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1 -  Venezuela : Hugo Chavez Frias, l'homme de l'année 2005 !?
   
2 - Venezuela : Campagne pour le droit à la communication  Agence de presse, ABN

  
 3 - Venezuela : Voisinage dangereux par Noam Chomsky


4 - Colombie : succès et échecs du président Uribe par Gary  Leech


5 - Venezuela : Nous sommes tous juifs et vénézuéliens

   
6 - Venezuela : «Le credo vichyste du journalisme franco-vénézuélien»

 
Amérique Latine

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des articles 2006

Sommaire : 1ère partie

 
 

Hugo Chavez Frias,

l'homme de l'année 2005 !? 

par LM, le 30 janvier 2006 

                            photo : www.aporrea.org (FSM Caracas)
 

« Certes, il faut mobiliser les masses, mais il faut les mobiliser contre toute structure hiérarchique de dominance, toute structure fermée, figée, sclérosée, analytique et non synthétique, contre celles existantes, mais aussi contre celles qui pourraient survenir. Et pour les mobiliser, pour les motiver, il est préférable de s'adresser à leur raison qu'à leurs pulsions. » (Henri Laborit)

C'est ainsi que le président vénézuélien a été désigné comme l'homme le plus influent du continent latino-américain par l'hebdomadaire colombien : «La Samana » (1). Il éclipse Lula et les autres chefs d'Etats par sa dimension originale, un charisme qui surprend, et en plus il dispose des moyens de sa politique. Loin de l'agitation politique et médiatique, pourquoi ce qui semble anachronique est en fait un processus démocratique s'appuyant sur l'émancipation sociale et économique de tous ?

Le 28 octobre 2005, le Venezuela se déclarait comme territoire libre de tout analphabétisme. Un plan en 2 étapes déployé par la mission « Robinson » (numéro 1 et 2), ou comment s'est organisé dans tout le pays un élan sans égal en faveur des personnes sans instructions scolaires ou sans qualifications techniques. De l'école maternelle (prescolar) à l'Université, le système d'instruction est un des desseins principaux du ministre de l'éducation (2). Une des particularités des missions Robinson fut une grande campagne d'alphabétisation (la mission Ribas). Des jeunes adultes jusqu'aux personnes âgées, ils ou elles ont pu suivre un enseignement de base qu'ils n'avaient pas pu acquérir auparavant. 2 à 3 millions de personnes ont pu ainsi pendant plusieurs mois suivrent ces deux étapes de formations.

A la fin de la première session Robinson était remis un diplôme et des livres (une petite bibliothèque à domicile). Aussi faut-il préciser que ce temps de connaissance ouvrait à une bourse d'étude, afin de permettre à chacun de s'instruire sans en subir des incidences économiques et sociales. Les missions éducatives se sont appuyés sur des méthodes venant de Cuba (il existe aussi la mission Sucre, pour les bacheliers des quartiers populaires désireux de suivre un cursus universitaire) . Chacun selon son niveau reçoit un cahier d'étude et de travaux appliqués (espagnol, mathématiques, langues vivantes,) et apprend par le biais de cassettes vidéos un ensemble de savoir sous la conduite d'un enseignant ou d'un formateur volontaire. Les missions Robinson sont un exemple parmi beaucoup d'expériences concrètes. Quinze à vingt pour cent des dépenses de l'Etat sont assignées aux questions éducatives et soulignons que cinq pour cent du budget va en faveur de la recherche. La dernière mission née à la fin 2005, la mission Scienca s'attaquera à la question de la transmission de la science dans les quartiers populaires. Un défi nouveau et au total près de 15 millions de Vénézuéliens ont pu engager, ou reprendre des études depuis quelques années. Face à ce que l'on ne peut comprendre vraiment en France, c'est aussi une politique en direction du livre et de la lecture.

Certes, il y a une presse et de nombreux journaux, mais les ouvrages en particuliers scolaires ou techniques coûtent chers pour une personne qui vit avec un salaire couvrant juste les dépenses d'une famille. Un livre, pour un salarié qui touche le salaire moyen (600.000 bolivars, environ 200 euros) est une dépense lourde, jusqu'à 15 pour cent de ce même niveau salarial pour un ouvrage. De plus, les maisons d'édition sont rares, soit à Buenos Aires, à Barcelone ou à Madrid. En résumé, le livre est « un luxe » que ne peut se payer une grande majorité des travailleurs vénézuéliens et leurs enfants.

Là aussi mais dans le cadre des questions culturelles, un travail spécifique a été entrepris, une édition de « Don Quichotte de la Mancha » a été imprimé et distribué à plusieurs millions d'exemplaires, puis en nombre plus restreint mais à plusieurs centaines de milliers en raison de son épaisseur « les Misérables » de Victor Hugo. De même que les lois, la constitution font l'objet d'une édition dont le prix est abordable à la majorité des bourses (environ 2000 bolivars, soit un peu moins d'un euro). A noter, que des rotatives pouvant atteindre une impression importante, à hauteur de 20 millions d'exemplaires par an sont prévus dans le plan de communication du gouvernement (3). Les personnes qui se penchent sur la question de la lecture savent bien que le livre est un outil d'émancipation unique en son genre. Essentiel dans l'acquisition d'un savoir et de la capacité de lire et d'écrire, des atouts primordiaux pour combattre la misère intellectuelle.

J'ai pris volontairement ces exemples, il y aurait encore beaucoup à faire pour expliquer tous les aspects sociaux et économiques que développent les partisans du président vénézuéliens. Ils sont nombreux et bien loin des aléas médiatiques. Pas de sensationnel à se mettre sous la dent ou d'invective à distribuer. Ce travail global, je l'ai vu fonctionner, ou comment l'école d'un quartier devenait de 7 heures du matin à 22 heures, du lundi au samedi et parfois même le dimanche un lieu d'instruction ou de culture. Une situation parmi plein d'autres, parfois on est même confronté à trouver des lieux surprenants, l'exemple d'un box de voiture qui s'était transformé en classe d'école, avant de trouver des locaux plus adéquates. Il n'est pas facile de faire une analyse du Venezuela, mais il importe de regarder ce pays sereinement, lucidement et sans agitation.

Ce changement concret, pragmatique déroute, parce que l'on ne veut analyser la révolution bolivarienne qu'à partir du prisme de révolutions sanglantes, et ce n'est pas le cas. Si Hugo Chavez n'a pas promis comme d'autres de « changer la vie », il a simplement offert la possibilité à la population, aux citoyens lambdas de prendre en main leurs vies et de trouver une application concrète du changement en devenant acteurs des transformations. Le 27 janvier 2006 a été annoncé une nouvelle étape, le plan Robinson numéro 3, il va s'appuyer sur la compréhension des textes. L'intention est de renforcer le système éducatif de base et assurer à chacun une compréhension des textes écrits et aussi de pouvoir entre vénézuéliens les commenter. Tout individu un peu sage et digne peut déceler dans les intentions et les politiques d'Hugo Chavez une volonté de transformation par l'émancipation intellectuelle des citoyens.

C'est un pays qui relève la tête. Le Venezuela a connu de grandes déchirures, de lourdes épreuves pour pouvoir sortir ici un peu en France cette nation des brumes de l'Histoire. Un pays ou la misère est chronique vient troubler la donne avec un dirigeant qui ne promet pas la lune, et explique bien que c'est peu à peu que les choses évoluent et changent. Ce qui n'empêche ce même homme d'envisager l'impossible sans tomber dans le creux de l'utopisme. Il y a déjà de nombreuses vies chez cette homme et rien ne dit qu'il ne vienne à nouveau nous surprendre. Le seul politique de ce niveau qui soit en mesure de reconnaître ses erreurs, les analyser et proposer autre chose. Et surtout en mesure de savoir que les objectifs à tenir sont avant tout celui du développement, c'est à dire sortir la nation de son « moyen-âge » (en référence au latifundisme), en faire un pays moderne et à l'écoute de notre temps.

« Rappelons que, si cette organisation doit permettre et peut-être favoriser l'individualisation régionale des groupes humains dans leur cadre écologique particulier, elle devra éviter qu'un groupe humain puisse se suffire à lui-même, éviter qu'il s'isole, se ferme sur les trois plans, énergétique, matériel et informationnel. » Henri Laborit

(1) Courrier International n°794 (19 janvier 2006)
(2) Aristóbulo Istúriz, ministre de l'éducation et des sports (http://www.me.gov.ve/)
(3) Lire l'article « Un nouveau modèle de communication en marche au Venezuela ? » (avril 2005) sur le site dans les archives 2005 sur l'Amérique Latine.

 
 
 
Campagne pour le droit
à la communication
au Forum Social Mondial de Caracas

Agence Bolivarienne d'Informations Caracas, le 27/01/2006

                                           photo : www.aporrea.org (FSM Caracas)
 

Une campagne à l'échelle continentale "pour le droit à la communication" a été le sujet de discussion de plusieurs représentants de services, d'agences, d'associations et d'organisations en rapport avec les médias de diffusion, lors d'une conférence de presse donnée à l'occasion du Forum Social Mondial.

La campagne soutient que la communication est un droit, et non une marchandise, ce pourquoi elle appelle les divers acteurs sociaux à "unir leurs efforts pour sensibiliser, débattre et obtenir la mobilisation des citoyens, seul moyen de faire poids dans la démocratisation et l'accès de de tous et de toutes à la communication, à l'information et aux diverses technologies qui s'y attachent". Cette campagne fait partie du mouvement mondial CRIS (Communication Rights in the Information Society), elle a pour origine la lettre publique, que les réseaux latino-americains de communication ont fait connaître au sein du Forum Social des Amériques, qui s'est déroulé à Quito, Équateur, en juillet 2004.

Bien qu'ils reconnaissent l'influence croissante de la communication et des nouvelles technologies de la communication et de l'information, ils dénoncent la concentration asservissante de la propriété et de la production des contenus dans très peu de mains. Ils considèrent, en outre, que le traitement de l'information comme marchandise implique une négation des droits de la communication, en menaçant le droit à l'information et à la liberté d'expression, à la diversité et à la pluralité médiatique. "Cette situation nous oblige à être des gardiens et d'assumer la nécessité de démocratiser la communication, afin de contribuer à démocratiser la société", précisent les objectifs de la campagne.

La présidente de l'Organisation latino-americaine et des Caraïbes de Communication (OCLACC), Ana María Rodriguez, a déclaré qu'elle regardait la situation avec une certaine inquiètude, malgré l'ouverture aux médias libres, il y a beaucoup de limitations qui ne permettent pas un développement réel. "Nous pouvons créer des réseaux pour nous relier et pour partager l'information. Ce débat public est pour faire reconnaître ce qui a été obtenu avec les médias libres et pour le renforcement des conditions qu'ils proposent, afin qu'ils trouvent plus de facilité ", MME Rodriguez a signalé que la campagne pour le droit à la communication doit être développé dans chaque pays et en accord avec les conditions propres à tous."

Le fondateur d'Inter Press Service, Robert Savio, a déclaré que les acteurs sociaux doivent adopter des processus de communication afin de créer un mouvement horizontal, et différent du gigantisme et du verticalisme qui s'organise dans les grands médias. "Il faut faire des législations qui permettent la plus grande quantité d'accès des citoyens à la communication. Ce processus ne doit pas être utilisé de manière verticale par les gouvernements, mais doit être un instrument de cogestion et de participation des citoyens ".

Le représentant de l'Agence latino-americaine d'Information (ALAI), Sally Burch, a déclaré que la communication doit être un espace pour créer de la citoyenneté, "c'est quelque chose qui nous concerne tant comme journalistes ou comme acteurs sociaux". En ce qui concerne la Loi de Responsabilité Sociale en matière de Radio et Télévision, le représentant de l'Association Mondiale de Radios Communautaires (Amarc), Carlos Rivadeneira, a déclaré que la législation est un point de repère dans notre monde, bien qu'il ait précisé : "Si la société civile organisée n'est pas représentée et n'est pas active dans l'exécution de lois comme celle-ci, il y a peu chance de pouvoir avancer".

sources : http://www.abn.info.ve/go_news5.php?articulo=35196

 
 
 

Voisinage dangereux

Par Noam Chomsky,

 
                                     photo : Agencia Bolivariana de Noticias (FSM)
 

« Comment le Venezuela maintient le chauffage dans les foyers du Massachussetts », lit-on dans les principaux quotidiens états-uniens, une annonce publicitaire de l'entreprise pétrolière d'Etat vénézuélienne, PDVSA, et de sa filiale basée à Houston, CITGO.

La publicité donne la description d'un dispositif, lancé la par le Président vénézuélien Hugo Chávez, visant à vendre du fuel pour le chauffage à prix réduit parmi les communautés à faibles revenus de Boston, dans le South Bronx et ailleurs aux Etats-Unis ­ un des gestes les plus ironiques de toute l'histoire du dialogue Nord-Sud. L'accord a été conclut à la suite du courrier adressé par un groupe de sénateurs à neuf entreprises pour leur demander d'utiliser une partie de leurs profits records pour permettre aux gens modestes de payer leur chauffage. La seule réponse est venue de CITGO.

Aux Etats-Unis, les commentaires sur cet accord sont amers dans le meilleur des cas, estimant que Chávez, qui a accusé Bush de vouloir renverser son gouvernement, poursuit des objectifs politiques ­ à la différence, par exemple, des plans purement humanitaires de l'Agency for International Development des Etats-Unis, USAID.

Le fuel de chauffage de Chávez représente l'un des nombreux défis provenant de l'Amérique latine pour les planificateurs de la grande stratégie de Washington. La bruyante protestation lors du voyage de Président Bush le mois dernier au Sommet des Amériques, en Argentine, accroît le problème. Du Venezuela à l'Argentine, l'hémisphère est en train d'échapper à tout contrôle, avec partout des gouvernements de centre-gauche. Y compris en Amérique centrale, souffrant encore des effets de la « guerre à la terreur » du Président Reagan, le couvercle ne tient plus en place. Dans le Cône sud, la population indigène est devenue plus active et plus influente, notamment en Bolivie et en Equateur, deux pays grands producteurs d'énergie, là où il existe une opposition à la production de gaz et de pétrole, ou bien s'exprime la volonté que ces ressources soient sous contrôle local. Certains revendiquent même une « Nation Indienne » en Amérique du sud.

Cependant l'intégration économique se renforce, renversant l'isolement relatif remontant à la conquête espagnole. Mieux, les relations sud-sud s'accroissent avec les grandes puissances que sont le Brésil, l'Afrique du sud et l'Inde, notamment dans le domaine économique.

L'Amérique latine dans son ensemble accroît ses relations, économiques entre autres, avec l'Union européenne et avec la Chine, connaissant quelques à-coups, mais la tendance à l'augmentation est réelle, notamment pour les exportateurs de matières premières, comme le Brésil et le Chili.

Le Venezuela est certainement le pays d'Amérique latine qui s'est le plus rapproché de la Chine, et le Venezuela envisage de vendre de plus en plus de pétrole à la Chine afin de réduire la dépendance vis-à-vis du gouvernement états-unien, lequel a montré son hostilité. De fait, le problème le plus ardent pour Washington dans la région c'est le Venezuela, lequel fournit 15 pour cent des importations états-uniennes en pétrole.

Chávez, élu en 1998, fait preuve du genre de nationalisme que les Etats-Unis considèrent comme un défi ­ tout comme dans le cas de l'allié de Chávez Fidel Castro. En 2002 Washington, conformément à la conception de la démocratie du Président Bush, a soutenu un coup d'Etat militaire qui a brièvement renversé le gouvernement Chávez. Cependant, le gouvernement Bush avait alors dû faire marche arrière en raison de l'opposition au coup, aussi bien au Venezuela qu'en Amérique latine.

Pour achever d'affliger Washington, Cuba et le Venezuela resserrent solidement leurs liens. Le Venezuela offre du pétrole à bas coût tandis que Cuba organise des plans pour l'alphabétisation et pour la santé et envoie des milliers d'enseignants et de médecins, lesquels, comme ailleurs, travaillent dans les zones les plus pauvres, auparavant ignorées.

Des projets communs entre le Venezuela et Cuba ont également un impact considérable dans les pays des Antilles, où, dans le cadre du Plan Milagro financé par le Venezuela, des médecins cubains apportent les soins à ceux qui n'avaient aucun espoir d'en bénéficier. Chávez a remporté à plusieurs reprises, et malgré l'hostilité des médias les plus puissants, des élections et des referendums surveillés de prêt. Le soutien au gouvernement élu s'est accru durant les années Chávez. Le vétéran correspondant en Amérique latine Hugh O' Shaughnessy explique pourquoi dans un reportage paru dans le Irish Times :

« Au Venezuela, où l'économie pétrolière a pendant des décennies produit splendide petite couche de gens superriches, un quart des moins de 15 ans souffre de la faim, par exemple, et 60 pour cent des plus de 59 ans n'ont aucun revenu. Moins d'un cinquième de la population dispose de la sécurité sociale. Ce n'est que maintenant, avec le Président Chávez, que la médecine a commencé à faire partie de la réalité de la grande majorité plongée dans la pauvreté dans cette société riche mais profondément divisée et au fonctionnement impossible. Depuis sa victoire lors des élections démocratiques et depuis qu'il a commencé à transformer les secteurs de la santé et de la sécurité sociale pour en faire bénéficier fortement la majorité de la population, le progrès a été lent. Mais il a été perceptible »

Maintenant le Venezuela rejoint le MERCOSUR, le principal bloc économique de l'Amérique du sud. Le MERCOSUR, qui réunit déjà l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, représente une alternative à la soi-disant Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ­ ALCA). Des modèles alternatifs sociaux et économiques sont à l'ordre du jour dans la région, comme ailleurs. Des mouvements populaires sans précédent, énormes, se sont développés et ont traversé les frontières ­ dépassant les questions économiques pour aborder les droits humains, l'environnement, l'indépendance culturelle et les relations de peuple à peuple.

Ces mouvements sont de façon ridicule appelés « anti-globalisation » parce qu'ils sont favorables à une globalisation orientée vers les intérêts des gens, et non ceux des institutions financières et des investisseurs. Les problèmes des Etats-Unis s'étendent aussi bien vers le nord que vers le sud. Pour des raisons évidentes Washington espérait pouvoir compter davantage sur le Canada et sur le Venezuela, ainsi que sur d'autres fournisseurs de pétrole, hors du Moyen-orient.

Mais les relations avec le Canada sont tendues et conflictuelles comme jamais auparavant, parmi d'autres raisons, à la suite du rejet par Washington de la décision de l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) qui avait donné raison au Canada. Comme l'explique Joel Brinkley dans le New York Times, « c'est partiellement pour cette raison, que le Canada oeuvre au renforcement de ses relations avec la Chine (et) certains officiels disent que le Canada pourrait réorienter une partie significative de son commerce, particulièrement le pétrole, des Etats-Unis vers la Chine ». C'est vraiment fort de la part des Etats-Unis de réussir à se brouiller y compris avec le Canada. La politique latino-américaine de Washington ne fait que renforcer l'isolement des Etats-Unis. Un exemple récent : pour la 14ème année consécutive l'Assemblée Générale des Nations Unies a voté contre l'embargo commercial que les Etats-Unis maintiennent à l'encontre de Cuba. Le vote de la résolution a été de 182 contre 4, les Etats-Unis, Israël, les Iles Marshall et Palau. La Micronésie s'est abstenue.
Le dernier livre de Noam Chomsky est "Imperial Ambitions : Conversations on the Post-9/11 World"

 
 

Succès et échecs 

du président Uribe

par Gary Leech


photo : Courrier International du 19-01-2006


Le président colombien Alvaro Uribe a annoncé officiellement qu'il présentera sa candidature pour un second mandat. Pendant ses trois premières années au pouvoir, le gouvernement étatsunien et les médias dominants ont vanté de façon répétée les succès de la Stratégie de défense et la politique de Sécurité démocratique du leader colombien. Mais plusieurs questions importantes en rapport à ces affirmations viennent immédiatement à l'esprit. Par exemple, est-ce qu'une réduction du nombre d'enlèvements et de la violence criminelle justifie la répression d'Etat contre les secteurs de la société civile qui ne sont pas en accord avec les politiques du gouvernement ? Ou encore, quel est le pourcentage de Colombiens qui a bénéficié de la récente croissance économique du pays ? Et est-ce que les politiques économiques et sociales du gouvernement reflètent les désirs du peuple colombien ? Avec l'annonce de sa candidature pour les élections de mai 2006, le moment est venu de dresser le bilan des succès et des échecs les plus visibles du président Uribe dans les trois domaines clés suivants : la sécurité et les droits humains, le conflit civil et l'économie.

Sécurité et droits humains

Les succès : la stratégie de sécurité du président Uribe a réduit les enlèvements de 51% passant de 2 986 en 2002 à 1 441 en 2004. Sur la même période le nombre d'homicides a également baissé de 30%. Selon la Consultoría para los Derechos Humanos y el Desplazamiento (CODHES), le nombre de Colombiens déplacés de force a diminué pendant la première année de mandat de Uribe passant de 412 553 déplacés en 2002 à 207 607 en 2003.

Les échecs : la réduction du nombre d'enlèvements a été compensée en partie par une augmentation des extorsions dans la mesure où les criminels ont changé de tactique. Au lieu d'enlever une personne et de la garder en otage en échange d'une rançon, les criminels donnent maintenant simplement une date butoir à une personne cible, date à laquelle la personne doit payer le montant de l'extorsion sinon elle sera tuée. Selon la Fundación País Libre basée à Bogota, 2 271 extorsions de fonds ont été rapportées en 2003, ce qui représentait une augmentation de 22% par rapport à 2002.

La baisse des homicides sous le mandat de Uribe est due à la réduction de la violence liée à des crimes de droit commun. Selon la Commission colombienne des juristes (CCJ), un groupe de défense des droits humains, le nombre d'assassinats dus au conflit civil est resté le même. Par exemple, 6 978 personnes furent tuées pour des raisons socio-politiques pendant la première année du mandat de Uribe, soit 19 personnes tuées par jour, la même moyenne que les deux années précédentes. La CCJ a déterminé que les paramilitaires [d'extrême droite] étaient responsables d'au moins 62% des assassinats, soit plus du double du nombre d'assassinats commis par les guérillas [d'extrême gauche].

Alors que le nombre de personnes déplacées de force a diminué en 2003, il a augmenté de 39% en 2004 s'élevant à 287 581- soit une moyenne de 780 personnes par jour. De plus, selon l'Association des familles des détenus et des disparus (ASFADDES), 3 593 personnes ont « disparu » de force en 2002 et 2003, ce qui est plus que le nombre total de Colombiens disparus pendant les sept années précédentes et plus que le nombre total de personnes disparues en 17 ans pendant la dictature du général Augusto Pinochet au Chili. Selon les Nations Unies, les paramilitaires et les forces de sécurité de l'Etat sont responsables de la plupart des disparitions forcées qui ont lieu en Colombie.

Les Nations Unies affirment que le rôle direct de l'Etat dans les violations des droits humains dans le pays s'est accru pendant le mandat de Uribe. En août 2003, par exemple, des troupes colombiennes provenant des bases hébergeant des soldats des forces spéciales de l'armée états-unienne de Saravena, dans le département de Arauca, sont entrées dans la maison de trois leaders syndicaux au milieu de la nuit et les ont exécutés. Les Nations Unies ont également souligné l'augmentation des détentions arbitraires et des arrestations de masse sous le gouvernement Uribe. Le chef du bureau colombien du Haut commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU, Michael Frühling, a annoncé que son bureau « avait constaté de façon préoccupante que les détentions illégales et arbitraires constituent, en nombre et en fréquence, l'une des plus inquiétantes violations des droits humains rapportée dans le pays ». Frühling note également que les Nations Unies sont aussi « préoccupées par les détentions à grande échelle et les arrestations individuels sans aucune base juridique qui touchent fréquemment les membres des groupes vulnérables comme les défenseurs des droits humains, les leaders de communauté, les militants syndicaux et les gens vivant dans les zones où les groupes armés illégaux sont actifs ».

En septembre 2003, le président Uribe a illustré son intolérance envers ceux qui critiquent ses politiques en accusant 80 organisations non gouvernementales (ONG) colombiennes, y compris la plus importante et la plus reconnue du pays, d'être « des politiciens au service du terrorisme ». Le président colombien a directement associé les groupes de défense des droits humains aux guérillas en déclarant : « Chaque fois qu'une politique en matière de sécurité est mise en place en Colombie pour vaincre le terrorisme, dès que les terroristes commencent à se sentir faibles, ils envoient immédiatement leurs porte-parole pour parler des droits humains.  »

Conclusions : Les citoyens des classes moyennes et supérieures sont les premiers bénéficiaires de la réduction des enlèvements, alors qu'ils sont dans le même temps victimes de l'augmentation des extorsions. Les Colombiens, toutes classes confondues, et en particulier dans les zones urbaines, ont bénéficié de la réduction des crimes violents, alors qu'il y a eu peu de changements au niveau de la violence politique liée au conflit civil, ce dernier étant présent essentiellement dans les régions rurales. Les déplacements forcés, les disparitions, les détentions arbitraires, les arrestations de masse ont touché en majorité les pauvres et ceux qui osent critiquer les politiques économiques et de sécurité du gouvernement. Dernièrement, Uribe a amélioré la sécurité pour beaucoup de Colombiens, ce qui s'est traduit par l'augmentation de sa popularité dans les sondages. Cependant, cela s'est produit non seulement en prenant pour cible les guérillas du pays mais aussi en utilisant la répression contre les secteurs de la société civile critiques envers ses politiques.

Le conflit civil

Les succès : sous Uribe, les effectifs militaires colombiens ont crû passant de 158 000 à 207 000 personnes actives sous les drapeaux. Les effectifs de la Police nationale colombienne ont également augmenté passant de 97 000 à 121 000 membres. Ainsi, les forces de sécurité de l'Etat ont étendu leur présence dans toute la Colombie. La Police nationale colombienne est maintenant présente dans les 1098 municipalités du pays pour la première fois dans l'histoire du pays.

Les politiques en matière de sécurité du président Uribe ont réussi à réduire de façon significative les attaques des guérillas contre les infrastructures du pays entre 2002 et 2004. Par exemple, les attaques contre les pylônes électriques ont diminué de 74% - passant de 483 attaques en 2002 à 121 en 2004.

Les négociations du gouvernement avec les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), les paramilitaires, et l'adoption de la Loi de paix et justice en juin 2005, ont mené à la démobilisation officielle de 10 000 paramilitaires. [1]

Les échecs : selon le think tank en matière de défense basé à Bogota, la Fundación Seguridad y Democracia, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont lancé plus d'attaques contre les militaires colombiens pendant les deux premières années du mandat de Uribe que pendant n'importe quelle période de deux ans sous le mandat du président précédent Andrés Pastrana (1998-2002). En fait, les FARC ont attaqué les forces de sécurité de Colombie en moyenne deux fois par jour en 2004. Pendant les six premiers mois de 2005, les FARC ont lancé des assauts de grande envergure contre les bases et les convois militaires dans les départements de l'Antioquia, de l'Arauca, de Nord Santander, du Putumayo et du Nariño. Les attaques ont fait plus de 200 morts chez les soldats et ont provoqué la démission du ministre de la Défense colombien Jorge Alberto Uribe- aucun lien de parenté avec le président Uribe.

Alors que la Police nationale maintient aujourd'hui une présence dans les 1 098 municipalités que compte la Colombie, cette présence consiste seulement, dans la plupart des municipalités rurales, en un petit détachement dans la ville qui sert de siège municipal. La plupart des petites villes et des villages des municipalités des départements de Caquetá, Putumayo, Meta, Arauca, Chocó et d'autres régions reculées n'ont toujours pas de présence policière.

Des leaders paramilitaires responsables de crimes contre l'humanité qui se sont démobilisés dans le cadre de la Loi de justice et paix purgeront une peine de prison d'à peine 22 mois. Il n'y a pas de garanties non plus que les leaders paramilitaires démantèlent leurs réseaux de trafic de drogue une fois qu'ils seront démobilisés. Par conséquent, la Loi de justice et paix n'apporte que peu de justice aux milliers de victimes des violences des paramilitaires.

Selon la Commission colombienne des juristes (CCJ), les paramilitaires qui respectaient soit disant le cessez-le-feu [2] ont tué plus de 2 000 civils alors qu'ils étaient engagés dans les négociations de démobilisation. Par ailleurs, beaucoup des 10 000 paramilitaires démobilisés ne l'ont pas été vraiment. Le gouvernement prévoit d'utiliser 2 000 d'entre eux comme force de sécurité pour protéger les infrastructures du pays des attaques rebelles. En novembre 2003, par exemple, la démobilisation du Bloc Cacique Nutibara des AUC à Medellin n'a pas mis fin aux activités paramilitaires du groupe dans la deuxième plus grande ville de Colombie. Le rapport d'Amnesty International révèle que deux ans après leur démobilisation :

« Les paramilitaires continuent à opérer comme une force militaire, à tuer et à menacer les défenseurs des droits humains et les activistes des communautés rurales, à recruter et à agir conjointement avec les forces de sécurité. Cependant, plutôt que de mener des opérations de grande ampleur, avec des groupes lourdement armés et en uniformes comme ils l'ont fait par le passé, de plus en plus maintenant ils camouflent leurs activités en imposant leurs membres dans des compagnies privées de sécurité ou comme informateurs pour les forces de sécurité. » [3]

Conclusions : le renforcement militaire et l'usage de tactiques plus agressives ont permis à l'Etat d'étendre sa présence à plus de régions dans le pays, fournissant ainsi une sécurité supplémentaire à certains secteurs de la population civile tout en prenant simultanément pour cible d'autres secteurs. Alors que les politiques en matière de sécurité d'Uribe ont connu certains succès contre les guérillas, les attaques continues des FARC contre les cibles militaires montrent que les capacités militaires des groupes rebelles n'ont pas été affectées de façon significative. Dans le même temps, le processus de démobilisation menace de devenir en fin de compte pas moins qu'une restructuration des paramilitaires, leur permettant de maintenir leurs réseaux criminels et de continuer à s'attaquer aux membres de la société civile qui luttent pacifiquement pour la justice sociale.

L'économie

Les succès : l'économie a connu une croissance de 4,02% en 2003 et de 3,96% en 2004, les plus haut taux annuel de croissance consécutifs depuis une décennie. En même temps, le taux de chômage a baissé de 14.2% en 2003 à 13.6% en 2004. Avec Uribe, la Colombie a mis en place des réformes économiques néolibérales, ou de « libre »-échange, pour attirer les investissements étrangers. Selon la Banque mondiale, la Colombie fut en 2004 le second pays au monde ayant le climat réformateur le plus prospère en matière d'investissements, grâce en partie à la dérégulation et à l'augmentation de la flexibilité des lois du travail. En effet, en 2004, les investissements étrangers ont augmenté de façon impressionnante de 66% par rapport à 2003.

Les échecs : en dépit d'une croissance économique respectable et d'une augmentation des investissements étrangers en 2003 et en 2004, les niveaux de pauvreté restent les mêmes avec 64% de Colombiens vivant en dessous du seuil de pauvreté - 85% de la population rurale. Aussi, la baisse de 0,6% du taux de chômage de 2003 à 2004 s'explique par le recrutement de 73 000 citoyens dans les forces de sécurité de l'Etat - beaucoup d'entre eux sont des pauvres incorporés dans l'armée.

Les lois de flexibilisation du travail dues aux réformes néolibérales ont provoqué une baisse des emplois stables, à temps plein et syndiqués et une augmentation proportionnelle des emplois temporaires qui n'offrent ni sécurité ni avantages sociaux. Par ailleurs, ceux qui travaillent dans l'économie informelle continuent de représenter plus de 50% de la main d'uvre du pays, beaucoup d'entre eux gagnant moins que le salaire minimum et ne bénéficiant d'aucun avantages sociaux.

La dette extérieure de la Colombie a augmenté de 37,3 milliards de dollars en 2002 à 38,2 milliards en 2003- soit 49.3% du Produit intérieur brut (PIB). Dans le même temps, la part des ressources nationales détenue par le gouvernement a diminué parce que les réformes néolibérales ordonnées par Uribe autorisent maintenant les compagnies pétrolières étrangères à exploiter le pétrole sans avoir à signer un accord de partenariat avec la compagnie pétrolière de l'Etat Ecopetrol. Par conséquent, les compagnies étrangères conservent maintenant la propriété de la totalité du pétrole qu'elles extraient - auparavant Ecopetrol recevait 30% du pétrole extrait - et payent des royalties de 8% seulement par baril. A titre de comparaison, les compagnies pétrolières opérant en Alaska payent 25% de royalties au gouvernement états-unien.

Alors que Uribe conserve une popularité élevée dans les sondages pour la dureté de ses politiques contre les guérillas, les Colombiens ne soutiennent pas autant ses politiques économiques. Un sondage réalisé en octobre a révélé que 43% des Colombiens sont contre le projet de Uribe de signer un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, alors que 38% seulement serait en faveur de cet accord. Un autre sondage effectué en janvier 2005 a aussi illustré les frustrations des Colombiens concernant la façon dont le gouvernement gère l'économie. Le sondage posait la question : « En tant que Colombien, de quoi en avez-vous assez  ? » 58% des personnes interrogées ont répondu le taux de chômage du pays, qui est leur première préoccupation.

Conclusions : les réformes néolibérales ont profité à l'élite économique du pays et aux compagnies multinationales qui ont prospéré grâce à l'établissement de conditions favorables aux investissements et grâce aux réglementations flexibles du travail. En même temps, avec le peu de nouveaux emplois créés et la non réduction de la pauvreté, il est évident que la richesse créée par la croissance économique du pays n'a pas été distribuée équitablement. Par conséquent, la Colombie a gardé son rang dans le classement des Nations Unies selon le coefficient Gini [4] et reste le dixième pays ayant une distribution de sa richesse la plus inégale au monde. Par ailleurs, selon l'index de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui mesure la qualité de vie du citoyen moyen, la Colombie a perdu cinq places entre 2003 et 2005 passant de la 64e place à la 69e sur les 177 pays en liste.

NOTES:

[1] [Risal] Consultez le dossier « Avec Uribe, l'impunité pour les paramilitaires » sur RISAL.

[2] [Risal] Afin de mener à bien le dialogue avec les forces paramilitaires, le gouvernement suspendit les ordres de capture à l'encontre de ses leaders. De leur côté, les AUC s'engagèrent à ne plus violer les droits de la population civile et à ne plus commettre de crimes à son encontre tout au long du processus de négociation. Un cessez-le-feu fut proclamé en décembre 2002.

[3] [Risal] Lire Amnesty International, Les paramilitaires à Medellín : démobilisation ou légalisation, septembre 2005.

[4] Risal] Le coefficient Gini mesure les inégalités de revenus. 

Sources : RISAL  - janvier 2006
Colombia Journal (www.colombiajournal.org/), 28 novembre 2005.
Traduction : Raphaëlle Barret, pour RISAL (
www.risal.collectifs.net/).

 

 

Nous sommes tous juifs 

et vénézuéliens !

par LM, le 24 janvier 2006
               
           
                                                  
  photo : www.aporrea.org (FSM Caracas)
 


Le lundi 9 janvier, le journal Libération publiait un article du sieur Jean Hébert Armengaud sur « le credo antisémite de Chavez ». Malheureusement il n'y aura pas d'épilogue, de fin heureuse à une affaire de manipulation journalistique. Il aura été écrit que Hugo Chavez Frias est « antisémite » et si l'accusation est tombée comme un jeu de quille, elle restera comme un affront, une tâche qui restera insidieusement. Toutefois il est notable que la supercherie n'a pas tenue la route longtemps et les autoroutes de l'information ont eu un rôle bénéfique dans la déconstruction de cette "rumeur journalistique". Une première venant de lecteurs, ou de citoyens avertis, qui en quelques jours ont mis à mal un stratagème à deux balles... 

Toute la semaine s'en est suivi sur internet des réactions manifestes face à la supercherie (www.info-impartiale.net) On peut même penser que certains auteurs se sont surpassés tant l'infamie était de trop de la part de ce journaliste connu pour ses positions anti-chavistes. La rédaction de Libération au bout d'une semaine a jeté l'éponge et finie par faire état le 16 janvier de timides excuses par le biais de son «spécialiste» du Venezuela. Profil bas, après la tentative de se dédouaner par le biais d'un appel d'intellectuels vénézuéliens, qui n'a fait que démontrer une opération, une de plus, de déstabilisation de la démocratie vénézuélienne.

Cette affaire est parti d'un communiqué du Centre Simon Wiesenthal de Buenos Aires le 4 janvier 2006 (www.wiesenthal.com), dénonçant les propos « antisémites » du président vénézuélien et qui fera la une ou les manchettes de la presse argentine et vénézuélienne (relayé par l'Associated Press). Si l'on relit certains articles, vers le 10 janvier, il était question de Los Angeles, et non point de Buenos Aires, là aussi on remarquera à quel point certains journalistes ne vérifient pas leurs infos, mais ceci n'est qu'un exemple de comment les médias agissent au quotidien. Pour se faire un avis ou vérifier l'info, il suffisait de se connecter au site des Centres Simon Wiesenthal et lire les communiqués. Le plus extraordinaire, et bien avant que ne se réveille nos 30 intellectuels vénézuéliens, c'est que la communauté juive du Venezuela, elle n'a rien dit, et pour cause, ce qu'avait dit Hugo Chavez la veille de Noël 2005 n'avait choqué personne, et pas par insolence à un discours clair sur les effets du capitalisme à l'échelle de la planète et sans admonestation d'un groupe religieux en particulier ; surtout, jamais le Centre Wiesenthal de Buenos Aires n'a tenu au courant les instances représentatives des juifs vénézuéliens de son action. Nous n'étions pas un premier avril, pourtant à plusieurs milliers de kilomètres certains ont senti le besoin de dénoncer un climat difficile pour les juifs vénézuéliens. Quand tout le pays avait passé des fêtes familiales dont l'importance a tendance a paralysé le pays pendant plusieurs jours. En sorte, un mal de crâne à la sortie des réveillons a poussé quelques allumés, quelques militants de l'opposition folle au président Chavez à monter un nouveau coup médiatique. Pour cela, quelques petits réseaux malingres situés à Caracas, Buenos Aires et Paris, dont le journaliste de Libération, pouvaient ainsi lâcher leur venin.

Si l'on relit de près, dans une approche sémantique, il est facile de remarquer les ambiguïtés de M Manuel Caballero et de ses amis (http://liberation.fr/php?Article=350747). Au nom de la lutte contre l'antisémitisme, on finit par confondre ce qui est un contenu malveillant et dangereux, notamment dans un pays qui est sorti d'une quasi guerre civile entre 2002 et 2003. En règle général, je renvoi à la lecture de l'article dans son entier, j'évite plutôt de reprendre les propos des autres entre des guillemets, cela permet de dire ses idées, sans avoir à prendre un docte point de vue, mais principalement d'assumer ses écrits. Petite précision, pour affirmer que nos détracteurs anti-chavistes sont justement ce qu'ils dénoncent, ou ce qu'ils ne veulent pas avouer, c'est à dire des manipulateurs, en d'autres termes des pervers. Ne chercher pas un complot, en l'état, le pétard a explosé à la face de ses auteurs. L'appel dans les colonnes de Libération est un exemple de circonvolution, faute de pouvoir critiquer la politique sociale et économique du Venezuela, l'on joue de la suspicion, de l'anathème.

J'ai encore en tête, ce qui disait en septembre 2005 à Paris, Roberto Hernandez Montoya sur son ami Manuel Caballero. Il expliquait, - qu'un jour un journaliste argentin l'appela et lui demanda si il était possible de joindre Manuel, - oui lui fut il répondu. Son interlocuteur argentin s'étonna, comment cela lui qui dénonçait partout la dictature chaviste était libre ? Oui, libre et joignable à Caracas, aussi précisa t'il de même que les journalistes qui avaient écrit, ou propagée l'idée d'éliminer Chavez physiquement, n'ont jamais été inquiété de loin ou de près par la justice vénézuélienne. On ne distingue pas vraiment de Paris, la liberté de parole au Venezuela, elle est totale, et dans la bouche des opposants purs et durs l'insulte est facile, le mépris permanent, et pas seulement à l'encontre du chef de l'État.

Revenons en à l'accusé Hugo Chavez Frias, non point pour souligner qu'il a démenti ce système calomniateur (articles du 13 et 15 janvier 2005 sur http://www.jean-luc-melenchon.fr/article/blogs/1/0), mais pour expliquer un peu notre homme. Là aussi je reprendrais l'idée de Roberto Hernandez Montoya, les chavistes comme les anti chavistes se trompent de combat. Chavez est un maillon de la révolution, et il ne souhaite pas vraiment que l'on le déifie, et de ce fait nous sommes bien loin du délire que prônait Ceresole, le négationniste argentin (ancien militant communiste). Sur l'entourage de Chavez à ce sujet, il est important de rappeler qu'un politique de ce niveau n'a que des « amis ». Ce qu'il répondit en substance à un journaliste de l'Express (Paris ­ novembre 2005) sur ses « amitiés » avec certains responsables du monde, il était question du président du Zimbabwe. Il rappela les derniers jours de Simon Bolivar, la parabole renvoyait à la solitude du pouvoir, et il pouvait en quelque sorte ironisé sur l'amitié. Aussi, Ceresole fait parti d'une longue liste de gens qui ont pu se réclamer de son amitié ou de son appui, et à se demander si certains n'ont pas pris leur vessie pour des lanternes ? Souvenir au passage d'un journaliste français se réclamant de l'amitié de Chavez, mais bon passons, je ne sais quel idiot peut croire de telles paroles courtoises ou formules diplomatiques sans pouvoir prendre un peu de recul. Et je ne vais pas faire un article sur une question qui relève d'un questionnement d'adolescent.

On se moque un peu de savoir qui est Chavez, et lui même est en permanence dans un questionnement, une réflexion souvent trop élaborée pour ses contradicteurs. Ce que l'on peut remarquer c'est qu'il a su évoluer, qu'il a du mûrir rapidement pour se mettre au service des plus démunis, trouver les voies d'un sagesse qui est lui propre. Nous sommes loin du jeune lieutenant-colonel de 1992 et sa complexité laissera aux historiens de quoi alimenter longtemps, non pas une légende, mais une approche nouvelle des déséquilibres de notre planète et de comment il est encore possible de transformer ou de révolutionner si besoin est certains mécanismes. Quitte à revendiquer la parole d'un monsieur Jésus Christ, né il y a environ 2000 ans et selon certains travaux historiques, ce croyant aurait drainé pas mal de monde derrière ses paroles de paix. Là est puis-je croire le fond de cet homme qui ne peut que fasciner ou être détester, quand on sait que l'amour et la haine sont un peu les mêmes versants, du moins la cause de trop d'erreurs (Lire « l'amour et la haine » de Mélanie Klein, psychanalyste - PUF). Il s'agit de politique, de la gestion d'une Nation, les bons ou mauvais sentiments ont finalement peu de place Il y a aussi à souhaiter que le politique favorise la liberté religieuse et aussi un dialogue avec les franges les plus progressistes au sein du monde chrétien, juif et musulman.

Si certains ne peuvent comprendre l'enjeu de dénoncer « Rome » et ses volontés impérialistes, ils n'ont pas vraiment une idée de l'échiquier politique de notre monde. L'italien, Toni Négri est aussi de ce même cru, quand il analyse l'impérialisme Romain, et ce qui se passe aujourd'hui à l'international en a les mêmes ingrédients, ou comment nous subissons avec Washington un ordre mondial sans partage. Le travail intellectuel de Marx et l'histoire de ses différents courants de pensée ne sont pas vraiment enseigné. Souvent, il faut lire l'oeuvre du Berlinois et de ses héritiers pour saisir une approche non dogmatique. Faut il préciser à quel point les partis communistes européens et notamment soviétique a utilisé Marx à des fins propagandistes et souvent erronées. Difficile dans ce cas de parler de marxistes et de se retrouver au même niveau que les stalinistes. De plus, le « marxisme » ou les « marxismes » latino américain n'ont pas grand chose à voir avec les restes du PCUS. Notamment quand toute opposition au capitalisme de Washington à Santiago du Chili s'apparentait à un ennemi à tuer. Socialiste ou communiste, il n'y avait pas de détail, de présomption d'innocence, le « rouge » était souvent condamné à prendre l'exil ou à finir sous la torture. Et le Venezuela n'a pas échappé à cette règle sub-continentale, au point qu'il suffit de consulter le travail d'Amnesty International ou de la FIDH de ces dernières années et même remonté loin en arrière pour constater, que malgré la tourmente et des risques patents de guerre civile, on ne peut que constater une nette amélioration des droits de l'Homme au Venezuela depuis 1998. Deux communiqués de la FIDH depuis 2000, rien qui ne puisse crédibiliser l'idée d'un système dictatorial du côté gouvernemental.

On est souvent impuissant face à la rumeur, face à des âmes perverses, surtout elles n'aiment pas une certaine publicité. En particulier ce qui vient déjouer un coup médiatique monté par quelques intellos réactionnaires, qui rassurez vous vivent sans danger de voir une police politique débarquer à leur domicile. Ce genre de fait se pratiquait pourtant du temps du bipartisme du COPEI (chrétiens démocrates) et d'Action Démocratique. Carlos Andres Perez (président) n'a eu aucun problème en 1989 pour faire assassiner 3000 personnes sans qu'il en soit jamais fait mention. Un grand démocrate, « homme de gauche » ou plus exactement un populiste qui a laissé la police comme l'armée réprimer les émeutes du 27 février 1989 dans tout le pays. Traumatisme qui des années après est encore présent dans les mémoires, notamment dans les quartiers populaires de Caracas à Maracaïbo. Les vénézuéliens ont soufferts, aujourd'hui ils cherchent au mieux une solution pacifique, Chavez a toujours accepté la concorde, il n'a pas poussé l'opposition à se tirer une balle dans le pied aux dernières législatives en retirant ses candidats. Quand l'opposition vénézuélienne viendra à un jeu politique plus respectueux des règles démocratiques et il va de soit éthiques, possiblement ils reviendront au pouvoir. Aujourd'hui, quoi qu'ils veuillent, ils ont perdu beaucoup de soutien, et ils en deviennent pathétiques.

Au lieu d'expliquer le fond des débats actuels, on doit encore répondre à une poignée d'intégristes, de journalistes malveillants. Nous sommes tous juifs et vénézuéliens dans cette affaire, quitte à reprendre un slogan connu de mai 1968. Rassurez-vous Chavez n'a pas limité ou bloqué l'importation des carpes, ou des pommes pour faire des strudels (http://www.forward.com/articles/7189). Et quand j'ai vu le grand Rabbin de Caracas sur Globotélévision en novembre 2004, déjà il démentait un terrain propice à l'antisémitisme au Venezuela. Il était venu à l'origine s'installer à Caracas et aimait cette terre d'accueil et je l'entendis même vanter les arepas (le sandwich local fait de maïs). Et puis on oublie que l'aspect religieux ou culturel qui sont du domaine intime, et sur le fond il y a normalement des juifs comme partout de progrès ou des réactionnaires. Le communiqué de l'Ambassadeur du Venezuela en France reprend du coup les insultes racistes portés par Alexandre Adler contre Hugo Chavez (1). A ce jeu des comparaisons que notre éditorialiste du Figaro aime, n'oublions pas et comme Ceresole, ils furent tous les deux membres de la 3ème internationale, et pour le français ce fut un pur apparatchik stalinien qui s'est reconverti au néolibéralisme de Bush Junior, l'autre au putride de la négation des camps d'exterminations nazis. Et ce que n'explique pas Adler c'est comment la famille Bush a fricoté ou plus exactement établie des relations commerciales fructueuses dans les années 1940 avec l'Allemagne hitlérienne. Mais jamais, je ne penserai que pour autant George Bush est un nazi en puissance, ou un nouvel Hitler, de tels propos me choque. Alors mieux vaut éviter certains écueils ou comparaisons journalistiques ou militantes.

Je demande à quiconque avant de réveiller la mémoire de l'insoutenable, de laisser au moins un peu de tranquillité aux derniers survivants de la Shoa. Occasion aussi de rappeler que sur l'ensemble du continent américain d'anciens tortionnaires nazis vivent eux dans une certaine quiétude, et en attendant ces authentiques salauds peuvent rires de ce type d'amalgames. Pire, à ce rythme de dénonciation devenue chose courante, on ne fait que renforcer l'antisémitisme et l'on met ainsi nos frères juifs en danger pour le coup. Qui ne connaît pas cette histoire enfantine de l'enfant qui crie au loup, mais le jour où le loup vient le dévorer plus personne ne le croit ! Alors restons prudent et d'autant plus attentif à la mémoire de toute l'Humanité.


(1) Déclaration de Monsieur Roy Chaderton-Matos
Ambassadeur de la République Bolivarienne du Venezuela

Libération fait acte de diffamation en présentant comme antisémite un discours récent du Président Chávez où il évoque la responsabilité dans la mort de Jésus des puissances impériales de ce temps-là, dans une réflexion sur les empires d'aujourd'hui qui tentent de crucifier des processus démocratiques de libération et de justice sociale.

L'interprétation diffamatoire de paroles qui ne visent aucunement nos frères juifs montré comment une organisation créée pour retrouver des criminels nazis en fuite a pu être banalisée et manipulée par certains des ses dirigeants dans le continent américain engagés dans les assauts internationaux contre notre démocratie en soutenant des putschistes vénézuéliens.

Après le désaveu par Jean-Paul II de l'injuste incrimination historique contre le peuple juif, seule une interprétation tortueuse pouvait identifier des éléments antisémites dans les paroles du Président Chávez. Inclure Simon Bolívar dans cette spéculation révèle en plus l'ignorance de l'histoire, car Bolívar lui-même et sa famille reçurent, dans des temps d'infortune, le soutien et la protection d'amis juifs de Curaçao, comme Mordechaï Ricardo, dont la générosité a toujours été reconnue par El Libertador.

Après leurs multiples échecs putschistes et électoraux, les anti-chavistes vénézuéliens et internationaux ont constitué un curieux et rococo pot-pourri de personnes et d'institutions unies par la volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne, qui a choisi une voie souveraine d'engagement pour la justice sociale. Des chrétiens d'extrême droite, des banquiers incompétents, des politiciens ratés, des représentants de la gauche caviar, des cripto-nazi et bien d'autres ennemis des valeurs républicaines, avec le soutien international d'organisations comme Reporters sans Frontières, financée par le National Endowment for "Democracy" et par de puissants groupes de publicité, des protestants fondamentalistes des Etats Unis, comme le télé-évangeliste Pat Robertson, qui lança un appel au meurtre du Président Chávez, Alexandre Adler, inexplicable raciste, José María Aznar et d'autres dirigeants du Parti Populaire Espagnol et ses équivalents en Amérique Latine comme Lourdes Flores, sont les complices d'une conspiration internationale orchestrée par la dictature globale. Bienvenue au Club, Monsieur Armengaud!

Aujourd'hui ils tentent infructueusement de se servir du chantage de l'antisémitisme pour éloigner du Président Chávez les nombreux juifs progressistes qui soutiennent le processus bolivarien.

Nous, démocrates vénézuéliens, sommes profondément opposés à des aberrations comme l'antisémitisme, le maccarthysme, le racisme, l'anti-islamisme et autres formes de fanatisme et de violence responsables aujourd'hui comme hier de crimes contre l'humanité commis au nom d'une fausse démocratie et du néolibéralisme.

Le message du Président Chávez affirme son engagement avec les exclus du monde entier, le même engagement de chrétiens comme Martin Luther King, la Mère Teresa de Calcutta, Monseigneur Oscar Romero et l'Abbé Pierre, le même engagement de penseurs et de combattants juifs, musulmans et athées qui ont oeuvré et vécu pour la paix, la liberté, l'égalité et la fraternité.

Monsieur Armengaud, c'est à vous de présenter des excuses.

NOTES SUPPLÉMENTAIRES : Hugo Chavez et antisémitisme...

Le journal Libération (20 janvier 2005) a continué à nier sa manipulation, au sein de ses colonnes le mot «Chavez» est une sorte de défoulement quand on aborde l'Amérique du Sud. Jean Hébert Armengaud a perdu depuis le 10 janvier sa plume, pour être remplacé par une collègue puis par un directeur adjoint concernant le Venezuela (http://www.liberation.fr). On se bouscule semble t'il pour confirmer le doute, si vous en aviez un à vous mettre sous la dent? Raté, j'en comprends la solidarité d'une rédaction, néanmoins le choix est au demeurant un peu suicidaire, cela ressemble à l'opposition vénézuélienne face à la révolution bolivarienne. Ils n'ont rien compris, et ils en sont d'autant plus dangereux qu'ils n'en mesurent pas toutes les conséquences.

A remarquer que l'internet a eu un rôle considérable dans la déconstruction de cette logique de faux  ou de « rumeur journalistique » est un genre nouveau mais efficace. Certains blogs sont devenus des espaces d'analyses, de critiques, et il est possible d'en apprécier la diversité et aussi la lucidité des débats : (http://rezo.net/actu) ou bien (http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=277)

et (http://blog.kilobug.org/blog/index.php/2006/01/11/19-chavez-antisemite-ou-manipulation-mediatique)

Toutefois, le venin à trouver un accueil favorable chez certains, les amis de Dieudonné voudraient faire « combat commun » avec Chavez, mais là aussi pas question de faire cause commune avec toute forme d'intégrisme :

- Premièrement, en mettant à même niveau un amuseur public (rarement drôle dans les médias) et un Président d'une République de 26 millions d'âmes.
- Deuxièmement, à alimenter une vaine de haine antisémite (sous un alibi « antisioniste ») qui sert évidemment de terrain pour des thèses identitaires et régressives.

Et inversement des ultras "pro-israéliens" qui laissent libre cours à leur arabophobie. Plus exactement, un tout petit monde qui se trompe de colère, ou que le fondamentalisme politique ou religieux agite : (http://www.quibla.net) et lire l'article et les réactions (http://www.guysen.com/articles.php?sid=4032)

Je suis du même avis qu'un blogueur (Luc) du Monde.fr, cela mériterait une action en justice face à des auteurs malveillants, mais si Chavez ne le fait pas dans son pays, je l'imagine mal le faire en France ! (http://lucky.blog.lemonde.fr/lucky/2006/01/ractions_de_cha.html). Autant, il faut renforcer la protection des sources journalistiques, aussi faut-il que les lecteurs aient des gardes-fous face à certaines dérives.

La question n'est pas d'emprisonner Jean-Hébert Armengaud pour ses opinions, mais de conserver malgré des convictions fortes un respect certain des personnes. Je rejoins à ce propos, le grand trait de sagesse de L'Observatoire de la Démocratie, qui pose une seule question: "A trop manier sans précaution, ni rigueur l'accusation d'antisémitisme, ne prend-on pas le risque de le répandre? " (http://observatoiredemocratie.over-blog.com/)

NB : Même mon journal favori s'y prend les pattes, le Canard Enchaîné du mercredi 11 janvier relaie une brève sur Hugo Chavez Frias, devinez le journal d'origine ? Et il ne s'est pas fait pan sur le bec la semaine suivante ! Mon petit Canard, s'il te plait évite de reprendre des cancaneries !

Ah, j'oubliais l'article langue de bois de l'Humanité :

(www.humanite.presse.fr/journal/2006-01-17/2006-01-17-822044), décidément la presse hexagonale a besoin de sérieusement travailler son dossier sud américain, là est l'enjeu du problème !




«Le credo vichyste
du journalisme
franco-vénézuélien»

Par LM, le 11-01-2006

photo : apporea.org
 

Si tu veux de te débarrasser d'un ennemi, dis de lui qu'il a la rage. En France, on pourrait remplacer le terme rage par antisémite et obtenir au final le même résultat. Cette fois ci la manoeuvre est plus que grossière, sur le fond elle met en évidence une pratique journalistique qui s'apparente à une manipulation à des fins peu scrupuleuses. De la propagande de bas étage, et très révélateur du peu de souci de la mémoire, si l'on oublie les faits, les invraisemblances et surtout un amalgame digne d'un esprit un tantinet malsain. Je me réveillais lundi (9 janvier 2006) au lueur du journal du matin de Canal plus et que fut ma découverte quand j'entendis les propos d'une commentatrice sur Hugo Chavez, en me rasant (rassurez vous, je ne me suis pas coupé). La source émanait du journal Libération, et le président vénézuélien lors d'une allocution le soir du 24 décembre 2005 aurait émis des propos antisémites. Par après, je me connectais à internet pour lire l'article « le credo antisémite de Hugo Chavez ». Je découvrais au passage un ou deux articles relayant cette information au demeurant troublante.

On peut se dire qu'en peu de temps le stratagème aura été levé, que la manipulation opérée par Jean Hebert Armengaud n'est pas la première. Oh, ce monsieur connaît bien le Venezuela et en particulier les quartiers généraux de l'opposition et traîne rarement ses guêtres dans les barrios populaires de Caracas. Que voulez vous un si grand reporter de presse ne peut pas vraiment aller chercher n'importe où ses infos. Il vaut mieux crier au loup et dans les cocktails mondains sur la « dictature » de Hugo Chavez, et a peu de distance du palais présidentiel de Mira Flores. L'ennui pour ce piètre manipulateur, c'est que depuis 2000, le Venezuela connaît un lot de visiteurs et de résidents nouveaux. Pas vraiment dupes, et dans mon cas choqué en 2004 sur ce que je lisais dans Libération et Le Monde. Quand sur place, il n'y avait rien à voir avec ce que je découvrais dans les colonnes de ces 2 journaux. Dans ce cas, on devient très alerte sur le contenu, et apparemment la supercherie est cette fois-ci levée. Dans le cas du journal Le Monde, le plus grave consiste à reprendre l'information sans en vérifier le contenu et quasiment avec les mêmes arguments ou doutes erronés.

J'ai écrit, il y a quelques mois un texte sur le Venezuela, celui-ci parlait de comment un « 29 novembre 2004 » (1) la police métropolitaine avait fait irruption dans les locaux de l'Ecole Israélite de Caracas, un après-midi durant et en raison de l'assassinat du procureur Danilo Anderson. Et j'ai écrit aussi sur le négationniste argentin Ceresole disparu en 2003 (2). J'expliquais comment certaines thèses antisémites fonctionnent au Venezuela en resituant aux mieux les évènements, et en sachant que comme partout il y a des antisémites, et en particulier une église catholique très réactionnaire et ayant expliqué pendant 500 ans que les auteurs de la mort du christ étaient les « juifs », en oubliant la judaïté du fils de Dieu. Ce que soulignais mon texte c'est à quel point on s'est peu préoccupé après 1945 de la venue de certains migrants allemands nazis, et comment avec des capitaux et des organes de presse ce petit monde avait prospéré sur tout le continent américain (USA inclus). Faire état de la place des thèses des extrêmes-droites venues d'Europe sous les dictatures fascistes sud américaines est un fait avéré, mais peu évoqué par la presse dominante. Il faudrait faire un travail d'enquête, cela demande une autre perception du journalisme. Pour un « Garaudy latino », combien de criminels nazis sont morts tranquillement dans leurs lits de Washington à Buenos Aires ?

Il y a de quoi rester alerte sur le Venezuela et chercher une autre lecture de ce pays. Que Hugo Chavez un soir de Noel et de réveillon ait des accents christiques, cela n'a rien de très étonnant. Il ne cache pas ses convictions religieuses dans le débat politique, et ses références au Christ libérateur refont surfaces. Pour nous en France, c'est assez peu compréhensible, du moins de quoi agacer une libre pensée très hexagonale. Mais de là à désigner tous les catholiques comme des antisémites, se serait absurde ; à vouloir dénoncer en utilisant les pires armes de la délation, c'est proprement un reste de l'esprit vichyste. Faut il être un tant soit peu tordu pour s'attaquer à un individu et n'en montrer qu'un portrait faux, délibérément outrancier. Et il suffit qu'un journaliste lance un article, il sera relayé sans fondement et aidera une fois de plus à dire que ce qui se passe au Venezuela revient à une alliance des rouges et des bruns. Plutôt que de s'interroger sur comment de Libération à l'Express on lit les mêmes erreurs, les mêmes excès. Cette pratique qui consiste à faire dire le contraire est très en vogue outre atlantique, quand il s'agit d'éliminer ses adversaires. Maurice Lemoine aborde dans son « Chavez Presidente », quelques traits de ces aboyeurs de la presse présidentielle, qui d'un élément vont le transformer et en faire une accusation supplémentaire à l'encontre du pouvoir chaviste.

Pour tourner la page de ce très mauvais gag, saluons le texte de Romain Migus (3) qui met court en peu de temps à cette information infondée sur l'antisémitisme du président vénézuélien. En tout cas c'est un moyen de comprendre pourquoi, plus que jamais il faut une presse libre et indépendante des pouvoirs politiques et financiers. Pauvre Jean-Paul Sartre, qu'ont ils fait de ce journal ? On peut comprendre pourquoi en 10 ans Libération est passé d'environ 300.000 lecteurs à 160.000 par jour. De quoi être fort chagrin de ne pouvoir plus trouver en kiosque un quotidien de référence. Je ne sais plus vraiment si il existe une déontologie journalistique. Du moins cet exemple est assez significatif de la mauvaise foi, de la peur de perdre son emploi qui agit dans de nombreuses salles de rédaction. Il faut vendre, faire dans le sensationnel. C'est vrai, on est très loin du journal qui ouvrait ses colonnes aux taulards et la nostalgie n'a plus lieu d'être. Il est anormal d'utiliser la mémoire à des fins cyniques et dérisoires, c'est une offense surtout aux disparus et à leurs enfants pour agiter de vieilles nostalgies franchouillardes. En fait, je me découvre comme une nausée quand je pense à certains médias. Et le pied de nez posthume de François Mitterrand est de penser que le qualificatif « de chien » est un peu abusif notamment pour les canidés.

(1) dans l'article de Libération est omise la date de 2004, il est cité un « 29 novembre » sans précison de l'année, quitte à le faire passer pour récent. (2) « Venezuela, le Retour de l'Histoire », texte en ligne sur le site. (3) Article de Romain Migus, CI-DESSUS

COMPLÉMENT :
 
Manipulation : Chavez accusé d'antisémisme ... !

Chavez accusé d'antisémitisme : C'est que qu'affirment Le Monde et Libération du 9 janvier. Cette affirmation est tirée d'un discours prononcé la veille de Noël par le chef de l'Etat vénézuelien

Le Monde et Libération publie le discours que Chavez a prononcé la veille de Noël. MAIS...
l'omission de quelques lignes, transforme le sens de la phrase et permet d'accuser Chavez d'antisémitisme ! 

Janette Habel, maître de conférences à l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine écrit :
J'ai été sollicitée lundi par France Culture afin de commenter l'article paru dans Libération concernant les propos "antisémites" de Chavez. C'est en allant sur le site du Ministère de la Communication vénézuélien que nous avons pu lire (avec l'assistante de l'émission) le texte intégral du discours de Chavez en date du 24 décembre.Ayant pris connaissance du texte l'interview a été annulée. J'ai ensuite averti M.Lemoine au Monde diplo.

Cette manipulation repose d'abord sur la suppression de quelques lignes - "les descendants de ceux qui ont expulsé Bolivar et qui l'ont crucifié à leur manière à Santa Marta en Colombie. Une minorité s'est appropriée les richesses du monde, une minorité s'est emparée de l'or de la planète etc.." - cette omission permet d'établir une continuité entre " les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) et la minorité "qui s'est emparée des richesses du monde". La lecture intégrale du passage concerné suffit à démentir l'interprétation de Libé. 

Plus grave encore l'auteur de l'article de Libé signale que le texte officiel du discours est toujours en ligne sur le site du Ministère : on peut donc supposer qu'il l'a lu..on n'ose penser qu'il ne l'a pas compris.
Vous pouvez lire le discours de Chavez sur le site du ministère de la communication et de l'information : minci.gov.ve. A la veille du Forum Social de Caracas tout cela n'est pas innocent.

Voici le passage traduit dans son entier :
« Je viens de terminer ce matin le dernier rapport de l'ONU sur la situation du monde et c est alarmant. C est pour ça que je dis qu'aujourd'hui plus que jamais en 2005 ans, Jésus-Christ nous manque, parce que le Monde est en train de se consumer jour après jour ainsi que les richesses du monde, parce que Dieu et la nature sont sagesse, le monde a de l'eau en quantité suffisante pour que chacun ait de l'eau, le monde a suffisamment de richesses et de terres pour produire de la nourriture pour la population mondiale, le monde a suffisamment de pierres pour construire pour que personne ne soit laissé sans habitat. Le monde possède pour tous, donc, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d'ici et le crucifièrent aussi a leur manière a Santa Marta en Colombie. Une minorité s'est appropriée les richesses du monde, une minorité s'est appropriée l'or de la planète, de l'argent, des richesses minérales, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, de toutes les richesses donc, et a concentré les richesses entre quelques mains : moins de 10% de la population du monde est propriétaire de plus de la moitié de la richesse du monde entier et ... plus de la moitié des habitants de la planète sont pauvres et chaque jour il y a de plus en plus de pauvres dans le monde. Ici, nous avons décidé de changer l'Histoire. »
 
Source : Jacques Cotta  http://www.info-impartiale.net/breve.php3?id_breve=108



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Dernières modifications : 05/02/2011