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« La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent.»     Albert Camus


 Sommaire, année 2009, page n°1             

1 - Article et audio, Cinéma, "Témoin indésirable", un film de Juan Lozano
2 - Article, Colombie, vers une guerre de cent ans ?
3 - Article, Noël Saez, émissaire de Sarkozy, manipulé par Uribe, par Benito Perez
4 - Article, Accusations publiques et menaces contre Justice et Paix (CIJYP),
5 - Article, Appel du Mouvement national des Victimes de Crimes d’État, Par PASC
6 - Article : Colombie: Ottawa cautionne des criminels, par André Maltais

Témoin Indésirable

Après le Canada et la Suisse en 2008,

Sortie en France le 15 avril 2009


 Un film de Juan Lozano,
 
   Distribué en France par Eurozoom
                                    Une production Dolce Vita Films et Intermezzo Films

« Témoin indésirable » suit pas à pas le travail du journaliste Hollman Morris(1), qui, à travers son émission de télévision Contravia, se bat pour dénoncer la barbarie du conflit qui frappe son pays. Le journaliste colombien couvre depuis plus de 15 ans le conflit armé interne, avec une attention toute particulière portée sur le thème des droits de l’homme. Depuis 2002, il est le producteur et réalisateur de l’émission Contravia (à rebours).

À travers des dizaines de reportages de 25 minutes (2), Hollman Morris a filmé les plus graves atteintes aux droits de l’homme en Colombie, ce qui forme l’une des archives audiovisuelles les plus importantes sur l’histoire récente du pays.

Bandes annonces du film : http://www.temoinindesirable-lefilm.com



Lire le dossier pédagogique consacré au film par Zéro de Conduite :


Notes :


(1) Hollman Morris, 39 ans, journaliste colombien. Il a reçu en novembre 2007 : le Human Rights Watch Defender Award."

(2) CONTRAVIA TV : http://www.contravia.tv/



"Médialogues" reçoit H
olman Morris et Juan Lozano

    Document audio (environ 15 minutes)


Colombie, vers une guerre de cent ans ?

  11 avril 2009

par Lionel Mesnard

Le seul nom prononcé de ce pays provoque une part d’effroi, il y aurait comme une terre maudite. Plus largement, le fantasme sécuritaire est bien ancré en France pour faire de cette nation la terre de tous les dangers. Rassurez-vous, je reviens entier et bien décidé à ne pas objecter que la société colombienne comporte un fort volume sécuritaire. C’est même un des mots d’ordre du président Alvaro Uribe, la politique de « sécurité démocratique ». Un mot d’ordre qui donne à réfléchir sur le vécu d’un peuple empêtrer dans des mécanismes de contrôle social, ou l’autocensure prévaut comme comportement dans la vie de tous les jours. L’uniformisation des mentalités est presque un impératif de survie. Bon, on peut jouer des limites. Mais on ne plaisante pas vraiment avec les bornes, quand elles mettent votre intégrité physique en cause. À ceux qui l’oublient, le pays est en guerre. Les menaces, les injonctions ne sont pas à prendre à la légère, chaque semaine à son lot de macabres nouvelles.

Si, au mieux je remplis ma démarche, c’est pour restituer différents enjeux. La première évidence, la Colombie n’a pas besoin de bons sentiments. On ne relate pas une situation complexe sans en essayer de comprendre pourquoi, depuis plus d’un demi-siècle, ce pays vit une situation tragique et en apparence singulière ? Je suis parti d’une hypothèse. L’histoire contemporaine de la Colombie et ce que subissent actuellement les Colombiens pose la question de notre futur à l’échelle de l’humanité. Nous sommes face à des situations qui ne sont pas l’héritage d’un autre âge. Il y a à comprendre, ce en quoi ce pays est en fait l’annonce d’un avenir inquiétant. Si l’on cite et pour cause le Chili comme ayant été un laboratoire d’expérimentation économique du néolibéralisme sous le régime d’Augusto Pinochet. La Colombie porte en elle, tous les déséquilibres de ce que l’on appelle depuis 1989 le nouvel ordre mondial. La prépondérance de l’Empire étasunien et l’imposition de son modèle, à la fois comme référence économique, social politique et militaire, condamne en l’état ce pays à une guerre de cent ans.

La surenchère sécuritaire n’a que pour but d’imposer un ordre de terreur et de déséquilibre, cela permet à l’exemple colombien de traiter la question des droits de l’Homme comme un enjeu subalterne. De toute évidence, les tristes records de la Colombie en matière d’atteinte aux personnes auraient du être depuis longtemps l’objet d’une plus grande attention en Europe. Depuis septembre 2001, l’on nous rabats les oreilles avec le terrorisme, tout en permettant de limiter en tout lieu du globe les libertés publiques. Le discours sécuritaire prédomine et il est devenu l’objet d’une attention toute particulière en matière de législation. On veut en quelque sorte assurer notre sécurité au détriment de nos libertés. Ce climat purement paranoïaque assure un fonds de commerce à tous les démagogues du globe. Ce sont les classes populaires qui font en premier les frais de la violence. Parce que la majorité des victimes sont issues des milieux défavorisés. Et au sein des états du narcotrafic, les mafias trouvent aussi au sein des milieux populaires ses réseaux de base. Les petites mains générant les contrebandes (armes, drogues, ...) et le banditisme courant.

Le quotidien des Colombiens ne peut se réduire à la question des « otages », même si cela permet de se prononcer sur certains méfaits de la guerre. Les Colombiens ne sont pas dupes, ils rejettent significativement l’usage de la force. Il y a matière et de quoi nous aider à ne plus voir comme « à la télévision » ce pays comme l’épicentre géographique du monde des catastrophes naturelles, du trafic de drogue, plus récurant ces dernières années celui des otages. Ce qui assez étonnant, c’est comment cette question du rapt a permis d’objecter tout le reste. Les médias de masse en Colombie en font beaucoup sur les personnes séquestrées, il y a toujours une larme à monnayer. Le négoce fonctionne comme si d’autres évidences n’avaient pas cours. La question de l’enlèvement n’est pas à nier, c’est une évidence, mais qui ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’ensemble des horreurs que subit la société de toute part. On ne peut réduire un pays à une cause, quand elles sont nombreuses. Est-il possible de résumer la vie en France à des voitures brûlant le soir du 31 décembre ? Non, pas plus que la Colombie ne se limite à ses otages. Ils sont réels, mais ils posent à la fois le problème d’une forte criminalité ou activité mafieuse (200 à 400 enlèvements par an), et les crimes perpétrés par les différents groupes armés (actuellement moins de 500 personnes aux mains des FARC, dont majoritairement des prisonniers de guerre et des policiers). Concernant, les paramilitaires, l’ELN et autres groupes rebelles, jusqu’à présent je ne dispose pas de chiffres précis. Cependant toutes les bandes armées ont été amenées à user du rapt comme pression, en niant toutes l’existence des conventions internationales, quant au respect et à la protection des populations civiles. Mais le rapt, ou l’enlèvement n’est pas le seul crime en usage.

Les atteintes aux droits de l’Homme vont au-delà de l’entendement, du tolérable... Au moins, sur ce registre les ONG présentent en Colombie ne cessent de condamner les multiples effets du conflit armé. En décembre, elles ont pu se faire entendre devant l’ONU, même si le vice-président colombien Santos n’a pas hésité en retour à nier le sort des déplacés, en les comparant à des populations en migration. Il n’y aurait donc pas en Colombie, le chiffre de 4 millions de personnes qui ont dû ces dix dernières années fuirent les combats et se réfugier dans les centres urbains. 700.000 personnes rien que pour la capitale, soit 10% de sa population est en situation de déplacement, et sans retour envisageable à sa terre. À l’échelle du pays, il est fait part de 400.000 déplacés pour la seule année 2008. Actuellement il est question d’un millier de déplacé par jour. Et l’horloge risque de continuer à ce rythme dans les années à venir, si rien ne vient arrêter une machine de guerre ne se souciant pas des plus faibles. Le scandale des « faux positifs » à provoquer à l’échelle du continent plus que des doutes sur les vertus de l’armée nationale. Plus de mille-cinq-cent de gamins rafler dans les villes et éliminés pour faire du chiffre, pose la question d’un cynisme qui en dit long sur les intentions et la situation réelle.

L’intervention en décembre 2008 du président Uribe sur l’intensification du conflit, à de quoi inquiéter. Cette fois, il souhaite porter les mêmes coups en 2009 à l’ELN, comme il l’a fait au FARC en 2008. Rien ne présume que le flot de réfugié va cesser. Au contraire les luttes de positions pousseront une fois de plus des populations notamment paysannes à quitter leurs terres. Un processus qui vise à vider les campagnes colombiennes et faciliter par la suite l’installation de grandes exploitations au profit d’une monoculture souillant les sols. Pour exemple, les ressorts de l’huile de palme représentent un mécanisme qui tend à imposer un modèle de monoculture. Sous la direction de holdings colombiennes se cache des multinationales peu vertueuses, mais soucieuses de leur image. En attendant les petits exploitants sont priés de rejoindre le flot des villes, l’expansion agricole du pays passe par une exploitation de ses terres à courte vue et au profit d’une économie folle de notre monde. Ce que vit la population paysanne en Colombie (plus d’un quart de la population), n’a aucune justification. L’imposition d’un modèle économique ayant pour appui des actions authentiquement mafieuses devrait nous alarmer sur les méandres économiques à l’exemple de l’affaire Madoff.

La juxtaposition d’un système légal et des réalités contraires à l’esprit même de la légalité domine les circuits économiques. Ceci n’augure rien de bon en pleine crise du capitalisme. Car ce système est condamné à favoriser tous les types d’économies, économies des mafias incluses. Paradis fiscaux, économies souterraines participent indirectement ou directement aux richesses financières de nombreux pays et principalement en faveur des économies dominantes. Les pays producteurs sont des aubaines, que l’on ne cherche pas vraiment à dénoncer ou même chercher à savoir pourquoi. Il est plus rentable de cultiver la feuille de coca, que de produire «des carottes ou du maïs» ? Ce non-sens économique devrait soulève de nombreuses interrogations sur des mécaniques qui poussent notre Humanité à son suicide. L'objet est d'imposer un ordre reposant sur l’enrichissement d’une minorité en défaveur de la très grande majorité, en des schémas économiques inappropriés et visant à une rentabilité immédiate. La course à l’argent facile a poussé de nombreux colombiens à croire que l’on pouvait gagner beaucoup d’argent en déposant ses économies dans le système des pyramides. Au final, on dénombre plus de 4 millions de personnes grugées pour un peu plus de 800 millions de dollars. Une chance en pleine crise économique, que de voir l’épargne des familles englouti par un scandale qui restera dans les annales des arnaques financières mondiales. Le tout ayant pu servir au lavage de l’argent sale des contrebandes en tout genre. Bizarrement, l’on retrouve un parent de l’actuel président colombien dans cette vaste entreprise.

Alvaro Uribe est un homme rusé. Son discours souvent triomphaliste n’est qu’en parti que du bluff. Il a su s'imposer comme l’homme fort du pays et trompé son monde. Il avait atteint des sommets dans les sondages suite à l’opération d’infiltration « Jaque ». L’opération ayant permit la libération de 15 otages, parmi lesquels 3 militaires étasuniens et la franco-colombienne Ingrid Betancourt (juillet 2008). Depuis septembre, en raison d’une crise économique et sociale importante, et du scandale des "pyramides", le président Uribe n’est pas arrivé cette fois-ci à imposer sa réélection, ni en 2010, ni en 2014 devant le Congrès. Il fait mine de refuser les appuis internationaux pour la conduite d’un processus de paix, pour ne pas avoir de mauvaises relations diplomatiques, selon ses propos. Quitte à oublier le bombardement du territoire équatorien en mars 2008, et trois ordinateurs devant tout nous dire sur les relations entre l’état-major des FARC et certains acteurs de la paix… Invité au titre des meilleurs amis de George Bush en janvier 2009, il sera décoré. Cependant le président colombien est en perte de vitesse. Il perd un de ses mentors. Pour le moment disparaît un appui politique et financier. Et pour une guerre sans réel résultat autre qu’une montée en flèche des atteintes aux droits de l’Homme.

En attendant les menaces pesant sur les populations civiles restent vivent. Je ne sais s’il y a à attendre d’un changement de président à Washington. L’homme qui a probablement le plus mis la région à feu fut le mari de l'actuelle Secrétaire d’État Hillary Clinton. Bill Clinton fut le promoteur à partir de 1998 du plan Colombie. Par la suite … Les administrations Clinton et Andrés Pastrana ont décidé en 1999 de mettre en œuvre conjointement un « plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’État », (…). Le premier objectif déclaré était de mettre fin au trafic de drogue dans ce pays en démarrant une vaste opération de fumigation des cultures de coca, notamment dans le sud de la Colombie, région qui concentre une forte présence des FARC. On a découvert ensuite que le Plan avait en réalité un objectif supplémentaire, celui de vaincre la guérilla. Cet aspect du Plan n’a cependant jamais été reconnu par Washington à l’époque où Bill Clinton était en fonction [1993-2001]. (…) C’est devenu toutefois plus explicite dans les versions ultérieures du Plan conçues par l’administration de George W. Bush, qui a défini le « narco-terrorisme » comme étant l’objectif principal à combattre, associant ainsi la lutte contre la guérilla à la guerre contre la drogue. Conçu et rédigé en anglais, sous l'œil attentif des conseillers du Département d'État américain, mais sans consultation du congrès colombien, le Plan Colombie prévoyait une aide extérieure de 7,5 milliards de dollars à Bogotá, dont 1,3 milliard d'aide américaine, essentiellement militaire. (source Wikipédia).

Le bilan à tirer depuis les dix dernières années pour la Colombie, c’est que chaque jour ce pays s’enfonce un peu plus dans son désarroi et que personne ne peut parler de paix avec un pouvoir, qui ne croit qu’en la force des armes. Depuis « le plan Colombie » des milliards ont soutenu le surarmement et ils ont servi à renforcer les moyens de contrôles sur les individus. La démocratie est devenue de plus en plus relative, quelque peu suicidaire si vous voulez faire reconnaître vos droits propres. Seulement 130.000 personnes ont demandé réparation en justice pour plusieurs millions de personnes concernées. À l’origine, « le plan Colombie » visait à agir contre la culture et la production de cocaïne. Dans les faits rien n’atteste un recul manifeste du trafic de drogue, au contraire elle a connu une augmentation en 2008. La surface de plantation n’a pas vraiment varié et les labos continuent chaque année à produire un peu plus de 800 tonnes de cocaïne. La question de la drogue colle à la peau de ce pays comme une plaie. Pablo Escobar assassiné dans des conditions pour parties connues, ne peut se dissocier d’une image à la fois criminelle et machiavélique. La Colombie sans parrains et cartels, peut laisser rêveur. L’économie de la drogue est toujours aussi puissante. La contrebande se dirige principalement vers les USA et l’Europe comme marchés d’exportations. Cette économie ne pourra jamais vraiment se démanteler tant que l’interdiction offrira à ses marchands des plus values considérables. Les interdictions actuelles favorisent l’économie souterraine, comme la prohibition fut le nœud du trafic de l’alcool aux Usa dans les années 1920. Les drogues illicites comme financement représentent une aubaine dans un pays en guerre. Le phénomène s'est manifestement enracinés depuis les années 1970, et il participe à ce que l’on nomme l’économie globale ou plus exactement les bases de l’économie colombienne, alliant une économie de marché et de contrebande.

Guerre et trafics ne se limitent pas à la seule Colombie. D’autres conflits ont connu ou connaissent ce moyen de financer les achats d’armes grâce à la vente de stupéfiant. Si la Colombie est active dans ce domaine, elle n’est pas la seule à user du complément substantiel. En l’état, l’argent du conflit passe par l’aide directe de Washington, et par l’apport indirect de l’économie souterraine aux divers camps en présence : notamment guérilleros et armées mercenaires. Une différence pouvant s’établir entre les réseaux délinquants et criminels organisés et des armées rebelles prélevant un impôt sur la culture, mais ne générant pas en tant que tel un marché souterrain. Le transfert le 12 décembre 2008 de Diego Montoya aux États-Unis est un exemple d’une inféodation aux USA. L'état colombien en est au point de ne pas condamner des prévenus sur son propre sol, incapable de faire appliquer la sentence requise en Colombie. Selon la justice colombienne, Don Diego était responsable de 60 à 70 % de la cocaïne exportée jusqu’à son arrestation en 2007.  Dix années de guerre contre la drogue n’ont pourtant en rien affecté la culture et le trafic, mais a servi de tristes desseins ou provoqué de vrais drames sanitaires notamment dans les campagnes. L’épandage de produits toxiques sur les cultures, les bombardements aériens se traduisent par des morts, des blessés et des maladies dans un pays où il est quasi impossible hors des centres urbains de disposer d’un espace répondant à de l’aide médical ou à des soins.  Il ne faut pas omettre, l’usage des mines antipersonnelles affectant lourdement le quotidien des localités rurales. Dans un conflit, il n’y a pas une dimension des difficultés mais un ensemble dont les limites n’ont pas de toujours de fin, tant nous baignons dans l’abjection la plus totale.

La Colombie n’est pas un sujet vendeur, tant il demande à se prendre par la main pour aller voir au-delà des apparences et silences médiatiques. On peut reprendre l’idée d’un iceberg, ou l’on ne verrait que le haut des glaces.  Le tout posant la difficulté de décrire un univers d’un genre particulier. Il s’agit de pouvoir dépeindre un monde étrangement paranoïaque. Ou comment, par des mécanismes de peur, il est possible d’imposer un ordre de société. Soyez conforme ou uniformisé, le mot d’ordre est la sécurité. Un climat ou l’obsession tend à désigner comme terroriste ou ennemi tout ce qui n’est pas conforme aux yeux du pouvoir. Quand par ailleurs le pays est dans un état de délitement social tel que l’on peut se demander à ce quoi renvoie ce mécanisme étrange de jouer avec de fausses apparences. Si les Colombiens dans leur immense majorité se taisent, doit-on comprendre qu’ils ne pensent pas ? Au mieux, ils subissent, au pire, ils agissent dans une pénombre sécuritaire causant chaque année la disparition de milliers de personnes. Le niveau de criminalité est sans commune mesure et atteint en Colombie des sommets. Mais, il ne faut pas confondre homicides et crimes de guerre. Si les homicides représentent un peu plus de 13.000 morts par an, la criminalité par des faits de guerre représente plus de 2000 victimes par an, et une partie des disparitions ne pourra jamais être résolue, sans la preuve des restes des corps. Triste dessein de société ou dans le monde agricole et forestier tout humain devient une cible, un otage des systèmes. Car à quel système se vouer, à l’ordre mafieux, à celui de la militarisation de la société, à celle de la contestation armée, ou simplement à respecter le droit de chacun à vivre en paix ?

Il se dessine finalement une majorité méconnue de colombiens qui souhaitent que les armes se taisent renvoyant, dos-à-dos les acteurs du conflit. Comme bon nombre de sociétés latines la Colombie est sourde à la pesanteur de ses racines machistes, et pourtant comme ailleurs les femmes sont le moteur d’un autre devenir. Il a été souvent fait part de l’audace d’Ingrid Betancourt, moins connue la sénatrice Piedad Cordoba et la responsable amérindienne Aïda Quilcue représentent actuellement en Colombie une relève politique et sociale d’une grande force. Au-delà de l’objet médiatique, s’il y a une personne qui déploie en Colombie une ardeur pour trouver les clefs d’une négociation de paix, il faut se référer ces dernières années au travail de Madame Cordoba-Ruiz. Élue du parti Libéral, et relativement atypique au sein de sa formation, elle a participé avec le président vénézuélien Hugo Chavez à la fin du séquestre de 7 otages ou détenus politiques en 2007, et de nouveau en ce début 2009 a donné lieu à de nouvelles libérations. Son travail de négociation avec les FARC a permis d’instaurer un dialogue, et malgré toutes les attaques auxquelles elle a dû faire face, la sénatrice a ouvert une voie originale face aux seuls discours musclés du pouvoir colombien.  Fortement soupçonnée d’accointance avec les rebelles « marxistes », mis en cause dans de fausses correspondances numériques avec l’état-major des Forces armées Révolutionnaire de Colombie. La sénatrice Cordoba n’a pas renoncé à sa tâche et engagé depuis plusieurs mois un échange épistolaire entre la société civile et les mouvements armés rebelles afin de mettre un terme à 45 ans de conflit, et œuvrer à la libération de nouveaux prisonniers (politiques et policiers). Finalement, Interpol a conclu qu’il n’y a jamais eu de preuves de correspondance et les 3 ordinateurs de Raul Reyes s’avèrent moins bavards que ce qu’il fut prétendu. Des écrits bizarrement mettaient en cause de nombreux acteurs des négociations de paix (européens et sud américains).

La montagne a t'elle accouché d’une souris...?

à suivre...
Noël Saez, émissaire de Sarkozy, manipulé par Uribe

   28 Mars 2009

par BENITO PEREZ, le Courrier (Genève)

NOTE DE LECTURE - Le compère de Jean-Pierre Gontard témoigne de leur combat commun pour faire libérer les otages des FARC. 

Les Suisses connaissent surtout son acolyte, Jean-Pierre Gontard. Pendant six ans, le Français Noël Saez a pourtant sillonné la jungle colombienne au côté de l'envoyé helvétique à la recherche d'un improbable accord négocié entre le gouvernement et la guérilla. Huit mois après la libération d'Ingrid Betancourt et l'interruption de la facilitation franco-suisse, L'Emissaire (1) décrit les péripéties d'une médiation impossible. Un témoignage teinté par l'amertume, mais diablement précieux si l'on veut comprendre les logiques internes au conflit colombien. Diplomate expérimenté, Noël Saez dirige depuis peu le consulat français, lorsque les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) prennent en otage la candidate du petit parti vert à la présidentielle. Cet ancien militaire a fait sa connaissance dans un cocktail, et n'est pas insensible à cette «femme au caractère bien trempé (...) convaincue d'avoir une mission qui changerait le destin de son pays». 

Son pedigree de diplomate de choc – cultivé du Chili d'Allende-Pinochet aux conflits du Salvador ou du Mozambique – convainc alors Paris de lui confier la responsabilité de la négociation avec les FARC. D'autant que Noël Saez – «008», persiflent les mauvaises langues – dispose de contacts noués lors de son précédent poste à Caracas.

Sa première rencontre, au Mexique, avec Olga Lucía Marin, la fille de Manuel Marulanda, chef et fondateur des FARC, est tendue. Méfiants, les guérilleros ne comprennent pas l'intérêt de la France pour cette petite politicienne bourgeoise qui a eu le front de leur faire publiquement la morale. 

Il faudra d'innombrables séjours dans la jungle colombienne pour que Noël Saez et Jean-Pierre Gontard parviennent à rompre la glace. Une plongée au coeur du «système FARC» que le diplomate décrit dans sa rudesse mais aussi avec ses racines populaires. De la défense paysanne contre l'oligarchie à l'industrie de l'enlèvement, la guérilla apparaît comme une société complexe, ambivalente. Une vie éreintante, faite de courses-poursuites incessantes, a éloigné les FARC du reste du pays, mais leur maintient une petite base parmi les démunis. Une vie militarisée, où règne discipline et esprit de corps, la guérilla prend soin de ses hommes (et de ses femmes, recrutées en priorité pour leurs qualités morales). Elle dispose même de «camps de vacances» au luxe tout relatif. Quant aux blessés, ils sont bien soignés... pour autant que leurs séquelles ne les empêchent pas de combattre. Dans la jungle, les émissaires craignent surtout de tomber sur les paramilitaires. Etre capturé avec un de leurs guides, c'est la certitude d'aller au poteau: contrairement aux FARC, les «paras» ne font pas de prisonniers. Plus étonnant: malgré le soutien formel du gouvernement à leur médiation, Bogota se refuse à interrompre ses actions militaires durant les missions annoncées par le duo franco-suisse. Par deux fois, le campement où ils négocient avec Raúl Reyes, no 2 des FARC, est bombardé par l'armée! Une curieuse façon d'appuyer le travail des médiateurs... Comme en 2005, lorsque le président Alvaro Uribe leur demande d'inpecter une zone envisagée pour recevoir des pourparlers, puis y envoie un bataillon faire la chasse aux insurgés. 

Las de ce double discours, les émissaires ont «la désagréable impression qu'Uribe se sert de nous» pour repérer les guérilleros: «A continuer de la sorte, nous risquons de perdre la confiance des FARC, qui observent avec scepticisme qu'après chacune de nos incursions dans leurs zones, leurs campements sont bombardés.» 

La situation paraît alors bloquée, désespérée. Jusqu'au virage de 2007. Sous la pression internationale, les FARC comprennent que la libération des otages constitue leur dernière carte pour laver leur image de «terroristes» et espérer obtenir le statut de «force belligérante». Février 2008: le président colombien paraît à son tour prêt à rallier l'option négociée et prie les émissaires de prendre contact avec Raúl Reyes. On touche au but: le no 2 des FARC promet de libérer rapidement Ingrid Betancourt. Un rendez-vous est même fixé au 4 mars pour en décider les modalités. Mais la rencontre n'aura jamais lieu: le 1er mars, l'armée colombienne bombarde le campement de Reyes en territoire équatorien. «Une fois de plus, l'objectif d'Uribe était de nous utiliser, afin de localiser l'endroit exact où Raúl Reyes allait nous rencontrer, d'arriver avant nous et de l'abattre», admet Noël Saez.

Au passage, il ironise sur l'ordinateur personnel du guérillero qui aurait été «retrouvé miraculeusement intact près du corps déchiqueté de Raúl Reyes» et dont le contenu, assure-t-il, a été «largement retouché» par les services de renseignement. Comment comprendre le piège tendu par Alvaro Uribe? Pour le diplomate, il n'y a aucun doute: cet homme «qui dirige la Colombie comme son hacienda» ne peut accepter d'autre issue à la guerre que l'écrasement des FARC. «Avec Uribe, on ne dialogue pas, car il ne supporte pas la contradiction», juge Noël Saez. Son triomphe, le président colombien commence à l'entrevoir depuis peu. Quelques semaines avant l'assassinat de Reyes, la compagne de Cesar, chef du front 1 des FARC et geôlier d'Ingrid Betancourt, est arrêtée. Dès lors, les services colombiens vont s'attacher à «retourner» Cesar, tandis que le gouvernement prépare le show de l'opération Jaque destiné à déguiser la trahison.

A nouveau, les deux émissaires vont être mis involontairement à contribution. A la fin juin, tandis qu'ils tentent de renouer les fils du dialogue au fin fond de la jungle, les médias colombiens laissent laissent entendre que le nouveau chef des FARC, Alfonso Cano, serait favorable à une libération de Betancourt avec le concours du CICR. L'information se révèlera vraie, mais à ce moment elle sert d'abord à justifier l'arrivée du fameux faux hélicoptère humanitaire, le 2 juillet, dans le camp dirigé par Cesar. 

«Pris de vitesse», les deux émissaires ne sont pas dupes: «Après vingt-six ans de guérilla, Cesar se serait laissé berner de la sorte? Si les guérilleros ont pu tomber dans le piège, Cesar certainement pas.» 

S'il ne cache pas sa joie de voir Ingrid Betancourt libérée de quelque façon que ce soit, Noël Saez met en garde contre l'illusion créée par l'opération Jaque. «En dépit des défections et des trahisons, il demeurera toujours un vivier de jeunes gens dans les campagnes pour rejoindre» les FARC. Des zones, où la misère se nourrit de la distribution inégale des terres, insiste l'ex-militaire au coeur pacifiste: «Dans cette guerre fratricide, il n'y a ni bons ni méchants, mais des hommes tous marqués par un passé qui a décidé de leur destin. L'action armée n'a jamais été, ni ne saurait être la solution. (...) Tant que les dirigeants n'envisageront pas une meilleure répartition des richesses, il y a fort à parier que le pays continuera à vivre au rythme des assauts de la guérilla». BENITO PEREZ 

Note :

(1) Editions Robert Laffont, Paris, mars 2009.

Source : Le Courrier 

Accusations publiques
et menaces contre Justicia y Paz

 20 mars 2009


Accusations publiques et menaces contre la Comision de Justicia y Paz. De nouveaux montages judiciaires se préparent…

RÉSUMÉ : Par le biais d’articles de presse, de menaces paramilitaires et de déclarations du Vice-Président de la République, on est en train de créer une ambiance qui justifiera de nouvelles attaques contre des membres de la Comision de Justicia y Paz.

FAITS : Jeudi le 5 mars au matin, dans le cadre d’une entrevue à la W radio, le Vice-Président de la République de Colombie, FRANCISCO SANTOS, a pointé du doigt des membres de la société civile colombienne reconnus, parmi lesquels le défenseur de droits huamisnde la Comision de Justicia y Paz DANILO RUEDA, les accusant de faire campagne contre le Président ALVARO URIBE dans différents le cadre de conférences aux Etats-Unis

Le samedi 7 mars, le journaliste Raúl E. Tamayo Gaviria a publié un article intitulé “Defensores de Indígenas” dans le journal El Colombiano où il tente de délégitimer la récente « Consultation des Peuples » qui fut réalisée au Jiguamiando lors de laquelle les autochtones, afro-descendants et métisses se sont prononcés démocratiquement et unanimement contre le projet d’exploitation minière Mande Norte de la compagnie Muriel Mining. Des observateurs internationaux et des organisations de défense de droits humains colombiennes, telle que la Comision de Justicia y Paz y ont participé en tant que témoins et garants du processus.

L’article pubilé dans le journal El Colombiano affirmait sans fondement que les communautés autochtones du Jiguamiando au Bajo Atrato étaient « contentes de la présence de la compagnie internationale (Muriel Mining) et que ce n’est que lorsque sont arrivés les ennemis du processus comme le sont les ONG Justicia y Paz et Brigade de Paix Internationale (PBI) afin de promouvoir l’exode des autochtones pour les faire se confronter à ceux qui sont vra8ment de la région et qui avient acceptés les travaux miniers de la Muriel Mining Corp.(…) »

Raúl E. Tamayo Gaviria termine son article en formulant une séri de questions qui laissent clairement entendre que selon lui la Comisión de Justicia y Paz et Peace Brigades International travaillent de concert avec la guérilla des FARC.

Toutes ces accusations coincident malheureusement avec les déclarations hors contexte et sans fondements réalisées par le Vice-president FRANCISCO SANTOS au sujet des promoteurs de la paix et des droits humains qui se trouvaient aux Etats-Unis, parmi lesquels se trouvaient un membre de la Comision de Justicia y Paz. Ceux-ci étaient alors en tournée afin de partager les initiatives des victimes et expériences de la société civile face au conflit armé, aux droits humains et aux territoires.

Ces accusations publiques prononcées par de hauts fonctionnaires du gouvernement laissent présager la possibilité de nouveaux montages judiciaires à l’encontre de membres de Justicia y Paz. Elles démontrent la peur qu’a l’État colombien de la vérité et des réclamation de justice de milliers de victimes de l’expropriation violente de leurs terres par les opérations militaires et paramilitaires ou la peur à ce que les droits des victimes puissent êtres un jour restitués pleinement. (pour la suite, se rendre sur le site de PASC, ci-desous).

Sources :  Projet Accompagnement Solidarité Colombie (traduction) -  Comission Interéclésiale de Justice et Paix
Appel du Mouvement national
des victimes de crimes d’État


   5 mars 2009

Journée internationale d’action
et de dénonciation des exécutions extrajudiciaires



Unis pour récupérer la mémoire, pour une Colombie sans oubli

Hommage national et international aux victimes des exécutions extrajudiciaires commis par les forces armées colombiennes. Nous dénonçons les « faux positifs », une pratique qui consiste à tuer des civils. Il s’agit, en général de paysans et de jeunes des quartiers populaires, qui sont ensuite présentés comme des combattants morts au combat dans la « guerre contre le terrorisme ». Cela permet aux militaires colombiens d’obtenir des primes et de gonfler les statistiques de la guerre, encouragés en cela par des directives officielles de l’état.

Ces crimes ont été dénoncés et reconnus officiellement lors de la disparition de 19 jeunes qui habitaient Soacha, un quartier de Bogota. Ils ont été retrouvés dans une fosse commune dans la campagne à plus de 500 kilomètres de Bogota en septembre 2008.

Ce procédé n’est pas récent, des organisations telle que l’ONG de défense des Droits de l’Homme, Coordination Colombie Europe Etats-Unis a dénombré plus de 1400 de ces cas depuis qu’en 2002 la politique de sécurité démocratique a été mise en place. Les « faux positifs » sont reconnus dans le droit international comme des exécutions extrajudiciaires. Celles-ci font partie de la réalité colombienne depuis plus de vingt ans.

La Colombie vit l’une des crises humanitaires les plus graves de la planète, comme en témoignent les 3000 fosses communes, les plus de 30000 disparus, les 4.2 millions de déplacés au sein même de la Colombie et les 23000 otages pendant les 11 dernières années. Ces chiffres font percevoir la dimension du conflit.

Le REDHER, Réseau Européen de Fraternité et de Solidarité avec la Colombie, se solidarise avec les victimes du paramilitarisme, de la parapolitique et il dénonce les crimes commis par l’État Colombien. Le REDHER exige du gouvernement colombien :

* L’arrêt immédiat des poursuites à leur encontre ainsi que l’emprisonnement des militants des organisations sociales, des syndicalistes, des défenseurs des Droits de l’Homme, des journalistes, des étudiants, des paysans, des indigènes et des membres de l’opposition démocratique.

* La vérité, la justice, la réparation et l’arrêt des crimes abjects qui vont à l’encontre de toute dignité humaine.

* Nous en appelons à tous les colombiens et à la communauté internationale pour faire écho de cette clameur et ainsi contribuer à construire une société réellement démocratique, basée sur la paix, la justice sociale et le respect plein et entier des Droits de l’Homme.

LES EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES SONT DES CRIMES D’ÉTAT

VÉRITÉ, JUSTICE ET RÉPARATION POUR LES VICTIMES DU TERRORISME D’ÉTAT EN COLOMBIE

UNIS POUR RECUPERER LA MÉMOIRE POUR UNE COLOMBIE SANS OUBL
i!
 

Sources :  Projet Accompagnement Solidarité Colombie (traduction) - Mouvement national des Victimes de Crimes d'État (Movice) :
COLOMBIE : OTTAWA CAUTIONNE DES CRIMINELS


  21 janvier 2009

par André Maltais


Alors que la guérilla des FARC est soi-disant affaiblie, les événements de l’automne dernier montrent que, pour autant, la population civile colombienne est loin d’être plus en sécurité.

En octobre, un rapport d’Amnistie internationale révélait d’abord que 305 000 personnes ont été déplacées et 190 autres disparurent, dans la seule année 2007.

Une semaine plus tard, le Chilien Jose Miguel Vivanco, directeur de Human Right Watch pour les Amériques, publie à son tour un rapport accusant le gouvernement Uribe de nuire au travail de la justice lorsque celle-ci enquête sur la mafia paramilitaire.

Le rapport mentionne une campagne permanente pour discréditer la Justice, des réformes constitutionnelles visant à soustraire les enquêtes de la compétence de la Cour suprême et une résistance aux initiatives du Congrès pour se libérer de l’influence des paramilitaires.

Il cite également l’extradition aux États-Unis des chefs paramilitaires « démobilisés », interrompant les enquêtes en cours au moment où ces criminels commencent à « trop parler ».

Vivanco exhorte la communauté internationale à faire pression sur Uribe, car, dit-il, « en Colombie, il se commet en une seule année autant de violation des droits humains que pendant toute la dictature chilienne d’Augusto Pinochet ».

Alvaro Uribe avait à peine fini de traiter Vivanco de « complice des FARC » que le procureur général de la Colombie, Mario Iguaran, révélait à son tour avoir reçu, depuis le début de 2008, plus de mille plaintes pour meurtre de civils par l’armée colombienne.

Pour sa part, le Défenseur du peuple du gouvernement colombien signalait pas moins de 5522 cas de disparitions, toujours seulement depuis 2008!

Un mois auparavant, une coalition regroupant plus de 1200 organismes colombiens, révélait que, depuis l’arrivée au pouvoir du président Uribe, en 2002, et jusqu’en décembre 2007, la violence sociopolitique a tué 13.634 civils colombiens en dehors du conflit armé.

L’État serait responsable des trois quarts des meurtres, soit par perpétration directe de la police et de l’armée (17.5%) soit par tolérance ou appui à des groupes paramilitaires (57.9%).

La coalition signale aussi une augmentation de 67,1% des exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces publiques colombiennes durant le quinquennat Uribe (1122 cas) par rapport à la période 1997-2002 (669 cas).

Au cours de la dernière année et demie, dit, pour sa part, la Coordination des droits humains Colombie-Union européenne-États-Unis, les Forces armées colombiennes ont commis 535 exécutions extrajudiciaires!

Cette avalanche de critiques, tant de la part d’organisations nationales et internationales que de la justice colombienne, a forcé la démission du chef des Forces armées, Mario Montoya.

Montoya était l’exécuteur principal de la politique de « sécurité démocratique » d’Uribe et du Plan Colombie. Il était aussi le héros des récents « coups » infligés aux FARC comme le bombardement du camp de Raul Reyes, en Équateur, et l’opération illégale « Jaque » qui a libéré Ingrid Bétancourt et quinze autres otages.

Le Washington Post accuse Montoya d’avoir armé un groupe de paramilitaires qui, en mai 2002, avait mis à feu et à sang un petit village du département du Choco.

Cinq mois plus tard, le même Montoya aidait une offensive paramilitaire visant à éliminer les guérillas des quartiers pauvres de Medellin. Cette opération a tué quatorze civils et fait des dizaines de disparus.

Mais le scandale qui a vraiment emporté le général est sans doute celui des « fausses pertes » infligées aux FARC par les militaires. Cela a obligé le président à mettre à la retraite une quarantaine de militaires (dont 27 hauts gradés) accusés du meurtre de onze jeunes des faubourgs de Bogota.

Selon l’enquête officielle, les onze victimes ont été enlevées par les militaires, en janvier 2008. On ignore encore quand et comment elles ont été tuées mais, en octobre dernier, l’armée les classait « morts au combat » dans le département de Santander, à 800 kilomètres de chez eux!

L’interrogatoire de 3000 membres des Forces armées a rapidement gonflé à une centaine le nombre de ces faux guérilleros exécutés.

L’enquête sur le massacre de Bogota révèle aussi qu’afin d’augmenter l’efficacité de sa politique de «sécurité démocratique», le président a instauré un système d’obligation de résultat. Celui-ci attribue des incitatifs économiques aux Forces armées pour la présentation de «pertes ennemies».

Cela, écrit Matias Mongan, de l’Agence de presse du Mercosur, crée un « marché de la mort » qui opère dans les couches sociales les plus marginales. Depuis longtemps, certains éléments de l’armée sont soupçonnés de procéder à un « nettoyage social » de style nazi contre les malades mentaux, mendiants, homosexuels, prostituées et handicapés.

Le successeur de Montoya est le général Oscar Rodriguez, actuel commandant de la région Nord, à la frontière vénézuélienne, là où sont concentrés de nombreux et nouveaux groupes paramilitaires.

Au moment où Barack Obama arrive à Washington, ces dénonciations répétées mettent sérieusement en danger la relation privilégiée d’Uribe avec les États-Unis.

«Le président Uribe est dans une situation difficile, dit le sociologue Alfredo Molano, car, en plus des dénonciations provenant de toute part sur les droits de l’homme, la crise financière états-unienne affecte sa base électorale des classes moyennes… et limite ses dépenses militaires astronomiques qui atteignent4,6% du PIB».

«Il y aura davantage de demandes sociales, ajoute Molano, et moins de soutien des États-Unis».

La vague de grèves (employés du ministère de la Justice, camionneurs, enseignants, etc.) et de manifestations qui ont marqué l’automne dernier semble donner raison à Molano.

Les coupeurs de canne sortent tout juste d’une grève de deux mois qui a obligé le gouvernement à importer du sucre de Bolivie et de l’Équateur (deux régimes que Uribe n’aime pas trop!), paralysé la production d’éthanol et fait bondir le prix de la gazoline.

Le 23 octobre, les syndicats colombiens ont décrété une journée de grève nationale dont le succès avait été sans précédent depuis des années.

Les indigènes ont aussi beaucoup dérangé le gouvernement. Menés par la communauté Nasa, ceux-ci sont, depuis le 12 octobre, en état de « mobilisation collective pour les valeurs de la vie ».

Ils organisent de longues marches à travers le pays et de spectaculaires occupations de tronçons stratégiques d’autoroutes, exigeant de « renverser la situation » de la centaine de groupes ethniques du pays.

L’assassinat de vingt leaders indigènes depuis le début de cette mobilisation, a rapidement fait grossir les rangs de ses sympathisants parmi une population fatiguée de la violence gouvernementale.

Mais, en ratifiant un traité de libre-échange avec la Colombie, le gouvernement canadien fait comme s’il était normal que, dans un pays démocratique, 70.000 civils aient été tués au cours des vingt dernières années, incluant 500 leaders syndicaux sous la seule présidence d’Alvaro Uribe.

La récente crise politique canadienne a toutefois ajourné indéfiniment l’adoption par le Parlement de ce traité qui bénéficie surtout aux compagnies minières canadiennes qui, en ce moment, surveillent attentivement les débats du Congrès colombien autour d’une réforme du Code des mines qui cherche à livrer à l’exploitation minière près de la moitié du territoire national colombien.

Source : (L'Aut' Journal)  lautjournal.info
                                                                              


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Dernières modifications : 30/11/2009