déclarant des hostilités à la Libye ? En soit, ce n’est pas la question de savoir si Kadhafi doit rester ou non au pouvoir, on ne peut que souhaiter son départ après 34 ans de pouvoir militaire (sans partage) et de multiples crimes à l’encontre des populations libyennes. Mais pourquoi subitement, ce virage à 180 degrés à l’égard de ce régime?

Pourquoi ces deux poids et deux mesures, quand, il y a à peine quelques semaines, la France proposait ses services, par la voix de son ministre des affaires étrangères, dans le maintien du maintien de l’ordre au régime tunisien de Ben Ali ? Il n’est point besoin de mentionner la visite remarquée de Kadhafi en 2007 en Europe, ce qui devait se résumer en de fabuleux contrats et milliards à la clef. A quoi peut tenir ce changement brutal d’orientation concernant ce qui était encore l’an dernier un partenaire. C’est à se demander si de mauvais sondages pourraient avoir un rôle, notamment en vue d’une réélection ?

Devenir le pourfendeur de Kadhafi, c’est bien mieux qu’un débat sur l’Islam (qu’une bonne part de l’opinion publique en France a rejeté en raison de son caractère stigmatisant), et cela peut avoir un rôle non négligeable et utile pour regagner un électorat qui semble prendre la fuite vers l’extrême droite. Et puis pour tous ceux qui sont toujours prêts à lâcher une larme sur la grandeur de notre César local, comme par enchantement, des sondages récents donnent 66% à 72% des Français favorables à une intervention militaire en Libye.

Grâce à ce qui se passe de Rabat à Téhéran (aujourd’hui en Syrie), comme soulèvements populaires, on peut mieux comprendre l’aspect négatif des différentes diplomaties en présence. Si l’on peut bien constater la naissance d’un monde multipolaire, il y a de quoi être surpris par la courte vue des chancelleries du monde entier. On peut affirmer qu’à ce petit jeu, on ne voit pas une seule diplomatie être à la hauteur des enjeux. C’est le chacun pour ses intérêts, ses petits calculs pour sortir du ridicule de la situation, car qui n’a pas mangé dans l’assiette ou dans la main de Kadhafi ?

L’homme du petit livre vert est un habile manœuvrier et il n’est pas si fou qu’on l’entend. Il est simplement le prototype de ces pervers ou manipulateurs «de génie», qui n’ont qu’à l’esprit de se maintenir au pouvoir et seule la mort pouvant nous en délivrer. Justement une opinion publique arabe, notamment jeune souhaite prendre une autre voie et à contresens de ce que pense, Sarkozy, ou Cameron, ou leurs potentats locaux.

Un tel mouvement d’émancipation n’avait pas vu jour depuis la révolution de velours en Europe de l’Est à partir de 1989, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Toutefois il est impossible de dire ou d’affirmer que les peuples arabes vont pouvoir se libérer des tutelles du passé, la route sera longue avant que tous les fantoches ne tombent. Cela prouve néanmoins que les aspirations à la démocratie et à la liberté peuvent faire chuter un régime dictatorial, et quel que soit le lieu sur cette planète.


Les gauches radicales latino-américaines dans l’impasse ?

Il n’y a aucune raison de se désolidariser des mouvements sociaux et politiques oeuvrant en Amérique Latine, tout au contraire, c’est par l’usage de la critique que nous avancerons, et mieux vaut éviter les autoroutes de l’embrigadement… Pour reprendre une métaphore, il est préférable de « convaincre et non de vaincre ».

Bien heureux celui qui aura suivi et compris les évolutions politiques au Venezuela ces dernières années. Si vous faîte preuve d’un peu d’honnêteté intellectuelle, - vous ne pouvez que constater, - que le débat prometteur sur le socialisme du XXI° siècle n’a pas encore eu lieu. Raison de plus de le relancer, et d’y apporter quelques critiques, car de mémoire jamais depuis 1989 les relations internationales n’ont été autant au centre de nos préoccupations, et de notre devenir commun.

Ce vent d’air frais venu notamment de Tunisie et d’Egypte, et en raison de ce qui se passe en Libye ne peut que pousser à soutenir des mouvements populaires, démocratiques et assez lointains des bigots fanatiques. En clair ces mouvements ont une dynamique révolutionnaire, et actuellement dans le monde Arabe et Persan, ils cherchent à transformer les anciennes bases. Mais à Managua et à Caracas, l’on a pu constater une certaine confusion et un soutien embarrassant au régime de Kadhafi. Tout en soulignant une tentative de dialogue.

Le problème n’est pas nouveau et repose en bonne part sur les évolutions que l’on a pu remarquer dans l’entourage d’Hugo Chavez, et surtout ses propres évolutions depuis le coup d’état de 2002. L’objet n’est pas de faire une critique du pays en interne, mais s’interroger et quand cela est nécessaire sur des désaccords de fond et l’orientation prise sur le terrain de la diplomatie. Il est regrettable de constater dans ce concert diplomatique, que certaines forces de progrès ne soient pas aux côtés des damnés de la terre.

Depuis presque une décennie et l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, il semblerait que du moment que l’alliance peut se faire sur le dos de l’Empire, tout est bon pour pactiser avec les pires régimes de la planète. Il y a là un enjeu de fond à ne vouloir voir qu’une seule face, et en aucun cas les revers et surtout chocs et vents de répression en retour pour des populations réduites au silence et subissant depuis trop longtemps de Rabat à Téhéran les exactions de pouvoirs iniques. En bref, les amitiés se situent d’abord sur le terrain économique et au domaine des surprises récentes, même, la Colombie du très droitier Juan Manuel Santos emboîte le pas des relations et échanges avec Téhéran. Et l’on peut remarquer que la brouille entre Bogota et Caracas est bien terminée, et Juan Manuel Santos à même déclaré que Chavez était «son meilleur ami».

Pour reprendre cette formule utilisée de nombreuses fois : les amis de nos amis ne sont pas obligatoirement nos amis. Et dans le cas de la Syrie, de l’Iran, de la Libye, de la Biélorussie, du Zimbabwe, de la Corée du Nord, de la Chine ou de la Russie, il y a de quoi être perplexe et un peu nauséeux. Si l’idée est de croire que le socialisme se construira au sein de chaque état nation et indépendamment des autres, il y a là une vulgate marxiste dont on connaît le résultat, et de comment au nom du socialisme dans un seul pays, nous avons abouti à un ordre bipolaire après 1945.

Il serait vraiment dommage de voir l’histoire balbutier en Libye. Même s’il n’y a rien, à attendre d’un pouvoir bourgeois, pour autant passer d’un régime dictatorial ou théocratique à des fondations démocratiques est préférable, et nul besoin de faire référence à une quelconque dialectique historique, il en va de l’expression du plus grand nombre.

La conclusion ultime du Manifeste du Parti Communiste de Marx fini sur cette maxime : «travailleurs de tous les pays unissez-vous». Et cela pose l’idée que les masses laborieuses ne peuvent poser les bases de leur émancipation sans tenir compte de l’ensemble des exploités ou persécutés de cette planète. Ce n’est donc pas un débat entre nationaux et peu importe le lieu, mais du regard que nous portons sur le monde, et de comment nous pouvons articuler notre pensée en tant qu’internationalistes? 

Croire qu’un régime théocratique comme l’Iran, ou un état policier comme la Syrie puisse  aider à lutter contre l’hégémonie étasunienne, et par la même contre l’ordre capitaliste, c’est à la fois une erreur et un peu léger comme construction idéologique. Et l’on en oublierait que ce furent les Iraniens, les premiers à se soulever contre le régime des mollahs l’an dernier. Que certains y cherchent la main basse de la Cia, du Département d’Etat à Washington, si ce n’est un énième complot, comment peut-on être aussi sourd aux souffrances populaires, en niant de la sorte des soulèvements progressistes? Car combattre un état théocratique ou dictatorial s’est aspiré à une évolution sociale et politique, notamment pour que le genre féminin obtienne des droits égaux au masculin.

Que des pays commercent avec des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux, c’est en soit la règle générale de tous les états, mais de là à tomber dans des alliances anti-impérialistes aux accents surréalistes et à contrario de la volonté des peuples. ll y a non seulement une contradiction de taille, si ce n’est une impasse certaine et particulièrement indéfendable. Cela ne remet pas en cause les résultats positifs obtenus par les pays de l’A.L.B.A. (1) en matière de scolarisation, de médecine, et autres urgences sociales, et Cuba y a trouvé un rôle non négligeable, mais questionne sur l’idée que nous pouvons nous faire des libertés publiques et de l’usage de son expression?

Il est souhaitable de garder une distance avec certains objets médiatiques de la propagande virtuelle, et dans le cas du Venezuela, de Cuba trouver une opinion échappant à la polarité des points de vue. Les questions internationales et l’Amérique Latine en particulier est un exemple en la matière, les rapports de force sont tellement vifs que l’analyse finie par passer par pertes et au profit d’un discours parfois à la limite de la psychose paranoïaque, du moins à la sauce du complot. Certes l’influence et les dégâts imputables à la puissance étasunienne sont pléthores, mais on ne peut que remarquer ses limites et ses échecs ces dernières années en Irak et en Afghanistan, allant de concert avec l’autonomie politique et économique conquise de haute lutte par la gauche latino-américaine et ses pouvoirs en place.

Que l’on veuille ou non, les Etats-Unis sont plutôt dans un grand état de faiblesse et engage probablement son déclin à moyen terme. Quand Chavez parlait d’un monde multipolaire, ses détracteurs se gaussaient et c’est depuis devenu un fait presque acquis, mais cela n’augure en rien un meilleur équilibre, si ce n’est qu’un autre système impérial pointe son nez à grands pas. Que la Chine prenne une telle importance préfigure de changements, mais il faudrait s’accorder sur la nature des progrès. Le parti unique et le marché imposant des contraintes folles aux travailleurs chinois n’est certainement pas la voie à suivre et cela ne peut que produire des doutes sur la construction d’un socialisme ou l’Homme ne serait pas le moteur de son émancipation propre.

Nous touchons là à la limite des pouvoirs et l’usure des modèles actuels, ou ce que l’on dénomme sous le nom de realpolitik. Ce pragmatisme très en vogue dans les chancelleries nous aura ouvert les yeux sur le cynisme des enjeux, sur les faiblesses intellectuelles du socialisme du siècle présent. L’objet n’est pas en soit de lancer de grands anathèmes, mais ne pas se laisser avoir par ces mécanismes qui poussent à l’exclusion au titre du, « si tu n’es pas avec moi, tu es donc contre moi » ou une conception plus que ridicule du «marxisme-léninisme». Et bien non, quoi qu’on veuille, les choses ne sont pas si simples. Que dire à un Iranien partageant des convictions de gauche ou progressiste, et lui soutenir que le président de son pays est un homme respectable et du même camp? On peut en comprendre l’inconfort et le côté abusif et fâcheux.

Il n’est pas possible à la vue de cette confusion de ne pas poser la question du pouvoir et de son exercice. Il y a de quoi être critique et cette approche critique est une des bases essentielles du mouvement socialiste, et il ne s’agit pas en contre point de dénigrer ou de caricaturer, mais bien de prendre en compte nos évolutions face aux temps présents et pas selon des théorisations datant du bloc soviétique ou venant de gens plus allumés que radicaux. La mélasse nationaliste ou à la sauce du complot est devenue plus que problématique, et ouvre la voie à des propos outranciers, ou à des analyses à deux sous ou d’inspiration réactive et souvent primaires.


Les « anti-systèmes » de papier et idées fausses

Nous avons pour preuve certains courants «anti-systèmes» européens ou américains qui ont beaucoup manœuvré pour faire passer l’idée d’un monde tournant autour du seul conflit israélo-palestinien, au point de ne plus pouvoir différencier ou établir des échelles de valeurs cohérentes. Lire sous quelques plumes que la Colombie est l’Israël de l’Amérique Latine revient à désinformer sur ce qui se passe en Colombie. Que des similitudes ou des échanges entre ces deux pays existent, cela n’a rien d’étonnant dans un monde «ouvert», mais à faire des projections pour comparer l’incomparable, c’est plus qu’agaçant, c’est absurde et inopérant.

Le plus inquiétant c’est de vouloir monter des peuples, ou des communautés les unes contre les autres, et dans cette soupe virtuelle et médiatique cela participe à crédibiliser des courants extrêmes droitiers ou confessionnels, simplement parce qu’ils reprennent en tue tête, que c’est la faute au système.

Que des pays réclament une plus grande souveraineté, il n’y a rien de choquant, mais que cela devienne l’architecture d’une nouvelle pensée ultra-nationaliste ne peut que désoler une bonne partie de la gauche radicale ou pas. Si Kadhafi, Bouteflika, Ahmadinedjad et Bachar el-Assad sont le point d’orgue de la lutte contre l’impérialisme, il va de soit que l’on écarte du progrès les forces vives de ces nations. L’ennui est que tout cela relève du cynisme des gouvernants et d’un débat à ouvrir sur les limites des états nations. Ceci bien évidemment dans une perspective internationaliste, et les possibilités qui nous sont offertes de pouvoir échanger en d’autres termes restent à construire.

Ce qui a pu se passer ces dernières années en Amérique Latine n’a pas à empêcher de penser en d’autres termes, parce que rien n’accrédite que c’est la seule voie du possible, si cet autre monde est possible… C’est avec seulement quelques principes qui poussent à ne pas gober les objets de la propagande. Certains actes, écrits vont à contresens de l’émancipation des populations civiles en Afrique du Nord et bien au-delà. Qu’il existe une réalité Nord Sud c’est une évidence, mais que cela soit un frein de communication entre les travailleurs des deux hémisphères, c’est tout bonnement contre-productif. Même Marx n’y reconnaîtrait pas ses idées.

Ce qui peut nous rassembler, c’est justement réactiver la lutte de classes en vue d’une transformation de nos modes de productions et de consommations et d’échanges à l’échelle planétaire, et cela va de soit dans un processus d’adaptation écologique de grande ampleur, planifié si besoin est ; et de soutenir d’où que nous soyons des mouvements progressistes et pluralistes, démocratiques au bon sens du terme. Si l’on peut en résumé l’idée, il en va du regard que nous portons sur l’autre, et de comment nous abordons le domaine des consciences et de la construction d’une critique des systèmes.

Il semblerait qu’un consensus assez large puisse se faire d’une réalité universelle, et que le facteur culturel ne soit que secondaire et pousse à essentialiser les discours politiques. On ne peut pas faire état de la mondialisation ou de la globalisation, sans comprendre ce processus, en particulier de populations jeunes, instruites et utilisant à bon escient, ce que l’on pouvait envisager comme le pire de la virtualité, c’est-à-dire les réseaux sociaux biens connus des autoroutes de l’information.

Il est un facteur, celui de l’existence de cet outil de communication pour saisir que nous entrons dans une période nouvelle, ou les jeunesses de ce monde se ressemblent de plus en plus et concentrent des aspirations tout à fait louables quant à la protection des droits de la personne humaine et en particulier son droit à une expression libre et qui plus est laïque et féministe. Peut-être qu’un monde multipolaire pourra aider à penser autrement notre monde, les défis à accomplir à l’échelle des 40 années à venir sont énormes et relèvent plus du qualitatif, que du quantitatif. Il en va d’une transformation de nos modes de vie et notre rapport au vivant.

Internet est entrain de modifier non seulement nos repères de lecteurs, mais surtout nous basculons dans une période historique propice à la naissance de changements politiques majeurs, à des prises de consciences sur l’universalité du genre humain. Il suffit de constater une cohésion générationnelle, les sociétés patriarcales ont quelques soucis à se faire.

À vouloir chanter les louanges de certains tyrans au nom de l’anti-impérialisme, les pouvoirs dits radicaux en Amérique Latine n’auront pas fait mieux que les autres chancelleries du camp bourgeois. La tripoté de prix décernés ces dernières années par le régime de Kadhafi au nom des droits de l’Homme à certaines personnalités politiques sud américaines ne pourra que laisser une gêne certaine. Et pour éviter ce type de complaisance, il faut apprendre à refuser certains prix, qui n’ont que pour but de flatter et aussi à vous clouer comme un bagnard à son boulet.

A nous laisser nous imposer un ordre du monde, nous finissons par oublier de le penser. Et il est très compliqué de vivre sur les ruines du passé… A vouloir tout réduire et limiter au nom d’un dogme, ou à mettre sur un même plan des ensembles impossibles ; alors le refuge pulsionnel ou dogmatique gagne du terrain, mais n’explique rien.

Agir contre le système capitaliste, ne se résume pas à penser en anti-système. Il faut saisir un aspect crucial, le moteur des luttes des classes d’hier n’a plus grand-chose à voir avec les réalités présentes, en particulier si l’on l’examine en regard du désordre mondial présent et persistant. Il existe des étapes à franchir, pour trouver plusieurs niveaux d’organisations, aussi bien mondiaux, que locaux, et à commencer par la question des intégrations continentales avant d’envisager une forme de gouvernement mondial. Ne serait-ce que pour souligner que l’ONU a surtout besoin de se réformer.

Note :

(1) L’A.L.B.A : Alliance Bolivarienne des Amériques rassemblant notamment le Venezuela, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua, …

Source : texte de Lionel Mesnard sous la mention
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Colombie, les mouvements sociaux
du Cauca encore menacés




par Sergio Ferrari, le 12 avril 2011


COLOMBIE • Dans un contexte de lutte pour le territoire et d’offensive militaire, les «paras» tentent d’intimider les organisations sociales. 


Depuis fin mars, les organisations sociales du Cauca vivent dans la crainte. Plusieurs menaces et événements inquiétants se sont produits dans ce département colombien, visant plus particulièrement les peuples autochtones, les associations paysannes et de femmes et les défenseurs des droits humains. Dans une zone de présence active d’ONG et de programmes suisses.

Les six organisations du Réseau pour la vie et les droits humains dans le Cauca ont dénoncé le 28 mars «les menaces contre la vie et l’intégrité physique de défenseurs des droits humains, de journalistes et de membres d’organisations sociales». Plusieurs des signataires, entre autres la Ruta Pacífica de Mujeres (Route pacifique des femmes) et l’organisation paysanne Comité du massif colombien (CIMA) sont depuis de nombreuses années partenaires ou bénéficiaires directs du Programme suisse pour la promotion de la paix en Colombie (SUIPPCOL).

Paramilitaires actifs

Le dernier vendredi de mars, un groupe d’inconnus a forcé le domicile de Miguel Alberto Fernández, fouillant entièrement son appartement et ne volant que le matériel professionnel. Ce défenseur des droits humains est un des responsables du CIMA et préside la section départementale de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT).

Le représentant de la police nationale qui est arrivé sur les lieux quelques minutes plus tard aurait reconnu qu’il ne s’agissait pas d’un «vol ordinaire». Ce qui amène les associations à y voir un «vol d’informations» et une «intimidation envers les organisations sociales et leurs dirigeants», selon leur communiqué.

Par ailleurs, un pamphlet signé par un groupe paramilitaire connu a été distribué fin mars dans la ville de Popayán, capitale du Cauca. Ce texte identifie comme objectif militaire plusieurs organisations indigènes (CRIC, ACIN), paysanne (CIMA) et l’Associations des institutions du Cauca, ASOINCA. La menace s’adresse également à des stations émettrices indigènes et à des journalistes locaux.

Tensions

«Les informations que nous recevons du Cauca nous préoccupent énormément. Elles s’inscrivent dans une conjoncture d’augmentation de la tension politico-militaire dans cette région de Colombie, avec une impunité totale pour les actions paramilitaires», souligne Bernard Borel, député du canton de Vaud et coordinateur de l’association Tejiendo Solidaridad (Tissant la solidarité) active dans cette région grâce à la coopérante colombienne Julia Madariaga (lire ci-dessous). «Malgré le fait que le nouveau président parle de changements substantiels et de droits à respecter, il semblerait que l’on soit en train de répéter la même stratégie qui a caractérisé Alvaro Uribe, son prédécesseur», juge M. Borel.

Le popiste a visité cette région l’an dernier au sein d’une délégation de personnalités helvétiques. «Nous avons fait la connaissance du défenseur des droits humains Miguel Fernández lors de notre visite et nous avons été marqués par le sérieux du travail qu’il réalise, en totale autonomie par rapport aux différents acteurs armés, et en faveur de la population paysanne et de son développement productif et social», relève-t-il. I

Traduction de Bernard Perrin

Massacre d’enfants soldats à Tacueyó

Hazard du calendrier? Dans ce même département de Cauca, la fin mars a été aussi marquée par un événement fondamental: les autorités et la communauté de Sauvegarde indigène de Canoas, dans la commune de Santander de Quilichao, ont expulsé de leur territoire le personnel et les machines d’une entreprise minière qui s’était installée dans la zone pour réaliser ses activités, sans respecter le processus de consultation préalable des communautés, tel que l’établit la Convention 169 de l’Organisation mondiale du travail. Simultanément, elles ont éradiqué trois cultures de produits illicites.

Cette régularisation n’a pas été du goût de tous. Comme le signale un communiqué signé par l’Association des Conseils autochtones du Nord du Cauca (ACIN), «une fois terminés les travaux d’éradication, les membres du Conseil furent l’objet d’un attentat avec des rafales de fusil». Quelques jours plus tard, Carlos Andrés Campo, gouverneur indigène de Canoas, a été menacé de mort par courrier électronique.

Le climat de tension dans le Cauca a par ailleurs augmenté considérablement, aussitôt après le bombardement par l’armée d’un camp de la guérilla à Tacueyó. Cette attaque perpétrée le 26 mars a causé la mort de quinze personnes, majoritairement des enfants autochtones encore mineurs, qui auraient été l’objet de «recrutement forcé» de la part des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), selon les organisations de la région.

«Les faits ne sont pas clairs, des enquêtes ont été ouvertes et elles vont prendre un certain temps», explique par téléphone depuis Cali l’anthropologue Julia Madariaga.




Colombie : 10 ans du Massacre du Naya,
Ni oubli, Ni pardon



par Primitivi, mise en ligne avril 2011,


Cette année se commémore le dixième anniversaire du Massacre du Naya, région qui borde le Rio Naya, limite entre les départements du Cauca et de Valle del Cauca. Plusieurs événements ont été organisés pour rappeler et dénoncer l’impunité dans laquelle demeure ce massacre.

Le samedi 9 avril, les victimes, accompagnées par les autorités indigènes et associations de Droits de l’Homme, ont procédé à une dénonciation publique à Santander de Quilichao et ont planté un plan de palme en mémoire aux morts du Naya et à Alexander Quintero, leader du Naya assassiné l’an dernier. Ont ensuite été parcourues les communautés afros, afin d’exprimer l’unité entre les descendants afros, les indigènes et les paysans, avant de procéder à une cérémonie d’harmonisation dans le Rio Naya, où se trouvent, encore, des disparus du Massacre. Une messe politique a été organisée le dimanche, ainsi qu’une galerie de la Mémoire. En ce même jour ont été écrites les exigences des victimes et des organisations, avec l’objectif de les présenter le lundi, lors de l’Assemblée de Commémoration, à Timba Cauca.

Quelques éléments pour ceux qui ont oublié ou qui n’ont jamais su de ces journées de barbarie, de ces années d’agression des peuples indigènes, des communautés afros et des paysans du Cauca et de la Vallée du Cauca...

Ces 50 dernières années, sur les terres fertiles du Naya, ont commencé à pousser les cultures illicites de coca : la zone, presque vierge, est un lieu privilégié pour le transit de produits illicites. Ces activités ont attiré tous types de groupes armés, tant les FARC, l’ELN que le Bloc Calima des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC).

Les AUC, c’est à dire les paramilitaires, furent convoquées par les principaux narcotrafiquants du cartel du Nord de Valle del Cauca et par un groupe d’entrepreneurs locaux afin de protéger les commerces du harcèlement de la guérilla (source : www.verdadabierta.com ). A partie de l’année 2000, dirigée par Jodé Ever Veloza Garcia, connu sous le nom de "HH", une armée de 800 paramilitaires impose des barrages routiers illégaux, repère, séquestre, agresse, fait disparaître et assassine dans le centre de Valle et dans le Cauca, causant de nombreux déplacements forcés de population. En novembre de cette même année, le ministère public alerte le gouvernement sur des barrages des paramilitaires entre Buenos Aires et Santander de Quilichao, ceux-ci contrôlant l’accès des communautés à la nourriture et autres vivres. "Ils déterminaient ceux qui allaient vivre et ceux qui n’allaient pas vivre" commente le Gouverneur indigène de Kitek Kiwe. Le massacre du Naya avait déjà commencé un an avant, mais les autorités ont pris en compte la gravité de la situation qu’en décembre 2000, lorsque se déplacèrent plus de 4000 indigènes du Resguardo de La Paila dans le Naya. Dans une situation tendue, après l’assassinat de Elías Tróchez, gouverneur indigène du Haut Naya, par l’ELN le 11 décembre 2000, la force publique entre dans la région du Naya.

En Mars 2001, l’Armée s’en va et les paramilitaires reviennent. La Defensoría del Pueblo (Défense du Peuple) montrait sa préoccupation depuis 1999 en rapport avec la présence de paramilitaires dans la zone, et déjà prédisait un massacre, quand, le 27 mars, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) exige de l’État colombien qu’il établisse des mesures de protection de s populations indigènes.

Cependant, le 5 avril, ce sont 500 hommes armés des AUC, selon la Defensoría del Pueblo, qui entreprennent le parcours de la mort, passant par les 17 villages du Naya. Le 9 avril, ils bloquent les routes et séquestrent des informateurs dans le but de les aider à chercher les présumés guérilleros. Le jour suivant ils commencent le massacre à El Ceral, lequel dure 4 jours, principalement à Palo Solo, Rio Mina, El Placer et San Antonio. Jusqu’à aujourd’hui ont été retrouvés seulement 37 cadavres, mais selon les communautés, ce sont plus de 100 personnes qui furent assassinées. Le 13 avril, après avoir tué tant de civils, les combats entre les AUC et les FARC commencent et prennent fin le 16 avril. Il a également été reporté que certains paramilitaires se seraient enfuis avec l’aide de l’Armée colombienne, après le massacre. Des milliers de déplacés arrivent à Timba, Santander, Popayán, Jamundí et Cali. La force publique se présente sur les lieux le 26 avril, quand tout est terminé, juste à temps pour ramasser les morceaux de chair en putréfaction.

Doña Rubiela se rappelle de tous les détails de ce 11 avril 2001, quand ils ont tué son mari et qu’elle a du s’enfuir avec sa fille de 5 ans. "Mon histoire, pour vous est très émouvante, très triste, très amère, pour moi aussi" introduit-elle avec une photo de famille à la main. Sur la photo, un hombre, une femme et une enfant. Ils sourient.

Doña Rubiela était en train de préparer les arepas (galettes colombiennes) quand arrivèrent les paramilitaires. "Ce sont les AUC" a dit son voisin. "Qui c’est ?" "Bin c’est les gens qui tuent à El Ceral, à Timba, partout" il lui a répondu. Les AUC emmenèrent la famille et les accusèrent d’être des guérilleros, des collaborateurs. Selon Doña Rubiela, un guérillero capturé par les AUC répétait : "Si vous allez tuer des gens, vous vous trompez, ici il n’y a pas de guérilleros, que des paysans, des travailleurs". Mais ils fusillèrent tous les hommes de la communauté. "Mon mari a ouvert la bouche et ils lui ont tiré une balle là" raconte cette dame, "ils ont voulu baisser le pantalon de ma fille pour voir si c’était pas un garçon." Comme de nombreux déplacés, les deux femmes ont tout perdu, et s’en sont allées sans rien. Comme de nombreuses victimes, elles n’ont pas obtenu réparation. "J’ai eu faim, j’avais aucun endroit où me mettre avec ma fille, ces dix ans ont été durs pour moi... coups sur coups."

Ce lundi 11 avril 2011, dans cette Assemblée de commémoration et de résistance, les victimes du massacre du Naya, les organisations et les processus sociaux du Territoire ancestral n’oublient pas. Ils exigent la réparation intégrale pour les victimes, particulièrement des veuves et orphelins du massacre, et pour les populations déplacées par le conflit armé, avant, durant et après le massacre. "Le mal que nous ont fait les autodéfenses au Naya, le Président va devoir le réparer" s’exclame Doña Rubiela avec colère, "nous ne voulons pas plus de kilos de riz, ni plus de kilos de lentilles, nous avons besoin qu’ils nous donnent un logement où on puisse vivre". Devront également être prises en compte les victimes des assassinats antérieurs et postérieurs au massacre du Naya. Parce qu’on ne sait toujours pas le nombre exact de victimes, car les gens ont peur des menaces de la part des paramilitaires.

Par ailleurs, les autorités dénoncent la persistance de crimes et menaces dans la zone : la disparition de Manuel Antonio Ramos, gouverneur indigène, en 2003, la responsabilité de la force publique dans des assassinats de civils passés pour guérilleros en 2007, les menaces contre la direction de Kitek Kiwe en 2008 ou l’assassinat d’ Alexander Quintero, leader du Naya, le 25 mai 2009. Et l’horreur continue : de retour de cette commémoration même, un communard indigène, Hugo Ulcue, appartenant au Cabildo la Playa Haut Naya, a été assassiné ce 12 avril. "le cadavre a été abandonné dans les alentours du siège du Cabildo (autorité politique indigène) de la localité, comme un acte d’avertissement" dénonce la ACIN. Le massacre du Naya n’est toujours pas terminé !!

Ils demandent Justice. Encore une fois. Pour montrer au grand jour qui a été responsable de ce massacre, autant les responsables matériels -les paramilitaires- que les responsables intellectuels. Que se reconnaisse la responsabilité de l’État pur omission et participation. Si aujourd’hui 73 paramilitaires sont en prison, d’autres questions restent sans réponse. La participation d’ex-militaires dans les AUC, l’usage de véhicules de l’Armée et son aide dans la fuite de nombreux "paras", le silence de la base militaire quand passèrent les bataillons de paramilitaires, les réunions entre "HH" et des responsables de la force publique... la contemplation de l’État devant les nombreuses alertes.

Sur la question du paramilitarisme, le Gouverneur de Kitek Kiwe, Gerson Acosta Salazar, analyse: "Ils s’appelaient Pájaros, Chusmas, ensuite AUC, Rastrojos, Águilas Negras, et maintenant les ‘Bacrim’. Mais la communauté dit clairement qu’elle ne se laissera pas avoir par ces termes, nous savons que le conflit persiste dans ce pays et nous savons très bien que c’est une politique d’Etat, le paramilitarisme peut changer de nom mais persiste dans nos territoires et c’est ce qu’aujourd’hui nous refusons. La politique d’agression de l’État, de spoliation, continue".

Et le gouvernement est le grand absent de cet événement. Il n’a jamais eu la volonté de faire justice dans ce cas. Jamais il n’a accompagné les victimes, jamais il n’a reconnu sa responsabilité. Même s’il a accepté et confirmé l’invitation à cette commémoration, il n’est pas venu. Quelques fonctionnaires, visiblement mal à l’aise, ont présenté des rapports mais, comme le reporte le compte rendu, "depuis leur responsabilité politique et administrative, ils n’ont pas pu aller plus loin que ces rapports" et "assumer les engagements qui permettrait de démontrer la supposée volonté du gouvernement et de l’État envers les victimes et sa responsabilité dans garantie de leurs droits fondamentaux".

L’Assemblée exige la titularisation des territoires du Naya de manière collective aux communautés afros, indigènes et paysannes, ainsi que le respect de ces territoires, la consultation préalable pour n’importe quel projet économique. Ils demandent le respect de leurs droits, des garanties de prévention et de protection des leader-e-s et intégrant-e-s des communautés du Naya, l’accès à la Justice. Ils veulent une Loi des Victimes punissant les faits perpétués par les paramilitaires et "les déterminants du délit" comme l’a manifesté le Gouverneur de Kitek Kiwe "assez de chiffres sur les victimes, nous exigeons une loi qui respecte et défende les peuples".

Finalement, il se reconnaît que "seules la mobilisation et la lutte dans les rues ainsi que la libération des territoires rendront possible de véritables résultats dans le chemin de la réparation collective, dans la reconnaissance de la vérité et la consécration d’une véritable justice". Ainsi, en cette année de mémoire, la communauté a décidé de se réunir le 29 avril pour décider les actions à réaliser dans le but de faire pression sur le gouvernement et en terminer avec cette impunité. "Nous ne voulons pas attendre dix ans de plus !" crient les victimes. Dans ce cadre s’est proposé une minga (marche) de résistance à Bogotá, ce qui sera discuté lors de cette réunion.

Toutefois, les participants reconnaissent la nécessité de s’unir pour protester contre la violence générale que vit le département du Cauca. "Il y a un conflit interne, des intérêts territoriaux, des politiques néo-libérales qui affectent autant l’indien, le noir que le paysan, c’est pour cela que nous devons être tous être unis en un seul langage, exiger le droit et les respect à notre territoire" conclue Gerson Acosta Salazar. Une volonté qui pourra se réaliser par cette minga.

Pendant que les bus se remplissent, quelques victimes doutent. "ils ne tiennent pas leurs promesses" lâche une dame, avant d’ajouter "la marche est une bonne alternative, parce qu’ils nous ont oublié", "nous avons besoin des autres communautés, qu’elles nous soutiennent." La lutte de ceux du Naya n’est pas juste une lutte pour la ’Justice’, elle est beaucoup plus grande, c’est une lutte contre le capitalisme et ses armées qui veulent convertir des poignées de terre en sacs de monnaie, qui veulent en terminer avec les processus organisés des peuples pour jouir de leurs ressources naturelles. C’est une lutte de tous et toutes.

Une mémoire présente et un peuple en résistance
Le massacre du Naya : plus jamais !


Source : Primitivi.org (traduction)
Tejido de Comunicación de la Asociación
de Cabildos del Norte del Cauca Colombie -
ACIN - nasaacin.org


 Uribe à Metz - Même le silence a une fin



par Louise Mitchell, le 7 avril 2011


« Nous avons le sens inné du bonheur » Ce sont par ces mots qu’Ingrid Betancourt parle des Colombiens. Pamela Perl, elle, parle de souffrance. Cette jeune française, brigadiste de la paix a passé prés de deux ans dans la jungle du Choco, dans le Nord du pays, dans « Le meilleur coin des Amériques » comme on le répète là-bas. Un écosystème parfait, des richesses minières, du bois, tout pour faire pousser bananes, huile de palme et Coca, bien sûr. Des conditions tellement bonnes qu’elles peuvent devenir un enfer pour ses habitants. « Ce sont des afro colombiens, descendants d’esclaves déportés et des métis, qui sans terre dans les années 60 sont venus dans l’état du Choco encouragés par l’état. » Mais en 1996 les ennuis commencent sur fond de politique et de trafic de drogues. Les FARC,  la guérilla d’extrême gauche occupe une partie du territoire, ailleurs des paramilitaires chassent tous les ennemis possibles du gouvernement. Le président Uribe disait des FARC : « « Je les tuerai tous jusqu'au dernier », avant de mettre en place la fameuse sécurité démocratique, qui donne pour chaque guérillero tué, droit à une prime et des avantages. Ces paramilitaires formés par l’armée à la lutte anti subversive « ont commencé un harcèlement économique et physique des habitants de la région sous le prétexte du narco-trafic » En 1996 ils débarquent dans la Cuenca de Cacarica où Pamela travaillera quelques années plus tard. Tortures, meurtres et violences sont au menu de cette excursion dans la jungle. Les militaires de la XVII brigade, l’armée régulière, poussent le vice en jouant au football avec la tête d’un paysan, crime pour lesquels  le général Rito Alejo Del Rio est poursuivi aujourd’hui. Celui qu’on nomme le « pacificateur d’Uraba » était au courant de cette opération nommée Genesis. C’est alors un proche de l’ex président Alvaro Uribe, gouverneur alors de la province d’Antiquioa.

Pamela parle aujourd’hui parce qu’en rentrant en France, elle a été scandalisé qu’ Uribe puisse être nommé comme professeur à l’école de Metz, école à qui il a donné de l’argent et qui le lui rend bien. Elle rend responsable Uribe d’être mêlé aux narcotrafiquants, et d’être un criminel de guerre. « Entre le 24 et le 27 février 1997, 5000 personnes sont déportés, certains fuient vers le Panama ou vers Turbo, la capitale d’Antioquia où ils resteront enfermés dans un stade durant quatre longues années. » Durant ce temps leur terre est exploitée par des gros entrepreneurs qui plantent des palmiers à huile. L’opération se passe en quatre temps comme le raconte Fidel Mingorance et Jean Ziegler pour tous les déplacements en Colombie : Incursion armée, appropriation illégale des terres, déplacement forcé des populations et plantation de palmes ou élevage intensif  de bétail. L’huile de palme certifié par Ecocert avec tout le fatras du développement durable est la conséquence d’une monoculture dangereuse autant pour les hommes que pour l’écosystème. Dix sept entreprises de palmistes ont financé la campagne électorale saluée comme un modèle de victoire, celle du président Uribe.

La Colombie comprend au bas mot une centaine de groupes paramilitaires regroupés dans les AUC (Auto défenses Unis de Colombie) des unités composées de tueurs avec le doigt sur  la gâchette qu’Uribe va amnistier. « Difficile de n’appartenir à aucune groupe quand la violence est monnaie courante » ajoute Pamela très en colère contre Uribe qui affirmait « que les ONG travaillaient avec la Guerilla »

Comme le rappelle Alfredo Molano, journaliste à l’Espectador : «L’Etat colombien n’a jamais pu procéder à une redistribution de la terre, il n’a même pas réussi à imposer une réglementation timide à la concentration brutale. Il a dû céder et laisser aux mains de bandes armées par les grands propriétaires terriens le pouvoir de légiférer de facto et d’imposer un ‘code’ du travail. Les propriétaires d’haciendas possèdent les terres les plus fertiles, proches des routes et des villages; les paysans et les colons, les terrains montagneux et cultivent la coca. De nombreux propriétaires d’haciendas ont des actions, pour ne pas dire plus, dans les plantations de coca protégées par les paramilitaires. »

Quoique qu’englué dans des scandales tels que celui de la Parapolitique c’est à dire l’infiltration totale du système par les groupes armés dirigés par l’oligarchie, Uribe est parvenu à la fin de son mandat à faire libérer Ingrid Betancourt, l’icone des otages, dont la médiatisation a outrance a laissé le pays dubitatif, notamment quand elle a réclamé dédommagement à son pays pour sa captivité. Des centaines de politiciens, des sénateurs du camp même d’Uribe, le chef des services secrets, vont être rattrapés par la justice. Ce dernier justement dans l’affaire des Chuzadas, les écoutes téléphoniques branchés sur les syndicalistes et les défenseurs des droits de l’homme. Pour Ivan Cepeda, membre d’une association de colombiens pour la paix : « Il est certain que les paramilitaires ont utilisé les politiques, mais ce dont on est encore plus sur c’est que les politiques ont utilisé les paramilitaires pour gagner des postes politiques”

« Une chose est très grave en Colombie, c’est lorsque que quelqu’un fait un signalement sur toi, c’est à dire qu’il ‘accuse d’être de la guérilla, Uribe l’a fait pour les ONG, et aussi contre la Cour Suprême de Justice qui a fait tomber tout le système. » insiste Pamela, qui nous signale le cas Uribe à Metz !

Source : Fourmes de discours
http://fourmesdediscours.over-blog.org/

Colombie - Les “Aigles noirs” amplifient leur campagne
de menaces contre des journalistes et des ONG
alors que tarde la réaction des autorités




par Reporter Sans Frontières, le 21 Mars 2011


Reporters sans frontières a reçu copie d'un nouveau message du groupe paramilitaire des “Aigles noirs” contre des journalistes, des personnalités de la société civile et des ONG. C'est la deuxième fois en cinq semaines que de telles menaces sont adressées aux mêmes destinataires. En date du 14 mars 2011 et envoyé d'un compte gmail au nom de “fenixaguilasnegras”, le texte promet “extermination” et “nettoyage” en ciblant une liste élargie d'organisations – collectifs de femmes, associations paysannes, (...)

Colombie - Les “Aigles noirs” amplifient leur campagne de menaces contre des journalistes et des ONG alors que tarde la réaction des autorités

Reporters sans frontières a reçu copie d'un nouveau message du groupe paramilitaire des “Aigles noirs” contre des journalistes, des personnalités de la société civile et des ONG. C'est la deuxième fois en cinq semaines que de telles menaces sont adressées aux mêmes destinataires. En date du 14 mars 2011 et envoyé d'un compte gmail au nom de “fenixaguilasnegras”, le texte promet “extermination” et “nettoyage” en ciblant une liste élargie d'organisations – collectifs de femmes, associations paysannes, communautés afro-colombiennes, organisations de défense des droits de l'homme – dont de nombreux représentants ou adhérents ont déjà été victimes de la terreur paramilitaire.

Dans les rangs de la presse, cinq noms reviennent sous la mention d'“objectifs militaires” : Hollman Morris, directeur du programme "Contravía" ; Daniel Coronell, ancien directeur de "Noticias Uno" (vice-président de la chaîne Univisión aux États-Unis depuis janvier 2011) ; Marcos Perales Mendoza, directeur du journal Periódico Portada de Bucaramanga ; Claudia Julieta Duque de Radio Nizkor et Eduardo Márquez González, président de la Fédération colombienne des journalistes (Fecolper). Cette dernière figure également parmi les organisations visées par le bloc central des “Aigles noirs”. L'email ayant été adressé depuis les États-Unis selon nos informations, la coopération judiciaire entre services compétents colombiens et américains doit permettre de remonter à la source de l'envoi.

“Nous avons du monde qui travaille au niveau national et ainsi nous savons où ils se trouvent et où ils travaillent, nous les localiserons”, avertit le message. Trois jours après son envoi, selon la Fecolper, Mónica Arcella, de la chaîne locale Enlace TV de Barrancabermeja dans la ville du même nom (département de Santander), a reçu au téléphone l'ordre de quitter la ville sous peine d'être assassinée par un autre groupe paramilitaire, “Los Urabeños”. La journaliste, qui a porté plainte, avait récemment fait état du contrôle exercé par ce groupe sur les infrastructures et les services publics d'un quartier populaire.

“Faut-il rappeler aux autorités colombiennes les 45 000 disparitions et le millier de massacres d'envergure perpétrés contre des populations civiles par les paramilitaires au cours de la dernière décennie pour enfin obtenir d'elles une réaction à la mesure de la menace ? L'échec – sinon l'absence – de la ‘démobilisation' de ces groupes criminels et prédateurs de la démocratie n'est plus à démontrer. Aucune paix durable n'est possible tant que leurs atrocités demeureront impunies. L'impunité vaut une prime à la terreur comme l'exprime ce nouveau message”. Lire aussi le récent rapport de Reporters sans frontières sur le crime organisé.

Bande annonce du film Impunity  (sous-titrée en anglais),
Attention aux images choquantes



Impunity.
C'est justement le titre que porte le nouveau documentaire du cinéaste helvético-colombien Juan Lozano et d'Hollman Morris. Primé lors sa présentation, le 11 mars à Genève, dans le cadre du Festival du film et forum International sur les droits humains (site en trois langues : http://www.impunitythefilm.com/), le film dénonce la scandaleuse amnistie de fait dont bénéficient aujourd'hui les paramilitaires à l'appui de la mal nommée loi Justice et Paix de 2005.

Brutalités et lynchages


Reporters sans frontières s'inquiète par ailleurs des comportements hystériques et brutaux de certains citoyens envers la presse, observés en province ces derniers jours. De telles violences appellent des sanctions, d'autant plus rapides que les auteurs sont généralement connus.

Ainsi, Ana Mercedes Ariza et son cameraman Armando Camelo, correspondants de la chaîne publique Canal Uno, ont été agressés par une vingtaine d'individus, le 19 mars dans le département de Santander. Les assaillants reprochaient à la presse d'avoir provoqué le désistement de la compagnie canadienne Greystar dans un projet d'exploitation aurifère. Gravement blessée à la tête, au bras et à la jambe, Ana Mercedes Ariza a été hospitalisée en état de choc. Le même jour, dans le département de Tolima, Olberg Escobar, de la station Radio Lumbí, a échappé de justesse à un lynchage pour sa couverture jugée mauvaise d'un conflit social. Enfin, la dénonciation d'une affaire de corruption a semble-t-il coûté un jet de pierre en pleine tête à Camilo Uribe Carriazo, directeur de la station locale Radio Chipilín, le 16 mars dans le département de Sucre. La scène a eu lieu dans l'enceinte de la municipalité de San Marcos et l'agresseur est le beau-frère du maire.


Source : Reporters Sans Frontières
http://fr.rsf.org

Une affaire de droit au Chili :
La question des Mapuche




par Mireille Fanon-Mendès-France


Canete -petite ville de la région du Bio-bio et de la Araucana-, 6 décembre 2010, où s'ouvre la  première audience réservée à l'audition de témoins protégés dans le cadre du procès -débuté le 8 novembre dernier- de 12 militants ou proches de la CAM   jugés pour des actes de "résistance" menés entre 2005 et 2009 dans le but de récupérer leurs terres.

Les revendications des Mapuche


Emprisonnés dans différentes prisons du Chili, depuis avril 2009, la trentaine de militants Mapuche, demandent:

•    la libération de l'ensemble des prisonniers politiques Mapuche détenus dans différentes prisons du Chili
•    la fin de la militarisation des zones Mapuche
•    l'application pleine et entière de leurs droits civils et politiques
•    la fin du recours à la loi dite anti-terroriste -loi 18.134-  adoptée par la dictature militaire de Pinochet. A l'issue d'une longue grève de la faim, le gouvernement en juillet dernier avait annoncé qu'il n'y ferait plus recours, ce n'est toujours pas le cas
•    le non recours à la justice militaire pour juger des civils -il faut rappeler que ce recours à des juridictions militaires est en contradiction avec les réglementations internationales-
•    le droit fondamental à un procès juste et équitable
•    la restitution des terres Mapuche
•    la fin des discriminations sociales et politiques dont sont victimes les Mapuche

Les conséquences de la dépossession des terres Mapuche
Les Mapuche sont dépossédés de leurs terres depuis le début du XXème siècle. L'armée chilienne a commencé cette colonisation qui s'est poursuivie avec celle des entreprises forestières qui, aujourd'hui, occupent presque intégralement le territoire Mapuche -réduit  en quelques années de 10 000 000 d'hectares à 500 000!

A ces entreprises forestières qui focalisent toutes leurs productions sur l'eucalyptus et le pin dont la culture érode et favorise la contamination des sols, des eaux et des nappes souterraines. A ces cultures, s'ajoute celle du saumon, le développement de projet de centrales hydroélectriques, y compris celui de la construction d'un aéroport régional.

La destruction massive de l'éco-système porte préjudice à la société Mapuche tant sur le plan de leur vie quotidienne que sur les relations qu'ils entretiennent étroitement avec la cosmogonie et leur environnement.

Ne cessant de revendiquer leur droit sur leurs terres ancestrales, ils vivent dans une extrême pauvreté et sont victimes de discriminations dénoncées aussi bien par des organisations et institutions internationales que nationales, dont la Commission des droits de l'Homme de la Chambre des députés chilienne. Les gouvernements chiliens successifs n'ont d'autre réponse que de criminaliser leurs revendications et de les considérer comme des terroristes.


Quelques références relevant du cadre international


•    L'Assemblée générale

Il faut rappeler que devant la domination coloniale et la violence exercée sur les peuples colonisés- dont le peuple Mapuche- l’Assemblée générale des Nations unies a manifesté sa conviction que «...le processus de libération est irrésistible et irréversible et que, pour éviter de graves crises, il faut mettre fin au colonialisme et à toutes les pratiques de ségrégation et de discrimination …», ce qui est une injonction que se doivent de suivre tous les Etats qui maintiennent des peuples sous domination coloniale.

Par ailleurs, cette même Assemblée ne s’est pas privée de proclamer «le désir passionné de liberté de tous les peuples dépendants et le rôle décisif de ces peuples dans leur accession à l’indépendance ».

Au regard du droit international, le peuple Mapuche est dans son droit de revendiquer son droit à disposer de lui-même et à disposer librement de ses ressources naturelles. Disposer de ses richesses suppose qu’aucun peuple ne peut être dépouillé de son environnement au profit de qui que ce soit. Il s’agit bien ici de l’affirmation que le droit à l’environnement, et de ce qu’il produit, reste et doit rester aux peuples. Ce dont est exclu le peuple Mapuche.

•    La Charte des Nations unies

N’oublions pas que «Nous, peuples des Nations» dans la Charte  des Nations Unies avons demandé à ce que soient établies des relations internationales basées essentiellement sur la volonté de «proclamer la foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits ».

•    Les deux Pactes internationaux

Cette intention s’est traduite par l’adoption simultanée  de 2 Pactes relatifs, l’un aux droits civils et politiques, l’autre aux droits économiques sociaux et culturels.

Ces deux Pactes ont un article commun qui aurait dû engager la nature et la forme des relations internationales si les gouvernements ou les institutions internationales n’étaient mues par des enjeux de pouvoir, de domination et de profit. Non seulement de par cet article commun, les peuples peuvent disposer librement d’eux-mêmes, déterminer leur statut politique et assurer leur développement économique, social et culturel  mais de plus, ils peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans être privés de leurs propres moyens de subsistance .

Si cet article 1 réaffirme le droit de tous les peuples à disposer d’eux mêmes, il fait obligation aux États parties de faciliter la réalisation de ce droit et de le respecter, car le droit à l'autodétermination est une règle de droit international largement reconnu, consacré par la Charte des Nations Unies et proclamé par l'ONU comme étant le droit de tout peuple à se soustraire à la domination coloniale .

Ce droit  devrait être la garantie d’une société pluraliste et démocratique, selon la formulation contenue dans la revendication en faveur d’un nouvel ordre économique international de 1974 . En ce qui concerne le peuple Mapuche, ce n'est pas la cas.

Effectivement, le gouvernement chilien les discrimine, les poursuit, les criminalise et les condamne alors que le principe inaliénable du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes -faisant partie du droit coutumier- consacré par la Charte des Nations Unies et réaffirmé par la résolution 2625 (XXV) de l’Assemblée générale  précise que « tout État a le devoir de s’abstenir de recourir à toute mesure de coercition qui priverait de leur droit à l’autodétermination … les peuples (...)».
 

•    Le droit au développement

La population Mapuche à qui est nié son droit à la souveraineté voit, de facto, son droit au développement ignoré. Ce droit au développement, défini dans la Déclaration sur le droit au développement  met l’accent sur le développement en tant que droit des peuples en premier lieu et de l’individu en second. Avec cette Déclaration le droit au développement est au centre des droits de l’homme et s’intéresse à l’interdépendance entre les droits économiques, sociaux, politiques et culturels.

Si l’on considère le développement comme un droit des peuples, que ce soit des individus ou des nations, il s’ensuit que les gouvernements ont l’obligation de soutenir les politiques qui favorisent le développement. Cette obligation implique que les droits énoncés dans la Déclaration ne peuvent être aliénés, amputés ou supplantés. Cette approche signifie que tenant compte de l’interdépendance des droits de l’homme, le droit au développement nécessite un progrès simultané vers la réalisation des différents droits (droits civils et politiques, sociaux, économiques et culturels). Dans cette perspective, le droit au développement sous-entend que les progrès et les politiques mises en place vers la réalisation d’un droit particulier ne doivent pas se faire au détriment de l’engagement envers les autres.

Cette conception de la notion de développement du point de vue des droits des peuples est le premier ajout qualitatif fondamental issu de l’intégration d’une perspective fondée sur les droits de l’homme au droit au développement. Vu ainsi, la pauvreté résultant des choix politiques imposées par les Etats ou les Institutions Financières Internationales «est une violation des droits humains ».

La cour de Canete

Mais ce 6 décembre, devant la cour du district de Canete, ce sont 12 Mapuche, en détention préventive depuis 19 mois, qui se serrent, assis sur le banc disposé derrière les 5 avocats qui les représentent, dont 2 ont été désignés par l'Etat. En face d'eux se tient le juge; sur leur droite, 3 procureurs accompagnés d'un des avocats des compagnies forestières!

Le juge confirme que durant les prochains jours seront entendus des témoins «cachés». Tous les Mapuche sortent, sauf Victor Llanquileo qui est directement mis en cause par le premier témoin.

•    Audition du témoin 23

Cette première audition permet d'assister à une parodie de justice. Lors de l'interrogatoire des témoins - 4 seront entendus sur deux jours-, le seul objectif du procureur et de l'accusation était de démontrer que ces 12 militants sont des terroristes qui ont monté une entreprise de criminalité organisée.

Cet interrogatoire relève d'une véritable mascarade.
Les preuves apportées par ce témoin pourraient concerner n'importe quel autre prévenu tellement elles sont floues et ne sont pas individualisées.

Le juge, conscient de l'imprécision, vient à sa rescousse, relayé par le procureur qui le relaie et  dicte ses réponses au témoin en l'interrogeant de telle manière qu'il n'a plus qu'à reprendre la partie de la question qui comprend la réponse attendue par l'accusation.

Lorsque dans son témoignage une contradiction est relevée par un avocat de la défense, le juge oriente une fois encore les réponses du témoin.

La défense, lors du contre-interrogatoire, s'enquiert de la déclaration qui devrait être signée par le témoin. S'en suit un échange surréaliste où le juge finit par préciser que malheureusement cet élément a dû être tout simplement effacé! Le témoin finit par avouer qu'il ne sait ni lire ni écrire.

A chaque question posée par les avocats de la défense, l'accusation l'a délégitimée au prétexte qu'elle risquait de permettre l'identification du témoin et mettait sa vie en danger et ce quelque soit les éléments sur lesquels portait la question. 

•    Audition du témoin 25

Ce témoin souffre d'un problème d'audition ce qui oblige de lui fournir un casque supplémentaire.

La défense tente de savoir si ce témoin a reconnu quelqu'un car il semble ne pas savoir de qui il parle. Il avoue qu'il n'a reconnu personne -il a un problème de vue- alors que lors de sa déclaration il avait avoué le contraire.

Il avoue avoir du mal à mettre ses idées au clair lorsqu'il a bu, ce qui lui était arrivé lorsque les événements ont eu lieu.

Devant tant d'imprécisions, l'accusation essaie de reprendre la main en précisant au témoin qu'il a lu sa déclaration et qu'il l'a signée -d'une croix!

A la défense, il affirme ne pas avoir lu sa déclaration du 14 janvier 2009, il ne sait même pas s'il l'a vu imprimée, même s'il a entendu le bruit de l'imprimante.

•    Audition du témoin 26

La défense s'étonne de ne pas avoir eu accès au témoignage de ce témoin et précise que ce dernier ne peut être retenu puisqu'il a lui-même participé à des actes pour lesquels les prévenus sont jugés mais le procureur affirme que ce témoin est apte à être entendu et précise qu'il est libre d'intégrer les éléments qu'il juge pertinents pour mener à bien son accusation.

Pour mieux étayer son «droit» à intégrer les éléments qu'il juge pertinents et mieux asseoir la crédibilité de ce témoin, le procureur  oriente ses réponses, voire les suggère.

Lors du contre interrogatoire de la défense, celle-ci pointe le fait que le témoin
•    a signé une déclaration dans laquelle il ne dit pas la vérité
•    a obtenu sa libération et une remise de peine, après cette déclaration
•    a été détenu pour les faits incriminés
•    n'a aucun souvenir de la déclaration du 9 avril dans laquelle il a menti à propos de l'identification d'une personne
•    avoue ne pas connaître les personnes qu'il a reconnues sur une photo

Le procureur, aidé du juge, a bouté toutes ces remarques au prétexte qu'y répondre permettrait d'identifier le témoin et de mettre sa vie en danger.

La défense possédait des éléments -fournissant une nouvelle preuve- qui permettaient de délégitimer ce témoin puisque, lors de son service militaire en 2004, il a été accusé de vols et a dû quitter son unité.

Pour toute réponse, le procureur affirme que la défense n'a de cesse d'intimider le témoin en vue d'obtenir sa rétractation.

Il ajoute que la défense manque d'anticipation, car elle aurait dû penser à la production d'une nouvelle preuve. Lors du protocole d'accord, la défense n'avait elle pas accepté de pas faire appel à de nouvelle preuve! Dès lors, cette information ne peut être prise en compte.

3 témoins, 3 moments de déni du droit et du respect de la Rule of Law qui incombent à tous les personnels oeuvrant pour la justice.
Il s'agit d'une obstruction caractérisée au droit de la défense  organisée par le procureur, avec l'appui du juge qui a abusé de son pouvoir judiciaire et l'a exercé de façon repréhensible.

Le juge, en agissant ainsi, n’a pas respecté le droit de la défense  et donc à un procès juste et équitable. Toutes les décisions prises pour ne pas permettre à la défense d'obtenir de réponse sont fondées sur des éléments répréhensibles.

Dès lors, la défense serait habilitée à demander que la décision soit examinée par une cour d’appel, laquelle devrait s’appuyer sur la norme de l’abus de pouvoir judiciaire discrétionnaire pour procéder à la révision judiciaire. En effet, le pouvoir judiciaire discrétionnaire doit être exercé équitablement, sagement et impartialement, à défaut de quoi la décision rendue en première instance risquera fort d’être infirmée au motif d’abus de pouvoir judiciaire discrétionnaire.

Le juge a formulé des commentaires désobligeants et a fait preuve d’un parti pris flagrant, interrompant les interrogatoires, délégitimant les questions de la défense, entravant le droit à la défense et le travail des avocats.

Par ailleurs, il doit être dénoncé le fait que la plupart des communications concernant les témoins ont été transmises très tardivement aux avocats, entrave supplémentaire à leur travail et au droit de la défense.

Le juge et les procureurs ont commis intentionnellement le délit de  subornation de témoin puisqu'ils ont obtenu des déclarations mensongères -témoins 25 et 26- en usant d'offres -témoin 26-. Cet acte relève, ni plus ni moins, de la corruption .

Doit être ajouté qu'aussi bien le juge que les procureurs ont, en tant que fonctionnaires de la justice chilienne, commis le délit de prévarication en manquant, par mauvaise foi, aux devoirs de leur emploi.

Le but essentiel est de museler la défense et de faire, définitivement, passer les militants Mapuche pour des terroristes auxquels doit s'appliquer une loi hors cadre.

Ces méthodes de subornation de témoins et de prévarication ont été utilisées dans de nombreux procès politiques aussi bien aux Etats-Unis -entre autres lors du procès de Mumia Abu Jamal  où des témoins ont été subornés et lorsqu'ils sont revenus sur leurs témoignages ont été menacés de mort ou de représailles-, que par l'Etat d'Israël qui utilise fréquemment la subornation de témoins pour faire condamner des dirigeants politiques palestiniens -par exemple Marwan Barghouti - mais aussi de simples citoyens palestiniens -ainsi de Salah Hamouri .

Se trouvent ici questionnées les instrumentalisations de ce qui constitue le droit mais aussi les manipulations du droit et plus généralement des droits au profit d'une idéologie qui veut légaliser des pratiques liberticides contraires à toutes les normes internationales de protection des droits humains.

Et pour cela, cette idéologie impose l'idée que le terrorisme menace absolument toutes les sphères de la société, particulièrement lorsque des hommes et des femmes revendiquent leurs droits fondamentaux, dont celui à leur souveraineté et à leur terre.  Ceux-ci sont alors présentés  et assimilés à une menace et dès lors mener une lutte contre eux offre un nouveau cadre légitime, même si cette lutte se fonde sur toute une série de mesures liberticides et attentatoires aux droits humains, mesures incompatibles avec tout état démocratique ou qui s'affirme démocratique.

En définitive, cette lutte contre le terrorisme, quelque soit sa forme et sa gravité, vise à obstruer, à limiter,  à empêcher, voire à éliminer l’exercice des droits fondamentaux et plus précisément à criminaliser tout type d'activité, y compris celles qui ont pour base la motivation politique.

Avec cette lutte contre le soit disant terrorisme, le droit national ou international apparaît nettement avec la fonction, non de changer les régimes juridiques ou de les améliorer, mais d’être utilisé, de plus en plus, comme un instrument de répression politico-idéologique et de remise en cause des droits politiques et civils.

C'est face à cela que se trouvent les Mapuche qui mènent une lutte exemplaire pour récupérer les terres dont ils sont spoliés.

Attention les notes ne sont pas incluses,
Télécharger le rapport de Mme Mireille Fanon Mendes-France

(*) observatrice internationale mandatée par le Comité de soutien aux prisonniers Mapuche et par France Libertés- Fondation Danièle Mitterrand


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