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Ce qui est démocratique : faire du petit cercle de connaisseurs un grand cercle de connaisseurs

Berthold Brecht 

 


Amérique Latine - Archives 2005

    Sommaire de la page     
1 - "En Amérique Latine, il ne se passe rien..." par José Steinsleger
2 - La question vénézuélienne par Roberto Hernandez Montoya
3 - Venezuela : Les ombres du passé !
4 - La révolution bolivarienne : mythe ou réalité ?
5 - Hugo Chavez vers un 9ème scrutin gagnant ?
6 - Nouvelle victoire du camp Bolivarien,  par Paul-Emile Dupret
7 - Colombie : Ils ont fait taire un homme...
8 - Venezuela : Un nouveau modèle de communication est en marche ?

 


"En Amérique latine
il ne se passe rien..."

par José Steinsleger,
)))))
La Jornada, Mexico 15 juin 2005

En début de semaine dernière, alors que les peuples de Bolivie encerclaient La Paz et que le président du pays andin présentait pour la seconde fois sa démission, Alain Touraine, théoricien des mouvements sociaux et de la "sociologie de l'action", déclarait à Mexico : "En Amérique latine il ne se passe rien...".

La sociologie tourainienne peut se résumer en quelques mots : lire pour croire, ne pas voir pour nier. Ses dévôts réfuteraient une généralisation aussi tranchante. Cependant, Andrés existe aussi. Andrés est un garçon de la sierra nord de Puebla qui lave des voitures dès 6 heures le matin, me garde La Jornada et parfois parcourt ses pages.

Me montrant la une (l'auteur mentionne la "Rayuela" de la Jornada, littéralement la "Marelle", ndt) du jeudi 9 juin, Andrés m'a demandé : "Regarde, licencié... Qu'est-ce que ça veut dire ?" (Andrés m'appelle toujours "licencié" et je lui réponds "tu seras plus licencié"). Sans ma dose de café matinal, je lis : "Quelle démocratie ?". Puis je vois en première page : "Alain Touraine : la démocratie menacée de mort". Je lui explique. Andrés répond : "Ah, c'est ça... je comprends maintenant".

Je monte les escaliers en me disant : "Que d'efforts...". Que d'efforts doivent faire nos peuples pour pénétrer la profondeur des propos de personnages comme Touraine, "... une des figures centrales de la pensée contemporaine". Les peuples d'Amérique latine sont en train de le démasquer. Et je crois qu'Andrés fait son chemin. Au moins a t-il été, avec toute sa famille, à la marche de soutien à Lopéz Obrador (candidat de la gauche à l'élection présidentielle mexicaine, ndt).

"Dans la plus grande partie du monde ce qui domine c'est l'incapacité de penser, d'agir, de prévoir et de faire des projets pour l'avenir...", déclare Touraine. "C'est un monde qui ne se pense pas et y compris sur ce continent je ne vois pas de grands courants de pensée (sic)... ", ajoute t-il.

Il me faut un café. Et même un double. Je persiste dans le masochisme matinal : "... ce qui commande c'est les finances, les personnes qui s'intéressent à l'argent, pas à la production". Ouah, l'apport à la "pensée contemporaine" ! Je regarde par la fenêtre et entame le dialogue avec un petit oiseau :

-Tu te rappelles quand Touraine a rencontré Carlos Menem, et a ensuite écrit : "Il est surprenant de comparer le parallélisme qui existe entre l'évolution politique de l'Argentine et le processus que connaissent les autres grands pays occidentaux, dans lesquels il se produit ce qu'on peut définir comme une révolution libérale (sic)" (Revue Noticias, Buenos Aires, 16-05-1995) ?

Petit oiseau : C'est ta faute.

- Quelle faute ? Touraine a été le grand gourou de ces "scientifiques sociaux" des partis pragmatiques à usage multiple qui nous ont mis dans cette misère de pensée que maintenant il déplore.

Petit oiseau : Et bien... C'est un Français ! Que sais-tu toi de son originale et syncrétique conception "actionnaliste" qui définit de manière précise les mouvements sociaux, y incluant la notion de "classe sociale" ? Touraine est très savant et toi tu n'es même pas licencié.

- Oiseau contaminé ! Maintenant je te chasse. C'est sûrement Toni Negri qui t'envoie.

Petit oiseau : Personne ne m'envoie. Je suis un partisan de la liberté. Touraine m'a appris que je dois penser en fonction de ma nourriture. L'idée tourainienne de "mouvement social" a le mérite d'avoir entrevu avec clairvoyance que l'idée traditionnelle du sujet révolutionnaire, ou transformateur de la société, est entrée en crise.

- Serait-ce que tu crois que la conception "actionnaliste" de Touraine, que l' "autonomie" des mouvements sociaux inclus l'analyse de classe ? C'est ce que dit aussi l'Italien Sylos Labini qui comme l' "original" Touraine mélange Marx, Weber, Durkheim et le fonctionnalisme étatsunien et préfère chercher en Amérique latine une ressemblance avec son propre univers pour expliquer le pourquoi des différences.

Petit oiseau : Je crois dans la conscience intestinale, le seul modèle viable. Toi par contre tu crois dans les idées et restes au XIXe siècle, alors que tout indique que les classes sociales doivent être réalistes et chercher des palliatifs à la crise à l'intérieur du système.

- Quel système ?

Petit oiseau : La démocratie, quoi ! Pour Touraine, les quatre conditions requises de la démocratie sont : 1) l'existence d'un espace politique reconnu (la "citoyenneté") ; 2) la séparation de la société civile et de l'Etat ; 3) la présence consciente d'un principe d'égalité entre les individus, et 4) l'existence de groupes d'intérêt "reconnus et organisés de telle manière que les institutions représentatives correspondent à des intérêts représentables, préalablement organisés".

- Tout cela semble parfait, petit oiseau. Trente années à répéter la même chose ! La démocratie. Quelle démocratie ? La démocratie est un "système" ou un principe ?

Petit oiseau : Les deux à la fois. La classe ouvrière et les syndicats n'ont été qu'un phénomène passager lié au développement du capitalisme industriel. Aujourd'hui il convient d'être démocratique.

- Et comment fais-tu pour éviter qu'un chat en finisse avec toi ?

Petit oiseau : Je suis "réaliste". Je vole.

Sources : La Jornada www.jornada.unam.mx 
- Traduit du castillan par Max Keler  (Révolution Bolivarienne n°12)













La question
vénézuélienne,

par Roberto Hernández Montoya
 



Roberto Hernández Montoya est Président du Centre d'Etudes de l'Amérique Latine Rómulo Gallegos (Celarg). Il a fait ses études d'analyse du discours à l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, à Paris. Il a été le président fondateur de l'Association vénézuélienne d'éditeurs et directeur des éditions de l'Ateneo de Caracas.

Le 11 avril 2002 se sont produits les événements suivants : l'OPEP a été abolie, le Groupe 77 + la Chine a été décapité, l'approvisionnement de pétrole à Cuba a été suspendu, on a compromis l'accès de Luiz Inácio Lula da Silva au pouvoir au Brésil et le pétrole du Venezuela a été mis à la merci des géants de l'industrie.

Le Venezuela continue à être aujourd'hui un laboratoire international. Tout se joue au Venezuela : l'économique, le juridique, le social, le culturel, le politique, le militaire. Chaque bouffonnerie ou chaque gloire vénézuéliennes deviennent des références pour tous les peuples, pour tous les chercheurs, ainsi que pour les curieux de tous ces phénomènes. Mais on risque de se laisser piéger dans un labyrinthe de miroirs qui complique le regard sur les problèmes et ses solutions.
Le problème n'est pas Hugo Chávez. Il n'est pas non plus la solution. Pour moi les chavistes ne sont pas seulement pas ceux qui pensent que Chávez est la solution de tous les problèmes. Ceux qui pensent que Chávez est l'origine de tous les problèmes ont été créés par lui sont aussi des chavistes. Les deux se trompent.

La plupart des opposants de Chávez semblent penser que s'il disparaît du contexte politique tous les ennuis vont disparaître aussi : la corruption, les démagogues, les médias manipulateurs... Il n'y aura plus des parents irresponsables, ni des femmes infidèles, ni des guérilleros colombiens dans le territoire du Venezuela. Et bien, j'ai le devoir alarmant de vous informer que tout cela va continuer si Chávez n'est plus au pouvoir parce que les solutions illusoires ne sont pas, hélas, des solutions. Mais j'ai aussi le devoir, cette fois agréable, d'informer que la solution à tout problème n'est pas Chávez. Il a le pouvoir de résoudre plusieurs maux, mais pas tous. C'est à dire, la solution est dans les mains et les esprits de tous les vénézuéliens. Chávez n'est que le résultat d'un processus d'années et d'années où ont été créées les conditions sociales et politiques dont il avait besoin pour arriver au sommet du pouvoir. Mais ce sommet-là n'est pas une Montagne Magique. Il est plutôt un défi, le défi de Damoclès, pour quiconque occupe sa position. Chacun doit travailler à son niveau, dans son espace, et y faire son mieux.

Quelles réactions a provoquées l'actuelle condition vénézuélienne ? Il y en a une dont on fait très peu mention dans les médias internationaux : un enthousiasme populaire qu'on n'avait pas vu depuis plus d'un siècle. Puis il y a la réaction contraire que je perçois en deux groupes difficiles à distinguer puisqu'ils se confondent eux-mêmes dans des idées et des actions communes. Le premier groupe c'est la droite pure et dure, la droite de toujours. On connaît très bien cette droite partout, donc je ne vais pas en parler beaucoup. Je fais mention seulement des actions dirigées depuis Washington et qui ont provoqué plusieurs événements dont je ne vais faire mention que de deux : le coup d'état d'avril 2002 et le sabotage de l'industrie du pétrole de la fin de 2002 et du début de 2003. On y a tout essayé : la formule chilienne, la formule appliquée au Nicaragua pour renverser les sandinistes, etc. On n'a presque rien inventé de nouveau pour les nouvelles conditions qu'on trouve au Venezuela. J'y reviendrai.

L'autre groupe est celui que je propose de nommer la « nouvelle droite », c'est à dire, celle puisée de l'ancienne gauche, qui a fait le saut ornemental des palissades. Sous la dictature médiatique sous laquelle survit l'humanité depuis des années, il est très facile de glisser dans des erreurs assez dangereuses. C'est ce qui s'est passé avec une bonne partie de la droite. Mais cela devient encore plus dangereux lorsqu'on est en train de chercher d'urgence un prétexte pour évader ses responsabilités historiques. C'est le cas de plusieurs militants de la dite « gauche caviar », celle qui trouve les excuses les plus farfelues à l'heure de faire face à ses engagements. Quelques uns avaient déjà fait le parcours qui va de la guérilla au fascisme pur et dur. Quelques autres ont découvert que la gauche tout entière avait tort à peine le gouvernement de Chávez a commencé à prendre les mesures que la gauche avait elle-même toujours demandées. Ils ont soudain montré ce qu'on a découvert à la Nouvelle Orléans : le visage caché des États Unis, le visage de la misère économique et sociale. L'analogie est utile : c'est ce que les toréadors appellent « l'heure de la vérité », le moment d'affronter le taureau. Lorsque l'ouragan a frappé la ville de Louis Armstrong on a découvert qu'il y a 37 millions des pauvres au pays qu'on considère le plus riche du monde. Aussi, lorsque la révolution a éclaté au réel, cette gauche commode a choisi le vieux chemin de la droite. Ella a dévoilé son vrai visage. Elle l'a fait avec un tel acharnement qu'on a du mal à faire la différence avec la vieille droite. Ils ont défilé ensemble et ils ont participé ensemble aussi dans toutes et chacune des aventures de la contre-révolution.

Le problème avec cette gauche est le problème posé par la trahison. Elle fait perdre un temps précieux pendant qu'on discerne s'il s'agit d'une hésitation passagère, d'une erreur ou d'une trahison. Mais une fois qu'on découvre qu'il s'agit bien d'une trahison, on perd aussi un temps précieux à essayer de comprendre comment quelqu'un qui a lutté toute sa vie pour certains principes passe d'un jour à l'autre au champ radicalement antagonique. Mais le dommage le plus grave est celui de confondre la gauche d'autres pays, qui perd à son tour un temps précieux à essayer de savoir si ce qui se passe au Venezuela est une vraie révolution ou s'il s'agit d'un processus bonapartiste, d'une des dictatures militaires traditionnelles de l'Amérique Latine, d'un processus stalinien, d'un phénomène fasciste, etc. Et bien, l'ancienne gauche devenue la nouvelle droite a radoté tout cela : Chávez est en même temps un dictateur et de droite et de gauche. Puisqu'il est militaire, il n'est que trop facile de soutenir qu'il est un dictateur militaire comme n'importe quel autre. Brillant ! Il est suffisant d'être militaire pour être un gorille. Bien évidemment on n'a pas eu trop de militaires présentables en Amérique Latine. Mais il y en a eu plusieurs qui sont plus que présentables : Miranda, Bolívar, Sucre, Sandino au Nicaragua, Torrijos au Panama, Líber Seregni à l'Uruguay, tout récemment décédé ; Juan Velazco Alvarado au Pérou. Et ainsi de suite. Là l'opposition vénézuélienne a choisi la voie la plus risquée : démontrer qu'il y a une dictature au Venezuela. Bien sûr, de loin on peut croire quoique ce soit que disent les journaux ou CNN, qui disent toujours la vérité, n'est-ce pas ? Et bien, non. Il suffit de lire la presse ou de regarder la télévision du Venezuela pour tout comprendre. Notre ambassadeur Roy Chaderton a dit qu'il suffit de mettre dans une chambre d'hôtel à n'importe quel visiteur au Venezuela avec un appareil de télévision pendant environ 15 heures d'affilée. S'il survit, il saura de quoi s'agit-il après témoigner la campagne maniaque et tapageuse que les médias ont déclenché contre le gouvernement depuis 2001 environ. Avant cela les médias ont hésité, quelques uns pensaient qu'ils pouvaient composer avec le nouveau gouvernement. Lorsqu'ils ont découvert qu'ils ne pouvaient pas pactiser avec Chávez, ils ont en même temps découvert qu'il était un dictateur.

Or c'est la dictature la plus étrange de l'histoire, où il y a des maires d'opposition avec des corps de police armés qui participent dans un coup d'état, tout en restant en place lorsque le coup fait faillitte. C'est une dictature où il y a des manifestations d'opposition presque chaque semaine, où les médias font des blagues obscènes sur la fille de Chávez qui n'a que sept ans. Or, aucun journaliste ou commentateur n'a été importuné par la dite dictature. Y avait-il des maires d'opposition pendant le régime de Vichy ? Il est donc bien difficile de prouver qu'il y a une dictature sous un gouvernement où la liberté d'expression et de manifestation n'a aucune limitation. Un groupe des militaires putschistes de 2002 a même implanté dans une place des quartiers riches de la capitale un soi-disant « territoire libéré ». Ils y ont restés campés pendant des mois, jusqu'à ce que le théâtre a décliné par lui-même, sans aucune intervention de la dite dictature, à cause de l'abandon total de ses adhérents. Il doit être bien dur devoir mener à bien cette tâche de démontrer contre toute évidence qu'il y a une dictature au Venezuela, une dictature qui a gagné confortablement dix élections d'affilée depuis 1998. Mais ils ont aussi du mal a décider quelle est la nature de cette dictature, voire si c'est une dictature de droite ou de gauche. La droite n'hésite pas à pérorer qu'il s'agit bien d'une dictature de gauche, du fait de l'amitié entre Fidel Castro et Hugo Chávez. On dit que Chávez veut transformer le Venezuela dans un nouveau Cuba. La nouvelle droite, c'est à dire, l'ancienne gauche, a du mal a prôner cette thèse. Ils préfèrent babiller qu'il s'agit plutôt d'une dictature militaire de droite style Augusto Pinochet. Quand on leur montre qu'il y a toutes les libertés des démocraties bourgeoises, et encore d'autres, ils disent que Chávez a « l'intention » de devenir un dictateur. Bel et bien un procès d'intention. Cette dictature a été un complet échec, puisqu'elle ne réussit pas à s'installer comme telle depuis six ans !

On a pu voir un graffiti sur un mur de Caracas : « À peine ils ont perdu leurs privilèges ils ont découvert la liberté ». Au Venezuela il y avait avant Chávez une sorte de démocratie électorale où les citoyens ne pouvaient s'exprimer que dans des élections pour la plupart frauduleuses. C'était un régime corporatif, où les forces qui dominaient étaient les syndicats patronaux, les businessmen associés avec le grand capital mondialisé (c'est à dire contrôlé par les États Unis), l'Église et l'Armée. Or, l'Armée du Venezuela a passé par une évolution bien intéressante. Il n'est pas été par hasard que c'est les militaires qui se sont révoltés en 1992 contre ce régime corporatif, avec Chávez en tête. L'armée du Venezuela est composée par des hommes et maintenant des femmes surgissant des classes populaires ou de la classe moyenne appauvrie. Ce n'est pas le cas d'autres pays de l'Amérique Latine, où les officiers des armées sont largement composés par la haute bourgeoisie, voire les oligarchies. En 1989 les classes appauvries du Venezuela se sont violemment révoltées contre les politiques néolibérales du gouvernement. L'armée a été utilisée par les classes dominantes pour une répression sanglante. Cela a provoqué une crise de conscience dans tous les rangs de l'armée, ce qui a précipité ses deux révoltes de 1992, dont je viens de faire mention.

On assiste aujourd'hui au Venezuela à une fusion des civils et des militaires dans les tâches les plus diverses, dès la rescousse des populations sinistrées, jusqu'aux missions sociales : alphabétisation d'un million trois cent mille personnes dans environ une année, l'éducation, la santé, la distribution d'aliments, la production, la défense de la nation, etc. Le contrecoup qui a suivi le coup d'état de 2002 a été mené et par les civils et par les militaires dans une action commune et concertée. En ce qui concerne l'entente avec Cuba, il s'agit d'une collaboration dans des tâches essentielles comme l'éducation et la santé, ainsi que le fournissement des carburants. Il y a actuellement des milliers des médecins cubains qui procurent des soins gratuits à des millions de pauvres, 24 heures sur 24, les 365 jours de l'année. On envoie à Cuba des centaines de malades graves pour y être guéris. On y a rétabli la vision à environ 70.000 personnes, jusqu'à aujourd'hui. On a adapté une méthode cubaine pour l'alphabétisation, mais dirigée et administrée par des enseignants et des volontaires vénézuéliens. On lutte actuellement au Venezuela contre les latifundistes, contre les installations industrielles abandonnées, contre l'usure, contre les abus des patrons, contre les émissions de télévision inappropriées pour les enfants et les adolescents. Et ainsi de suite.

Tout cela est inacceptable pour la bourgeoisie et surtout par l'impérialisme assoiffé de pétrole. Le même impérialisme qui a envahi l'Iraq, le même impérialisme qui a déclaré la guerre au monde et qui a envahi plusieurs pays de l'Amérique Latine. C'est une menace mondiale permanente qui s'est considérablement aggravée par la bande fondamentaliste en place à la Maison Blanche. Si l'on a une pensée progressiste, Bush devrait être un bon guide pour s'orienter dans la carte mondiale. Chaque fois que le gouvernement impérialiste exprime sa « préoccupation » pour un pays quelconque, on doit examiner les faits de plus près. Cette bande a même changé le nom des frites en anglais, qu'on avait toujours appelé French fries pour les appeler à la cafétéria du Congrès « les frites de la liberté »... Tout cela fait rire mais cela fait pleurer des milliers de familles iraquiennes et de la Nouvelle Orléans.

Merci.

sources : http://www.analitica.com/bitblioteca/roberto/





 
 



Les ombres du passé :
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l'idéologie néo-libérale,
ou trente ans de déstabilisation
en Amérique Latine
 

par Lionel Mesnard, octobre 2005
 

En relisant certains articles sur Reporter Sans Frontière sur internet, j'ai voulu en savoir un peu plus sur la Fondation Nationale pour la Démocratie (National Endowment for Democracy ou NED). Étonnamment, on trouve sur son site des programmes et des financeurs en faveur du Venezuela, et c'est aussi une «ONG» étasunienne. Le rôle de certains groupes de pression comme le NED a été plusieurs fois mis en cause dans sa volonté de nuire au gouvernement de Hugo Chavez, et soit disant au nom des droits de l'Homme. Et, qui a participé au blocage de l'activité économique en 2003 et à rassembler les signatures du référendum révocatoire d'août 2004, avec le succès que l'on connaît ? Le NED et sa filiale vénézuélienne SUMATE en particulier. Qui au nom de la démocratie «mise en danger» voulait encore après le coup d'état avorté de 2002, faire partir le «diable» en personne et ses amis du MVR (Mouvement pour la 5ème République).

Si Robert Ménard, le président de RSF semble assumer se faire en parti financer par le NED : que distille ce machin, c'est quoi au juste ? Si l'on s'en tient à d'autres sites, nous avons là une tête de pont favorisant une déstabilisation des institutions, et peu importe l'approbation de 70% des vénézuéliens en 1999 et les différentes victoires éléctorales depuis. Sur les financements, en cela pas de mystère, on retrouve pour gentils donateurs les néo-conservateurs du parti républicain. Au moins sur ce point les anglo-saxons sont plus transparents que ne le sont les français (1). Néanmoins, si le rôle économique est connu, il existe aussi une fonction idéologique. Défendre la démocratie est en soit appréciable, mais on a souvent sous estimé la nuisance d'objectifs politiques précis. Depuis l'école de Chicago de Milton Friedmann (1973), voilà de nouveau une officine de la pensée néo-libérale, sous la façade d'une organisation non gouvernementale. Et nous sommes loin d'un dessein gratuit au profit d'une humanité allégée de ses souffrances.

Depuis un 11 septembre 1973 à Santiago du Chili, l'on peut saisir ce que cache ce genre de structure très «honorable», comment business et idéologie font bon ménage ? Tout cela bien enveloppé dans le respect de l'individu, mais en faveur des multinationales et comme appui aux oligarchies sud américaines, vraiment méconnues pour leur souci du partage des richesses. Les dizaines millions de miséreux qui n'ont pas accès au plus usuel, le marché s'en charge à sa façon : qu'ils crèvent la gueule ouverte ! Victoire des marchandises sur la dignité humaine, le commerce domine, et les libertés les plus fondamentales reculent en tout point de la planète. Sauf au Venezuela ou l'on ne cesse de dénoncer un présumé dictateur. Cherchez l'erreur ?

J'ai un peu mieux saisi en voyant la bouille de monsieur Francis Fukuyama sur le site du NED. Souvenez vous, ce n'est pas si vieux. Une publication du sieur avait annoncé "la fin de l'Histoire", suite à l'écroulement du mur de Berlin en 1989. Démocratie et marché allait tout régler, sauf que le premier terme ne doit pas avoir le même sens pour tout le monde. Et le marché n'assure aucune garantie aux populations de ne pas sombrer dans l'invisibilité de l'économique. La course à la plus value prévaut bien plus sur les besoins d'au moins 800 millions de personnes en danger de mort. Au rythme où nous allons, jamais ne sera assuré aux plus démunis (3/5ème de l'Humanité) la possibilité de vivre autrement, sauf à élargir le fossé des inégalités entre le nord et le sud. Qu'un politique veuille mettre les richesses de son pays (le pétrole) au service des populations de l'espace caraïbe-andin et au delà, ça agace. Cela vient mettre à bas les règles cyniques sur la libre concurrence et en plus protége une nation de l'évaporation de ses capitaux. Tout cela n'est pas conforme au dogme de ce piètre idéologue qu'est monsieur Fukuyama, et son bras armé : le NED.

Apparemment, quand on vient prouver le contraire, notamment au sud de la Floride, ça fait désordre cette idée de participation concrète à la démocratie. L'on préfère depuis fort longtemps éliminer les acteurs du changement social en Amérique latine. Les puissances impérialistes ne s'embarrassent guère des progressistes qui vont au bout de leurs idéaux ou principes. Les réseaux nauséabonds qui ont tenté le 11 avril 2002 de faire tomber un régime démocratique sont aujourd'hui peu à peu démasqués. Si l'on resitue le problème depuis 1973, on peut remarquer la même mécanique implacable, instruite à la Maison Blanche ou au sein du Pentagone. En 1973, c'est un certain Georges Bush qui était directeur de la CIA... La compromission des services secrets US avec la multinationale ITT mettra un terme au front populaire au Chili par un coup d'état militaire sanglant. Et Pinochet appliquera en plus de la terreur pour politique économique, celle de l'Ecole néo-libérale de Chicago. En résumé la politique du département d'Etat en Amérique du Sud est la même ou presque depuis plus de 30 ans.


Note :

(1) http://www.ned.org/
Extrait financiers du NED : Venezuela en 2004 : le NED soutien 13 projets au Venezuela, pour un total de : $874,384. Exemple : Instituto de Prensa y Sociedad ­ Venezuela : $72,000.. NED Venezuela en 2003: le NED soutien 15 projets pour un total de : $1,046,323. Exemple : Sumáte : $53,400


 


 

La révolution bolivarienne :

mythe ou réalité ?

Par Lionel Mesnard, septembre 2005
                                                     

 
photo :
apporea.org / Chavez à l'ONU
 

Il est très facile à plusieurs milliers de kilomètres d'esquisser un portrait de Hugo Chavez, il suffit de choisir son camp et au final dépeindre une situation à travers des batailles politiques ou journalistiques très franco-françaises. Dans ce cas, quelle perception peut en avoir un citoyen vénézuélien des quartiers défavorisés sur certains travers cocardiers ? La base électorale chaviste n'en connaît pas les subtilités et à vrai dire n'y pense pas, ou se fait une autre idée de la Nation française. Tout comme en France, comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe là-bas ? Doit-on se fier à un enjeu où la question se résume trop souvent à être pour ou contre un chef d'Etat, qui de plus échappe à certains critères du "vieux continent" ? Face à des prises de position réductrices, on finit par ne pas expliquer ce qui se passe au Venezuela, et un article à lui seul peut difficilement restituer les enjeux d'une société complexe. Tout cet embrasement autour d'une personnalité ne sert pas vraiment la cause d'une population, dont les choix politiques sont difficilement contestables, évoquons plutôt un renouveau social et les leçons d'humilité d'un peuple qui ne demande qu'à vivre dans la dignité.

Il paraît dans notre pays un livre tous les deux ou trois ans sur la question du Venezuela, et les deux dernières publications évoquent le nom du président vénézuélien
(1). Il faut semble t'il accrocher le lecteur, il y a un contexte de l'édition où il est difficile d'alimenter un point de vue échappant au conformisme ambiant. Néanmoins, cette rareté littéraire propose des ouvrages de qualité, des auteurs avec une opinion ne concordant pas vraiment, mais il vaut mieux ne pas trop s'arrêter à des questions de positionnement. Mais qui peut vraiment mettre en lumière la réalité vénézuélienne ? Personne, ce serait un mensonge, mais entre ces deux plumes à la fois affectives et politiques, il peut exister heureusement d'autres approches, notamment critiques, sans pour autant invalider l'expérience vénézuélienne. Pourquoi se borner à un camp, quand l'intérêt est de comprendre comment peut agir une "conscience collective". L'idée de Nation fédère encore des élans et permet d'engager des transformations, donnant ainsi au politique un dessein et de quoi agir sur le quotidien. Se déroule au Venezuela une étape indispensable vers un Etat de droit, incluant toutes les composantes sociales du pays. Elle n'est pas le fait d'un individu, mais le produit d'une société en mouvement, qui se cherche encore et avance à son rythme. En 2005 ou plus particulièrement depuis 2003, l'on constate une nette amélioration, voire une situation exceptionnelle de développement. Il n'y a pas vraiment de comparaison possible, sauf à revenir aux années 1960 en matière de progrès social, ou sur le plan économique depuis 1973 (première crise énergétique). Un contexte qui de plus échappe à la gouverne étasunienne, et confirme son affaiblissement constant depuis 2001 au plan international. Cette résistance vénézuélienne au système néo-libéral n'est pas un épiphénomène. Ce peuple méprisé par son oligarchie est à bien des titres exemplaire. Et cela n'a vraiment rien d'exotique, tout ceci est très actuel et vient bousculer certains repères, et ne se limite pas qu'au seul Venezuela. Si le contexte mondial lui est favorable, il y a surtout la dynamisation du marché intérieur et des avancées sociales ouvrant des perspectives pour une meilleure redistribution des richesses.

I - Et , si la question était de savoir pourquoi les vénézuéliens soutiennent aussi massivement la politique de changement ? 

On peut facilement le comprendre à travers son histoire récente et jusqu'à l'accession de Hugo Chavez à la présidence de la République. Le malaise était telle, qu'il y avait la nécessité de mettre un terme au détournement de l'argent du pétrole au profit d'une infime minorité, de le redistribuer en faveur de la grande majorité. Sans oublier des pages de répressions très sanglantes, avec une utilisation systématique de la torture ou l'assassinat des opposants de gauche. Ce n'était pas chose gagnée quand Chavez arriva en 1999 à la tête du pays, l'économie allait au plus mal. Les vénézuéliens ont fait un drôle de pari en croyant sur la volonté d'un seul homme de mettre fin à des années de corruption et de terreurs. Sans l'appui et la mobilisation de la population, la révolution bolivarienne aurait été impossible, et la stratégie qui consista à changer la constitution a provoqué une dynamique citoyenne. Les citoyens sont ainsi les acteurs de cette transformation plus progressive que radicale. Rien n'était acquit et il a fallu même un tournant politique pour que Chavez aille plus loin dans le mouvement des réformes. Il est arrivé à relancer le processus après le coup d'état du 11 avril 2002, contre toute attente. À cette même période, le petit peuple des faubourgs populaires s'est levé et a dit non à une nouvelle dictature. Quarante-huit heures après les putschistes prenaient la fuite et le gouvernement chaviste reprenait sa place légitime. Et neuf scrutins électoraux victorieux d'affilés n'ont fait que renforcer les positions de Chavez et ses partisans au niveau local, régional et national. Une population qui se réfugiait dans l'abstention a fini par prendre en main son devenir. Il y a un élan démocratique et populaire indéniable et à suivre ! 

Le terme de révolution peut porter à confusion, il ne se passe pas une révolution au sens des schémas traditionnels que nous avons pu connaître en Europe. Au plus court, il ne s'agit pas d'un abominable et nouveau régime "marxiste" mais d'un mouvement populaire. Il faut insister sur la question sociale et penser cette révolution en une architecture démocratique et évolutive. La pensée de Socrate est souvent évoquée au Venezuela et à juste titre. L'analyse critique et un contexte favorable à l'éclosion d'une parole citoyenne libre, et une pleine participation à la vie de la cité sont les fondements mêmes de la pensée socratique. Et à la différence d'Athènes, point besoin d'avaler la ciguë pour défendre ses idées. Si le Venezuela n'était pas un pays avec des fondements démocratiques, au sens ou c'est le peuple qui décide des voies de son émancipation, il n'y aurait pas ce soutien indéfectible aux institutions de la cinquième République. Elles ne sont peut être pas une panacée, mais permettent à des collectifs de s'organiser et de pouvoir appuyer des réquisitions, ou simplement par un travail de terrain militant aller au devant des besoins des plus déshérités. Chiche, qu'en France, nous puissions décider de construire des logements pour ceux qui n'y ont pas accès, de rendre les terres en friche aux petits exploitants agricoles, et d'autres mesures qui permettent aux vénézuéliens de mettre un arrêt à une discrimination certaine. Il n'y a pas de fracture brutale ou violente hormis dans le camp de l'opposition revancharde, qui attise une volonté de pousser cette nation à la guerre civile. La révolution bolivarienne, souhaitons-le doit rester paisible et par progression, on ne renverse pas un système, on le réforme pour agir sur les causes. Rendre le pouvoir au peuple, c'est un projet original quand on connaît en France une crise sans précédent des institutions républicaines. La participation des citoyens à la chose publique pourrait nous inspirer quelques idées fécondes, nous qui sommes en principe à l'origine de deux déclarations universelles des droits de l'Homme (1789 et 1793) ? Deux déclarations très contradictoires, l'une défendant la propriété individuelle, l'autre des droits équitables.

Il existe évidemment de nombreuses contradictions dans le jeu institutionnel bolivarien, mais s'est ouvert une petite brèche pour une démocratie "directe", et tout cela dépendra de la volonté (ou pas) de favoriser une transversalité des pouvoirs. Rien n'est acquit, en l'état c'est un système certes républicain, mais pyramidal, tout comme chez nous avec ses défauts autocratiques. Sortir d'une misère endémique soixante-dix pour cent des vénézuéliens nécessite un effort important pour l'éducation, la mise en place d'un maillage social fort qui réponde à des besoins universels. Il n'est pas simple de régler des questions aussi essentielles sans procéder par étapes. Il faudra probablement une génération pour mettre fin à des déséquilibres qui durent depuis la conquête espagnole. Il en est de même pour les mentalités, et à ce sujet la reconnaissance des peuples indigènes est un pas vers un apaisement des consciences. Plus encore, si nous tendons enfin l'oreille à la question de notre mémoire, plus prosaïquement à l'Histoire de l'Humanité. Le registre de la Nation est devenu une base commune à l'échelle planétaire, mais des états sans échanges sont des pays amenés à décliner. C'est un peu tout l'enjeu de ce qui fera le moteur de l'Histoire de demain ou pas, et la nature de nos échanges qui ne sont pas seulement économiques. Le monde est dans l'obligation de changer de base, et il faut le rappeler que le nationalisme dans une vision étroite conduit toujours à la guerre. Et c'est dans une perspective internationaliste que le prolétariat mondial s'émancipera peu à peu des rouages du système capitaliste. Et cette perspective ne peut aboutir que si l'on s'en tient à pacifier les débats et défendre des idées que l'on croit justes. La raison est plus de convaincre et de s'organiser en font de classe, que de combattre ou éliminer les adversaires. Un nouvelle ère démocratique doit naître, tirer des leçons du passé et esquisser un autre avenir dans un espace politique pacifié, mais pas pour autant sans contrôle des masses ou contre-pouvoirs.

II - Il existe des points communs entre nos deux peuples, il y a en particulier cette incapacité à se soumettre à un ordre rigide. 

C'est même le plus beau paradoxe des vénézuéliens, ils rêvent tous d'ordre, mais ils sont aussi des individus et leurs comportements sont tout aussi contemporains que les nôtres, allant de l'altruisme à l'égoïsme. La société de consommation agit là-bas pareillement, les modes de vie sont sans grande originalité d'une part ou d'autre. La problématique est sociale et urbaine avant tout, le reste est vraiment secondaire quand on connaît de telles disparités sociales ou l'extrême pauvreté concerne un quart de la population. La question n'est pas de s'apitoyer sur le sort des plus humbles, mais de pouvoir esquisser un ordre construit sur l'équité et la redistribution des richesses. La question n'est pas vraiment vue de France de prendre parti, quelle légitimité avons-nous à l'égard de ce peuple courageux, si nous tombons dans nos traverses hexagonales. Et inversement, rien ne nous empêche de prendre part à des débats, à exprimer un point de vue extérieur.

Il semblerait utile de faire tomber certains masques, mais faut-il à tout prix désigner certaines chapelles politico-médiatiques, et ainsi leur faire de la publicité inutile. Si nos amis vénézuéliens connaissaient mieux les débats de la "rive gauche parisienne", je ne suis pas sur qu'ils se reconnaîtraient dans certaines invectives fumeuses. Le débat politique au Venezuela est déjà suffisamment explosif, pour venir surajouter nos examens de conscience. Pas plus, qu'il y a à sortir la boîte de cirage, il n'y a pas plus d'homme suprême, que de hasard. Et rien ne sert de trouver en Hugo Chavez une personnalité de la même teneur, il fait figure d'exception. C'est un personnage dont l'inspiration est romanesque. Il est acteur de son destin et sait qu'à tout moment ce qui est arrivé à Salvador Allende en 1973 au Palais de la Moneda peut survenir à Mira Flores à Caracas. Tant que Castro canalisera la hargne de Washington, et que Chavez pourra se dissimuler dans l'ombre du vieux caudillo cubain, il ne sera qu'un des nombreux "marxistes" en planque de Mexico à Buenos Aires. Il sera toutefois amené à reprendre la suite d'un combat que Castro n'a pas su amener à son terme. Quand ici beaucoup sont à douter de la démocratie, et tendent peu à peu vers des systèmes ou des pensées populistes et totalitaires. Hugo Chavez lui imprègne un nouvel élan démocratique, il n'a rien inventé en soit, simplement il n'a pas mis court au changement. Pour le moment il a su l'accompagner, il dispose d'indicateurs et d'une situation unique pour améliorer le quotidien de la majorité. Contrairement à son voisin brésilien, le président Lula, sa réélection en décembre 2006, sauf catastrophe majeure, est évidente, et l'opposition n'a aucun challengeur de taille à lui opposer et encore moins de solutions, sauf à retourner en arrière. 

L'énigmatique Chavez est un habile politique, un fin stratège, mais sans l'appui des vénézuéliens, il n'existerait pas. Mais il est bien là sur la scène internationale, et pour de longues années. Le jeune "putschiste" d'hier est devenu un républicain prudent et sage. Est-ce un mythe ou la réalité, voilà la question qui se pose à son sujet ? Se sert-il de l'Histoire ou embrasse t'il la cause des vénézuéliens ? Pour le moment la balance bascule du côté de son peuple. Avec des progrès sociaux et économiques et une plus forte participation de la population, sa légitimité et son intégrité incarne un espoir pour de nombreux latinos américains et au delà. La raison et le coeur semblent faire bon ménage, malgré certains dérapages verbaux propres au contexte vénézuélien. Chavez est un personnage baroque, il marque peut être des temps nouveaux ? Bien sur cela échappe un peu à nos schémas traditionnels emprunt d'un grand rationalisme.Pourtant au titre des républicains, son combat est aussi le notre. Il manque cependant à son nouveau socialisme une dynamique. La société vénézuélienne, et plus largement sud américaine en oublie la question des femmes. Et étrange paradoxe, c'est vers Cuba qu'il faut se tourner pour voir la forme la plus avancée d'égalité entre les hommes et les femmes (notamment le droit d'avorter et d'accéder à une contraception libre). Si en 1999 avec la nouvelle constitution, l'Etat vénézuélien est devenu laïque, il lui reste à y inclure la moitié de ses membres à l'édifice. Cette faiblesse apparaît au grand jour quand il est question de dépénaliser l'avortement. Oui, mais selon des critères eux en rien tolérants et ne permettant pas aux femmes de sortir des griffes du machisme (l'avortement resterait limité aux viols et aux incestes). On peut évoquer le pragmatisme, dire cette question doit évoluer, être comprise au sein de la société pour enfin parvenir à des relations plus équitables. Mais il y a de quoi affirmer le contraire, et dire que les femmes sont aussi amener à s'émanciper, à vivre librement et faire reculer les préjugés. La loi, c'est le moteur des révolutions et le gouvernement de Hugo Chavez n'échappera pas aux critiques s'il omet sa base le plus porteuse de transformation. Ce n'est pas qu'une question de parité, il s'agit des bases de l'égalité, les femmes ont des droits spécifiques et le Venezuela sur cette question traîne, un peu trop des pieds. 

Évidemment ce genre de critique vue d'Europe peut s'avérer facile, la mise en oeuvre plus problématique. Les résistances de la morale religieuse sont prégnantes et le pouvoir des hommes est relativement omnipotent. Certes, il existe de nombreuses femmes exerçant des responsabilités, mais la société vénézuélienne est un monde à bien des égard phallocrate et paternaliste. Il y a là un grand travail de réforme à ouvrir sur la place des femmes. Des propositions doivent trouver plus d'écho. Il va de soit que c'est l'affaire des vénézuéliennes de bousculer certains tabous, d'exiger des lois nouvelles. Il ne faudrait pas que chaque année le jour du 8 mars soit un alibi. Au moment où se discute à la chambre des députés du code pénal, il importerait de retirer toute forme de pénalisation de l'avortement. Ce qui aiderait à engager un débat sur le droit des femmes de fond ; mais c'est un peu absent des débats. Beaucoup de jeunes femmes des milieux populaires sont amenées à avoir des couches relativement précoces, et l'on sait à quoi conduisent les pratiques illégales en ce domaine, c'est-àdire à favoriser des rentes de situation et des problèmes sanitaires lourds. Il y a, à la fois un travail d'éducation à la sexualité et au respect du corps des femmes à faire avancer par une meilleure information sur les modes contraceptifs. Les premières victimes des violences sont les femmes, il ne faudrait pas non plus leur voler leur part de révolution, leur droit à un socialisme nouveau. Certains principes universalistes valent pour toutes et tous, et la lutte des femmes est loin d'être achevée ou gagnée d'avance. C'est avant tout une question de solidarité internationale et un problème d'honnêteté intellectuel ; la lutte des femmes est indissociable du progrès social, quelque soit le lieu sur terre, ne l'oublions pas.

(1) en 2002 Hugo Chavez et le Venezuela de Frédérique Langue, et en 2005 Chavez Presidente ! de Maurice Lemoine 



 


 



Venezuela :
Hugo Chavez
vers un neuvième
scrutin gagnant ?

Par Lionel Mesnard, août 2005
 

Nous voilà presque au neuvième scrutin électoral au Venezuela depuis l'élection de Hugo Chavez Frias à la présidence de la République en 1998. Dimanche 7 août 2005, se tiendra la désignation des conseils municipaux (municipios). Le Conseil National Electoral (CNE) annonce que toutes les conditions de sécurités sont remplies, les urnes s'installeront entre jeudi et vendredi. Les électeurs vénézuéliens sont à nouveau appelés à voter, de nombreux observateurs étrangers sont présents pour vérifier à nouveau la conformité du processus électoral. On ne peut pas dire que la démocratie soit en panne, ni le train des réformes sociales et économiques, non plus. De quoi penser avec un trait d'humour que «notre dictateur patenté» Hugo Chavez s'y prend vraiment mal. Les vénézuéliens n'ont pas la chance que nous avons d'avoir un vrai populiste de droite en France au ministère de l'Intérieur.

Depuis la fin octobre 2004, si les tensions restent prégnantes avec la puissance étasunienne et le voisin colombien (incidents frontaliers de février 2005), tous les indicateurs internes sont au beau fixe. Malgré tout le ramdam sur la loi de responsabilité en matière de communication, la liberté d'expression ne s'en porte pas plus mal et avait besoin d'un cadre légal notamment pour ses dérives télévisuelles (1). On a peu ébruité par ailleurs en France les autres réformes, et l'on a pu remarquer au Forum Social Mondial (janvier 2005) que le président vénézuélien a tout simplement volé la vedette à son invitant le président brésilien Lula. Hasard des choses, ou décidément le verbe de Chavez fait mouche?

À y regarder de plus près, que dire d'un Etat où la dette extérieure se réduit malgré la pression des remboursements, où la croissance flirte depuis presque 3 ans avec les 10 pour cent. Certes les cours du pétrole sont au plus haut, mais il y a de la part du gouvernement chaviste une impulsion concrète. Il favorise des échanges au sein du MERCOSUR (2) : ils vont de l'échange d'énergie, aux besoins scolaires et sanitaires. L'économie sociale prend peu à peu une certaine place dans le pays, à ce titre le nombre des coopératives est en augmentation constante et à un rythme soutenu. Le travail de re-dynamisation passe aussi par la réquisition des terres et la limitation du système latifundiste. Le développement de petites et moyennes exploitations pouvant se tourner vers le marché intérieur est évident, et les besoins ne sont pas encore tous couverts. À ce sujet, le Venezuela fait ce que son voisin brésilien a oublié dans de vagues promesses électorales. Il en va de même pour certaines entreprises, si l'outil est abandonné, l'État et les salariés ne plient pas devant la spéculation. Ils peuvent ainsi intervenir dans un espace de co-gestion, dont l'exemple est venu de l'entreprise VENEPAL. Qui fut le fruit d'une expérience de reprise suite à un lock-out patronal, un transfert du privé vers l'État avec ses travailleurs mobilisés pour assurer le maintien de l'outil de travail.

La politique du «poco a poco» continue sa révolution tranquille, et les sondages donnent toujours à Chavez une popularité à faire perdre sa rationalité à plus d'un gouvernant européen. En soit le scrutin à venir ne présentera pas vraiment de surprise, sauf que certains pourront dire ou écrire que la mobilisation a été moins forte, normal comme ici l'enjeu à un caractère local, et pas national. Ce qui est encore plus étonnant c'est à quel point la révolution bolivarienne fédère les espoirs sur quasiment l'ensemble des peuples en lutte du sous continent latino américain, notamment les peuples indigènes. À ce titre, le texte récent du front Zapatiste au Mexique a de quoi nous inquiéter (3). Le Nicaragua, Le Guatemala, les nations andines sont au plus mal. Institutions et économies maintiennent l'oppression sociale et le cynisme des oligarchies n'a pas de limite. La misère continue de s'accroître au nom du néo-libéralisme, ces pays ou plus exactement les populations ont pour exemple une option républicaine, solidaire et démocratique. Le changement c'est l'affaire de tous, et le gouvernement Chavez n'est pas exempte de critique. Mais c'est avant tout le choix des vénézuéliens qui priment et ils n'infléchissent pas depuis 1999, même les réformes de fond se poursuivent sans attendre l'accord de Washington. Récemment Bush et Madame Rice ont quasiment jeté l'éponge en prônant l'abstention électorale au Venezuela.

Plus exactement, on souhaiterait que le Venezuela ne soit plus dans les médias français un combat d'arrière garde, ou l'enjeu d'un fan club à Chavez. Cela vaut aussi bien pour la presse dominante ou qualifiée d'alternative. Je veux bien comprendre que la presse puisse avoir besoin de publicité, de sous, mais de là à faire de la réclame pour PDVSA (l'entreprise nationale des pétroles vénézuéliens) c'est assez grotesque et déplacé. Mais bon certains n'en sont pas à une contradiction près, ou ne font que reproduire ce système tant dénoncé de «chiens de garde». On pourrait imaginer que le journalisme d'un Albert Londres ou d'un Jack London soit encore possible. Je tiens à saluer tout particulièrement le travail du Réseau d'Information sur l'Amérique Latine (risal.org) et tous ceux qui s'échinent à ne pas faire de la critique un vain mot. Quelque soit nos opinions, si nous avons conscience que pendre position pour un pouvoir est souvent un leurre, alors peut être là nous servons des intérêts communs pour une transformation en profondeur de nos sociétés de l'information ?

PS : j'en oublierais les discussions au sein de l'OMC et la petite guerre des marchés à la banane. L'Europe veut imposer, plus exactement maintenir des taxes imposantes aux bananes vénézuéliennes et autres des régions caraïbes et latines. C'est à cela que l'on mesure que ce ne sont plus les femmes et les hommes qui font l'histoire mais les marchés de l'absurde.

Notes :

(1) lire l'article de Renaud Lambert sur le « prisme médiatique vénézuélien » de juin 2005, sur le site risal.org : http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1408 (vous pouvez aussi en ligne vous inscrire à sa lettre régulière).

(2) le Mercosur (marché du sud) est l'équivalent de ce que fut le système d'échanges économiques entre les états européens dans les années 1970.

(3) Ezln (Front zapatiste de libération nationale) s'interroge fortement sur son avenir, dans un texte disponible sur le oueb : «Lettre de l'EZLN à la société civile» du 21 juin 2005 (en français ou en espagnol).



 


 



Elections municipales
au Vénézuéla :
nouvelle victoire
du camp Bolivarien !
 

par Paul-Emile Dupret,
 9 août 2005


 
 

Le « Bloc pour le changement », alliance de partis progressistes appuyant le gouvernement du président Chavez, a remporté haut la main les élections municipales au Venezuela ce dimanche 7 Août, ce qui permet d'augurer qu' il remportera également les élections parlementaires qui auront lieu de 4 décembre prochain, qui sont essentielles pour le renforcement du projet bolivarien. Les forces bolivariennes ont remporté plus de 70 % des sièges en dispute,au cours d' une journée électorale qualifiée de « transparente et démocratiques » par les observateurs internationaux. Avant les élections, l' opposition, affaiblie et divisée sur le fait de participer ou non au scrutin, avait tenté de discréditer le processus électoral en accusant de partialité l'arbitre électoral (CNE-Conseil National Electoral).

Cette campagne avait été orchestrée par l'ONG « SUMATE » financée par les fonds nord-américains "pour la démocratie" et avait été relayée par divers médias internationaux comme par exemple le journal espagnol El País, propriété du groupe de presse PRISA. Ces médias se trouvent une nouvelle fois contredit par l'évidence du caractère exemplaire du processus électoral vénézuélien et de l' appui populaire au projet bolivarien.

Dans son édition du 9 Août, le journal El País tente cependant à nouveau de tromper ses lecteurs en évoquant une abstention de 75 % au cours de ces élections, alors que l' autorité électorale officielle a annoncé une abstention de 69 %, soit inférieure de 7 points à celle d' élections locales similaires organisées au cours de l'année 2000. En outre le nombre de votant en termes absolus est bien supérieur que lors du scrutin de l'année 2000 car des millions de citoyens et citoyennes auparavant exclus de toute participation électorale, -souvent pour cause d' analphabétisme-, ont été depuis lors inscrits au registre électoral national.

sources : Collectif Venezuela 13 Avril



 
 
 

Cinéma documentaire :

«Ils ont fait taire un homme»,
ils ne feront pas
se taire un peuple !

par  Lionel Mesnard, juin 2005

 

« Ils ont fait taire un homme » est un film documentaire de Nicolas Joxe et Yves Junqua sur les paramilitaires des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC). Le parcours de Nicolas Joxe débute en 2001 à son arrivée à Bogotá. Il conservait de la Colombie des souvenirs de vacances et les origines de sa mère. Il découvrira une autre réalité, il cherchera à comprendre pourquoi ce pays vit en plein chaos. Il l'arpentera du nord au sud et face à certains témoignages, il s'interroge sur l'intolérance et la violence qui en découle. «Dans un bidonville de Carthagène un homme me prend par la main et me parle. Il a été ouvrier agricole dans une bananeraie de l'Uruba. Il me raconte comment dix de ses camarades ont été décapités pour avoir osé organiser une grève, un crime commis par des paramilitaires à la solde du patron». Ce travail s'achèvera en 2003, nos deux co-auteurs seront amenés à quitter le territoire colombien en moins de quarante huit heures.

En Colombie, depuis les années 50 se déroule un conflit armé. Notamment entre l'État et des groupes guérilleros, dont les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes crées en 1965 (d'inspiration «marxiste»). En réaction, il y a 20 ans, se sont constitués des groupements autonomes armés d'extrême droite : les AUC. Elles rassemblent environ 15.000 soldats, semant dans tout le pays tristesse et désolation. En 15 ans, elles ont exécuté plus de 15.000 civils. Ces forces paramilitaires ont à leur actif au moins deux tiers des actes de violation des droits de l'Homme, pour près d'un quart aux troupes de la guérilla. Les AUC s'appuient manifestement sur le haut commandement militaire pour agir. Elles trouvent un soutien faussement dissimulé auprès de l'actuel président de la République. Au nom de la lutte «contre le terrorisme» et la «menace communiste», Alvaro Uribe Veldez (élu en 2002) avait déjà favorisé la constitution dans les années 90 ce type de formation dans la région de Medellin.

Pour la seule année 2004, 200 syndicalistes colombiens ont été assassinés. Soit la moitié des représentants syndicaux éliminés à travers le monde parmi plus de 4000 crimes recensés. L'information passe au compte goutte. L'Amérique Latine semble un objet lointain, frappé d'un interdit commercial, ou de ce fameux «bon sens» du marketing télévisuel, «ce n'est pas grand public». La Colombie est en tout point l'invendable destination. Les thèses les plus réactionnaires triomphent, le monde se voile la face. Derrière la chasse aux trafics de la cocaïne et à ses filières mafieuses, on assiste surtout à une mascarade. En attendant l'oligarchie et les multinationales prospèrent. Les populations, elles se terrent. Ces dernières années plus de trois millions de personnes ont fui certaines zones de guerre et sont venues rejoindre le flot de misère des quartiers pauvres des grande villes.

La plus vieille démocratie sud américaine est enlisée dans la corruption, les richesses sont détournées au profit d'une minorité ou pour les intérêts de firmes étrangères. Les AUC font la sale besogne au profit d'un Etat disqualifié. Le néolibéralisme d'Alvaro Uribe étouffe tout développement. Il profite de la manne financière des Etats-Unis dans le cadre du plan Colombie contre les narcotrafiquants, mais se souci pas trop des questions sociales et humaines. Une vaste supercherie, ou peu à peu, on élimine toute forme d'opposition, sauf à alimenter les fronts «révolutionnaires» de nouvelles recrues. Comment peut-on expliquer la disparition d'une organisation légale de gauche en quelques années ? L'Union Patriotique a connu pour ses membres un sort très particulier. On peut penser qu'un parti puisse disparaître ou s'éteindre, faute de soutien électoral, mais ce n'était pas le cas. Ce fut par une élimination systématique que s'organisa l'extinction de l'UP, dans le meilleur des cas pour quelques uns de ses membres la survie passa par l'exil.

Ce système de «nettoyage» a atteint des sommets en 2004, ce sont aussi les associations de droits de l'Homme ou humanitaires qui sont l'objet de cette menace. C'est une pratique qui ressemble aux exactions commises pendant la guerre d'Algérie par les troupes françaises. La démocratie colombienne est en proie à un fascisme sans nom. Il est temps de sortir ce pays du silence, de parler des vrais enjeux. Les politiques en cours sont contraire à toute forme d'éthique et c'est une nation entière qui sombre en l'attente d'une solution politique. Au plan international, la France ne donne pas vraiment le bon exemple, et refuse au sein de l'ONU, que la Cours Pénale Internationale se saisisse des crimes commis en Colombie.

Le documentaire de Nicolas Joxe et Yves Junqua illustre dans le quotidien et les différentes rencontres le visage du pays réel. Les peurs, les douleurs sont manifestes, mais l'atmosphère du film va au delà du chagrin. L'on doit saluer la qualité des témoignages d'un peuple qui n'a nullement l'intention de se taire. Certains pans de la société civile résistent à cette mécanique implacable. Ce film a valeur d'exemple, de ce que l'actualité des médias, dans le cas de la Colombie ne souhaite pas toujours aborder.

NB : Productions Iskra (co-production ARTE), avec le soutien avec la F.I.D.H, et en collaboration avec des associations colombiennes.





 
 

Un nouveau modèle
de communication
en marche au Venezuela ?

par Lionel Mesnard, 21 avril 2005


Selon l'agence d'information ALIA-2 (1) du 15 avril 2005, lors des 3ème rencontres internationale de soutien à la révolution bolivarienne, Andres Izarra a expliqué l'importance de "contrecarrer la campagne médiatique" menée "contre son pays" dans le monde, lors de sa participation à la table ronde consacrée "à la démocratie et aux savoirs communicationnels". Le ministre de l'information et de la communication a présenté les axes et les dispositifs de son programme, notamment suite à la loi de responsabilisation en matière de communication de décembre 2004. Depuis avril 2002, le président Hugo Chavez Frias a tenu à transformer le paysage audiovisuel vénézuélien, pour mettre un frein au monopole des télévisions du privé. Il s'est employé dans un premier temps à relancer la télévision d'état (canal ocho). Il a favorisé la création de Vive Télé en 2003, en nommant à sa tête l'ancienne directrice de Catia TV. La télé communautaire (2) de l'Ouest de Caracas fort active dans l'information des quartiers populaires, lors du coup d'état du 11 avril 2002.

C'est un programme complet en matière de presse, d'édition, radio et télévision décrit par le ministre dans ses aspects techniques (relais, émetteurs, télés et radios). L'objectif est la couverture de 80 pour cent du territoire en proposant une offre élargie, à l'évidence aux modestes médias communautaires. À remarquer l'édition de 20 millions de livres par an dans une nation ou les principales maisons se trouvent à Barcelone ou Buenos Aires. Hormis la ville universitaire de Mérida disposant de circuits d'éditions propres à cette région Andine, il y a un problème d'accès à la lecture pour tous. Le but de ses actions est de rendre en sorte la population à la fois active (protagoniste) et participative. Dessein de cette réforme, sortir le peuple de sa sous information ou désinformation chronique. Un projet audacieux dont on peut souligner le presque sans faute des étapes, malgré les tumultes autour des menaces pesant sur la liberté d'expression au Venezuela.

Le ministre a parlé de la récente naissance de Télé Sur en compagnie d'autres pays partenaires (Argentine, Brésil, Cuba, Uruguay). Une nouvelle télévision d'information à l'échelle du continent latin prend pied face aux monopoles privés de l'information, en particulier la chaîne CNN sud américaine. Une équipe est composée des journalistes Jorge Botero, de Colombie, Ovidio Cabrera, de Cuba. Également figurent Beto Almeida, du Brésil, Ana Lescano d'Argentine, et Aram Aharonian est le Directeur Général (le siège social à Caracas). Il faut souligner la création pour le Venezuela d'un canal spécifique pour les enfants avec des programmes adaptés aux mineurs. Le tout s'organisant dans le développement de productions nationales sous quota (40% minimum) selon la nouvelle loi).

Encore récemment en mars 2005, L'association Reporters Sans Frontières dénonçait les menaces d'autocensure sur la presse. Le renforcement de l'arsenal juridique en cas de dérapage des journalistes dans la cadre des nouvelles modifications du code pénal. RSF avait déjà en 2004 émit des réserves sur la nouvelle loi en matière de communication. Au sujet de Télé Sur, il s'écrit que c'est un embryon de télé sans réel capacité de faire face à ses concurrentes latino-américaines. Il semblerait que le gouvernement de Hugo Chavez ne soit épargné d'aucune critique à chaque avancée. Ce rééquilibrage entre médias privés et médias d'état ou communautaires ne plait pas à ce qui ressemble de loin à des écrans poubelles. De quoi faire rêver le président de TF1, Monsieur Le Lay, sur les temps de cerveaux disponibles pour les sodas (au Venezuela c'est Pepsi qui domine !).

Dans cette tourmente de l'info autour de la révolution bolivarienne, il y a toutefois une distance à tenir avec la propagande officielle. Oui, le contenu est facteur de développement. On peut néanmoins s'interroger sur comment ces outils seront un jour au service d'un contrôle citoyen plus ample ? La transparence en l'état est un leurre, tout est question de stratégie. Difficile de ne pas voir en un ministre de l'information et de la communication, un contrôle étatique un peu pesant. Certes républicain, mais qui reflète l'incapacité des pouvoirs politiques à couper le cordon avec les médias. Me que faire, si la médiocrité l'emporte et qu'au final les vénézuéliens continuent à regarder les mêmes programmes insipides ? Quand au demeurant c'est une « guerre » des médias qui s'y déroule, pour se demander mais que vient faire RSF sur un terrain si aventureux ? On peut en saisir l'inquiétude face à des menaces objectives, mais sur la non-objectivité des propos, la notion d'autocensure laisse rêveur « au pays du journalisme ». Dans un monde dominé par la désinformation et la propagande, voire la haine ou l'insulte raciste, il est difficile de trouver un juste équilibre. Sauf à mettre en lumière les différentes thèses et tous les débordements, en particulier dans le domaine de la vie privée de chacun à être protéger des abus du sensationnalisme ou de la désinformation.

On rêverait d'un train des réforme, au même rythme que celui des médias au pays de Hugo Chavez. Cet intérêt trouvera t'il de nouvelles pistes en des programmes de qualité et critiques, et pas du béni oui-oui pro-gouvernemental ? Un nouveau modèle ou l'expression des sans voix est il possible outre atlantique ? Dans ce travail programmatique, les médias communautaires restent néanmoins marginaux. Ou, faudra t'il simplement se contenter d'un rééquilibrage de son et d'image, au seul profit de l'état républicain ? Saluons pour le moment la création des deux nouveaux canaux, un pour l'info et l'autre pour la jeunesse. Pour le reste, il faudra attendre la fin de cette réforme (sur 3 ans et s'achevant avec le mandat du président en 2006), pour être comptable des atteintes à la liberté d'expression. Pour le moment en 2005, ou du moins en 2004 hors les cris et manifestations de l'opposition à la chambre des députés contre la nouvelle loi. Aucun journaliste n'a été poursuivi en justice. Ou finalement, qui sait, si tout ce travail n'aura pas permis d'assainir un peu le PAV ? Globotélévision avec un nouvel habillage graphique apparu à la fin décembre 2004, peut encore aujourd'hui défendre la liberté d'expression, surtout entre deux pages pub de 10 minutes.

Même l'Episcopat catholique romain de Caracas a reconnu dans la loi sur les médias de communication un accord non dissimulé. Séquences de violences, pornographie ou images avilissantes des femmes seront soumises, à un contrôle plus stricte, protégeant entre autre les jeunes publics des scènes les plus crues à certaines heures de la journée. En octobre 2004, Hugo Chavez appuyait toute ses félicitations à son ancien ministre de la communication Jesse Chacon (promu au ministère de l'intérieur) pour une réussite pleine et entière. Tout en remarquant que ce n'étais pas le cas de tous ses ministres. Son remplaçant Andres Izarra, lui est un ancien journaliste issue du privé récemment acquit au pouvoir en place. Il a mené à la chambre et devant les organismes compétents la loi nouvelle jusqu'à sa promulgation et continue l'uvre de son prédécesseur tambour battant.

Sans entrer dans le manichéisme qui prévaut à parler qu'en bien ou en mal du régime vénézuélien, on peut se douter que le public ne va pas instinctivement suivre les nouveaux médias. Les habitudes télévisuelles sont universellement abrutissantes ou restreintes. La manipulation des masses n'est jamais loin des enjeux stratégiques des pouvoirs politiques et économiques de toute nature. Les intentions d'Andres Izarra sont louables, mais, on en distingue pas toujours la surface conquise sur les médias dominants. Vive Télévision, suite à une enquête d'opinion est loin d'être suivie par les foules, une timide pénétration dans les milieux populaires faute de disposer d'échantillons fiables. Son nouvel habillage, après ses 1 an d'existence fait penser à Arte ou à la Sept française. Elle ne recueille pas encore une grande adhésion, n'est-elle pas un brin trop austère ? Si quelque part, un média nouveau peut échapper à la « sondomania média métrique », il y a plutôt de quoi s'en réjouir. Il existe une école Latine de l'image et du son à soutenir et à accompagner. Elle a devant elle souhaitons un nouvel avenir. Au Venezuela, se produit un film d'auteur tous les 3 ou 4 ans, face à la machine hollywoodienne, ça ne pèse pas lourd. Il reste en perspective un long travail éducatif à entreprendre pour sortir du consumérisme télévisuel là-bas, comme ici. Ou comment soutenir une création « révolutionnaire » et populaire ou à l'image des vénézuéliens ?

En forme de boutade et en réponse au lancement de cette chaîne latino américaine d'info, Télé Sur. Hugo Chavez disait rêvé devenir animateur de Télé à la place de son poste de président (mars 2005). Le gag pourtant est aussi réalité, il est un peu le Drucker national du dimanche et surtout sans Michel Drucker. En ce domaine, il a un avenir et il aime beaucoup les médias pour peaufiner son image à l'internationale. La révolution bolivarienne fait avec les moyens du bord et avec progressivité. Les mondes virtuels sont puissants et parfois ubuesques. Les problèmes du quotidien sont bien plus considérables, que la question d'une lucarne permettant à un peuple d'oublier un peu les lourdeurs de l'existence. Par un rêve uniquement matérialiste et d'ascension sociale, il nous éloigne de tout processus révolutionnaire. Il n'y a pas de quoi jeter la pierre au gouvernement chaviste de vouloir impulser une nouvel élan. Attention de ne pas s'engouffrer dans les slogans ou les discours paranoïaques ! On peut juger les progrès accomplis, les soutenir, et aussi les critiquer pour alimenter le débat et sortir ce pays d'un certain oubli et de toutes ses dérives médiatiques.

Notes et compléments : 

(1) Agence Latino-américaine d'Information et d'Analyse, « En marcha, une nuevo modelo comunicacional » sur : http://www.alia2.net

(2) Le terme « communautaire » est a associé, vue de France, à l'idée de collectifs. Il ne s'agit pas de communautarisme, mais de médias (radio et télé) alternatifs. Un réseau relativement large, comprenant plus de 200 structures nouvelles à l'échelle du pays. Il existe environ une trentaine de télés communautaires très inégalement dotées et ne diffusant pas toutes pour le moment.


Sources et photo : site en castillan "Agencia de Noticias Bolivariana"





 


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