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"L'absurdité est surtout le divorce de l'homme et du monde"       Albert Camus

   Sommaire de la page,   

La Criminalité Transnationale Organisée ? 
Un danger à venir
         
    Introduction et état des lieux du crime organisé transnational

1 - Italie, aux origines des mafias
2 - L’économie des mafias et nocivité des activités criminelles mafieuses 

3 - La lutte contre le crime organisé en question
4 - L’exemple de la cocaïne et  l’économie globale de la drogue
& - Bibliographie et sources diverses

 Texte de Lionel Mesnard, février 2012

La Criminalité Transnationale Organisée ?
Un danger à venir ?

Introduction sur le crime organisé transnational                   

 
Le problème est de prendre en considération un sujet que l’on ne cherche pas trop à regarder de face. En quoi la criminalité organisée transnationale nous concerne et pourquoi elle touche le cœur même de l’économie de notre monde ? C’est un vaste sujet, qui fait appel à un langage ou les spécialistes utilisent un vocabulaire très variant ou dépendant de leur propre spécialité. Nous tenterons d'éviter l’écueil pour en restituer au mieux l’ampleur.

Comment donner forme à un problème dont tout à chacun peut constater l’importance, mais dont on ne mesure pas toujours l’amplitude. L’on peut constater sans trop de difficulté, qu’une marchandise passe plus facilement une frontière qu’un homme ou une femme. Et l’on doit de fait s’interroger sur le poids des trafics illicites ou ce que l’on appelle plus communément la contrebande. Mais nous sommes très loin des premiers contrebandiers qui se chargeaient du trafic du tabac au pays Basque, entre la France et l’Espagne.

Nous sommes face à un phénomène concernant à peu près tout ce qui peut se consommer comme bien marchand ici-bas. « (…) Pratiquement tout ce qui a une valeur commerciale est en vente sur le marché mondial
(Moisés Naïm, le livre noir de l’économie mondiale). Le temps du petit négoce transfrontalier est lointain, et si l’on doit poser les contours du crime organisé à l’échelle internationale, il ne s’est jamais aussi bien porté et continue à progresser à un rythme soutenu. Jusqu’à présent quelques rares plumes ont cherché à y répondre ou à alerter les opinions publiques, sans grand succès, tant le sujet semble ardu ou lointain.

Différents organismes internationaux ont tenté de mettre en oeuvre des politiques appropriées ou coordonnées entre états, au final c’est un fiasco plutôt général. Ce qui est pris aux trafics en tout genre est une part infime de la masse vendue. Le crime organisé transnational est d’une très grande adaptabilité, et dans le système capitaliste actuel, il baigne comme un poisson dans son eau. Sa montée en puissance depuis 1989 est notable, quand il était à l’époque perçu comme un phénomène marginal ou localisé. Les différentes économies du trafic pèsent sur l’économie mondiale. Dès 1999 on s’interrogeait sur la part de l’argent sale dans l’effondrement des bourses japonaises.

La crise de 2008 viendra confirmer la puissance de l’économie parallèle, notamment sa puissance en liquidité et au secours d’une crise systémique. Le capitalisme dans sa forme néolibérale ne peut que favoriser l’expansion des économies souterraines. Dans un système où l’on peut faire passer des millions de dollars ou d’euros d’un point à un autre de la planète d’un clic de souris, il est devenu dans ce cas assez enfantin d’investir dans l’économie réelle ou financière grâce aux gains ou profits accumulés et peu importe la nature du trafic.

Un point important de notre phénomène, c’est qu’une partie de l’argent sale refait surface dans les économies nationales, notamment dans les pays du Nord. Pour exemple, la contrebande des drogues rapporte plus aux économies étasuniennes et européennes, qu’elle ne rapporte d’argent aux pays producteurs du Sud. L’on estime au Maroc, que la culture du haschish représente environ dix pour cent des recettes (200 à 300 millions d’euros par an), soit la part gagnée par les cultivateurs du Rif (un million de Marocains vivraient des revenus de la drogue, et cet état serait le premier producteur de drogue du continent africain). Quand la vente de ce même produit une fois acheminé de l’autre côté de la Méditerranée, lui rapportera 2 à 3 milliards d’euros, soit dix fois plus.

(...) À moins d’une réduction considérable des interdits, c’est-à-dire de la légalisation de l’usage, de la production et de la distribution des drogues et de la prostitution, l’économie criminelle représentera plus de 15% du PIB mondial, soit presque autant que le PIB de l’Union européenne. La mafia prendra le pouvoir dans de nombreux pays. Elle disposera de moyens militaires considérables. Elle sera heureusement divisée en un certain nombre de forces qui se livreront une guerre sans merci pour le contrôle des marchés, en même temps qu’elles voleront, attaqueront, enlèveront les gens honnêtes. (…) (Une brève histoire de l'avenir, Jacques Attali)

A première et courte vue, l’on pourrait se réjouir de cette manne, mais tel n’est pas vraiment le cas, car pays de productions et pays de consommations y sont perdants. Tout simplement car on n’oublie de prendre en compte le coût social et économique. Et cette manne financière échappe aux taxes et à l’impôt, et qu’en plus ce flux de liquidité alimente avant tout le marché parallèle en le confortant dans son expansion.

Donc que ce soit le Sud, qui n’y gagne pas grand-chose et le Nord qui croit en toute incrédulité combattre les trafics, en fait ceci ne fait que conforter les organisations criminelles. Nous touchons la racine même d’un système, le capitalisme. Tout comme la logique criminelle, le capitalisme s’appuie sur la domination, la concurrence, la compétition, et son but est d’en tirer des profits. Il n’y a rien de très étonnant de voir sur ce fumier fleurir des mafias sans frontières, et que l’on ne distingue plus vraiment au sein des classes possédantes de telle ou telle nation.

« Il ne s’agit plus seulement d’activités criminelles, mais d’une forme nouvelle de la politique au XXI° siècle. Et de nouvelles réalités économiques qui ont mis sur le devant de la scène d’autres acteurs dont les valeurs peuvent aller contre vos idées et les miennes, et dont les intentions nous menacent tous. »
(Moisés Naïm)



Jusqu’où l’économie monde va-t-elle favorisée
la croissance des organisations sans frontières du crime ?

Les sujets de sécurité sont au centre de la vie politique depuis que les Etats-Unis sont en guerre contre le terrorisme. La question n’est pas d’en minimiser les enjeux mais d’avoir une vision moins étroite du sujet. Que vous soyez l’agent d’une puissance ennemie ou criminelle à un moment ou un autre vous aurez usage ou accès à ce que l’on nomme de l’argent sale. Si l’objectif est criminel, l’argent est au centre de l’entreprise (légale ou pas), et il suit des circuits de préférence échappant au contrôle des états. Il en va de comment fonctionne notre système économique global, et, comment il est possible à des groupes illégaux de maintenir leurs activités criminelles ?

Ce qui peut surprendre, c’est avec quelle facilité il est possible de faire des transactions financières. Les réseaux terroristes et mafieux semblent disposer d’une avance certaine sur les polices du monde. Et ces derniers s’attaquer à un monstre dont les bras et la tête repoussent inévitablement. Mais il est bien plus intéressant électoralement parlant d’évoquer la chasse aux terroristes. Il est beaucoup plus difficile d’admettre une certaine impuissance face à une cause majeure de l’insécurité : les groupements illégaux et criminels transfrontaliers.

Combattre tel groupe religieux ou politique se revendiquant en tant que tel et ayant des actions meurtrières est plus aisé, que de faire tomber des réalités mafieuses, mais il y a un point commun entre les deux, il est indispensable de disposer de liquidité. Il faut avoir des comptes et des sommes transitant d’un pays, d’un continent à un autre. Ce dont dispose les différentes mafias du monde en exercice et qu’elles utilisent au quotidien. A se demander, si à ce rythme, si, les groupements mafieux ne vont pas devenir membres associés aux sommets du G8 ou du G20…? Tant leurs poids et leurs influences économiques vont en grandissant.

Il suffit d’observer l’objet sur les 20 dernières années comment l’ensemble des trafics ont trouvé une croissance exponentielle de la part la planète. Ce qui serait surtout à étudier  ce sont les flux financiers et de pouvoir différencier une transaction légale et illégale (pour les contrôler ou s’en faire une idée équilibrée…). Mais  bon, ne rêvons pas, la complexité des réseaux par laquelle circule l’argent est tellement éclatée, qu’il en reviendrait à soupçonner monsieur tout le monde se présentant à un guichet.

"Les revenus de la fraude se fondent avec la plus grande facilité dans le vaste flux quotidien des mouvements interbancaires et des transferts monétaires de la Western Union." (Moisés Naïm). Des entreprises, comme Western Union, spécialisée dans le transfert de fonds sont aux premières loges. Dans ce genre de commerce, on ne peut distinguer réellement l’argent fruit du labeur d’un migrant adressant ses économies à sa famille, des sommes gagnées  par un revendeur ou pourvoyeur de drogues d’un quartier périphérique. Ce type d’entreprise, tout comme les paradis fiscaux donnent ainsi un terreau plus que favorable à la circulation de l’argent du crime. Et ceci n’est que l’aspect illicite visible, du moins perceptible ou envisageable. Quand tout ce flot d’argent rejoint les circuits classiques de l’enrichissement capitalistique, il devient encore plus compliqué de le combattre. C’est l’ensemble de la machine économique qui dans ce cas va mal, et des politiques audacieuses en ce domaine tardent à venir.

Chaque jour des milliards transitent aux aléas d’une crise majeure, l’on pouvait espérer une mise en cause des agents perturbateurs, entre autres, la spéculation sur les monnaies ou les ressources naturelles, ceci continuant de belle, comme si l’effondrement du système bancaire en 2008 n’avait jamais eu lieu. Nous avons eu beaucoup de déclaration sur la nécessité de réguler un système, le capitalisme à sa sauce néo-libérale. Un machin qui ne soucie guère de la répartition des richesses et ne veut pas prendre en considération les aspects très sombres de l’économie mondiale.

Il est clair que nous avons quelques retards sur le sujet, tant il est noyé dans un discours sécuritaire, qui ne permet pas de discerner les impacts réels. On en oublierait les vraies victimes, par exemple les 10.000 morts au Mexique en neuf mois pour l’année 2011 en raison de l’activité des cartels de la drogue latino-américains. Ceci n’est qu’un exemple quand on sait l’importance de l’esclavage moderne (trafics d’organes, prostitutions, production de biens, servages domestiques) ayant prise sur des millions de femmes et d’enfants notamment. Et la liste des crimes touche au plus insupportable de la condition humaine et menace des pays entiers.

Le sujet de la criminalité organisée transnationale va prendre inévitablement une place importante, elle doit pouvoir permettre de réactiver les débats en matière de protection des états et des individus. Aucun continent n’est épargné et il est temps de faire tomber un tabou. Parce que les états n’aiment pas vraiment que l’on fourre le nez dans leurs affaires internes et qu’au nom de la raison d’Etat et dans les mains de services secrets, il est très facile de faire abstraction du droit, quand il s’agit de mettre en place des mécanismes corrupteurs, avec pour but de gagner une faveur ou un avantage.

« Pablo Escobar Gaviria, le célèbre baron de la drogue, avait en son heure de gloire offert de prendre à sa charge la dette nationale de la Colombie – mais ils ont évolué vers une organisation sophistiquée de sociétés écrans et de structures financières opaques couvrant plusieurs pays, en effaçant si bien les traces qu’ils peuvent opérer librement ». (Moisés Naïm).





1 - Italie, aux origines de la mafia                                   


Pour Rosario Crocetta (maire progressiste de Sicile), la mafia génère 600 milliards d'euros de "chiffre d'affaires" en Europe, dont 100 en Italie.


Un terme comme celui de « mafia » pourrait se voir limité à l’activité propre et l’histoire des mafias italiennes, mais nous l’utilisons tout au long du texte dans une acceptation plus générale, car si les mafias sont à l’origine des entités régionales ou nationales, elles sont aujourd’hui transnationales et agissant au-delà des frontières.

Pour aborder la question de la criminalité organisée transnationale, le premier pays qui vient à l’esprit est l’Italie. On pourrait imaginer un scénario pour un film policier et finalement arrivé à dépeindre un mode quelque peu mythifié avec des gangsters à l’ancienne. Ce n’est plus vraiment le cas de nos jours. Pourtant ce pays est toujours en proie, à ce qui ressemble fort à un mal persistant. D’un point de vue sociologique, les mafias italiennes sont nées en son sud, en des terres agricoles arides ou les populations pauvres étaient nombreuses, et qui pour beaucoup ont pris les voies de l’immigration.

Pourquoi encore et toujours l’Italie de nos jours quand il s’agit de parler d’activités criminelles ? Tout simplement parce que les Italiens supportent toujours les conséquences, et que les ramifications sont depuis de longues décennies internationales. La mafia calabraise est considérée comme la plus puissante économiquement dans le monde. Et nous sommes face à organisation criminelle plus forte que jamais et en expansion. Surtout quand on connaît les échecs répétitifs des politiques visant à lutter contre le commerce souterrain ou illégal en Italie comme ailleurs.

Quand est estimée à environ 170 milliards de dollars, la puissance financière de la mafia calabraise, il y a de quoi se demander ce que pèse l’ensemble des mafias du monde à ce jour ? L’Italie  connaît  à elle seule 4 branches mafieuses : la Cosa nostra en Sicile, la Ndrangheta en Calabre, la Camora en Campanie et la Sacra corona unita en région des Pouilles. En Italie, les mafias ont une histoire plus que centenaire, et de nos jours environ 7% du PIB italien est affecté par des activités criminelles ou corruptives

Cartes des mafias en activité en Italie du Sud :

 


Il faut en plus prendre en compte le coût social et économique pouvant agir négativement sur la répartition de la richesse nationale entre les habitants d’un même pays. Néanmoins l’Italie n’est pas la nation la plus menacée des activités du crime organisé. Elle semble une étape nécessaire, ou un maillon d’explications. En ce domaine, et à l’égard des groupes criminels certains états sont d’une très grande passivité, voire on ne distingue plus au sein des élites, qui est qui, quand les alliances matrimoniales facilitent l’accès aux pouvoirs de ce qui fut hier des « nouveaux riches ».

D’abord, il ne faut pas sous-estimer le poids des mafias et en comprendre certaines évolutions ? Tout a commencé en général dans une région plutôt pauvre et paysanne, autour de clans et un fonctionnement spécifique : l’imposition de silence face aux agissements criminels et une soumission à la verticalité des pouvoirs. Dans le cas italien, il s’agit aussi de l’histoire d’une immigration relativement nombreuse sur le continent américain et pas seulement dans sa partie nord. Ce qui ne veut pas dire que l’immigration italienne est synonyme de mafia, mais que cela n’a pu qu’encourager son internationalisation.

Si l’on s’en tient à une information récente, la mafia calabraise aurait trouvé en Colombie une terre de « prospérité » et aurait la main sur 15 pour cent du trafic de la cocaïne locale. Il est difficile de ne pas tenir compte du rôle historique des mafias italiennes, notamment outre-atlantique. Mais la question est bien plus large et l’on ne devine pas tous les contours de cette influence pouvant avoir telle ou telle organisation du crime ici ou là ?  C’est-à-dire comment elles s’infiltrent et nuisent à différentes économies locales et régionales ?

Il en va aussi de se questionner sur le rang ou la place qu’elles tiennent dans certaines nations, si ce n’est à les confondre avec les élites locales et les pouvoirs politiques ? En sachant dès à présent ce que nous apporte comme dégât concret la prolifération des trafics de tous ordres. Qu’en sera-t-il dans vingt ans ou trente ans, si aucune politique à l’échelle planétaire ne vient y mettre un barrage conséquent ? Nous avons tous les outils économiques pour assoiffer la bête, mais les réponses semblent tardées dans la confusion économique mondiale actuelle.

L’objet n’est pas de présenter ou de démontrer une vaste hypocrisie, mais de comprendre les ressorts économiques et les conséquences au sein de nos sociétés. Croire qu’une économie parallèle ou illégale ne pèse en rien sur l’économie globale consisterait à nier le problème, à s’en décharger. Si l’on fait la liste des répercussions sociales et le coût occasionné à la collectivité humaine on comprend mieux la raison de s’en saisir.

Ce que l’on peut souligner c’est la très forte adaptabilité des « pieuvres » à l’économie monde, et en particulier à ce qui peut s’apparenter à une aubaine les « paradis fiscaux ». Tant que le capitalisme dans sa forme actuelle ne se réformera pas dans ses pratiques, il restera comme l’un des pourvoyeurs de ce que l’on puit faire de plus criminogène. On ne mesure pas ici les conséquences dans le pays producteur des activités illicites (conflits militaires, rackets, enlèvements, meurtres de civils). Et il y a de quoi avoir le tournis sur les conséquences sociales et humaines.

Le monde des économies souterraines est un sujet à traiter avec distance et si possible en saisissant les mécanismes économiques en jeu, à seul fin de connaître le véritable rôle et poids des groupements mafieux à l’échelle mondiale. Le sujet peut rebuter car il est relativement vaste et met en cause une part de notre avenir. Et c’est justement sur cette question clef, quel est l’avenir des mafias, et l’on peut se demander ce qu’il en est déjà aujourd’hui ?



2 - L’économie des mafias et nocivité des activités       


L’argent des commerces illégaux à l’échelle mondiale est quelque chose de conséquent générant chaque année environ 2% du PIB mondial (soit environ 500 milliards de dollars en 1996 de recettes pour le FMI). Avec le trafic d’armes et le trafic des drogues, ce sont probablement les deux marchés illicites les plus importants, et à eux deux ils représenteraient 2/3 des négoces illégaux (évalués à 1500 milliards de dollars par an par le FMI en 2001). En réalité ces chiffres sont à prendre avec précaution. Il est difficile de pouvoir établir une donnée précise sur un commerce non déclaré, et de fait des marchés souterrains. De plus, le PIB mondial a tendance à progresser, et il importerait de savoir si les trafics profitent de la même croissance (estimée à 5% en 2010) que les économies légales?

Par ailleurs que deviennent les recettes, si ce n’est à savoir qu’elles sont recyclées dans l’économie marchande classique. Dans ce cas, il devient compliqué de savoir exactement la masse monétaire réinvestie dans l’économie légale. Ces mêmes sommes ayant dus engranger de nouveaux bénéfices ou recettes renforçant comme une évidence le poids des mafias au sein de l’économie monde. Au fil des années, on peut se demander, si le poids économique des activités criminelles va continuer de croître ? Les projections de Jacques Attali en ce domaine à hauteur de 2030 devraient faire appel à des politiques un peu plus soucieuses des menaces, et sur les conséquences que pourraient avoir le contrôle de 15% du PIB mondial ?  Sachant qu’actuellement les économies souterraines pèsent déjà entre 2 à 6% de ce même PIB (50.000 à 60.000 milliards de dollars par an).  

Il faut souligner que les maffias ont une particularité, elles ne sont pas spécialisées dans un domaine précis des trafics, si elles sont souvent pourvoyeuses de drogues, elles ont plusieurs flèches à leurs arcs et elles touchent presque tous les domaines du commerce illégal ou criminel. Souvent un trafic est complémentaire de l’autre, et les têtes de pont contrôlent plusieurs activités interdites à la fois : contrebandes, armes, proxénétisme, jeux d’argents, vols, rackets, enlèvements, contrefaçons, traites humaines, …

L’exemple colombien à ce titre est ce que nous pourrions supposer de l’avenir. En ce domaine, cela fait au moins quarante ans que le trafic de drogue (et pas seulement) a permis aux cartels en présence de se développer et de gagner des sommes colossales, mais le processus n’a pas été uniquement économique, il a aussi été social et politique. S’il existe une sociologie des mafias, c’est de voir les chefs ou parrains se fondrent dans la société civile et généralement riche, tout en influant sur les conduites des politiques locales ou nationales. Le bien connu Pablo Escobar en fut une illustration, depuis les parrains ou barons sont devenus moins visibles, mais toujours bien présents et possiblement plus puissants que ne le fut Escobar en son temps.

Ce qui pourrait être un sujet pour criminologue est en fait un sujet économique et social de première importance. La criminalité transnationale organisée (CTO) depuis le début des années 1990 ne fait que progresser, différents organismes internationaux ont tenté de le définir sans résultats véritablement probants. Il est très difficile de s’y retrouver et de cerner les enjeux économiques et sociaux. C’est un peu partir à la chasse aux données : 1000 milliards de dollars selon l’Institut de la Banque Mondiale en 1996, aujourd’hui 30% du PIB russe serait affecté.

Les maux de la Criminalité Transnationale Organisée sont nombreux. Ils recoupent divers domaines comme: la cyber-criminalité ; la contrefaçon est estimée à 100 milliards de dollars (source OMPI) ; les enlèvements et le racket (extorsion de fonds ou d’influence) ; les trafics des drogues (productions agricoles et chimiques) ; le trafic d’arme ; et les traites humaines (prostitution, esclavage, transports clandestins, vols d’organes humains).

Un des exemples les plus significatifs est la réalité colombienne, les mafias locales sont devenus des cartels dans les années 1960-1970. Les familles des cartels ont su se fondre dans le paysage. Au sein même du pouvoir d’état, il a été mis  à jour des liens entre des élus, des groupes paramilitaires et narcotrafiquants (le scandale de la « para-politique » années 2008 et 2009). Certaines chroniques mondaines pouvant mettre en scène telle famille « mafieuse » d’origine italienne et un ancien président de la République, n’a rien d’étonnant, et cette information peut même passer pour un fait mineur. 

Les liens actifs entre la politique et le narcotrafic sont une des tristes réalités des élites ou oligarchies colombiennes. Ces éléments font appel à deux questions : quels visages ont aujourd’hui les organisations du crime ? Quels liens entretiennent les différentes mafias entre elles et les pouvoirs politiques ?  Comment discerner le vrai, et en la matière, si le sujet à tout d’un excellent polar, l’objet est de se limiter aux problèmes politiques posés pour lutter contre les mécanismes de la corruption.

Les inégalités face à la corruption selon les nations ou les continents sont importantes, en Afrique, en Asie, selon un axe nord-sud sur le continent américain et notamment le Sud et l’Est européen sont particulièrement touchés (Seules l’Australie et la Nouvelle Zélande au Sud faisant œuvre d’exceptions).


Carte des indices de perception de la corruption
par pays et sa répartition géographique sur la planète :





La nocivité des activités criminelles mafieuses

La liste et la nature des crimes sont non seulement condamnables et à combattre, mais cet ensemble relève d’une prise de conscience des populations et des états concernés, et d’un meilleur contrôle à l’échelle internationale des flux financiers du crime organisé. Quand la corruption devient un rouage de la société, comment s’étonner qu’au quotidien, des états se confondent avec leurs propres maux.

Sous couvert de compétition économique, les états à faibles pouvoirs politiques et de justice engendrent du désordre, et cela ne peut qu’être une terre fertile pour les marchés noirs (drogues, armes, traites humaines, …). De plus si l’état fait face à des situations de guerre, comme en Colombie ou bien en Birmanie vient se greffer les activités du paramilitarisme, en connexion et dans les deux cas au trafic de stupéfiant comme moteur ou poumon de la guerre.

Il est difficile d’estimer ce que peut bien représenter économiquement et socialement l’organisation globale des trafics par les groupes criminels en activité dans le monde. En substance, quel est le rôle et l’influence des activités illicites ou souterraines sur un pays, et qui plus est, de savoir quels sont les pays concernés ou sous la coupe de groupements mafieux ? Pourquoi ce questionnement sachant qu’une partie des clefs de compréhension est sinueuse et pas véritablement linéaire ?

Quelle pertinence à soulever un problème dont l’envergure dépasse de loin la fiction et représente déjà une calamité à l’échelle mondiale. Car non seulement  la ou les « pieuvres » sont en actions, l’on peut présumer qu’elles ont une influence certaine sur des états faibles. Il ne s’agit pas d’incriminer toutes les nations du monde, mais de s’interroger sur comment ces cinquante dernières années nous sommes passés d’entreprises criminelles locales  à quelque chose de planétaire et dès plus préoccupant.

Ensuite quels mots utilisés, car nous disposons d’un vocabulaire riche, mais qui ne recoupe pas obligatoirement l’objet de notre recherche. Par exemple, la terminologie « d’état délinquants » signifie surtout des états ayant des activités terroristes, pour autant elle n’inclue pas les activités souterraines dans leur ensemble, et semble se limiter au trafic des armes. Nous verrons qu’il en est autrement, car il ne s’agit plus vraiment de groupements criminels spécialisés mais plutôt  élargies à tous les domaines du trafic.

Qu’entend-on par un état faible ou failli ? Un état dont la Puissance publique n’est pas en mesure de faire appliquer ses lois. Ou la justice est défaillante et la corruption atteint un niveau alarmant. La Somalie pourrait servir d’exemple, mais dans le cas somalien, il s’agit plus d’un état sans état, et à noter que les activités illicites favorisent surtout des pouvoirs claniques et des guerres internes. Nous sommes encore loin véritablement d’entreprises internationales du trafic, du moins la puissance financière n’est pas comparable. Pour autant la Somalie est-il un cas marginal ? Oui en raison de son poids économique somme toute mineur, non  parce qu’un état dans l’incapacité de faire appliquer l’état de droit est la porte ouverte à toutes sortes d’activités criminelles. Et l’on peut souligner la défaillance de nations non négligeables sur la scène internationale.

L’on peut parler d’étapes et d’évolution des circuits mafieux, si l’on part du clan, de la famille, cela passe par une accumulation des richesses et en général une volonté de se fondre dans l’univers bourgeois local. L’on voit bien dans le film « le Parrain » comment le clan sicilien aux Etats-Unis à un moment se transforme, comment un gangster, le père donne le relaie à un fils chef d’entreprise, ou quand le monde des affaires devient un échelon de respectabilité. Ou, surtout, comment ou pourquoi on ne distingue plus les activités légales et criminelles ?


3 - La lutte contre le crime organisé en question     


« Antonio Maria Costa, directeur de l'ONUDC, a déclaré le mois dernier que le plus gros des 352 milliards de dollars issus du trafic de drogue a été sciemment blanchi par les institutions financières. Courant 2008, il a ainsi reçu la preuve que les profits de la criminalité organisée ont été "la seule source de liquidités" pour certaines banques au bord de la faillite. S'exprimant depuis son bureau de Vienne en Autriche, Costa a déclaré que cette preuve, lui a été fourni par des agences de renseignement et des procureurs, 18 mois plus tôt. "Dans de nombreux cas, l'argent de la drogue a été la seule source de liquidités disponibles. Dans la seconde moitié de 2008, le manque de liquidités a été le principal problème du système bancaire" a-t-il déclaré. "Les prêts interbancaires ont été financés par l'argent du trafic de drogue et d'autres activités illégales... Il y a des signes qui indiquent que certaines banques ont été sauvées de cette façon". Costa a néanmoins refusé de nommer les pays ou les banques impliquées, affirmant que son activité se limite à répertorier les problèmes, pas de distribuer les blâmes. La preuve avancée par Costa proviendrait d'informations issues de banques et d'officiels britanniques, suisses, italiens et américains. » (The Observer)

Comment pouvons-nous aborder un problème relativement global, c’est-à-dire les activités du crime organisé à travers le monde ? Les organisations criminelles sont nombreuses et recoupent de larges activités, mais d’un pays à l’autre les réalités sont différentes et font appel le plus souvent à une histoire spécifique. Il n’existe pas une mafia, mais des mafias et même au sein d’un seul pays, elles sont plus ou moins actives et puissantes selon les pays. Il est à souligner que plus un état est faible, plus il favorise l’émergence d’activités illégales, en regard du droit international et des législations nationales.

Les Nations Unies, Interpol ont un rôle important, du moins de fédérer ou favoriser certaines politiques. Mais dans le cas d’une nation sous influence criminelle, il devient difficile de distinguer entre les classes dirigeantes et les « élites » mafieuses. Nous avons à nous inquiéter  de ces faiblesses étatiques, ou certains états sont plus perméables que d’autres. Elles ouvrent la voie à un mélange des genres et surtout à des puissances financières occultes et néfastes dans une économie ouverte et de moins en moins contrôlable.

Nous n’en sommes plus à l’image d’Epinal, du borsalino et au costume noirâtre ou grisâtre du gangster, mais de bien comprendre que nous avons à faire face à des transnationales ou multinationales du crime. Et cela n’a rien de surprenant, hier ce qui était des affaires familiales ou claniques sont aujourd’hui le fait de très gros « entrepreneurs », des « cols blancs » au demeurant très respectables….  En 2008, l’ONU dénonçait le soutien de l’argent du crime organisé, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), des dizaines de milliards de dollars provenant du trafic de drogue ont permis au système financier mondial de se maintenir à flots au plus fort de la crise.

Ce qui est propre au système capitaliste, c’est qu’il provoque aussi d’inévitables regroupements ou alliances, certaines organisations du crime sont probablement à la tête de fortunes colossales, et l’on peut envisager de nombreuses connivences entre les multinationales du crime. 

De plus, les paradis fiscaux dans cette architecture sont des espaces ne pouvant que favoriser le blanchiment de l’argent. Il semble que nous soyons face à un serpent de mer, qui plus est, quand il s’agit de suivre la trace de transactions qui se font en quelques clics d’un ordinateur. On peut comprendre le casse-tête, ce que peut vouloir dire de combattre le crime organisé, quand on ne dispose pas toujours des outils nécessaires pour lutter efficacement contre.

« Le crime organisé est une structure assez stable de plusieurs personnes respectant les ordres d'un chef ou d'un comité de direction pour faire des profits illicites par des méthodes et des domaines prohibés. Ils sont des ennemis de l'État qui le plus souvent dispose d'une législation inversant le fardeau de la preuve. » (source : wikipedia)




La criminalité transnationale organisée un fléau planétaire

La criminalité transnationale est un fléau dont nul n’est vraiment en mesure de mesurer l’impacte économique et sociale. S’il existe des données, des chiffres, on ne peut pas dire que cela soulève vraiment l’attention et surtout trouvé des applications légales pouvant combattre ce qui sera un des maux de ce siècle. Le sujet est complexe et ne peut s’analyser qu’à partir d’un état des lieux. Depuis l’effondrement du bloc soviétique à partir de 1989, le constat est des plus alarmants. La fin de la division Est/Ouest et surtout la domination d’un seul modèle économique à l’échelle planétaire n’a fait que participer à l’expansion des activités criminelles organisées (mafias, cartels, triades, …).

Nous sommes confrontés à un langage spécifique qui est celui de la lutte contre toute forme de commerce illégal ou parallèle. Si l’on peut considérer que le vol, le racket, le contournement des lois, comme inhérentes aux sociétés humaines. Il existera toujours une minorité avide, peu scrupuleuse des vies humaines et très alléchées par des plus values juteuses. Le monde criminel est très présent que ce soit sur la toile ou sur les marchés, et, aujourd’hui les frontières, les perméabilités marchandes favorisent la circulation de l’argent sale par des circuits tout à fait légaux.

Comment ne pas s’interroger sur cette puissante financière et ce qui pourrait ressembler à des multinationales du crime, car dans le domaine économique les mafieux d’hier aux borsalinos saillants se sont transformés en redoutables chefs d’entreprises. Du clan a survécu l’organisation pyramidale et le goût du secret, mais on en oublierait la masse employée, les petites mains qui posent une dimension sociale propre. Les multinationales du crime ne sont pas un effet de manchettes, et il serait temps d’en poser tous les contours.

Des sommes considérables sont consacrées chaque année à la lutte contre la drogue, aux contrefaçons, à la circulation des armes, aux traites humaines, et même si en 20 ans, les prises ont doublé en matière de stupéfiant, comment oublier que « la guerre à la drogue » est un échec total. Avec des conséquences innombrables sur le sort des populations qui sont confrontés à des états faibles ou corrompus, qui plus est connaissant un conflit guerrier interne (Le Triangle d’or en Asie, la Colombie, l’Afghanistan, …). En ce domaine, aucun continent n’est à l’abri, comment présumé d’un état, voire plusieurs depuis la guerre en Ex. Yougoslavie et le délitement des états post-communistes, l’on voit fleurir, dans le Sud-est européen un état comme la Transnistrie posant, semble-t-il plus que problème. Sans parler, de ce que tout à chacun peut connaître des paradis fiscaux.




Avec un constat des plus préoccupants, la question repose aussi en l’organisation de nos modes économiques Internationaux ou globaux. Il faut bien comprendre que le système néo-libéral en est aussi le moteur et qu’en l’état, la refonte du capitalisme est loin d’être mis en oeuvre. La bête peut continuer à se nourrir, et comme par hasard, c’est une donne concernant pour beaucoup des pays du sud touchés par des mouvements migratoires (Les régions andines, l’Amérique centrale, et l’Ouest africain).

Plus un pays est pauvre, instable, l’état de droit peu appliqué, plus il ouvre la porte à toutes les instabilités et trafics possibles. Quand la loi n’y suffit plus, quand les luttes limitées aux frontières ressemblent à un gruyère, les lois internes sont bien frêles face à des organisations expertes et puissantes. Elles sont qui plus est en situation de pouvoir diriger les conduites d’un état faible. En l’état, notre fonctionnement monde marche sur la tête...


                                                                                             
4 - L’exemple de la cocaïne                          
et l’économie globale de la drogue         


Selon les Nations Unies, le trafic mondial de stupéfiants approche les 500 milliards de dollars. Ce marché est de fait comparable à celui des armes ou du brut" (février 2010).  Il existerait sur la planète 280 millions de consommateurs de drogue, soit 4 % de la population mondiale, dont 13 millions de consommateurs de cocaïne.

L’on estime la production de cocaïne à l’échelle mondiale à environ 1000 tonnes par an, 55% est produit en Colombie, 30% au Pérou et 10% en Bolivie, 5% autres pays. Chaque année 200 à 300 tonnes sont saisies par les douanes du monde entier. Le rendement par hectare est de 0,8 tonne à plus de 2 tonnes selon les régions.

La culture accapare 2 à 300.000 hectares de terres dans les territoires Andins, un hectare équivaut à la production de 7 kilos à 15 kilos de pâte ou de 1,6 à 3,5  kilos de cocaïne pure. « La culture illicite du cocaïer, occupe probablement près de 200 000 hectares en Amérique latine produirait annuellement environ 300 000 tonnes de coca soit potentiellement quelque 1 000 tonnes de cocaïne ».

Carte des flux du trafic ou de la circulation de la coca depuis les régions andines

 

L’industrie pharmaceutique quant à elle n’utilise qu’à peine 0,1 % de la production mondiale (soit moins d’une tonne par an). La feuille de coca est aussi utilisée pour d’autres usages comme le font les populations andines depuis toujours. Il faut 275 kilos à 350 kilos de feuilles de coca pour produire deux kilos et demi de pâte ou le premier stade d’élaboration du produit stupéfiant. Deux kilos et demi de pâte permettent la fabrication d’un kilo de la cocaïne de base, de laquelle on obtient 600 grammes de cocaïne pure.

La question est de savoir quels bénéfices en tire les cultivateurs, et ceux qui en font sa transformation, ou plus exactement comment se répartit l’argent entre les producteurs et ceux qui vont la transformer et vendre le produit fini. D’ environ 1,4 dollars le gramme à son coût de revient, la cocaïne se revendra le gramme, pour exemple en Europe à environ 50 euros ou 50 dollars en Amérique du Nord. Où va cet argent, comment il se répartit, et qui en sont les vrais bénéficiaires ?

Les 300 kilos de feuilles de coca sont payés à peu près 1500 dollars au paysan bolivien ou péruvien qui les cultive (soit environ payé 5 dollars par kilo de feuille en 2000). Les deux kilos et demi de pâte sont payés environ 5 000 dollars. Le kilo de cocaïne-base vaudrait 11 000 dollars et le kilo de cocaïne pure 20 000 dollars à ce stade.

Un kilo de cocaïne pure est payé environ 20 000 dollars en Colombie ou en Bolivie, il coûte 60 000 dollars à son arrivée aux États-Unis. Ensuite, ce kilo se transforme en deux kilos de cocaïne dont la pureté est réduite de moitié, avec lesquels on obtient alors 120 000 dollars. Ensuite, la pureté de ces deux kilos est abaissée à 12% pour obtenir huit kilos qui, vendus au gramme dans les rues de n'importe quelle ville des États-Unis, peuvent rapporter jusqu'à 500 000 dollars.

Carte des lieux de production (elle ne prend pas en compte les dérivés chimiques) :

 

L’économie globale de la drogue



Sur la question du trafic des drogues, il est assez difficile d’affirmer. Il n’y a aucune certitude en ce domaine. Les données publiées et publiques ne peuvent être à 100% fiables. Ce sont souvent des estimations, ou des chiffres construits sur des hypothèses, et pouvant faire appel à des marges d’erreur. Cependant, faut-il s’abstenir de toute réflexion à ce sujet et en oublier de poser toutes les dimensions du problème ?

Que l’on veuille ou non, le trafic de drogue représente une économie, et pas des moindres. De plus, on peut s’interroger sur ses connexions avec d’autres trafics illégaux, il semblerait qu’un négoce, soit en fait l’objet de plusieurs. Le trafic d’armes, la prostitution ou ce que l’on appelle la traite des femmes et aussi des enfants, les jeux clandestins et d’autres commerces illégaux, ils peuvent tout à fait être compatible avec le trafic des drogues, si ce n’est complémentaire à l’enrichissement de quelques grandes familles.

Plus inquiétant encore, c’est comment certains Etats et pouvoirs se trouvent sous une influence certaine des mafias. Si le terme de « narco-état » peut présenter des exagérations, des pays sous influence maffieuse lui ne fait pas de doute. On peut de même remarquer qu’un conflit guerrier peut ouvrir la voie d’une production à grande échelle, tel fut le cas du haschich de la plaine de la Bekaa au Liban, et pareillement lors des deux conflits en Afghanistan de ces trente dernières années (Soviétique puis Etasunien), d’où provient 80% de l’actuelle production mondiale d’héroïne.

Au mieux, il faudrait pour cela de disposer d’une grille de lecture des maffias de notre bas monde, mais là aussi il est difficile de connaître l’étendu et le poids de ces groupements pratiquant avant tout le goût du secret. L’on connaît quelques grandes mafias, elles sont en général issues d’une nation et les plus connues d’entre elles sont en autres les mafias chinoises, russes et de l’Est européen, italiennes, mexicaines et colombiennes.

Cartels, triades, pieuvres, nous trouvons selon le continent même des appellations propres ou spécifiques. Que pèsent à l’échelle mondiale ces économies parallèles c’est peu toute la question ? L’on a souvent attribué aux mafias étasuniennes de percevoir 10% d’un dollar, qu’en est-il dans un marché ouvert et global? Il va de soit que le recyclage de l’argent sale participe directement ou indirectement aux économies nationales et à ce titre les bénéficiaires principaux ne sont pas les pays producteurs. Ensuite comment tout cela transite via des paradis fiscaux et entre dans l’économie réelle ou globale, ouvre une autre piste sur l’étendu du désastre.

Dans les années 1990, les Etats-Unis se voulaient le chantre de la lutte contre le trafic des drogues et financent encore de nos jours des actions militaires en Colombie. Des milliards de dollars ont été dilapidé, cela reste par excellence le tonneau des danaïdes. En l’état, cela a plutôt renforcé le conflit interne colombien en le doublant d’une guerre aux plantations de coca, ou ce que l’on désigne comme le plan Colombia.

Ceux qui aujourd’hui paient la plus dure addition, ce sont les petits paysans colombiens qui ont subi l’épandage des produits chimiques, ou l’on a pu constater de forts taux de cancers. Sur le fond de la lutte contre les drogues c’est un flop total et de plus cela contribue indirectement à renforcer le poids des cartels colombiens. On les a crus pour disparus et pourtant, ils sont toujours aussi puissants, peut être plus, que l’on ne voudrait s’en rendre compte ?

On peut affirmer, sans trop de difficulté, que les trafics illégaux génèrent des bénéfices considérables, c’est aussi ce que l’on oublie souvent un employeur, ou du moins l’existence des contrebandes fait vivre des dizaines des milliers personnes dans les pays concernés : allant du cultivateur, passant par le fabricant, puis via les transporteurs et les revendeurs selon les besoins du marché illicite.

Nous sommes donc confrontés ainsi à des emplois spécifiques et aussi bien dans les pays producteurs du sud, que consommateurs du nord de l’hémisphère. L’économie souterraine des drogues en France équivaudrait à elle seule  pour plus de 100.000 emplois non déclarés. Sans compter sur le coût social porté par la collectivité dans le domaine  médical, pour exemple dans l’accueil et les soins nécessaires aux toxicomanes.

Ce que l’on peut constater c’est que la lutte contre le trafic de drogue à l’échelle internationale est un raté manifeste. Toutes les politiques menées notamment répressives et à échelon local, n’a éradiqué en rien le problème. Au pire, elles confortent les économies parallèles. Les prises effectuées par les douanes chaque année sont de l’ordre de 5 à 20% du marché global, et, en 20 ans, la production a plutôt augmenté, que régresser. Et le trafic de cocaïne n’est qu’un exemple dans les maillons du trafic.




Bibliographie :         

- Jacques Attali, Une brève histoire de l'avenir (disponible en Livre de poche)

- Moises Naim, Le livre noir de l'économie mondiale (éditions  Grasset 2007).

Sources :
Banque Mondiale, The Observer, Wikipedia.org, Organisation des Nations Unies, ...

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