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"L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde."         Albert Camus

Informations sur l'Amérique Latine

Sommaire année 2010, page 4

1 - Haïti, Vie quotidienne, un Combat,  par Gerardo Ducos,  pour Amnesty International
2 - Colombie, Fours crématoires en Antioqua, par ARLAC Belgique
3 -
Antanas Mockus, "l'homme du vaccin", par Gloria Gaitan
4 - Construire  ou reconstruire Haïti, par Camille Chalmers & Emile Brutus
5 - La Nouvelle Démagogie en Amérique Latine, par Álvaro Cuadra
6 - Colombie - Chagas, une maladie qui tue en silence, par MSF
7 - Colombie : Le four des paramilitaires ..., par Verdad Abierta
La vie quotidienne dans les camps haïtiens, un combat


Par Gerardo Ducos, délégué d’Amnesty International

en mission à Port-au-Prince, en Haïti, 28 juin 2010

Deux mois après le tremblement de terre, des milliers de personnes, à Port-au-Prince et ailleurs, continuent à attendre ne serait-ce qu’un début d’aide humanitaire. Dans les quatre camps de fortune où nous nous sommes rendus lors de nos premiers jours en Haïti, chaque jour est une lutte et les conditions sont terribles, c’est peu de le dire. Les gens sont privés d’eau, de nourriture, d’installations sanitaires ou d’abri. La résilience et la solidarité qui les unit sont les seules choses sur lesquelles les habitants de ces camps peuvent compter.

Il y a des camps partout. Chaque espace en plein air, que le terrain soit public ou privé, est occupé par des centaines, voire des milliers de personnes. Les gens s’abritent pour la plupart sous des draps et des serviettes de toilette, des tentes, des bâches ou, pour les plus industrieux, sous des structures faites de bois et de fer-blanc de récupération.

Dans les camps que nous avons visités à Cité Soleil, Delmas et Champ-de-Mars, des comités locaux se sont créés, improvisant et prenant en charge les tâches d’intendance de base : coordination, sécurité pendant la nuit, enregistrement des familles, activités pour les enfants, creusement de latrines ou délimitation des espaces communs. La participation des femmes et leur représentation au sein des comités est cependant restreinte.

Ceci dit, la plupart des femmes sont à l’extérieur, dans les rues de Port-au-Prince, vendant diverses marchandises et essayant de gagner de quoi nourrir leur famille. À certains points de distribution, d’autres femmes font patiemment la queue dans l’ordre et la discipline afin de recevoir du riz ou d’autres articles proposés par des organisations humanitaires, sous l’œil vigilant de casques bleus de l’ONU ou de soldats américains lourdement armés.

La destruction de la ville est massive et la plupart des locaux des institutions gouvernementales se sont écroulés ou sont trop endommagés pour fonctionner. Les représentants des autorités, comme des milliers d’autres Haïtiens, campent et travaillent au bord de la route.

Le poste de police de Port-au-Prince est situé à quelques centaines de mètres des vestiges du Palais présidentiel et surplombe le Champ-de-Mars, un des espaces en plein air de la ville – désormais occupé par plus de 12 000 personnes.

Ce poste de police accueille l’une des quelques unités mises en place pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. Ce service se limite désormais à une table poussiéreuse installée sur le trottoir et est seulement opérationnel pendant la journée. Depuis le séisme, plusieurs pages d’un registre ont été remplies de plaintes pour abus sexuels et violences déposées par des femmes, des jeunes filles et des fillettes résidant dans le camp du Champ-de-Mars, de l’autre côté de la rue.

Le jour où nous nous sommes rendus au poste de police, le policier de service à cette table a compté pour nous à contrecœur le nombre de cas inscrits dans le registre : 52 cas de violences physiques et sexuelles depuis le tremblement de terre.

Il nous a dit que de nombreuses victimes étaient mineures, âgées de 11 à 16 ans, et que la plupart des agressions se déroulaient la nuit. Bien qu’il sache où envoyer les victimes pour qu’elles bénéficient de soins médicaux après une agression sexuelle, il n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi, la nuit précédente, une femme sollicitant l’aide de la police après que quatre jeunes gens eurent tenté de violer sa fille de 17 ans s’est entendu dire que la police ne pouvait rien faire et que le maintien de l’ordre au sein des camps relevait de la responsabilité du président de la République. La confiance de la population envers la police en a été fortement ébranlée…

La vie surgit au milieu des décombres

Le petit Wilson est né au cours de la nuit précédant notre second passage à Cité Soleil, un camp de fortune où vivent 272 familles. Sa mère lui a donné naissance dans les conditions les plus insalubres que l’on puisse imaginer : par terre, à quelques mètres d’un canal d’eau stagnante à l’odeur fétide, obstrué par des ordures et couvert de mouches et de moustiques.

Une autre femme du camp a aidé la mère de Wilson pendant l’accouchement, qui nous a été décrit comme difficile, sans eau propre, serviettes, ni instruments stériles pour couper le cordon.

Âgé d’un jour, Wilson se reposait en toute quiétude dans les bras de sa mère, en aucun cas dérangé par notre présence, ni par la nuée de moustiques qui avaient envahi l’espace où nous nous trouvions, sous des draps de lit maintenus en l’air grâce à de la ficelle. Cette installation est sa maison natale. L’abri improvisé apportait de l’ombre et pas grand-chose d’autre, n’offrant aucune protection contre les dangers environnants. Il laisse ainsi trois enfants et leur mère, qui est veuve, exposés à la pluie et aux inondations récurrentes à Cité Soleil, et à la merci de maladies infectieuses.

La saison des pluies approche et toutes les personnes avec qui nous avons parlé craignent le pire. Ce dont elles ont besoin, ce qu’elles demandent, c’est un toit au-dessus de leur tête. C’est leur priorité.


Source : Amnesty International
http://www.amnesty.org/


Les paramilitaires avaient aussi
leurs fours crématoires dans l'Antioquia



Traduction via ARLAC (Belgique), 10 mai 2010

Pour la première fois, un ancien paramilitaire fait état de l'utilisation de fours crématoires dans la Vallée d'Aburrá. La Fiscalía (ministère public) enquête sur la base de son témoignage et l'on espère que d'autres anciens combattants apporteront davantage d'informations.

   
L'ordre donné à la fin des années 1990 par les commandants des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) de faire disparaître les ennemis “de quelque manière que ce soit”, pour ne pas laisser de traces et éviter que les chiffres des homicides ne croissent de manière disproportionnée dans les zones urbaines, a trouvé à Medellín et dans la région métropolitaine l'une des expressions les plus cruelles de la guerre paramilitaire : l'utilisation de fours crématoires.

Des preuves de l'existence de ce mécanisme macabre ont été trouvées dans le nord du Santander.  Des paramilitaires des AUC qui ont opéré dans cette région du pays, dont Iván Laverde Zapata, alias ‘l'iguane’, ont avoué devant les juges de l'Unité nationale de Justice et Paix que dans les zones rurales du district de Juan Frío, de Villa del Rosario, et Puerto Santander, des fours crématoires avaient été construits pour incinérer leurs victimes.

À Medellín, la question des fours crématoires des AUC ne cessait de faire l'objet de rumeurs depuis plusieurs années. Dans le monde de la criminalité, on disait avec insistance que les paramilitaires enlevaient les gens et “les brûlaient” pour les faire disparaître, mais personne ne donnait de renseignements précis permettant de confirmer ou d'infirmer les rumeurs.

Cependant, la réalité est en train de prendre le pas sur la rumeur grâce à l'acharnement de plusieurs enquêteurs judiciaires affectés à Justice et Paix, qui passent la question au peigne fin depuis plusieurs mois. Ils détiennent maintenant des renseignements concrets, bien que partiels, qui les amènent à constater que cette pratique de disparition forcée a bien existé mais que, comme ils l'admettent eux-mêmes, il manque des informations.

Les premiers renseignements qui dévoilent cette réalité sont fournis, depuis plusieurs mois, par un ancien paramilitaire qui a décidé de collaborer avec la justice. Verdadabierta.com a eu accès à plusieurs extraits des témoignages remis aux fonctionnaires judiciaires, à la lecture desquels il est possible de mesurer la cruauté extrême à laquelle sont arrivés des groupes armés illégaux d'extrême droite à Medellín, dans plusieurs municipalités de la région métropolitaine et dans l'est de l'Antioquia.

Verdadabierta.com ne révèle pas l'identité de l'ancien paramilitaire qui a apporté son témoignage pour contribuer à la vérité de ce qui s'est passé dans la capitale de l'Antioquia et dans les communes voisines pendant l'étape de pénétration et de consolidation des blocs paramilitaires des AUC.

“Beaucoup de morts n'ont pas été retrouvés parce qu'ici, à Medellín, dans les environs, à une heure d'ici, on trouve des fours crématoires. Beaucoup de gens ont été brûlés. J'ai assisté à ces faits", a avoué l'ancien paramilitaire aux enquêteurs.

Selon son récit, entre les années 1995 et 1997, les paramilitaires capturaient leurs victimes, les tuaient, et beaucoup d'entre elles ont été jetées dans le Cauca, le long des rives du sud-ouest de l'Antioquia. “Les corps étaient éventrés, lestés de pierres et jetés dans le fleuve. De nombreux membres des AUC ont été faits prisonniers alors qu'ils jetaient des cadavres”.

À ce problème est venu s'ajouter celui de la hausse du nombre des homicides, surtout dans les communes de la Vallée d'Aburrá et dans d'autres, où les paramilitaires allaient combattre la subversion. De l'état-major des AUC, commandé à cette époque par Carlos Castaño Gil, est venu l'ordre de faire disparaître les victimes. C'est ainsi qu'est née l'idée de construire un four crématoire : “L'idée du four a été suggérée par ‘Doblecero’ et concrétisée par Daniel Mejía”.

Pendant ces années-là, Mauricio García, alias ‘Doblecero’, commandait le bloc Metro et Daniel Alberto Mejía Ángel, alias ‘Danielito’, avait intégré le bloc Cacique Nutibara, relevant des AUC que commandait Diego Fernando Murillo Bejarano, alias ‘don Berna’.

“ Daniel Mejía  s'est chargé de la construction; il appartenait aux AUC et à la Oficina de Envigado, a déclaré l'ancien paramilitaire. “J'ai entendu que le four coûtait entre deux cents et  cinq cents ‘bâtons’ (millions de pesos) et qu'il a été étrenné avec un type du nom d'Alberto, de la Oficina de Envigado. Ils l'ont jeté vivant dans le four parce qu'il avait volé de l'argent. Le four était manoeuvré par un homme qu'ils appelaient ‘pompes funèbres’, je crois qu'il se nommait Ricardo; deux hommes entretenaient les grils et les cheminées, parce que la graisse humaine les bouchait”.

Pour ce qui est de la localisation du four, le paramilitaire a indiqué qu'il se trouvait dans une exploitation de la commune de Caldas, au sud de la Vallée d'Aburrá. “Il faut passer le centre urbain. On sort de Caldas par là; il faut une demi-heure en voiture. Il se trouve dans une très grande propriété. On entrait, à l'époque, par un portail blanc”.

L'ancien paramilitaire a décrit en détail l'immeuble, une fois entré dans la propriété : “La première maison était de construction noire; ensuite, il y avait comme une espèce de dépôt et plus loin, à 70 ou 80 mètres, quelque chose qui ressemblait à une briqueterie. On voyait deux cheminées sur le toit. Quand on entrait, il y avait un premier étage avec un jardin de recul bien décoré, et de là, à main droite, on descendait un escalier d'environ cinq mètres, en bas duquel on remarquait un grand four de boulangerie industrielle”.

Voici les détails qu'il a donnés au sujet du four : “La porte était hermétique, et s'ouvrait de haut en bas; fermée, elle était encastrée dans un pan de mur; ses vitres étaient grasses, comme opaques. Dans la partie extérieure, il y avait trois boutons, un rouge servant de poignée et deux autres pour réguler la température. Au-dedans, le four était métallique et avait une espèce de plateau fixe; il y avait des résistances, certaines sous le plateau, comme des grils. Il y avait aussi des résistances sur les côtés du plateau. Au fond de l'appareil, il y avait deux ventilateurs. On nous disait que là, nous ne pouvions pas fumer. Ça sentait la viande roussie. Dans le four, il n'y avait de la place que pour une personne. Les corps étaient accrochés au plateau. Quand la température montait, les corps se soulevaient. Beaucoup de personnes mouraient avant d'entrer dans le four".

D'après les calculs du témoin, entre 10 et 20 personnes y étaient conduites chaque semaine. Et il y avait une procédure à suivre : “Lorsque nous arrivions avec les personnes, vivantes ou mortes, nous sonnions et on nous disait ‘Mettez ces intrants au fond’. Nous entrions, nous les portions dans des sacs pour que le sang ne se répande pas. Nous les saignions. On nous demandait ‘Qui envoie ça ?’. Alías ‘J’ et Daniel en envoyaient beaucoup. Ils avaient une fiche sur laquelle ils notaient tout. Celui qui notait était un homme d'environ 45 ans, petit, trappu. Nous entrions et nous devions attendre les cendres. La procédure prenait environ 20 minutes, mais lorsque le four était allumé, cela durait environ cinq minutes. Ensuite, nous les montrions à ‘J’ ou à Daniel, puis nous les jetions dans le fleuve ou là où on nous disait de le faire”.

Devant les enquêteurs judiciaires, il n'a pas nié sa participation à plusieurs crimes commis de cette façon. “J'en ai amené qui étaient morts, d'autres qui étaient vivants. J'ai apporté plus de cinquante morts et plus de quinze vivants”.

Parmi les victimes dont il se souvient, il y avait deux frères du nom de Vanegas, éleveurs de profession, qui avaient été arrêtés dans le secteur de Belén, au sud-ouest de Medellín, sur ordre de Daniel Mejía. Selon les paramilitaires, ces hommes avaient été assassinés parce qu'ils finançaient un front de la guérilla des FARC. À partir de leur mort, le four crématoire a été utilisé pour toutes sortes de personnes, mais auparavant, il n'était utilisé que pour des “personnalités”.

Il se souvient d'une autre personne incinérée là-bas : le narcotrafiquant Julio Cesar Correa Valdés, connu dans le monde de la mafia comme Julio Fierro, et époux du modèle Natalia Paris. Son décès s'est produit, d'après le témoignage de l'ancien paramilitaire, fin août 2001. Selon les journaux de cette année-là, ce narcotrafiquant était en pourparlers avec la DEA pour se soumettre à la justice des États-Unis et collaborer comme indicateur en échange d'avantages juridiques.

“Ils s'en sont aperçus en Antioquia, et Salvatore Mancuso, Carlos Castaño et Daniel Mejía se sont réunis. Castaño a donné l'ordre de capturer Julio Fierro. Celui-ci a été pris dans la municipalité de Guarne par plusieurs hommes de Daniel. Ils avaient pour instructions de ne pas le tuer. De Guarne, ils l'ont emmené en hélicoptère jusqu'à Córdoba, où se trouvait Carlos Castaño. Ils voulaient lui prendre quelques propriétés. Natalia Paris se rendit également jusque-là parce qu'ils allaient lui prendre des propriétés qui étaient à son nom à elle. Julio fut ramené à Medellín en hélicoptère, pour l'extinction du droit de propriété, puis ils le tuèrent et menèrent sa dépouille au four”.

Le plus paradoxal du récit de cet ancien paramilitaire, c'est qu'il offre une version qui pourrait éclaircir ce qui s'est passé avec ‘Danielito’, disparu le 25 novembre 2006, deux semaines après avoir quitté le centre de réclusion de La Ceja, Antioquia, où étaient détenus les chefs des AUC. Il avait quitté le centre parce qu'il n'y avait aucun mandat d'arrêt contre lui.

“Il a été victime de sa propre invention”, a déclaré l'ancien paramilitaire interrogé par les enquêteurs judiciaires. “Ils ont fait disparaître Daniel avec dix de ses gardes du corps dans ce four”. Un soir, un ami m'a appelé pour me dire ‘Ils ont pris Daniel, le patron’, et je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Je ne sais pas non plus ce qu'il est advenu de ce four”.

Des chercheurs sociaux de l'Université de l'Antioquia qui travaillaient sur ce type de phénomènes criminels et qui ont demandé de préserver l'anonymat de leur source, ont indiqué que l'existence de fours crématoires dans le nord du Santander et dans l'Antioquia montre qu'il s'agit d'une manière “d'industrialiser la criminalité”. Il y avait un ordre supérieur de “faire disparaître les victimes à tout prix” et les écartèlements, les fosses, les fleuves et les fours apparaissent en ce sens comme des techniques efficaces pour en finir avec le soi-disant “ennemi”.

Ce que révèle ce type de criminalité, ajoutent les chercheurs sociaux, c'est son caractère systématique et sélectif, “ce qui veut dire que toute cette criminalité a été planifiée, de sorte qu'on ne peut perdre de vue que les paramilitaires ont eu des écoles où on préparait les combattants par diverses activités. Là, ils en faisaient des machines de guerre” au moyen d'une division interne du travail, spécifiée par des techniques criminelles.

La Fiscalía espère que d'autres anciens paramilitaires, qu'ils soient candidats aux bénéfices de Justice et Paix, privés de liberté en raison de crimes jugés par la justice ordinaire ou libres, sans requêtes de la justice, contribueront à préciser davantage encore les détails de ce type de disparition forcée, afin non seulement d'établir la localisation exacte du four crématoire, mais aussi d'identifier les victimes qui ont été conduites à cette macabre machine de mort.

Source : Traduction ARLAC (Belgique)
Association des Réfugiés de l’Amérique Latine et des Caraïbes


Antanas Mockus, l'homme du vaccin




Par Gloria Gaitán, 14 juin 2010

Paul de Tarse a du avoir les mêmes émotions que moi hier, quand sur le chemin de Damas il eut une vision inattendue, qui le converti au christianisme. Hier, j'ai reçu deux courriers qui m'ont éclairé et me firent penser que moi-même, j’avais oublié ce que tout au long de ma vie, j'avais appris et essayé de transmettre.

Comme je suis la fille de Jorge Eliécer Gaitán, il en a résulté, que je n'ai pas pu faire autre chose qu'écouter les autres se référant à mon père. La raison pour laquelle, je me suis dédiée à faire des recherches et à décortiquer son passé. Ce qui me permis de me plonger et connaître sur le bout des doigts l'Histoire de la Colombie du XX° siècle, parce que la vie de mon papa est notre histoire commune et qu'il a laissé une trace indélébile en Colombie, le suivant jusque dans sa mort.

Avec tant de matières recueillies, ma conclusion a été que les méthodes et les tactiques de lutte de l'oligarchie colombienne se répétaient comme une noria ; ainsi, j’en fis la démonstration dans un essai, dont je suis l’auteur et que j'ai intitulé des "Tactiques de lutte de l'oligarchie libérale - conservatrice".  Pour les Colombiens, ces manoeuvres ont été une "escroquerie", qui année après année, élection après élection, et sans que mes écrits n'aient produit autre chose que l’ire collective du moment et, seulement avec le temps, la reconnaissance de sa validité ... mais "trop tardive".

Le plus surprenant a été qu’à cette occasion, je tombai moi-même dans le piège, et je ne me rendis pas compte, Alvaro Uribe et sa bande nous avait appliqué la même méthode nous ayant maintenu dans cette mer de corruption et d'exploitation.

Il est certain que pour mes parents proches il leur semblait qu'Uribe devait projeter quelque chose de grand pour vouloir se maintenir au pouvoir, après que tomba la possibilité d'être réélu une deuxième fois, mais je ne me rendis pas compte, il allait répéter les mêmes méthodes que ses prédécesseurs avaient utilisées. Hier quand je l'ai entendu et je me dois de remercier Isabelle et Léonard, qui de par les diverses choses, qu’ils m’ont signalé par courrier m’a ouvert les yeux.

Pour saisir comment l'oligarchie colombienne a répété plusieurs fois la même tactique pour manipuler les électeurs, il faut remonter à la décennie de 1930, quand mon père, Jorge Eliécer Gaitán, rompit avec le Parti Libéral et rentra à l’"Union Nationale de la Gauche Révolutionnaire", un mouvement fondé par quelques jeunes combatifs d'Antioquia  des années auparavant. Mon père avait eu une brillante trajectoire dans le Parti Libéral et son passage à « l'Unirismo » marqua d’un coup fort l'opinion publique. Alfonso López Pumarejo - chef "naturel" du libéralisme - se trouvait à Londres, où un reporter lui demanda ce que les libéraux feraient pour barrer la "vague révolutionnaire" qui croissait avec Gaitán depuis l’UNIR. Et López a répondu : "Cela n’a pas d’importance, je reviendrai en Colombie et nous parlerons aussi d'une révolution, mais s’appuyant sur le surnom de libéral, c’est ce qui entraînera le peuple".

Et il en a été ainsi. López Pumarejo est revenu au pays et a lancé ce qu'il a nommé « LA RÉVOLUTION EN MARCHE »  accompagnée de trois « que vive » au "grand parti libéral" et c’est ainsi que le peuple s'est dirigé vers cette alternative, en affaiblissant l’UNIR et en obligeant mon père à réintégrer le Parti Libéral, avec la proposition pour le peuple de s’emparer du parti et le changer en parti du peuple, - ou bien ce qu'il voulu hors de l’UNIR. Des années plus tard, quand l'influence de la Révolution Cubaine a donné pour résultat en Colombie une grande vague révolutionnaire en des proportions gigantesques, Alfonso López Michelsen est apparu pour proposer la création du MRL (Mouvement Révolutionnaire Libéral).

A ce moment López Michelsen écrit au Président de la République, Carlos Lleras Restrepo, une lettre qu’il publia au journal El Espectador où il disait textuellement : "Monsieur le président, je n'ai pas fait dissidence pour nuire au Parti Libéral, mais pour le sauver. En attendant, vous avez un étendard cloué au côté du gouvernement, le mien est du côté de l'opposition, pour canaliser le mécontentement et pour empêcher que le peuple s’en aille vers le communisme ou l'ANAPO" (Alliance Nationale Populaire). Devant une confession semblable, j'ai écrit un article dans la revue cubaine la Maison des Amériques, je l’ai intitulé "l'homme du vaccin", parce que, disais-je," il injecte des petites doses de révolution pour créer des anticorps et pour empêcher la révolution". Puisque c’est la même chose qui se passe aujourd'hui par le canal d'ANTANAS MOCKUS.

Quand ont commencé à apparaître au début les dénonciations de corruption du gouvernement d'Álvaro Uribe, lui plus que personne, a su que les affaires pourraient s'enfoncer et qu'il y avait bien plus à éplucher ; lui savait qu'il s'agissait de délits bien plus nombreux, complexes et criminels que le "yidispolítica". Il a immédiatement pensé qu'une grande vague d'indignation se lèverait contre les corruptions nombreuses de son gouvernement. Il était à l'époque indispensable de canaliser le mécontentement prévisible et pour cela il devait être créé et être promu un mouvement de fond empêchant que l'opposition aille vers le PDA (Pôle Démocratique Alternatif), où maintenant étaient unis les communistes et l'ANAPO, qui dans des années antérieures, Alfonso López Michelsen avait voulu freiner avec la création du MRL.

L'homme adéquat était Antanas, qui avait déjà démontré son intérêt d'être candidat à la Présidence de la République. Il n’a jamais s'agit de le porter à la Présidence de la République, mais de "canaliser le mécontentement", comme l'avait dit López Pumarejo dans les années 1930, son fils spirituel, López Michelsen dans les années 1960.

Pareillement, Carlos Lleras Restrepo a eu recours aux mêmes méthodes ; à cette même période, Lleras Restrepo a lancé  dans l’arène politique son protégé, Luis Carlos Galán, d'abord comme ministre de l'Education, et l’a tout de suite dénommé comme le Nouveau Libéralisme, dans un processus précipité ; puisque Galán n'avait pas de passé politique lui donnant un prestige populaire suffisant, raison pour laquelle il fut à cette époque surnommé "l’avocat", parce qu'il était mûr et à point nommé. Et la tentative a porté ses résultats, ainsi la gauche s’est évanouie, canalisée massivement par Galán, dont le collaborateur plus direct était César Gaviria (Parti Libéral), qui gouverna comme l’aurait fait son chef de ne pas avoir été assassiné par la maffia, que Carlos Lleras voyait avancée, mettant en danger le pouvoir traditionnel de l'oligarchie colombienne.

Déjà au XXI° siècle, en première instance, l'oligarchie ne souhaitait plus avoir recours à l’émotion, au "kyste psychologique" d'attachement au libéralisme, qui avait perdu de sa vigueur émotionnelle dans l’inconscient collectif ; de toute façon, ils ont été amenés à jouer, comme les pièces secondaires d’un tableau, aux candidats libéraux et conservateurs ; parce qu'il existe une minorité qui vibre encore au cri de « que vive le grand parti libéral ou conservateur ». Ils étaient là comme des pièces de rechange, pour entraîner certains gardant encore un lien aux appellations du XX° siècle et cela explique très bien aussi que, fini le premier tour, les chefs des deux partis sont partis en courant vers leur candidat naturel, monsieur Juan Manuel Santos.

A l'heure actuelle, le vrai hameçon est une lutte éthique et moralisante. D’abord, il ne s'agit pas déjà d'un aimant émotionnel mais rationnel. Cela date de quand Antanas est apparu avec des slogans catalysant le goût amer de ce que pensent les gens honnêtes face à huit ans de corruption, de pécule amassé, de subornation et des crimes d'État. Et ainsi - comme hier  López parlait hypocritement d'une révolution - maintenant Antanas clament les slogans qui répondent au désir ardent d'honnêteté et de la nécessité de changement, en plus du rejet d'une frange très importante de l'opinion publique concernant la corruption rampante. Avec les faux positifs, ils ont conduit Antanas à parler de la vie comme d’un bien sacré.

Devant le scandale des cadeaux de terres aux riches, au lieu d’être données aux paysans et devant la subornation vérifiée, Antanas a parlé du  bien public comme étant sacré. En face de la violation des principes constitutionnels et légaux de tout caractère que l'uribisme a joué pour obtenir la réélection de son chef, Antanas a commencé à parler du respect de la Loi et de la Constitution. Et, face à un candidat, comme Gustavo Petro, il démontrait au pays son intelligence et un programme qui défendait la justice sociale et l'équité, Antanas a commencé à marquer le PDA comme allié des FARC, mettant en danger la vie de ses militants après avoir répété les mêmes accusations qu'Álvaro Uribe employait contre le parti qu'il avait uni à toutes les forces et mouvements de gauche.

Là s'explique pourquoi, il explose à la lumière qu’Antanas au programme politique unique, duquel il a divergé  est allé vers celui-là du PDA, parce que sa candidature avait pour fondement de "canaliser le mécontentement" pour empêcher que les non conformes s’en aillent.

ANTANAS EST L'HOMME du VACCIN DU MOMENT, QUI APPARAÎT POUR CRÉER DES ANTICORPS ET POUR EMPÊCHER QUE TOMBE DU POUVOIR L'URIBISME.

Mais le mécontentement et le scandale national étaient tels, que la candidature d'Antanas s'est convertie en "vague verte", ce qui n'était pas l’objet imaginé initialement. Canaliser le mécontentement, oui, mais porter Antanas à la Présidence de la République : NON !

Et c’est là quand Antanas a commencé, dans les débats, à dire toute sorte de sottises, que le jour suivant il rectifiait en montrant une inconsistance, une insécurité et une incapacité de gouverner le pays. Antanas incapable ? Non ! Antanas s'acquittait du programmé. Puis le succès atteint a été tel pour cette nouvelle politique du vaccin, qu’Antanas lui-même s'est enthousiasmé à l'idée de devenir Président ; alors, le moment arriva de "dégonfler" une partie importante de son électorat, pour que la vague verte ne se transforme pas en tsunami ; et c'est pour cela que dans le dernier débat par télévision organisé de Cititv (le canal de poche de Juan Manuel Santos) a construit un scénario pour demander à Antanas à l'improviste ce qu'il allait faire avec les impôts, et, comme Antanas ne s’appuyait pas sur un programme solide, parce que l'idée n'était pas d'être président, il a répondu qu'il les monterait  - sans un fondement économique sérieux - alors que Santos a dit qu'il ne les élèverait pas.

Une farce préméditée et un coup mortel pour Antanas devant l'opinion publique. Une arme définitive au premier tour, Santos gagnera bruyamment. Parce qu'il est certain, que dans les strates 4, 5 et 6 ont voulaient moraliser le pays, parce que la corruption affectait leurs affaires et enrichissaient seulement les "cacaos" et les mafieux, mais qu'Antanas allait monter les impôts était de trop. Il était préférable de voter pour Santos, qui au moins garantissait de ne pas les affecter avec une hausse des impôts.

C’est la raison pour laquelle Antanas est "le candidat sans programme", en se contredisant d'une manière permanente et en montrant une ignorance absolue, de ce qu’est gouverné.

Ce fut aussi à ce moment que les enquêtes ont montré qu'Antanas dépassait Santos. Ainsi les santistas s'éveillaient et votaient en masse pour son candidat, pour récupérer l'apparemment perdu, alors que les partisans de Mockus se sont jettés sur les étuis à cigarettes - comme nous disons en Colombie - et la vanité (toujours traîtresse) les a amenés à mépriser la coopération des gens.

Pendant le deuxième tour, Antanas ne cherchera pas à gagner, mais à continuer de représenter la comédie qu'il a personnifiée dans le premier acte. C’était par cela que, depuis toujours, il a dit qu'il ne voulait pas d'alliances avec le PDA, parce qu'il ne veut pas des votes du Polo, il voulait "canaliser seulement le mécontentement" pour empêcher que les gens partent vers une organisation de gauche comme le PDA

Ils me diront maintenant la même chose que m'ont dit les partisans du MRL et du Nouveau Libéralisme et tireront, comme argument facile, de me nommer folle, mais je prédis qu'Antanas suivra  exprès et que le triomphateur, Juan Manuel Santos, le nommera comme intégrant son cabinet en qualité de Ministre de l'Education.

Cette comédie colorée est démasquée et celui qui veut continuer de jouer, qu’il vote pour Antanas au deuxième tour.

Cordialement, Gloria Gaitán

Traduction libre de Lionel Mesnard, Paris, le 14 juin 2010
Cet article est sous la mention tous droits réservés
et ne peut faire l'objet d'une reproduction sans autorisation

Construire ou reconstruire HAITI ?



par Camille Chalmers & Emile Brutus, 7 juin 2010

Le séisme du 12 janvier 2010 a battu les records des catastrophes naturelles qui ont frappé Haïti depuis les dix dernières années. [1] Dans les trois départements géographiques touchés, le nombre de personnes affectées est estimé à trois millions dont des pertes en vies humaines de l’ordre de 222 000, des blessés s’élevant à plus de 300.000, des mutilés à plus de 45 000 tandis que les traumatisés psychologiques ne sont pas encore évalués. Un gigantesque mouvement de population s’est ensuivi : déplacements de population (500 000 vers les provinces), déstabilisation du tissu social (deuil et désolation, orphelins, rupture familiale, départ à l’étranger, perte de revenus et de richesses accumulées, litiges et contentieux potentiels), désorganisation de l’habitat (250 000 maisons détruites). L’ampleur des dégâts est estimée à 56% du PIB : destruction des réseaux de services publics Ed’H, Teleco, SNEP ; destruction des infrastructures et des entreprises) et exacerbation de la fragilité du pays (dramatique affaiblissement de ses institutions et structures étatiques et un accroissement accéléré de sa dépendance aux points de vue économique (CCI, DSNCRP, dette), financier (transferts de la diaspora, dette publique externe), alimentaire et politique (MINUSTAH).

Pour de nombreux observateurs, les événements du 12 janvier 2010 ont provoqué la destruction violente d’un système vétuste qui a montré ses limites par la manifestation d’une crise permanente, structurelle et multidimensionnelle. L’ampleur de la catastrophe ou l’intensité du séisme [2] exige que des réponses systématiques soient apportées à ce qu’il faut appeler désormais la « crise haïtienne ». C’est ainsi que l’on assiste depuis le séisme à la réactivation des discours sur la construction, la reconstruction du pays et, dans une grande mesure également, la refondation de l’État et de la nation. De nombreux acteurs se sont ainsi prononcés sur les orientations de sortie de crise ou de reconstruction du pays : le Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN), les propositions du GREH, les « Voies et Moyens » des banquiers et experts financiers qui s’en remettent encore au FMI (Pierre-Marie Boisson, F. Carl Braun, Kesner Pharel et Bernard Roy), le rapport de la Commission Politique du Sénat, le Programme de Refondation de la Nation de FHONDILAC et le Programme du Gouvernement attendu pour le 17 mars 2010 avant sa présentation à la réunion des bailleurs de fonds internationaux le 31.

La réflexion proposée ici suggère d’emblée qu’aucun projet ou programme de reconstruction n’est valide s’il ne s’inscrit pas dans une démarche globale de rupture avec un ensemble d’inégalités au fondement de ce système ancien dont l’état critique a été maintes fois révélé et aujourd’hui aggravé par l’intensité du séisme. Il s’agit de ces rapports de domination qui ont historiquement sclérosé la société haïtienne et bloqué son expression et sa marche vers la construction d’un modèle fondé sur l’humain, y compris à le considérer comme un symbiote d’un environnement plus global. Le raisonnement interroge ainsi tous les rapports de domination liés à la propriété (rapport au bien commun, aux biens publics, aux biens sociaux, en général, y compris le pouvoir politique), à la centralisation politique et la concentration administrative (rapport à la rétention du pouvoir et des services et équipements publics, rapport urbain/rural, capitale/province), aux clivages sociaux, économiques et culturels (rapport d’exclusion et rétention des biens sociaux, de prévarication), à la destruction de l’environnement (tout le rapport à la soumission de la nature dans cette logique d’exploitation capitaliste) et à la dépendance (rapport de domination impérialiste, y compris vis-à-vis des Institutions Internationales et de leurs ONG). En effet, ces clivages et ces inégalités ont toujours dressé de grands obstacles à la construction nationale, à la redistribution des biens sociaux et à la démocratisation de l’État. Une petite minorité de 1% de la population retient plus de 40% de la richesse nationale et met en place un système étatique de prédation et de répression contre la majorité des masses paysannes et des classes populaires urbaines avec le soutien d’une petite bourgeoisie protéiforme et des puissances impérialistes.

Confrontés aux ruptures en question, les différents projets de reconstruction connus à cette date laissent transpirer plusieurs stratégies : une stratégie humanitaire, des stratégies impérialistes, une stratégie techno-souverainiste et une stratégie démocratique et populaire. Chacune d’elle renvoie à des intérêts, des acteurs disposant d’importantes ressources susceptibles d’être mobilisées mais dans un contexte de « rationalité limitée » [3], et donc où aucun d’entre eux n’est parti gagnant. Certains peuvent seulement se croire donnés favoris...

Les stratégies humanitaires - Ériger l’humanitaire en système : humanitaire caritative, humanitaire d’État, humanitaire durable

La catastrophe a provoqué un élan de générosité inestimable des peuples du monde entier : la levée de fonds de l’ONU, les dons reçus par les ONG, la levée de fonds des amis et partenaires, les dons en nature de toutes sortes, les visites de délégations venues du monde entier, etc. La mobilisation mondiale est à la hauteur du nombre de victimes et des destructions matérielles. De toute évidence, l’aide humanitaire massive est d’une absolue nécessité « dans une situation aussi apocalyptique ». De plus, Haïti était déjà en état de catastrophe « non naturelle », reconnaît Jean Ziegler, compte tenu de l’imposition des trois derniers plans d’ajustement structurel du FMI ayant réduit les droits de douane du pays de 50% à 3 % et privant ainsi l’État d’une des rares ressources à sa disposition. La production agricole a été détruite dans le sillage de cette libéralisation douanière occasionnant, du coup et de plus en plus, la dépendance alimentaire du pays consacrant plus de 70% de ses revenus d’exportation à l’importation de biens alimentaires, soit 75 % de ses besoins. Des dizaines de milliers de familles paysannes se trouvent ainsi ruinées, d’où un exode rural massif vers les centres urbains et une importante migration internationale. À tout cela s’ajoute également la flambée des prix des produits de premières nécessités dans le monde entier en 2007 et qui a été à l’origine de beaucoup d’émeutes de la faim à travers le monde, y compris dans Port-au-Prince, la capitale haïtienne se trouvant aujourd’hui ravagée par le tremblement de terre.

Donc, dans un mouvement d’empathie générale appuyé sur ce que Roland Barthes appelle les « dramatis personae » [4], c’est-à-dire sur le dénuement, la misère et la pauvreté du peuple haïtien victime, de surcroît, d’un séisme destructeur, la conscience et la générosité des peuples du monde entier n’ont pas fléchi : il faut apporter une aide d’urgence et une assistance aux sinistrés. Ainsi, le pays a reçu des centaines de milliers de tentes, de bâches, des aides en eau potable, en vivres, en médicaments, en vêtements etc. Des personnels de santé et des professionnels divers y apportent leurs aides et leurs concours. Toutes les actions sont réalisées et administrées par un système très lourd comprenant à la fois des opérateurs multilatéraux, bilatéraux et des ONG et dont la transparence et la cohérence ne sont guère les principales caractéristiques. D’où une asymétrie par rapport aux ressources financières récoltées pour financer l’aide d’urgence. Par exemple, les appels aux donateurs lancés par les Nations Unies ont rapporté au début du mois de mars US $ 2,380,477,713 tandis les engagements non encore honorés à cette date s’élèvent à US $ 1,251,295,431. [5] Selon des sources proches de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, plus de US $ 750 millions auraient été dépensés dont plus de 400 millions pour seulement les troupes militaires américaines postées dans le pays depuis le 12 janvier. Quoique ces montants ne rendent pas compte de tout le flux d’argent destiné aux interventions humanitaires, leur importance indique clairement que la situation d’urgence en Haïti tend à devenir un vrai tonneau des danaïdes.

De plus, l’aide d’urgence, et donc le double mouvement de générosité et de solidarité mondiale enregistré, se développe sur le terrain dans l’inorganisation la plus totale entretenant malheureusement des réseaux maffieux et de corruption à l’opposé des motivations premières des personnes et institutions ayant cherché à manifester leur solidarité. En fait, les sinistrés continuent de réclamer des tentes tandis les camps de réfugiés manquent de tout. Le gouvernement paraît ne pas maîtriser grand-chose dans toutes ces actions tandis que des ONG d’une même famille se bousculent pour offrir les mêmes services sur les mêmes sites aux mêmes populations entraînant ainsi des effets de chevauchement et le mésusage des ressources. [6]

De toute évidence, derrière cette stratégie humanitaire s’activent de nombreux acteurs externes allant des petites associations de citoyennes et de citoyens des pays du monde entier, en passant par les grandes institutions internationales et les puissantes ONG aux États. Toutefois, la noble motivation consistant à apporter des secours est polluée par une démarche stratégique trahissant les différents opérateurs : l’enjeu majeur est de se positionner dans le nouveau contexte redéfinissant les rapports de forces pour la défense d’intérêts divers. L’humanitaire d’État (ou la « stratégie des vautours ») apparaît dans toute sa splendeur avec cette guerre diplomatique que livre la France aux États-Unis : elle dénonce pour ainsi dire la mainmise américaine et la volonté de ces derniers de mettre Haïti sous leur tutelle. Barack Obama, dans un article qu’il signe et paru dans Newsweek, en revanche, se défend de ne pas chercher à asservir les nations mais à les aider en se référant d’ailleurs au Plan Marshall ou aux interventions au Kosovo ou à la Bosnie. [7] Mais personne n’est dupe des dessous électoraux de toute la médiatisation de la démarche américaine en Haïti par ces temps de renouvellement d’une partie du Congrès. Le Canada qui compte 2,000 soldats dans le pays et le Brésil ne veulent pas rester en dehors du marché tandis la République Dominicaine cherche la bonne position en raison de l’importance du marché d’Haïti qui représente pour elle le 2e partenaire commercial après les États-Unis.

La stratégie humanitaire, très forte aujourd’hui vu l’incapacité de l’État à intervenir et à apporter des réponses aux différents problèmes qui surgissent ou aggravés par le séisme, est en train de se métamorphoser dangereusement. Dans un premier temps, il y a le fait que l’humanitaire s’opère dans un mouvement de substitution des structures humanitaires aux structures étatiques (l’ONU-OCHOA-Bill Clinton, les ONG) : le gouvernement tout comme les administrations d’État n’ont aucune emprise sur ce qui se décide pour venir en aide à la population sinistrée. Dans un second temps, et dans une relation à la durée, l’aide humanitaire se révèle contre-productive et enlève à la personne toute son autonomie si ce n’est qu’elle tue l’instinct de survie des bénéficiaires. [8] Elle est également génératrice d’inflation tandis qu’elle détruit l’économie locale. Et pourtant, un nouveau concept prend place dans le paysage et marque une variation à travers ce qui a tout l’air d’une stratégie prônant une aide humanitaire durable. Ce concept s’appui sur l’idée simple que l’aide d’urgence est temporaire mais après il s’agit de continuer à assister la population qui a fait l’objet de l’aide d’urgence. L’idée de l’aide humanitaire durable est illustrée dans les termes suivants : à quoi bon sauver quelqu’un de la noyade si c’est pour l’abandonner ensuite sur la berge ? La stratégie humanitaire en Haïti a de beaux jours devant elle puisque prévue initialement pour six mois, l’arrivée de la saison des pluies et l’insuffisance de l’accompagnement qui est fourni aux sans abris va la doper et la conduire inmanquablement vers la durabilité.

Au total, qu’elle se présente sous sa forme d’urgence ou durable, l’aide humanitaire ne peut qu’enliser le pays quoique paradoxalement la population en ait grandement besoin, ne serait-ce que dans les premiers moments. Ainsi, elle devrait s’inscrire dans une stratégie d’urgence orientée vers la recapitalisation et l’augmentation de la production locale. C’est là une idée assez angélique par rapport aux enjeux extra-humanitaires portés par tous les acteurs évoqués précédemment. Ainsi, cette nouvelle expérience de l’humanitaire en Haïti se révèle un véritable cadre pratique d’expression des intérêts de groupes et d’États puissants mettant en place des points d’ancrage pour le développement de leurs stratégies d’expansion et de domination à l’extérieur de leurs frontières territoriales.

Les stratégies impérialistes - « Adapter » Haïti au capitalisme néolibéral mondialisé

L’intensité du séisme a occasionné un net regain d’intérêt de la « Communauté Internationale » et surtout des Pays dits « Amis d’Haïti » en vue de la RECONSTRUCTION : USA, France, CANADA, BRÉSIL, République Dominicaine. D’où une multiplication des initiatives (aides humanitaires) et des sommets internationaux (Montréal en janvier et mars 2010, Saint-Domingue et New York en mars) sur la reconstruction d’Haïti. La description faite par cette « Communauté Internationale » ne se démarque pas des catégories traditionnellement utilisées pour caractériser la situation du pays : État faible, Entité Chaotique Ingouvernable, État en faillite, État corrompu, le seul PMA de l’hémisphère, le pays plus pauvres des Amériques qui, de surcroit, vient d’être ravagé par un violent séisme causant des dégâts estimés par la BID à $ 14 milliards US. Donc, devant la destruction et l’ampleur des dégâts provoqués par le séisme, l’idée de la reconstruction d’Haïti paraît fonder une intersubjectivité inédite qui s’effrite vite dans le dédale des rivalités inter-impérialistes.

Barack OBAMA, le Président des États-Unis a réagi dans les minutes qui suivirent le tremblement de terre : « les États-Unis vont déployer les moyens de sa puissance pour reconstruire Haïti » : déjà 20 000 marines, occupation et contrôle des voies et moyens de communication, plus particulièrement l’Aéroport International Toussaint Louverture, en vue de filtrer les arrivants et les sortants.

Bill Clinton, l’envoyé spécial de Ban Ki-Moon et Coordonateur de l’aide humanitaire en Haïti, présente peu après également les trois temps des interventions : « aide d’urgence, remise sur pied de l’État et reconstruction »
 
Edmond Mulet, nouveau représentant des Nations Unies en Haïti en remplacement de Heidi Hannabi qui a péri dans la catastrophe, enjoint que : « La MINUSTAH y est pour au moins les dix prochaines années ».
 
S’opposant à l’activisme exclusiviste des États-Unis depuis le séisme, le Président de la France, Nicolas Sarkozy, exhorte les haïtiens à ne pas se laisser imposer une quelconque tutelle internationale : « À ceux qui, tirant argument du dénuement actuel des Haïtiens et de leur État, caresseraient l’idée d’une tutelle internationale sur Haïti, je dis que le peuple haïtien est meurtri, le peuple haïtien est épuisé mais le peuple haïtien est debout ». [9] Il annonce des aides diverses à la reconstruction du pays. Il faut : « reconstruire les édifices publics, les écoles, les hôpitaux, formation des cadres administratifs (40% du personnel n’a pas répondu à l’appel), décentraliser le pays ».
 Enfin, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds Monétaire International (FMI), lui parle d’« une aide plus vaste pour la reconstruction », sur le modèle du « Plan Marshall »

Les stratégies de reconstruction qui sous-tendent ces positions reposent sur les mêmes cadres du projet néolibéral que les pays du Nord et les Institutions Financières Internationales (IFI) cherchent à imposer au pays depuis des lustres. Les Sommets internationaux programmés tout comme le Post Disaster Needs Assessment (PDNA) lancé par le Gouvernement ne devraient pas accoucher d’idées nouvelles pour la reconstruction d’Haïti. Ils doivent aboutir normalement aux mêmes formules contenues dans les Programmes d’Ajustements structurels (PAS) ou le Consensus de Washington, le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI en 2004) ou sa suite logique le Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la réduction de la Pauvreté (DSNCRP, 2007-2010), les Lois Hope 1 et 2 en 2008, le Rapport Paul Collier en 2009 et les Accords de Partenariat Économique (APE) signés en 2010. L’inventaire des projets pour Haïti pourrait aussi bien remonter à l’Initiative pour le Bassin des Caraïbes (CBI) de Ronald Reagan ou encore le Plan Américain pour Haïti savamment analysé par l’hebdomadaire haïtien HAÏTI PROGRÈS à la fin des années 80.

Tous ces documents et accords ont en commun d’opérer des choix qui orientent l’économie du pays vers le développement de zones franches et du tourisme, la libéralisation du commerce extérieur, le dépouillement de l’État des prérogatives de régulation et de redistribution des richesses : la gouvernance, la décentralisation et la participation du secteur privé aux processus de décision font partie des fondamentaux de ce projet néolibéral.

La vision impérialiste est portée par un ensemble d’acteurs puissants tissant des liens très forts derrière un projet de modernisation reposant sur les formules et recettes du plan économique néolibéral. Il s’agit en effet d’un vieux projet des Etats-Unis qui remonte déjà aux années 80. Malheureusement, il n’a pas pu prendre pied en raison d’une importante et constante contestation populaire et démocratique. Toutefois, ce projet a connu des évolutions importantes depuis cette période : vague de libéralisation en 1983, en 1986, en 1996 et en 2003, MINUSTAH et cadre de coopération intérimaire (2004), lois Hope 1 et 2 (2007-2008), stratégie pour la réduction de la pauvreté (2007-2010), plan Paul Collier(2009) et occupation militaire pour la reconstruction en 2010.

Porteuses de cette vision également, la bourgeoisie haïtienne et une classe politique désespérée cherchant à accéder au pouvoir par le truchement d’une alliance avec l’impérialisme. Le plan de sauvetage national est l’illustration la plus éloquente de ce projet : il « appelle à une mobilisation intensive de la nation, de la diaspora, des bailleurs de fonds internationaux et des pays amis d’Haïti (...), la construction du pays représente un défi et pour le peuple haïtien et pour l’international ». D’autres voix nationales paraissent relayer des déclarations faites par un ensemble d’acteurs internationaux et se prononcent en faveur d’un vaste plan de reconstruction sur le modèle du Plan Marshall adopté par les États-Unis en 1947 au bénéfice de l’Europe occidentale ravagée par la Seconde guerre Mondiale (1939-1945). D’autres encore appellent de leurs vœux la mise sous tutelle du pays puisque l’État et les gouvernements se sont effondrés le 12 janvier (Michèle Pierre-Louis dans une interview accordé au Figaro, Dumas M. Siméus fait à Ban Ki-Moon des RECOMMENDATIONS FOR A NEW ‘’GOVERNANCE’’ STRUCTURE TO REBUILD HAITI).

Le projet de reconstruction concerne également la reconstruction physique, donc des infrastructures de masse telles que les routes, les centrales électriques, les systèmes d’adduction d’eau potable, les édifices publics, les écoles, les hôpitaux etc., ce qui constitue un véritable marché pour les promoteurs immobiliers et les firmes d’ingénieries. Il est évident que ce marché constitue le butin de guerre pour les américains qui manifestent leur volonté de tout accaparer au grand dam de la France (et des autres impérialismes canadien ou brésilien) qui essaie de se positionner sur la reconstruction de l’État, plus particulièrement dans son relogement, la formation de ses cadres, sa décentralisation et le déplacement des populations vers le Grand Nord (Gonaïves et Cap-Haïtien).

Par ailleurs, le projet de reconstruction que veut mettre en œuvre la « Communauté Internationale », et surtout les États-Unis, comporte un volet géostratégique identique à celui du containment du Plan Marshall. En effet, l’approche militariste du Pentagone participe d’une démarche stratégique globale d’endiguement du socialisme cubain et du chavisme. Ainsi, le débarquement des marines s’inscrit dans cette dynamique de remilitarisation de la région latino-américaine pour terroriser les peuples en effervescence dans la foulée de l’Alba, du Banco del Sur, du PetroCaribe etc. Haïti, en fait, traine cette tradition de contestation radicale portée par la gauche et qui a toujours fait obstacle aux projets impérialistes. Cette fois-ci, les Etats-Unis ont bien compris qu’il faut mettre le paquet pour parvenir à leurs fins : « les Etats-Unis vont déployer les moyens de leur puissance pour reconstruire Haïti », a déclaré Obama dans les heures qui ont suivi la catastrophe. Et parmi les premières mesures qu’il a prises, il y a l’annonce de l’envoie d’une expédition militaire de 20 000 marines qui sont venus s’ajouter aux 7 000 militaires de la MINUSTAH (2 000 autres sont annoncés par Edmond Mulet) tandis que l’Union européenne se prépare à en envoyer 11 000.

De plus, les États-Unis plus particulièrement semblent tirer les enseignements de leurs échecs répétés en Haïti dans leurs tentatives de modeler le pays sur la base de leurs intérêts économiques et géostratégiques. Ainsi, ils ont bien pris le soin d’associer la tactique militaire à l’adhésion d’une frange de la classe politique : Dumas M. Siméus (candidat à l’élection présidentielle de 2005 débouté par le Conseil Electoral pour cause de nationalité américaine) recommande que les Nations Unies en coopération avec la communauté internationale, les haïtiens réformistes et les haïtiens de la diaspora, étendent leur rôle chaque jour et sur le long terme dans la gestion du pays. Il suggère que l’actuel gouvernement doit être remplacé immédiatement par un système de gouvernance internationale établi au moins pour les 10 prochaines années. S’inscrit dans la même logique le plan stratégique de sauvetage national dont la rédaction et le pilotage sont coordonnés par un ensemble de personnalités issues des principaux partis politiques recensés dans le pays. On y trouve des représentants de l’OPL, des représentants de la FUSION des Socio-Démocrates Haïtiens, d’anciens ministres du pouvoir LAVALAS, des membres du Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti (MIDH) etc. À rappeler aussi que le coordonnateur général n’est autre que Rudolph Henri Boulos, ancien Sénateur département du Nord-Est exclu du Grand Corps en raison de sa nationalité américaine.

La stratégie techno-souverainiste - Reconstruire Haïti sur des bases modernes et à partir d’un projet national porté par des haïtiens

Les tenants de cette stratégie s’appuient sur l’idée de l’effondrement physique d’un certain nombre de structures dans le pays, y compris étatiques, et l’incapacité du gouvernement en place à apporter les réponses qu’il faut à la tragédie engendrée par le séisme.

Cette stratégie repose sur le constat que le séisme a causé l’effondrement de la continuité et la légitimité du gouvernement, l’effondrement de la souveraineté de l’Etat et l’effondrement de l’avenir indépendant d’Haïti. Il s’agit donc de reconstruire tout cela : « des communautés locales et une nation intégrative, des réseaux de communication sociale et des centres de culture, des institutions politiques et la souveraineté fragilisée de l’État, en plus des infrastructures et structures ». Cette nouvelle société devra être construite par « le peuple haïtien unifié, soutenu par la solidarité internationale ».

Cette vision à l’origine de laquelle se trouvent des intellectuels haïtiens-québécois est relayée par la Fondation Haïtienne pour le Développement Intégral Latino-Américain et Caribéen (FONHDILAC). En effet, ces acteurs proposent une vision d’un pays « moderne, administrativement et économiquement décentralisée, politiquement stable et bien intégrée dans le concert des nations, qui serait l’exception de la Caraïbe au triple point de vue politique, économique et culturel et où il ferait bon vivre ».

La stratégie démocratique populaire

Construire un pays nouveau fondé sur la démocratisation des décisions, la juste répartition des biens sociaux et la protection de l’environnement. Cette stratégie met en cause le mode d’organisation de l’économie du pays et ses externalités sociales et humaines (inégalités), politiques (appauvrissement/affaiblissement de l’État) et environnementales (destruction et gaspillage des ressources naturelles).

Pour la stratégie démocratique et populaire, il ne s’agit pas de reconstruire ces mêmes rapports obsolètes mais de construire un autre pays sur des bases justes et égalitaires. La voie socialiste, démocratique et populaire est celle qui est proposée dans le cadre de cette construction alternative. Dès lors, le point de départ de cette construction réside dans la démocratisation des décisions pour permettre à toutes les citoyennes et tous les citoyens d’exprimer leurs revendications et leurs aspirations dans un pays nouveau libéré de toute domination et des injustices de toutes sortes. Cette stratégie s’ouvre et s’appuie clairement sur la solidarité des peuples du monde entier dans un mouvement global de mutualisation des ressources et des expériences ou encore d’enrichissement réciproque. Elle s’oppose ainsi à l’approche mercantile des rapports économiques fondés sur la libre concurrence, la marchandisation universelle, l’expansionnisme (colonisation et mondialisation, pillage des ressources) au fondement du capitalisme.

Cette alternative est portée et débattue dans des milieux d’universitaires, d’organisations de base (populaires urbaines, paysannes, de femmes, de jeunes) et d’organisations cadres d’éducation populaire, de droits humains et de développement alternatif.

Notes :

[1] En 2004, le passage de l’ouragan Jeanne a jeté le pays dans une grande désolation avec un bilan de plus 80 000 victimes dont 3 000 morts : la ville des Gonaïves était totalement submergée également. En 2008, le pays est de nouveau touché par quatre cyclones successifs causant 800 000 victimes dont près d’un millier de pertes en vie humaine, ravageant la ville de Cabaret tandis que celle des Gonaïves est de nouveau totalement submergée par les eaux. Les dégâts sont estimés à des centaines de millions de dollars : infrastructures routières détruites et champs ravagés.

[2] Trois millions de personnes affectées : pertes en vies humaines (+220 000 selon les estimations), blessés (+300 000), de mutilés (+4 000) et de traumatisés (ND), ampleur des dégâts (56% du PIB : destruction des réseaux de services publics Ed’H, Teleco, SNEP ; destruction des infrastructures et des entreprises), déplacements de population (500 000 vers les provinces), déstabilisation du tissu social (deuil et désolation, orphelins, rupture familiale, départ à l’étranger, perte de revenus et de richesses accumulées, litiges et contentieux potentiels), désorganise l’habitat (225 000 maisons détruites) et exacerbation de la fragilité du pays (dramatique affaiblissement de ses institutions et structures étatiques et un accroissement accéléré de sa dépendance aux points de vue économique (CCI, DSNCRP, dette), financier (transferts de la diaspora, dette publique externe), alimentaire et politique (MINUSTAH).

[3] Michel Crozier et Erhard Friedberg, L’acteur et le système. La logique de l’action collective, Paris, Seuil, 1977.

[4] Roland Barthes, « Structure du fait divers », In Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, pp. 184-197.

[5] Source : http://ocha.unog.ch/fts/reports/dai..., 11 mars 2010, 10:21 AM heure d’Haïti.

[6] Pour une évaluation globale de l’action/système humanitaire :
http://www.humanrights-geneva.info/...

[7] Barak Obama, “Why Haiti Matters... What America must do now - and why”,
http://www.newsweek.com/id/231131, 11 mars 2010, 2:35 PM.

[8] Au colloque « Reconstruire Haïti » - Le Premier Ministre d’Haïti, Jean-Max Bellerive, dit craindre que l’aide humanitaire ne devienne une habitude. http://www.ledevoir.com/internation...

[9] Sources : Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/, 11 mars 2010

Source : CADTM

La nouvelle démagogie en Amérique Latine




par Álvaro Cuadra (*), 7 juin 2010


Le triomphe de Juan Manuel Santos au premier tour des élections colombiennes met en évidence le déploiement de la nouvelle démagogie latino-américaine, cette fois, en tant que discours de l’aile droite. Comme au Chili de Piñera, Santos, membre d’une famille nantie et ex-ministre de la Défense de l’actuel président Uribe, promet un gouvernement d’unité nationale qui garantit la sécurité démocratique.

La figure de Santos est liée à sa lutte contre les FARC, en fait les coups les plus spectaculaires lui sont attribués contre le groupe de guerilleros. Comme l’actuel président chilien, il possède une solide formation économique aux États-Unis. La promesse des politiciens de l’aile droite dans plusieurs pays latino-américains est la même : la baisse de la pauvreté et de la création d’emploi à travers une modernisation accélérée de nature néolibérale.

La démagogie de droite réussit à séduire les masses d’électorales avec de rusées promesses de bien-être, spécialement destinées à la classe moyenne. Les arguments sont simples : une poigne de fer utilisant la force militaire ou policière pour combattre la délinquance ou les groupes de guerillas et, en même temps, la création de beaucoup de postes grâce à la croissance économique. De cette façon, l’avenir pacifique et prospère de nos nations reste résolu par une équation simple qui mélange répression et séduction.

Il est intéressant de remarquer comment ce type de discours, répété jusqu’à satiété par les médias, a balayé de l’imaginaire social latino-américain ces drapeaux de lutte qui imploraient une réelle justice sociale, une redistribution des richessses, le respect des Droits de l’Homme et un rôle prépondérant de l’État face aux grandes entreprises nationales et étrangères. Jusqu’à présent l’assaut démagogique de la droite latino-américaine n’a donné des résultats qu’au Chili et en Colombie.

Les gouvernements de droite arrivent au pouvoir avec l’appui explicite du patronnat, mais avec en plus l’appui implicite d’autres pouvoirs factuels comme les militaires. De sorte que l’accord de sécurité démocratique est en fait l’instauration d’une démocratie de sécurité nationale, un projet politique et social en continuité avec les thèses utilisées par les militaires latino-américains durant les année 80.

Il est probable que la même formule soit essayée dans d’autres pays de la région, en constituant un axe continental s’opposant aux gouvernements de gauche, comme c’est le cas de la Bolivie, du Venezuela et de l’Équateur, parmis d’autres. Dans un avenir immédiat, la réalité de l’Amérique latine apparaît scindée entre deux grands pôles orientant la politique régionale. Une réalité qui, en dehors des doutes qu’elle véhicule, complique les processus d’intégration et défini une nouvelle scène pour la première décennie de ce siècle.


Notes

(*) Chercheur et enseignant à l’École Latino-américaine de Postgrades [1] ELAP, Université ARCIS.

[1] Postgrades : niveau d’études du troisième cycle universitaire

Source :  El Clarín, traduction de Primitivi

Colombie - Chagas, une maladie qui tue en silence



par Médecins Sans Frontières, 2 juin 2010



Angela vit à Genareros, une communauté indigène de l’Arauca, en Colombie. En avril 2010, deux de ses sept enfants ont achevé leur traitement contre la maladie de Chagas, une infection transmise par un insecte qui prolifère notamment dans les maisons en torchis des zones rurales. Mais alors que les jeunes Yosney et Maryeli fêtaient la fin de leur traitement, Angela s’est rendue compte que deux autres de ses enfants étaient aussi infectés.

La maladie de Chagas est endémique dans la plupart des pays d’Amérique latine. L’Arauca est l’une des régions de Colombie les plus touchées par la maladie. Cette dernière est provoquée par le trypanosoma cruzi, un parasite transmis essentiellement par la réduve, un insecte qui se nourrit de sang. En Colombie, cet insecte est connu sous le nom de « pito ». Les personnes infectées ne développent parfois les symptômes de la maladie qu’au bout de plusieurs années. Toutefois, sans traitement, la maladie de Chagas peut provoquer de graves problèmes de santé, essentiellement des complications cardiaques et intestinales, parfois mortelles.

Intégrer la lutte contre la maladie de Chagas dans les services de soins de santé primaires

Fin 2009, MSF avait intégré le dépistage et le traitement de la maladie dans ses services de soins de santé primaires déjà assurés par ses dispensaires mobiles dans l’Arauca, une région en conflit, voisine du Venezuela. C’est la première fois que MSF propose un traitement contre cette maladie dans une zone de conflit. « Proposer un tel traitement est un véritable défi. Il exige en effet un suivi permanent sur une période de deux mois. S’ajoute à cela le risque de ne pas pouvoir rejoindre telle ou telle communauté en raison de l’insécurité, ou parce qu’un groupe armé bloque certaines routes dans la région, » explique Patrick Swartenbroekx, coordinateur de terrain pour MSF dans l’Arauca.

Genareros est la première communauté à avoir bénéficié d’un dépistage de la maladie. C’est là qu’habitent Angela et ses sept enfants. Sur les 97 échantillons sanguins prélevés sur des enfants âgés de neuf mois à 18 ans, 11 se sont révélés positifs. « Nous avons été surpris par la prévalence élevée de la maladie à Genareros. Heureusement, nous n’avons pas enregistré une prévalence aussi importante dans les autres communautés visitées », explique le Dr Rafael Herazo, référent médical pour le projet de MSF à Arauca.

Soixante jours de traitement pour guérir une maladie silencieuse et négligée

A ce jour, l’équipe MSF à Arauca a prélevé 1 617 échantillons de sang dans 10 communautés et analysé 514 prélèvements en laboratoire. Ces analyses ont mis en évidence qu’une personne sur 28 était infectée. Les patients dont la maladie a été confirmée font l’objet d’un examen médical complet avant l’administration du traitement qui durera deux mois. Cette procédure est nécessaire car il faut déterminer si les patients ont déjà développé la maladie. « L’existence d’une grave complication cardiaque par exemple indique que le malade ne répondra vraisemblablement pas au traitement, » explique le Dr Herazo.

Pendant cette phase de traitement, l’équipe de MSF s’est rendue à Genareros une fois par semaine. Les effets secondaires étant fréquents, il est essentiel d’assurer le suivi des patients et de les encourager à ne pas abandonner leur traitement. « Les gens nous disent en effet : « Mon enfant allait bien et puis, vous lui avez donné ces médicaments qui provoquent des démangeaisons, des douleurs dans les jambes... » Autant de raisons pour lesquelles les acteurs de santé rendent visite aux patients et à leur famille, afin de les sensibiliser au fait que la maladie de Chagas tue en silence. Ils insistent sur l’importance du suivi du traitement et sur le caractère transitoire des effets secondaires. Si le traitement est interrompu, l’enfant risque de développer ultérieurement de graves complications cardiaques : il ne pourra peut-être plus travailler dans les champs ni marcher. Il se fatiguera facilement et risque de mourir de la maladie, » explique le Dr Herazo.

Alors que les onze premiers enfants viennent de terminer leur traitement, d’autres difficultés subsistent

En avril 2010, les onze enfants de Genareros souffrant de la maladie ont terminé leur traitement avec succès. Dans un an, Yosney et Maryeli devront subir un autre test afin de confirmer leur guérison. Une réinfection est toutefois à craindre étant donné que ces « anciens » malades continuent à vivre dans des maisons où les pitos prolifèrent, à Genareros et dans d’autres communautés de l’Arauca.

MSF fait ainsi pression sur les autorités de la santé de l’Arauca afin qu’elles assurent la vaporisation régulière d’insecticides. Il s’agit là d’une mesure essentielle qui permet de réduire la transmission de la maladie et de prévenir les réinfections. « Ces soixante jours de traitement, tout ce travail de sensibilisation, ces effets secondaires à surmonter et ces visites aux communautés n’auront servi à rien si les habitations continuent à abriter des pitos qui vont réinfecter les habitants. Nous faisons pression sur les autorités de santé pour obtenir un renforcement des mesures sanitaires et pour leur montrer qu’un traitement peut être mis en place », conclut le Dr Herazo.

En savoir plus à propos de cette maladie négligée sur le site de l’initiative Médicaments contre les Maladies Négligées (DNDi)


Colombie : Le Four Des Paramilitaires ...



par Verdrad abierta, 18 mai 2010

Confronté au même problèmes que les nazis : comment se débarrasser rapidement des corps, les paramilitaires des AUC ont utilisé la même solution : la crémation.

Un ex-paramilitaire a avoué qu’au moins un four crématoire a été utilisé dans la vallée d’Aburrá. Il servait aux Auto-défenses Unies de la Colombie (AUC) à se débarrasser de leurs victimes, mortes ou ...vivantes.

Voici les différents choses à propos de ce four qu’a indiqué l’ex-paramilitaires aux officiers de justice rattachés au programme Justicia y Paz, proprement hallucinant.

Mais est-ce si étonnant : La France et la Bataille d’Alger, les USA avec l’École des Dictateurs (toujours en fonction), Abou Grahib, et les différents massacres et tortures du 20° et du tout jeune 21° siècle ? Ce dont il faut également s’inquiéter c’est certainement la généralisation globale de la suspicion envers des populations supposées "subversives" là-bas, ici ou ailleurs.


Ils incinéraient certaines de leurs victimes vivantes : Les paramilitaires avaient aussi des fours crématoires à Antioquia par Verdad abierta

Les paramilitaires ont mis en pratique la systématisation de l’horreur dans différentes régions de Colombie.

Pour la première fois, un ex-paramilitaire se réfère à l’usage de ce mécanisme de disparition forcée dans la Vallée d’Aburrá. Le Ministère public fait des recherches sur la base de son témoignage et on s’attend à ce que les autres paramilitaires apportent plus d’information.

A la fin des années 90 l’ordre des commandants des Auto-défenses Unies de la Colombie (AUC) était de faire disparaître leurs ennemis "de toutes les façons", pour ne pas laisser de traces et ainsi éviter que les chiffres des homicides ne croissent de manière disproportionnée dans les zones urbaines, a donné lieu eu à Medellín et dans l’aire métropolitaine l’une des plus cruelles expressions de la guerre paramilitaire : l’utilisation de fours crématoires.

On a des références sur l’existence de ce macabre mécanisme au Nord de Santander. Les paramilitaires des AUC qui ont opéré dans cette région du pays, parmi ceux-ci Iván Laverde Zapata surnommé ‘l’iguane’, ont avoué devant les procureurs de l’Unité Nationale pour la Justice et la Paix que dans des zones rurales du corregimiento Juan Frío, de Ville du Chapelet, et le Port Santander, des fours crématoires se sont été construite pour incinérer ses victimes.

A Medellín le sujet des fours crématoires des AUC ne passait plus pour une rumeur depuis plusieurs années. Dans le monde de la criminalité on disait avec insistance que les paramilitaires emportaient les gens et “qu’ils les brûlaient” pour les faire disparaître, mais personne n’offrait d’information précise qui permettait de valider ou de démentir ce fait.

Cependant, la réalité gagne du terrain sur la rumeur grâce à l’engagement de plusieurs enquêteurs judiciaires assignés du programme pour la Justice et la Paix qui enquête à ce propos depuis plusieurs mois. Aujourd’hui ils ont des données concrètes, bien que partielles qui les ammènent à constater que oui cette pratique de disparition forcée a bien existé, mais comme ils l’admettent eux-mêmes, il manque encore des informations.

Les premières données qui révèlent cette réalité sont apportées depuis quelques mois par un ex-paramilitaire qui a décidé de collaborer avec la justice. Verdadabierta.com a eu un accès à quelques apartés des témoignages reçus par les fonctionnaires judiciaires, au travers desquels il est possible de mesurer l’extrême cruauté à laquelle en sont venus les groupes armés illégaux d’extrême droite à Medellín, dans plusieurs municipalités de la zone métropolitaine et dans l’Orient d’Antioquia.

Verdadabierta.com réserve l’identité de l’ex-paramilitaire qui a apporte son témoignage pour participer à la vérité de ce qui s’est passé dans la capitale Antioquiaña et dans les municipalités voisines durant l’arrivée et l’installation des blocs paramilitaires des AUC.

“Il y a beaucoup de morts qui n’ont pas été pas retrouvés parce qu’ici à Medellín, aux environs, à une heure, se trouvaient plusieurs fours crématoires. Il y a eu beaucoup de gens brûlés. J’ai été témoin de ces faits", a avoué aux enquêteurs l’ex-paramilitaire.

Selon ses dires, entre les années 1995 et 1997, les paramilitaires retenaient leurs victimes, les tuaient et plusieurs d’elles ont été jetées dans la rivière Cauca, côté sud-ouest Antioquiaño. “Les corps étaient ouverts, on y mettait des pierrres et on les jetait dans la rivière. En plusieurs des AUC sont tombés lançant des morts”.

À ce problème s’est ajouté l’augmentation du nombre d’homicides dans les municipalités de la Vallée d’Aburrá en grande partie et dans d’autres également, où les paramilitaires étaient entrain de combattre la subversion. Durant ces année l’État-Major des AUC a été dirigé par Carlos Castaño Gil, qui avait donné l’ordre de faire disparaître les victimes. C’est ainsi qu’a surgi l’idée de construire un four crématoire : “L’idée du four a été donnée par ‘Doblecero‘ et Daniel Mejía l’a matérialisée”.

Durant ces années, Mauricio García, surnommé ‘Doblecero‘, était le commandant du Bloc Mètre et Daniel Alberto Mejía Ángel, surnommé ‘Danielito‘, s’était intégré aux blocs Cacique Nutibara, la faction des AUC qui a été sous le commandement de Diego Fernando Murillo Bejarano, surnommé ‘don Berna‘.

“Daniel Mejía s’est chargé de la construction, il était des AUC et du Bureau d’Envigado”, a dit l’ex-paramilitaire. “J’ai entendu que le four coûtait entre 200 et 500 ’bâtons’ (millions) et ils l’ont étrenné avec un type du nom d’Alberto du Bureau d’Envigado. Ils l’ont jeté vivant parce qu’il avait volé de l’argent. Le four était manipuler par un monsieur, qu’ils appelèrent ‘pompe funèbre‘, je crois qu’il s’appelle Ricardo, deux autres hommes lui faisaient la maintenance des grils et des cheminées, parce qu’elles se couvraient de suie humaine”.

Sur sa situation, le paramilitaire indique qu’il était dans une propriété de la municipalité de Caldas, au sud de la Vallée d’Aburrá. “Il faut passer le centre ville. A une demi-heure de la sorte de Caldas en voiture. Il est situé dans une très grande propriété, à cette époque, l’entrée était une porte blanche”.

Dans la propriété, l’ex-paramilitaire a décrit avec détails l’immeuble : “la première maison en noire et tout de suite après la maison il y avait comme une espèce de dépôt, et encore derrière, à environ 70 ou 80 mètres, fonctionnait ce qui ressemblait à une fabrique de briques. Deux cheminées étaient visibles dans le toit. Dans l’entrée il y avait un premier étage avec antejardín bien orné et de là à une main droite on descandait environ cinq mètres par des échelles, est on arrivait enfin à ce qui ressemblait à un grand four de boulangerie industrielle”.

Sur le four en tant que tel le repenti détaille : “la porte était hermétique, elle se fermait et restait incrustée dans le cadre de mur, il y avait des vitres très épaisses, comme blindées. La partie extérieure disposait de trois boutons, d’un bouton rouge pour allumer et les deux autres pour la température. À l’intérieur, le four était métallique et avait comme une espèce de mesón(?) ferme, avait des résistances, les unes en dessous de la mesón, comme une espèce de grils. Des chaques côtés de la mesón il y avait aussi des résistances. Au fond de la pièce il y avait deux ventilateurs. Ils nous disaient que nous ne pouvions pas fumer là. Ca sentait comme un petit piment brûlé. Dans le four tenait une seule personne. Les corps étaient accrochés à la mesón. Quand ils montaient la température les corps gonflaient. Beaucoup de gens mouraient avant d’entrer dans le four".

Selon ses calculs, dans la semaine entre 10 et 20 personnes étaient conduites là. Et il existait procédé pour cela : “quand nous arrivions avec les personnes, mortes ou vivantes, nous frappions à la porte et ils nous disaient ‘ces insumos(?) portez-les au fond’. Nous jusqu’à l’intérieur, nous les portions dans des sacs pour qu’ils ne laissent pas de sang. Nous les saignions. On nous a demandé : ‘qui est-ce qui contrôle cela ?’. ‘J‘ et Daniel commandaient beaucoup. Ils avaient un dossier où ils notaient tout. Celui qu’il notait était un homme d’environ 45 ans, bas, cejón. Nous entrions et nous devions attendre les cendres. Le procédé prenait comme 20 minutes, mais quand il était allumé c’était comme cinq minutes. Après nous les montrions ‘J‘ ou Daniel, et ensuite nous les jetions à la rivière ou où ils disaient”.

Face aux enquêteurs judiciaires il n’a pas nié sa participation a plusieurs de ces ’corvées de bois’. “Certains je les ai mis mort et d’autres je les ai amenés vifs. J’ai porté plus de cinquante morts et plus de quinze vivants”.

Parmi les victimes dont il se rappelle on trouve deux frères de la famille Vanegas, éleveurs de profession, qui ont été retenus dans le secteur de Bethléem, au sud-ouest de Medellín, par ordre de Daniel Mejía. Selon les paramilitaires, ces hommes ont été assassinés parce qu’ils finançaient un front du groupe de guerilleros des Farc. Avec leur mort dans le four crématoire, ce dernier s’est mis à fonctionner pour toute sorte de personnes, puisque selon le récit de l’ex-paramilitaire, jusqu’à ce moment là il n’était utilisé que pour “des personnalités”.

L’autre personne dont il se rappelle et qui a été incinéré là est le narcotrafiquant Julio Cesar Correa Valdés, connu dans le monde de la mafia comme Julio Fierro et époux du modèle Natalia Paris. Son décès s’est produit, selon le témoignage de cet ex-paramilitaire, à la fin d’août 2001. Selon les récits journalistiques de cette année, ce narcotrafiquant était en négociation avec la DEA pour se soumettre à la justice des États-Unis et pour collaborer comme informateur afin d’obtenir quelques bénéfices juridiques.

“Ils ont appris cela à Antioquia, alors Salvatore Mancuso, Carlos Castaño et Daniel Mejía se sont réunis. Castaño a ordonné qu’ils prennent Julio Fierro. Quelques hommes de Daniel l’ont retenu dans la municipalité de Guarne. Ordre était donné qu’ils ne le tuent pas. De Guarne ils l’ont ammené en hélicoptère jusqu’à Córdoba, où était Carlos Castaño. Ils voulaient lui prendre quelques propriétés. Natalia Paris a aussi voyagé par là-bas parce qu’ils voulaient également lui prendre quelques propriétés qui étaient à son nom. Julio ils l’ont emmené à Medellín dans un hélicoptère, pour lui faire la extinción de dominio(?), après ils l’ont tué et ils ont porté le corps au four”.

Le plus paradoxal du récit de l’ex-paramilitaire est qu’il offre une version qui pourrait éclaircir ce qui est arrivé avec le surnommé ‘Danielito‘, disparu depuis le 25 novembre 2006, deux semaines après avoir abandonné le centre de réclusion de La Ceja à Antioquia, où étaient détenus les chefs des AUC. Il était sortie là parce qu’il n’aucune charge ne pesait contre.

“Il a été victime de sa propre invention”, a déclaré l’ex-paramilitaire aux officiers judiciaires. “Dans ce four ils ont fait disparaître Daniel avec dix de ses hommes”. Une nuit un ami m’a appelé et m’a dit ‘il a été avalé, Daniel, le patron’, et je n’ai jamais plus rien su de lui. Je ne sais pas non plus ce qui s’est passé avec ce four après”.

Les enquêteurs sociaux de l’Université d’Antioquia qui travaillent sur ce type de phénomènes criminels et qui ont sollicité la réserve de la source, ont indiqué que l’existence de fours crématoires au Nord de Santander et à Antioquia met en évidence qu’il s’agit d’une façon “d’industrialiser le crime”. Il y avait un ordre qui venait d’en haut “faire disparaître les victimes à tout prix” et dans ce sens c’est là qu’on voit apparaitre les cas de démembrements, les fosses, les rivières et les fours comme techniques efficaces pour en finir avec celui qui est appelé "ennemi".

Ce que révèle ce type de criminalité, ajoutent les enquêteurs sociaux, c’est son caractère systématique et sélectif, “ce qui veut dire que toute cette criminalité a été planifiée, puisqu’on ne peut pas perdre de vue que les paramilitaires ont été préparés dans des écoles où l’on formait les combattants à différentes activités. Là ils les transformaient en machines de guerre” grâce à une division interne du travail, spécifiée par des techniques criminelles.

Le Ministère public espère que les autres ex-paramilitaires, qui ont déjà postulés aux avantages de collaborer avec le programme Justice et Paix, qu’ils soient emprisonnés ou encore libres, contribuent d’eux-même à donner encore plus de détails sur ce type de disparition forcée, pour finalement non seulement pour établir la situation exacte du four crématoire, mais aussi pour identifier les victimes qui ont été conduites à cette macabre machine de mort.

Source : Verdad abierta
"Los ’paras’ también tenían crematorios en Antioquia"

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