Robespierre, patrimoine historique
et
querelle des mémoires ?
L'embaras de
Paris - circulation sur le Pont-neuf au XVIII° siècle
« La loi du 22 Prairial (10 juin 1794), la plus
terroriste de la Révolution, est son œuvre»
selon Patrice Gueniffey, qui est historien, directeur
d’étude à l’EHESS et ancien élève de François Furet. Il
a donné une récente entrevue au Figaro (du 16 juin 2016)
au sujet de Robespierre et de sa place dans la mémoire
républicaine. Voilà ce qu’il dit pour première réponse
au journal: « Le consensus républicain sur la
Révolution française, au début de la IIIe République,
s'est fondé sur l'exclusion de Robespierre du Panthéon
des grands hommes de la décennie 1789-1799. Cette
interprétation, forgée par les Thermidoriens dès le
lendemain de la chute de Robespierre, a été
popularisée par les manuels scolaires canoniques
(Lavisse, Malet et Isaac) de la Belle Epoque. La IIIe
République acceptait tout de 1789 à la chute des
Girondins (juin 1793), et triait dans la période qui
commence en juin 1793. Elle acceptait Danton et
Carnot, qui représentaient la défense nationale, et
refusait Robespierre, qui incarnait la guerre civile
et la Terreur. Par ailleurs, le culte de l'Etre
suprême cher à l'Incorruptible était suspect aux yeux
de ces anticléricaux. C'est à l'occasion du centenaire
de la Révolution, en 1889, qu'est érigée la statue de
Danton place de l'Odéon à Paris. Le représentant de
cette sensibilité parmi les historiens de l'époque,
c'est Alphonse Aulard ».
À une petite erreur de date près, ce fut en 1891 que fut
inaugurée la statue de Georges Danton, mais rien à dire
sur l’entrée en matière. La Troisième république a
soutenu de toutes pièces une histoire officielle, et à
ce sujet le consensus est large. L’enseignement scolaire
de l’histoire était une sorte de bréviaire républicain à
la gloire de la patrie. Faut-il rajouter chaque pouvoir
depuis Napoléon Ier a fondé sa part de mythe et légende,
et il y a à se demander si écrire au sujet de la
Révolution et du personnage Robespierre n’y participe
pas? C’est du moins ce que pense un autre historien
Jean-Clément Martin (son dernier livre, Robespierre, la
fabrication d’un monstre). Notamment quand on cherche à
faire des analogies, comme c’est le cas dans cet article
avec la Révolution de 1917 et Lénine, en s’appuyant sur
les méthodes de la « Terreur ». Mais libre de ses
opinions, M. Gueniffey est un intellectuel de qualité et
spécialiste du Directoire et de Napoléon Bonaparte. Dans
une conférence de ces dernières années et pas dans
l’article, il nie à Albert Mathiez son apport
scientifique, je trouve au contraire, qu’il est venu
rétablir un équilibre et à contribuer à faire de
l’histoire autre chose que des statues à ériger… Quand
on connaît en plus un peu l’oeuvre d’Albert Mathiez, il
y a de quoi rire, le monument de la place de l’Odéon fut
une vaste pantalonnade, une affaire conduite par un
certain M. Robinet et un descendant, Arsène Danton, que
narre avec délices ce dernier.
Deuxième question du Figaro : « Pourtant, Clemenceau
et Jaurès revendiquaient «l'Incorruptible»? Oui, mais
l'un était radical et l'autre socialiste, donc
beaucoup plus à gauche que les «pères fondateurs» de
la IIIe République (Jules Ferry, Jules Grévy, Jules
Simon, etc.). Après eux, le PCF va batailler pour
réintégrer Robespierre dans la mémoire glorieuse de la
Révolution. L'historien Albert Mathiez est
l'interprète de cette thèse à l'université. Il célèbre
l'Incorruptible en raison même de la Terreur,
instrument, à ses yeux, de l'égalité sociale projetée
par Robespierre. Et il est vrai que celui-ci
préconisait un impôt progressif sur le revenu, idée
qui révulsait jusqu'aux Montagnards respectueux de la
propriété privée ». En quoi l’impôt progressif
a-t-il de réciproque avec la propriété privée? quand
l'imposition est la participation de tous en fonction de
ses richesses, cela est étonnant comme raisonnement?
Robespierre n’a jamais cherché à abolir la propriété
privée, mais la limitée tout au plus. « La
propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et
de disposer de la portion de biens qui lui est
garantie par la loi. (…) Le droit de propriété est
borné, comme tous les autres, par l’obligation de
respecter les droits d’autrui ». (extraits du
discours sur la propriété du 24 avril 1794). L’on peut y
voir une limitation du droit de propriété, mais sans
rapport avec des idées qualifiées de collectivistes ou
visant à supprimer la propriété individuelle. Il est
souvent enjeu de nuance !
Dire par ailleurs que le professeur Mathiez est
l’interprète de cette thèse, la chose est trop vague
pour illustrer son travail. Qu’il hérite ou soit un
tenant du travail de Jaurès, c’est certain, sa filiation
socialiste ne fait aucun doute. Mais ce sont des travaux
forts différents dans le traitement des sources et la
narration des faits. A ce sujet, Jaurès n’a pas écrit à
proprement parler une histoire de la révolution
française, mais une histoire socialiste comme il est
précisé dans le titre de cette volumineuse œuvre
dialectique. Sinon pour le parcours politique de
Mathiez, il est devenu assez tardivement socialiste
révolutionnaire avec le conflit mondial et il coupa les
ponts avec la III° internationale à la fin des années
1920. Il n’est en rien un orthodoxe du Pcf inféodé au
Pcus, sauf à faire des fausses relations. Le problème
s’est posé après Mathiez en matière d’orthodoxie dite
marxiste, l’ennui est justement de croire que
Robespierre est le surhomme du moment. S’il faut sortir
des ornières, il faut les retirer toutes, à ce petit
jeu, cela fait plus de 220 ans que l’on peut écrire à
peu près tout et n’importe quoi sur la Révolution et
leurs auteurs.
Sur Robespierre, la phrase de conclusion est surtout la
manifestation d’une approche trop abstraite de M.
Gueniffey. Un pur jugement tranché ou une charge
inutile, difficile de comprendre son rôle, d’autant plus
qu’en juin 1794, il y a des chances que Maximilien
Robespierre ait basculé dans la folie, une cause qui
reste à étudier, mais très plausible et pouvant
interférer dans sa conduite : « Il incarne,
d'une façon presque «chimiquement» pure, l'idée
moderne de la révolution et de la table rase
». Ce type de projection n’est pas nouveau et Albert
Mathiez a probablement eu tendance à aimer son sujet un
peu au-delà de la mesure, mais surtout au regard de la
première guerre mondiale et de son engagement politique,
tout travail historique a ses imperfections. L’histoire
n’est plus seulement celle des vainqueurs, les analyses
et les études depuis le XIX° siècle ont beaucoup
évolué et divers travaux universitaires des années 2010
ont évacué le trop plein politique ou dogmatisant, à
quelques exceptions près. De plus, l’étude de la
Révolution n’est pas seulement la matière de
spécialistes français, le plus grand historien vivant de
Robespierre est australien, il se nomme Peter McPhee et
ses cours consultables en anglais sur Internet
(Université de Melbourne). Et ce n’est pas le seul cas
d’universitaires anglophones, là où il existe le plus
grand nombre d’étudiants se penchant sur cette période,
ce n’est pas en France, mais aux Etats-Unis que cela se
passe.
Ici dans l’hexagone, les apports de Jean-Clément Martin
et d’Hervé Leuwers (Université de Lille III) sont d’une
très grande rigueur et nous sommes aussi loin des années
du bicentenaire de 1989, ou s’ouvrirent de nouveaux
champs de recherche, comme la question coloniale. M.
Gueniffey rouvre un vieux débat du siècle dernier, si
bon lui semble, l’année prochaine sera celui du
centenaire de 1917 de la révolution Russe, il y a à
craindre le pire comme le meilleur, notamment les
parallèles douteux entre deux révolutions disjointes en
temps et en lieu, où il y est possible de faire des
tartines de similitudes sans pour cela faire lien avec
les faits. Ce que l’on appelait le révisionnisme de
François Furet n’a pas produit ce qu’il a pu escompter,
loin des batailles des générations passées, il est temps
non pas de faire table rase, mais de permettre aux
historiens de la nouvelle génération de produire de
nouvelles approches ou réflexions. La disputation reste
la forme la plus adaptée pour confronter des points de
vue, il est important que les différentes écoles
puissent échanger sur ce mode, et permettre au public et
citoyens de se construire leurs propres opinions.
L’esprit critique n’a de sens que dans l’échange et la
confrontation des idées.
Celle qui semble poindre et donner matière à réflexion
est la place de la presse et des journalistes en France
dans le processus révolutionnaire de 1789 à 1795. Et
s’il y a une autre étude à envisager, elle réside en
l’influence de la pensée révolutionnaire française sur
le processus d’émancipation des nations
hispano-américaines et les mondes créoles au XIX°
siècle. Je ne nie pas que les mouvements
révolutionnaires et pas seulement l’année 1793, mais
aussi de 1830 à 1834, plus 1848 et 1871 ont pu avoir une
influence sur d’autres révolutions. Lénine, Trotsky,
Mao, et bien d’autres ont pu s’en inspirer, est-ce pour
autant que l’on doit continuer à penser Robespierre à
travers ce seul prisme, n’est-ce pas réducteur et une
certaine tendance à faire parler les morts? Sinon nous
en revenons à cette matrice idiote de Rousseau ou de
Robespierre comme parents du totalitarisme de la Russie
soviétique, sans omettre Marx l’incarnation de ce même
mal... L’ennui ce sont les limites de ce type de
jugement, qui sont en général le produit d’un
détournement, un objet idéologique périmé ou ressassé
depuis des lustres.
Depuis quelques années, la production de livres ayant
pour titre, le terme noir est venu en rajouter une
couche sur divers aspects de la recherche et des
mouvements révolutionnaires et à des fins idéologiques
très grossières, voire vulgaires, comme l’on trouve en
abondance sur le net. Le révisionnisme de François Furet
est quand même lointain de cette littérature ou
expression d’amalgame et venant de milieux
contre-révolutionnaires a une très forte teinte
réactionnaire et religieuse. Depuis sa disparition, ses
proches ont continué à travailler dans ses pas, Mona
Ozouf est son héritière, la plupart des historiens après
la seconde guerre mondiale ont appartenu au Pcf et ils
l’ont combattu pour des raisons totalement
compréhensibles et circonstanciées à des affrontements
intellectuels dont l’entendement n’est plus patent. Par
ailleurs, Michel Vovelle, le dernier grand du XX° siècle
de l’école Robespierriste n’est pas vraiment
l’incarnation du stalinisme et a laissé à ses élèves
toute liberté nécessaire et sans crier au dogme.
Ce que j’ai écrit n’est pas l’objet d’une dénonciation
d’un courant intellectuel français, il faut aujourd’hui
de nouvelles exigences dans le rapport à l’analyse des
faits, et nous sortir de vieilles querelles. Au passage,
je ne suis pas sûr que Tocqueville soit le seul sésame
de la pensée, du moins pour quelqu’un ne se réclamant
pas d’une école libérale, ni d’aucune à ce sujet. Je
m’étonne de la distorsion et finalement qu’il soit
devenu compliqué de ne pas être en accord en tout.
Surtout de sentir encore de grosses failles pour traiter
avec distance et sérénité les mouvements
révolutionnaires dans une période confuse et propice à
moudre du nationalisme et du repli identitaire.
L’universalité des Révolutions de 1789 et 1792 ne font
pas l’ombre d’un doute, vu l’éparpillement des archives
à travers la planète et une activité universitaire
dépassant le cadre national, il est temps de sortir des
débats finalement très feutrés et dépassant les
connaissances objectives moyennes. Pour construire des
ponts et renforcer l’étude de l’Histoire (en crise),
dans notre pays et valoriser le patrimoine matériel et
immatériel existant, il nous faut sortir des anciens
cadres. L’histoire n’est pas qu’une somme de date, ce
sont des enjeux divers et variés qui s’y rattachent et
touchant à des enjeux pluridisciplinaires.
La redemande récente d’une rue Robespierre à Paris est à
l’origine de cette entrevue du Figaro (à
lire ici), le sujet est d’un intérêt minime
et répétitif, mais suscite son lot de partisan pour ou
contre, provoquant la discorde, plutôt que d’aborder les
choses un peu plus sérieusement. On pourrait aussi
exiger une rue Jean-Paul Marat, ou pour le curé Jacques
Roux, de quoi un peu plus envenimer les débats… Et si
une personne née et morte dans la capitale est passée
aux oubliettes à quand une avenue pour Manon
Roland? La question du patrimoine des
révolutions de 1789 et de 1792 dans la capitale est
conséquente pour une ville tournée vers le tourisme, il
y aurait de quoi faire pour attirer les curieux sur un
sujet qui passionne le monde entier. En matière
d’apprentissage des révolutions parisiennes, dans une
période s’enflammant à l’évocation du mot république, la
question du jugement critique est peu abordée, quand
certains enjeux citoyens concernent derechef les jeunes
scolarisés de la métropole parisienne et d’ailleurs.
Histoire de comprendre là où ils vivent et se construire
une culture historique et mieux encore, littéraire !
Avec les pratiques éducatives de Célestin Freinet et les
outils numériques, il est tout à fait possible de
favoriser la pratique de la recherche sur la base des
textes ou manuscrits anciens dans les collèges ou les
lycées.
Billet
de Lionel Mesnard le 17 juin 2016
Hervé
Leuwers présente Robespierre (1h25)
"Robespierre,
un nouveau regard", une conférence de Hervé
Leuwers à l'université
de Rouen ( et en édition poche en librairie depuis
le 25 mai 2016)
PLUS
DE PRÉSIDENT
PLUS
DE REPRÉSENTANTS
Alexandre Ledru-Rollin
(1807-1874)
« Le
mandataire ne peut être représentant; c'est un abus
des mots, et déjà, en France, on commence à revenir de
cette erreur ». Robespierre
Qu'on ne se récrie pas avant de nous entendre jusqu'au
bout; ce que nous proposons est à la fois l'œuvre du
temps et la seule solution qui ressorte des faits
actuels. Ce n'est pas la révolution sanglante mais bien
le moyen de la conjurer, en faisant comparaître toutes
les écoles, tous les systèmes, tous les grands et
difficiles problèmes sociaux qui agitent notre âge,
devant l’unique juge compétent, devant le pays tout
entier. On se rappelle qu'il y a trois ans à peine nous
disions: « Pas de président ; un président élu par la
nation, c'est l'antagonisme et la guerre.» Les
faits ne sont-ils pas venus bientôt ratifier nos
prévisions?
Aujourd'hui, poussé par la même logique, nous disons :
Plus de représentants, mais de simples délégués, des
commissaires, pour ne pas dire des commis, nommés
seulement pour préparer la loi, laissant au Peuple le
soin de la voter, en d'autres termes : gouvernement
direct du peuple par le peuple. Cette thèse, malgré les
contradictions violentes qu'elle rencontre, n'en est pas
moins destinée à faire son chemin plus promptement
encore que la première. Pourquoi?
Nous l’allons dire en examinant si, philosophiquement,
cette idée est vraie. Si elle est praticable. Dans
quelles mesures, elle est praticable. Si, enfin elle est
profitable ou nuisible à la nation. Et, d'abord, que
l'idée du gouvernement direct du Peuple par le Peuple
soit philosophiquement vraie, pas de doute à cet égard,
pour peu qu'on remonte aux principes constitutifs des
sociétés.
La souveraineté, dit Rousseau, dans le contrat social,
n'étant « que l'exercice de la volonté générale, ne peut
jamais s'aliéner, et le souverain, qui n'est qu'un être
collectif, ne peut être représenté que par lui-même.
L'idée des représentants est moderne, elle nous vient du
gouvernement féodal ; les anciennes républiques ne l'ont
jamais connue. L'attiédissement de l'amour de la patrie,
l'activité de l'intérêt privé, l'immensité des Etats,
les conquêtes, l'abus du gouvernement l'ont fait
imaginer. Cependant, les députés du Peuple ne sont et ne
peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses
commissaires, ils ne peuvent rien conclure
définitivement. Toute loi que le Peuple, en personne,
n'a pas ratifiée, est nulle, ce n'est point une loi. »
Il ajoute, avec cette puissance de déduction qui le
caractérise : « A l'instant qu'un Peuple se donne des
représentants, il n'est plus libre, il n'est plus.» La
théorie que Rousseau avait trouvée dans les profondeurs
de son génie, et qui étonna, dans un siècle d'esclavage,
par son radicalisme et sa nouveauté, comment la nier,
aujourd'hui que tant de faits nombreux se sont accumulés
pour lui donner raison?
Oui, un peuple qui se fait représenter cesse bien d'être
libre, car la France, libre en Février (note: 1848), en
se donnant des représentants s'est, par là même, donné
des maîtres. Qui pourrait soutenir, en effet, que lors
de l'invasion de Rome, la France eût voté comme ont voté
ses représentants? Et dans la question des boissons, et
dans la question de l'enseignement, et dans celle de la
liberté de la presse, croit-on, aussi, qu'elle eût voté
comme ont voté ses représentants? Lors de la mutilation
du suffrage universel, surtout, Imagine-t-on que le
Peuple se fût immolé de ses propres mains?
Ah! sans doute que, dans d'impénétrables desseins, cette
dernière et mémorable épreuve était nécessaire, pour que
l'institution de la représentation fût à jamais jugée, à
jamais condamnée, comme l'est dorénavant, celle de la
présidence. Arrêtez, dira-t-on, vous confondez deux
choses : le droit et le fait, le principe et le vice des
choix. Si le Peuple s'est trompé sur les hommes, cela ne
prouve rien contre l'institution; de meilleures
élections n'eussent point engendré d'aussi funestes
résultats.
Le Peuple, répondrons-nous, à notre tour, qui jamais ne
se méprendra sur ses véritables intérêts, sur ce qui est
bon pour lui, mauvais pour lui, sera longtemps encore
susceptible de s'égarer sur les hommes et sur les noms.
Le monde n'est-il point au prestige, à l'intrigue, à la
renommée bien plus qu'au dévouement et à la vertu? Les
plus célèbres ne sont-ils pas souvent ceux qui, au lieu
de suivre modestement, en conscience de coeur et
d'esprit, le droit sillon, ont, par d'éclatantes
contradictions, attaché le plus de bruit à leurs pas? La
félicité d'une nation ne peut donc dépendre des
personnes, elle ne doit reposer que sur des principes.
L’on, nous ne confondons pas, c'est bien l'institution
de la représentation elle-même qui est périlleuse, et, à
peine d'être sans cesse trompé, sans cesse esclave, sans
cesse misérable, le Peuple doit faire par lui-même tout
ce qu'il peut raisonnablement faire; il faut que sa
grande, son unique affaire soit sa liberté et son
bonheur; donc, la thèse du gouvernement direct du Peuple
par le Peuple est, philosophiquement et politiquement
vraie.
Peut-être en théorie, s'écriera-t-on, mais en pratique
jamais. Voyez d'ici une grande nation comme la France,
toujours assemblée; quel rêve, quelle chimère! Et le
travail, la production que deviendront-ils? De telles
institutions étaient bonnes chez les Grecs, chez les
Romains; ils habitaient un climat doux, ils n'étaient
point avides, des esclaves faisaient leurs travaux.
N'ayant pas les mêmes avantages, comment conserver les
mêmes droits? Ressusciterez-vous les idoles?
Non, nous ne voulons pas d'idole, nous qui ne voulons
plus de prolétaires ni de salariat. Mais, n'anticipons
pas. Faisons toutefois remarquer que, si les républiques
antiques étaient constamment sur l’agora ou le forum,
c'est que les citoyens y exerçaient non seulement les
droits de souveraineté, mais une partie de ceux du
gouvernement. Ils traitaient certaines affaires, ils
jugeaient certaines autres; ce n'est pas cela que nous
demandons.
Ajoutons qu'il faut peu s'effrayer des impossibilités;
les bornes du possible dans les choses morales sont
moins étroites que nous ne pensons; ce sont nos
préjugés, notre amour incurable de la routine qui les
circonscrivent et nous font trop facilement prendre
ombrage. Ce siècle, plus que tout autre, en a fourni des
preuves; mais, entre toutes, il en est une qui demeure
sans réplique.
Que penser encore des sottes déclamations contre
l'impossible, quand on a vu chez nous le suffrage
universel fonctionner si admirablement ? Huit jours
avant sa mise à exécution, combien d'esprits sensés ne
disaient pas : Jamais dix millions d'hommes ne voteront
sans troubles, sans collisions. Et cependant, nous avons
pu contempler ce merveilleux spectacle de dix millions
d'hommes votant le même jour, à la même heure, dans
l'ordre le plus parfait.
De l'existant au possible, la conséquence est bonne. Le
mécanisme de la souveraineté, devenu aux mains du Peuple
souple et docile, qu'importe le nombre de fois qu'il
devra le faire mouvoir ? Le gouvernement du Peuple par
le Peuple étant pratiquement possible, examinons,
maintenant, dans quelle mesure il peut raisonnablement
s'appliquer. Quelle est la limite à poser entre ce que
le Peuple doit faire directement, et ce qu'il doit
nécessairement déléguer ?
Eh bien ! cette ligne de démarcation a été tracée par un
des esprits les plus positifs de nos assemblées
délibérantes, par Hérault de Séchelles, qui, après avoir
été une des lumières de l'ancien parlement, fut le
premier magistrat de la Cour de cassation, à son
berceau. Cette distinction, la Convention l'a posée, et
le Peuple lui-même l'a sanctionnée par plusieurs
millions de suffrages. Mais, pour plus de brièveté,
laissons parler les maîtres :
1° - « La souveraineté, dit Hérault, n'étant que
l'exercice de la volonté générale, ne peut jamais
s'aliéner. - De là, l'institution de la République. -
Car, toute autre forme de gouvernement serait une
aliénation du droit. » « 2° - Le souverain , qui n'est
qu'un être collectif, ne peut être représenté que par
lui-même. – De là, le gouvernement direct du Peuple. »
« Ces deux règles, ajoute le rapporteur de la
Convention, nous les avons eues sans cesse devant les
yeux, et c'est toujours à la dernière limite que nous
nous sommes attachés à saisir les droits de l'humanité.
Si quelquefois nous nous sommes vus contraints de
renoncer à cette sévérité de théorie, c’est qu'alors la
possibilité n’y était plus. La nature des choses, les
obstacles insurmontables dans l'exécution, les vrais
intérêts du Peuple, nous commandaient ce sacrifice; car,
ce n'est pas assez de servir le Peuple, il ne faut
jamais le tromper. »
Et la Constitution de 1793, partant de la souveraineté
du Peuple, pour s'arrêter seulement devant ce qu'elle
considérait alors comme l'impossible, posait ce principe
plein de sagesse : «Le Peuple souverain est
l'universalité des citoyens français. Il délibère sur
les lois. Le corps législatif propose des lois et rend
des décrets. Les lois doivent être acceptées par le
Peuple.»
Maintenant, un mot d'éclaircissement; nous ne saurions
mieux faire que de l'emprunter à Hérault lui-même : «
Pourquoi consulter le Peuple sur toutes les lois ? Ne
suffit-il pas de lui déférer les lois constitutionnelles
et d'attendre ses réclamations sur les autres ? Nous
répondrions : c'est une offense au Peuple que de
détailler les divers actes de sa souveraineté. Nous
répondrions encore : avec les formes et les conditions
dont ce qui s'appelle proprement loi sera entouré, ne
croyez pas que les mandataires fassent un si grand
nombre de lois dans une année.
On se guérira peu à peu de cette manie de législation,
qui écrase la législation, au lieu de la relever, et,
dans tous les cas, il vaut mieux attendre et se passer
même d'une bonne loi, que de se voir encore exposé à la
multiplicité des mauvaises. »
Qu'on nous permette une dernière citation ; elle est de
Robespierre : « Le mot de représentant ne peut être
appliqué à aucun mandataire du Peuple, parce que la
volonté ne peut se représenter. Les membres de la
législature sont des mandataires à qui le Peuple a donné
la première puissance; mais, dans le vrai sens, on ne
peut pas dire qu'ils le représentent. La législature
prépare des lois et fait des décrets; les lois n'ont le
caractère de lois que lorsque le Peuple les a
formellement acceptées. Jusqu'à ce moment, elles
n'étaient que des projets; alors elles sont l'expression
de la volonté du Peuple. Les décrets ne sont exécutés
avant d'être soumis à la sanction du Peuple, que parce
qu'il est censé les approuver. Il ne réclame pas, son
silence est pris pour une approbation. Il est impossible
qu'un gouvernement ait d'autres principes. Ce
consentement est exprimé ou tacite; mais, dans aucun
cas, la volonté souveraine ne se représente, elle est
présumée. Le mandataire ne peut être représentant; c’est
un abus de mots, et déjà, en France, on commence à
revenir de cette erreur.» Les esprits sérieux, les
hommes de foi, ne sauraient se lasser de lire la
discussion, si lumineuse et si patriotique, qui a
préparé cette Constitution de 93.
Toutes les grandes questions politiques qui nous
préoccupent aujourd’hui soulevées et résolues, avec
quelle profondeur! Les droits sacrés du Peuple son
initiative, ses assemblées primaires, la distinction
fondamentale des lois et des décrets, la confection et
le vote des lois, tout y est ordonnancé avec une
présence incomparable. Sans doute, il est quelques
modifications de détails que l’expérience a
rendues nécessaires, notamment en ce qui concerne
l'élection du pouvoir exécutif; mais jamais la majesté
du Peuple ne fut plus solennellement reconnue, le
principe de sa souveraineté plus respecté.
Quels acteurs, quel drame, quel but! L'ennemi aux
portes, à l'intérieur la famine organisée par les rois;
pour scène le monde, pour (in le bonheur du genre
humain. La truelle d'une main, comme disait l'un d'eux,
l'épée de l'autre, construisant et combattant, déclarant
que la République ne pouvait négocier tant qu'il
resterait un ennemi sur son territoire. À quoi un des
membres s'écriait : «Vous avez donc fait pacte avec la
victoire? - Non, répondaient-ils tous, nous l'avons fait
avec la mort.»
Mânes sanglants et toujours calomniés de Thermidor,
pardonnez encore à vos insulteurs, votre génie avait
devancé l'époque. Il faut, pour vous comprendre, une
génération affranchie par votre martyre; mais, bientôt,
les temps de votre évangile seront accomplis !
Poursuivons : Si nous avons démontré, avec Rousseau, que
le gouvernement direct du Peuple découle de la nature
même des choses; avec la Constitution de 93, qu'il est
facile à organiser, que reste-t-il maintenant? cette
seule objection : - qu'on répétera éternellement, tant
que le fait n'en aura pas eu raison, comme de tant
d'autres banalités, - Si le Peuple légifère lui-même,
c'en est fini du travail national, la fortune publique a
reçu la plus mortelle atteinte.
Pas d'exagération : La question étant réduite aux termes
dans lesquels elle a été posée par la Convention, - le
Peuple votant les lois, et l'assemblée des délégués
pourvoyant, par des décrets, aux nécessités secondaires,
- combien de fois suppose-t-on que le Peuple aurait,
dans l'année, à exercer son droit? Bien rarement, sans
aucun doute, lorsque les principes primordiaux fixant
ses destinées auront été posés par lui.
Ceux qui tiennent ce langage ont-ils réfléchi au nombre
de jours que le Peuple a perdus et perd encore, en
fêtes, endimanchés, en chômage? Le temps qu'il dépense
ainsi ne serait-il pas plus utilement employé à cimenter
son indépendance, sa grandeur, sa prospérité?
Quoi! le Peuple, la France entière, n'aurait pas bien
gagné sa journée, quand la nation aurait statué, en
connaissance de cause, sur ses intérêts les plus
précieux; quand elle aurait réglé son impôt, son crédit,
les bases de la propriété, les lois de son travail
intérieur, de ses exportations; quand elle aurait fondé
l'association et la solidarité; quand elle aurait
cicatrisé ces deux chancres du cœur et du corps,
l'ignorance et la misère! Ah! certes, il lui faudrait
moins de temps pour réaliser son bonheur en ce
monde, qu'elle n'en a consumé, depuis des siècles, à
chercher, dans l'autre, un problématique salut.
L'assemblée primaire serait la cathédrale moderne,
l'autel vivant élevé véritablement au culte de la
fraternité.
Non, ce temps ne serait pas inutilement dévoré ; ce qui
est nécessaire, en effet, c'est moins la souveraineté
constamment en action, que la souveraineté toujours
constituée, toujours présente, n'abdiquant jamais. Où le
droit et la liberté sont toutes choses, les
inconvénients ne sont rien. D'ailleurs, il faut savoir
accepter les conséquences de son principe; pas de
Démocratie, sans d'incessants efforts. Un peu
d'agitation donne du ressort aux âmes; ce qui fait
prospérer l'espèce, ce n'est pas le repos, c'est le
mouvement. Du mouvement, les vieux politiques avaient
fait un crime, sachons en faire une vertu, un moyen; si
formidable qu’il soit, il n'est jamais qu'une force,
quand il n'est pas contrarié dans ses lois éternelles de
développement.
Un dernier mot : le Gouvernement direct du Peuple est la
seule formule de la Révolution prochaine; la seule,
encore une fois, qui nous sorte des systèmes, des
écoles, des personnalités; la seule qui nous sauve des
tyrannies, des dictatures, des aristocraties, quelles
qu'elles soient; la seule qui n'emprisonne pas la
puissance de l'idée, et prévienne les explosions, en
ménageant de larges échappements.
Ayez confiance dans la raison du Peuple, disait un homme
qui le connaissait bien, Danton; malgré ses
calomniateurs, et il a plus de génie que beaucoup qui se
croient de grands hommes. « Dans un grand peuple, on ne
compte pas plus les grands hommes que les grands arbres
dans une vaste forêt; ils disparaissent dans les
profondeurs des masses. »
Si Danton pouvait parler ainsi, de quoi n'est pas
capable aujourd'hui, ce Peuple, éclairé par deux
révolutions nouvelles, et par 60 ans de succès et de
revers! À l'œuvre donc, frères! Depuis six mois, la Voix
du Proscrit s'est efforcée, dans une série d'articles,
de préparer ce gouvernement du Peuple, et l'idée, partie
d'un coin de l'exil, a poursuivi sa carrière,
Aujourd'hui, que chacun lui vienne en aide; que tout
cœur vraiment peuple, que tout républicain sans
arrière-pensée, sans réserve, se joigne à nous. La
tradition a été rompue en 93, bien qu'elle eût sa raison
d'être; aucune idée légitime ne saurait être étouffée ;
renouons la chaîne des temps. Tous, n'ayons plus qu'un
cri de ralliement, une devise : gouvernement direct du
peuple; et bientôt le Peuple fera mieux que de triompher
: pour la première fois enfin, il n'aura plus de maître,
il régnera.
Paris
: 164, rue Montmartre, Bureau de la Voix du Proscrit
et chez tous les libraires.
Source
Gallica BNF – Domaine public -
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k131734w
De
l’exercice de la raison critique à la révolution psychanalytique ?
Il y a
quelques années, j’ironisais en disant que j’attendais
la vente du Pcf à un euro pour récupérer ce beau nom de
communiste et les locaux. Ils ont sous-loué depuis le
siège de la place du Colonel Fabien et c’est au tour du
parti socialiste que cette option s’offre : « bientôt en
liquidation »… Un logo et un nom évocateur, d’un combat,
le restant est à brader, pas le temps de trier dans le
linge sale. Cela peut paraître hors-jeu ou des
circonstances du moment, mais je me réclame de la
mouvance socialiste et démocratique, quand il est de bon
ton chez les Lepeno-compatibles de se dire « ni de
droite ni de gauche » et de plus sans revendications.
Face au néant groupusculaire, à l’hiver des fonds de
commerce de la gauche et de ses gogoches, ils pourront
tout effacer ou salir, le socialisme n’en est pas à ses
premières crises. Il peut y survivre. Et quelques
raisons de penser que si la forme partisane est en
panne, c’est surtout pour son absence de contenu et de
perspectives. L’objet n’étant pas d’achever au passage
la démocratie, mais de la régénérer.
J’ai appuyé en février la candidature de Jean-Luc
Mélenchon, j’ai compris rapidement la faille et j’ai
préféré prendre la poudre d’escampette et lui laisse ma
trace virtuelle et quelques euros. Il me faudrait
rédiger un long explicatif sur les raisons, mais un peu
fatigué de constater les mêmes erreurs, et dans ce cas
les miennes, il n’y a aucune raison de jouer la scène de
la déception et des hurlements d’une séparation qui n’a
pas lieu. Mon emballement a fondu comme neige au soleil,
et entrera un jour avec une meilleure distance dans une
analyse politique sur les folles années du nouveau
siècle. Car en l’état, il faudrait tirer une analyse
clinique, circonstanciée ou détaillée. Si je puis
synthétiser à l’extrême, verticalité et transversalité
ne se rencontrent jamais ! Après avoir voté en 2012
Hollande, la galerie des prétendants n’a d’intérêt qu’à
l’aune d’un projet ouvert sur le monde, pas sur de
simples positions néo-stalinistes ou très
franchouillardes sur la Russie et l’Europe. Le dessein
n’y est pas et les questions internationales sont au
centre des questions de notre avenir, pour leur donner
un espace moins minimaliste.
J’ai cherché, j’ai point trouvé, sauf que ceci est
partiellement faux. Mon intérêt pour les sciences
humaines et ce que je peux glaner comme conférences
virtuelles m’a fait découvrir une personnalité
jusqu’alors totalement inconnue. Son nom est Roland
Gori, psychanalyste et un intellectuel étonnant et
ramenant à l’essentiel ou ce qui peut être surprenant,
une approche à laquelle je souscris à pleines dents et
mérite d’être partagée. Un fruit de ce que la
connaissance donne à goûter, car que de gourmandise et
de sucrerie, après l’âpre des petits marquis du pouvoir.
Après quelques heures de transe (c’est de l’humour), on
peut finir par se dire que cet homme engagé synthétise
des années de réflexions diverses avec brio, et pour
rassurant je ne suis pas le seul à le penser. Je
n’ai pas trouvé le Graal, mais pour ceux à la recherche
d’une lecture ou de lectures, ils ou elles trouveront de
quoi se nourrir en l’écoutant dans un premier temps.
De Rousseau, en passant par Marx ses héritiers et Freud
de même, cette fabrique de l’imposture trouve avec Guy
Debord tout un éclat critique sur nos sociétés humaines
et que Roland Gori raconte presque comme des évidences
et avec une facilité assez déconcertante. Il me restera
à le lire, et compléter les manques ou besoins d’en
savoir plus. Surtout que l’écriture est un exercice qui
pardonne peu, et que l’enthousiasme est un élément très
communicatif. Surtout dans une période où l’emprise à
broyer du noir et dans tous ses aspects les plus
sordides domine. Jeux de perversion et de narcissisme où
ne surnagent que les grandes gueules et en oublie
l’Homme, les ressorts de sa complexité, sa propre
économie cellulaire, pour se livrer à des gourous d’un
soir. En résumé, quid de la révolution, qui plus est
psychanalytique et en quoi elle vient tordre à chaque
génération les préconçus pour s’adonner à son rôle
d’analyse critique. Sauf qu’à produire là aussi des
chapelles, Roland Gori s’étonne, et moi de même du peu
d’espace de réflexion consacré aux sciences du vivant
dans l’œuvre de Lacan, quid de la biologie entre autres
?
La question n’est pas d’égratigner par l’absurde, comme
le font certains malfaisants vendeurs des personnages
historiques et scientifiques dans l’espace francophone
en produisant de la contre histoire, il s’agit de lire
ou relire les « grands classiques ». De s’approprier un
discours et ne pas réagir comme un simple batracien aux
sollicitations des tensions, mais d’utiliser ses
neurones à bon escient. Produire du sens, reconquérir
l’espace public, consiste d’abord à ne pas en faire des
slogans et demande une élaboration. Et comme l’humanité
n’est pas née un beau jour du 21ème siècle, l’histoire
aide à trouver la bonne distance critique. Et même de
trouver les ponts d’une interdisciplinarité en
souffrance, parce qu’en certains domaines, c’est tout
bonnement impossible, c’est-à-dire trop en lien avec les
mécanismes du capitalisme qui organise une chosification
et la commercialisation des individus et des savoirs et
codifications des rapports humains, au final, nous ne
sommes plus que des parts de marché sur patte. Partant
du constat que l’humain n’est pas une marchandise, mais
dispose nettement moins de facilité de circulation
légalisée qu’un objet, il est temps de poser les bonnes
questions et se tenir loin de l’agitation et du reflux
de l’actualité.
Sur les rapports de domination au sein de l’espèce, il
existe à ce sujet deux écoles et j’appartiens à celle de
l’école du professeur Laborit,
la jonction avec les travaux de Bourdieu ou une
confrontation des savoirs en ce domaine peuvent être une
étape nécessaire quand on entend parfois des contenus
erronés ou révélateurs des clichés sur les dominés et
dominants. Dans le même courant impropre des idées, à
force d’utiliser le terme « système » à toutes les
sauces, cela finit par ne plus le définir et le mettre
en rapport et lire ou entendre vraiment n’importe quoi
sur la base d’un contre dogmatique. Ce qui n’a rien à
voir avec l’exercice d’une critique se fondant dans
l’analyse des contradictions et non à des fins de
dénonciations vides ou stériles, voire en des formes de
défoulement spasmodique.
De la tâche ardue de se poser mille questions et
déboucher sur de nouvelles pistes, et se tenir à son
métier de plume. J’avance par ailleurs dans mes travaux
sur la Révolution française, dont je remonte les années
avec perplexité et courage. L’année 1792 ou celle de la
« seconde révolution » a de quoi rendre un peu cinoque.
Cet ensemble ne repose pas sur l’absence de source, ce
qui est en cause, c’est son trop plein. Et comme par
hasard, comment ont pu opérer les mécanismes de la
censure pendant et surtout après cette invention
délirante du mot « Thermidor », créé de toutes pièces
par l’un des plus grands fripons et escroc de la
Révolution française, en la personne de Fabre
d’Eglantine. Il y a de quoi rester dans l’expectative.
Quand on découvre cette relation presque clanique des
camps politiques (déjà très nombreux et une grande
particularité française). Qu’il est bon d’être à sa
place d’observateur et de ne pas conclure trop vite, et
de vérifier tant de détails et invraisemblances.
Ce qui ressemble peu ou prou à une réflexion à laquelle
j’invite à se joindre toutes celles et ceux qui ne
rentrent pas dans les cases d’un système politique aux
abois et qui veulent exercer au mieux leur devoir de
Citoyen en exprimant autre chose que du marasme, mais de
lancer une petite bouée d’espoir. Quand un professionnel
de la politique parle de rêve, je préfère le laisser à
ses projections. J’ai observé le phénomène avec un
certain Charles Pasqua qui disait à peu près en
substance « ils veulent du rêve je vais leur en faire »
(il faut rouler un peu les R... pour se souvenir de sa
guouaille), il s’adressait à la jeunesse dans les années
1990 et fit faire un clip télévisuel pour réponse.
Faites donc un film et donnez leur du rêve et on finit
par se retrouver place de la République dans des cases
faussement citoyennes.
Le grenouillage et les m’as-tu-vu donne à cette place
quelques reliefs, celle d’une caserne invisible et au
cul droit de la statue. En 1871, les gardes nationales
parisiennes et à sa tête Antoine
Brunel, s’emparaient de la caserne du
Château d'Eau aux premières heures de la Commune de
Paris, et c’est à eux que je conserverais mes
sympathies. Pour le reste, c’est en l’état insignifiant
et quand on découvre cette place remplie d’histoires,
grandes et petites, depuis quelques jours, c’est une
kermesse jumelée à un rassemblement de boy-scout.
Tournant par nuit de pleine lune, en émeutes et au
service de la répression policière ambiante. Un
interminable tournis d’information ressemblant à un
samedi soir arrosé sur le canal Saint-Martin avec ses
détritus et sa cohorte d’éboueurs du petit matin
ramassant les merdes du festin.
Pas de quoi marquer les imaginations et donner sens à ce
haut lieu symbolique de notre histoire collective. Il
est difficile de cacher l’aspect gadget et fourre-tout
ou de comment récupérer ce qui devrait être une
libération de la parole, mais pas au profit de
néo-prophètes et archaïques staliniens chassant la
philosophie de ses rangs. Je n’ose même pas user de ce
vocable de Nuit, finalement blanche et qui produit du
flux aux médias de communication, en attendant de
laisser un reste mélancolique et sur le pavé les
victimes de la guerre des quartiers voisins des 10, 18
et 19ème arrondissement notamment. Tirez-vous au sort
s’il vous en plaît, la démocratie est malade, les
remèdes à deux balles, c’est la bonne enseigne pour les
vendeurs de rêve !
En attendant, je vous laisse découvrir une conférence
avec Roland Gori en relation avec son ouvrage « La
fabrique des imposteurs », et vous laisse à disposition
une liste sur Youtube nommée «
Capitalisme et Sciences humaines » (6 vidéos
pour environ 7 à 8 heures de savoirs en ligne sur le
sujet), avec une conférence sur le "Capitalisme
paradoxant" par Vincent de Gaulejac, que j’avais déjà
évoqué par ailleurs sur mon bloc-note.
A
suivre… !
Billet
de Lionel Mesnard, le 23 avril 2016
"L'imposteur est aujourd'hui dans nos sociétés comme
un poisson dans l'eau : faire prévaloir la forme sur
le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se
fier à l'apparence et à la réputation plutôt qu'au
travail et à la probité, préférer l'audience au
mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt
que pour le courage de la vérité, choisir
l'opportunisme de l'opinion plutôt que tenir bon sur
les valeurs, pratiquer l'art de l'illusion plutôt que
s'émanciper par la pensée critique, s'abandonner aux
fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer
à l'amour et à la création. Voilà le milieu où
prospère l'imposture ! Notre société de la norme, même
travestie sous un hédonisme de masse et fardée de
publicité tapageuse, fabrique des imposteurs.
L'imposteur est un authentique martyr de notre
environnement social, maître de l'opinion, éponge
vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes
et des formes.
L'imposteur vit à crédit, au crédit de l'Autre. Soeur
siamoise du conformisme, l'imposture est parmi nous.
Elle emprunte la froide logique des instruments de
gestion et de procédure, les combines de papier et les
escroqueries des algorithmes, les usurpations de
crédits, les expertises mensongères et l'hypocrisie
des bons sentiments. De cette civilisation du
faux-semblant, notre démocratie de caméléons est
malade, enfermée dans ses normes et propulsée dans
l'enfer d'un monde qui tourne à vide. Seules
l'ambition de la culture et l'audace de la liberté
partagée nous permettraient de créer l'avenir." A
travers cette conférence, organisée dans le cadre des
conférences de l'Université permanente de l'Université
de Nantes, Roland Gori revient sur les idées fortes de
son dernier ouvrage "La Fabrique des imposteurs".
Source
vidéo : Université de Nantes - 2014
La Fabrique des
imposteurs par Roland Gori (1h40)
Un
nouveau scandale Panaméen !
Le scandale ayant
entouré la construction du canal de Panama à la fin du
XIX° siècle et au début du XX° siècle avait connu en
France quelques rebondissements et démêlés, dont
l’affaire qui éclaboussa le monde financier et politique
durant de longues années. Cette sombre affaire de
corruption avait à l’époque favorisé la montée de
l’extrême droite aux élections. Mais ceci n’est en fait
que la partie visible et la plus connue, au plan
international la domination étasunienne est en œuvre et
ce raté gigantesque et financier se présente comme une
aubaine pour la puissance émergente. Elle signe
aussi la fin des ambitions françaises en Amérique
latine. Après le Mexique, le bruit des casseroles et
l’absence de prise ou d’expansion coloniale locale, le
panama ne put que provoquer auprès « des jeunes
filles en fleurs » l’odeur d’un chapeau en osier.
L’état Panaméen qui était jusqu’à là un état fédéral au
sein de la Colombie se détacha et pris son indépendance
en 1903. Cette même année se solde par la vente de la
société de construction aux Etats-Unis et la création
d’un état qui servira de base militaire à la nouvelle
puissance. Le raccordement entre l’Atlantique et le
Pacifique s’achèvera dix ans plus tard et offrira une
voie navigable sous contrôle et évitant le contournement
par la route du sud ouvert par Magellan. Une entreprise
économique et militaire déterminante dans l’expansion
notamment de la Californie. Après la guerre et
l’invasion de Cuba en 1898 et le Panama se dessine le
nouvel ordre régional, beaucoup d’eau ont coulé depuis
sous les ponts et s’il n’y avait eu l’incarcération du
dictateur et trafiquant Noriega à la fin des années
1990, cet état plaque tournante du narcotrafic et du
blanchiment d’argent ne semblait gêner peu de
monde. Vous me direz que l’influence panaméenne se
limite, à l’idée que nous pouvons nous faire de
«Paname»…
Blague à part, sauf si mon souvenir se ranime,
n’aurions-nous pas signer un accord de libre-échange
avec les pays d’Amérique Centrale, il n’y a pas si
longtemps ? Le Panama mis à l’index un temps, au sein
des listes noires des paradis fiscaux, se voit sorti
sous Sarkozy comme par miracle blanchie… Et de nouveau
ce minuscule pays, fait irruption sur la scène
internationale, sachant que dans ce coin du monde, la
concentration des refuges fiscaux ne se réduit pas à un
état croupion, mais à plusieurs si l’on prend en compte
les îles de la Caraïbe. Si toutes les listes sortaient
de ces chambres du secret fiscal, la figure du monde
politique en serait transformée à l’échelle planétaire.
Mieux l’économie mondiale s’en porterait mieux et ainsi
permettrait de lutter contre les sinistres propagés par
l’économie souterraine, au bout de la chaîne, il est
question d’humain vendu comme des produits et par pièce
détachée si besoin est. Pour la France face à sa
corruption, il n’y aurait plus de déficit des
administrations publiques et nous pourrions combler une
part de la dette mondiale et aider les pays à la dérive.
De plus si nous voulons combattre le terrorisme à bon
escient nous éviterions que les pouvoirs occultes
prennent le dessus et usent de circuits divers et
variés, dont la Russie n’est pas exempte et même la
nation la plus enkystée par ce phénomène mafieux.
Les voix qui s’élèvent depuis plusieurs années sur le
sujet, j’espère qu’elles trouveront l’occasion de se
faire entendre. Des solutions pour lutter contre
l’évasion fiscale et les mafias de cette planète sont
plus qu’à l’ordre du jour et quand on parle
d’exemplarité, il serait temps de passer à la vitesse
supérieure, parce que chaque année l’économie
souterraine grossie, à ce rythme, elle doit se situer
entre 5 et 10% de l’économie monde et si rien ne vient
déjouer cette logique, dans 20 ans l’Onu va devenir un
repaire de brigands avec passeport diplomatique en
poche. Le problème est colossal. Car si cela ne touchait
que la sphère financière, c’est l’ensemble des sociétés
humaines qui en vivent les souffrances et découvrant nos
édiles corrompues (chez nous : Le clan Le Pen et
Balkany, Michel Platini et Cahuzac). Le trafic ne se
résume pas à la seule drogue, mais ouvre une dimension
du problème, et à un mouvement de fond sordide. Le
nombre de morts au Mexique atteint des sommets ces
dernières années, reprenant les manettes du narcotrafic
colombien d’hier (des années 1980 et 1990). Ce grand
pays n’est plus que l’ombre de lui-même, la Colombie
toujours cahotante pour trouver la paix. Et si j’ai pu
me moquer du « Panama », c’est en ce qu’il peut renvoyer
à notre imaginaire, mais la situation sociale et le vécu
de la population panaméenne la plus pauvre n’est pas à
envier et l’objet de l’intérêt de peu de monde. Je vous
renvoie à ce que j’ai pu écrire sur le
sujet des Mafias dans le Monde en 2012, (La
Criminalité Transnationale Organisée ? Un danger à
venir !) ou sinon je vous conseille de suivre le
travail exemplaire de Fabrice Rizzoli sur la question
des alternatives sociales et politiques, pour des
luttes efficaces et citoyennes contre les mafias.
Fabrice Rizzoli est enseignant chercheur, militant et
lanceur d’alerte et d’idées, il dispose d’un
nouveau site d’information à consulter
absolument : Crim'HALT
!
Billet
de Lionel Mesnard, le 6 avril 2016
Autogestion
et émancipation :
Un
même
combat face à la gauche des fossiles
!
« Le
patriotisme est une religion, il est fâché avec la
lucidité. C’est de l’obscurantisme pur, un acte de foi
» George Bernard Shaw
Depuis l’enfance, j’ai perdu le goût des soldats de
plomb, rien n’est plus sinistre qu’un champ de bataille
et se prendre au jeu me laisse perplexe. La nature de la
guerre et de sa fascination auprès des jeunes garçons et
pas seulement, avec l’âge aidant, cet attribut de
virilité a quelque chose de pathétique. Je ne dis pas
qu’il ne faut pas raconter l’horreur, la monstruosité
qui se dégage depuis toujours, mais narrer l’histoire au
fil des batailles, c’est au final parler de pillages, de
viols, de villes incendiées et détruites, et toujours
aux premières loges les populations civiles massacrées
ou mises en coupe réglée.
Il faudra attendre la bataille de Solférino (sous
Napoléon le petit) pour que soit envisagé un début de
droit international des conflits territoriaux, visant à
ce qu’il soit respecté certaines règles. C’est ainsi que
naquit le Comité international, il y a un peu plus de
cent cinquante ans. Tout le chemin parcouru depuis n’a
pas vraiment mis fin aux processus guerriers et dans le
cas des crimes de guerre, c’est toujours bien après que
sont condamnées les coupables et encore s’ils sont
arrêtés, nombres de tortionnaires sont déjà morts ou
mourront tranquillement au fond de leur lit. La
prévention des risques guerriers et le déploiement d’une
diplomatie au service de la paix, hors de l’ONU, et des
pays scandinaves, cela représente un grand vide et une
forme d’impuissance consternante.
La France à son sommet est à un niveau d’hypocrisie
jamais atteint, et si notre commerce extérieur fait de
timides progrès, le pays dit des droits de l’Homme et du
Citoyen est surtout un bon exportateur de conflits et un
vendeur d’arme, par nature peu scrupuleux de la vie
humaine. Le profit et l’accumulation, les seules valeurs
observables, la famille Dassault chantre du capitalisme
national et d’état, fait figure des intérêts meurtriers
et trébuchant de notre bonne bourgeoisie locale. Dans le
même profile, l’aspiration du petit-bourgeois à devenir
grand, mais ne touchons pas aux icônes, ou ce qu’est le
produit de la classe dite moyenne ! Ils veulent du PIB,
qu’on leur donne un peu plus de brioche, pourrait
s’exclamer le monarque « François ».
Ecrire une telle évidence n’aidera pas cependant à
réfléchir, et sur un point programmatique tabou, que
faire de notre industrie d’armement ? les sommes
déversées dans ce puit sans fond de l’économie de la
mort est un pur scandale. L’utilisation des fonds
publics être revue et utiliser au service de l’économie
du vivant. S’il y a la raison d’un désaccord à soulever
avec les productivistes de toute nature, c’est entre
autres, la concentration des crédits de recherche au
profit de l’armée et de nos multinationales du crime
légal. La recherche en terme quantitatif se porte bien à
la condition d’être avant tout grâce aux apports de la
manne militaire ou pour du consommable à durée de vie
limitée, ou l’objet justement a perdu toute forme de
valeur et le sens du temps ou des cycles. Mais comment
ré-humaniser des sociétés minés par x. facteurs de
violence, telle est la question ?
Certes la défense nationale est un sujet conséquent,
mais depuis la Libye, il faudrait parler du ministère de
la guerre. Le très transparent Le Driant peut vendre
sans complexe à des régimes déjà surarmés, grattant deux
sous de cette croissance, qui nous plongera, quoi qu’on
veuille dans l’abyme et la disparition de l’humanité.
Combien de CO2 pour un théâtre de guerre ? et c’est
aussi la nature de notre diplomatie qui fige pour
beaucoup ce qui demande principalement et à moindre coût
humain de se battre pour la paix.
Tout le monde aura compris, sauf ceux ne voulant pas
comprendre, que la question des réfugiés va poser dans
les années à venir la question de flux de population
important, cette fois-ci en Europe, tant l’onde de choc
guerrier résonne dans des régions meurtries. Néanmoins
pas de quoi faire exploser ou faire fantasmer le
Lepéniste de base ou le réac de service, avec 420
millions d’habitants, l’Union plutôt vieillissante peut
absorber ces migrations forcées sans succomber au délire
de l’invasion étrangère.
De plus, les règles de droits sont précises et le droit
d’asile un vieux fondement oublié, et cette volonté de
tout confondre et faire peur n’est pas une nouveauté,
c’est toute la panoplie des nationaux populistes et
fascistes continentaux. Une sorte de plaisir à jouir des
malheurs des autres. La part humaine est niée,
subjectivé dans les égoïsmes. Notre menace interne n’est
pas sous le masque de malheureux rejoignant l’Europe au
péril de leur vie, mais de ces vieux démons de
l’idéologie fascisante qui avait poussé à la
déflagration, il y a trois ou quatre générations
seulement d’écart.
La réalité est que depuis plusieurs décennies, tant que
cela n’avait pas d’incidence sur le continent, le
problème restait lointain mais pourtant bien réel.
Afghanistan, Colombie, Congo, Rwanda, Palestine, Soudan,
… sont venus s’ajouter la corne est de l’Afrique, la
Syrie et l’Irak, et cela se chiffre en millions de
personnes réfugiées à l’intérieur ou à l’extérieur des
pays concernés. Pourtant ce déséquilibre représente en
l’état surtout des difficultés pour des pays bien moins
riches et plus accueillants par la force des choses :
Tunisie, Jordanie, Liban, …, ou, pas aussi puissants
économiquement que la France et l’Allemagne. Deux
nations qui affichent, d’une part un cynisme bien
hexagonal et d’autre part une fausse volonté de se
rendre charitable outre-Rhin, alors que le calcul est le
calcul est double.
Un faire oublier l’image calamiteuse du gouvernement de
Madame Merkel et récupérer une main-d’oeuvre instruite
et qualifiée. Sur le nombre, beaucoup resteront. Comme
il en a toujours été. Le reste, la générosité ou la
compassion du SPD ou de CSU-CDU à l’encontre des pays du
sud européen n’a pas pour autant changé. Des politiques
économiques cause d’une vague migratoire de plus d’un
million et demi de jeunes ces dernières années, soit à
peu près le double de réfugiés à accueillir en 2015. Ces
familles fuyant la guerre représentant entre 0,2
et 0,3 % de la population des pays membres et siégeant
au Parlement de Bruxelles ou à Strasbourg. « Peanuts »
dit-on en anglais, alors que l’enracinement ici des
populations les plus fragiles dans la misère est loin
d’être secondaire et notre perspective d’avenir à
l’échelle mondiale. Autogestion
et écologie politique des origines communes
Une enquête récente du Crédoc montre une meilleure
attention dans l’opinion des questions altères,
depuis le 11 janvier 2015. Les sondages les plus récents
sur l’accueil des réfugiés marque ainsi une coupure très
nette entre la gauche et la droite. Sauf à noter le
gouvernement français fait une politique de centre de
droit sur le plan économique et social, la Suède bien
moins peuplée fait plus en ce domaine que nos cyniques
et sans en faire une publicité tapageuse sur le thème du
patriotisme. Sur le terrain des conflits François
Hollande là aussi à capituler, du moins comme boute feu,
il répare tout prolongeant les conneries de son
prédécesseur, le « rêve français » est surtout une
perspective cauchemardesque vue sous cet angle. De toute
façon le rêve en politique, c’est pour les innocents,
vouloir jouer sur l’émotion et faire croire au bonheur
commun : une arnaque intellectuelle.
Tout cela n’est que spectacle, et les plus généreux, les
ONG le savent, ce sont les moins riches qui donnent le
plus, comme quoi la solidarité de classe et de coeur a
encore quelques beaux jours devant elle. Car il n’a rien
à attendre de ce jeu de marionnette et de bourgeois en
goguette qui n’ont que pour but de conserver leurs
strapontins. Car la question fut comment recycler ces
élus et leurs attachés pieds et poings liés, ce qui a
été le centre de gravité des élections régionales
passées, et au titre des divisions à fournir, comment
recaser les petits copains fut bien plus urgent,
sembla-t-il.
Je comprends, qu’il soit de plus en difficile à
certaines organisations de gauche, si ce n’est toute ou
presque, de pouvoir encore incarner un tournant social.
Défenseurs acharnés de la propriété privée depuis 1789,
de Brissot ou Pétion en passant par Danton et même
Robespierre, la Révolution française a surtout consacré
l’avènement d’une nouvelle classe dominante, toute
construite sur un mythe républicain.
Oui, seul un rapport de force peut soit inverser le
cours des choses, soit en limiter le casse. Mais
pourquoi portez des coups aux dominants, s’il s’agit de
les remplacer par de nouveaux ou leurs laquais ? Les
assemblées soit disants populaires se tenant dans les
microcosmes régionaux servent à canaliser la parole et
chaque groupe en concurrence sont surtout à l’image des
déserts militants et des appareils très scrupuleux de
leurs intérêts. La gauche a tout d’une ruine en France,
et ce constat critique ne fait pas sauter de joie.
Il est difficile de combattre le misérabilisme de
pantins désarticulés, qui plus sans structures ou
colonnes vertébrales. La pensée dominante à gauche
pourrait se réduire à un grand ensemble «rad-soc». Mais
rien de socialiste et pas vraiment radicaux, sauf dans
les fausses intentions. Ils ne prennent jamais de coups,
les vrais ceux du quotidien, c’est pour le « crétin »
syndicaliste. Celui viré au premier remaniement des
effectifs. L’élu tout protégé dans sa ouate et ses
groupies à la clef, conforté dans leur petite parano,
eux peuvent avoir le temps de rêver ou de délirer… Et
ils ne s’en privent pas.
A ce rythme, le communisme ce sera dans « 4000 ans »…
Comme le présumait, le journaliste et écrivain Jack
London, ou pour dans « 10.000 ans », pour les poètes et
Léo Ferré. S’il existe un domaine ou rien n’est laissé
au hasard, le monde politique tel qu’il se joue sous nos
yeux, rempli par avance le vide. De quoi faire
croire à d’honnêtes gens, que des notables vont pourvoir
à l’intérêt général. C’est comme croire à l’humanisme
patronal !
En quelques mots messieurs les professionnels
politiques, oubliez votre faconde sur l’intérêt public
ou sur le bonheur, ou arrêtez de parler de vous. Quand
il n’y a plus rien à dire, c’est alors que l’on ressort
la breloque des valeurs. Mais le colbertisme pour
horizon indépassable et de sa classe dominante, le sujet
n’a guère varié. Pire, les conceptions sur la
civilisation, de tous les obscurantistes y vont de leur
couplet, c’est effrayant. Le mouvement pourrait
s’inverser, à la condition, non pas de mettre à bas un
système pourri jusqu’à la moelle. Il va s’effondrer de
lui-même, ou tourner en dictature. Il faut le contourner
d’urgence par des actions citoyennes, se libérant des
carcans bureaucratiques. Si de mémoire, « je me
souviens », on l’appelait cela l’autogestion. Une
idée toute aussi récente que l’écologie politique, et
permettant à des collectifs d’intervenir sur la donne et
d’agir au quotidien. Tout l’outillage idéologique et
intellectuel est à revoir, c’est le seul moyen de
redonner des perspectives sur le long terme.
Si les citoyens disposaient de leurs propres banques de
dépôts, centrales d’achats, assurances, sources
d’énergies, productions agricoles, écoles autogérées,
etc… c’est-à-dire décidaient d’agir sur le terrain
économique sont des routes à ne pas négliger. Qu’en plus
on utilise à bon escient les progrès technologiques en
aidant à des projets multiples, nous avons de quoi
encore inverser le cours des choses et peser. Le savoir,
les connaissances sont là à notre disposition. Il est
possible de faire un grand saut qualitatif, permettant
de sortir du consumérisme, du moteur à explosion. Tout
simplement vivre, et tenir une seule promesse :
s’émanciper ! Devenir citoyen à part égal.
Le problème de ce siècle n’est pas de savoir si tout
régresse, mais de comment avancer dans cette jungle.
Quand sur des échelles limitées géographiquement se
formeront des groupes ou collectivités indépendantes des
circuits énergétiques nationaux et transnationaux, que
les produits du quotidien seront fait sur des circuits
courts, on pourra parler d’un début de révolution et du
retour du progrès et de sa modernité. Mais il est
impossible au rythme où nous allons de manger x. fois
les richesses des sols ? Qui plus est au profit de 1% de
très, très gros bourgeois omnipotents, et décidant au
sein des conseils d’administration du licenciement de
milliers de travailleurs, par pure perte pour leurs
profits ou caprices.
Nous sommes dans une période de destruction, les
premiers à l’oeuvre sont dans le cloaque des appareils
groupusculaires et non représentatifs des Français : les
partis (moins de 0,5 de la population dont les deux
tiers à droite et plus). On ne bâtit pas sur du sable ou
sur une falaise qui va s’écrouler. Le vrai poumon
démocratique se trouve dans les associations ou
entreprises collectives désintéressées et en faveur du
plus grand nombre. Dans l’économie solidaire et sociale,
il y a de quoi faire et répondre à de vrais besoins
sociaux et économiques. Et quitte à inverser le rapport
de force, il faudrait commencer par redistribuer les
cartes du pouvoir, et les citoyens exercer leur rôle de
contrôle. Plutôt que de croire que l’on peut jouer aussi
à la roulette des élections en désignant des obscures -
et en défendant des thèses ou dans les pas de l’ancien
de la SFIO JP Chevènement, l’homme qui pleura pour
l’Indochine coloniale perdue. Comme le disait De Gaulle
: « la vieillesse est un naufrage », surtout en
politique et chez les bourgeois ! Vous devez connaître
la chanson de Jacques Brel, le refrain n’a pas changé,
non plus.
Entre le monde d’hier et de demain...
Nous sommes dans un entre deux et dans une
situation qui n’a pas d’équivalent sur le plan
historique. L’accélération des moyens de communication
et d’échange, une population mondiale de plus 7
milliards de femmes et d’hommes, les progrès
scientifiques que l’on peut escompter dans les années à
venir sont plutôt des indices positifs. A contrario
l’épuisement des sols et destructions des niches
environnementales, le réchauffement climatique, les
conflits guerriers, les conditions sanitaires et
sociales de plus d’un milliard d’êtres vivants augurent
de scénarios périlleux.
La question n’est pas de faire balance et de trouver
l’équilibre, mais de revoir nos modes de vie et
consommations, de s’attaquer à des mécanismes
économiques suicidaires mettant gravement en péril notre
futur. Quoi que nous voulions la planète terre est
limitée à ce grand organisme de vie. Si nous ne lui
permettons pas de connaître des cycles normaux, les
catastrophes naturelles vont aller crescendo, et
l’adaptation humaine devenir une mission impossible.
Alors que les potentialités dont nous disposons
pourraient répondre à une plus juste répartition des
richesses et à améliorer les conditions d’existence.
C’est le contraire qui se produit. Les adaptations à
entreprendre sont non seulement possibles, plus que
souhaitables, et plus elles tarderont plus le choc, qui
n’a rien à voir avec une question de civilisation, sera
puissant.
Une révolution ? qui sait… pour accélérer le mouvement.
Mais pas dans l’idée de renverser un régime, la prise de
pouvoir politique a de grandes chances d’être une
impasse, sauf à reproduire le même modèle concurrentiel,
ou servir le plat de nouveau à nos bourgeois repus.
Agissons pour une révolution douce, murmurant un nouvel
horizon avec pour objet de dépasser les égoïsmes
nationaux, ou la question de l’émancipation devient
centrale, passant par une autonomie de cette logique
folle visant à produire de la richesse fictive ou
inadéquate aux besoins des Hommes. Oui, quelque chose
doit changer dans notre manière d’appréhender les
enjeux. Ce que font beaucoup de personnes
conscientes. Entre autres comment ne pas consommer
plus, gagner plus, produire plus, etc… mais de vivre
mieux ou autrement et au profit de tous !
Le grand monopoly boursier et bancaire ne s’appui pas
sur des critères de richesses clairs et précis. Cette
mécanique agie au seul service d’une accumulation
fictive, la monétisation de l’entreprise. Pas en ce
qu’elle produit ou crée comme richesses, mais dégage
comme rentabilité. L’humain dans cette terreur
économique sert de variante d’ajustement. L’on sait ou
nous a mené cette course au profit en 2008, il s’en
faudrait de peu pour que cela explose de nouveau. Quand
on sait par ailleurs, ce que provoque l’intervention
humaine sur certaines couches naturelles, à l’exemple
des espaces miniers. Il est difficile de faire face à
certaines croyances d’un monde sans fin, et certains
équilibres s’en trouvent en péril et en commençant par
la diversité biologique. Et pour protéger toute la
chaîne du vivant, incluant les êtres humains, il faut
transformer nos modes de vie.
Une adaptation qui sera déterminante et qui ne peut se
limiter aux objectifs timorés actuels. L’enjeu n’est pas
que la consommation de produits carbonés, mais d’une
révolution touchant à tous les aspects de la vie
quotidienne, et en fonction des besoins essentiels, ou
ce que l’on nomme les questions sanitaires et sociales.
Ce que tout être vivant a droit comme dignité et de
possibilités offertes à son épanouissement et à son
développement. Des enjeux à la fois collectifs et
individuels. : quantitatifs et qualitatifs.
La « révolution du grand soir », face à des enjeux de
survie est à la limite du désespoir. Néanmoins une
révolution des esprits, du sens critique ne ferait pas
de mal. Cela demande quelques conditions. La première
pourrait consister à rompre avec l’aspect très
artificiel des formations politiques comme réponse
collective, soit à peine 0,5% de la population ! c’est
en l’état la proportion de tous les partis confondus en
France en adhérents, quand ce ne sont pas que des
microcosmes d’élus et de collaborateurs. Des structures
vides ou vieillissantes, non représentatives et
fonctionnant en circuit fermé : des fonds de commerce.
Notre démocratie ne va pas bien, toute émergence d’un
pôle de radicalité à gauche dans les mains de ce qui
était hier déjà usé à la corde par la compétition des
nombrils va se renforcer. L’addition de personnalités,
les stratégies à deux sous pour des sièges de notables
souvent incultes, ou ne sachant rien de leur propre
mandature. Cela est effrayant, mais la réalité courante.
Fautes de courants d’idées, de cohérence, l’unité est de
façade. Les intérêts convergents ne font pas un
programme pour l’avenir. Du Front de gauche au Ps,
l’affichage non pas du dernier, mais des derniers
mohicans de la gauche, fait peine à voir.
Si j’emploie le terme radical, ce n’est pas dans l’idée
d’un affect, simplement la prise en considération d’une
situation globale ou générale, universelle. La
radicalité, pour la radicalité n’explique en rien
pourquoi, les temps sont radicaux et favorisent le repli
sur soi ici en France ou en Europe, et désespoir dans la
multiplicité des guerres. Un ensemble de contradictions,
qu’il ne faut surtout pas chercher à comprendre !… Se
remettre en cause à ce stade de décomposition n’y suffit
plus, et vivre pour un bulletin de vote a du mal à
entrer en considération comme un impératif. Plus
inquiétant, les thèses nationales populistes ou néo
fascistes et leur part d’infiltration dans des petites
organisations fait un peu froid dans le dos. Cette
exigence démocratique n’a pas de fil conducteur sans
citoyens informés et formés à une autre pratique du
politique, à son contenant notamment. Alors faute de
contenu fuyons ces logiques en circuit fermé.
La crise du politique dans une période de mutation, ou
trop d’inconnu se dresse, c’est la porte ouverte, à un
grand n’importe quoi. L’exemple le plus flagrant est la
dérive de Jean-Pierre Chevènement. Je parle de sa lune
de miel avec la droite la plus conservatrice ou proche
du commerce familial Lepéniste. Ce ne sont pas ses
grandes qualités intellectuelles qui sont à prendre en
défaut, mais ce qu’il représente aujourd’hui. Sa défense
de la République s’est transformée en une bouillie
souverainiste, et s’il n’était que le seul à mettre son
nez dans ce fumier nationaliste, la course-poursuite à
l’électorat lepéniste, ne peut que conforter les
boutiquiers du FN.
Rien ne remplacera les militants ouvriers, qui dans les
quartiers et quelques soient leurs appartenances
faisaient du lien social. Ils ont disparu depuis
longtemps. Le monde associatif a pris ce relais et la
gauche est absente, ou le plus souvent tellement dilué
dans la masse, que son existence se limite à la question
électorale. Certes il faut des élus, des assemblées,
mais pourquoi faire ?
La région Ile de France avec près de 12 millions
d’habitants est une des régions les plus fortes sur le
plan économique en Europe et aussi une région ou les
inégalités sociales d’un département à un autre sont
considérables et pas vraiment récentes. La séparation
est-ouest entre riches et pauvres n’est pas le fruit
d’un constat pondu dans la précipitation. Rien n’a
changé depuis des lustres et cet équilibre dans la
mixité sociale tant rabattu n’existe pas dans les faits.
La métropole est un machin de plus dans une construction
administrative échappant à la majorité des citoyens.
La réalité sociale au plus court :
- l’enracinement progressif dans la misère des personnes
non diplômées, et le nombre toujours grandissant des
foyers monoparentaux ;
- les jeunes diplômés eux-mêmes soumis à un dumping
social et trop souvent loin de leur formation initiale
avant d’accéder à un emploi stable ;
- les plus de quarante ou cinquante ans bien gentiment
mis au congélateur en attendant un changement de la
courbe du chômage.
Trois exemples parmi d’autres qui donnent un aperçu, de
ce que ne peuvent prendre en considération les appareils
politiques, le déclassement social. Et la coupure est
fondamentalement économique, et sur le plan social,
c’est encore plus flagrant. De plus notre système
élitaire, qui plus est scolaire n’est pas seulement en
crise, il est hors sujet. A confondre transmissions de
connaissance et recherche d’emploi, le crétinisme de la
valeur travail et du mérite est sans rapport avec le
réel.
Les gamins de nos jours en savent beaucoup plus, que les
autres générations à âge équivalent. Face à cette
précarisation généralisée, à ce qui ressemble aussi à
des préoccupations induisant une perte de repère, comme
l’appartenance à un groupe social. Dans ce qui n’est
plus qu’une affirmation individuelle, comment regagner
l’espace public perdu. La gauche représentait une
promesse d’avenir. Le vide idéologique qui s’apparente à
une absence de recours collectif fait peser une menace
sérieuse aux équilibres collectifs. Je ne crois pas qu’à
force de répéter le mot « peuple » nous puissions en
attendre en retour un entendement. Une notion
importante, mais elle est si floue et trompeuse, et au
caprice de trop d’interprétation et de projections
absurdes.
Cette vision spartiate, pour un habitant d’Athènes,
citoyen prêt à avaler la ciguë, si nécessaire pour
défendre ses idées, ne passe pas. Si l’objet ne vise pas
à revoir les classiques, à leur donner une relation plus
contemporaine, à sortir du petit doigt sur la couture,
du chef sacrificiel menant au combat ses troupes. Quand
les citoyens comprendront qu’ils ne sont pas des petits
soldats de plomb, mais en droit de tourner dos à cet
ordre des choses, le reste s’effondrera de lui-même.
Peut-être que l’abstention revendiquée ou le vote blanc
est la claque à donner, le refus des institutions doit
prendre une autre tournure, et tant que cet impératif
démocratique ne sera pas revu et corrigé par une volonté
populaire affirmée : nous nagerons de scrutin en scrutin
à savoir qui sera le prochain président de la république
bananière de France et de ses baronnies provinciales.
De la citoyenneté passive à une citoyenneté active ?
Comment faire encore référence aux élections régionales
passées de décembre, qui se rappelle du contenu des
programmes d’une gauche éclatée et surtout dans
l’incapacité de s’unir ? Donc en l’état, si ce n’est pas
encore la nuit des longs couteaux, c’est la rentrée des
opinels et la victoire assurée du couteau suisse ! Il
existe parfois des parachutages surprenants et surtout
des élus sans base sociale. Des hors sols traversant le
pays d’est en ouest pour un mandat. Apothéose de
l’apparatchik triomphant et passant entre les gouttes et
d’un mandat à un autre, comme d’autres collectent les
jetons et présence aux seins des conseils
d’administration. Si, si, cela existe dans la « gogôche
» et ce genre d’individu explique en général aux gogos
militants que tout cela est bénévole ! Rien ne remplace
le vécu…
Comme il a existé un vote censitaire avec des citoyens
passifs et actifs, c’est-à-dire pour ces derniers
pouvant être élus, s’ils disposaient de biens ou
payaient l’impôt, ils pouvaient être membre d’une
assemblée communale, départementale et nationale. Son
prolongement démocratique a donné son universalité, sur
la base d’une égalité entre tous les membres du corps
social, bien que très tardivement pour les femmes. Le
rôle d’un élu, et sans à avoir à sortir la référence aux
valeurs, son objectif est de faire loi. A voir tant de
philosophes de comptoir, le mot valeur a un double sens,
et il n’est difficile de ne pas voir des inconscients
causés. Tant le terme est ambigu et propice au sourire.
La justice sociale ne répond pas de la morale ambiante,
mais du droit en exercice.
Sans le droit ou l’organisation des lois, un élu ne sert
à rien. Il peut débiter tous les chapelets de la bonne
tenue morale de la société, c’est l’édifice légal qui
importe, et auquel, que nous le voulions ou pas, nous
sommes soumis par respect des règles collectives. Et ce
n’est pas une question de bien ou de mal, mais de
justice et de lois. Et, si nous nous trouvons ou pas en
accord avec son fonctionnement, il existe toujours la
possibilité de faire évoluer le cadre légal. Cette
condition, consistant à faire loi ou changer tel aspect
de notre organisation sociale ou économique, est le
travail des représentants ou mandataires. C’était, il y
a encore quelque temps au sein des partis que naissaient
les programmes, mais à ce niveau de représentation, et
d’impuissance, à qui s’en remettre ?
Faut-il rappeler que « nul n’est censé ignoré la loi »,
même le plus grand juriste ne peut connaître plus de
80.000 lois et décrets. C’est sur cette base et matière,
que fonctionne et s’organise la société française, plus
x. traités et accords internationaux. A ce niveau de
complexité, l’application même d’une loi simple demande
du temps et notre système actuel a plutôt tendance à
accumuler des dispositifs pas toujours efficaces. Où la
maîtrise des dépenses publiques est très relative. Ce
qui devrait être primordial, les dépenses et recettes
sont pour la plupart des données incompréhensibles pour
le commun des mortels. Le suivi de certaines dépenses du
ressort du doigt lever en l’air pour pouvoir les
estimer.
Au mieux collectivités et l’Etat aiment à faire des
camemberts. Mais si vous vous voulez comprendre la
comptabilité publique, il vous faudra saisir un jargon
fort peu alléchant : «Différentes comptabilités sont
applicables au secteur public local selon le type de
collectivités (communes, départements, régions) et
selon la nature de l'activité exercée (service
public administratif ou service public à caractère
industriel et commercial). Ces différents types de
comptabilités se déclinent par des instructions
comptables : M14 pour les communes, M52 pour les
départements, M71 pour les régions, M4 pour les
services à caractère industriel et commercial, (…)
etc. » (Gouv.fr)
L’objet n’est pas dire qu’il faille se passer de la
complexité, mais quand cela échappe quasiment à tous, et
même aux élus. Il existe comme une grosse faille dans
notre système démocratique. Ou bien dans ce cas, se pose
une limite à l’exercice citoyen, s’il se voit réduit à
une sphère de spécialiste. L’exercice du politique se
traduisant par des réformes et des lois, l’élu remis à
son seul jugement, n’est en fait que le mandataire de
son opinion. En l’état, se tenir au mandat que vous a
donné l’électeur tient surtout en l’application d’un
programme… et il n’est pas appliqué, car il n’existe
pas, nous sommes face à des gestionnaires et des
politiques de troisième zone.
Où se trouve la démagogie, est peu le nœud du problème,
si les citoyens n’ont ni contrôle de l’exercice public
et encore moins sur l’argent de la collectivité - à part
aller voter pour la tête de truc ou de machine - et se
fier à sa mine, cela ne peut suffire ! Surtout créant un
décalage, une incompréhension des rôles ou fonctions, la
participation fait office d’un bel enrobage quand
l’objet est de rendre aux citoyens le pouvoir ! Le monde
politique à ses règles et la nature des concurrences
mises en jeu ne laisse pas de place au hasard, sauf aux
gogos croyant à la loterie électorale (ou tirage aux
sorts des élus).
Il paraît que l’on murmure à la jeunesse, je vous
laisse et vous conseille cette entrevue ci-après
vivifiante et d’à propos avec Me Taubira. A noter qu’il
serait temps de renvoyer certains journalistes ou
animateurs sur les bancs de l’école. J’avoue que le
piège de savoir si la chanson « ça ira, ça ira les
aristocrates à la lanterne » a été prononcé en
1789 ou 1791 est une faute impardonnable, après un cours
magistral de philosophie politique, il fallait trouver
la faille et Monsieur Moi je sais ou presque peut
retourner à ses fictions… ses sources politiques valent
peau de lapin et digne d’une série enfantine parlant de
ces terribles rongeurs pris au piège de la crétinerie
télévisuelle.
A
bon entendeur salut !
Lionel
Mesnard, le 9 février 2016
Le
racisme en Corse :
C’est de la faute de Bourdieu !
Non ce n’est pas la fête du bon dieu, mais celle de
Pierre Bourdieu dans un article du Figaro,
Vox signé par un possible descendant de la
famille Paoli. Quitte à tirer sur quelqu’un autant
choisir et faire parler un mort. Ce qui se passe en
France est d’une gravité certaine, mais difficile
d’ouvrir les yeux sur une réalité entretenue, par les
mêmes, qui la dénonce. Au pays des paradoxes, la chasse
aux Corses est aussi ouverte, autant voir la poutre dans
les yeux des insulaires quand les bonapartistes et
néo-jacobins s’agitent à Paris. Que le racisme soit
existant en Corse n’est pas une grande nouvelle et comme
partout il est condamnable. Sauf que dans l’hexagone,
l’on est moins soucieux des attaques contres les lieux
de cultes musulmans. Et concernant ce qui a pu se passer
à Ajaccio, ce micro événement a été fortement exploité
dans une période creuse sur le plan de l’information.
Découvrir au départ de ce qui va finir en un beau bain
de haine, démarrer sur les antennes de BFM-TV, devrait
poser question sur un fait volontairement grossi de
l’actualité. Le temps manquant pour des recherches
appropriées, je me demande pourquoi tant de moyens
médiatiques déployés pour ce qui est banalisé sur le
continent ? Le racisme ordinaire continental n’étant pas
prononcé en langue Corse, il en serait presque moins
délictueux ? Quelle grande farce et de très mauvais
goût, parce que le déchaînement sur l’île de Beauté
devrait donner à réfléchir sur notre système politique
hyper centralisé. Je ne reviendrai pas sur le problème
démocratique, nous sommes en plein dedans, que des
nationalistes et régionalistes se trouvent à la tête
d’une région périphérique n’est pas un étonnement et
n’est pas choquant. C’est un état de fait et un choix
démocratique.
C’est justement l’angle astucieux pris par François
Paoli en faisant un léger parallèle avec les Antilles,
où il oublie de citer la région Martinique administrée
par des régionalistes. « En Corse, comme aux
Antilles, c'est la même idéologie du ressentiment
historique qui prédomine, une idéologie que la gauche
et notamment les Verts a contribué à développer. Les
nationalistes corses n'ont pas besoin d'avoir lu
Pierre Bourdieu, ils font du Bourdieu sans le savoir,
comme Mr Jourdain faisait de la prose. Ils sont
parvenus à convaincre la jeunesse insulaire que la
Corse est un pays opprimé par un Etat jacobin à la
fois méprisant et impuissant. » Le terme de «
ressentiment » n’est peut-être le bon mot ? Pour ce qui
est de l’idéologie, je ne sais qui est Monsieur Jourdain
dans cette affaire ? L’idéologie bourgeoise et
républicaine criant à l’unité contre la guerre à
l’islamisme est un propos sans fondement politique,
semble-t-il. De toute façon « c’est de bonne guerre »,
la contradiction est trop belle.
Donc et si l’on se penche sur l’Histoire, ou sur des
faits sociologiques. Oui, il y a de quoi s’interroger ?
Le seul avantage sur ce débat furtif sur la Corse, j’en
sais maintenant un peu plus sur qui est Pasquale Paoli
et son rôle dans l’histoire de la France
révolutionnaire. Et nous ne sommes pas si loin des
accusations portées, par Philippe Buonarroti devant la
Convention en 1793 contre Paoli fils. Comme quoi
l’histoire peut se révéler cocasse, et d’à propos, mais
de là y voir un rejet ou un ressentiment, c’est inepte.
Le problème ne se pose pas en ces termes. N’étant pas au
demeurant jacobin, c’est la partie fédéraliste,
girondine qui devrait poser question ! Paoli fils était
un girondin. Son père, Hyacinthe Paoli resta jusqu’à ses
derniers jours un nationaliste corse et le fer de lance
de la lutte contre les Génois avant que l’île soit
vendue à Louis XV et mise sous séquestre.
L’arrivée des militaires français se solda par une
guerre qui laissa sur le tapis quelques milliers de
morts dans le camp indépendantiste. Comme, nous ne somme
plus à un paradoxe près, c’est dans ce même terreau
nationaliste, que Filippo
Buonarroti puisera les éléments de sa
radicalité, et de ce qui est constitutif de l’après
Robespierre. De là à poser la question d’un rejet,
faut-il pouvoir lire clairement notre histoire sans
oublier de poser la question de nos relations quelque
peu brutale et paternaliste avec cette île souffrant
d’autonomie et ne demandant qu’à exprimer ses
particularités, qui ont seulement 10.000 ans d’âge.
Il existe bel et bien, une histoire Corse distincte de
la France jusqu’à la naissance d’un certain Buonaparte,
qui sous la révolution se révélera un jeune officier
jacobin et un « cannonneur » de première sur les foules.
Le sieur Buonaparte a bien connu la famille Poali et
Buonarroti aussi, il en est devenu le précurseur du
socialisme en France et un des tenants de la lutte
contre le dictateur et criminel de guerre Napoléon 1er.
Avant de revenir plus spécifiquement sur le personnage
de Buonarroti,
interrogeons-nous surtout sur les liens tissés et les
réalités sociales et économiques actuelles de cet ancien
département, à l’origine unique. Puis, plus tardivement
dédoublé : sud et nord. Quand on découvre que la
pauvreté y est très forte et place l’île, bonne dernière
du classement. Il y de quoi se poser la question de son
développement et non de son assistance, car oui, il n’y
a aucun doute cette terre comme les autres font parties
intégrantes de la République, mais les âmes peuvent y
échapper... D’autre part, la violence si légendaire des
Corses, peut aussi apporter ses surprises, si les
homicides y sont forts et trop nombreux, d’autres types
d’actes criminels sont moins prégnants, comme le vol.
Je n’ai pas à me positionner sur les positions de
Monsieur Talamoni. Mais je n’ai pas entendu dans ses
propos de quoi craindre une séparation rapide, ou sans
préalable. La préférence corse ou nationale, c’est pas
ma soupe et je la condamne. Seulement et à titre
d’exemples simples pourquoi un statut particulier des
fonctionnaires « expatriés » aux Antilles avec 40%
d’indemnités et une telle concentration de gendarmes et
militaires au mètre carré en Corse ? sans chercher à
savoir d’où ils viennent. Ce sont ces incohérences
étatiques, et points de chute militaires qui devraient
soulever question. Que Guy Talamoni veuille
l’indépendance et aller au-devant des instances
européennes, il s’agit d’une opinion et son combat. Cela
n’a rien de condamnable. Sinon, la région Corse n’a pas
dérogé à l’éthique, en désapprouvant les propos racistes
ou provocateurs de ces derniers jours. Que l’on ai pu
dire un discours en langue corse, ne me gêne guère, et
même cette langue latine ne m’est pas étrangère.
On est arrivé avec un fétu de paille, à poser une
dimension délirante et ce qui peut ressembler à un
racisme anti Corse, ou pour faire dans l’air du temps de
la « corsophobie ». La recherche d’un bouc émissaire
plus exactement serait plus appropriée, pour définir le
phénomène, au lieu de débattre sereinement de ce qui
fait lien entre les deux rives, l’embourbement est
total. Pauvre Boudieu, c’est sa gloire et ce qu’il
pouvait craindre, j’y ai appris qu’il existait à gauche
un inconscient collectif, je croyais simplement à une
gauche critique et capable de faire le tri de l’info
poubelle et de l’information qui a un peu de sens.
Drôles de hasards qui ces derniers temps s’entrechoquent
et rebondissent. Comment parler de Bourdieu sans le
citer et dénigrer ceux, qui ne lèvent pas la main tendue
à la première propagande venue. Votre unité de façade
est un masque et qui n’a que pour but la conservation
d’une République monarchiste avec ses serviteurs et
notables zélés à la protection de leurs petits intérêts.
Le collectif n’a plus de prise, parce que l’on a
abandonné l’idéologie pour le veau d’or de la
consommation et que le fait de penser et contredire est
devenu un gros mot.
Quelle occasion de répondre à Monsieur Paoli, écrivain,
qu’il n’a rien à craindre, que je lui souhaite de vendre
son livre à des lecteurs de gauche masochistes, je
l’aurais oublié d’ici quelque temps, mais je reste
disposé à parler de la Famille Paoli et ce qui entre
dans une Histoire longue et courte, qu’il est bon de
connaître un peu mieux. Une fois de plus une question de
transmission de l’analyse historique, qui est venu se
greffer sur un article pas si anodin de notre temps.
En dehors de cette capacité à faire parler les morts, il
est un autre débat nous renvoyant à la constitution de
la première République et de l’opposition frontale entre
Girondins et Montagnards. Quand on connaît comment s’est
construit le nouveau découpage régional pour les
élections de décembre 2015, il n’y a pas à s’étonner que
l’on projete sans cadre historique précis une carte des
régions de France, dont les coups de ciseaux sont le
résultat d’une synthèse étatiste et de groupes de
pression divers et très politique, comme le ministre de
la guerre Le Drian, en Bretagne. Le fédéralisme peut
sembler lointain, mais pourrait être une nouveauté dans
un pays parlant d’identité, mais ne sachant pas à
laquelle s’accrocher. En tant que parisien, je suis
conscient de cette machine administrative qui se
perpétue depuis Colbert est une machine infernale. Et un
peu de ménage dans les rouages du centralisme ne ferait
pas de mal et sans remettre en cause l’indivisibilité de
la République, seulement il faut sortir du cadre rigide
et reconnaître, non pas des erreurs ou des crimes, mais
savoir d’où nous venons.
Le jour ou l’on pourra rassembler le camp républicain,
ce sera probablement un nouveau Bonaparte qui en
sortira. C’est du moins le scénario le plus noir se
présentant à nous, car toute évolution républicaine à
indistinctement finie en césarisme, et depuis 1958, nous
vivons avec des institutions de cet ordre. Que fait
encore Madame Taubira place Vendôme ? triste symbole de
l’écrasement des forces populaires avec sa colonne et
pour le faste des possédants qui y résident, va-t-elle
aussi tomber dans les sirènes néo-jacobines ? qu’elle
sait lire tout aussi bien que d’autres citoyens. Où est
la gauche ? est bien la question.
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