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"L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde."         Albert Camus


 Informations sur l'Amérique Latine          

Sommaire année 2010, page 3

1 - Un climat de guerre froide en AL, et accords en Europe avec un état narco criminel ?
2 - Haïti, une nation ébranlée, par la FIDH
3 - Evo Morales, Nous sommes mieux sans les Usa et sans le FMI, par Amy Goodman
4 - Colombie : Les droits humains doivent être une priorité pour les candidats, par A.I
& - Colombie : La situation des victimes du conflit n'intéresse que peu les médias, CICR
5 - Colombie :  Fe
mmes et  communautés face à la militarisation, par la FIDH

& - Résolution sur les défenseurs des droits de l’homme en Colombie
6 - Bolivie : Le poulet aux hormones rend les médias approximatifs, par Margaux Collet




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Un climat de guerre froide en Amérique Latine,
et accords commerciaux en Europe avec un état narco criminel ?
 

Par Lionel Mesnard, le 20 mai 2010

Parler de guerre froide en Amérique Latine n’est pas totalement une exagération de langage. L’objet n’est pas de chercher une  hasardeuse relation avec ce que furent les tensions entre les deux anciens blocs (Étasunien et Soviétique), mais il y a à dépeindre un climat pesant et des clivages spécifiques dans cette partie du monde. Un héritage qui n’est pas sans lien avec l’ancienne guerre froide, ou comment les Usa ont agi et imposé le plus souvent des ordres totalitaires aux pays vassaux du sud du continent américain. Ce passif ne remonte pas seulement depuis la seconde guerre mondiale, il s’est imposé dès le XIX° siècle avec la doctrine Monroe. Cette inféodation des états latino-américains a été presque totale depuis la colonisation de Cuba en 1898 par les Etats-Unis, scellant la fin définitive ou la chute de l’empire colonial espagnol en Amérique centrale et du sud. 

L’histoire des relations entre les Usa et ses voisins du sud va tout au long du XX° siècle peser fortement sur une destiné plutôt sanguinaire, de 1945 à la chute du mur de Berlin, la domination sera sans partage. Il se dessinera un sous-continent en prise avec des régimes populistes et fascistes et avec l’appui bienveillant de la diplomatie étasunienne, de ses multinationales, de ses conseils militaires et économiques en tout genre. Triste figure du monde libre que d’avoir vu fleurir des régimes ou l’élimination des opposants faisait foi de doctrine. Depuis 1898, les interventions armées de l’Empire furent nombreuses et toujours au service d’une idéologie totalitaire. Elles reflètent parfaitement les choix politiques auxquels n’ont jamais été associés les autres peuples américains, des organismes transcontinentaux comme l’O.E.A. (Organisation des États Américains) ont souvent été le lieu d’enterrement de toute velléité face à la puissance dominante.

On ne peut pas comprendre ce qui se déroule en Amérique Latine si l’on se réfère uniquement au vocable colonial. Le colonialisme a été un fait pendant trois siècles jusqu’aux indépendances latino américaines, dont nous fêtons cette année le bicentenaire du Mexique à l’Argentine. Ce qui va s’enclencher outre-atlantique comme mouvements de libération est une des conséquences de l’invasion par Napoléon 1er de l’Espagne (1808). Dans un premier temps, les élites du cône sud et les bourgeoisies locales vont se réclamer de Ferdinand VII le monarque déchu de l’Empire castillan, mais en son sein peu à peu des voix indépendantistes vont fleurir. Un jeune homme plein de vitalité au Venezuela va devenir en quelques années la tête de proue de ce mouvement d’émancipation. Son nom est Simon Bolivar. Il est issu d’une vieille famille noble de Caracas, c’est en Europe en 1804 et 1805 qu’il va parfaire son éducation intellectuelle avec son professeur et compatriote Simon Rodriguez. En 1810, Simon Bolivar va de Caracas à Londres où il va implorer Francisco Miranda de reprendre le flambeau de la lutte indépendantiste. La même année, l’indépendance du Venezuela est proclamée à Caracas et le jeune Bolivar va devenir un homme incontournable.

Son influence sera majeure et ira bien au-delà du Venezuela. Il n’est pas le seul à incarner la libération des Américains espagnols, mais il est celui qui aura la plus grande compréhension des questions géopolitiques de son époque, notamment à l’échelle du continent et de son futur. Il ne devra pas seulement faire face à l’ancienne puissance coloniale, mais il inclura le rôle néfaste de la couronne britannique et la puissance montante continentale que sont les États-Unis. Bien que l’appelant de ses vœux, il refusera de se rendre au premier sommet intercontinental (le Congrès de Panama en 1826). Il était hors de question de faire entrée une puissance dominante au sein d’un espace qu’il souhaitait construire sur les ruines de l’Empire espagnol. La fameuse «Patria Grande » visait à réunir toutes les nations latines, à dépasser les égoïsmes locaux.

Cette clairvoyance de Simon Bolivar est en parti ce qui le conduira à sa perte, parce que l’on ne peut pas dire que ses idées vont triompher, et il vaut mieux tenir compte de son analyse négative de la situation de son temps. Concernant en particulier la Colombie (ancienne Nouvelle-Grenade), il critiquera non seulement Santander (le premier président colombien) et devra s’en protéger. Il sera en désaccord sur le choix de s’endetter auprès de l’Angleterre ou d’inféodé économiquement les pays de la région. Il n’y a pas qu’une vision de militaire chez cet homme un peu abusivement comparé à Napoléon, mais la perception d’un politique qui a bien compris que d’autres mécanismes peuvent peser fortement sur le devenir d’une nation. Pour Bolivar, un sou est un sou quand il s’agit des dépenses publiques, et il comprend les dangers de la dette sur les besoins de développement interne et d’intégration du nouvel ensemble affranchit de la tutelle espagnole (linguistique, culturel et politique). Au regard des combats politiques menés par ce personnage historique, l’on doit s’interroger pourquoi son empreinte reste t-elle vivace ?

L’après, Simon Bolivar sera la victoire des bourgeoisies nationales et la domination impérialiste de la Grande-Bretagne, puis progressivement étasunienne. L’objet n’est plus en soit une présence militaire mais de pouvoir influer sur les marchés et les économies locales. Et dans le cas de l’Amérique Latine, l’Angleterre et les Usa s’imposeront comme les principaux bailleurs de fonds en de juteuses affaires commerciales. Le rôle économique va supplanter les besoins vitaux des populations comme au beau vieux temps de la colonie, mais pas seulement. Le pillage des richesses sera au bon vouloir des compagnies et diplomaties étrangères en raison de la soumission des élites ou oligarchies hispano-américaines. Du jour au lendemain une production pouvait s’écrouler, changer de lieu, se trouver en concurrence avec un autre marché et disparaître (canne à sucre, cacao, café, caoutchouc, …).

De nombreuses productions minières ou végétales ont connu ce sort, ce n’est pas un phénomène mineur. Il en va même de comment un marché peut fluctuer, l’exemple le plus connu fut la concurrence entre le Brésil et l’Indochine. Le Brésil grand producteur de caoutchouc va connaître l’effondrement de sa production et des cours entraînant le déclin d’une Ville comme Manaus, c’est en Asie que les coûts l’emporteront provoquant la disparition d’un marché qui avait fait la richesse de la région Amazone du Brésil. Mais cette réalité, c’est aussi imposé ailleurs en Amérique du Sud. La liste des produits serait longue à établir, tant elle a provoqué des manques à gagner conséquents sur les économies nationales, et qu’elle continue toujours à avoir des résultats négatifs, à l’exemple de la culture de l’eucalyptus en Uruguay, du soja en Argentine, ou bien du palmier à huile en Colombie. Les puissances exportatrices et les grands trusts décident ainsi des besoins, elles contrôlent l’offre et la demande, mais aussi choisissent ou elles produisent le produit de base. 

Dès 1898, l’attitude des États-Unis sera très agressive sur le continent. Ce n’est pas une deux ou deux interventions militaires qui auront lieu, mais des dizaines et sous de multiples formes (directes ou indirectes). Les fascismes latino-américains n’ont pas été des mécanismes lointains avec ce qu’a pu connaître la montée des fascismes en Europe aux débuts des années 1920. L’Amérique Latine va même devenir une terre d’accueil et d’application des méthodes policières et militaires pratiquées lors de la seconde guerre mondiale, puis plus tardivement mises en oeuvre pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Dans l’art de la guerre à mener aux peuples du monde, pour les oppositions démocratiques ou progressistes, la note a été salée. Combien de fantoches au pouvoir, de dictatures sanglantes, de guerres silencieuses se sont menés outre-atlantique contre toutes les formes de dignité humaine, pourtant ce qui pourrait paraître une destinée propre à cette partie du monde n’a plus raison d’être.

Ces dix dernières années ont pour beaucoup changées la donne, on peut imputer à un homme un rôle majeur, oui indéniablement Hugo Chavez a favorisé une prise de conscience, et il a été la préfiguration de nombreux changements politiques en Amérique du Sud. Et bien plus, il en va de sortir d’une économie d’inspiration purement néo-libérale et de répondre à la demande interne en élevant les conditions de vie des plus faibles économiquement. L’éducation et la formation étant comme partout ailleurs un moteur de l’élévation des consciences individuelles et des capacités d’un pays à consolider et développer ses productions. Il n’y a pas que le Venezuela, qui demande aujourd’hui la fin d’un certain type de domination, il existe un assez large consensus dans le cône sud.

Et à suivre ce qui se déroule en Colombie pose la question  de la prégnance d’un modèle qui favorise les tensions guerrières. Avec les conflits en Afghanistan et en Irak, les Usa ont perdu du terrain sur la chasse gardée, notamment la base militaire de Mantua en Équateur a été démantelée et afin de concentrer les forces dans la région un nouvel accord a été conclu avec le président Alvaro Uribe pour sept nouvelles bases sur le territoire colombien. Il ne suffit pas que la Colombie dépense deux fois plus en armement que son voisin pour que l’on dénonce un peu vite les seuls achats du président vénézuélien. Mais il ne faut pas oublier que les Usa ont consacré plusieurs milliards de dollars à la lutte contre les cultures des drogues ne faisant paradoxalement que conforter le marché illégal. Ce serait aussi oublier qu’en Colombie et pas en trame de fond se déroule un conflit meurtrier.

La question est de savoir si aujourd’hui et avec le changement de président intervenu à Washington, il faut s’attendre à un relâchement ou un abandon de la part de la puissance maîtresse. Entre le discours et la réalité, il y a le risque d’un gouffre et en ce domaine, rien n’a vraiment changé et nous sommes loin d’un infléchissement de politique. Pourtant et depuis la seconde fois dans son histoire politique des nations sud américaines n’avalisent plus les choix militaires et stratégiques, dans leur ensemble elles ont été plus que critique concernant le coup d’état intervenu au Honduras en 2009 et la création de sept bases militaires supplémentaires en Colombie. On pourrait s’appuyer sur l’exemple du Venezuela, mais il n’est pas le seul pays à vouloir faire entendre sa voix.

Fini en quelque sorte ce temps où tout se décidait ou s’impulsait au sein du département d’État, nous sommes entrés dans une ère nouvelle des relations internationales ou une seule voie s’imposait à tous. Légitiment le Brésil, le Chili, l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, l’Uruguay et le Paraguay ont plutôt des comptes à demander à l’ancienne tutelle impériale. Aucun de ces pays n’a été épargnés, ils ont tous connu l’ordre noir des pouvoirs fascistes et les mêmes dogmes conçus au Pentagone en faveur d’un ordre totalitaire. Si cette donne a pu changer, elle le fut en fonction de l’enlisement de l’armée étasunienne en Afghanistan et en Irak ces dernières années, et surtout l’arrivée au pouvoir d’hommes nouveaux : Chavez, Lula, Morales, Correa, Tabarez, Pepe Mujica, Lugo, Madame Bachelet, les époux Kirchner. L’hyperpuissance ne concentre plus les mêmes moyens et les opinions publiques latino-américaines ne sont plus vraiment à la botte de l’ancien maître. Ces changements intervenus ont bousculé les schémas classiques, des pouvoirs progressistes n’hésitent plus à manifester leurs désaccords, voilà quelque chose qui était inconcevable, il y a à peine vingt ans.

Il reste manifestement un point noir en Amérique du Sud, un pays dont on parle relativement peu et qui semble vouer en France à une certaine indifférence. La Colombie n’est pas d’un exotisme singulier, c’est un État vivant de plein fouet des problèmes très contemporains. Vingt millions de pauvres sur une population de quarante-cinq millions d’habitants, plus les corruptions, les narcotrafics en tout genre, le phénomène récent d’une prostitution enfantine massive, sans oublier les guerres civiles répétitives et sans fin, font de cette nation un concentré de beaucoup de déséquilibres. Soixante ans de conflits sans vraies interruptions devraient faire prendre conscience que ce qui s’y déroule n’est pas un fait du hasard. La Colombie n’est pas un espace perdu du monde, elle est confrontée à de gigantesques difficultés, qui ne présument rien de positif pour notre humanité. Ce ne sont pas des phénomènes extérieurs à notre planète. Il en va de faire tomber un mur de silence. D’appeler comme l’on dit, un chat, un chat… Une guerre est une guerre, et il n’y a pas d’autres termes pour parler des réalités. Ce conflit a des conséquences sur toute la région et en premier lieu au Venezuela et en Équateur. 

Si, il existe un parfum de guerre froide, il est parfaitement entretenu non point pas l’arrogance d’un homme mais par la superpuissance continentale, toutefois en déclin. À Vouloir imposer un ordre du monde, au nom de la seule lutte contre le terrorisme, le décompte des morts civils en Colombie ne fait que s’alourdir d’année en année. Il ne peut y avoir de solution de paix, sauf si l’on cherche à faire taire en premier lieu les armes. Pourquoi vouloir renforcer ce qui est un échec, non seulement en Irak, en Afghanistan, mais aussi en Colombie. Des accords comme le plan Colombie n’ont en rien altérer les réseaux autour des plantations maffieuses de la cocaïne, plus le désordre est grand et plus activités criminelles fructifient. De même, elles débordent des frontières et à qui savoir fait le plus de bénéfice des trafics, les plus values sont plus importantes sur les marchés nord-américains et européens, contre seulement 10 à 20 % des bénéfices dans les pays producteurs. 

Des intérêts qui ne se confinent pas uniquement à des marchés parallèles, les premiers présents et depuis longtemps sont les multinationales, elles concentrent par l’intermédiaire ou paravent de holdings colombiennes de nombreuses affaires et sont une des sources du paramilitarisme, c’est-à-dire l’existence de milices d’extrêmes droites qui font régner la terreur dans les terres les plus reculées et sur les régions voisines. Ces négoces participent à l’expansion du conflit dans les campagnes. Depuis des années on solde des parties du territoire à des groupes internationaux, tout en prétendant éradiquer la guérilla. Ressources vivrières ou minérales, des pans entiers du pays sont sacrifiés à des intérêts très éloignés du régime de peur qui habite le monde agricole colombien. Cette donne se renforce en la présence de divers intérêts aboutissant à un moment ou à un autre dans les circuits financiers de notre monde globalisé, et peut représenter un bon nid douillet pour différents groupes occultes ou cartels en présence.

Les 17 et 18 avril 2010 a été signé un Accord de Libre Échange entre les pays membres de l’Union et la Colombie. Quand par ailleurs, les élus démocrates des deux chambres aux Usa ont bloqué la signature d’un nouveau traité, il y a à se demander si l’Europe ne joue pas avec le feu ? Veut elle faire entrée dans son espace économique un état criminel et maffieux ? Veut-elle un jour se voir condamner pour complicité à des crimes contre l’Humanité ? Tel est un des enjeux humains de la signature de ce traité, il est inacceptable que l’on puisse signer avec un  pays si marqué et disqualifier en raison du nombre d’atteintes à la dignité humaine. Il en va de même de la politique interventionniste menée depuis trop longtemps en Colombie. Elle doit cesser et permettre de mettre un terme à la guerre en cours.

Quand l’Europe prendra la mesure de ce qui se passe en Colombie, il sera possiblement trop tard. Le sommet Europe Amérique Latine qui s’est tenu les 17 et 18 mai 2010 à Madrid sous l’égide de l’Espagne a été l’occasion de finaliser l’Accord de Libre Échange entre les 27 pays de l’union et le gouvernement d’Alvaro Uribe (Colombie), d’Alan Garcia (Pérou) mais aussi avec l’ensemble des pays d’Amérique Centrale. Il restera comme ultime étape la ratification devant le Parlement Européen. Ces traités vont sceller une ouverture des marchés permettant la libre circulation des marchandises et des capitaux. Concernant la Colombie, à contre courant de ce qui se passe aux Usa, nous allons engager la signature des citoyens européens dans un pays qui ne laisse rien augurer de bon. La question n’est pas même de savoir, si, il est politiquement acceptable ou pas, au nom d’une sensibilité politique libérale ou interventionniste de ratifier cet accord de libre-échange. Il est de savoir si nous souhaitons nous cacher encore longtemps la face aux atteintes quotidiennes des droits de l’Homme en Colombie, et si nous souhaitons faire entrer de plein fouet des mécanismes maffieux ou corrupteurs supplémentaires au sein de nos économies ?

Ce n’est pas la moindre des interrogations, et cela ne vaut pas que pour la Colombie. Il s’agit du rôle et du poids économiques des cartels de la drogue dans le monde, de leurs influences, mais aussi du haut niveau de nuisance. Ce qui se passe en Colombie depuis les années 1970 a permis de constituer une industrie prospère, de la culture, en passant par sa transformation jusqu’à sa commercialisation. Les cartels colombiens sont devenus maîtres non seulement d’un gigantesque empire économique, mais d’une certaine manière du pays. Cent trente élus nationaux mis en cause ces dernières années dans des affaires liant le trafic de drogue aux milices paramilitaires, nous ne parlons pas d’un épiphénomène, mais de l’empreinte des pieuvres locales sur les pouvoirs étatiques et économiques. Le père du président a certes été tué par les Force Armées de Colombie, mais l’on précise rarement que c’est en raison de sa place dans les narcotrafics.

Il est peu relaté en France que non seulement le père fut un capo de taille, mais que plus récemment le cousin Mario Uribe et les deux fils (Geronimo et Tomas) ont eu maille à partir avec la justice. Touchant les liens d’Alvaro Uribe avec l’ancien patron du cartel de Medellin Pablo Escobar, ils sont connus de tous, et le très probable ordonnateur de son assassinat fut l’actuel président. Ce ne sont pas faisceaux ou des soupçons qui planeraient au-dessus de la personne du président colombien, c’est un problème épineux dont on ne cherche pas à prendre en considération l’ampleur. Au-delà de l’individu ou de la personne, pourquoi se fait-il que le palais présidentiel en 8 ans à Bogota soit devenu l’antichambre du paramilitarisme et par ailleurs un des lieux de contrôle sur la majorité des trafics (les paramilitaires se trouvant à la tête de 60 pour cent du trafic…)?

L’économie de la drogue représenterait entre cinq et dix pour cent des richesses financières de ce monde. Comble du comble, la manne sonnante et trébuchante n’atterrit pas dans les pays producteurs. La plus forte plus value est engendrée par la vente au «détail» et s’effectue principalement en Europe et Amérique du Nord,. De plus, ce sont sur nos trottoirs que se consomme et se perpétue le marché et une vente favorisant une très forte rentabilité.  Nous sommes ici et là-bas face à « une industrie » qui emploie une « main d’œuvre » relativement nombreuse, en France on estime à 100.000 personnes vivant de l’acheminement et de la revente des drogues. Ce chiffre est au minimum à doubler en Colombie et les pays adjacents, car du paysan, en passant par le labo, il faut prendre en compte les convoyeurs et les besoins logistiques pour inonder le monde occidental. De plus, quand on connaît les conséquences sociales et les méfaits de la cocaïne chez les usagers, les dégâts sociaux pèsent du coup sur les régimes solidaires ou maladies. Nous devrions nous poser comme question comment pouvons-nous aider un pays à s’extraire de maux si pesants. Il n’y a pas de fatalité colombienne, chaque pas vers la paix est à prendre en considération, mais on ne peut pas reconnaître des accords qui vont vers une légitimation d’un état narco criminel.

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Haïti, une nation ébranlée



par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, le 19 mai 2010

Avant-propos


La mission est profondément impressionnée par l’incroyable dignité et la remarquable « résilience » du peuple haïtien dans cette épreuve, malgré le traumatisme causé par les dizaines de milliers de morts et des destructions sans nom qui ont ébranlé la nation entière. Elle salue l’extraordinaire mobilisation de solidarité qui s’est exprimée tant au niveau national qu’au niveau international, et l’engagement des très nombreux acteurs qui tentent de répondre sur place à ce drame exceptionnel.

La FIDH présente une nouvelle fois ses plus sincères condoléances et rend hommage aux militants, membres de la famille et amis du secteur des droits humains qui ont péri dans cette catastrophe, avec une pensée particulière pour Mme Yvrose SAINT-JEAN, directrice exécutive du Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles (CARLI).

Présentation générale d’Haïti

Haïti est un État situé dans la partie ouest de l’île d’Haîti (ou île d’Hispaniola) qu’il partage avec la République dominicaine (partie est). C’est la seconde plus grande île des Grandes Antilles après Cuba. Le pays occupe 36% de la surface de l’île, soit 27 750 km2.

Haïti est dirigée par un président de la République élu pour une période de 5 ans. Le président ne peut remplir que 2 mandats et ceux-ci, non consécutifs. Le président actuel, René Préval, avait été réélu en 2006.

Il existe un Parlement bicaméral et un gouvernement dirigé par un Premier ministre. Le pays est divisé en 10 départements (1), 137 communes, 565 sections communales. La capitale, Port- au-Prince, est de loin la ville la plus importante du pays, avec près de 3 millions d’habitants sur un total de 9,8 millions (2).

1. Le Centre, le Nord, le Nord-Est, le Nord-Ouest, l’Artibonite, les Nippes, l’Ouest, le Sud, le Sud-Est et la Grande-Anse. Chaque département est dirigé par un délégué nommé par le gouvernement.

2. Statistiques 2008 des Nations unies : http://www.unicef.org/infobycountry/haiti_statistics.html.

Introduction

Le 12 janvier 2010, les 35 secondes pendant lesquelles la terre s’est soulevée dans diverses régions du pays, notamment à Port-au-Prince, Léogane, Petit-Goâve, Grand-Goâve et Jacmel, et les répliques qui ont suivi, ont non seulement provoqué une catastrophe humanitaire sans précédent mais ont aussi ébranlé les fondements mêmes de la nation haïtienne.

Deux mois après le tremblement de terre, alors que la phase d’urgence n’est pas encore terminée mais que s’élaborent déjà des plans de reconstruction du pays et de l’État, les trois organisations haïtiennes membres de la FIDH en Haïti, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), le Centre Œcuménique des Droits Humains (CEDH) et le Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles (CARLI), ont sollicité l’envoi d’une mission internationale sur place, autour de trois objectifs :

- exprimer une solidarité active avec le peuple haïtien, et en particulier avec le secteur de défense des droits humains ; - se rendre dans des zones sinistrées, écouter des acteurs nationaux et internationaux et formuler des observations et recommandations concernant l’impact sur les droits humains de la gestion des réponses apportées jusqu’à présent ; et

- accompagner les organisations nationales des droits humains dans leurs réflexions et propo- sitions concernant la « refondation » d’Haïti sur des bases démocratiques et dans le respect des droits fondamentaux.
Du 18 au 28 mars, une délégation de la FIDH composée de Geneviève Jacques, ancienne secrétaire générale de la CIMADE (Centre Œcuménique d’Entraide, France), et de Benoit Van der Meerschen, président de la Ligue Belge Francophone des Droits de l’Homme, s’est rendue en Haïti où elle a rencontré un grand nombre d’acteurs de premier plan, haïtiens et étrangers, et visité plus d’une dizaine de camps pour personnes sinistrées, notamment dans la région de Port-au-Prince et sur la zone côtière proche de l’épicentre du séisme.

La mission a pu s’entretenir avec des représentants :

1. des autorités haïtiennes Le président de la République, René Préval ; le ministre de l’Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé ; la ministre des Affaires étrangères, Marie Michelle Rey ; le ministre de la Justice, Paul Denis ; le directeur général de la Police Nationale d’Haïti, Mario Andresol.

2. de la communauté internationale L’Ambassadeur de France, Didier Le Bret ; le responsable de la section des Droits de l’Homme de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation en Haiti (MINUSTAH) et coordonna- teur du « Cluster Protection », Elio Tamburi ; le responsable de la section politique de la MINUSTAH, John Brevan ; le responsable de la section État de droit de la MINUSTAH, Fernando Castañon Alvarez ; la responsable de la communication du Bureau des Nations unies pour la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), France Hurtubise ; la responsable du Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), Kathy Mangonèse, ainsi qu’un représentant du Programme alimentaire mondial (PAM).

3. du secteur des droits humains Les chargés de mission ont également eu l’occasion de rencontrer de façon plus informelle diverses personnalités et responsables associatifs de la société haïtienne. Enfin, un séminaire d’une journée, organisé à l’initiative de la FIDH, a rassemblé une quin- zaine de représentants d’organisations haïtiennes du secteur des droits humains pour réfléchir autour de la question : « Haïti après le séisme : comment inclure les droits de l’Homme dans la reconstruction? ». Cette journée de discussion très riche a largement inspiré les commentaires et recommandations de la mission. (Voir le programme et les participants en annexe.)

La mission a également effectué des visites de camps de personnes sinistrées :

Elle s’est rendue dans six communes (Port-au-Prince, Delmas, Pétion-Ville, Petit-Goâve, Leogane et Cité Soleil) et a visité 11 camps et campements spontanés hébergeant des personnes sinistrées où elle s’est entretenue avec les membres des comités locaux d’organisation des camps :

- Place des Artistes et Place Dessalines sur le Champ de Mars à Port-au-Prince (environ 22 000 personnes) ; - Club Golf de Pétion-Ville (environ 50 000 personnes), à Delmas et Pétion-Ville ; - Centre Sportif de Dadadou à Delmas (environ 10 000 personnes) ;

- Fondation St Preux et Bobin à Peguyville/Pétion-Ville (campements de 2 000 et 4 000 personnes) ; - Camps de Petite Guinée (800 personnes), Place Centrale (800 personnes) et Cité Gaston (près de 4 000 personnes) à Petit -Goâve ;

- Camp du Parc Gérard Christophe à Léogane (près de 5 000 personnes)

Enfin, la mission s’est rendue sur un site de relocalisation en phase de préparation situé sur l’ancienne piste d’aviation à la sortie nord de Port-au-Prince, près du bidonville dans la commune de Cité Soleil.

Lire la suite en format PDF :  Haiti, une nation ébranlée.pdf


Bolivie : Nous sommes mieux sans les États-Unis et sans le FMI



Une interview d’Evo Morales, par Amy Goodman, le 10 mai 2010

Lors de la clôture de la Conférence des Peuples du Monde sur le Changement climatique à Cochabamba, Democracy Now a fait une interview du président Evo Morales. Amy Goodman a parlé avec Morales de la décision d’États-Unis de couper l’aide climatique à la Bolivie, du trafic de stupéfiants, du dixième anniversaire de la Guerre de l’Eau de Cochabamba, de la protestation au gisement d’argent San Cristobal, et de la contradiction entre la promotion du milieu environnemental et les industries d’exploration et d’extraction des ressources en gaz, pétrole et minerais. Jeudi 29 avril, les organisateurs du sommet des peuples ont publié un Accord des Peuples basé sur les réunions des groupes de travail. Les principales propositions comprennent l’établissement d’un tribunal international pour poursuivre les pollueurs, l’approbation d’une Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère, la protection des migrants climatiques et la pleine reconnaissance de la Déclaration les Droits des Peuples Indigènes de l’ONU.

Amy Goodman : Nous émettons depuis Olivia dans la localité de Tiquipaya, dans les environs de Cochabamba. Jeudi, le Sommet des Peuples du Monde sur le Changement climatique et les Droits de la Terre-Mère s’est clos sur une grande manifestation dans le Stade Félix Capriles de Cochabamba en présence du président de la Bolivie Evo Morales et du président du Venezuela Hugo Chávez. Pendant les trois derniers jours du sommet, connu simplement comme “Le Sommet,” dix-sept groupes de travail se sont réunis pour discuter de différents sujets relatifs au climat, de la dette climatique aux dangers de la commercialisation des crédits carbone. Hier soir, les organisateurs du sommet ont publié un Accord des Peuples basé sur les réunions des groupes de travail. Les principales propositions comprennent l’établissement d’un tribunal international pour poursuivre les pollueurs, l’approbation d’une Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère, la protection des migrants climatiques et la pleine reconnaissance de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU. Le sommet des peuples a aussi condamné le programme de reboisement connu sous le nom de REDD, Réduction des Émissions de la Déforestation et de la Dégradation.

Dans la manifestation de jeudi le président bolivien, Evo Morales, a appelé les dirigeants du monde à adopter les propositions du sommet des peuples. Quelques heures avant la manifestation, des partisans de Morales ont rempli les rues de la ville. Morales est le premier président amérindien bolivien, et une grande partie de son appui provient de la population indigène majoritaire en Bolivie. Les signes de la vibrante culture indigène bolivienne étaient bien visibles dans le stade et aux alentours. De nombreuses femmes indigènes portaient des chapeaux de feutre et des polleras. Le son des flûtes de pan et du charango pouvait être entendu dans tout le stade tandis que de divers groupes musicaux étaient présents sur l’aire de jeu. Des femmes et des enfants vendaient des pâtés en croûte et des jus frais. Dans la manifestation, le président vénézuélien Hugo Chávez a fait remarqué que “le capitalisme pourrait mener à la destruction de la planète. Pour ceux qui croient que c’est une exagération, il faut rappeler que la planète a vécu des millions d’années sans l’espèce humaine.” Tandis que se finit le Sommet des Peuples sur le Changement climatique et les Droits de la Terre-Mère, nous nous sommes réunis avec le président de la Bolivie Evo Morales. Après les débats sur le climat ratés à Copenhague, en décembre dernier, Morales avait lancé un appel pour organiser le sommet des peuples pour donner aux pauvres et au peuple du Sud du Globe l’occasion de formuler des stratégies sur la lutte contre le changement climatique. Le président Morales reste avec nous durant une heure. Nous sommes ici à l’Université de la Valle – Uni de la Valle, comme on l’appelle ici – à Tiquipaya.

Amy Goodman : Vous avez participé avec nous plusieurs fois à Democracy Now ! à New York. C’est un honneur être ici dans votre pays, en Bolivie.

Président Evo Morales : Encore merci beaucoup de m’inviter à parler comme nous l’avons toujours fait.

Amy Goodman : Eh bien, nous parlons au lendemain de la clôture de la Conférence des Peuples du Monde, le lendemain du Jour de la Terre. Est-ce que vous pensez avoir réussi ?

Président Evo Morales : Eh bien, d’abord... je suis surpris par la participation de tous. Cela n’était pas dans nos prévisions, tant de gens : plus de 30 000 participants à 16 ou 17 ? tables de travail et une déclaration tellement sage pour la vie et pour la nature. La participation d’hommes de science et de gens très responsables venus de différents secteurs et régions du monde. Il y a deux choses particulièrement importantes. À Copenhague on voulait approuver un document qui abîme la Terre-Mère. On ne débattaient seulement que sur les effets de la crise climatique, pas sur les causes. Et les peuples ont débattu des causes, qui sont le capitalisme – on pourra parler plus en détail du rapport –, les transgéniques qui font mal à la Terre-Mère et à la vie humaine. Et en plus de cela, je salue le fait qu’il y ait un grand intérêt à entamer un dialogue avec les Nations Unies, de manière à ce que les conclusions des peuples du monde soient écoutées et respectées, pas seulement par les peuples qui ont participé mais qu’elles soient écoutées et respectées par l’humanité dans son ensemble habitant la planète Terre.

Amy Goodman : Les propositions qui sont issues de cette conférence, de ce sommet, pouvez-vous les mentionner et les expliquer, en commençant par le Tribunal de Justice Climatique ?

Président Evo Morales : Par exemple les pays développés devraient respecter l’accord de Kyoto et cela signifie appliquer la réduction de 50% des gaz à effet de serre et que l’augmentation de la température globale doit être stabilisée à un degré centigrade. Créer un tribunal climatique de justice siégeant à Cochabamba et je dit merci aux mouvements sociaux qui ont approuvé cette proposition et le fait que le siège soit en Bolivie. Qu’est-ce qui a été débattu ? : Le référendum mondial sur la crise climatique, que les ressources économiques qui sont utilisées pour la défense et la guerre le soient pour la vie et la nature. Selon nos informations les pays développés dépensent 1,7 milliard de dollars pour la défense et la sécurité internationale (les interventions militaires)... Imaginez, un milliard sept cents millions de dollars pour sauvegarder la vie et la nature ce serait si important. C’est le droit de la Terre-Mère, le droit à la régénération de sa biocapacité. C’est très important.

Je peux te dire : Je connais le sujet et je l’ai vécu dans ma famille, dans ma communauté, dans mon ayllu. Cette année nous semons à cet endroit, l’année suivante aussi, ensuite il faut l’abandonner pour 5,6,7 ou 8 ans, et dans 6, 7 ou 8 ans il sera régénéré. Le terrain a besoin de plus ou moins ce temps. Le temps passe, nous le laissons et nous y revenons. Et ainsi, si nous faisons tourner les cultures, il n’y a pas d’impact nuisible pour l’environnement. Ce sont des petites choses, mais elles deviennent de grandes choses au niveau international en terme d’environnement global. En Bolivie après cet événement, nous allons commencer à reboiser. Et le plan que nous voulons développer ici en Bolivie a été approuvé l’an dernier pour le premier anniversaire du jour de la Terre-Mère. Et avant c’était le Jour de la Terre-Mère, c’était nationale, maintenant c’est le Jour International de la Terre. Un an après cela, c’est-à-dire maintenant, nous allons commencer à planter. Et à la deuxième année, l’an prochain donc, nous aurons planté dix millions de plantes : Qu’est-ce cela signifie ? Que les boliviennes et boliviens, qu’ils soient enfant ou personne âgée vont planter une plante ou un arbre. Nous sommes dix millions et il y aura dix millions de plants, sans aucun apport international simplement l’effort et l’apport des boliviens pour arriver à reboiser notre pays.

Amy Goodman : Pouvez-vous expliquer ce qui c’est passé avec les glaciers ici en Bolivie ?

Président Evo Morales : A Chacaltaia, près de la ville de La Paz, enfant on entendait en permanence que les gens allaient pratiquer le ski. Et maintenant que je suis le président et que je vis à La Paz on ne skie plus là-bas. C’est comme un paysage lunaire et il n’y a pas de neige. Par là il y a Chorolque, dans le département de Potosí et les mineurs disent qu’avant le Chorolque était habillé d’un poncho blanc. Ils me disent que dans 50 ans il n’y aura plus de neige sur l’Illimani, la grande montagne qui domine le paysage de La Paz. Selon les experts cela à à voir avec problèmes d’eau, bien sûr. Et ce n’est pas seulement un énorme souci pour les paysans indigènes qui aiment la Terre-Mère et qui la soignent, mais pour toute la population dans son ensemble.

Amy Goodman : Président Morales, qui pourrait être poursuivi devant un tribunal de la justice climatique ?

Président Evo Morales : D’abord, les pays développés qui ne respectent pas le Protocole de Kyoto C’est l’accord de base, le Protocole de Kyoto. Les pays développés devraient mettre en application ses mesures d’une manière responsable. Nous commencerions avec les pays qui ne l’ont pas ratifiés, qui n’ont pas signé le Protocole de Kyoto, comme le gouvernement des États-Unis. Et pour cela il y a la Cour internationale de justice, de façon à que la nouvelle organisation qui naît du sommet puisse poursuivre tout d’abord les pays qui n’ont pas ratifié le Protocole de Kyoto, et en second ceux qui l’ont ratifié mais qui ne l’appliquent pas.

Amy Goodman : Nous parlons au président Evo Morales, au président de la Bolivie. Hier, durant la manifestation du Jour de la Terre, le ministre des Affaires étrangères de l’Équateur a dit que des États-Unis ont réduit leur aide à l’Équateur de 2,5 millions de dollars parce qu’il n’a pas signé l’Accord de Copenhague. Il a dit qu’il donnerait deux millions et demi de dollars aux États-Unis s’ils signent le Protocole de Kyoto. En Bolivie des États-Unis ont réduit leur aide de 2,5 ou 3 millions de dollars parce que la Bolivie n’a pas signé l’Accord de Copenhague. Pouvez-vous expliquer ce qui s’est passé ?

Président Evo Morales : Ici il y a un sabotage et un chantage permanent de la part du gouvernement des États-Unis. Je ne peux pas croire qu’un président noir soit si vindicatif contre un président indien. Parce que nos grands-parents et nos populations, noires et indigènes, ont été exclues, ignorées, humiliées. Obama vient de cette expérience, de cette souffrance. Moi également. Et le discriminé discrimine l’autre discriminé. L’oppressé oppresse l’autre oppressé. On nous faisait chanter conjointement, mais c’est un chantage passé, maintenant il nous fait un chantage de 2 ou 3 millions de dollars. Avec fierté et humilité je pense qu’aujourd’hui nous sommes mieux sans les États-Unis. Et nous sommes mieux économiquement, dans les politiques macroéconomiques, sans le Fonds Monétaire International.

Amy Goodman : A quoi devaient servir les 3 millions de dollars, avant la réduction de l’apport ?

Président Evo Morales : A des projets sociaux bien sûr,autour de l’environnement. Mais ce sont seulement trois millions. Dans la lutte contre le narcotrafic ils ont la responsabilité de faire un investissement ce n’est pas une coopération, c’est leur devoir. Malgré cela, ils se sont retirés et nous devons faire face à la lutte contre le narcotrafic avec seulement des miettes pour faire comme si. Et comme ça par exemple, j’ai l’information qu’ils devaient investir dans le Compte du Millénaire comme 600 millions de dollars et ils ont tout arrêté. Nous avons résolu cela avec d’autres pays. Nous parlons d’un grand investissement. Nous n’allons pas réclamer, non nous n’allons pas réclamer, nous avons notre dignité. Mais ce qu’ils font c’est comme se venger, ce qu’ils font c’est effrayer et c’est pourquoi j’ai des doute, je suis comme celui qui a été soumis, ainsi que sa famille, maintenant étant président je peut discriminer un autre mouvement qui a discriminé.

Amy Goodman : Voyez-vous un changement entre le président Bush et le président Obama ?

Président Evo Morales : Si quelque chose a changé c’est seulement la couleur du président.

Amy Goodman : Président Morales, vous avez fréquemment parlé de la différence entre coca et cocaïne. Vous dites que la coca n’est pas la cocaïne. Pour un public américain, c’est difficile de comprendre ça. Expliquez-nous s’il vous plaît.

Président Evo Morales : Bon... La cocaïne est comme le cheveu blanc du traducteur et la feuille de coca est verte comme les feuilles de cette plante. La feuille de coca dans son état naturel est un aliment, c’est une médecine. Elle s’utilise beaucoup dans les rituels, comme vous avez pu le voir dans les cérémonies de la Conférence Mondiale pour les Droits de la Terre-Mère. Par conséquent, pour transformer la coca en cocaïne, on utilise beaucoup de produits chimiques, et c’est un mélange d’acide sulfurique et d’autres corps chimiques qui la transforment en drogue. Mais nous n’avons pas la culture de la cocaïne, de la feuille de coca oui, mais pas de la drogue. Je regrette beaucoup que le Département d’État des États-Unis nous accuse du fait que les consommateurs de feuilles de coca sont narco-dépendants. C’est une absurdité. C’est totalement faux. Et que nous les producteurs de feuilles de coca sommes des narcotrafiquants et que la coca c’est la cocaïne, c’est complètement mensonger. Par conséquent nous sommes engagés dans une bataille permanente pour continuer d’informer tout le monde à ce sujet. Mais les gens comme vous, par exemple, savent déjà que la coca ça n’est pas la même chose que la cocaïne [1].

Mais, en plus de cela... quand l’étain bolivien était à son apogée et servait l’industrie nord-américaine, les États-Unis promouvaient les cultures de coca pour que les mineurs, les ouvriers, en consommant des feuilles de coca [2], puissent extraire l’étain pour l’envoyer aux États-Unis. Et ils donnaient des décorations aux meilleurs producteurs de coca. Il existe des documents sur tout cela. Je suis convaincu de que la cocaïne, le trafic de stupéfiants, est une invention des États-Unis. Sous cette invention, ils ont créé cette guerre contre le trafic de stupéfiants et le capitalisme vit des guerres, le capitalisme a besoin des guerres pour vendre son armement [3]. Alors ce n’est pas un problème isolé, le problème des drogues : c’est un problème qui a à voir avec les intérêts du capitalisme, et sous le prétexte de la lutte contre le narcotrafic, ils installent des bases militaires [4]. C’est le contrôle politique, la domination, la soumission. C’est le nouveau colonialisme.

Amy Goodman : Président Morales, permettez-moi cependant de vous demandez. Je parlais, non pas avec vos adversaires, mais avec vos partisans, qui s’inquiètent qu’il y a un problème croissant de narcotrafic. Je me demande si vous pensez qu’il en est ainsi, vous plus que personne, comprenez qu’une quelconque chose de ce type pourrait provoquer une intervention massive. Par conséquent : qu’est-ce que vous ferez à ce propos ?

Président Evo Morales : C’est un problème. Nous le reconnaissons. Je ne sais pas s’il est croissant, mais oui ... les cartels de la drogue et de la cocaïne sont si puissants et l’État Plurinational (de la Bolivie) ne dispose pas des outils et de la technologie pour lutter efficacement contre les cartels de la drogue. C’est une faiblesse de notre part. Et le plus important c’est le mouvement paysan a volontairement réduit les cultures de la coca. Avant c’était une éradication forcée qui violait des droits de l’homme. Le problème c’est que nous ne sommes pas équipés de radars, de satellites et le narcotrafiquant n’est pas celui qui foule la coca. Il habite dans le monde entier et son argent est dans les banques. Nous devons en finir avec le secret bancaire : pourquoi pas ? Imaginez que sans ça il n’y a pas d’apports à un effort réel et effectif contre le trafic de stupéfiants.

Amy Goodman : Y a-t-il un rôle que les États-Unis peuvent jouer dans le combat contre le trafic de stupéfiants dans ce pays que vous considéreriez constructif ?

Président Evo Morales : Nous avons uniquement besoin d’équipement, de technologie

Amy Goodman : Nous parlons au président de la Bolivie Evo Morales, qui était cocalero [5], chef du syndicat des cocaleros. Maintenant, je veux revenir dix ans en arrière. Je veux revenir à la Guerre de l’Eau, grâce à laquelle vous avez réellement augmenté votre popularité et vous êtes finalement arrivés à la présidence. Ici même par cette fenêtre de l’Université de la Valle, nous pouvons voir la montagne Tunari. C’était le nom utilisé par cette compagnie mystérieuse, les Eaux du Tunari, qui était en réalité la compagnie nord-américaine Bechtel, arrivée pour privatiser la fourniture en eau. Vous vous êtes joint aux agriculteurs, aux travailleurs industriels dirigés par Oscar Olivera, et vous avez dirigé un mouvement de masses contre la privatisation qui a expulsé Bechtel. Parlez-nous de cette période.

Président Evo Morales : Je suis né à Oruro, Orénoque, dans un autre département de l’Altiplano, et après avoir fait mon service militaire obligatoire en 1978, je suis allé en 1979 avec mon père au Chapare, dans la région du Chapare, qui est un département de Cochabamba. Et en 79, 80, on était de passage par ici, j’ai vu le Tunari toujours enneigé. La majeure partie de l’année il y avait de la neige. Maintenant, quand la neige tombe elle tient une demie journée maximum. Je l’ai vu. Eh bien, en marge de ce sujet, les premiers compagnons qui se sont levés contre le creusement des puits l’ont fait près d’ici au lieu dit Vinto, Vinto Chico. Je rappelle parfaitement que les communautés avaient été mobilisées pour bloquer les routes. Et ils m’ont dit : Evo, qu’est-ce que tu penses des contacts avec la presse ? Amenez la presse. Le gouvernement va nous faire mal avec la privatisation de l’eau. Et j’avais quelques amis dans la presse. Et nous les avons amené à Vinto, nous avons discuté avec eux et ils l’ont dénoncé. Je suis resté très impressionné par la situation. Je parle des années 90. J’ai beaucoup appris.

Après vient ce contrat avec les Eaux du Tunari. Pour les gens de la ville, les tarifs de l’eau allaient augmenter de 300, 400, jusqu’à 700 pour cent. Cela a provoqué la réaction de la population. Et la privatisation des versants, de l’irrigation, pour les gens qui mettaient en place l’irrigation, pour le mouvement paysan, tout cela a été un problème. Et Fernández, Oscar Olivera, nous les avons convoqué pour nous réunir et pour débattre. Omar Fernández, qui faisait parti des constructeurs des irrigations. Et Oscar Olivera du secteur ouvrier. Et ce qui m’a le plus fait réagir ça a été au Parlement – entre 1999 et 2000 j’étais parlementaire – ils m’ont dit au Parlement qu’il fallait approuver un crédit, je crois qu’il était de 50 millions de dollars de la CAF (la Corporation Andine de Promotion) pour le donner à ceux de Tunari. Moi, pour le moins, ma manière de penser, s’il y a une entreprise qui s’adjuge ou qui privatise, l’eau ou toute ressource naturelle, elle a à investir de l’argent. Pourquoi l’État allait-t-il à prêter de l’argent pour l’entreprise des Eaux du Tunari ? Tu comprends ? Dans le monde indigène et paysan, dans le monde des pauvres, l’entrepreneur c’est celui qui a beaucoup d’argent. Les transnationales sont multimillionnaires. Et là une transnationale, les Eaux du Tunari, s’adjuge la privatisation de l’eau et l’État, le Parlement, voulaient approuver une loi pour obtenir un crédit pour les Eaux du Tunari. Quelle type de privatisation est-ce donc ? Maintenant je peux en parler avec plus de raison, avec beaucoup de connaissance, à propos de ces transnationales.

C’est ce sujet qui a attiré mon attention. Ici il n’y a pas d’investissement des entreprise. Après nous avons été informé qui étaient les associés de la multinationale Tunari : un homme politique comme Médina Dorienne et d’autres politiques. Et se sont groupés pour créer une grande entreprise. Mais il n’y avait pas d’argent, et par conséquent ils supposaient que le gouvernement bolivien allait leur prêter l’argent. Cela et beaucoup d’autres choses nous ont unis, au mouvement paysan, aux irrigateurs et aux gens de la ville. Je dirais que le secteur d’Oscar Olivera a un peu participé à cette lutte. Ceux qui se sont vraiment battu se sont les irrigateurs, les paysans et les cocaleros. Nous nous sommes unis dans la lutte. Nous n’avions pas de problème d’eau au Chapare. Chapare, et la Lune ? Trop d’eau. Le sujet est qu’ils étaient sur une politique de privatisation. Là nous avons de l’eau potable et elle est aux mains d’un syndicat. Nous avons dit : “Cette politique va arriver ici tôt ou tard. Avant qu’elle n’arrive au Chapare c’est mieux que nous allions combattre à Cochabamba.” Quand un jour je me suis senti comme battu ici dans les mobilisations, à ce moment, près de mille compagnons ont décidé de sortir participer à une marche et ils ont dit : “nous allons à la marche !” Nous sortons et déjà la police commence à nous gazer et la presse dit : “Ils ont gazé les cocaleros qui luttent pour l’eau”. Oh ... et la population se lève et un état de siège a été instauré. C’était le dernier état de siège et nous l’avons battons. Depuis cette fois ils n’y a plus d’état de siège.

Amy Goodman : Alors : comment vous sentez-vous – à partir de cette victoire – d’avoir expulsé Bechtel du pays? D’avoir été un manifestant qui lançait des pierres, et de devenir président de son pays, représentant la police et les militaires à qui vous vous opposiez alors.

Président Evo Morales : Eh bien, maintenant que je suis président on continue à sortir les entreprises. Avant en tant que dirigeant d’un mouvement social, maintenant en tant que Président. Depuis que je suis président on a sorti les Eaux d’Illimani de La Paz. On est entrain de soritr la Transredes, le groupe pétrolier. Cela ne change pas. Ce sont des politiques définies par les mouvements sociaux, et nous les continuerons. Oui, je veux que cela se sache : Jamais plus d’entreprises propriétaires de nos ressources naturelles. Oui, nous avons besoin d’associés. Par exemple les différents accords que nous avons passé avec plusieurs entreprises. L’entreprise investit, mais sous contrôle, et le propriétaire c’est l’État Plurinational de la Bolivie. Nous sommes les propriétaires de 60% des actions et eux? Ils investissent 40%. La récupération de leur investissement est garanti légalement et constitutionnellement mais le droit des usagers est également garanti.

Amy Goodman : Vous parlez de l’industrie et du rôle des corporations. Je voudrais considérer comment vous faites face aux droits indigènes, les droits environnementaux, et les conciliations avec les corporations. Allons à San Cristobal, la mine, les protestations de la semaine dernière. S’il vous plaît dites-nous ce qui se passe là-bas. Les mineurs ont fermé la zone. Ils demandent que Sumitomo, la compagnie japonaise, leur paie des réparations, et qu’elle arrête de contaminer l’eau. Je crois qu’elle utilise 6.000 litres d’eau par seconde. Que fait le gouvernement ? Que faites vous, président Morales ?

Président Evo Morales : Tout d’abord, c’est une concession légale, garantie et légalement blindée par le gouvernement précédent. C’est l’héritage des gouvernements néolibéraux. Mais aussi les communautés de la zone doivent savoir que l’entreprise a convenu avec elles. Ils ont créé une fondation pour donner de l’argent aux membres des communautés et d’expérience ce genre d’accord, de chantage ou de prébende ne sont pas la solution. Ils ne sont pas éternels. Et les coupables ce sont les dirigeants de ces communautés qui ont accepté, ils se sont mis d’accord avec l’entreprise. Mais il y a également une composante politique. Quand la droite a perdu aux élections municipales, le jour suivant avec les conflits salariaux ont commencé. Si nous voulons résoudre l’affaire San Cristobal il faut changer la loi. Le code de l’industrie minière. Et sûrement faire une profonde révision du contrat de la concession. Mais hier ou avant-hier le conflit s’est terminé. Ils l’ont levé les barrages et on a discuté vraiment. Mais parfois ce type de conflits sont utilisés politiquement à un niveau local.

Amy Goodman : Le Département d’État (US) a émis un avertissement que les gens ne devaient pas voyager dans cette zone.

Président Evo Morales : Non... Il se trompe... On entend toujours ce genre de campagne de la part du Département d’État des États-Unis. Un petit tronçon de la route est bloqué. Mais je le répète, il a été débloqué il y a deux jours. Et après on m’a informé que plusieurs touristes avaient été bloqués, mais les communautés, d’une manière responsable ont fait passer les touristes. Imaginez-vous, cette manière qu’a le Département d’État des États-Unis de sataniser. Et nous nous disons de manière humaine : les compagnons ont un droit. Bien que ce soit politisé. Bien qu’ils ne se rendent pas compte que les responsables de ces accords ont non seulement été les gouvernements précédents mais également leurs dirigeants, leurs ex-dirigeants communs. Il y avait un double accord, les entreprises avec l’État et les entreprises avec les dirigeants du mouvement paysan de la région. Je sais ça parce que j’étais là-bas et j’ai discuté avec les compagnons. S’ils ont fait une fondation, je ne sais pas combien de millions de dollars par an ils investissent. Cela ne veut pas dire réduire des responsabilités, bien sûr. C’est notre responsabilité de chercher des solutions. Et je disais il y a un moment qu’il y a des contrats bien blindés, nous sommes responsables de ces contrats, mais maintenant : Comment les changer ?

Amy Goodman : Passons au sujet principal. L’économie bolivienne est basée à 20 ou 30%, sur les industries extractives comme l’argent, le zinc. On commence maintenant à réellement extraire du lithium. La Bolivie a les principales réserves au monde de lithium, une source alternative incroyable d’énergie pour les batteries, pour les voitures électriques. Comment conciliez-vous les industries extractives avec l’environnement, la Pachamama le mot indigène pour la Terre-Mère, et avec les droits indigènes ?

Président Evo Morales : Là nous avons besoin d’études poussées. Si nous voulons défendre la Terre-Mère et les Droits de la Terre-Mère, tout projet d’industrialisation de ressources naturelles doit respecter la régénération de sa biocapacité. Avec plusieurs minerais, par exemple, avec des minerais non renouvelables, ce sera difficile. Maintenant, le débat interne c’est que faire, parce qu’avant, la Bolivie vivait de l’étain comme État colonial. Maintenant nous vivons du gaz et du pétrole. Nos ressources économiques viennent fondamentalement du gaz et du pétrole et en second lieu de l’industrie minière. Dans quelle mesure l’industrialisation de ces ressources peut-elle permettre le respect de la Terre-Mère? À partir de la conférence (le Sommet de Cochabamba), nous devons tous changer. Mais quand on nous dit que le lithium serait une énergie alternative, je demande : comment traiter la saumure ? Et : sur quelle période cela peut-il se régénérer ? Certains me disent 50 ou 100 ans. Je serais heureux si c’était 50 ans parce que nous avons environ 10 000 Kms carrés de salar. C’est immense. De la manière dont nous avançons. Mais si c’est régénéré, nous serions satisfaits, d’avoir une solution de remplacement pour ces énergies qui font tant de mal à la Terre-Mère.

Amy Goodman : Ce sont les thèmes qui ont été traités par la table 18, le groupe qui n’a pas été inclus au sommet, mais même quelqu’un sur la scène de la cérémonie d’ouverture, Faith Gemmill du nord de l’Alaska, a dit qu’il fallait : “Maintenir le charbon sous terre, maintenir le pétrole sous terre.” Qu’est-ce vous répondez à cela, à l’arrêt des extractions ?

Président Evo Morales : Voulez-vous que je dise la vérité sur la table 18 ? C’est l’affaire des ONG et des fondations. Les frères indigènes, ceux qui jamais, on eux pour la première fois une table indigène à la 17. Comme il s’agit de justifier des investissements des ONG, les "ONGistes" ont établi la table 18 pour justifier ces investissements. Maintenant, le débat interne. Ces fondations, ONG, ont dit : “Amazoníe sans pétrole”. Alors qu’est-ce qu’ils me disent que je vais couvrir les puits de pétrole, les puits de gaz. La Bolivie... de quoi va-elle vivre ? Soyons réalistes. Mais comme ces fondations et ONG justifient avec cette classe, en utilisant quelques frères indigènes. Je n’accuse pas les frères indigènes. Ils utilisent les dirigeants pour justifier leurs bons salaires, leur expérience. J’ai écouté hier, dans la nuit, jusqu’à deux heures du matin avec La Vía Campesina. Vous connaissez La Vía Campesina. Je suis fondateur. Et les uns disent, me disent qu’ils ne construisent pas de routes, les autres me disent : “Tu ne réprimes pas”. Avant-hier, quand il était ici derrière, à Colomi, j’ai annoncé que nous allions construire une route double voie d’Oruro à Colomi. Ce projet est le plus applaudi par les compagnons de base, les gens qui ont besoin d’avoir un accès. Si nous regardons dans ce coin, tout près, dans El Alto, chaque jour ont me demande un petit barrage d’eau. Alors, les ONG et quelques dirigeants disent : "Non", quand ils n’interprètent pas les nécessités de leurs bases. C’est vrai. Et c’est pourquoi, hier soir c’était comme une confrontation avec La Vía Campesina.

Amy Goodman : il nous reste seulement trente secondes. Votre espoir pour ce sommet ?

Président Evo Morales : Je voulais vous expliquer ... – je n’aime pas sentir qu’il n’y a pas de liberté d’expression dans l’expression de leur préoccupation. Mais je veux qu’ils sachent que c’est vrai. Et qu’hier soir avec La Vía Campesina, nous avons eu une confrontation. Ils sont restés muets à propos des barrages, à propos des routes. Maintenant je suis l’ennemi des thermo-électriques, par exemple, mais pas des hydroélectriques. Regardez ... sinon ...

Notes :

[1] Étant donné la culture de la consommation de la feuille de coca dans les Andes, qui est à la foi un élément symbolique et sacré fort et un élément quotidien de la pharmacopée locale (voir note suivante).

[2] Dans les Andes la feuilles de coca a toujours été utilisée pour pouvoir tenir en accomplissant des tâches dures, accentuées par le manque d’oxygène, le tout dans un milieu plutôt aride et avec peu de nourriture disponible. La coca est parfaite dans ce rôle, ses propriétés vasodilatatrices et excitantes qui permettent à la fois d’augmenter l’apport d’oxygène et de réduire les sensations de fatigue, de soif et de faim.

[3] Et accessoirement on peut aussi considérer que le narcotrafic est lié aux réseaux de vente d’armes, bien pratique pour vendre de l’armement discrètement et/ou avoir accès à un flux alternatif d’argent.

[4] Dans l’année 2009 les États-Unis ont signé un accord avec le président colombien Uribe pour l’établissement de 7 bases militaires US sur le sol colombien. Le rayon d’action de ses bases et à l’échelle du continent sud américain, il pourrait presque atteindre l’Afrique de l’Ouest. De plus en 2010 les États-Unis ont ouvert une seconde base militaire au Honduras, pays "repris en main" par l’oligarchie locale et l’aide militaire et politique directe des États-Unis.

[5] Cocalero : cultivateur de coca.

Source : Democracy Now, Traduction de Primitivi

Colombie : les droits humains doivent être une priorité
pour les candidats de la campagne électorale




par Amnesty International, le 10 mai 2010


Amnesty International a exhorté les candidats à l’élection présidentielle de Colombie à faire des droits humains une priorité de première importance pour le scrutin du 30 mai.

Le candidat indépendant Antanas Mockus et l’ancien ministre de la Défense Juan Manuel Santos font partie des principaux candidats en lice pour succéder au président Álvaro Uribe.

« Il est choquant que, dans un pays où les droits humains sont régulièrement bafoués par les différentes parties au conflit armé qui sévit depuis 45 ans, cette question n’ait pas eu la priorité qu’elle méritait », a déclaré Susan Lee, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Soucieux de placer les droits humains au premier rang des préoccupations lors de ce scrutin, les participants à la campagne nationale et internationale pour le droit de défendre les droits humains et les membres de l’organisation Medios para la Paz, deux organisations de la société civile, ont invité les candidats à la vice-présidence à prendre part à un débat sur les droits humains qui se tiendra le 5 mai à Bogotá, en Colombie.

Amnesty International a d’autre part condamné le fait qu’aucune des parties – qu’il s’agisse de groupes de guérilla, de paramilitaires ou des forces de sécurité – n’a protégé les civils des conséquences du conflit sur le plan des droits humains, ni respecté leur droit de ne pas se laisser entraîner dans les hostilités.

Le gouvernement actuel du président Álvaro Uribe a été critiqué pour son « refus obstiné et absurde de reconnaître l’existence d’un conflit armé » et sa persistance à nier que « la Colombie continue de souffrir de graves problèmes dans le domaine des droits humains et de l’humanitaire ».

« Chaque année, des centaines de milliers de civils sont forcés de quitter leur foyer en raison du conflit ; de nombreux autres sont menacés, enlevés, tués ou victimes de disparition forcée, » a déclaré Susan Lee.

« La situation des populations indigènes, des Afro-Colombiens et des communautés de petits fermiers, ainsi que celle des défenseurs des droits humains, sont particulièrement précaires. Nous avons besoin de savoir le plus rapidement possible ce que le nouveau président pense faire pour y remédier. »

Malgré quelques avancées dans certaines enquêtes judiciaires fortement médiatisées sur des atteintes aux droits humains, l’impunité demeure la règle et la plupart des auteurs présumés n’ont jamais été identifiés, et encore moins jugés et condamnés.

« La triste vérité est que la grande majorité des auteurs d’atteintes aux droits humains continuent à échapper à la justice, tandis que beaucoup de personnes qui se sont impliquées dans des enquêtes importantes où l’on a constaté quelques avancées – avocats, procureurs, juges, témoins – sont régulièrement menacées ou tuées. »

« Le nouveau gouvernement doit savoir clairement ce qu’il va faire pour que les victimes et leurs familles obtiennent la justice qu’elles méritent. »

« Nous espérons que tous les candidats déclareront sans ambiguïté que, s’ils sont élus, ils auront la volonté politique de mettre fin à ces décennies d’atteintes aux droits humains et de surmonter l’obstacle endémique et honteux de l’impunité, grâce auquel ces violences se poursuivent encore à ce jour », a déclaré Susan Lee.

Si aucun des candidats n’obtient plus de 50 % des suffrages lors du scrutin de mai, un second tour aura lieu en juin. Le nouveau gouvernement entrera en fonction en août.


Colombie : la situation des victimes du conflit
n'intéresse que peu les médias



Par le Comité international de la Croix-Rouge, le 26 avril 2010

Depuis que le conflit armé s'est déplacé des zones densément peuplées vers les régions plus reculées, la situation des dizaines de milliers de personnes qui continuent de subir les attaques n'intéresse pratiquement plus les médias, a indiqué aujourd'hui le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

« Le sud et la côte Pacifique sont parmi les régions les plus touchées par le conflit armé », a précisé Christophe Beney, chef de la délégation du CICR en Colombie. « Les communautés indigènes et afro-descendantes en particulier sont durement frappées. Beaucoup de gens sont contraints de fuir, car leur vie est menacée. D'autres se font tuer, blesser ou sont victimes de violences sexuelles. Et encore, la plupart des tragédies qui se produisent dans ces régions ne sont pas révélées par les médias. »

Ces dernières années, les délégués du CICR ont enregistré quelque 800 signalements de violations du droit international humanitaire, dont 28 cas d'homicide, 61 attaques dirigées directement contre des civils et 84 cas de disparition de personne en relation avec le conflit armé. Les menaces de mort sont une des raisons pour lesquelles des personnes ont été contraintes de fuir de chez elles. L'an dernier, le CICR a payé les frais de transport d'environ 400 personnes qui avaient reçu de telles menaces, afin de leur permettre d'aller se réfugier en lieu sûr.

« Nous étions à la maison quand soudain nous avons entendu des coups de feu », explique Maria, qui s'est récemment enfuie de chez elle, dans le sud du pays. « Quand nous avons regardé dans la cour, nous avons vu le corps de mon frère qui gisait par terre. Ils nous ont laissé l'enterrer, puis ils nous ont forcés à quitter le village. Qui sait ce qu'il serait advenu de nous si nous avions décidé de rester. » Lorsque des gens comme Maria doivent partir de chez eux, ils perdent généralement tout ce qu'ils possèdent.

« Si nous parvenons à limiter le nombre de violations du droit international humanitaire, nous réduirons le nombre de personnes qui se sentent obligées de fuir pour leur sécurité », explique Christophe Beney. « Le nombre de personnes déplacées en Colombie n'a cessé de croître au fil des années. Désormais, le pays en compte officiellement plus de 3,3 millions, l'un des chiffres les plus élevés au monde. » Se sentant menacés par les affrontements, très peu de déplacés osent rentrer dans leur village. En 2009, le CICR a fourni des colis alimentaires ou des bons d'achat, des articles ménagers essentiels et des assortiments d'articles d'hygiène à plus de 50 000 personnes déplacées.

Pour répondre aux besoins les plus pressants, le CICR concentre son action dans une vingtaine de régions du pays particulièrement touchées par le conflit armé, où les organismes gouvernementaux et d'autres organisations humanitaires sont peu présents. Dans les régions isolées, il permet aux communautés de trouver des moyens d'existence stables grâce à des projets générateurs de revenus. Il s'efforce également de leur donner un meilleur accès aux services essentiels tels que soins de santé, approvisionnement en eau et assainissement, ainsi qu'à l'éducation.

Ces dernières années, les engins explosifs artisanaux et les restes explosifs de guerre se trouvant à proximité des habitations et des terres agricoles ont constitué une menace croissante pour des milliers de personnes ; en effet, ils ont fait de nombreux morts et blessés graves et créé d'importantes difficultés économiques. En 2009, le CICR a modernisé des points de collecte d'eau, des dortoirs scolaires et d'autres infrastructures importantes dans des régions sûres de manière à aider la population à rester loin des zones infestées d'engins explosifs. Il s'est aussi attaché à aider les familles d'agriculteurs à mener de nouvelles activités agricoles dans ces régions sûres.


Résolution sur la situation des femmes et des communautés face à la militarisation croissante et à l’intervention des Etats-Unis en Colombie



par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, le 6 mai 2010

Réunie en son XXXVIIe Congrès mondial à Erevan, Arménie, du 6 au 10 avril 2010, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) fait part de son extrême préoccupation quant à la situation, les conditions de vie et le sort des femmes et des communautés résultant de l’intense militarisation du territoire -préoccupation encore renforcée par la présence de bases militaires des Etats-Unis en Colombie, porteuse de risques d’escalade du conflit dans le pays et d’augmentation des tensions dans la région.

CONSIDÉRANT, Que depuis l’année 2002, date de mise en place du premier gouvernement du Président Alvaro Uribe Vélez, est appliquée une politique dénommée politique de sécurisation de la démocratie niant l’existence d’un conflit social et d’un conflit armé en Colombie et qui, qualifiée de lutte contre le terrorisme, est à l’origine de la méconnaissance du príncipe de la distinction à établir entre civils et combattants, de l’implication de la population civile à travers des programmes comme la constitution d’un réseau d’informateurs et de “milices populaires” (soldados de mi pueblo y soldados por un día) et, par conséquent, de l’affaiblissement des príncipes consacrés dans le droit international humanitaire et ratifiés par l’Etat colombien.

Que le constat est d’autant plus préoccupant que le gouvernement colombien prend des décisions qui mettent à mal la souveraineté nationale en raison de l’ingérence directe des mal nommés “accords de coopération internationale pour la sécurité” qui autorisent la présence et l’implantation de troupes américaines dans sept territoires de Colombie à travers la cession d’un nombre équivalent de bases aériennes et militaires à Palanquero (au centre), à Apiay (à l’est) et à Malambo (Nord Caraïbes) ; en raison aussi des effectifs accueillis (800 militaires et 400 mercenaires jouissant d’une totale immunité) dans les forteresses militaires de Tres Esquinas (Sud) et de Tolemaida (centre) et dans les bases navales de Cartagena (Nord Caraïbes) et de Bahia Málaga (Pacifique ouest) – tout ceci constituant un abandon de souveraineté et l’institutionnalisation de l’impunité au regard des violations perpétrées contre la législation, la constitution et les droits de l’Homme comme dans le cas de soldats nord-américains déjà impliqués dans exactions, certaines liées au trafic de stupéfiants.

Que la militarisation croissante des territoires, de la vie civile et des corps des femmes en Colombie ont eu pour résultats : une augmentation des violations des droits humains, une intensification du conflit armé y compris des exécutions extrajudiciaires (sur un total de plus de 1600 cas dénoncés, plus de 800 l’ont été au cours des six dernières années), la mise en accusation des défenseurs des droits de l’Homme et la persécution ourdie par les services de renseignement à l’encontre d’organismes d’action sociale et de leurs dirigeants.

Que la militarisation multiplie et renforce les violences exercées à l’encontre des femmes, la logique de guerre montrant comment la vie et le corps des femmes sont désormais considérés par les diverses forces politiques, militaires et économiques qui s’affrontent en Colombie deviennent des moyens pour contrôler et exercer le pouvoir. Le corps est devenu territoire de violence.

Que l’impact disproportionné du conflit armé sur les femmes colombiennes a été amplement reconnu et dénoncé par l’arrêté 092 de la Cour constitutionnelle, et que la situation des victimes témoigne de la gravité des actes de violence spécifiquement perpétrés à l’encontre des femmes dans le pays ; dans cet arrêté, la haute Cour fait une analyse complète des différentes formes de violence infligées aux femmes en estimant qu’elles sont exacerbées dans un contexte de conflit armé.

Que de nombreuses femmes colombiennes, du plus profond de leurs entrailles et avec toute la force de leur raison et de leur capacité à s’organiser et à se mobiliser, ainsí que par amour pour leurs fils, leurs filles et leur pays, voient se dérouler avec préoccupation ce processus d’abandon de la souveraineté du territoire national – processus qui se transforme en champ de bataille pour résoudre des conflits internes et se traduit par la mise en place de stratégies politiques, économiques et militaires contre un continent qui cherche à construire son propre destin.

Que l’installation des sept bases militaires dotées d’une présence nord-américaine en Colombie fait partie d’une décision politique géostratégique pour permettre de contrôler l’orbite géostationnaire qui tourne directement au-dessus de l’équateur terrestre. Dix pays dans le monde ont des orbites géostationnaires : le Brésil, la Colombie, l’Équateur, le Congo, le Gabon, l’Indonésie, le Kenya, la Somalie, l’Ouganda, le Zaire la RDC – ce qui explique l’intérêt du Pentagone qui cherche à consolider sa présence en Colombie .

Que l’installation de bases militaires nord-américaines en Colombie constitue une stratégie militaire de la part des États-Unis d’Amérique pour contrôler l’Amérique du Sud et, notamment, afin : 1) d’y conduire des études et mises en valeur stratégiques ; 2) d’exercer un contrôle sur la population et la propriété du sol ; 3) de veiller à l’intégrité du territoire et à la construction d’infrastructures à son profit ; 4) d’exercer un contrôle militaire sur le développement, 5) ainsi que sur la fiscalité et les intérêts financiers ; 6) de conclure des accords commerciaux selon ses propres règles 7) d’y mener des actions humanitaires pour écouler sa production.

Que la présence militaire nord-américaine dans les conditions d’immunité décrites plus haut est préoccupante dans les bases colombiennes, qu’elle a en outre des effets très négatifs sur le respect des droits humains et de la paix en Colombie et porte préjudice à la stabilité de la région.

Que l’aide apportée pour renforcer la capacité des institutions colombiennes à mener des opérations de renseignement et d’espionnage, ainsi que l’appui logistique fourni pour améliorer la “sécurité” dans le contexte actuel de gigantesques opérations de renseignement menées illégalement, constituent une menace pour la démocratie et les garanties et libertés individuelles déjà fortement diminuées.

Que l’installation de bases militaires nord-américaines augmente les risques de violence à l’encontre des femmes, des jeunes et des jeunes filles comme en témoignent les actes de viol commis sur des jeunes filles mineures par des militaires nord-américains relevant du Plan Colombie, ainsi que le tournage de vidéos à caractère pornographique montrant des jeunes filles mineures de la région avec des militaires et techniciens nord-américains.

DÉCIDE, d’exiger de l’Etat colombien qu’il mette fin aux exécutions extrajudiciaires et à l’impunité de ces actes, qu’il poursuive et sanctionne leurs auteurs.

D’exiger du gouvernement colombien qu’il fasse connaître dans son essence et sa totalité l’accord de coopération militaire signé entre la Colombie et les États Unis d’Amérique.

De constituer une commission composée de représentants de la société civile et de la communauté internationale chargée d’évaluer l’impact de la présence des bases américaines sur les droits des femmes, le(s) territoire(s) et la région.

D’exiger du gouvernement national qu’il respecte ses obligations internationales visant à protéger les femmes et les jeunes filles contre tout type de violence et à mettre un terme à l’impunité des crimes liés aux violences spécifiquement commises à l’égard des femmes.

D’exiger des gouvernements de la Colombie et des États-unis d’Amérique qu’ils fournissent publiquement d’amples garanties concernant l’utilisation de ces bases pour confirmer qu’elles ne serviront pas de tête de pont pour agresser un autre pays américain.

D’exiger la transparence du processus afin que les conditions de l’immunité juridique dont jouissent les militaires et les mercenaires nord-américains ne soient pas stipulées dans des clauses confidentielles exemptes de tout système de contrôle démocratique. Sur la base de ce príncipe, nous pouvons préconiser une limitation de l’immunité qui garantisse que les violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire ne restent pas exclues de la juridiction colombienne. Cette clause devra mettre l’accent sur la non immunité des délits à caractère sexuel étant donné la récurrence et la gravité de ce type de conduite chez les troupes étrangères. Il faudra aussi envisager le cas d’autres délits qui, même s’ils ne constituent pas des violations des droits de l’homme, pourraient équivaloir à nier le droit d’accès à la justice pour les personnes en cause si les auteurs de ces délits étaient assurés de jouir de l’immunité.
Résolution sur les défenseurs
des droits de l’homme en Colombie



par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, le 6 mai 2010

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a tenu son 37ème Congrès Mondial, à Erevan, Arménie, du 6 au 10 avril 2010 ; la situation complexe à laquelle se trouvent confrontés les défenseurs des droits de l’homme en Colombie a été abordée lors de ce congrès, et,

ATTENDU QUE, depuis ces dix dernières années, plusieurs autorités et organismes à l’échelle internationale ont notamment fait part de leur « … profonde préoccupation face au climat d’intimidation et d’insécurité dans lequel les défenseurs des droits de l’homme en Colombie travaillent ». La recrudescence des graves violations contre leurs droits démontre que les recommandations émises par Madame Hina Jilani, ancienne Représentante Spéciale du Secrétaire-Général des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme, lors de sa visite il y a plus de sept ans n’ont pas été mises en œuvre, et qu’en outre le Gouvernement a agi contre celles-ci.

Depuis 2004, un groupe spécial de renseignement stratégique (appelé « G3 ») opère au sein même du Bureau de renseignement du DAS (Département Administratif de la Sécurité), qui dépend directement du président Álvaro Uribe Vélez. Le G3 a lancé la plus grande opération de l’histoire du pays d’espionnage illégal et de suivis méticuleux du travail des défenseurs des droits de l’Homme et des organisations. Sur la base d’informations obtenues de manière illégale, des listes de syndicalistes et de défenseurs des droits de l’Homme devant être assassiné – et qui effectivement le furent, ont été fournies à des groupes paramilitaires et des opérations de « sécurité offensive » ont été menées, telle que des attaques, montages judiciaires, des menaces de mort et des violations répétées commises contre des droits des défenseurs des droits de l’Homme et leurs proches.

L’opinion publique a eu connaissance dernièrement des rapports des services de renseignement dressés par les « Regionales de Inteligencia Militar » (RIME, ou Unités régionales de renseignement militaire) de l’Armée, où il est fait référence de manière généralisée aux chefs de file des organismes et mouvements sociaux et aux défenseurs des droits de l’homme en tant que personnes insurgées. Cette pratique illégale des RIME de l’Armée a été réitérée dans les rapports du Département de Antioquia et du Département de Caquetá, élaborés tant en 2008 qu’en 2009.

Sur la base des rapports des services de renseignement, et des nombreux témoignages rémunérés et fournis par le Réseau des Informateurs au sein de chaque Brigade Militaire, des dizaines de personnes ont été jugées par le Ministère public et placées en détention lors d’opérations militaires médiatiques, comme ce fut le cas pour CARMELO AGÁMEZ, membre du Movice (Movimiento Nacional de Víctimas de Estado, ou Mouvement national des victimes de l’État), de la Section de Sucre, et de MARTÍN SANDOVAL, Président du Comité permanent pour la Défense des droits de l’Homme en Arauca.

Depuis la mi-février 2009, dans plus de 30 villes et plusieurs régions du pays, des menaces de mort et des pamphlets menaçant ont été largement diffusés, dans le dessein de contrôler par la terreur les conflits sociaux engendrés par la crise sociale et le chômage grandissant dans les secteurs les plus marginalisés du pays. Les opérations de « nettoyage social » ne cessent d’augmenter, ayant pour cibles les jeunes marginalisés issus de nombreux secteurs. Le mouvement communal a dénoncé le fait que jusqu’au mois de mai, près de 100 dirigeants communaux ont été assassinés à travers tout le pays, et qu’ils ont été les victimes de multiples intimidations émanant de pamphlets menaçants diffusés dans différentes régions du pays. La plupart de ces menaces sont le fait de groupes paramilitaires tels que : les Águilas Negras (les Aigles noirs), les Autodefensas Unidas de Colombia (les Autodéfenses unies de Colombie), mettant en évidence une reconfiguration militaire des mouvements paramilitaires et leur positionnement en tant qu’acteurs majeurs de la stratégie de gouvernance urbaine dans le cadre de la politique de « Sécurité Démocratique ».

Au fil de cette année, les défenseurs des droits de l’homme et leurs organisations ont continué d’être la cible d’attaques, notamment à travers des dégâts causés à leurs sièges sociaux et des vols d’informations. Il semblerait qu’il existe une corrélation entre le nombre de croissant d’attaques contre les sièges sociaux, les défenseurs eux-mêmes et les vols d’informations, et les abondantes récompenses offertes par le ministère de la Défense à quiconque fournit du matériel informatique, des disques durs, des clés USB et autres supports d’ « information servant de fondement pour la continuité des travaux d’information et la planification ultérieure d’opérations » (Directive secrète N° 029 de 2005, émanant du ministère de la Défense, Cap. 4. Citation exacte.). Sous le gouvernement du Président Uribe, les défenseurs des droits de l’Homme ont dû travailler dans un climat d’attaques permanentes et de de campagnes publiques de dénigrement de la part du président lui-même, du vice-président et d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement qui cherchent à monter la société contre eux, et à présenter publiquement les défenseurs comme étant des « ennemis, à savoir des complices ou alliés du terrorisme ». Dès les premières heures de son gouvernement, le président Uribe a désigné les défenseurs des droits de l’Homme comme des « politiques qui au bout du compte servent le terrorisme, et qui en toute lâcheté se cachent sous le drapeau des droits de l’Homme » (8 septembre 2003).

Un très grand nombre de défenseurs des droits de l’Homme vivent des situations de risques reconnues et se retrouvent sans protection, conséquence directe d’ordres passés visant à les priver entièrement de leurs droits et garanties leur permettant de travailler. La privatisation des services de protection et la commercialisation des services de prévoyance et de sécurité contenus dans le projet de Loi sur les Sociétés privées de sécurité prévoient que l’État se libère de sa responsabilité directe en matière de protection des défenseurs, journalistes, syndicalistes et leaders sociaux en situation de risque, permettant ainsi à des entreprises privées, y compris des entreprises étrangères, de pénétrer ce marché que représentent les services de protection. Non seulement l’État n’a pas mis en œuvre les recommandations de la Représentante Spéciale Hina Jilani mais il agit à l’encontre de celles-ci dans presque tous les domaines.

Malgré les recommandations répétées préconisées par des organisations internationales à l’État colombien pour la protection de la défense des droits humains, les femmes défenseurs continuent de faire l’objet de menaces, d’attaques et de harcèlements, portant atteinte à leur intégrité mais également à leur travail de défense des droits humains. Face à ces attaques, la situation d’impunité est alarmante. Il n’y a aucune politique de prévention et de sanction efficace pour garantir les droits fondamentaux des femmes défendant les droits humains même lorsque le risque d’atteinte à leur vie et à leur intégrité est élevé, persistant et systématique.

Cette situation grave et persistante à l’encontre des femmes défenseurs en Colombie a également été constatée par la Cour constitutionnelle, pris des injonctions pour surmonter, à tout le moins, les faiblesses suivantes : (i) l’absence de réponse adaptée en matière de protection de la vie, de la sécurité personnelle et de l’intégrité des leaders des populations déplacées1 ; (ii) les dangers spécifiques pour les femmes qui travaillent dans des organismes sociaux ou des organisations de promotion des droits de l’Homme dans des zones touchées par le conflit ; (iii) les lacunes de La Loi 975 de 2005 quant à la protection suffisante et adaptée pour les victimes et les témoins au cours des enquête, en violations des standards et obligations en la matière. Face aux constatations, recommandations et ordres précédents, la réponse de l’État colombien est toujours insuffisante, en particulier, quant au manque de mesures de prévention, de protection et de sanction qui favorisent l’augmentation des conditions de violence contre les femmes défenseurs des droits humains.

Il convient de : Exhorter le Président de la république et les hauts fonctionnaires du gouvernement, en vertu des Directives Présidentielles (07 de 1999) et Ministérielles (09 de 2003), à mettre fin à la stigmatisation systématique des hommes et des femmes défenseurs, à faire une déclaration publique et formelle dans laquelle ils reconnaitront l’importance du travail légitime des hommes et des femmes défenseurs et leur contribution indispensable au renforcement de la démocratie et de l’État de droit.

Exiger que le gouvernement national cesse les activités d’espionnage illégal contre les défenseurs, qu’il cesse le recueil illégal d’information de la part des différents services de renseignement et que l’on garantisse l’accès des hommes et des femmes défenseurs à l’information complète contenue dans les archives des renseignements, et que le Ministère Général de la Nation avance de manière rapide et impartiale dans les enquêtes en cours contre tous les fonctionnaires impliqués dans les activités illégales de la DAS, pour déterminer ceux qui ont donné les ordres mais aussi ceux qui les ont exécutés.

Exiger que cesse la pratique des poursuites contre les femmes et les hommes défenseurs basées sur des rapports des renseignements et des déclarations d’informateurs ou de démobilisés faites en échange de bénéfices juridiques ou économiques ; De même, que s’ouvrent des procédures pénales et disciplinaires contre tout procureur de la république ou tout autre fonctionnaire qui aurait violé la loi en enquêtant sur les hommes et les femmes défenseurs en se basant sur des indices faux ou infondés, et que soient prononcées les sanctions correspondantes.

Exiger que les programmes de protection du Ministère de l’Intérieur soient mis en place conformément à la jurisprudence de la Cour Constitutionnelle à cet égard, et que toute réforme sur ces programmes soit effectuée au travers de consultations directes avec les défenseurs des droits humains pour s’assurer que les changements correspondent aux nécessités de ceux-ci dans toutes les régions du pays, en particulier :

* Exiger que l’on mette fin à l’impunité et que l’indépendance judiciaire soit garantie. Que l’Union Nationale des Droits de l’Homme et du Droit International Humanitaire du ministère public (Unidad Nacional de Derechos Humanos y Derecho Internacional Humanitario de la Fiscalía) recherche et centralise toutes les plaintes déposées pour menaces et violations contre les hommes et femmes défenseurs, identifie la chaine de responsabilité de commandement de crimes et sanctionne les responsables. Le ministère public devra divulguer périodiquement et publiquement les résultats de ses recherches ; Que soient abrogées les conventions entre le Ministère Général de la Nation et les organismes de renseignements militaire et politique (RIME, DINTE et DIPOL) pour éviter qu’ils ne s’octroient des facultés de police judiciaire envers les services de renseignement et interdire l’utilisation des rapports de renseignements dans les procédures judiciaires.

* Exiger le démantèlement réel des groupes paramilitaires et mettre fin aux liens avec les agents d’État, et également juger et sanctionner les agents d’État ayant participé, soutenu ou toléré le fait que des groupes paramilitaires aient commis de graves violations des droits de l’Homme, y compris contre des hommes et des femmes défenseurs.

* Exiger de l’État colombien des garanties pour le travail que réalisent les femmes dans la défense de leurs droits, des enquêtes et des sanctions concernant les faits de violence, y compris les violences sexuelles faites aux femmes et des garanties pour leur travail de défense de leurs droits humains.

* Exiger de l’État colombien qu’il mettre fin, de manière immédiate, aux faits de violence contre les femmes, et en particulier les femmes défenseurs, qui sont dus à la responsabilité des agents de l’État.

* Exiger de l’État colombien qu’il respecte la totalité des ordres issus de l’Auto 092 (prévention et protection des femmes en situation de déplacement)


Bolivie : Le poulet aux hormones rend les médias approximatifs

 

par Margaux Collet, Jeudi 29 Avril 2010

Vous l'avez sûrement lu partout: le poulet aux hormones rend homosexuel, selon Evo Morales. Sauf que le président bolivarien n'a pas dit ça.

«Le poulet aux hormones rend chauve et homosexuel, selon Evo Morales.» Le titre de plusieurs articles parus ces derniers jours rend perplexe, fait sourire, puis incite à cliquer. Mais qu'est-ce qui a bien pu traverser l'esprit du président bolivien pour en arriver à une telle corrélation? Jusqu'ici plutôt populaire et chouchouté par les médias, Evo Morales a en pris pour son grade, à la suite d'un discours prononcé le 20 avril lors de la Conférence sur le climat de Cochabamba, en Bolivie. Cette réunion de mouvements sociaux avait reçu peu d'échos dans la presse européenne jusqu'à ce que, le 21 avril, tombe la fameuse dépêche titrée d'abord par l'AFP «Bolivie: la malbouffe rend chauve selon Morales, l'opposition s'indigne». Dès le premier paragraphe, on apprend que: «L'opposition en Bolivie s'est indignée mercredi des "légendes urbaines" propagées par le président Evo Morales, qui a accusé la veille la malbouffe occidentale de provoquer la "calvitie" et des "déviances" sexuelles.» Information reprise par de nombreux médias et blogs sous le titre: «Le poulet aux hormones rend chauve et homosexuel, selon Evo Morales.»

Sur Liberation.fr par exemple, on peut notamment lire:

L'opposition bolivienne et les organisations homosexuelles ont critiqué mercredi les propos du président Evo Morales, qui a déclaré la veille que consommer du poulet aux hormones provoque des «déviances» sexuelles chez les sujets masculins.

Un contributeur de Mediapart écrit également:

Dans son grand discours de mardi, Evo Morales a dit, de manière très sérieuse, que la consommation de poulet génétiquement modifié rend les hommes pédés.

Surprise qu'Evo Morales ait pu tenir de tels propos associant folkloriquement consommation de poulet et homosexualité et me méfiant du traitement médiatique dont peuvent faire l'objet certains chefs d'Etat latinoaméricains, je me suis penchée sur son discours. Sans trouver grand-chose qui puisse expliquer de tels commentaires. Qu'a-t-il dit qui puisse déclencher un tel tollé?

La vidéo ci-dessous est extraite de la télévision péruvienne Noticiasnorte et résume l'intervention du leader du Mouvement vers le socialisme (MAS):



Le reportage intitulé «Pour Evo, les OGM provoque l'homosexualité» se clôt sur les seuls propos qu'a tenu le président à ce sujet: «El pollo que comemos esta cargado de hormonas femeninas. Por eso los hombres, cuando comen este pollo, tienen desviaciones en su ser como hombre.» que l'on peut traduire de la façon suivante:

Le poulet que nous mangeons est chargé d'hormones féminines. C'est pour cela que lorsque les hommes mangent de ce poulet, ils ont des déviations dans leur identité en tant qu'homme.

Aucune allusion à l'orientation sexuelle donc, et encore moins à l'homosexualité (en revanche, Evo Morales parle bien de la calvitie: «D'ici 50 ans, nous serons tous chauves.»). Dans son discours de clôture, le premier président indigène de la Bolivie s'en est pris aux méfaits de l'alimentation transgénique sur la santé, qui reste certes sujet à polémique mais n'en demeure pas moins une thèse valable.

Les réactions aux comptes rendus (plus qu'au discours lui-même) qui ont été faits par les médias, ne se sont évidemment pas fait attendre. L'opposition bolivienne a «condamné» et les producteurs de poulet brésiliens -premiers exportateurs au monde- ont rejeté les propos du président. A Madrid, la fédération d'Etat LGBT a protesté, qualifiant d'«atrocité qu'un chef d'Etat fasse des déclarations aussi surréalistes sur l'homosexualité d'une part en la considérant comme une déviance, et d'autre part en l'associant avec les OGM».

Un air de déjà-vu

Cette polémique rappelle plusieurs déboires qu'a pu connaître Hugo Chavez avec la presse, européenne notamment. Le dernier en date concerne le séisme en Haiti de janvier dernier. Le Monde.fr titrait alors «Pour Hugo Chavez, les Etats-Unis sont responsables du séisme» et le JDD «Haïti : les divagations de Chavez». Comme le détaille Marc Fernandez sur Slate.fr, une telle unanimité des médias pour diaboliser le président vénézuélien s'appuyait sur un article paru sur le site de la chaîne d'Etat Vive mais qui n'était nullement un discours officiel. Hugo Chávez n'a donc jamais déclaré que les Etats-Unis avaient provoqué le tremblement de terre.

Ce n'était pas la première fois que les médias européens déformaient des propos de Chavez. Le 9 janvier 2006, Libération publiait un article intitulé «Le credo antisémite d'Hugo Chávez», s'appuyant sur un communiqué du Centre Simon Wiesenthal, organisation qui milite contre l'antisémitisme et traque les anciens nazis. Là encore un discours raccourci, mal traduit et interprété à tort. Et une association un peu rapide avec les positions politiques défendues par Chavez, l'accroche de l'article étant «Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite?».

L'épisode du poulet aux hormones peut faire craindre que l'image d'affabulateur peu crédible qui était jusque-là l'apanage d'Hugo Chavez ne se propage désormais à son homologue bolivien Evo Morales. A moins bien sûr de tirer une «morale» de l'histoire Morales: se méfier des raccourcis accrocheurs...

Source : Slate.fr

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