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Sommaire de la page,

1 - Quid des Girondins, des classes  bourgeoises et des tendances politiques?

2 - La capitale à la lueur de ses activités sociales économiques et ses 48 sections citoyennes

3 - Religions et croyances de masse, athéisme et mysticisme politique ? & vidéo sur la galaxie franc-maçonne

4 - Loi de reconnaissance des  affranchis et maintien de l'ordre


Quid des Girondins, 
des classes  bourgeoises
et des tendances politiques?
Représentation des Brissotins et fin de la légende :"groupes de députés cherchant à brissoter"
Lionel Mesnard le 17 mai 2016

La fin de la « première révolution » marque la fin d’un cycle. Comment se douter qu’un travail chronologique pourrait soulever tant de questions, sa mise en forme doit favoriser l’apport de plusieurs sources et vérifications nombreuses et encore sans prétention de tout énumérer. Le fil doit pouvoir mettre en relief toute la diversité politique et sociale. La fin de l’année 1791 ne ressemble pas avec l’arrivée en puissance des Girondins à ce qui a pu être connu les deux dernières années. Brissot de Warville ou Pétion de Villeneuve ne peuvent être associé, à Mirabeau ou bien à Barnave, il s’agit de la fin d’une époque, avec un camp « républicain » pas vraiment homogène, et très éclaté dont l’ascendant idéologique est encore marginal.

Le terme « Montagne » apparaît en avril 1792 et peut marquer une coupure nette au sein des «démocrates», du moins un lien brisé et qui rejaillira aux premières heures de la Première République. Le terme « patriote » étant trop large et de nos jours pouvant regrouper presque toutes les composantes politiques est à utiliser avec précaution. Sous la plume ou la bouche d’un Robespierre ou d’un Marat et autres acteurs Jacobins ou des Cordeliers, l’objet est sans équivoque, ce sont les mots employés et il n’y a pas lieu de faire la fine mouche. Surtout que chacun peut y mettre ou coller ses fondements moraux d’hier ou d’aujourd’hui, ou simplement ne pas adhérer à un vocable plus que galvaudé. Qui est patriote? celui qui meurt ou est prêt à donner sa vie pour un idéal illusoire, une belle abstraction qui sur un champ de bataille se solde toujours par la mort. Et ce n’est pas en écrivant le mot «Peuple» à tout bout de champ que vous lui donnerez une âme.

Les raccourcis, les simplismes poussent à dégager du fumeux plus que d’approfondir un sujet toujours sous tension. S’il est indéniable que tous les acteurs de la révolution ont été l’objet de mythes, nous sommes avec des portraits ravageurs et ne laissant point d’espace au doute. Loin des clichés ou des ouvrages de propagande, il reste encore du chemin à faire. Ce qui est plus difficile est dans l’usage de certains mots et quand on rencontre des termes comme «race», «gens de couleurs», «mulâtre», on touche la racine d’un mal. Ce fut un racisme normatif et très violent du côté des colons et leurs soutiens à l’Assemblée. Un étrange mélange où les mots selon leurs auteurs en disent long sur les clichés, ou le sentiment de supériorité se mêle à la défense du commerce.

Le duc Louis-Philippe d’Orléans est une figure incontournable, cependant s’il a nourri mythes, légendes et son lot confusion en raison de son appartenance à la franc-maçonnerie et comme grand-maître du Grand Orient, il reste en l’état un personnage présent mais finalement échappant à la trame historique. Comme l’année 1792 est celle des girondins, de leur montée en puissance, cette alternance politique s’appuie sur de larges réseaux politiques dont beaucoup tiennent du temps de l’absolutisme. Le premier réseau est leur présence au sein des clubs dit  des Jacobins, où ils y sont majoritaires en début d’année. Ils disposent d’une presse relaie de leurs opinions, comme le Patriote Français et ses imprimeries et titres sympathisants en province, plus les bulletins internes des jacobins. Sur le plan politique depuis les élections intervenues à la fin de la Constituante, communes et départements et selon les provinces sont de forts relais, en Normandie, dans le Bordelais et en région Parisienne et l’Orléanais notamment, soit aussi les régions les plus prospères du royaume. Et au sein de l’Assemblée, ils disposent, d’un groupe (de 136 députés) capable de rallier le centre faisant les majorités, le marais avec 345 élus sur 745.

C’est au sein des classes bourgeoises et aristocratiques que se trouvent les élus dit de la Gironde : Vergniaud, Guadet, Gensonné, … Et ils auront pour terme générique et un peu fourre tout de girondin. Il faudrait mieux à ce sujet parler des démocrates libéraux ou des fédéralistes, ou reprendre le terme en cours revenant sous les plumes de l’époque, de Brissotins, de Jacobins ou de patriotes, surtout, mais trop général et à géométrie variable. Comme le furent les frères Lameth, Barnave et Lafayette devenus Feuillants et allant rejoindre les thèses d’un régime autocratique. Mais penser que les girondins sont d’un seul et même tenant est une erreur, c’est toute la complexité de gens du même milieu social, sorte de mixage entre grands bourgeois et de petits et grands aristocrates, mais très discordant dans leurs intentions et actes. Le groupe au demeurant le moins corrompu à ce stade des événements, mais le plus inclus aux modes de productions et actifs sur le marché spéculatif avec Clavière. Mais quel lien entre Roland cet ancien fonctionnaire et cet acteur de la spéculation? C’est comme avec Pétion, maire de la capitale, tous renvoient à Brissot, l’homme fort de la nouvelle Assemblée. C’est dans ce cercle d’intérêt mais aussi d’amitiés fluctuantes que se trouve le noyau dur des girondins ou ce qui correspond à la doctrine fédéraliste. La complexité girondine, tout comme montagnarde ne peuvent se réduire à une étiquette.

De l’importance des Lumières du siècle et les relations aux sciences et aux arts, ces préoccupations ont pu former une expression commune de ce qui ne fut qu’un petit monde, très brillant intellectuellement, mais assez lointain des communs des mortels. Les référents ne se calquent pas à la masse des sans travails, aux cent mille parisiens pauvres de la capitale, et aux milliers d'ouvriers végètant, soit un tiers des habitants de la capitale vivant dans des conditions miséreuses. Le taux d’activité de la population en général était très faible, et à la campagne, les bouts de terre ne suffisaient pas à nourrir les pauvres et les petits paysans, les «bras nus» comme les appela Daniel Guérin (auteur d’une histoire politique de la révolution). Quand il est énoncé le peuple ceci ou le peuple cela, qu’est-ce que le peuple? si ce n’est un raccourci de langage, ou bien l’expression des masses? Et que peut bien vouloir dire ce mot dans la bouche ou sous la plume de tous nos tribuns et écrivains des circonstances, pour recouper pas grand-chose de l’expression la plus populaire, muette le plus souvent.


Faut-il brûler les girondins?

C’est ne pas y voir un apport colossal à l’oeuvre révolutionnaire, et utiliser des termes incertains pour les caricaturer ou simplement se satisfaire du terme libéralisme pour éliminer ceux qui ne font pas offices de purs. Ce n’est pas le travail de l’historien, il s’agit de s’interroger avant tout sur la place des uns et des autres dans un processus chaotique. L’objet n’est pas de faire un procès et monter une accusation, mais de vérifier la justesse ou l’appréciation des récits ou documents, construire des hypothèses et vérifier si elles tiennent la route. Paris a pour cela son importance, comme point géographique et une histoire d’une richesse incroyable, mais la ville ne constitue pas à elle seule le processus, d’une grande complexité. L’intérêt particulier de la capitale est la concentration des pouvoirs politiques du pays. 725 députés sur 745 sont des provinces et colonies, ce flux d’élus des départements concernera quelques milliers de personnes, et ne peuvent résumer à eux seuls une entreprise pas seulement nationale ou hexagonale. La Révolution héritère des droits humains à une dimension européenne et internationale qui échappe le plus souvent.

Néanmoins en cette année 1792 avec l’entrée en guerre, il faut retenir pour essentiel ce fait. Ce qui sera le fil conducteur des 23 années suivantes, et la cause d’une perte d’influence de la France dans le monde et les raisons d’un déclin de natalité au XIX° siècle. Certaines données quantifiées peuvent aider à comprendre que la guillotine n’est pas le seul facteur de morts, et que face à la mécanique de la guerre, ils n’en représenteront qu’une petite partie de la réalité macabre. Les conflits externes qui deviendront internes en 1793 pose l’enjeu d’une nation allant connaître plusieurs fronts, venant de l’est du nord dans un premier temps et en août 1792. Entre la déclaration et l’ouverture des hostilités, il faut pouvoir rassembler les troupes et les mettre en mouvement, et entre en compte une mobilisation participante de l’effondrement du régime monarchique.

Il y a de quoi être étonné de découvrir Robespierre ne saluant pas seulement Pétion, mais aussi en juin le court premier ministère de Servan à la tribune du club de la rue Saint-Honoré et parlant d’un portefeuille « jacobin ». Aussi l’ancien avocat d’Arras va avoir à l’égard de Marat une distance voulue, ou selon la formule d’Ernest Hamel « le plus grand éloignement », ou bien nourrir pour Jacques Roux, l’aile parisienne la plus radicale une grande aversion. Pour l’Ami du peuple, au mieux il lui reconnaissait son « patriotisme ». Mais ils seront lointains d’une lune de miel. Robespierre à son retour à Paris à la fin novembre 1791, dès son arrivée déjeuna avec Pétion dans une atmosphère chaleureuse. Les relations vont se gâter, elles aussi et les relations courtoises laisser place à la discorde et aux accusations publiques. Principalement quand se formeront les deux blocs en concurrence et que Pétion va devenir président de la nouvelle assemblée élue, commençant avec la campagne électorale à partir de la fin août 1792 pour la Convention. De l’élan commun, c’est-à-dire de l’établissement d’un régime démocratique, d’une république fondée sur des valeurs universalistes, ce sont de multiples crises sociales et politiques qui vont saper les bases de cette entente. Visant à renverser cette fois le monarque et un système politique fluctuant au gré de ses caprices ou tactiques.

Pour en revenir à l’influence des girondins avant le 10 août, leur espace par excellence est au sein des 3 à 4000 clubs ou sociétés jacobines présentes sur tout le territoire. Il est indéniable que les courants girondins vont participer de cette mobilisation citoyenne et militaire rassemblant toute la gauche de l’Assemblée, sauf en de rares contestataires. Tous les jacobins (Montagne et Gironde) feront front commun et rallieront bon nombre des voix du marais, faisant un peu office de girouette ou du vent tournant… Ceux que l’on pourrait nommer les faiseurs de roi, dans un monde d’ambition et d’ambitieux.

Le Peuple ne peut que faire écho dans ses invisibles, les petites gens, les premiers à se faire trouer la peau dans toutes les circonstances, mais qui sont moins l’objet des attentions. Le poids du verbe, des symboles en jeu pourraient tout écarter, mais l’objet n’est pas une apologie patriotique. Au bout, la comptabilité macabre apporte son lot de vérité en des éclaircissements, qui ne peuvent que s’appuyer sur des statistiques, et des travaux dignes de foi. De beaucoup d’à peu près, la mortalité avec les causes donne une lecture s’échappant des carcans dogmatiques du discours et des effets du symbolisme. La vérité est plutôt crue et si les abstractions sont belles, les chiffres ne relèvent pas d’une harmonie. Et les années suivantes même Robespierre évitera à bon nombre d’élus girondins la mort, tout en envoyant les têtes du mouvement à l'échafaud.


gravure représentant le salon de Manon Roland

L’entrée au gouvernement d’Etienne Clavière aux finances pose de sérieuses questions sur la participation d’un des plus grands spéculateurs du moment sur la scène politique. Ses liens avec Brissot et la venue de ministres dit girondins en mars est un tournant important, mais qui ne réglera rien à la crise économique et sociale. Brissot et Clavière depuis les années 1780 ont voulu l’établissement d’une république marchande et se sont appuyés sur une révolution, non pas marginale, mais qui échoua en 1782 au sein même de la ville de Genève. Leurs prétentions économiques, leur rêve de libéralisation des marchés va se casser les dents, sur un point conséquent. L’économie, bien loin de disposer de théories opératoires ou pertinentes, et après avoir en partie minée les finances publiques par le biais des agioteurs, les voilà aux affaires et les contradictions faire jour.

Entre le désir d’une économie marchande visant l’abondance, et des approches de l’économie sur des bases dès plus empiriques, si les desseins semblent louables, en pratique cela ne fonctionnera pas. Une lecture économique peut s’avérer indispensable pour saisir l’enlisement et pourquoi la répartition des richesses est un leurre, et a servi jusqu’à présent le camp des rentiers et spéculateurs. Les structures depuis Turgot résistent sur un point conséquent, les inégalités engendrant sont lot de révolte ou «d’émotions». Libre ou pas le marché est embryonnaire et dans le cumul des fortunes qui se font et se défont comme au cours des deux grandes banqueroutes du siècle (1720 et 1770), le pays connaît un retard quant à ses infrastructures et en matière, d’agriculture, les retards sont immenses et besoins pressants.

Si les termes girondins regroupent un ensemble d’élus, des membres des jacobins et certaines têtes pensantes du processus révolutionnaire, il y a quelques difficultés à les mettre sur le même plan ou à les croire tous dans le secret des dieux. Le panoramique de cette famille politique ne peut se limiter à ce qui ressemble être un raccourci, même si sur le plan économique, il existe peu de variante, les parcours ne sont pas les mêmes, les ambitions non plus. Il y a par exemple une vraie volonté réformatrice chez Jean-Marie Roland, ensuite savoir s’il a usé des bonnes méthodes, quand on découvre ce qu’il écrit aux Ingénieurs et sous ingénieurs des Ponts et Chaussés, tout est à faire et en commençant par l’organisation d’un système de mesure commun à tout le pays. Il parle de la nature des sols, de l’extension des cultures, dans un état qui sort à peine des règles féodales, la guerre a bien les allures d’une fuite en avant et dont la responsabilité est commune.

De quoi être surpris que seuls de rares parlementaires et royalistes voteront non à l’Assemblée au sujet de la guerre. Cette période transitoire avant la venue de la Première République et après va atteindre des sommets de paradoxe. Pas plus que les girondins ne font qu’un, les montagnards, pas plus ne rassemblent un seul courant d’opinion, mais plusieurs, le plus imperceptible d’entre eux, le camp de ceux que l’ont va nommer les « Enragés » et présent dans les sections ou sociétés dites « sans-culottes » de la capitale. Nous sommes face à des sensibilités politiques, un terme peut être à retenir des cercles d’idées et de personnes, qui pour le moment travaillent ensemble au sein des sociétés populaires et dans les départements fédérés de ce qui est encore un royaume sans réelle unité de fonctionnement.

La rupture entre les 2 camps sera consommée en septembre, les divisions vont éclater au grand jour sur des principes moraux, et les actes des uns et des autres ne marquant pas toujours un si grand attachement à l’intérêt commun, la politique prime et il découle des stratégies visant néanmoins à établir une nation libérée de son carcan autocratique et la fin des fins de l’ancien régime. Le nouveau va naître dans des conditions d’urgence et sans véritable maîtrise des lendemains pas vraiment enchanteurs. Et ce n’est qu’une étape, il faut noter qu’il sera presque impossible de croire en toute l’honnêteté des sources sur la révolution. S’il a été mentionné le rôle de la propagande, un deuxième écueil et de taille, la question de la censure sur les archives, et de comment, l’on trouve encore de nouveaux matériaux, plus de 220 ans après et en matière d’archives parlementaires, qui par exemple ne signalent pas la nature des votes et, faire défaut sur les sensibilités au sein de la chambre des députés. Quand les détails sont à ce point manipulés ou ont été l’objet d’oublis manifestes, cela se complique. Il faut retenir un exemple ou un archiviste et auteurs en la personne de M. Alexandre Tuetey, la correspondance du ministre Roland est partielle, et son travail à l’exemple du traitement des archives rend presque impossible un récit historique fiable. Il reste comme recours de se fier parfois à des intuitions et connaissances périphériques pour éviter toute conclusion hâtive.

Avec la Constituante deux groupes entre en scène, sans véritable homogénéité et toujours un centre entre les deux toujours majoritaires et à nouveau une refonte des 4 années écoulées, et un élan de réforme très novateur et concret pour le grand nombre. Cet héritage, comme à l’exemple des questions scolaires ou éducatives, si les méthodes ne sont pas exactement les mêmes, le girondin Condorcet et les montagnards de Saint-Fargeau ou Grégoire ont en ce domaine ont des ambitions communes. Sur l’esclavage, Pétion, à nouveau Condorcet et Grégoire, ces hommes ne s’opposent pas sur la nécessité de son abolition, ils oeuvreront à rompre les chaînes. Sur la guerre, la religion, les femmes et la redistribution des richesses, c’est beaucoup moins évident, et les débats ont laissé trace à des désaccords profonds et s’envenimant sur la conduite à tenir.

Nos hommes politiques ont tous plus à moins à l’esprit les mois passants, que la menace se précise, et que cette décision du 20 avril poussera la nation à organiser les urgences des combats à venir. Ce qui impliquait de prendre les armes face aux puissances étrangères, et la demande populaire, du 6 mars était en avance sur le sujet si l’on retient les appels des 315 femmes de Paris à fabriquer des piques pour tous les citoyens et la défense du pays. Ce qui ne fut qu’au départ des effets de manche, en janvier Brissot défendit l’idée que jamais on n’oserait s’attaquer à la France et à force de jouer avec le feu, son projet guerrier va devenir réalité. Bon joueur d’échec Louis XVI approuva sans rechigner et signa sans poser son veto et ne prenant pas en compte le désaccord de ses deux ministres feuillants successifs à la guerre, l’ayant déjà plus que suggéré à l’Autriche par courriers du couple et diplomates interposés. L’ennui c’est que le constat sur la désorganisation, bien que servant les dires de Lafayette sur le sujet à la mi juin, est plus que palpable.

Le rôle de la mobilisation citoyenne pour la défense des frontières va être un facteur important du basculement, les soldats dits fédérés et notamment ceux que l’on nomme les Marseillais, donnant le la d’un élan patriotique indéniable. Même si nombres vont rechigner à partir à la guerre, divers aspects vont contribuer à inciter, à ce que l’on prenne enfin cette question non pas au sérieux, dès janvier, le mouvement est imprimé, mais à disposer d’effectifs militaires susceptibles de répondre aux urgences et maintenir les menaces à bonne distance. Nous verrons au cours de l'année dans quelles conditions paradoxales et contexte va surgir la république.

Est-ce que Brissot a joué un jeu double?

Il ne serait pas le premier, mais restera une question en suspend. Mais pas pareillement pour Dumouriez, la collision avec le roi semble assez claire, il est le mauvais pion dans le camp girondin ou brissotin. Ce qui ressemble à des clans ou à un groupe pas vraiment homogène, Brissot, et ses amis Vergniaud, Guadet et Gensonné de l’Assemblée, et Clavière, Duranthon aux ministères sont la droite des Girondins dans un entendement politique classique. Pétion, Servan, incarnant plus le centre, il existe une ligne plus idéaliste ou pragmatique selon les situations, avec les Condorcet (Sophie et Nicolas) et les Roland (Manon et Jean-Marie). Et il s’agit des têtes d’affiche, le camp girondin à ses bases partout dans le pays, et si Paris cristallise les attentions, le mouvement Fédéraliste va pâtir des urgences. La responsabilité de l’entrée en guerre est aussi un renoncement, s’engageant avec la minorisation de Robespierre au sein des Jacobins, Danton le lâchant en début d’année, Camille Desmoulins entre les deux et assez perméable au caprice du temps, il est en l’état un chroniqueur des paradoxes et avec sa part de contradictions, son entendement sur le républicanisme est en l’état critique.

De plus la Montagne au sein de l’Assemblée ne pèse guère, il faudra attendre le 20 septembre quant à la composition de la Convention et la proclamation de la République pour connaître un nouvel état des forces politiques. Il est indéniable que Brissot a su attirer les voix du centre et mettre en minorité le groupe des feuillants, le plus puissant de la Législative. Et Louis XVI joué à plein les contradictions des uns et des autres, et Lafayette toujours dans le coup pousse lui à restreindre les contestations en les stigmatisant. Son passage ou retour à Paris va provoquer de fortes tensions, et ses discours allumés la mèche, ses plans ont peu d’importance face aux colères montantes des Parisiens. Le trop-plein est aussi bien social, économique que politique, et la guerre une pure folie, qui aurait pu favoriser un retour à un monarchisme d’antan, et va concentrer à l’égard de l’étranger de forts ressentiments. Le pays ou l’hexagone va se replier un temps sur lui-même, l’on retrouve les conditions des révoltes et « émotions » nombreuses de l’année 1789, sauf que la France va prendre un tournant nouveau et inconnu, pour un état avec une population d’environ 28 à 30 millions d’habitants et une capitale imprimée une histoire à la fois forte et particulière.


La capitale à la lueur
de ses activités sociales économiques
 

et ses 48 sections citoyennes

Il y aurait beaucoup à écrire sur d’infimes détails du quotidien, sauf à rappeler le travail de Louis Sébastien Mercier et d’autres qui ont laissé des traces dans nombres de récits pour pouvoir décrire ce grand chaudron de vie. Il faudra s’en tenir à une note et quelques couleurs de la ville. Ses activités, ses habitants ou comment parler d’un tourbillon? c’est ce qui pousse à apporter quelques éléments de compréhension, à sonder ses racines. Ayant fait mes premières recherches sur la cité lumière depuis plusieurs années, il y a là un sujet d’inspiration sortant du cadre stricto historique et politique, quoi que, mais l’objet est bien de faire comprendre que la capitale, n’est qu’une entité géographique dans cette étude de la Révolution et le foyer de toutes les projections. J’aurais bien aimé dressé le portrait du faubourien moyen, parler des parisiennes dans leur simplicité et volontés d’en découdre avec l’ordre patriarcal, les machos révolutionnaires, cette prise du politique au seul trait masculin est l’aspect très dissonant de ce qui pourrait être une ode à l’émancipation du genre humain.

Sans sous-estimer la place des autres villes, ni même des campagnes majoritaires, il faut aussi transmettre sa nature souvent occultée. Je ne retiendrais qu’un terme, celui de « sans culottes » traduit dans l’imaginaire courant par le peuple, alors qu’ils n’en sont qu’une composante sociale. Un lien intermédiaire, avec entre les plus les pauvres pour une population de 100.000 personnes (classifiées au XVIII° siècle en bon et mauvais) et les ouvriers un peu plus de 60.000, à l’autre bout, il existait 80.000 citoyens actifs ou s’acquittant d’un impôt et disposant d’un bien mobilier. Entre les deux, les dit sans culottes sont surtout composés d’artisans, de petits commerçants, de clercs en écriture, ou de petits fonctionnaires. Ce sont de petits notables les premiers touchés par les secousses économiques qui vont prendre les devants du mouvement, mais pas seulement, des curés assermentés au sein des sections et lieux de prêche vont avoir un rôle conséquent dans le sillon de l’évêque constitutionnel Fauchet, qui sera de toute les radicalités jusqu’à la venue de la Première République, avant de rejoindre les girondins.

A savoir, qu’avec la vente des biens ecclésiastiques, les églises vont servir de lieux de réunions, dans toute la France et pour tous les camps politiques. Dans la capitale, elles feront pour certaines offices comme Saint-Nicolas du Chardonnet de permanence et d’accueil des citoyens du quartier et de bureau de la section locale. Notre Dame sein des seins se voit dépouiller de ses atours religieux, son clocher servira d’alarme à de bien manifeste et mauvais présages ; et si les croyances n’ont pas totalement disparu, la question du culte y trouve une place moins importante qu’en Province. Plus vous monter dans la hiérarchie sociale et qui plus est ses intellectuels ou travailleurs lettrés (journalistes, écrivains), la religion a peu de prise sur les consciences. Et sans réelle barrière d’opinions. Paris est un peu en dehors du temps normal de la France, c’est une place très libérale, pour ne pas dire libertine, dans une ville où l’exercice de la prostitution des deux sexes en font un de ses métiers de complément ou permanent à qui l’on feint la répugnance. Pour touche de comportement étonnant et frisant le scatologique sous la plume de Mercier, une visite dans les jardins des Tuileries jouxtant le Palais de la famille royale on y découvre un haut lieu de défécation à ciel ouvert, dont on ne cherchera pas les vents tournants.

Il est possible découvrir les bruits de la rue au sein de très belles images virtuelles reconstituant la capitale à la fin du XVIII° siècle, il manque néanmoins un aspect notable. La foule et l’activité quasi permanente ne sont pas reconstituées, même si on la devine, et si l’on peut avoir le sentiment d’un havre paisible en comparaison avec la ville moderne, c’est un leurre. D’abord son activité est de jour comme de nuit dans certains quartiers comme les Halles ou du centre. Pour la journée, il suffit de s’en tenir à ce que peut raconter Voltaire de ses sorties en calèche, les embouteillages de son temps sont le lot quotidien et il peut y passer plusieurs heures selon la distance. Faut-il compléter, que c’est seulement sous Louis XVI que l’on commence à imposer des rues de 10 mètres de largeur, quand les grandes ne dépassent pas 6 mètres et qu’il existe beaucoup de ruelles d’à peine deux mètres. Certains récits de voyageurs sud américains parlent d’une ville dédale et qu’un étranger n’ayant pas de repaire visuel s’y trouvait rapidement perdu. Jusqu’à Napoléon, la signalisation était presque inexistante, seules les auberges étaient munies d’enseignes et permettaient aux Parisiens de s’y retrouver.

Il faut aussi tenir compte que les véhicules étant tiré par des bêtes de trait, les fers sur les pavés propagent beaucoup de décibels et bien plus qu’un véhicule à moteur sur des roues en gomme. De plus, il faut aussi imaginer qu’il n’existe pas que des carrosses ou grand attelages, mais toute une gamme de transports et que le tout est à l’échelle d’une cité de 640.000 âmes. Simplement pour souligner qu’il existe aussi des véhicules utilitaires et que le négoce depuis le Moyen âge tient une part importante dans le tissu urbain. Certains noms de rue peuvent rappeler que les corporations ou métiers exercés étaient regroupés comme les bouchers : rue de la Bûcherie, de la petite boucherie. En rive gauche et tout au long de la rivière de la Bièvre se trouvaient les activités de tannerie et la manufacture des Gobelins pour les tisserands, en rive droite, sur les rives de la Seine l’arrivée des produits débarquaient le long du fleuve, comme le bois de chauffage pour l’hiver, on venait en place de Grève chercher un travail à la journée sans l’assurance du lendemain. Non loin se trouvait, les Halles qui étaient le poumon de nombre d’activités, et comment ne pas signaler l’existence des petits métiers, comme les vendeurs d’eau, les artistes des rues, jongleurs comédiens, chanteurs, etc. Ou ce que l’on peut oublier une activité criminelle non négligeable avec ses bandes de malfrats et détrousseurs, et aussi ses rangs d’oignons de pauvres sollicitant selon un ordre bien précis quelques sols pour acheter un quignon de pain.

Paris est une ville âpre par bien des aspects, c’est aussi une cité joyeuse et attractive et sans comparaison avec les autres métropoles du pays, elle agit déjà sur la mode et les besoins de paraître, soit un des traits des gens de la haute ou de ceux qui en ont les moyens. Le péquin sans le sou vit à même le sol, vêtu de haillon ou de guenille, ils sont là sans qu’on esquisse vraiment un regard sur eux.  S’il n’y a pas eu vraiment de mixité sociale dans ce qui fut un ordre intangible. Il importe de savoir quelle était sa composition sociale au moment de la Révolution de la ville. Pour évidence, la moitié sont des femmes et l’on peut supposer aussi qu’une bonne moitié à moins de 20 ans et une bonne part sont amenés à travailler dès le plus jeune âge. Jusqu’à 3 ou 4 ans, l’on ne distinguait pas les filles des garçons dans leur habillement, et, à l’âge de raison vers sept ou huit ans, il n’était pas rare  de voir des gamins selon la nature de leur sexe à une tâche d'exécution. Ceux dont il est fait peu mention, qui ont tenu une part importante dans la vie quotidienne sont les domestiques. Il est difficile de savoir combien ils étaient. Mais les serviteurs ou gens de maison eurent une place particulière. Ils ne seront pas considérés comme des citoyens à part entière par la Convention, se pose de fait à savoir pourquoi ? Même si l’on en devine les raisons et leur trop grande proximité avec leurs maîtres. Ne fut-ce pas là un moyen de se couper du peuple? Du moins une part de ses forces vives et maîtresse des jeux de cette ville à rumeur sans fin.

Pareillement il y a de quoi s’interroger sur la place des forces de sécurités et la place des soldats dans l’histoire moderne, un autre métier et qui en temps de guerre devenait très pourvoyeur d’emplois. Qui en absence de conflit voyait tout un flot de militaires sans objet précis et ils ont au sein du royaume servit la construction de lieux asilaires assujettis à des pensions où se retrouvaient en état de vagabondage, car y résider relevait de la soumission et bon nombre préférait les routes aux faux conforts visant à les remettre dans le rang. Car s’il ressort une caractéristique sociale forte, c’est la question de sous emploi, quand d’autres penseront morale et désigneront et traiteront les plus en bas de l’échelle sociale comme des parias. Le taux d’activité de la population était très faible ou saisonnier. Les rythmes de la vie sont lointains des nôtres, ou en tant qu’urbain contemporain, comme les temps de vie sans rapport. A cela, il suffit de se rendre compte du nombre vertigineux d’enfants mourrant en couche ou en bas âges, une femme pauvre sur deux rentrant à l’hôpital de l’Hôtel Dieu pour accoucher sortait sans nourrisson. Rien que les questions d’allaitement et des Nourrisses pourraient suffire à donner le là d’un temps disparu. Un ensemble de petites considérations qui jointes permettent d’expliquer les marques propres du siècle, le leur, pas celui d’une technologie pouvant se jouer à la nano seconde.

Le dernier point sera sur la nature des flux et la circulation des populations entrantes et partantes. A ce sujet, un bonne part de noble et possesseurs d’hôtels particuliers vont prendre la route et rejoindre un des divers point de chute de l’émigration dans les pays frontaliers. Cependant chaque jour les voyageurs ou ceux qui chérissent le rêve de venir s’installer dans ses murs participent d’un flux indicible, mais réel. Comme ceux qui n’espèrent que retrouver familles et amis en province, et se contenteront d’y passer ou pas, voire avec un peu de chance d’y finir les vieux jours, poser les contours des mouvements est une mission compliquée. Et puis il existe toute cette ceinture de petites villes et villages, ses moulins sont les fruits des besoins en céréale dont une fois les enceintes passées, nous renvoient au pays réel, vivant au rythme des bruits de la nature loin de ce feu d’artifice et de furie représenté par ce grand ventre affamé. Si d’aventure vous arpentez en rive droite sur le faubourg Poissonnière vous trouverez la route des poissons arrivant des ports et si l’on se penche sur les cultures locales le raisin y était abondant en Seine Saint Denis ou du côté de Montrouge. Il permettait la fabrication du vin courant sous le nom de « guinguet », une piquette que les estaminets ou échoppes de rue pouvaient vendre et trouvaient acheteurs pour son prix bas.

Il est impossible de dépeindre toute l’effervescence, simplement la ville est de petite taille et encore avec ses attraits du Moyen âge, que du petit matin au coucher, elle vibrionne, mais la nuit à ses arcanes et ses mystères. Dans son ensemble la population dort fort peu, ses acteurs révolutionnaires ou simplement députés, qui de comités en séances trouvaient répit entre 2 ou 3 heures de la nuit avant que les débats ne recommencent, sur le coup des neuf heures de la matinée. La vie y était déjà trépidante et pour tous ces corps sociaux, du mitron, au boulanger ou boucher, souvent les premiers ouverts, la ville connaissait peu de repos. Il faut se fier au récit de Manon Roland pour le situer entre 3 et 4 heures du matin, autour de l’île de la cité, vers les cinq heures, à la lueur du soleil, quand paris s’éveille….

Une donnée est à prendre en compte, c’est l’activité des sections, l’année imprime une plus forte relation entre sociétés populaires et les sections parisiennes (ex. district). Combien étaient-ils dans ces réunions? A cette question, il faut pouvoir aussi penser en foyer (en feu) qui est la norme admise, en particulier dans les habitations. La nature des familles est encore sous la cohabitation des générations, il peut y avoir un ou plusieurs citoyens actifs ou passifs dans la même maison, mais que des hommes de 25 ans l’âge légal jusqu’en août, dans un monde où l’on ne dépasse pas trente ans en moyenne. Un individu pouvait avoir sous son toit une famille entière et comme le nombre des naissances est élevé, les enfants ou mineurs et les femmes, s’ils ne sont pas exclus du débat, ne sont pas pris en compte. Nous sommes dans une organisation patriarcale, et seul le père ou l’aïeul règne en maître sur ses ouailles. Cependant, un citoyen est souvent le porte-voix de qui se pense à domicile, et si l’on a pu dénombrer le nombre de citoyens actifs et passifs se réunissant autour de 500 participants actifs (au sens propre) aux échanges par section ou quartiers de la capitale. Ce chiffre multiplié par 48, ne représente à première vue que 24.000 habitants, et si l’on pouvait chiffrer une moyenne de personne par foyer, le compte s’en trouverait multiplié au minimum par 5, pour expliquer que ce qui est nommé peuple au sens large ou interclassiste, et ne représentant pas un mouvement minoritaire dans la capitale, mais son essence vive.

Et l’on retrouve toutes les tendances politiques du royaume, des sections les plus ouvrières comme celle des Gravilliers (actuel 2° arrondissement) à des quartiers plus bourgeois sur les deux rives. La mixité sociale tient à la concentration des foyers les moins riches dans des immeubles, pouvant jouxter de vérirtables palais ou habitations cossues. Et il existe une population nombreuse de gens de maisons ou domestiques rattachés aux belles et grandes demeures. Ce sous-prolétariat est souvent l’absent des histoires et pourtant, il représente une ou des opinions marginalisées et souvent renvoyé à être que le miroir de leurs maîtres. Cette complexité particulière étant plutôt méconnue et difficile à cerner, s’avère une épine non négligeable sur la connaissance de toutes les classes sociales. S’il y a des ombres aux tableaux, ouvriers, pauvres et domestiques sont trois composantes non point absentes, renvoyant à beaucoup d’éléments de réflexion sur cette société parisienne, de 640.000 âmes. Les bourgeoisies petites ou grandes prédomineront la scène politiques, sans parler des deux anciens ordres disparus ou pourchasser pour sédition ou pour leur fanatisme. S’il se dessine un ordre social ou s’organisent des dominations du même ordre, quelques faisceaux de lutte des classes ne sont que des signes avant-coureurs, et le rapport de force va se situer en son sein ou se structurer dans la bourgeoisie.

Note 1 de Lionel Mesnard, le 17 mai 2016

Sections parisiennes sous la Révolution
 
 
  

Religions et croyances de masse,
athéisme et mysticisme politique ?

 
La question religieuse ne peut avoir une vue d’ensemble globale, il faut pouvoir l’analyser selon les régions et les mentalités, dans le rapport non pas au sacré ou ce qui est du domaine de la foi, mais à la croyance. Ce qui est très variable et touche au particularisme des provinces françaises ne coule pas d’un bloc. A cet égard, si le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme regroupaient les différents courants de pensée religieux du pays, le dogme romain fut très propice à des cultes et superstitions parfois millénaires s’étant fondés sur des bases syncrétiques et peu enclines à la rationalité. La relation aux croyances était en totale opposition, si l’on prend le Poitou et la région parisienne, celle-ci en partie urbaine et riche et l’autre paysanne et très pauvre.

Il existait une césure entre ville et campagne, mais sans réelle uniformité d’une région à une autre, le fait religieux dominait les esprits. L’athéisme a plus les aspects d’un phénomène social limité ou urbain, il concerne pour beaucoup les franges issues de la bourgeoisie lettrée et de l’aristocratie de cours, et un pan non négligeable du haut comme du bas clergé français depuis quelques décennies. Tous les faits montrent que le rôle des Montagnards a été très contradictoire, avec des courants antagoniques sur la question de «l’Etre suprême». L’anticléricalisme et une déferlante de mesures humiliantes vont tomber sur les prêtres réfractaires en 1792, la perception et l’attitude des acteurs sera loin d’être commune ou partagée, pour ne pas dire divergente. Cela va être l’objet de tensions et de désaccords profonds dans le camp des « démocrates » ou jacobins. Les girondins trouvent ici une certaine unité, car probablement les plus anticléricaux, tout comme une bonne part de feuillants. Car ne cachant pas le vœu d’en découdre avec les superstitions, un combat louable, mais à l’aune des pratiques religieuses de la population, cela représentait une lutte contre des moulins à vent et mettant en péril les fondements de l’unité du pays. Ce que l’on a nommé la déchristianisation ne va pas produire d’influx positif, au contraire, mais perpétué un climat de tension et de préparatif à des soulèvements futurs en Bretagne, Vendée et Poitou. Surtout, il va conditionner une hostilité à la République et à ses thèses qualifiées d'athéistes.

Il faudra revenir sur la place de «l’Être suprême», sorte de culte républicain porté par Robespierre, qui a été tout autant conspué ou le fait de moquerie, sans chercher à faire lien avec l’époque et la nature des conduites ou des moeurs. La relation avec le «grand architecte de l’univers» est une thématique forte de la Franc-maçonnerie et pourrait s’en rapprocher? Ce qui n'est pas le cas, il existe néanmoins des éléments de correspondances. L’objet n’est pas d’écarter les critiques, les similitudes sont visibles et il n’y a rien de très souterrain. Sauf à y voir des histoires à dormir debout, à chercher le complot des loges comme appareil sous-jacent des soulèvements (l’hyper rationalité comme substrat du doute et du délire est notre misère actuelle). Les symboles maçonniques pouvant faire lien avec la Révolution sont nombreux, pour autant, il y a de quoi garder raison et ne pas confondre ou de participer à la mélasse commune. Il ne faut pas mélanger symboles et acte d'appartenance.

L'erreur à ne pas commettre et que l'on retrouve dans les propagandes contre révolutionnaires sur Robespierre, ce dernier n'a pas été franç maçon. Pour se donner une idée de la diversité des opinions, il est peu envisageable de pouvoir associer des personnages aussi différents, que Talleyrand, Mademoiselle de Lamballe (Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan) de l’entourage de Marie-Antoinette, son ennemi intime Lafayette et Joseph de Maistre royaliste, membre d’une obédience portugaise. Qu’ont-ils de commun? ou bien avec le grand maître du Grand Orient, Philippe Egalité, le duc d’Orléans ou Brissot de Warville? Pas grand-chose, sauf que nombreux étaient issus de la noblesse, et à part qu’ils ont tous appartenu à des loges, ils étaient plutôt royalistes et en faveur d'une système libéral à l'anglaise. Le seul élément,  pouvant questionner sur le plan historique a été l’importance des loges féminines au sein du processus. La fantasmagorie antimaçonnique de nos jours a le vent en poupe et n'aide pas à comprendre un sujet qui peut échapper à beaucoup.

Rares sont les approches sérieuses et comme tout sujet, cela demande une analyse, pas des soupçons dans une société conquise par les rumeurs, ou dans une approche ou le divin est la seule référence, participant d’un retour du fanatisme. Les seules choses  dont on peut convenir : 1° - Le complot est une problématique politique pour esprit simpliste ou tordu et un terrain propice pour les manipulateurs. 2° - Il ne s’agit pas de récuser l’existence de ce qui n’est pas un secret ou caché, oui la symbolique est très présente, oui des « frères et sœurs » ont participé à la marche républicaine et d’autres sont restés légitimistes et avec un positionnement libéral monarchiste, c’est-à-dire favorables à une évolution des institutions comme lors de la deuxième révolution anglaise de 1688. Il ne faut pas confondre initiation et une galaxie maçonne avec des approches très discordantes, ne serait-ce que sur l’existence de dieu ou pas.

Vidéo sur la galaxie Maçonne avec Daniel Keller


Ce n’est pas parce que quelques dizaines  d’intellectuels de brios et du siècle des Lumières ont construit pas à pas un corpus intellectuel, que de facto toute la société française était à même niveau. Ou qu’une part de la société organisée se rasait chaque matin avec pour idée de faire tomber le roi et le pape. L’exagération en histoire peut faire rire, mais elle est un symptôme, auxquels juifs et protestants français se trouvent agrégés. S’il est indéniable que beaucoup de francs-maçons ont participé au mouvement, c’est que nous sommes à une croisée entre l’esprit des encyclopédistes et face à un phénomène normal. Les sociétés ou groupes dit secrets ont eu un rôle dans la circulation d’idées en Europe et la fermentation révolutionnaire. Mais le phénomène est bien moindre comparé au processus que les clubs et sociétés populaires ont pu avoir comme place, et semble être l’objet d’un débat ancien. Et un conflit manifeste entre Rome et des obédiences considérées comme sataniques...

La première condamnation papale de la franc-maçonnerie date de 1738 et à nouveau une quarantaine d'année après. A l'examen de la situation, ce serait donner à des maillons très minoritaires et socialement limité, c’est-à-dire aux loges, trop de pouvoir sur le destin des masses. Il vaudrait mieux vaut se questionner à savoir si des formes clandestines n’étaient pas nécessaires pour propager des idées de liberté et de mettre fin à un système politique inique? Ce corpus intellectuel donne une preuve d’une place irréfutable, mais n’en fait pas la panacée, toute l’histoire révolutionnaire et républicaine en France et pas seulement a trouvé nombres de maçons engagés avec des correspondances politiques et loin d’être uniforme ou en accord. Le danger est dans la simplification se fiant au seul visible et sans connaissances du sujet.

Quand un groupe de « conjurateur » se faisait prendre par la nature de leurs propos séditieux ou que cela remontait aux oreilles des polices du royaume, c’était au bout l’emprisonnement et plus. Une société despotique comme elle a pu se développer avait des réseaux de surveillance très puissants. A Paris, n’importe quel nouveau quidam arrivant de Province devait se manifester en donnant une adresse, et la ville vivait au filtre des mouchards et commissariats de quartier ou paroisse. Une société ou la délation fut constante n’a pu qu’inciter à se cacher, à taire ses convictions et agir en conséquence. D’où le secret entourant certaines manifestations dans des lieux insolites comme les carrières des Buttes-Chaumont, pour exemple de certains offices initiatiques. Justement, ce n’est pas toujours la raison qui va triompher, de plus, la majorité de la population peut avoir une relation avec de forts éléments de syncrétismes, être et vivre de manière peu rationnelle, voire instinctive comme dans le milieu criminel.

Nous appréhendons un monde où beaucoup était de l’ordre du magique, de la grégarité de l’existence, l’on décédait en moyenne à 30 ans. La nature des inégalités était sans limites et la liberté d’expression inexistante. Ce fut le fruit de conquêtes et l’oeuvre d’une intelligence collective ou ce qui ressemble au plus proche à la notion de « Peuple » dans une approche interclassiste. Y voir une volonté souterraine, la littérature va se délecter de cet aspect très enfantin ou ludique pour un auteur de fiction, mais cela n’a pas grand-chose de concret, de perceptible, hors d’un cadre conceptuel ou abstrait, avec ce qui transparaît dans cette histoire des Français dans sa réalité historique.

La place de la raison dans le discours public, si elle est incontestable, elle n’est pas présente dans toutes les strates sociales et ne peut être qu’inégale. Il n’y a pas à juger et à désigner les damnés de la terre comme coupables premiers, mais l’on ne sort pas d’au moins 150 ans de despotisme sans séquelles. Le monde ecclésiastique et ses querelles entre jansénistes et jésuites sont des éléments de divisions puissants tout au long du XVII et du XVIII° siècle. L’interdiction de ces deux ordres sont de nature à interpeller sur les limites posées par le pouvoir papale et les rois de France. Ces deux ordres furent dissous par bulle papale et ordonnances royales. Plus le ou les schismes protestants et la minorisation des Juifs n’incombent en aucun cas au mouvement révolutionnaire. C’est du premier processus que naît l’émancipation des persécutés d’hier.

La particularité des Bourbons a été plutôt dans cette volonté de faire de la religion une affaire d’état et de contrôle des masses dans les aspects de la vie quotidienne. Les actes pas encore civils et l’ordre de la société faisait du monarque un être surnaturel et omnipotent ou bien omniprésent, et pas seulement pour les consciences. Il en découlait tout un modèle plus que contraignant et hiérarchisé. Et rien n’échappait administrativement au monarque sur le plan civil ou religieux. Le haut clergé donna nombre de ministres ou secrétaires d’état en pourpre, à commencer par le cardinal Richelieu. Le conseiller du jeune Louis XIV, fut Mazarin qui avec sa mère Marie de Médicis avaient donné le la centraliste sans véritablement y parvenir. Le roi «soleil» en fut le fondateur, et Colbert son maître d’oeuvre. Ce que l’on confond souvent avec le jacobinisme des premières heures, qui a été un mouvement avant tout fédéraliste, puis centraliste en raison de la guerre. Mais le fédéralisme ne fera pas long feu et de cette recentralisation des pouvoirs, va naître dans son acceptation la plus réduite et apparenter la terminologie de jacobin comme un équivalent de centralisme, ce qui reste plus que relatif à l’examen des quatre premières années, ou ce qui correspond à la première séquence révolutionnaire.

L’histoire du centralisme à ses origines est un jeu de concurrence entre les pouvoirs royaux et les autorités religieuses, cet héritage colbertiste reprendra ses droits, qu’au prix d’une mise au pas du culte catholique et jusqu’en 1815 et la restauration monarchique, la guerre n’étant pas la seule raison de cette volonté à faire de la capitale le nombril de la France. Mais bien à la fois de combattre un ennemi armé, et un ennemi en soutane, comble de l’histoire Robespierre ou même Marat n’ont pas fait de la foi un objet à abattre, ils apportent même quelques idées de ce qui fait lien avec les croyances du moment, un  mysticisme échappant à nos normes et compréhensions communes.

Note 2 de Lionel, le 17 mai 2016


Loi de reconnaissance des  affranchis
 et maintien de l'ordre !


Gravure de J.-B. Chapuy - Vue du Cap Français incendié l'année 1791

Note : Il est important de spécifier que le temps que les décisions prises et transmises depuis Paris, arrivent à destination, il y avait avec un sérieux décalage. Ne serait-ce avec la nomination des commissaires qui prendra plusieurs semaines. au sein de l'Assemblée.  Quand arriveront les nouvelles et agents du gouvernement à bon port, Haïti partie française de Saint-Domingue réservera quelques surprises et un échec pour les troupes françaises. Après les mesures prisent en 1790 et 1791 via les frères Lameth et Antoine Barnave, s’ouvre de nouveau la question coloniale. Cette petite avancée du droit n’en cache pas pour autant l’enjeu de voir appliquer les droits humains à toute personne vivante et sans considérations ou préjugés racistes, ce qui n’est pas exactement le cas de la loi de 1792 et de ses termes. Et désolé pour la redite, il s’agit de reprendre les termes employés fort longtemps et visant à minorer les descendants africains, et autres groupes ou peuples de «l’Empire français». Le vocable ne variera guère avant la départementalisation des pays concernés (1946) et encore avec quelques guillemets pour les pays africains, asiatiques, du Pacifique notamment avec le statut de l’indigénat. Il sera de nouveau question de l'abolition sur d’autres pages sur le rôle de certains acteurs de la révolution dans l’abolition de l’esclavage en 1794. Ici avec ce décret il s'agissait de répondre à des question de maintien de l'ordre, et l'eclavagisme n'est pas traité dans les débats autour du décret du 28 mars, signé par Louis XVI et faisant acte de loi, le 4 avril 1792.

Loi n° 1606 - Relative aux Colonies,
et aux moyens d'y apaiser les troubles


LOUIS, par la grâce de Dieu et par la Loi constitutionnelle de l'État, Roi des Français: A tous présents et à venir; Salut. L'Assemblée Nationale a décrété, et Nous voulons et ordonnons ce qui suit :

Décret de l'Assemblée Nationale, du 28 mars 1792, l'an quatrième de la Liberté.

L'Assemblée Nationale considérant que les ennemis de la chose publique ont profité des germes de discorde qui se font développés dans les Colonies, pour les livrer au danger d'une subversion totale, en soulevant les ateliers, en désorganisant la force publique et en divisant  les citoyens, dont les efforts réunis pouvaient seuls préserver leurs propriétés des horreurs du pillage et de l'incendie. Que cet odieux complot paraît lié aux projets de conspiration qu'on a formés contre la nation Française, et qui devaient éclater à la fois dans les deux hémisphères ;

Considérant qu'elle a lieu d'espérer de l'amour de tous les colons pour leur patrie, qu'oubliant les causes de leur désunion et les torts respectifs qui en ont été la fuite, ils se livreront sans réserve à la douceur d'une réunion franche et sincère, qui peut feule arrêter les troubles dont ils ont tous été également victimes, et les faire jouir des avantages d'une paix solide et durable, décrète qu'il y a urgence. L'Assemblée Nationale reconnaît et déclare que les hommes de couleur et nègres libres doivent jouir, ainsi que les colons blancs, de l'égalité des droits politiques; et après avoir décrété l'urgence, décrète ce qui fuit :

Article premier

Immédiatement après la publication du présent Décret, il sera procédé dans chacune des colonies Françaises des îles du vent et sous le vent, à la réélection des assemblées coloniales et des municipalités, dans les formes prescrites par le Décret du 8 mars 1790 (Ndr : Les colonies font parties de l’Empire et exclu les esclaves de la citoyenneté française), et l'Instruction de l'Assemblée Nationale du 28 du même mois.

 II

Les hommes de couleur et nègres libres (Ndr : métis et noirs affranchis) seront admis à voter dans toutes les assemblées paroissiales, et seront éligibles à toutes les places, lorsqu'ils réuniront d'ailleurs  les conditions prescrites par l'article IV de l'Instruction du 28 mars.

III

Il sera nommé par le Roi des Commissaires civils au nombre de trois, pour la colonie de Saint-Domingue, et de quatre pour les îles de la Martinique, de la Guadeloupe ; de Sainte-Lucie, de Tobago et de Cayenne.

IV

Ces Commissaires sont autorisés à prononcer la suspension et même la dissolution des assemblées coloniales actuellement existantes, à prendre toutes les mesures nécessaires pour
accélérer la convocation des assemblées paroissiales, et y entretenir l'union, l'ordre et la paix; comme aussi à prononcer provisoirement , sauf le recours   à l'Assemblée Nationale, sur toutes les questions qui pourront s'élever sur la régularité des convocations, la tenue des assemblées,
la forme des élections et l'éligibilité des citoyens.

V

Ils font également autorisés à prendre toutes les informations qu'ils pourront se procurer sur les auteurs des troubles de Saint-Domingue et leur continuation, si elle avait lieu, à s'assurer de la personne des coupables, à les mettre en état d'arrestation et à les faire traduire en France pour y être mis en état d'accusation, en vertu d'un Décret du Corps législatif, s'il y a lieu.

VI

Les Commissaires civils seront tenus à cet effet, d'adresser à l'Assemblée Nationale une expédition en forme, des procès-verbaux qu'ils auront dressés et des déclarations qu'ils auront reçues concernant lesdits prévenus.

VII

L'Assemblée Nationale autorise les Commissaires civils à requérir la force publique toutes les fois ou ils le jugeront convenable, soit pour leur propre sûreté, soit pour l'exécution des ordres qu'ils auront donnés, en vertu des précédents articles.

VIII

Le Pouvoir exécutif est chargé de faire passer dans les Colonies, une force armée suffisante, et composée en grande partie de Gardes nationales.

IX

Immédiatement après leur formation et leur installation, les Assemblées coloniales émettront, au nom de chaque Colonie, leur vœu particulier sur la constitution, la législation et l'administration qui conviennent à fa prospérité et au bonheur de ses habitants, à sa charge de se conformer aux principes généraux qui lient les Colonies à la Métropole, et qui affinent la conservation de leurs intérêts respectifs, conformément à ce qui est prescrit par le Décret du 8 mars 1790, et l'Instruction du 28 du même mois.

X

Aussitôt que les Colonies auront émis leur vœu, elles se feront parvenir sans délai au Corps législatif. Elles nommeront aussi des Représentants, qui se réuniront à l'Assemblée Nationale, suivant le nombre proportionnel qui sera incessamment déterminée par l'Assemblée Nationale, d'après les bases de son comité colonial est chargé de lui présenter.

XI

Le comité colonial est également chargé de présenter incessamment à l'Assemblée Nationale, un projet de loi, pour assurer l'exécution des dispositions du présent Décret dans les Colonies asiatiques.

XII

L'Assemblée Nationale désirant venir au Secours de la colonie de Saint-Domingue, met à la disposition du Ministre de la Marine, une Somme de six millions, pour y faire parvenir des subsistances, des matériaux de constructions, des animaux et des instruments aratoires.

XIII

Le Ministre indiquera incessamment les moyens qu'il jugera les plus convenables, pour l'emploi et le recouvrement de ces fonds, afin d'en assurer le remboursement à la Métropole.

XIV

Les comités de législation, de commerce et des colonies réunies, s'occuperont incessamment de la rédaction d'un projet de loi, pour assurer aux créanciers l'exercice de l'hypothèque sur les biens de leurs débiteurs dans toutes nos Colonies.

XV

Les Officiers généraux, Administrateurs ou Ordonnateurs et les Commissaires civils qui ont été ou seront nommés, pour cette fois seulement, pour le rétablissement de l'ordre dans les Colonies des îles du vent ou sous le vent, particulièrement pour l'exécution du présent Décret, ne pourront être choisis parmi les citoyens ayant des propriétés dans les Colonies d'Amérique.

XVI

Les Décrets antérieurs, concernant les Colonies, seront exécutés en tout ce qui n'est pas contraire aux dispositions du présent Décret. Mandons et ordonnons à tous les Corps administratifs et Tribunaux, que les présentes ils fassent consigner dans leurs registres, lire, publier et afficher dans leurs départements et ressorts respectifs, et exécuter comme loi du Royaume. Mandons et ordonnons pareillement à tous les Officiers généraux de la Marine, aux Commandants des ports et arsenaux, aux Gouverneurs, Lieutenants généraux ; Gouverneurs et Commandants particuliers des Colonies orientales et occidentales, et à tous autres qu'il appartiendra, de se conformer ponctuellement à ces présentes.

En foi de quoi Nous avons Signé lesdites présentes, auxquelles Nous avons fait apposer le Sceau de l'État, à Paris, le quatrième jour du mois d'avril, l'an de grâce mil sept cent quatre-vingt-douze, et de notre règne le dix-huitième
(Siècle).


Signé (le 4 avril), LOUIS et plus bas, Roland (ministre de l'intérieur). Et scellées du Sceau. Vous trouverez de l'Etat. (Ndr : le Considérant du décret fut de M. Gensonné et avait été sanctionné par le comité des colonies de l'Assemblée antérieurement)

Source : Archives Parlementaires du 28 mars 1792 pour le décret
Tome 40, page 575 - Université de Stanford et BNF et autres sources


A noter : La position de Jacques Pierre Brissot en septembre 1791 sur la question de la citoyenneté active pour les affranchis, comme devant provoquer la libération en retour des 480.000 esclaves de l'Empire français est à prendre en considération. Il est difficile d'en mesurer l'impact, mais va participer des révoltes des esclaves pour une égalité pleine ou universelle. Pour précision Brissot est abolitionniste comme la plupart des élus dit girondins ou montagnards, en l'état Jacobins. Lire son Discours sur la nécessité de maintenir le décret rendu le 13 mai 1791, en faveur des hommes de couleur libres, prononcé le 12 septembre 1791, à la séance de la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins. (Source: Manioc - Bibliothèque de Pointe-à-Pitre, publié en 1791)


Suite sur la Révolution française
L'année 1792, quatrième partie

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