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"L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde"         Albert Camus

Informations sur l'Amérique Latine       

Sommaire année 2010, page 5

1 - Vidéo(s) en ligne, avec Jose Aylwin, avocat de la cause Mapuche, Pantuana TV
& - Liberté pour les prisonniers politiques Mapuches du Chili
2 -
Colombie : Au sud, le conflit touche des milliers de personnes, par le CICR
3 - La conquête du "désert" argentin,  par Stéphane Bürgi
4 - Venezuela - La socialisation de l'économie, par Fernando Arribas García
5 - Chili - Tremblement de terre politique et Chicago boys,  par Franck Gaudichaud
6 - Colombie et Venezuela,
la réponse de paix du président Chavez
7 - 
Colombie, un train peut en cacher un autre !
8 - Mémoires Argentines : Les disparus français de la dictature militaire







Jose Aylwin, avocat de la cause Mapuche, version fr.  Cliquez ici !
 Version en castillan : Pinchar aqui !


M. José AYLWIN a participé au début des années 1990 à la Commission Spéciale des Peuples Indigènes pour l’élaboration de l’avant-projet de la Loi Indigène actuelle. Il a été aussi le Directeur de l’Institut d’Études Indigènes de l’Université de La Frontera (sud du Chili) entre 1994 et 1997 et le Coordinateur du programme des Droits Indigènes de ce même Institut entre 2002 et 2004. Actuellement, il enseigne le Droit Indigène à l’Université Australe au Chili.

Il a effectué des études et des enquêtes sur les Peuples Indigènes d’Amérique du Nord (Maîtrise de l’Université de British Columbia, Canada) et d’Amérique du Sud pour la Commission Économique pour l’Amérique Latine (CEPAL-ONU), pour l’Institut Interaméricain des Droits de l’Homme, à l’Université du Montana, et pour l’IWGIA au Danemark. Il a participé à de multiples rencontres nationales et internationales sur divers projets dans les domaines des Droits Indigènes et sur la thématique de l’environnement. Il a écrit plusieurs ouvrages sur ces thèmes concernant le Chili et les autres pays.

Liberté pour les prisonniers politiques Mapuches du Chili : Cliquez ici !


34 Prisonniers Politiques Mapuche sont en grève de la faim depuis plus de 70 jours. Le but est de briser le silence qui entoure cette action ultime qu’ils mènent pour faire connaître au monde les revendications de leurs communautés et de leur peuple :

- La fin d’utilisation de la loi 18.134, connue sous le nom d’antiterroriste, appliquée tout spécialement contre le peuple Mapuche;
- La fin de la double procédure – civile et militaire  – imposé aux seuls inculpés Mapuche pour des délits relevant du droit pénal civil ;
- La révision de tous les jugements antérieurs concernant les membres de communautés  Mapuche condamnés au titre de la loi antiterroriste.
- La reconnaissance de leurs droits environnementaux, sociaux, culturels et politiques, en accord avec la Convention 169 de l’OIT approuvée par le Congrès chilien et en vigueur depuis septembre 2009.




Colombie : le conflit armé dans le sud
continue de toucher des milliers de personnes



par CICR, 6 septembre 2010

Les élections présidentielles de mai et juin ont été précédées, dans le sud du pays, par une recrudescence des affrontements. Dans certaines zones rurales, des milliers de Colombiens continuent d'avoir un accès restreint aux soins de santé, à l'éducation, à l'approvisionnement en eau et à l'assainissement. Le point sur l’action du CICR en Colombie de janvier à juillet 2010.

En Colombie, les élections présidentielles de mai et juin 2010 ont été précédées, dans le sud du pays, par une recrudescence des affrontements entre les forces armées et de sécurité (la « force publique ») et les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP). Les départements les plus touchés sont ceux de Caquetá, Cauca, Guaviare, Huila et Nariño. Dans certaines zones rurales, les milliers de Colombiens qui doivent faire face aux conséquences du conflit armé continuent d'avoir un accès restreint aux services de base que sont les soins de santé, l'éducation, l'approvisionnement en eau et l'assainissement. Le CICR déploie une grande partie de ses opérations dans 25 zones rurales où le conflit armé est particulièrement intense.

Activités du CICR de janvier à juillet 2010

Cas de violations présumées du droit international humanitaire

Entre janvier et juillet 2010, le CICR a consigné 315 cas de violations présumées du droit international humanitaire (DIH) et d'autres règles nationales et internationales.

Afin de prévenir d'autres incidents, il a fait 138 interventions, dont neuf par écrit, rappelant aux parties au conflit qu'elles ont l'obligation de respecter le DIH et les autres normes du droit national et international, et que le DIH protège la population civile pendant les conflits armés.

De janvier à juillet 2010, le CICR :

- a payé les frais d'obsèques à 55 familles victimes de violations du DIH. Cette aide contribue à réduire la vulnérabilité des familles déjà très touchées par la perte d'un de leur membre ;
   
- a distribué une aide d'urgence à 280 personnes menacées de mort et a fourni une aide financière à 94 victimes pour qu'elles puissent s'installer dans un endroit plus sûr en Colombie.

Aide à la population dans les zones contaminées par les armes

La contamination par les armes est un grave problème en Colombie. L'utilisation, la présence et l'abandon de mines antipersonnel, d'engins explosifs improvisés et de restes explosifs de guerre, tels que des projectiles d'artillerie, des obus de mortier et des grenades, tuent et blessent gravement des milliers de personnes ; ils ont en outre un impact psychologique important et des répercussions socioéconomiques désastreuses pour les victimes, leurs familles et de nombreuses communautés dans les zones rurales. La contamination par les armes empêche les cultivateurs d'accéder aux champs, aux sources d'eau, aux écoles, aux centres de santé, aux lieux de culte, etc. Ce fléau entraîne également le confinement des communautés qui, par peur, n'osent pas sortir de leurs hameaux.

Pendant les sept premiers mois de l'année, des vivres ont été distribués à plus de 3 400 personnes. La plupart des bénéficiaires ont également reçu des articles de première nécessité afin de couvrir leurs besoins de base pendant le confinement.

Au total, plus de 7 200 personnes (dont des déplacés internes) vivant dans des régions reculées ou contaminées par les armes, ont bénéficié des initiatives agricoles qui ont été mises en œuvre en vue d'améliorer leur sécurité alimentaire et d'atténuer les effets des restrictions imposées par les acteurs du conflit. Vingt-huit projets d'agronomie ont été lancés afin de favoriser la sécurité des habitants de ces régions et éviter ainsi leur départ vers les villes.

Pendant les sept premiers mois de l'année 2010, le travail de construction et de réhabilitation des établissements scolaires a permis à 1 162 enfants des départements d'Arauca, Caquetá, Cauca, Meta et Tolima d'avoir un meilleur accès à l'éducation.

Dans sa base de données EpiInfo, le CICR dispose d'informations sur 1 428 victimes civiles d'engins explosifs improvisés et de restes explosifs de guerre, qui ont été enregistrées afin de mieux évaluer l'ampleur du problème et d'améliorer ainsi les réponses apportées aux besoins de victimes. En avril 2010, le CICR a croisé les informations dont il dispose sur les victimes de la contamination par les armes avec les données officielles du Programme présidentiel pour une action intégrale contre les mines antipersonnel (PAICMA). Cet échange a permis à l'État colombien de recueillir des informations sur 194 victimes qui n'avaient pas été recensées dans le système national.

En outre, le CICR :

- a mené des activités de sensibilisation aux comportements sans risque et sur les droits des victimes de la contamination par les armes auprès de 1 700 membres des communautés et représentants des autorités municipales dans les régions touchées par la contamination par les armes. La Croix-Rouge colombienne, de son côté, a animé des ateliers similaires pour 1 000 autres personnes ;

- a conduit trois formations aux premiers secours dans des communautés qui vivent dans des zones contaminées par les armes, afin que ces communautés puissent faire face à une urgence en l'absence de personnel médical et dans l'attente d'une évacuation.

Amélioration de l'accès aux services orthopédiques et sanitaires

Pendant les six premiers mois de l'année 2010, le CICR a dirigé 604 personnes vers six centres de soutien afin qu'elles suivent une réadaptation physique ou qu'elles bénéficient de services de suivi tels que des traitements de physiothérapie. Le CICR contribue financièrement aux frais de transport, de logement et de nourriture de ces personnes pendant la durée de leur prise en charge quand ces frais ne sont pas couverts par le système national de santé. Le CICR a également fait don de 78 appareils orthopédiques (prothèses ou orthèses) et de 128 aides techniques (fauteuils roulants et déambulateurs) à des personnes qui n'avaient pas les moyens d'en obtenir.

L'institution a également organisé cinq missions de brigades de santé qui ont facilité l'accès aux services médicaux préventifs et curatifs. Le personnel du CICR a accompagné une équipe de santé locale à l'occasion de quatre de ces missions, et la cinquième a été entièrement conduite par du personnel du CICR.

Au cours de ces cinq missions, les brigades de santé ont examiné plus de 6 200 personnes ; elles en ont vacciné 560 environ et en ont orienté 836 autres vers des postes de santé ou des hôpitaux. Parmi ces dernières, 732 ont reçu un soutien financier du CICR pour que leurs frais de transport, leurs besoins essentiels et leurs médicaments soient couverts pendant la durée de leur traitement.

Le CICR a également formé plus de 440 membres du personnel médical travaillant dans 87 structures sanitaires rurales, pour qu'ils puissent accéder plus facilement aux zones touchées par le conflit armé.

8 700 personnes de Barbacoas (Nariño), Montañita (Caquetá) et Argelia (Cauca) ont bénéficié de meilleures conditions d'hygiène suite à la réhabilitation de trois postes de santé et l'amélioration des installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement.

Quatre structures de santé ont été dûment marquées de l'insigne de la mission médicale, conformément à la réglementation du ministère de la Protection sociale de Colombie (résolution 1020 de 2002).

Le CICR a également fourni un soutien économique et des conseils pour la prise en charge médicale et psychologique de 72 victimes de violences sexuelles.

Assistance aux déplacés internes

Pendant les sept premiers mois de l'année 2010, le CICR :

- a distribué à près de 23 000 déplacés internes des vivres ou des bons alimentaires, ainsi que des articles de première nécessité, pour répondre à leurs besoins pendant les trois premiers mois de leur déplacement, et même six mois dans le cas particulier des foyers vulnérables ;

- a contribué à améliorer l'accès à l'eau, à l'assainissement de base et à des centres d'accueil temporaires, pour plus de 1 800 personnes déplacées ;

-  a amélioré les possibilités de réinsertion sociale de 162 (*) personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, grâce au soutien psychosocial qu'il leur a apporté et à ses projets de génération de revenus ;
      (*) Chiffres du 30 juin 2010.

Le CICR a contribué à l'amélioration des services de base fournis aux personnes déplacées. Il a ainsi fait don de matériel et de meubles de bureau à 20 Unités d'assistance aux personnes déplacées (Unidades de Atención Integral a la Población Desplazada). Quatre de ces unités ont été rénovées et les installations d'une autre sont en cours de réhabilitation.

Personnes portées disparues et familles

Le CICR a apporté son soutien à une initiative de l'Institut national de médecine légale visant à améliorer la base de données utilisée par tous les services de médecine légale pour l'identification des cadavres, qui compte déjà 47 410 dossiers. Trois experts colombiens ont été invités à suivre une formation à Genève.

En collaboration avec le bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) en Colombie, le CICR a animé le groupe de travail interinstitutionnel mensuel sur le soutien psychosocial aux familles des personnes portées disparues.

En avril, le CICR a aidé des associations de familles de disparus à organiser à Bogotá le deuxième Congrès mondial sur le travail psychosocial dans les situations d'exhumation, disparition forcée, justice et vérité.

Source : Comité Interternational de la Croix Rouge
http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/colombia-update-300810

La conquête du "désert" argentin et la fin de la question indigène
Etude sur la justification idéologique d'une spoliation



par Stéphane Bürgi, mémoire année 2008 

Présentation

Ce mémoire est l’aboutissement d’un travail complexe de recherches, de lectures, et d’écriture, qui s’étale sur environ trois ans. L’objectif de cette introduction est ainsi d’amener le lecteur à comprendre comment –à partir d’une perspective d’étude très générale : la dénommée conquête du « désert »- s’est défini la thématique précise de ce travail de mémoire de licence : l’étude de la justification idéologique qui a soutenu cette conqête, réalisée en 1879 sous les ordres du général Julio Argentino Roca. Autrement dit, le but est d’exposer au lecteur quels ont été les principaux obstacles rencontrés, les interrogations que ces obstacles ont soulevées, et les choix effectués en conséquence. De même, nous tenterons de décrire les questions survenues une fois le choix de cette thématique effectué, ainsi que les limites qui se sont imposées d’elles-mêmes ou que nous avons dû nous imposer en raison du genre de notre étude : un mémoire de licence.

Pour ce faire, nous décrirons premièrement et brièvement le déroulement de notre travail de recherches. Certains problèmes rencontrés durant l’investigation, mais plus encore ceux issus du résultat de celle-ci, ont en effet fortement orienté la définition de notre thématique. Celle-ci a bien sûr aussi été définie par rapport à la littérature existante sur la question. C’est pourquoi nous nous intéresserons en second lieu à l’évolution historiographique de la littérature traitant de la conquête du « désert ». Parallèlement, nous décrirons et analyserons les principaux ouvrages nous ayant servi de support durant notre travail.

Une fois cela fait, nous pourrons alors revenir sur le cadre thématique. Nous verrons plus précisément comment les interrogations soulevées par ces deux étapes initiales (la recherche et l’étude de l’historiographie sur le sujet) ont contribué à donner certaines limites à notre thématique, ou au contraire comment elles nous ont poussé à dépasser le cadre auquel nous voulions nous tenir primitivement.

Finalement, et en guise d’avertissement au lecteur, nous définirons notre position quant au choix de certains termes utilisés tout au long de ce mémoire, termes qui sont à notre avis aussi importants que récurrents.

Le travail d’investigation

Lorsque nous sommes partis en Argentine pour y effectuer notre travail de recherches, nous savions bien peu de choses sur la conquête du « désert ». Orienté sur ce sujet par Mme Aline Helg qui nous avait gracieusement prêté le deuxième tome d’un récit de cette conquête écrit par l’un de ses protagonistes, le colonel Racedo, nous sommes alors partis à Buenos Aires avec comme principal objectif de retrouver le premier tome de ce récit, car nous pensions pouvoir baser essentiellement notre mémoire sur ces deux sources. A notre grand bonheur, nous avons rapidement obtenu l’opus recherché, et ceci malgré sa rareté dans le commerce et dans les boutiques spécialisées en livres anciens.

Parallèlement à cela, nous étions aussi partis à la recherche de documents d’archives, ainsi que d’une littérature spécialisée. La recherche d’archives nous amena à différents endroits de la capitale, tels que la Bibliothèque du Congrès, le Musée Roca (qui est aussi un centre de recherche historique), et les Archives Générales de la Nation. Lorsque nous avons découvert en ce dernier endroit la présence d’un dossier intitulé : « Documentos económicos. Colonización. Indios. Fronteras », nous avons alors décidé d’investir la majeure partie de notre temps de recherche dans ces archives. Ce temps nous étant compté, nous avons alors opté pour la numérisation de ces archives. Il nous était en effet impossible de consulter ces nombreuses archives les unes après les autres pour vérifier sur place si elles recelaient bien des informations perspicaces pour notre sujet, et ceci d’autant plus que leurs contenus respectifs étaient très hétéroclites, et que la plupart d’entre elles devaient être décryptées, car manuscrites. Nous avons donc constitué notre propre fond d’archives numériques qui contient un peu moins de 1100 photographies.

La recherche bibliographique s’avéra également assez fructueuse. D’une part, elle nous avait permis de rassembler plusieurs ouvrages spécialisés d’importance, tels que ceux de Vanni Blengino, Enrique Hugo Mases, David Viñas, et Juan Carlos Walther. D’autre part, nous avions pu compléter nos sources avec les récits contemporains de Lucio V. Mansilla, Manuel Prado, et avec d’autres chroniques de la conquête écrites par des acteurs moins importants de celle-ci; sans oublier une importante compilation de textes emblématiques de la pensée argentine de la deuxième moitié du XIXe siècle, rassemblés par Tulio Halperín Donghi. En outre, nous avions trouvé au Musée Roca deux albums photographiques sur la conquête de la Pampa et de la Patagonie.

Nous sommes donc rentrés en Suisse avec un matériel de base abondant, qui nous promettait une belle entrée en matière. Malheureusement, plusieurs désillusions nous attendaient à notre retour. Tout d’abord, l’étude approfondie de nos deux sources principales s’avéra assez décevante.

Ces deux sources sont en effet composées des rapports quotidiens des chefs des cinq divisions ayant participé à la conquête du « désert ». Ecrits à la façon de bilans, ces journaux ne font que signaler répétitivement l’ordre du jour, les missions assignées aux subalternes (dont les rapports sont aussi retranscrits) avec leurs résultats, les particularités topographiques rencontrées, les problèmes liés à la troupe, etc. Lorsque survient un combat avec des Indigènes, l’officier se contente d’en signaler le résultat comptable : mort, capture ou reddition de tel cacique, total de morts et de prisonniers, nombres de captifs sauvés et de têtes de bétail récupérées.

De façon très logique, il est assez rare de rencontrer des commentaires vraiment personnels dans ces rapports militaires, et lorsqu’il y en a, ils ne sont évidemment pas du genre à remettre en cause l’entreprise à laquelle leurs narrateurs participent. A l’opposé, nous pouvions donc espérer des commentaires élogieux visant à glorifier, sur le mode de l’épopée, cette conquête du « désert » : mais là aussi, les sources se sont avérées peu prolifiques de ce style de prose. Dans l’ensemble des deux tomes, le style télégraphique des journaux militaires ne laissait pas de place aux ornements littéraires, et cela rendait ces sources très opaques à une analyse historique telle que nous la concevions, et donc à l’interprétation.

Outre ces rapports militaires, nous avions aussi en notre possession les récits journaliers des missionnaires et des scientifiques ayant accompagné l’expédition militaire du général Roca. Mais à l’instar de leurs collègues militaires, les hommes d’église et de science ne font que rien d’autre que comptabiliser le nombre de baptêmes effectués ou d’espèces végétales et minérales rencontrées. Comptablement très riches, l’ensemble de ces sources se révélait paradoxalement assez aride, et nous ne voyions pas vraiment comment les utiliser au sein d’un travail d’envergure.

Ensuite, l’étude des archives numérisées n’apporta pas non plus les résultats escomptés : une fois l’indexation de celles-ci effectuée, leur contenu se révéla trop hétéroclite dans la perspective d’une étude approfondie. Individuellement parlant, ces archives n’étaient pas dénuées d’intérêt, mais -de la même façon que pour les sources précitées- elles ne pouvaient servir de socle suffisamment solide pour la construction de notre mémoire.

Après l’étude de nos principales sources, nous nous retrouvions donc dans l’impasse. La seule possibilité sérieuse d’étude qui s’offrait à nous aurait été de nous lancer dans une étude comptable sur le nombre de prisonniers et de victimes indigènes afin d’essayer de déterminer l’ampleur du génocide perpétré par l’armée argentine. Mais cette tâche était difficile à réaliser depuis la Suisse car il aurait fallu pouvoir comparer nos sources à d’autres. De plus, les évaluations chiffrées données ces dernières années n’étaient à notre avis pas à remettre en question.

Il nous fallait donc orienter notre étude sur de nouvelles sources, et c’est en lisant ce singulier ouvrage pour l’époque qu’est Una excursión a los indios ranqueles que l’idée de travailler sur la justification idéologique de cette conquête commença à prendre forme plus nettement dans notre esprit.

Lire la suite  : La conquête du désert

Source : Section d'Histoire de l'Université de Lausanne

Venezuela - La socialisation de l'économie
et la nouvelle bourgeoisie



Fernando Arribas García (*), le 14 août 2010


Toutes les définitions sérieuses du socialisme, indépendamment des différences qu'il peut y avoir entre elles quant aux caractéristiques et aux modes d'organisation et de fonctionnement de la nouvelle société, se rejoignent en soulignant le trait principal du processus de construction du socialisme qui est la socialisation croissante des moyens fondamentaux de production des biens et des services.

Il y a accord sur le fait que cela rend nécessaire l'élimination progressive de la propriété privée de ces moyens de production, afin de libérer le travailleur des conditions objectives dont découlent l'exploitation et l'aliénation, et de libérer en même temps les forces productives de la société des entraves que lui impose l'ordre capitaliste et qui les empêchent d'atteindre une expansion maximale.

L'expérience historique a démontré que le problème de la construction du socialisme est plus complexe que la simple élimination de la propriété privée de la base économique de la société.

Il est devenu évident que la socialisation de l'économie, en soi, ne garantit pas la construction et le développement durable du socialisme. Mais il n'y a aucun doute quant au fait que cette socialisation est le préalable objectif inéluctable de tout processus de construction socialiste.

Il est aussi indubitable que la persistance du régime de propriété privée des moyens fondamentaux de production garantit la persistance de l'exploitation et, donc, du capitalisme.

Par conséquent, elle est toujours la première question à prendre en compte dans n'importe quelle définition du socialisme, et la première tâche à résoudre dans le processus de construction de cette nouvelle société.

En vertu de ce qui a été dit auparavant, une société est plus proche d'établir les prémisses matériels pour la construction du socialisme dans la mesure où elle fait avancer le processus de socialisation des moyens fondamentaux de production de biens et des services.

Nous pouvons mesurer objectivement l'avancée ou le retard relatif d'une société donnée à cet égard, en observant les niveaux de socialisation et/ou de privatisation de l'économie.

Pour cela, il faut observer l'évolution de la composition du Produit Intérieur Brut (PIB) de la société en question, et déterminer trimestre après trimestre et année après année quel pourcentage du PIB total du pays est produit par le secteur privé et quel pourcentage par le secteur public.

Cela nous permettra d'établir le poids spécifique de chaque secteur dans la production totale de l'économie national à chaque moment, et aussi de déterminer la tendance historique qui se manifeste dans le pays.

Dans une société qui vit effectivement un processus révolutionnaire de transformation de son économie, c'est-à-dire, qui subit une transformation plus ou moins rapide et profonde de sa structure économique, de tels pourcentages et une telle tendance historique démontreront des changements brusques et importants.

Ainsi c'est ce qui s'est passé, par exemple, en Chine: en 1952, le secteur d'Etat contribuait seulement pour 19,1% du PIB et le secteur privé contribuait pour 78,7%; mais en 1957, le secteur d'Etat contribuait à hauteur de 33,2% du PIB, les secteur coopératifs et communaux pour 64%, et le secteur privé seulement 2,8%.

Autres exemples: en Yougoslavie, avec un modèle de construction du socialisme très différent de celui chinois, le poids spécifique du secteur privé est tombé de 58,2% en 1947, à 28,3% en 1956, et à seulement 20,4% en 1964.

Et quelque de chose de similaire s'est déroulé également dans le cas du Chili, malgré les énormes différences historiques, culturelles et politiques qui existent entre le pays sud-américain et les exemples précédents: le poids du secteur privé dans le PIB non-agricole a chuté de plus de 85% en 1970 à 61% après seulement trois ans de gouvernement d'Allende et l'Unité populaire.


Il est clair que, indépendamment du modèle de socialisme que l'on cherche à construire, et des différentes voies qui sont empruntées dans ce processus, dans tous les cas cela emmène à une diminution plus ou moins rapide et soutenue de la contribution privée au total de la production nationale, et à une croissance également rapide et soutenue de l'apport des formes économiques socialisées

Le cas vénézuelien


Pourcentage du PIB au Venezuela du secteur privé


Voyons ce qui s'est passé au Vénézuela dans les 16 dernières années. Le graphique annexe montre l'évolution de la participation en pourcentage du secteur privé dans la composition du PIB national, trimestre par trimestre depuis 1994, c'est-à-dire, depuis le dernier quinquennat de la « IVème République ».

Les calculs ont été effectués à partir de chiffres empruntés à la Banque centrale du Vénézuela (www.bcv.org.ve).

Ce graphique indique que, à la différence des pays dans lesquels ont eu lieu effectivement des transformations révolutionnaires de l'économie en vue du socialisme, au Vénézuela il ne s'est pas produit jusqu'à maintenant une réduction importante et soutenue du secteur privé.

En fait, le poids spécifique de cette secteur n'a pas fait que stagner depuis le début du gouvernement du président Chavez (premier trimestre 1999, quand il atteignait 65% du PIB total), mais qu'il a eu tendance à croître et qu'il a atteint ses maximums historiques après huit années de processus bolivarien (72,4% au second trimestre 2007), dans des moments dans lesquels le pays vivait une période de prospérité relative.

Il est certain qu'à partir de 2008, il y a eu une diminution de cette valeur, d'une part comme résultat de l'acquisition par l'État de la place d'actionnaire majoritaire dans certaines entreprises qui appartenaient jusqu'alors au secteur privé (CANTV, Electricité de Caracas, BANVENEZ, SIDOR, CEMEX, certains sous-traitants et exploitants pétroliers etc.), et d'autre part comme conséquence de la chute de l'activité privée découlant de la crise économique mondiale.

Mais cela n'a pas évité que, au premier trimestre 2010, le poids spécifique du secteur privé (65,9%) ait été encore plus important qu'au début du processus bolivarien et même plus important que le minimum historique atteint dans les dernières années de la « IVème République » (59,7% au second trimestre 1996). Et cela n'a pas non plus modifié de manière significative la tendance générale à la consolidation de l'emprise du privé sur 2/3 du total de l'économie nationale.

Dans l'ensemble, l'économie vénézuelienne continue à être aujourd'hui essentiellement privée, et même plus privée qu'avant le début du gouvernement bolivarien.

Cette tendance à la consolidation quantitative du secteur privé pourrait être l'expression objective de l'apparition et du renforcement d'une « nouvelle bourgeoisie » qui a émergé dans l'ombre du gouvernement bolivarien, et qui en est venue à occuper certaines activités économiques que la « vieille bourgeoisie » a dû abandonner totalement ou partiellement comme résultat de l'action du gouvernement depuis 1999.

La somme totale des reculs subis par la fraction historiquement établie de la classe bourgeoise, plus les avancées obtenues par la fraction émergente de la même classe, laisse au secteur public dans son ensemble approximativement à un point similaire auquel il se trouvait il y a 11 ans, et en recul par rapport à la situation d'il y a 14 ans. En d'autres termes, il y a eu une redistribution des postes, et de leurs poids relatif, entre deux fractions différentes de la même classe bourgeoisie,

Ce transfert partiel du poids spécifique qu'avait l'entrepreneuriat privé qui dominait la « IVème République », non au peuple vénézuelien ni à l'État, mais au nouvel entrepreneuriat privé qui de plus en plus domine la « Vème République », paraît être conforme à la composition de classe du camp bolivarien et au rapport de forces existant en son sein.

Enfin, après tout, le processus actuel dominant la vie politique vénézuelienne, impulsé par une large alliance de classes et de forces qui comprend des secteurs émergents et non-monopolistiques de la bourgeoisie, a un caractère anti-impérialiste, anti-monopoliste et de libération nationale, mais ce n'est pas nécessairement porteur d'une perspective authentiquement socialiste.

(*)  Directeur de l'Institut d'études politiques et sociales Bolivar-Marx (Caracas) 

Source : publié dans le numéro 178 de Tribuna Popular


Tremblement de terre politique
et retour des Chicago boys

 
par Franck Gaudichaud, 3 août 2010


Une défaite qui vient de loin


Jeudi 11 mars, le milliardaire Sebastian Piñera a succédé officiellement à la présidente socialiste Michelle Bachelet. Elu chef de l’Etat, en janvier, le leader de Rénovation nationale (RN) conquiert la première magistrature au nom de la coalition « Alliance pour le Changement » (qui regroupe néolibéraux et ultraconservateurs). Ainsi que nous le rappelions au moment de l’élection, c’est un tournant historique et politique : le dernier président de droite élu était Jorge Alessandri, en… 1958. Se référant à la transition démocratique qui mit fin à la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1989), certains analystes n’hésitent pas à parler d’une « deuxième transition ». Après dix-sept ans d’un terrorisme d’Etat contre-révolutionnaire qui mit fin à l’expérience de l’Unité populaire de Salvador Allende, et à deux décennies d’une démocratie sous tutelle issue d’une « transition pactée », conduite par la Concertation des partis pour la démocratie — coalition entre le Parti socialiste (PS) et de le Parti démocrate chrétien (DC) —, le peuple chilien connaîtrait désormais les joies de l’alternance…[1]. Face au terne ex-président Eduardo Frei (DC), le médiatique Piñera – « Berlusconi chilien » avec bronzage permanent et dents éclatantes – a promis monts et merveilles à grands coups d’ingénierie marketing et télévisuelle : croissance soutenue de 6% destinée à faire oublier la crise capitaliste mondialisée, création d’un million d’emplois, combat de la pauvreté et surtout, accompagné d’un discours sécuritaire bien aiguisé, fin de la délinquance (du moins celles des classes populaires car les cols blancs ne seront sûrement pas inquiétés…).

La défaite est amère pour la Concertation qui croyait pouvoir encore faire jouer la logique du « vote utile » face aux fantômes d’une droite marquée au fer rouge par son appui à la dictature. Mais Piñera, s’affirmant « humaniste », a su rappelé qu’il avait voté « non » à Pinochet en 1988, sans pour autant pouvoir se départir de son passé de nouveau riche issu du régime militaire, ni de son alliance avec l’Union démocratique indépendante (UDI), droite réactionnaire « pinochetiste » (proche de l’Opus Dei et première force au Congrès). Les députés du centre-gauche espéraient que l’imposante popularité de la Présidente Bachelet et ses récentes réformes en faveur des plus pauvres pourraient faire oublier le passif de décennies de social-libéralisme : justice pour les victimes de la dictature « dans la mesure du possible », alors que la loi d’amnistie de 1978 est toujours en vigueur et que Pinochet est décédé sans avoir été jugé ; « économie sociale de marché » où le social est trop souvent un faire valoir destiné à faire accepter un projet macro-économique fondamentalement au service du grand capital ; absence de volonté politique au moment de mettre définitivement fin à la constitution autoritaire de 1980 ; accords multiples avec la droite au Parlement ; politique environnementale désastreuse car soumise au caprice des transnationales ; répression non démentie des revendications historiques du peuple Mapuche et autisme face aux revendications étudiantes et salariales…[2].

A ce rythme comment s’étonner qu’il y ait toujours plus de citoyens qui s’éloignent des urnes et des grands partis institutionnels (31 % des Chiliens en âge de voter, soit 3,8 millions de personnes, ne sont même pas inscrits sur les registres électoraux) et que ceux qui se déplacent pour mettre un bulletin dans l’urne aient majoritairement choisit « l’original » (un patron milliardaire ambitieux) plutôt que pour « la copie » (un sénateur DC dont la présidence n’a pas laissé de bons souvenirs aux classes populaires et aux organismes de défense des Droits humains) ? Frei a bien essayé d’agiter un chiffon rouge entre les deux tours : « Au cours de la campagne, nos adversaires ont toujours dit que la Concertación est au bout du rouleau parce qu’elle a déjà gouverné pendant 20 ans. Mais eux-mêmes ont été au pouvoir pendant 17 ans et le Chili s’est beaucoup mieux porté avec la Concertación que durant leurs années [de dictature, NdE] ». Cela n’a pas suffit, pas plus d’ailleurs que l’appui reçu du Parti communiste et de sa coalition, Juntos Podemos…

Le dernier jour de Bachelet. Privatiser le littoral de la mer australe ?

Et s’il fallait essayer d’expliquer pourquoi la Concertation est honnie de toute une partie du mouvement social et critiquée par de nombreux militants de gauche (y compris du Parti socialiste) ; s’il fallait tenter de montrer de quoi le social-libéralisme est-il le nom au Chili, on pourrait alors s’en tenir au denier jour de la présidence Bachelet. Ce 10 mars 2010, c’est avec l’approbation du dernier exécutif de la Concertation qu’est paraphée la réforme de la Loi générale de pêche et d’agriculture. L’objectif ? Tout simplement, venir en aide aux transnationales de saumon d’élevage qui ont inondé les côtes du sud du pays depuis des années et connaissent de graves difficultés. Crise sanitaire tout d’abord, conséquence d’un mode de production aberrant qui a dévasté une partie du littoral à coup de colorant, hormones, antibiotiques, surpêche (pour nourrir les saumons !). Crise économique ensuite. Alors que cette industrie était censée être un des moteurs de l’économie, elle a été engagée sur la voix d’une rentabilité à tout prix, basée sur une exportation de masse aux quatre coins de la planète (Japon, Etats-Unis, UE). Le développement exponentiel d’un virus (virus ISA) a affecté toute la chaîne, et c’est ce modèle d’élevage intensif entièrement dépendant du marché mondial s’est affaissé violemment [3]. Cette « agonie du saumon » a provoqué une chute de la production de plus de 30% entre 2007 et 2008 et le licenciement de milliers travailleurs (plus de 15.000) [4].

Vues les conditions offertes, en 20 ans, les capitaux ont afflué de toute part, à commencer par la transnationale hollandaise Nutreco (plus grosse productrice mondiale) mais aussi des entreprises norvégiennes, japonaises, canadiennes et espagnoles. Le patronat chilien n’est pas en reste puisqu’il détient 55% de la filière. N’en déplaise aux écologistes et aux pécheurs artisanaux (dont la vie a été ruinée), le Chili est devenu le second producteur de la planète, avec plus de 650 000 tonnes de saumon en 2007 et, en valeur, cette denrée représente le 4° poste d’exportation nationale [5]. Rapidement c’est un véritable lobby du saumon qui a fait son apparition au sein des institutions et de la société civile. Ainsi, alors que le secteur affiche désormais une dette de deux milliards de dollars, la proposition du gouvernement Bachelet a été de garantir le déblocage d’un fonds public de 450 millions de dollars. Les banques restant méfiantes, le projet de loi prévoit aussi une modification des règles de production, un meilleur confinement des poissons, une rotation régulière dans les lieux d’élevage et… la concession de milliers d’hectares de mer et de terre ferme offerte comme garantie hypothécaire auprès des banques ! Comme le rappellent les responsables de la campagne « Sauvons la mer chilienne », « Jamais dans l’histoire aucun pays n’avait permis d’hypothéquer la mer. Ce n’est pas seulement un scandale, c’est aussi le renoncement de notre pays à la souveraineté sur son territoire » [6]. Au lieu de s’inscrire dans le sillage d’Allende qui avait exproprié les grandes compagnies de cuivre (“le salaire du Chili”), le gouvernement Bachelet se sera montré beaucoup moins glorieux aux yeux de l’histoire… [7]

Les premiers jours de Piñera. Le retour des «Chicago boys»

« Se van los capataces y vuelve el patrón » : les contremaîtres partent et le patron revient… [8]. C’est le sentiment d’une partie des citoyens avec cette élection. En effet, la majeure partie du personnel politique de la Concertation n’était pas issu du milieu des affaires, bien que ses membres dirigeants s’en soient rapidement rapprochés au contact du pouvoir. Le président socialiste Ricardo Lagos n’avait-il d’ailleurs pas été proclamé, à la fin de son mandat, comme l’un des meilleurs hommes politiques du XX° siècle par le syndicalisme patronal chilien ? Cependant, l’arrivée de Piñera représente la fin d’une médiation politique : désormais, c’est un capitaliste décomplexé qui tient les rênes du pays. Certes, ce que certains sociologues nomment la démocratie « des compromis » ou encore « du consensus » [9] va se poursuivre, avec ses divers accords entre droite et gauche, alors que « l’Alliance pour le changement » ne possède pas de majorité absolue au parlement [10]. Il n’empêche : ce grand patron compte bien gouverner pour les siens. A la tête d’une fortune de plus d’un milliard de dollars et placé au 701ème rang du classement Forbes des personnes les plus riches du monde, son groupe est présent dans la télévision (Chilevision), la banque, la santé, la grande distribution, l’énergie, le transport aérien (Lan Chile) et même le football avec un club très populaire (« Colo Colo ») [11]. Grand admirateur du Président français Sarkozy, S. Piñera compte administrer l’Etat comme il gère ses entreprises, alors que la côte de ses actions en bourse a connu une envolée remarquée dès l’annonce de son élection. Si l’on regarde qui sont les actuels ministres [12], il est intéressant de noter que le nouveau président a choisit de choyer avant tout les élites économiques plutôt que la droite politique. Pablo Longueira, fondateur de la UDI, s’en est d’ailleurs ému, ce qui pourrait laisser augurer des tensions entre néolibéraux et ultraconservateurs dans un futur proche. « En effet, le nouveau cabinet ministériel ressemble par certains côtés à un véritable conseil d’administration du pays ! Le Président avait beaucoup insisté sur sa volonté de former un « gouvernement des meilleurs » […]. De fait, 13 des 22 ministres ne sont pas des militants. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de conviction politique, mais au moins n’en ont-ils pas fait leur profession. Finalement, le politicien le plus aguerri est probablement Jaime Ravinet, ancien de la Concertation (DC) qui redevient ministre de la Défense […]. S’ils ne sont pas de purs politiques, d’où proviennent donc les nouveaux ministres ?

Principalement du secteur privé et du monde universitaire. Si ce gouvernement n’incarne pas la «transversalité» annoncée, au sens de la représentation de différentes sensibilités politiques, il est par contre généreusement équilibré du point de vue de la représentation des groupes et familles qui pèsent dans l’économie chilienne. Alfredo Moreno, membre du directoire de Falabella (grande distribution) et de Penta (banque), devient ainsi ministre des Affaires Etrangères. Son expérience en matière de diplomatie est surtout fondée sur son rôle dans l’expansion internationale de l’entreprise, notamment vers le Pérou. Laurence Goldborne, ancien directeur général d’un concurrent direct dans la grande distribution (Cencosud), hérite du ministère des mines, secteur clé dans le pays du premier producteur mondial de cuivre. Magdalena Matte, issue d’une prestigieuse famille connue pour son opposition au gouvernement de Salvador Allende, occupera le portefeuille du logement. Au Sernam (Service National de la Femme), on trouvera Carolina Schmidt, qualifiée par le passé par une revue du monde des affaires de « première dame des Luksic », famille qui apparaît au 76ème rang du classement Forbes » [13]. Les autres responsables de portefeuille sont des universitaires (6 d’entre eux sont titulaires d’un doctorat). 16 membres du gouvernement ont étudié dans les amphithéâtres de la très conservatrice Université Catholique et une majorité exhibe fièrement des diplômes d’universités étasuniennes, particulièrement d’Harvard et de Chicago. On assiste à une sorte de retour d’une nouvelle génération de “Chicago boys”, prête à perfectionner le modèle débuté en dictature par leurs prédécesseurs, nourris dans les années 70 au biberon des économistes Milton Friedman et Arnold Harberger, pionniers du néolibéralisme [14]. Le meilleur représentant de ces idéologues de combat est sans aucun doute Juan Andrés Fontaine, nommé ministre de l’économie. Directeur du Centre d’études publiques (CEP), l’un des principaux réservoirs d’idée de la droite libérale, Fontaine est lié au groupe Matte et membre du directoire de plusieurs grandes entreprises. Ce gouvernement est ainsi formé par une majorité d’hommes, sans presque aucune expérience politique mais qui représentent à merveille la dimension de classe qu’ils se proposent de défendre.

Quand la terre tremble. Stratégie du choc néolibéral contre reconstruction démocratique et solidaire

A en croire que les dieux eux même en frémissent de colère ! C’est dans un pays partiellement détruit et une population mis à mal par un séisme (puis un tsunami) d’une magnitude exceptionnelle, que S. Piñera a dû assumer ses premiers moments de gouvernance. La droite n’aura pas pu fêter trop ouvertement sa victoire. Comme le soulignait la journaliste Claire Martin : « Pas de cotillon ni de célébration. La prise de pouvoir de Sebastian Pinera sera ce jeudi 11 mars d’une sobriété exemplaire ». La tragédie qui a fait plus de 800 morts et terrorisée les habitants de la région du Maule et Bío-Bío a bouleversé l’agenda du président qui a appelé à « sécher ses larmes » et à se mettre au travail.

L’exécutif a d’abord tout fait pour étouffer la défaillance complète de l’ONEMI, organisme lié au ministère de l’intérieur et à la marine qui est chargé d’organiser les évacuations en cas de danger de tsunami. Les familles des centaines de disparus et noyés crient pourtant au scandale devant l’incompétence de l’administration et l’arrogance de l’Amiral Edmundo González qui en est responsable [15]. Selon certaines estimations, ce ne sont pas moins de 30 milliards de dollars qui devront être investis au cours des prochaines années pour reconstruire les infrastructures et la droite pourrait en profiter pour avancer une logique de « stratégie du choc ». D’autant qu’elle a de l’expérience en la matière. Noami Klein a rappelé à quel point dans des moments de grande vulnérabilité, de désorganisation suite à des catastrophes naturelles ou des coups d’état, les individus comme les sociétés peuvent être plus facilement soumis à des thérapies de choc économique ou des formes croissantes d’autoritarisme [16]. En déployant plus de 10 000 militaires dans le sud du pays et en déclarant l’Etat de siège dans certaines régions au nom de la lutte contre les « saccages », à grand renforts de reportages télévisés, le signal est clair. La priorité a été donnée à une intervention sécuritaire musclée défendant la grande propriété privée, notamment celle des chaînes de distribution (telle Líder qui appartient à Wall-Mart), alors que dans de nombreuses zones affectées, souvent très pauvres, aucune action publique d’urgence n’avait été mis en place et que les services de base (comme l’eau potable ou l’électricité) n’étaient pas encore rétablis. Le chaos, une assistance défectueuse produit du modèle semi-public chilien, les manques de ravitaillement et la spéculation de certains commerçants peu scrupuleux ne pouvaient manquer de favoriser les comportements d’angoisse, y compris de violence. Mais certaines scènes de pillage ou d’achat compulsif, y compris dans le grand Santiago (pourtant peu affecté par le séisme), ont aussi mis en lumière certains comportements collectifs marqués par le « chacun pour soi » d’une société éclatée et anomique, dont le terreau est composé d’un mélange toxique de valeurs ultraindividualistes, d’appels à la consommation permanente (mais à crédit) combinés avec une brutale fracture sociale et un passé autoritaire, toujours présent en filigrane [17]. Sans aucun doute, il faudra dans les mois à venir prendre plus de temps pour décrypter ce qu’il s’est passé durant ces journées, mais il n’est pas exagéré d’affirmer, qu’une fois de plus, le mythe du « jaguar » de l’Amérique du sud, celui du pays riche et « développé », a été mis à nu dans toutes ses immenses contradictions : le Chili reste l’un des dix pays les plus inégalitaire de la planète.

Dans ce contexte, Piñera s’apprête à appliquer une politique de « capitalisme du désastre » (Noami Klein) où les discours « d’union nationale » sont au service d’une perspective de reconstruction qui se fera au profit de la bourgeoisie [18]. Déjà les grandes manœuvres on débuté. Au sein du cercle proche du pouvoir ont retrouve plusieurs personnages clefs des entreprises de construction du pays. Certains d’entre eux ont mené par le passé des actions immobilières importantes avec le groupe de l’actuel président, dont l’intendant (préfet) de la région Maule (l’une des plus touchées par la catastrophe), le ministre de l’économie et l’intendant de Santiago. Fernando Echeverría est d’ailleurs passé directement de la Chambre chilienne de la construction (syndicat patronal) à l’intendance de la région métropolitaine ! Pour les spéculateurs immobiliers les plus en vue (dont l’ami d’enfance de Piñera, Carlos Alberto Délano) les prochaines années s’annoncent on ne peut plus juteuses, même si par « malchance » leur responsabilité pénale est actuellement engagée du fait de la mauvaise qualité des édifices construits (et qui ont mal résisté au tremblement de terre)… Des projets fleurissent de partout et aiguisent les appétits, ainsi dans l’historique quartier Brésil de Santiago. Le Ministère des travaux publics (MOP) est quant à lui aux mains du lobby de l’Association des concessionnaires d’œuvres et d’infrastructures publiques (COPSA). « Nous voulons parler un peu avec le nouveau ministre et avec le Président Piñera pour que toutes ses routes, mais aussi ces écoles, hôpitaux, prisons et bâtiments publics qui se sont écroulés, soient transformés en concessions » a déclaré le dirigeant de la COPSA (et cousin de Piñera). Ce à quoi répondait le lendemain matin le ministre du MOP : « Le processus de concessions a aidé au développement du pays et je crois qu’il pourrait aider désormais à la reconstruction » [19]. Dans un Chili où quasiment tous les champs sociaux sont déjà dominés par le secteur privé et des logiques de rentabilité immédiates, de telles déclarations donnent le tournis.

Reconstruire les alternatives

Face à ce scénario du pire où la catastrophe géophysique rétroalimente le tremblement de terre politique, plusieurs lueurs d’espoirs pointent le bout de leur nez. Certes, le mouvement ouvrier, la Centrale unitaire des travailleurs, la gauche radicale, les associations de quartiers ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient avant le coup d’Etat de 1973. Cependant, depuis le début des années 2000, la « gueule de bois » de la transition pactée semble s’éloigner et une nouvelle génération de militants se mobilise et renouvelle les répertoires de l’action collective, en lien avec l’expérience des plus anciens. De multiples initiatives de solidarité active parcourent le pays, bien loin du show télévisé du « téléthon », sponsorisé par les mêmes entreprises qui pensent s’enrichir grâce au séisme. Syndicats, collectifs étudiants, associations de femmes ou indigènes, militants de gauche tentent, à contre-courant, de montrer que la notion de solidarité est encore possible face à la morgue du « tout marché » [20]. Ainsi que le déclare Carlos Gajardo, dirigeant social de la commune de La Florida (Santiago), « L’heure est à la réflexion lorsqu’on parle de reconstruction. Voulons-nous reconstruire un pays où prédominent les décisions de quelques uns, l’emploi précaire, le clientélisme, la corruption ? Ou bien faire ce qui correspond à un peuple digne : exiger la reconstruction du pays sur les bases de la solidarité, la justice sociale et la souveraineté nationale ? » [21]. L’alternative se pose effectivement en ces termes : choc néolibéral par en haut ou reconstruction solidaire par en bas ? Néanmoins, pour que le retour en fanfare de la droite ne soit qu’un mauvais souvenir et qu’il n’annonce pas un retour de bâton plus ample sur le plan régional, ce gouvernement et ses alliés devront être combattus sur leur terrain : celui de la lutte des classes.

Il faudra ainsi poser la question de la reconstruction politique d’une gauche populaire et combative : une «politique de l’opprimé» (selon la belle formule de Daniel Bensaïd), qui ne renonce pas à son indépendance devant les atermoiements de la Concertation et qui sache briser la fatalité de la fragmentation en proposant des alternatives concrètes. Nul doute qu’un gouvernement progressiste aurait pu mettre en branle un autre projet de reconstruction, financé notamment par une taxe immédiate (royalty) sur les entreprises minières transnationales, qui exploitent les multiples concessions sans quasiment rien laisser. Une telle fiscalité, pourtant très modérée, rapporterait au bas mot la coquette somme de 2,5 milliards par an [22].

Plus largement, c’est une véritable re-nationalisation du cuivre sous contrôle des salariés, comme des services de base (eau, électricité, communication, transports) qui devrait être annoncée comme mesure d’urgence sociale et nationale. Une décision de salut public soutenue par une imposition sur les revenus des transnationales, des classes aisées et à la mobilisation du mouvement social et syndical pour défendre une telle politique. Cette dynamique suffirait à démarrer une reconstruction gérée alors au travers d’un organisme public ad hoc, sous contrôle des populations concernées et favorisant les multiples initiatives d’auto-organisation qui ont surgit çà et là. Cette épreuve que traverse le peuple chilien serait, dans ces conditions, une opportunité de refondation démocratique et, pour les gauches sociales et politiques, l’occasion de reprendre le chemin des ouvriers des cordons industriels lorsqu’ils clamaient durant l’Unité populaire : «Créer, créer, pouvoir populaire !».


Notes :

[1] Pour une analyse de l’élection : F. Gaudichaud, « Un entrepreneur multimillionnaire à la tête du Chili », Le Monde Diplomatique, 19 janvier 2010, www.monde-diplomatique.fr/ca... et pour plus d’informations, voir la sélections d’articles que nous avons réalisé (avec Mario Amoros) pour Rebelion.org : « Elecciones Presidenciales 2009-2010 », www.rebelion.org/

[2] « Le Chili. Un pays modèle ? » in F. Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Paris, Textuel, 2008, pp. 315-336.

[3] Voir le dossier « Industria salmonera en Chile » de l’OLCA (Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales), www.olca.cl/oca/chile/region....

[4] Darío Zambra B., « La agonía del salmón », La Nación Domingo, 15 mars 2009.

[5] Arnaldo Pérez Guerra, “Chile : Salmoneras, crecimiento a cualquier costo”, 28 août 2003, www.ecoportal.net/

[6] Cette loi pourrait d’ailleurs être déclarée inconstitutionnelle puisqu’un recours a été présenté par 34 députés et 12 sénateurs devant le tribunal constitutionnel.

[7] Certains journalistes et militants ont même eu le mauvais gout de faire le parallèle avec le Général Pinochet qui avait lui aussi la veille de son départ, fait passer subrepticement (et en dictature) une loi léonine favorisant les intérêts de l’éducation privée dans le système scolaire du pays.

[8] M. Bercerra, « Se van los capataces y vuelve el patrón », www.elciudadano.cl/

[9] M. A. Garretón, Alfredo Alejandro Gugliano (coord.), Democracia en las Américas : desafíos, peligros, expectativas, Editora Universidad Católica de Pelotas, Brasil, 2003.

[10] La droite obtient 55 députés sur 120 et 17 sénateurs sur 38 : http://especiales.americaeconomia.com

[11] Piñera a annoncé qu’il pensait se séparer des propriétés qui pourraient représenter un conflit d’intérêt avec son rôle de Président de la République, à commencer par ses actions au sein de Lan Chile. Une annonce qui mérite d’être suivie de près…

[12] Pour voir la composition complète du gouvernement : www.elciudadano.cl/

[13] Antoine Maillet, « Nouveau gouvernement chilien : le monde des affaires au pouvoir ? », www.opalc.org, 15 Février 2010. Voir également C. Rivas Arenas, « Asesor de A. Edwards y ejecutivo de Falabella es el nuevo canciller », El Mostrador.cl, 10 de febrero 2010.

[14] F. Marin, « El regreso de los Chicago Boys », www.elciudadano.cl/

[15] T. Tricot, « El criminal “error” de la Armada », Barómetro Internacional, 18 mars 2010.

[16] N. Klein, La Stratégie du choc, Actes Sud, Paris, 2008.

[17] Voir les textes que nous avons réunis (avec Mario Amoros) pour Rebelion.org sur ce sujet : « Un terremoto destruye el mito chileno », www.rebelion.org/

[18] « La tempestad social que se aproxima », Editorial de la revue Punto Final, edición Nº 705, 19 de marzo 2010 et V. Haya de la Fuente, « Que el terremoto no sea excusa », Le Monde diplomatique (Chili), N° 106, avril 2010.

[19] Francisca Skoknic y Juan Pablo Figueroa « Los hombres del Presidente. Los vínculos de Piñera con las empresas de los edificios dañados », CIPER Chile, 18 mars 2010.

[20] Parmi de nombreuses autres, citons les initiatives en faveur de la reconstruction des locaux de syndicats portuaires, notamment du port de Talcahuano, très touché par le tsunami qui a aboutit à la création du Regroupement des syndicats pour la reconstruction de Talcahuano (voir aussi l’action lancée par l’ONG « Plataforma Nexos » : www.plataforma-nexos.cl).

[21] Carlos Gajardo Álvarez, «A reconstruir un Chile solidario», 25 mars 2010, www.rebelion.org/

[22] C Cademartori, « El royalty de la minería del cobre debe financiar la reconstrucción », 25 mars 2010, www.rebelion.org/

Source :  Diffusion de l'Information sur l'Amérique Latine

Menaces de guerre entre la Colombie et le Venezuela,
la réponse de paix du président Chavez




Par Hugo Chavez Frias, Caracas (*), le 1er août 2010

«Tout au long de cette semaine, nous avons lutté activement pour la paix. Pour arrêter la folie guerrière qui s'est emparée du palais présidentiel colombien de Nariño. Nous, nous sommes fixés un objectif suprême : empêcher le gouvernement servile d’Uribe, proche de la sortie, qu’il ne perpètre, un ultime crime et le plus néfaste : entraîné un conflit guerrier entre deux peuples se sachant et se sentant frères de par Bolivar.

Nous revendiquons pour le peuple colombien les mêmes droits que nous revendiquons pour notre peuple et à tous les peuples de notre Amérique : le droit de vivre en paix. Tel que le chantait le grand troubadour chilien Victor Jara, avec tant de force et tant de beauté.

Lamentablement, l’horrible équilibre laissé par l’occupant indigne du Palais présidentiel n'est rien d'autre que cela, l'exacerbation de la violence qui définit, depuis plus de 60 ans la douloureuse évolution historique de la Colombie. Un devenir douloureux et tragique que synthétisent les paroles du grand chanteur colombien Renán Vega. "Si, il était fait une minute de silence pour chacun des morts, des torturés et disparus au cours des 60 dernières années en Colombie, nous aurions deux années consécutives à rester silencieux".

Ces réflexions nous guident, notamment, pour saisir la gravité de ce qui se passe entre le Venezuela et la Colombie, pour mettre noir sur blanc notre volonté politique déterminée et signer. Le dilemme est entre les mots ou la mitraille, c’est-à-dire, ou bien, parvenir à la table du dialogue des peuples du Sud pour l’exercice de la paix dans la région, ou bien, maintenir une atmosphère d’une haute dangerosité belliqueuse.

Il ne s’agit pas, ni même, de la vieille controverse du XIX° siècle, qui opposa civilisation et barbarie. Il s’agit, dans cette conjoncture, d’un autre type de polarité : la sagesse et la prudence pour politique, contre l'irrationalité et la violence militariste. Nous savons, à ce stade, de quel côté a été le gouvernement de la Colombie au cours des huit dernières années.

Il ne suffit pas seulement de constater les taux élevés de violence subis par le noble peuple de la Colombie, mais aussi le résultat d'une crise interne dont seul le gouvernement d'Uribe est responsable. Egalement, nous avons été confirmé, à travers les médias, du caractère de la meute, de la gestualité et des inflexions verbales, pour ne rien dire du contenu des mensonges des représentants uribistes sur la scène diplomatique internationale. Les deux aspects sont sans doute  la conséquence d’une cause identique : son pari, la permanente agression comme stratégie d’Etat pour résoudre les problèmes touchant la société colombienne.

Le peuple colombien doit comprendre, qu’au Venezuela bolivarien, nous n'avons pas de syndicalistes tués ou des déplacés, ou des forces insurgées à travers le pays, nous n'avons pas des groupes paramilitaires, ou des étendues de terre au service de la production de drogues ou de bases militaires étasuniennes, ou des charniers remplis de cadavres. Personne ne peut (NDR - ne devrait) ignorer cela, ils sont les éléments définissant la réalité colombienne.

 Le chemin pris par le Venezuela est autre, bien distinct, même au milieu des difficultés, et ce qui nous reste à conquérir. Ici, nous nous dirigeons vers un monde plus juste, plus égalitaire et incluant la paix et attachés à l'esprit et à la lettre de notre Constitution.

Nous sommes préoccupés par la mascarade d’Uribe, dansant les dernières mesures de musique et sonnant depuis le Nord, mais, au-delà de la préoccupation, ce que ne peuvent pas permettre de ce côté du monde les pays souverains, et dignes de le partager en tout respect, est cette nouvelle escalade qui vise à étendre le Plan Colombie hors du territoire colombien. Nous n’oublions pas, que le Plan Colombie fut ainsi conçu par l'Empire, expliquant la servilité du Palais de Nariño.

Patients nos efforts ont été, intenses et laborieux, pour relever, dans tout dans ce scénario, les drapeaux de la paix. Tel a été l'objet, cette semaine la tournée sud-américaine de notre respecté Nicolas Maduro, ministre des Affaires étrangères ; - et notre comparution, jeudi à Quito au sommet des ministres des Affaires étrangères de l'UNASUR, réunis, il faut s'en souvenir, à la demande du Venezuela. Lors de ce sommet, comme nous l'avons toujours fait, nous avons promu le dialogue, la compréhension et la coexistence pacifique.

Nous ne relâcherons pas nos efforts pour obtenir des relations décentes et respectueuses. Même si de l'autre côté de la frontière, ils continuent en tendant des pièges. Nous accompagnons notre grand et merveilleux peuple, qui ces jours-ci a été mobilisés en soutien à la Révolution.

Comme l’a dit en toute simplicité, l’apôtre de l’indépendance cubaine José Martí : «L'avenir est la paix». Irrémédiablement, de tant d'amour que nous avons pour elle, le sort de la Colombie nous blesse tous et toutes, quand nous devrions additionner le meilleur de nos vœux pour que vienne enfin une paix durable et fiable. Nous espérons, que comprenne le nouveau gouvernement de la Colombie, que nous ne sommes pas animés d’autre intérêt ou souhait.

Aujourd'hui, je veux réitérer, ce que j'ai fait depuis quelque temps, l'appel, aux forces insurgées en Colombie pour trouver les voies de la paix. Je sais que les voies sont complexes et difficiles, mais elles valent la peine : il s'agit d'une quête pour la vie et la dignité de la Colombie et des Colombiens.

Je me souviens, une fois de plus, le verbe du Libérateur (Simon Bolivar), comme une source d'inspiration: «La paix, sera mon port, ma gloire, ma récompense, mon espérance, qui m’est et au combien, précieuse en ce monde».

(…)

Je le dis avec le poète: J'avoue que j'ai vécu !
J’entonne avec la chanteuse (Violeta Parra) : Merci à la vie,
qui m'a tant donné, qui m'a donné le sourire et m'a donné de pleurer. "

(…) 

Nous gagnerons ! ».

Texte et extraits des Lineas de Hugo Chavez


Note :

(*) Président de la République Bolivarienne du Venezuela

Source : Apporea.org 

Traduction libre de Lionel Mesnard
Cet article est sous la mention tous droits réservés
et ne peut faire l'objet d'une reproduction sans autorisation

Trois billets pour le prix d’un seul…
Colombie, un train peut en cacher un autre !




Par Lionel Mesnard, le 24 juillet 2010

Il s’agit de trois billets écrits depuis l’élection de Juan Manuel Santos, au fil des actualités récentes et inquiétantes se déroulant en Colombie.

Colombie, un train peut en cacher un autre… (Premier billet)

La Colombie est repartie pour une nouvelle mandature de quatre ans, Juan Manuel Santos dauphin d’Alvaro Uribe a été élu avec soixante-neuf pour cent des voix, et sera investi au mois d’août 2010 comme nouveau président de la République de Colombie. Ce vote n’est pas en soit une surprise, elle était largement prévisible en raison du résultat du premier tour (46%). Sur le fond devait-on s’attendre à un changement dans un pays enraciné dans la violence guerrière et sociale ? Pas vraiment et il s’agit de comprendre pourquoi la surprise qui devait sortir de ces élections, ne l’a pas été ? D’abord comment ne pas narrer cet incroyable raté des institut de sondages colombiens, quelques jours avant le premier tour du 30 mai, le candidat écologiste de centre droit, Antanas Mockus se voyait crédité jusqu’à 37 %, résultat au final, il enregistrera  21% des votes du premier tour. De mémoires de sondeurs, un tel écart mériterait que l’on se penche sur la nature des ratés et la fiabilité des enquêteurs, bien que de nombreux soupçons reposent sur l’honnêteté globale du scrutin, ils n’en expliquent pas moins la raison d’un écart aussi énorme. Les instituts de sondages en Colombie prennent en compte principalement un public urbain, que l’on devine jeune issue des classes moyennes, et susceptible  de déposer un bulletin dans une urne dans un pays où l’abstention est forte (40% aux législatives et sénatoriales de mars 2010 et 49,5% au premier tour des présidentielles du 30 mai). On aurait pu expliquer un engouement mais une telle débâcle des sondages pas vraiment, sauf à savoir, si l’objectif était d’éliminer dès le premier tour le candidat naturel de la gauche colombienne en lui substituant un candidat de circonstance et de préférence à user jusqu’à la corde ?

Il y a bien eu un phénomène avec l’écologiste Antanas Mockus, il n’est pas à négliger, quelque chose à bouger dans la société colombienne en faveur d’un candidat qui n’entrait pas dans les jeux et les classiques de la politique, au demeurant un homme intègre mais baignant dans un lit de piranhas, faut-il préciser. Face à Juan Manuel Santos et dans l’ombre d’Alvaro Uribe, le gentil universitaire et son tournesol a séduit, mais il n’a pas pu ouvrir la moindre brèche dans l’édifice uribiste, sauf à torpiller son allié le plus naturel de la Gauche Démocratique et Alternative, Gustavo Petro et lui prendre une partie de son programme.  Avec un peu plus de 9% des votants, le PDA se retrouvant ainsi à la troisième place a subi un échec, et il se trouve en net repli par rapport au scrutin de 2006. Les divisions apparues en septembre 2009 lors de la désignation de Gustavo Petro font de nouveaux jours, il est fortement question d’un congrès extraordinaire avant la fin de l’année. La campagne de Gustavo Petro a été marquée par son adhésion au dogme de la sécurité démocratique (Antanas Mockus de même), seuls les programmes de l’éducation et de la santé ont suscité une adhésion dépassant les espaces électoraux du candidat de la gauche. Avec 21% pour Mockus et 9% pour Petro et un second tour (ce qui ne fut pas le cas en 2006) le chemin est encore lointain de voir une alternative démocratique et pourquoi pas écologiste de prendre le pouvoir, néanmoins l’addition des voix des Verts et du PDA prouve que cette alternative existe mais n’a pas su trouver ses marques.

Juan Manuel Santos a eu droit aux félicitations du président étasunien, français et même vénézuélien. Il a invité son homologue vénézuélien et  équatorien à venir à Bogota pour sa journée de prise de fonction. Comme quoi le « réalisme » en politique préfère toujours les vainqueurs aux vaincus, et dans le cas du nouvel édile, il n’y a pas vraiment à s’attendre à un changement de cap. Si l’on tient compte des forces en présences, de droite, du centre et même de gauche, elles sont restées engluer dans le piège de la « sécurité démocratique », le fameux poncif des 8 ans de présidence d’Alvaro Uribe. Car à ce niveau de cynisme, nul ne fut meilleur que lui, et Uribe a même su sortir comme d’une pochette-surprise la libération de quatre nouveaux otages aux mains des Forces Armées de Colombie entre les deux tours. A chaque faux pas et ils ont été nombreux, le président Uribe a su rebondir : l’élimination des faux-positifs, l’affaire des pyramides, les scandales à répétition de la narco-politique, les écoutes illégales et multiples atteintes aux droits de l’Homme, et affaires d’espionages. Le moindre président d’un état démocratique aurait pu sauté plusieurs fois (au sens figuré) ou être obligé de démissionner et surtout à rendre des comptes à la justice, il n’en fut rien. Il envisage même à présent se présenter à la Mairie de Bogota. Peut-on dans ce cas présumé d’un changement de politique qui mettrait fin à la terreur subie par les populations civiles en Colombie, en l’état seule une mobilisation de l’opinion publique mondiale pourrait infléchir le cours des choses.

Colombie, un train peut en cacher un autre… (Deuxième billet)

L’assassinat récent de sept membres du Pôle Démocratique et Alternatif rouvre certaines plaies du passé et doit mettre en alerte les forces démocratiques et internationalistes face à un retour des assassinats politiques des opposants de gauche en Colombie. Sept meurtres ces trois derniers mois et en pleine période électorale ne doit pas nous faire oublier que fondamentalement rien ne change, que tout continue sans que jamais les blessures ne puissent vraiment se fermer.  Face à des mécanismes de répétition, la Colombie est un exemple signifiant de comment jamais n’est pris en considération le passé, il s’y répète inlassablement les mêmes scénarios, les mêmes travers, les mêmes abjections depuis des décennies. Néanmoins ce pays n’est pas figé et ne relève en rien de la fiction, il baigne en plein dans les réalités communes de ce monde, il est même très attractif à bien des égards. Ses ressources ne se limitent pas à ses richesses minérales et vivrières, elles sont aussi humaines et cette nation n’a rien à envier aux autres pays du continent. Pour ce qui est de la créativité, des richesses intellectuelles, il mérite même un sérieux détour. Mais l’objet de ce texte n’est pas de vendre une destination mais de s’interroger pourquoi ce pays vit un tel chaos et devrait être un peu plus pris en considération?

Le but n’est pas de faire un texte où il suffirait de cogner contre les médias, le constat est pourtant affligeant. En ce domaine, la presse francophone est très mauvaise. La Colombie n’est pas un sujet vendeur, peu de plumes, beaucoup de notes des agences de presse réécrites à la va-vite, ou le plus souvent un regard très dogmatisant sur ce qui se passe en Colombie. Et pas grand-chose venant mettre en avant les contradictions sociales et un fait évident, une guerre qui depuis plus de 60 ans pose des problèmes majeurs, non seulement en interne, mais aussi avec de lourdes conséquences pour ses voisins.  Au déséquilibre est venu se surajouter depuis au moins 30 ans la question du trafic de drogues et des maffias qui perdurent malgré les accords de 1998 entre Andrès Pastrana et Bill Clinton, puis entre George Bush et Alvaro Uribe (plan Colombia). En une génération, les cartels se sont même emparés d’une partie des pouvoirs politiques et cela n’a rien de très mystérieux en Colombie. Le passage de témoin qui va s’opérer le 7 août 2010 du président Alvaro Uribe à Juan Manuel Santos ne va surtout rien changé, il faut même s’attendre à quelques retours de bâtons et possiblement de graves crises diplomatiques.

Juan Manuel Santos est un pur produit de l’oligarchie colombienne, patron de presse, ministre depuis 1998 et surtout ancien ministre de la défense et « héros » de la libération d’Ingrid Betancourt et 14 autres captifs de l’opération « Jaque ». Le futur président colombien donne le là d’une continuité certaine. Un avantage sur son prédécesseur, il ne semble pas marqué directement avec les maffias, mais il est toutefois membre d’une coalition très marquées ces dernières années par les affaires des liens entre narcos et politique et la question du paramilitarisme. Le plan Justice et Paix qui visait principalement à la démilitarisation des forces d’extrêmes droites a été une ficelle habile du Président Uribe, mais si elle a possiblement permis à certains de poser les armes, les milices n’ont pas disparu et continuent de sévir. La guerre, pour ne pas dire les guerres qui alimentent ce pays ne sont pas sans conséquences, cela nourrit chaque année un flot de réfugié et une liste où l’on tente de dénombrer le nombre réel de victimes. Beaucoup d’ONG ou organismes internationaux des droits humains disposent de chiffres très alarmant sur le nombre de disparitions civiles forcées, 38.000 rien que les trois dernières années. Il serait temps de tenir compte que les premières victimes du conflit sont des civils et que cette violence se concentre dans les campagnes et sur une large partie du territoire. Si indéniablement, la sécurité a fait des progrès dans les centres urbains, elle est en partie artificielle et ne prend pas en compte les inégalités sociales. Pour que même Madame Clinton en vienne donner un chèque obole de 20 millions de dollars à Bogota, on peut tout à fait comprendre que les inégalités sont du domaine de l’injustifiable.

Colombie, un train peut en cacher un autre (troisième billet)

Il n’aura pas fallu longtemps pour que les tensions se réactivent entre la Colombie et le Venezuela en ce mois de juillet 2010. Cette nouvelle n’est pas en soit une surprise, depuis janvier-février 2005 les crises diplomatiques et incidents frontaliers se multiplient. Et les différents n’ont pas commencé de sitôt tant la perméabilité des deux états est grande. Plus de 2000 kilomètres de frontières communes donnent une idée approximative de la situation, nous sommes à la fois et de chaque côté face à un monde peu urbanisé (en particulier les plaines marécageuses ou llanos et la partie amazonienne) et disposant d’importantes richesses fossiles et minières de part et d’autre. Mais aussi et surtout, il y a une guerre civile en Colombie qui oppose le gouvernement colombien et les deux mouvements de guérillas l’ELN (Armée de Libération Nationale, guévariste) et les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, marxiste-léniniste) depuis le milieu des années 1960, et des forces ou milices paramilitaires tout aussi anciennes. Vient se surajouter la question des trafics en tout genre et notamment de drogue, pour comprendre l’amplitude des problèmes et en quoi l’accusation portée par Bogota à l’encontre du Venezuela a quelque chose de surréaliste.

Il existerait des campements des FARC et de l’ELN sur le territoire vénézuélien, preuves à l’appui et plaintes devant l’OEA (l’Organisation des Etats Américains), Bogota a incriminé l’état vénézuélien comme servant de base arrière. Il n’y a pas si longtemps, ce même pays dénonçait d’étroites relations entre de multiples personnalités européennes et latino-américaines et les FARC. L’ordinateur de Raoul Reyes saisi lors de l’assaut en territoire équatorien par l’armée colombienne (en 2008), c’était d’abord multiplié par trois, puis devait révéler de très nombreuses correspondances. Pour sa fin de mandat Alvaro Uribe semble vouloir partir en beauté, mais c’est à se demander s’il ne s’agit pas d’un nouvel écran de fumée de sa part ? Plutôt que d’affronter les réalités internes n’est-il pas mieux de créer un contre-feux et Hugo Chavez n’est-il pas une cible idéale ? Cela permet d’occuper la presse plutôt que de faire un bilan des années écoulées sous son mandat.

On peut reprocher à Hugo Chavez maintes choses, mais de là à faire de son pays un état criminel, c’est à la fois inconcevable et très loin de la vérité. Inconcevable parce que même en bombant le torse, le président vénézuélien ne dispose pas des moyens militaires de son voisin colombien. De plus sa stratégie a été toujours défensive, et il a à chaque fois chercher à calmer les tensions, face à la volonté claire de saper à tout prix les relations, dont l’un des plus agressifs fut le ministre colombien de la défense, Juan Manuel Santos (le futur président à partir du 7 août 2010). Peu de semaines écoulées ou de nouveau les relations semblaient au beau fixe entre les deux pays, le château de carte s’est écroulé. La réaction de Chavez  vient ouvertement d’un trop plein et sur le fond de la volonté délibérée de déstabiliser Caracas. Doit-on y voir une menace pesant sur le régime bolivarien, tout est possible à quelques mois des élections législatives au Venezuela.

Seuls ont à gagner de cette discorde l’oligarchie colombienne et l’administration étasunienne. Ils visent de nouveau à affaiblir et favoriser les divisions politiques au Venezuela et vont principalement renforcer la chute des échanges commerciaux et industriels entre les deux nations. Ce qui économiquement va affecté aussi bien les colombiens, que les vénézuéliens. Par ailleurs, il faut arriver à démontrer coûte que coûte qu’il vaut mieux investir en Colombie, qu’au Venezuela, pays peu stable et pays dirigé par qui vous savez… Cette stratégie a fonctionné sous Bush, elle reste de mise. On aurait pu attendre de la nouvelle administration, c’est-à-dire en premier lieu de Barak Obama une autre politique en Amérique Latine, il n’en sera rien ou pas grand-chose. Si cette fois et à juste raison Hugo Chavez met les pieds dans le plat c’est qu’il faut savoir de quoi nous parlons, ou comment garder son calme face à un état résolument narcotrafiquant et propagateur de guerre.

N’est-ce pas la présence et l’arrestation de 80 paramilitaires colombiens près de Caracas dans la villa d’un patron vénézuélien qui avait mis le feu aux relations en 2005 ? On veut accuser un pays voisin et normalement frère de faire la part belle aux mouvements rebelles, quand on connaît les nombreuses incursions et présences manifestent de miliciens colombiens d’extrême droite dans des départements du Zulia et du Tachira au Venezuela, frontaliers de la Colombie. Quand on connaît les conditions de déplacement entre les deux pays, un tantinet sa géographie et ses réalités politiques régionales, oui le Venezuela supporte les conséquences d’un pays qui depuis 1948 n’a pas su trouver la moindre concorde civile et empoisonne l’ensemble des pays limitrophes à la fois pour des raisons militaires et en faveur des économies souterraines.

Il suffit que Chavez rappel à l’ordre républicain une télévision connue pour ses multiples dérapages et appels aux meurtres pour que les médias de masses titres sur le dictateur, car petit problème concernant Hugo Chavez, on ne lui connaît pas de crimes contre l’humanité ou de guerre, ou de prisonniers politiques d’opinions à faire valoir contrairement à son homologue colombien. Il faut bien dans ce cas lui faire porter la responsabilité d’un conflit dont il serait le premier à vouloir s’en défaire sur son territoire. De mémoire, il fut le premier président dans les années 2000 à avoir proposé et mis en oeuvre concrètement un dialogue de paix. Il s’est retrouvé du jour au lendemain remercié pour ses bons offices et par la suite faussement accusé lui et bien d’autres de soutenir la cause des FARC, simplement pour avoir chercher les voies du dialogue. Ce qui n’est pas dans le camp de Monsieur Uribe et Santos est obligatoirement un terroriste. Cette logique sans mesure est déjà en application en Colombie et condamne chaque année des milliers d’innocents à une mort certaine. Pendant que certains sont toujours à la recherche des goulags vénézuéliens, ils risquent de ne jamais rien trouver qui puisse faire de Chavez un tortionnaire, et nombres d’espaces médiatiques continuent à se voiler la face devant les crimes commis par l’état colombien depuis des décennies.

Si tout à chacun était à partir d’éléments vérifiés amené à faire une dissertation sur Alvaro Uribe et Hugo Chavez, la thèse et l’antithèse seraient évidentes. Et il ne s’agirait pas de se référer de simples antagonismes politiques, mais bien y voir deux manières d’agir, et de comparer les résultats. Chavez, lui a agi en faveur d’une redistribution des richesses, Uribe de son côté n’a  rien fait pour améliorer l’un des salaires ouvrier les plus bas de toute l’Amérique Latine, et un des salariats les plus en proie aux inégalités et violences sociales sur l’ensemble du continent. Ces dernières années en Colombie, les profits accumulés n’ont, en aucun cas, permis un recul de la misère. À l’opposé, de ce que le Venezuela connaissait et mettait en œuvre avec de lourds investissements en faveur de l’école et des soins médicaux. Il n’y a pas photo entre le supposé dictateur et celui qui voudrait incarner la fine fleur de la démocratie, il y a comme une erreur dans les légendes… Le problème c’est que l’un triche et l’autre pas, que l’un est aux ordres de l’Empire et que l’autre non seulement résiste mais en plus ne peut se plier à des manipulations grossières. Des clichés sur des campements des FARC au Venezuela, il est tout à fait possible d’en produire depuis au moins quarante ans, il y a quelque chose du scoop raté ou du plat que l’on vous ressert. C’est tellement énorme que l’on voudrait y croire mais c’est absurde en tout point.

A Hollywood le scénario finirait possiblement à la poubelle
et pourtant la télénovela Uribiste fonctionne à plein.


Epilogue, un train qui peut en cacher un autre en Colombie…

Tout le monde comprendra facilement que l’on ne va pas vers un apaisement du conflit interne en Colombie, tout au contraire, on se permet même de pousser l’espionnage un peu loin. Il n’y a plus de mystère, quant au rôle des ambassades colombiennes de surveiller ses ressortissants à l’étranger, l’on découvre pan par pan de comment en Colombie et dans le monde se comporte les services de renseignements colombiens. Si les écoutes illégales ont pu toucher des personnalités politiques, sociales et journalistiques avec le scandale des Chuzadas, l’on sait depuis peu que le président équatorien et son entourage ont été l’objet d’une attention toute particulière des services de renseignement du président colombien, le DAS (Département d’administration de la sécurité). Il est donc impossible pour le futur ancien président de la République de Colombie et pour son suivant d’ignorer les implications du DAS en interne comme en externe. Et au fil des actualités récentes comment les James Bond du DAS semblent avoir sévi de même sur le sol de l’Union Européenne, pour fin, que rien ne puisse empêcher la signature de l’Accord de Libre Echange (Tratado de Libre Comercio) lors de la conférence de Madrid en mai 2010. Une plainte émanant du groupe Gauche Unie Européenne a depuis été déposée sur les agissements des services secrets colombien sur le territoire de l’UE, par Monsieur Paul Emile Dupret.

Ce même Monsieur Paul Emile Dupret avait connu pour mésaventure de voir en août 2009 son vol détourné des USA vers une autre destination, petite mésaventure qui s’est produite aussi quand le journaliste colombien et exilé politique Hernando Calvo Ospina a survolé les Etats-Unis en avril 2009. Et rebelote et dix de ders avec le réalisateur colombien Hollman Morris qui s’est vu refusé en juin 2010 un visa, il devait pour crime recevoir un prix au sein d’une université nord américaine et salué son travail d’enquête journalistique sur les crimes commis en Colombie (depuis le visa a été enfin accordé grâce aux pressions internationales). Nous ne sommes pas soumis au jeu du hasard, il y a bien des faits qui démontrent le haut niveau de nuisance de cet état policier et pas seulement à l’échelle locale. Toute la question résiderait à faire connaître les liens étroits, économiques principalement entre la première puissance du monde et une Colombie au prise avec des mécanismes féodaux et maffieux. L’objet est de mettre à bas le décor et l’hypocrisie qui s’est construite autour de cette nation malade à en sacrifier ses forces vives. Les colombiens sont confrontés à des problèmes très contemporains, la vie d’un homme face à une bananeraie ou des plants d’huile de palme ne pèse pas lourd. Pour son malheur et comme tout pays très riche en ressources minières tout participe à lever toute hésitation aux investisseurs prédateurs. Qui choisir entre un pays qui vous offre ses terres sur un plateau et un autre qui entend rester maître en sa demeure ? Comment alors ne pas s’appuyer sur les milices locales qui feront taire à tout jamais quelques syndicalistes récalcitrants, si cela rapporte sonnant et trébuchant, le calcul est déjà fait. 

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 Les disparus français de la dictature militaire


Plaque apposée à la mémoire des Français victimes de la dictature militaire (1976-1983)

à l’entrée de l’ambassade de France à Buenos Aires

La mer n’a pas pu effacer les preuves du crime, rejetant quelques corps afin qu’ils témoignent de l’horreur. L’un d’eux est celui de notre compatriote Léonie Duquet. Symboles parmi les symboles, les autres corps déposés par la marée sur les rives de l’Atlantique sud sont ceux de mères qui recherchaient leurs enfants et de personnes qui les accompagnaient. C’était le cas des religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet.

L’identification des restes de Léonie Duquet et des premières Mères de la Place de Mai ravive les douleurs du passé, mais elle maintient aussi allumée la flamme de la recherche de la vérité. Trente ans après, les victimes et leurs proches continuent à réclamer que justice soit faite, que les responsables soient jugés et punis, et que cela n’arrive plus jamais. En France, les proches des 18 Français victimes de la dictature militaire qui a sévi de 1976 à 1983 rendent hommage à ces Mères Courage qui reposent dorénavant dans les jardins de l’église Santa Cruz à Buenos Aires et, à travers elles, à tous les détenus-disparus d’Argentine. Aujourd’hui et toujours, lorsque nous nommons les 18 Français disparus ou morts en Argentine, nous nous souvenons de toutes les 30.000 personnes disparues dans ce pays.

Marcel Amiel, Robert Boudet, Jean-Yves Claudet Fernández, Françoise Dauthier, Yves Domergue, sœur Alice Domon, sœur Léonie Duquet, Andrés Roberto Duro, Marie-Anne Erize, Maurice Jeger, Mario Roger Julien Cáceres, père Gabriel Longueville, Pierre Pegneguy, Juan Roger Peña, Jean Marcel Soler et les frères Marcel, Paul et Raphaël Tello

Que soient ici remerciés pour leur contribution inestimable à la reconstruction de la vérité historique tous ceux qui, par leur travail et leur dévouement dans la lutte pour la justice et contre l’impunité, permettent de reconstruire des histoires et de faire le deuil : organisations des droits de l’homme, autorités, juges, avocats, la communauté de Santa Cruz et, tout particulièrement, l’Equipe argentine d’anthropologie médicolégale.

L’Association des parents et amis des Français disparus en Argentine :

TOUTE INFORMATION SUR L’UNE OU L’AUTRE DE CES PERSONNES
PEUT SIGNIFIER UNE ÉTAPE IMPORTANTE
DANS LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ ET DE LA JUSTICE.
PRIÈRE DE LA FAIRE PARVENIR À L’ASSOCIATION DES PARENTS
ET AMIS DES FRANCAIS DISPARUS EN ARGENTINE :

 écire à : "francaisdisparusargentine(at)gmail.com"

Télécharger le dossier PDF sur les 18 disparus français en Argentine :
MEMOIRES-ARGENTINES.pdf

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