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Sommaire
de la page :
1 - Que se
passe-t-il au Venezuela? & La mort
heureuse de Bolivar, par Rafael
Marron-Gonzalez.
2- 145 années après : Réhabilitation
des Communards par l'Assemblée nationale
(1871-2016)
3 - Bolivar et Miranda & petites affaires
diplomatiques franco-vénézuéliennes ? (1897)
4 - Simon Bolivar à Paris, par Louis Guilaine
(1912)
5 - «L’épée de Bolivar» ou Mélenchon ce
«grand malade» qui voudrait nous gouverner?
6 - Ti-Sarko s’en va et Monsieur Nobody
triomphe, par Jacky Dahomay
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- Que
se passe-t-il au Venezuela?
Nicolas Maduro et l'épée de Bolivar ?
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Le
19 décembre de ce mois, un avion en provenance
de Suède est arrivé à l’aéroport de Maïqueta,
près de Caracas, chargé des nouveaux billets
tout frais imprimés de 500 bolivars, la monnaie
nationale. À grand renfort médiatique, la chute
vertigineuse des cours du Bolivar «fort» se voit
imputée d’un complot tout azimut, la Colombie et
Washington dans l’orbite de la pagaille et
soulevant le danger de «l’anarchie» suggéré par
le pouvoir en place. D’ici le 2 janvier
2017 et après de vifs incidents et des pillages
dans certaines villes du pays, des nouvelles
coupures viendront remplacer les anciennes et
peut-être mettre un arrêt à l’histoire la plus
rocambolesque du régime de Nicolas Maduro? Le
moins poilant de cette histoire fait qu’un petit
vent de révolte pèse et risque de renvoyer cette
nation à ses vieux démons de guerre civile.
En 1989 se déroula ce que l’on nomme le
«Caracaso» et qui a fini sous les balles du
régime de Carlos Andres Perez alias CAP et ayant
fait plusieurs milliers de victimes. Les
décisions du FMI avaient imposé une ligne
ultralibérale ayant conduit les plus pauvres à
s’en prendre aux commerces, des scènes de
pillage se déroulèrent dans tout le pays. Fidel
Castro joignit à cette occasion sa "solidarité"
à son collègue pour ses hauts faits répressifs
(1). Pour complément à l’époque, 70 à 80% des
habitants vivaient sous les seuils de pauvreté
et avec cette particularité de « l’extrême
pauvreté » définissant un bon quart de la
population, où vivant avec moins d’un dollar par
jour. Il s’agissait d’un gouvernement qualifié
de social-démocrate, une sorte de ventre mou
électoral centriste qui donnait à l’époque un
bipartisme flou entre le parti Action
Démocratique de CAP à la présidence, membre de
la deuxième internationale et le COPEI, les
chrétiens-démocrates qui soutinrent, au passage
au Chili, le coup d’état en 1973. Il va comme
une évidence, que l’arrivée du président Chavez
va balayer assez facilement ce qui était alors
la quatrième république. Pour autant les
résistances ne vont pas désarmer, et les
querelles continuer à pourrir toute évolution
sociale ou d’espérer un débat démocratique moins
clivant ou azimuté et plus en cours avec le
développement du siècle et se libérant de sa
mono productivité énergétique, le pétrole et le
gaz (1ère et 8ème réserves mondiales du monde).
De nombreuses raisons m’avaient poussé à ne plus
vraiment suivre cette nation, à tous les égards
bien opaque ou se déclinant sur le mode binaire,
du pour ou du contre. Ce qui ne laisse pas
vraiment place à une analyse des situations,
l’on peut-être amené à ne plus vouloir traiter,
si tout n’est qu’objet de propagandes. Pour le
plus de clarté possible, pour trouver des
apports sortant de la caricature de l’adversaire
ou de l’ennemi de circonstance, les positions
non tranchées, ou non empreinte d’une vérité
quelconque, mais cherchant à comprendre ce qui
se passe là-bas sont rares (2), voire
inexistantes. Il faudrait parler d’un blocage de
l’information et tamisé selon les entendements,
se dégage aussi une troisième catégorie visant à
rapporter mais sans se mouiller… ou se contenter
d’une info aseptisée.
Lire que Théodoro Petkoff - journaliste et
pamphlétaire - est une clef pour saisir les
chaos locaux, tout cela vu au trombinoscope
d’une prétendue gauche ayant émargé à droite au
sein de la démocratie chrétienne locale avant
1998 peut faire sourire. Ce n’est pas parce que
vous avez porté un temps la révolution aux nues,
que x. années après, petits accommodements
obligent, vous n’avez pas fait votre petit
sillon ailleurs. Mais bon, les énormités
viennent de chaque part et se référer au MUD ou
au PSUV, c’est se faire écho du problème
vénézuélien sans mode d’emploi. La crédibilité
des uns et des autres équivaut à répéter ce que
veulent entendre l’opposition ou l’opposition,
ne sachant plus vraiment où se situent les
responsabilités politiques et décisionnelles.
Entre le martyre des uns et le complot permanent
des autres, il faut avoir sous la main son
paquet de mouchoirs en papier (difficile à
trouver ou cher en l’état), dans cette Novela
politique, les plus humbles donc la majorité
paie depuis toujours la casse de ses «élites».
Le Venezuela n’est pas une nation où tout serait
simple, c’est d’expérience que j’ai pu
découvrir, bien antérieurement à la crise des
liquidités et des produits de premières
nécessités (huile, riz, lait, farine, …), ces
crises sont apparues depuis la disparition
d’Hugo Chavez en 2013, et ce que peut vouloir
dire le mot corrompre. Déjà, rien n’a changé en
ce domaine depuis la fin du siècle dernier, la
corruption place le Venezuela dans les 10 pays
les plus touchés de la planète. Nous sommes face
à des pratiques touchant tous les échelons de la
société, mais entre le petit commerce de
contrebande pour survivre et ce qui relève d’un
fonctionnement mafieux ou organisé, il faut
pouvoir distinguer les mécanismes corrupteurs
étranglant l’économie vénézuélienne depuis
longtemps.
Comme tout objet de trafic, ils sont souvent
plusieurs, et quand une partie de l’économie
passe par ce type de chemin, l’état n’est plus
en mesure d’y faire face et ceci des deux côtés
de la frontière. Une limite faisant avec la
Colombie plus de 2000 kilomètres dans des zones
plutôt reculées ou urbanisées selon les axes
routiers, hors des postes frontières et grandes
voies de communication pouvant mener de l’autre
rive; c’est aussi des sentiers, et de tous les
départements frontaliers que passe l’équivalent
de 100.000 barils par jour de pétrole par
exemple, de la station-service vénézuélienne au
marché colombien. Le prix au détail à la pompe
bien qu’ayant connu une augmentation reste bien
en dessous des prix pratiqués chez le voisin.
C’est un petit marché commun des trafics en tout
genre, et englobant, celui à gros rendement des
Narcos. De plus, les produits qui devraient être
au sein des magasins vénézuéliens sont vendus à
des prix six à sept fois plus haut par les
détaillants colombiens liés aux fluctuations des
contrebandes. Sinon et au titre des fantaisies,
le pétrole dérouté du Venezuela serait meilleur.
Je me souviens bien que Nicolas Maduro voulait
s’attaquer à la corruption dès son arrivée, et
aussi il faut souligner, que la chute des cours
des hydrocarbures ayant plongé met cette nation
dépendante à la merci des marchés. Les derniers
ajustements de l’OPEP dont le Venezuela est
membre depuis CAP, encore lui et pour cause, il
est à l’origine de la création l’entreprise
nationale PDVSA, et si la mémoire ne fait
défaut, c’est sous son premier mandat vers 1973
ou un peu avant que le pays sera membre du
cercle des grands producteurs mondiaux. Bref, si
Maduro est en responsabilité depuis trois ans,
si à la fois, il a hérité du problème, les
mesures prises ont engagé des mécanismes
bureaucratiques si contraignants qu’ils semblent
paralyser toute forme d’activité ou
d’entendement. Mais cela ne suffit pas à tout
expliquer, et à suivre cette histoire de billets
de 100 bolivars, ne valant plus que 15 cents et
s’entassant en Colombie et en Europe (Suisse,
Allemagne, Espagne,…) pour faire tomber une
économie déjà malade. Cela ne peut que provoquer
de sérieux doutes. De là à établir un lien de
cause à effet, il y a de quoi se moquer des
démonstrations de la Télévision nationale VTV
(3) à monter en image des masses sous la forme
graphique et de montages de photos pas nettes de
billets. Sur ce que l’on nomme en l’état de la
monnaie de singe.
Passé d’un baril à 100 dollars à près de trente,
être au centre d’une des régions les plus
corrompues du monde, et comme à l’image du
changement des billets dévalués par de nouvelles
coupures, l’impréparation a été totale, et ce
qui devait prendre 72 heures aux guichets des
banques a été retardé. Et un tel mécanisme
demande une préparation impeccable, ce qui fut
et reste loin d’être le cas. L’anarchie
gouvernementale se suffit à elle-même, et au
sein des classes dirigeantes, la preuve de
l’incompétence généralisée n’est pas une
nouvelle. Au lieu, sur un sujet sensible comme
la corruption, de faire appel à une aide
internationale, qui vaudrait tout aussi bien
pour la Colombie que le Venezuela, la
persistance à tous les coûts et les goûts d’une
fin de régime. Une décomposition politique tout
aussi féroce que dans l’après «Grande Colombie».
Avec la mort de Bolivar et de ce qui suivit
comme terrain ouvert aux guerres civiles et
divisons nationales, les vieilles passes d’arme
ne se sont jamais totalement éteintes.
Quand je suis revenu la dernière fois à Caracas
à la fin de l’année 2006, j’avais compris que le
projet bolivarien tournerait sur lui-même, et ne
croyant pas au sauveur suprême, beaucoup
d’espoir était parti en fumée sur une
amélioration sociale et politique graduelle
comme l’envisageait Chavez. À l’époque, déjà la
désinformation dominait, mais il semblait encore
possible de garder une distance critique. Les
années qui ont suivi ont fini par refroidir tous
mes élans et mes critiques évidemment hors des
chapelles et conventions habituelles, j’ai
cherché ailleurs. Puis faut-il en vivre ou se
construire ses propres forces et en cet aspect
l’histoire n’a de rocambolesque, que l’attitude
d’un héritier, n’étant qu’une gentille
marionnette agitant le nom de son prédécesseur
pour s’assurer une légitimité populaire, qu’il
n’aura jamais. La militarisation du régime est
indéniable, ou son contraire; à se demander, si
seul un ancien militaire pouvait tenir en
respect sa propre armée? Ce type de schéma
débouche sur une nouvelle pantalonnade et ce
pays que j’ai quitté si joyeux et vif est à
nouveau pris en tenaille par ses bourgeoisies
dégénérées.
Billet de Lionel Mesnard, le 20 décembre
2016
Notes
:
1 - Message de Fidel Castro Ruiz à Carlos
Andrés Pérez en février 1989. "Le
président cubain Fidel Castro manifeste
sa solidarité avec le premier mandataire
vénézuélien".

Source
: Indymedia Venezuela (décembre
2016)
3 - Regarder
les émissions de Mario Silva "la Hojilla" de
Venezolana de Television (VTV) sur Youtube,
décembre 2016.
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La
mort heureuse de Bolivar
au Venezuela

Rafael Marrón-González, 16 Décembre 2016 |
À une heure de l’après-midi du 17 décembre 1830,
le commandant général du Magdalena, depuis le
quartier général de Santa Marta, par
l’intermédiaire du bureau n°55, notifie au
préfet du département la mort de Bolivar : «
Son Excellence. Monsieur Bolivar a payé
aujourd’hui à la nature le tribut précieux de
son importante vie, et la Colombie vient de
perdre pour toujours son libérateur… à notre
Père… à son meilleur et plus illustre Citoyen.
Avec une profonde douleur de mon cœur, je dois
être le porteur d’une si mauvaise nouvelle,
accompagnée à Votre Excellence de la copie
certifiée des derniers bulletins de l’état-major
depuis hier sur les neuf heures jusqu’à
une heure de l’après-midi à laquelle expira S.E.
Que dieu vous garde V.S.»
Ordre
général pour le 17 décembre 1830
Article 2 : En ce milieu de journée, la Colombie
vient de perdre pour toujours son Libérateur et
Père. Si grand et magnanime a été la vie du
génie de notre indépendance, sa mort fut celle
d’un véritable Héros. Quelle souffrance ! Quelle
constance ! Quelle tranquillité d’esprit ! Un
espace immense s’est déjà interposé entre la
Colombie et son Libérateur, et rien ne pourra
calmer la dure peine des Colombiens… L’armée,
cette partie précieuse du peuple que tant de
jours de gloire, il rendit à la Patrie, vous ne
verrez plus en avant de leurs drapeaux l’homme
illustre qui par le chemin de l'honneur et de la
victoire l'a amené au temple de l'immortalité.
Soldats : un adieu éternel nous a été transmis
par notre Libérateur, notre Général, et séparé
d’entre-nous, nous a adressé les mots suivants :
«Colombiens! Vous avez été témoin de mes efforts
pour faire pousser la liberté où avant la
tyrannie régnait. J’ai travaillé avec
désintérêt, abandonnant ma fortune et même ma
tranquillité. Je me suis séparé du commandement
quand j’ai été persuadé que vous vous méfiez de
ma générosité. Mes ennemis ont abusé de votre
crédulité et piétinés ce à quoi de plus sacré je
tenais, ma réputation et mon amour de la
liberté. Je suis une victime de mes
persécuteurs, qui m’ont conduit à la porte de la
tombe. Je leur pardonne. Après avoir disparu
d'au milieu de vous, mon affection me dit que je
dois manifester de mes derniers souhaits. Je
n'aspire pas à une autre gloire qu'à la
consolidation de la Colombie. Tous vous devez
travailler pour le bien inestimable de l'union :
les peuples en obéissant à l'actuel gouvernement
pour être libéré de l'anarchie; les ministres du
culte dirigeant leurs prières au ciel; et les
militaires employant leur épée pour défendre les
garanties sociales. Colombiens! Mes derniers
voeux sont pour le bonheur de la patrie. Si ma
mort contribue pour que cessent les partis et si
l'union est consolidée, je descendrai tranquille
dans ma sépulture.»
« Ce précepte, cette loi prononcée sur
la sépulture par le fondateur de la Colombie
restera pour l’armée une règle inviolable, et
malheur à celui qui désobéit à un si sain
commandement. L’ombre du Libérateur le cherchera
de toute part et ne pourra supporter les remords
qui l’accompagneront».
Proclamation
d’Ignacio de Luque, commandant des armées de
Carthagène.
« Soldats! Le soleil de la Colombie est mort!
Ses rayons bienfaiteurs ont déjà cessé
d'enfanter cette terre disgraciée! Il est mort,
LE PÈRE de la PATRIE, l’éclat de BOLIVAR, et
cent ans de chagrin ne sont pas suffisants à lui
démontrer toute notre gratitude, tout notre
amour, toute notre reconnaissance! Soldats! Vous
savez ce qui a perdu la Colombie chez son
Libérateur : un père amoureux : un soldat fidèle
: un magistrat savant; le meilleur protecteur de
l'humanité. Soldats! Notre LIBÉRATEUR ayant
toujours confiance en votre patriotisme, en vos
vertus, et l’affection que vous lui avez juré,
je vous fais une supplique que vous trouverez
consignée dans sa dernière volonté. Il n'est pas
possible de vous en détacher : honorer sa mort,
puisque à la fois vous remplissez ce devoir
sacré, la patrie tirera mille biens de votre
soumission. Je vous le prie, et je serai le
premier à m'accrocher aveuglement à la dernière
disposition du bienfaiteur de la Colombie».
Juan Francisco de Martin, préfet du Magdalena
annonce le décès de Bolívar
« Peuples du Magdalena ! Pénétré d'une
douleur la plus extrême, je remplis aujourd'hui
le triste devoir. LE PÈRE de LA PATRIE déjà
n'existe plus… Les calamités publiques, et
l'horrible ingratitude de ses ennemis l’ont
conduit au tombeau le courant du 17, à une heure
de l'après-midi. Il est mort victime de sa
consécration à la Patrie. Une fin prématurée a
été le prix de ses sacrifices héroïques; et les
larmes de ses amis fidèles et le repentir tardif
de ses ennemis libres, ils ne pourront pas
reprendre la vie à laquelle tant de fois, il a
donné à la Colombie. La stèle recouvrant ses
vénérables restes le sépareront pour toujours de
nous. Aux instants où l’appel national lui
donnait raison, l’appelant comme l’unique
espérance de la Patrie, la mort nous l’a enlevé,
et le ciel a déjà reçu un bienfaiteur d’un
monde. Citoyens! LE LIBÉRATEUR vous a consacré
jusqu’aux derniers instants de sa précieuse
existence. Ecoutez sa voix, et respectons dans
un saint recueillement ses derniers souhaits;
ces voeux qui doivent être une loi sacrée pour
nous, et nous rendraient malheureux si nous
parvenions à la violer : la ruine nationale
serait résultat le plus infaillible, et la
Colombie terminerait son existence avec celle de
son illustre fondateur. Citoyens! LE LIBÉRATEUR,
nous a laissé pour toujours, il nous a chargé,
de marcher unis et jurons sur sa tombe être
fidèle : de tous travailler pour le bien
inestimable de l'union, et que nous obéissions à
l'actuel Gouvernement pour nous nous
affranchissions de l'anarchie. Correspondons,
donc, à sa demande, marchons unis, et jurons sur
sa tombe d'être fidèle à ses souhaits, ses
derniers voeux qui lui ont été inspirés pour le
bonheur de la patrie. Ainsi nous honorerons sa
mémoire et nous répondrons à une dette immense
de reconnaissance. Carthagène, le 21 Décembre
1830».
Mais au Venezuela sa mort a été un soulagement
Au Venezuela, à l’annonce, de la nouvelle de la
mort de Bolivar, le triste gouverneur de
Maracaibo, Juan Antonio Gómez écrit à Páez : «
Bolivar, le génie du mal, la torche de la
discorde ou, mieux dirai-je, l'oppresseur de sa
patrie, a déjà cessé d'exister et de promouvoir
les maux qui revenaient toujours sur ses
concitoyens. Je me félicite avec vous d'une si
plausible nouvelle». Un vil éclat d'euphorie,
qui n'est d’autre que le soupir du soulagement
de la lâcheté.
Un
an après en Colombie
Le 21 février 1831, « dans l’église
paroissiale de la Ville de Medellin, capitale du
département d’Antioqua, dans l’accomplissement
des ordres du Gouvernement Suprême de la
République », il a été commémoré le premier an
du décès de Bolivar, et l’Oraison funèbre fut
prêchée par M. Antonio Maria Gutiérrez,
secrétaire de son Excellence l’évêque du diocèse
d’Antioqua, Fray Mariano Gárnica. De sa longue
intervention, nous avons extrait : « Quelle
douleur, mesdames et messieurs ! Depuis que
n’existe plus le fondateur de trois nations,
l’homme à qui nous appelions. Avec enthousiasme
et tendresse, notre Libérateur, notre Père,
l’ami le plus constant et généreux de
l’humanité. Il nous manque le Héros des héros
anciens et modernes de la Liberté, l’ennemi
implacable des despotes, le bastion inexpugnable
de l’indépendance, le protecteur le plus
déterminé de la morale et de la religion. Il
avait disparu du nombre des vivants, et le
savant consommé sans ostentation, l'homme
politique profond artifices, l'homme religieux
sans hypocrisie, le mortel le plus protégé du
ciel. En une parole le chef suscité entre la
miséricorde du Seigneur, comme en d'autres
temps, Simón fils de Matatías, pour sauver ses
frères du plus abominable esclavage, et pour
éloigner du continent américain les déprédations
et la mort, et les violences et toutes les
calamités de la guerre. (…) Soutenez alors,
Seigneur, l'oeuvre de vos propres mains. Faites
que dans la tombe de notre Libérateur, nous
ensevelissions toutes nos dissensions, et que
par la suite il n'existe entre les Colombiens,
sinon une profession de foi religieuse et
politique; une seule une opinion pour la
liberté, et pour l'indépendance; un seul un cœur
et une seule âme : Ceci était Seigneur les vœux
de notre chef et ce sera l'objet de ses
supplications dans votre obéissance divine :
écoutez-le, Seigneur, et en nous donnant la paix
et la tranquillité, accordez à l'âme de votre
serviteur un repos éternel».
Une année après au Venezuela
Profond, désolant, ingrat, vil : Silence!
Deux
années après au Venezuela
Juan Vicente Gonzalez rédige : « Deux ans qu’il
dort en paix notre Libérateur. Pas une voix l’a
accompagné ; ni même une seule fois un souvenir.
Si facilement oublié le cœur de l’homme (…)
Donne-moi, Bolivar, un rayon de feu qui
t’animait, et moi j’accompagnerai ta solitude
avec de doux chants comme ton nom, glorieux
comme tes faits. Chaque an, moi je porterai une
gerbe à ton tombeau, d’autres seront plus
belles, mais les miennes auront scintillé là-bas
quelques temps…. solitaires comme ta sépulture.
Trois années après au Venezuela
De retour Juan Vicente Gonzalez à inciter avec
sa tristesse l’indifférence officielle et civile
de la patrie de Bolivar : « J’ai assisté à la
chambre des représentants pour voir ce que
faisaient les législateurs de ma patrie avec le
héros auquel j’ai cru, et mon âme émue qui
jusque maintenant n’a pas laissé d’impression
funeste. J’ai vu choisir les couleurs plus
noires pour le dépeindre, dépecer sur ses tempes
le laurier de la victoire, lancer un voile
d'oubli sur ses exploits et couvrir ses
éminentes gloires d'un nuage d'injures. De ma
vie je ne pourrais oublier ce spectacle».
Et ainsi pour 50 ans
À Santa Marta demeura la sépulture de Bolivar
durant 12 années, jusqu’au 21 novembre 1842
quand le gouvernement du général Páez l’a fait
ramener au Venezuela accomplissant sa volonté,
déjà calmée par la haine de la médiocrité,
dont les expressions resteront des anecdotes
de la bassesse, mais pour le faire replonger
de nouveau dans l’oubli jusqu’en 1876, année
de sa translation au Panthéon et que commença
son extravaguant culte. C'était son fervent
désir de revenir à sa Patrie, dont une fois il
a dit : « Le sort du Venezuela ne peut pas
m’être indifférent, ni de même après la mort
». « Mon cher Venezuela que j'aime au-dessus
de toutes choses ». Mais qui l'a enseveli dans
l'oubli pendant cinquante ans, jusqu'à ce que
Guzmán Blanco l'ait récupéré, pour justifier
son personnalisme à travers son nom, ce qui le
dériva en un "culte à Bolivar" jusqu'à ce que
la main de Chávez se convertisse en adjectif
politique équivalent au socialisme. De là-bas
qu'Andrés Eloy Blanco disait que Bolivar était
océanique, son nom servant à tout.
Une
précision utile
Dans le monde entier, sans changement horaire
est commémorée la mort de Bolivar à une heure
précise de l’après-midi de chaque 17 décembre,
sauf au Venezuela où l’ignorance, s’inspirant de
la rigueur du documentaire historique, a promu
la superstitieuse «une heure et sept minutes»
marquant l’horloge de Santa-Marta. Comme si le
cadran s’était arrêté de pair avec le cœur de
Bolivar, quand ce fut Mariano Montilla, qui
arracha le pendulier les sept minutes de stupeur
passées : «Le Libérateur est mort, tu ne
marcheras plus».
Source
: Correo del Caroni : Traduction libre et
droits réservés
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145
années après,
Réhabilitation
des communards

Par
les Ami-e-s
de la Commune
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L’Assemblée
nationale
a voté la proposition de résolution n° 907,
rendant justice aux victimes de la répression
de la Commune de Paris de 1871.
En avril 2013, Patrick Bloche, député de Paris,
avait déposé une proposition de résolution
tendant à « rendre justice aux victimes de la
répression de la Commune de Paris de 1871. Cette
résolution venait en débat le 29 novembre 2016,
lors de la 2e séance publique. Pendant près de
deux heures, l’Assemblée a débattu de la Commune
de Paris, de son œuvre, de sa portée et de la
nécessité de lui rendre justice.
Patrick Bloche, en introduction de son rapport,
rappelle que « la présence des députés dans
l’hémicycle a pour but d’effectuer un acte
solennel pour la République et notre Nation ». «
La résolution proposée comporte, en effet, une
charge symbolique toute particulière en raison
de son objet. Il s’agit, pour notre Assemblée,
de proclamer la réhabilitation des victimes de
la répression de la Commune de Paris sur le
fondement, bien sûr, des faits établis par les
historiens » précise-t-il.
Patrick Bloche rappelle la « Semaine sanglante
», les jugements prononcés de manière expéditive
et les exécutions sommaires. Le bilan demeure
imprécis ; il varie de 10.000 à 20.000 morts.
Puis après l’écrasement de la Commune par les
armes, l’internement de 43.522 communards et la
présentation d’hommes, de femmes, d’enfants
devant 24 conseils de guerre. 9780 communards
ont été condamnés à des peines très lourdes.
Comme le dira Louise Michel, quelques années
après son retour du bagne de Nouvelle-Calédonie
: « du côté de la Commune, les victimes
furent sans nom et sans nombre ».
L’amnistie partielle, le 3 mars 1879, puis
l’amnistie générale, le 11 juillet 1880, ont
seulement permis de libérer les communards
encore en vie, mais en coulant une chape de
plomb sur cette répression et en rejetant tous
les autres dans l’oubli. Le temps est donc venu
de réhabiliter toutes les victimes. (...)
Les groupes Les Républicains et l’Union des
démocrates et indépendants, les non-inscrits
n’ont pas voté cette résolution. Les groupes
Socialiste, écologistes et républicains, Gauche
démocrate et républicaine (communistes et
apparentés) et Radical, républicain et démocrate
(radicaux de gauche) ont voté la résolution, qui
a donc été adoptée par l’Assemblée nationale.
145 années après, la représentation nationale
a donc effacé l’infamie qui pesait depuis 1871
sur les femmes et les hommes de la Commune de
Paris.
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Proposition
de résolution pour rendre justice
aux victimes de la répression
de la Commune
de Paris de 1871

Intervention
du député Patrick Bloche à l'Assemblée
nationale,
le
29 novembre 2016
Monsieur
le Président,
Monsieur
le Ministre,
Mes
chers collègues,
L’histoire peut
faire son œuvre sans que justice soit rendue à
ses victimes. C’est la raison pour laquelle nous
sommes, aujourd’hui, présents dans cet hémicycle
afin d’effectuer ensemble un acte solennel pour
la République et notre Nation. La résolution,
qui vous est proposée comporte, en effet, une
charge symbolique toute particulière en raison
même de son objet. Il s’agit, pour notre
Assemblée, de proclamer la réhabilitation des
victimes de la répression de la Commune de Paris
de 1871 sur le fondement, bien sûr, des faits
établis par les historiens.
Le temps est désormais venu pour la République,
de rendre honneur et dignité à ces milliers de
femmes et d’hommes qui furent, parce qu’ils
étaient des «Communards», victimes d’une
répression impitoyable. Tel est l’objet de cette
proposition de résolution qui répond tout autant
à un « devoir d’histoire », pour reprendre la
belle et juste formule de l’historien Antoine
PROST, qu’à un « devoir de justice ».
Les faits sont connus. Les historiens ont œuvré
et de nombreux travaux ont ainsi été publiés sur
la Commune de Paris et sa terrible fin qui se
déroula en deux périodes.
Ce fut d’abord la «Semaine sanglante», celle des
jugements prononcés de manière expéditive et
celle des exécutions sommaires. Elle débuta le
21 mai 1871 avec l’entrée des troupes
versaillaises dans la Capitale et s’acheva le 28
mai avec la chute de la dernière barricade de la
rue de la Fontaine-au-Roi, défendue notamment
par Jean-Baptiste CLEMENT, l’auteur du « Temps
des cerises ». Son bilan demeure imprécis tant
elle fut féroce, mais il y eut, selon les
estimations, entre 10 000 et 20 000 morts.
L’incertitude même pesant sur ce nombre, montre
la brutalité et le caractère aveugle de la
répression. Les témoins mentionnent les
nombreuses exécutions frappant, par exemple,
ceux dont les mains semblaient porter des traces
de poudre suggérant l’emploi récent d’armes à
feu.
Ce fut ensuite, après l’écrasement de la Commune
par les armes, l’internement de 43.522
Communards et la présentation de 34.952 hommes,
819 femmes et 538 enfants devant 24 Conseils de
guerre qui siégèrent pendant plus de quatre ans
et qui condamnèrent 9.780 Communards à des
peines souvent très lourdes. A la mort des
victimes de la première période, s’ajouta donc
l’infamie attachée à ces condamnations.
Tel est le bilan connu de cette répression dont
le but était de réaliser, selon les propres
termes prononcés par Adolphe THIERS, à
l’Assemblée nationale le 22 mai 1871, une
«expiation complète» de la Commune de Paris.
Louise MICHEL, qui fut condamnée à la
déportation en Nouvelle-Calédonie, écrira,
quelques années après son retour en France le 9
novembre 1880, que «du côté de la Commune, les
victimes furent sans nom et sans nombre».
Cent quarante-cinq ans après, ce terrible
constat demeure puisqu’effectivement, le nombre
exact des victimes de cette répression reste
inconnu et que nombre d’entre elles seront
toujours anonymes.
Pour cette raison, mais aussi parce qu’une
justice d’exception aussi « expéditive » qu’ «
expiatoire » se déchaîna sans limites, le temps
est enfin venu de rendre justice à toutes les
victimes.
J’ai bien dit : toutes les victimes. Car
l’amnistie partielle, intervenue le 3 mars 1879,
et l’amnistie générale, intervenue le 11 juillet
1880, ont seulement permis de libérer de leurs
chaînes les ex-Communards encore en vie, coulant
par la même une chape de plomb sur cette
répression. La question, qui s’est posée, était
donc aussi celle du moyen juridique nous
permettant de rendre justice à toutes ces
victimes.
Pourquoi, en effet, avoir privilégié la
proposition de résolution prévue par l’article
34-1 de notre Constitution? Plusieurs
instruments juridiques pouvaient, à priori,
répondre à cette interrogation.
Trois d’entre eux ont été rapidement écartés
parce qu’à l’évidence, ils ne pouvaient pas
répondre à l’objectif fixé, à savoir la
réhabilitation collective des victimes de la
répression de la Commune de Paris.
Il s’agit de l’amnistie, de la grâce et de la
réhabilitation judiciaire. Ne pouvant bénéficier
ou profiter utilement qu’aux personnes vivantes,
ces dispositions ne constituaient pas une
solution pertinente. À cela s’ajoutaient, pour
chacune d’entre elles, d’autres raisons ou
incompatibilités.
Ainsi, la grâce ne peut être accordée, selon
l’écriture actuelle de l’article 17 de la
Constitution, qu’«à titre individuel», ce
qui exclut une action collective. De plus, elle
ne peut rétablir les personnes dans leur honneur
puisqu’elle n’efface pas leur peine. Enfin, elle
ne s’applique qu’à des jugements dûment
prononcés, ce qui ne fut, en général, pas le cas
durant la Semaine sanglante.
Quant à l’amnistie, elle est une mesure prise
par la voie législative dans un contexte
particulier. Certes, elle «efface les
condamnations prononcées» comme le stipule
l’article 133-9 du code pénal, mais elle
présenterait l’inconvénient majeur de se heurter
aux lois d’amnistie intervenues en 1879 et 1880.
Alors, pourquoi pas la réhabilitation judiciaire
puisqu’elle a pour effet d’effacer les peines
prononcées. Non plus, car outre le fait qu’elle
est destinée à des personnes vivantes, elle est
soit légale, auquel cas elle opère de plein
droit, soit judiciaire, ce qui nécessite une
décision de la chambre de l’instruction.
Et, pour quelle raison ne pas faire le choix de
la requête en révision qui permet de solliciter
le réexamen d’une affaire passée en force de
chose jugée ? Parce qu’il s’agit, à l’instar de
la grâce, d’une procédure individuelle.
Enfin, pourquoi ne pas déposer une proposition
de loi dite «mémorielle» ? Parce que, chers
collègues, la mission d’information de notre
Assemblée sur les questions mémorielles a
clairement mis en évidence les dangers et les
risques d’une loi dont l’objet serait
historique. Son rapport du 18 novembre 2008 est
solidement argumenté et reprenait les fortes
réserves émises par les historiens.
A contrario, ces derniers, dont Pierre NORA,
Marc FERRO et Jean FAVIER, tout comme le
constitutionnaliste Pierre AVRIL, avaient
indiqué que la résolution pouvait constituer un
instrument, à la fois pertinent et utile, à
l’Assemblée nationale pour s’exprimer sur un
événement historique. C’est donc ce choix qui
s’imposait et que le groupe socialiste,
écologiste et républicain a fait.
Il s’agit donc, ici et maintenant, de débattre
puis d’adopter cette proposition de résolution
visant à ce que l’Assemblée nationale :
–
Estime qu’il est temps de prendre en compte
les travaux historiques ayant établi les
faits dans la répression de la Commune de
Paris de 1871 ;
– Juge
nécessaire que soient mieux connues et
diffusées les valeurs républicaines portées
par les acteurs de la Commune de Paris de
1871 ;
– Souhaite
que la République rende honneur et dignité à
ces femmes et ces hommes qui ont combattu
pour la liberté au prix d’exécutions
sommaires et de condamnations iniques ;
– Proclame
la réhabilitation des victimes de la
répression de la Commune de Paris de 1871.
Avant de conclure, Monsieur le Ministre, Chers
Collègues, il ne me semble pas inutile de
revenir à l’Histoire et de rappeler les «causes»
de la Commune de Paris afin que le sens de notre
vote n’échappe à personne.
Sa cause immédiate, c’est la guerre et le
désastre de Sedan qui provoqua l’insurrection du
4 septembre 1870. Des Parisiens envahirent le
Palais-Bourbon et, sur la suggestion de députés
républicains, tel Léon GAMBETTA, proclamèrent la
République à l’Hôtel de Ville de Paris.
Sa cause immédiate, c’est aussi le refus de la
capitulation. Paris n’acceptait pas l’armistice
signé le 28 janvier 1871 par le Gouvernement de
défense nationale et que Georges ARNOLD, le
fondateur de la Garde nationale, qualifia de
«paix honteuse et hideuse».
Mais la «cause», la grande «cause» de la Commune
de Paris, c’était, au fond, la défense de la
République. Paris, en effet, se méfiait de
l’Assemblée élue le 8 février 1871. Elle avait
bien désigné Adolphe THIERS «Chef du
gouvernement exécutif de la République
française», mais hésitait, en réalité, sur la
nature du régime à instaurer.
Alors, lorsque le 10 mars 1871, l’Assemblée, se
replia à Versailles, la confiance fut rompue et
le drame s’annonçait déjà. A Paris, on réclama
l’élection d’une municipalité, puis d’une
«Commune» comme sous la «Grande Révolution».
Le 26 mars 1871, après l’acte fondateur du 18
mars, la Commune de Paris était, enfin, élue.
Elle ne vivra que 73 jours. Mais, 73 jours, qui
contribuèrent fortement, comme le dit
l’historien Jacques ROUGERIE, à «l’acquiescement
progressif des Français à la République».
Le moment est donc venu que nous rendions
honneur et dignité à ces milliers de femmes et
d’hommes qui n’eurent que le tort, outre le fait
d’être le peuple industrieux de Paris, de croire
en la possibilité de bâtir une République
sociale dont le fondement même était notre belle
devise républicaine : liberté, égalité,
fraternité .
Alors oui, chers collègues, montrons, avec
Victor HUGO, que «ce qui fait la nuit en
nous peut laisser en nous les étoiles»
et proclamons, en adoptant cette proposition de
résolution, la réhabilitation des victimes de la
répression de la Commune de Paris de 1871 afin
que celles-ci illuminent, comme elles y ont
droit, le ciel de notre République ! Car, je
l’affirme à cette tribune avec Eugène POTTIER, «
Non, la Commune n’est pas morte ! »
|
L’Assemblée
nationale,
le 29 novembre 2016.
Vu
l’article 34-1 de la Constitution, - Vu la
loi du 3 mars 1879 sur l’amnistie partielle,
- Vu la loi du 11 juillet 1880 relative à
l’amnistie des individus condamnés pour
avoir pris part aux événements
insurrectionnels de 1870-1871 et aux
événements insurrectionnels postérieurs, -
Vu l’article 136 du Règlement de l’Assemblée
nationale,
Considérant
que les lois d’amnistie partielle de 1879 et
d’amnistie totale de 1880 n’ont pas permis
de réhabiliter l’ensemble des victimes de la
répression de la Commune de Paris de 1871 ;
1.
Estime qu’il est temps de prendre en
compte les travaux historiques ayant
établi les faits dans la répression de la
Commune de Paris de 1871 ;
2.
Juge nécessaire que soient mieux connues
et diffusées les valeurs républicaines
portées par les acteurs de la Commune de
Paris de 1871 ;
3.
Souhaite que la République rende honneur
et dignité à ces femmes et ces hommes qui
ont combattu pour la liberté au prix
d’exécutions sommaires et de condamnations
iniques ;
4.
Proclame la réhabilitation des victimes de
la répression de la Commune de Paris de
1871.
Délibéré
en séance publique, à Paris
Le
Président, signé par Claude BARTOLONE
|
Sources : Les Amis de la Commune de Paris de
1871.
Le blog de Patrick Bloche et le site de
l'Assemblée Nationale
|
|
|
|
- Bolivar
et Miranda,

- et
petites affaires diplomatiques
-
entre la France et le Venezuela
?
|
Au
demeurant voilà un ouvrage qui aurait pu ne
pas retenir mon attention, et c’est avec une
petite surprise, que j’ai découvert certaines
informations tenant à nos deux illustres
personnages. Rien de très fondamental, mais
complémentaire à ce que j’ai pu déjà rédiger,
et ainsi apporter un éclairage rapide et
simple avec des documents touchant à la
période des dictateurs ou caudillos
vénézuéliens au XIX° siècle. Sur le regard
très complaisant avec cette nation en prise
avec la guerre civile et des régimes pas
vraiment démocratiques repeint aux couleurs
républicaines pour les circonstances. Toute
comparaison n’étant pas totalement fortuite…
Ce sont deux textes courts, extrait d’un
ouvrage collectif, le premier fait écho aux
deux acteurs les plus connus du processus de
libération du Venezuela colonial. Le second
écrit est une brève biographie de Miranda Ils
sont extraits d’un livre de la fin du
dix-neuvième siècle et il est fait référence
au président et dictateur Joaquim
Crespo-Torres à la presque fin de son second
et dernier mandat avant de décéder en 1898
(1). A un an près, 1897 étant la date où parue
cette publication traitant principalement des
décorations à l’ordre Simon Bolivar, sujet
accessoire qui se limitera à la reproduction
de la médaille de première et deuxième classe
(en image ci dessus).
Un ouvrage très diplomatique et nourrit par
quelques militaires français. Des récits
plutôt conservateurs ou dans l’esprit de la
troisième république et ses relations oubliées
avec le Venezuela. Si le premier texte est
plutôt illustratif, il n’est pas dénué
d’intérêt sur la présence de Bolivar en France
et la nature de ses études. Le texte suivant
est assez fidèle à la réalité historique et
donne des précisions importantes quant au rôle
de
Miranda au sein de la Révolution
française. Tout en soulignant le décalage du
temps et d’éléments, dont l’auteur ne
pouvaient pas disposer, comme l’emplacement en
Espagne de la tombe, qui est resté longtemps
inconnu.
NB
: Pour mieux situer les noms cités et
donner des précisions utiles des notes de
transcriptions sont insérées à même les textes
avec l’acronyme : Ndt. La récupération de ce
genre d’ouvrage fait appel à des
corrections et certaines modifications
orthographiques plus contemporaines.
Notes
de Lionel Mesnard, le 4 décembre 2016
|
- Deux
Héros

Par
Léon Gautier (historien de la
littérature) et G. Muller.
Miranda et Bolivar sont les deux plus grandes
figures de la démocratie sud-américaine ; le
précurseur Miranda, à qui la République
Vénézuélienne vient de rendre un solennel
hommage de respect et d'admiration, vit son
œuvre continuée et accomplie par Bolivar. Leur
nom résume une belle épopée et symbolise une
époque où les splendeurs de la victoire eurent
pour couronnement l'émancipation des peuples
du Nouveau Monde, issus de la fière et
impérissable "race" latine.
Frère d'armes et volontaire de Washington, ami
du général Lafayette, général et soldat de la
République française, sous la Convention,
Miranda a pris part aux mémorables événements
de son temps: l'indépendance Nord américaine,
la Révolution française, l'Indépendance de
l'Amérique latine. Trahi, comptant sur la foi
jurée et la loyauté chevaleresque, il
succombe, il est fait prisonnier par les
royalistes. Jeté dans un cachot, conduit à la
prison de la Carraca, près Cadix, il meurt en
captivité, le 14 Juillet 1816.
Cet homme héroïque, austère, né noble et très
riche se sacrifia pour le triomphe de ses
idées; il mourut pauvre et martyr. «Miranda,
vainqueur ou vaincu, paraîtra toujours
grand comme un des plus fervents apôtres
de la liberté dans les deux, mondes.»
(Arístides Rojas - 1889. Ndt. - auteur et
historien vénézuélien et spécialiste de
Miranda). Mais son œuvre ne resta pas
inachevée : le Libérateur Bolivar la continua
et l'acheva. - Peu d'auréoles brilleront d'un
éclat plus glorieux dans le Panthéon de
l'humanité. - Ce n'est pas un aveuglant
météore qui «brille et disparaît, le
Libérateur a fait œuvre éternelle.»
(Amiral Révoillère 1849)
Leur idéal fut complet, grand, sublime, bien
digne de l'humanité et de la civilisation!
Leur tombe est entourée aujourd'hui de
l'auréole de l'immortalité. Elevé en France,
ayant l'ait ses études à Paris, vers I800, où
il suivait les cours de l'Ecole Normale et de
l'Ecole Polytechnique, Bolivar aimait beaucoup
les Français. L'un d'eux, le savant
Boussingault (1802-I887) fut très lié d'amitié
avec lui, durant un séjour prolongé au
Venezuela, vers 1822, il fut, croit-on, l'un
de ses conseillers.
«Simon Bolivar, a dit Boussingault dans
ses mémoires (Ndt - chimiste et botaniste) ; était
un
petit homme au-dessous de la moyenne,
portant une tête un peu disproportionnée à
sa taille, mais très énergique, un regard
vif, yeux bruns, cheveux noirs, teint
bistré, bras longs, membres grêles, une
grande vivacité dans les mouvements. - Il
était expansif, bienveillant avec ses
inférieurs, généreux à l'excès, vivant d’une
manière très simple, sobre». «Patriote
vénézuélien, Bolivar a pour objectif la
délivrance de son pays natal, mais guidé par
un génie politique égal à son génie
militaire, il considérait avec raison toutes
les possessions espagnoles comme solidaires».
(Ndt - Par l’Amiral Paul Emile, Marie
Réveillère, militaire de carrière, il a laissé
des ouvrages faisant référence à ses voyages
autour du monde et à ses fonctions
d’officier de marine).
Sous l'un et l'autre aspect, Bolivar ne peut
être confondu, en effet, avec d'autres grands
hommes qui, quoique leur carrière ait laissé
plus d'éclat dans l'histoire de leur époque,
n'ont agi peut-être que dans l'intérêt de leur
pouvoir personnel ou pour l'agrandissement
d'une nation au détriment d’autres nations. -
Si l'histoire est la résurrection des hommes
et des peuples, aucune n'est plus glorieuse
que celle du Libérateur !
«Son nom, idole de l'Amérique, traverse les
mers sur les ailes de la Renommée
immortelle, pour être l'éloignement de
l'Europe, qui l'acclame, le salue aussi
comme un homme extraordinaire». (Hector
Varela, 1883 – Ndt – auteur argentin)
Plusieurs statues ont été érigées au Venezuela
et en Colombie en l'honneur de Simon Bolivar.
D'autres villes ont suivi cet exemple.
Il y a quelques années, la ville de Paris,
sur la demande d'un américain, le Dr H.
Antich, a rendu hommage à sa mémoire, grâce
à l'appui de Victor Hugo et de M. de
Heredia, ancien ministre, ancien président
du Conseil municipal de Paris, le nom de
Bolivar fut donné a l'une des rues
populaires de la Métropole. (Ndt – dans le
dix-neuvième arrondissement)
Sur l'Arc-de-Triomphe de l’Etoile, parmi les
noms qui ornent la voûte du Monument, il y a
inscrit le nom d'un Vénézuélien, d'un enfant
de Caracas : Miranda! Et Bolivar et Miranda
n'ont pas eu encore leur statue érigée dans la
ville Lumière! Washington y a la sienne. (Ndt.
Si depuis, il existe deux statues de Bolivar
et une de Miranda dans la capitale. Et il
existait un petit buste de Bolivar à la
station de métro du même nom).
Le gouvernement actuel du Venezuela, dont le
chef illustre et président, le général Crespo,
a donné tant de preuves de patriotisme à ses
concitoyens et d'amitié à la France, s'est
souvenu du patriotisme glorieux légué par
Miranda à son pays, alors qu'il combattit pour
la cause libérale, sous le drapeau tricolore
de la France républicaine. Aussi vient-il de
fêter dignement les gloires de ce héros et
martyr.
Puissions-nous
reconnaître bientôt, par l’érection de leur
statue, que des hommes comme Bolivar et
Miranda serviront toujours de trait d'union
fraternel entre la Démocratie française et
la Démocratie sud-américaine.
|
- Courte
biographie de Miranda

Etienne-Philippe Piraud, (Ancien
magistrat, Avocat-Avoué).
Miranda, François, Antoine, Gabriel
(ndt. erreurs sur les 2 derniers prénons)
naquit le 9 juillet 1756, C'est à tort que
certains historiens, notamment Thiers et
Lamartine, le font naître au Pérou et d'autres
à Maastricht (Hollande), car c'est à, Caracas,
aujourd'hui la capitale du Venezuela, qu'il
vit le jour. Après avoir fait ses études à
l'Université de Caracas, il partit à l'âge de
17 ans (Ndt. - à 21 ans) pour l'Espagne dont
le roi, qui tenait en haute estime sa famille,
lui confia le commandement d'une compagnie;
là, il fit venir de France des professeurs de
mathématiques et de génie militaire afin de
compléter son instruction; il fit ses
premières armes dans la campagne d'Alger et à
la défense de Melilla (Ndt - au Maroc) où il
combattit vaillamment.
Lors de l'insurrection des colonies anglaises
d'Amérique contre l’Angleterre, Miranda
sollicita en vain l'honneur d'aller servir la
cause de l'Indépendance; mais bientôt la
France et l'Espagne ayant pris parti pour les
Américains, il put enfin partir avec le corps
expéditionnaire comme aide de camp du général
en chef; ses relations avec les principaux
chefs de l'Insurrection américains
développèrent en lui cet immense amour de la
libellé qui fut toujours le mobile de toutes
ses actions, et c'est alors qu'il conçut le
sublime projet d'affranchir son pays du joug
espagnol.
Mais, auparavant, Miranda voulut observer de
près les institutions des peuples; inquiété
par le gouvernement espagnol, qui voyait d'un
mauvais œil ses allures et fit même brûler, un
jour, au nom de la sainte Inquisition, sa
bibliothèque uniquement composée d'ouvrages
révolutionnaires, il donna sa démission
d'officier et parcourut alors successivement
l'Angleterre, la Prusse, la Saxe, l'Autriche,
l'Italie, la Grèce, l'Asie mineure, la Turquie
et enfin la Russie. Présenté à Catherine II
par le prince Potemkine, son premier ministre,
dont il avait su conquérir l'amitié, celle-ci,
frappée par son immense savoir et sa
connaissance approfondie des hommes et des
choses, lui proposa un emploi à son choix.
Miranda refusa cette offre flatteuse voulant,
disait-il, se consacrer tout entier à l'unique
but de sa vie : l'affranchissement de sa
patrie; mais comme l'Espagne le faisait
réclamer par son ministre, Catherine II, pour
le mettre à l'abri, lui décerna le titre de
colonel.
En 1790, il revint à Londres après avoir
parcouru la Suède et la Norvège, le Danemark,
les villes hanséatiques, la Suisse et la
France; il faillit même entraîner Pitt dans
une insurrection de l'Amérique espagnole.Ce
mouvement en faveur de son pays, que Miranda
n'avait pu faire éclater en Angleterre, il
crut pouvoir le provoquer en France, qui était
alors en pleine révolution.
Convaincu que, de la Révolution Française,
naîtrait enfin l’ère de la liberté pour
l'Amérique du Sud, il revient à Paris, se lie
avec Pétion, Brissot et les Girondins et
embrasse avec enthousiasme leurs idées;
désireux de s'acquérir des droits à la
reconnaissance de la nation française, afin de
rattacher plus tard à sa cause, il accepte du
service et part en qualité de maréchal de camp
rejoindre Dumouriez chargé d'arrêter
l'invasion des armées prussiennes et
autrichiennes; malheureusement, Dumouriez se
fit battre au défilé des Argonnes. Miranda,
qui avait su rallier sa division, prit alors
le commandement et montra les plus brillantes
qualités dans cette fameuse retraite où il
sauva l'armée française ; et trois jours
après, celle-ci répara ses désastres par
l'éclatante victoire de Valmy.
Nommé lieutenant général à la suite de ces
exploits, il fait la campagne de Belgique, est
au premier rang à la victoire de Jemmapes, et,
le 14 novembre 1792, Dumouriez fait avec
son armée victorieuse son entée triomphale
dans Bruxelles ayant Miranda à sa droite
et à sa gauche le général Chartres (plus tard
le roi Louis-Philippe); le 26 novembre 1792,
Miranda s'empare d'Anvers et pacifie ensuite
toute la Flandre.
Pendant ce temps, Miranda avait été vivement
sollicité par le gouvernement d'aller dans
l'Amérique du sud provoquer un mouvement
insurrectionnel contre l’Espagne.
« Le sort de cette dernière révolution
dépend d'un homme, écrivait le 28
novembre 1792 à Dumouriez Brissot, président
du Comité de défense nationale : Vous le
connaissez, vous l’estimez, vous l'aimez :
c'est Miranda; son nom lui vaudra une armée
et ses talents, son courage, son génie, tout
nous répond du succès. Les ministres sont
tous d'accord sur ce choix, mais ils
craignent que vous refusiez de céder
Miranda; je leur ai dit: vous ne connaissez
pas Dumouriez....; il brûle de voir la
révolution du Nouveau Monde s'accomplir,
il sait que Miranda est le seul homme
capable de le faire et quoiqu'il ait
besoin de lui, il le cédera parce qu’il
saura qu'il est plus utile ailleurs.
»
Miranda qui ne se dissimulait pas les
difficultés insurmontables que rencontrait,
pour l'heure, ce projet grandiose, il refusa
cette mission et le poste de gouverneur
général de Saint-Domingue.
Dès la fin de 1792, Brissot et Pétion auraient
voulu remplacer Dumouriez par Miranda comme
général en chef. « Dumouriez ne peut
nous convenir, écrivait Brissot au
Ministre de la guerre, je me suis toujours
méfié de lui, Miranda est le général de la
chose, il entend le pouvoir
révolutionnaire, il est plein d'esprit et
de connaissances.» Mais Miranda
était étranger et presque inconnu en France et
ce projet fut abandonné plus tard. Cependant,
il fut désigné pour remplacer Monge au
Ministère de la marine, mais Dumouriez fit
rapporter cette décision en déclarant que si
on lui enlevait Miranda, il ne pouvait se
charger des opérations à lui confiées.
Le 5 Janvier 1793, Miranda est nommé
commandant en chef de l'armée de Belgique; il
prend part à la campagne de Hollande et sur
ses sages observations le Conseil exécutif
rejette le projet de Dumouriez d'envahir la
Zélande; en six jours, Miranda marche sur
Maeseyck, s'en empare, prend Stewenswerdt et
le fort Saint-Michel, bat les Prussiens à
Roermond et les force à repasser le Rhin.
Mais ces succès ne devaient pas être de longue
durée, grâce à l'imprévoyance de Dumouriez;
Miranda reçoit de ce dernier l'ordre de
bombarder Maastricht et, le 21 février 1793,
n'ayant que 25 bouches à feu et l5.000 hommes,
il commence l'investissement de cette place
forte, avec une méthode des mieux conçues qui
lui vaut les éloges du ministre de la guerre
Bournonville. «Le plan de vos opérations
que j'ai examiné avec beaucoup d'attention,
lui écrit celui-ci, m'a paru très sage, et
bien concerté».
Déjà il ne désespère plus du succès, déjà il a
fait les sommations, lorsque malheureusement,
Lanoue est impuissant à contenir en avant
d'Aix-la-Chapelle un corps d'armée autrichien,
fort de 40.000 hommes, qui se portail au
secours de Maastricht; l'armée française
d'observation est forcée, elle bat on retraite
et cet échec oblige Miranda à lever le siège
de Maastricht. Dans cette retraite, Miranda,
avec son habileté ordinaire, accomplit des
prodiges; il parvient hardiment à se réunir à
Valence, opère avec ordre sa retraite sur
Liège et occupe les hauteurs de Louvain d'où
il couvre la Belgique, en attendant des
secours de France.
C'est alors que Dumouriez, désespéré de
l'insuccès de plans conçus à la légère et
aigri contre la Convention nationale dont il
n'a plus la confiance, revient de Hollande
prendre le commandement en chef; il cherche à
faire partager à l'armée ses ressentiments
contre la Convention; seul, parmi ses
généraux, Miranda résiste el lui fait de
sévères remontrances; dès lors Dumouriez a
juré de le perdre; il cesse de le consulter
sur ses opérations, faute impardonnable; au
lieu de rouvrir seulement Louvain, situé dans
une forte position, en attendant des renforts
de France, Dumouriez avance jusqu'à Nerwinde,
et, le 18 mars 1793, à onze heures du matin,
il donne l’ordre de livrer bataille. Les
troupes françaises sont débordées et mises en
déroute et Miranda est encore chargé de
couvrir la retraite de l'armée à Pellemberg;
pendant qu'il s'acquittait valeureusement de
cette tâche délicate, Dumouriez, déjà traître
à la Patrie, rejetait sur Miranda sa honteuse
défaite et le dénonçait à la Convention
nationale.
Traduit le 8 avril 1793 devant le tribunal
révolutionnaire, Miranda se lava des
accusations portées contre lui par Dumouriez
et fut, le I0 mai 1793, acquitté à
l'unanimité, après une brillante plaidoirie de
Chauveau-Lagarde, son défenseur; quinze jours
plus tard, ses amis les Girondins perdaient le
pouvoir et il les rejoignait en prison; élargi
environ deux ans après, le Directoire lui
offrit le commandement d'une armée; il
répondit qu'il avait combattu de bon cœur pour
la liberté, mais qu'il ne voulait pas se
battre pour faire des conquêtes.
Injustement arrêté, le 6 Frimaire an IV (27
novembre 1795), et expulsé de France, il
rentra quelque temps après à Paris et y vécut
en sécurité jusqu'à la Révolution (Ndt - ou le
coup d’état) du l8 Fructidor an V (4 septembre
1797), d’où il fut inscrit sur la liste des
déportés et même sur celle des émigrés.
Miranda passa en Angleterre et ne revint en
France qu'en 1804 (Ndt. – Non, il va continuer
à effectuer des allers et venues entre les
deux rives de la manche). Bonaparte, premier
consul, alors omnipotent, refusa de comprendre
parmi les généraux de l’armée française,
Miranda dont le caractère indépendant ne lui
plaisait pas. Arrêté lors du complot de la
machine infernale (Ndt - Conjuration et
attentat royaliste de décembre 1800), son
innocence fut reconnue et il se retira alors
définitivement à Londres.
Déjà, en 1796, Miranda avait entamé des
négociations avec l'Angleterre en vue d'un
soulèvement des colonies espagnoles
d'Amérique, mais elles avaient échoué par
suite du refus des Etats-Unis de se joindre à
cette opération de crainte de s'aliéner
l'Espagne. En 1801, Miranda reprit ses projets
que la paix d'Amiens fit mettre de côté; en
1804, la guerre ayant éclaté avec l'Espagne,
il rappela à Pitt ses promesses d'autrefois
(Ndt. - Premier ministre britannique, dit le
jeune): les négociations furent menées
rapidement et tout était prêt, lorsque
l'espoir du triomphe de la troisième coalition
contre la France républicaine ajourna encore
la question de l'émancipation de l'Amérique
espagnole.
Las de se voir ainsi joué par l'Angleterre qui
préférait faire ses conquêtes pour son propre
compte, Miranda, sur les conseils d'émigrés
vénézuéliens, résolut tardivement de tenter un
coup de main sur son pays natal, l'Espagne et
la France étant alors en démêlés; le moment
d'agir lui parut favorable; privé des secours
qu'il espérait des Etats-Unis et de
l'Angleterre, il tenta en vain de débarquer à
Coro; une seconde fois, il ne fut pas plus
heureux et ne réussit qu'à sauver sa tête mise
à prix; il rentra alors en Angleterre (Ndt. -
après plusieurs mois de séjour de repli à
Trinidad ou Trinité et Tobago).
Survinrent les événements de la péninsule de
Charles-Quint; Napoléon avait assis son frère
Joseph sur le trône. L'abdication du roi
Charles IV en faveur de son fils Ferdinand.
L'occupation prolongée de l'Espagne et la
captivité de son roi avaient porté une grave
atteinte au prestige de la métropole dans ses
colonies abandonnées à leurs propres
ressources, obligées de s'administrer et de se
défendre elles-mêmes, souvent en dissentiment
avec la junte centrale, l'idée d'indépendance
devait bientôt germer parmi elles. C'est ainsi
qu'en 1810 la junte vénézuélienne bannit le
capitaine général et les membres de l'Audience
et nomme un pouvoir exécutif de trois membres
qui gouvernera le Venezuela au nom de
Ferdinand VII prisonnier.
C’était l'indépendance de fait; il fallait la
maintenir, Simon Bolivar vint alors à Londres,
avec une députation, solliciter l'appui de
l'Angleterre; ses démarches échouèrent.
Miranda, pendant ce temps s'était lié avec lui
et avait réussi à lui inculquer ses idées
républicaines. Le 10 décembre, Miranda,
qu'avait précédé Bolivar, débarquait sur le
sol natal; unis dans un même but : le triomphe
de la liberté, ils commencèrent par créer des
sociétés patriotiques, à l'instar de celles de
la Révolution française et ils firent de si
nombreux prosélytes que Miranda, qui avait été
élu député et nommé lieutenant général, put
voir enfin, le 5 juillet 1811, le Congrès de
Caracas déclarer le Venezuela libre et
constitué en République.
Un gouvernement fut modelé sur celui des
Etats-Unis, mais avec un patriciat et un
exécutif plus fort. Un manifeste fut adressé à
toutes les nations et Luis Delpech (Ndt -
Commerçant français et agent de Napoléon 1er)
fut chargé d'établir des relations entre le
nouveau gouvernement et l'Angleterre. Enfin,
le 14 juillet 1811, le drapeau national créé
par Miranda fut arboré à Caracas.
Trois provinces tenant pour l'Espagne, la
guerre civile éclata bientôt; une première
armée de la République fut complètement
anéantie. Miranda prit alors le commandement
et parvint à s'emparer de Valencia (13 août
1811). Mais bientôt les royalistes reprennent
l'avantage et Santa-Cruz est incendiée par
eux. Cependant, les Républicains se
maintenaient dans leurs positions, lorsque
le 26 mars 1812, un tremblement de terre
(à
lire sur Libres Amériques) sema la
mort et la ruine, surtout dans les régions du
Venezuela occupées par eux; les esprits encore
imbus de superstition y virent le doigt de
Dieu. La cause de l'indépendance semblait
perdue.
En vain le Congrès investit Miranda de tous
les pouvoirs; en vain celui-ci prit le titre
de généralissime et proclama à Maracay la loi
martiale; en vain il chercha par l'exemple à
ranimer le courage de ses troupes que
décimaient la désertion, les fatigues et la
famine; Puerto-Cabello, le dernier rempart de
l'indépendance, défendue par Bolivar, se
rendit aux Espagnols, grâce à la trahison de
Venoni qui leur livra le fort de San Felipe et
Miranda apprit cette triste nouvelle, au
moment même où il célébrait, avec son armée,
le premier anniversaire de la proclamation de
la République vénézuélienne. (Ndt - Les
faits ne sont pas exacts et cela semble être
un beau compromis avec la réalité entre les
deux personnages. L’attitude de Bolivar fut
plus que désinvolte concernant la protection
du fort de Puerto-Cabello sous sa
responsabilité, et la livraison de Miranda aux
troupes ennemies fut très confuse).
La lutte n'était plus possible et le héros de
Pichincha et de Ayacucho (Ndt. – les batailles
se sont déroulées en 1823 et 1824) capitulait
le 25 juillet 1812 à Maracay. La République du
Venezuela disparaissait momentanément du rang
des nations.
Fait prisonnier à la Guaira par les Espagnols,
le 30 juillet 1812 au moment où, avec Simon
Bolivar, il s'embarquait pour l'Angleterre,
incarcéré à la prison de Puerto-Cabello, puis
au fort du Morro de Puerto Rico, il fut enfin
emmené en Espagne et enfermé dans la célèbre
prison de l'arsenal de la Carraca, près Cadix.
Une fin terrible l’attendait et c'est dans un
immonde cachot, après avoir vu échouer, par la
trahison d'un faux ami, ses projets d'évasion,
que devait mourir cet homme, de génie qui
avait si noblement combattu pour la liberté.
Vaincu par la fièvre et les souffrances les
plus atroces, Miranda rendit le dernier
soupir, à l'âge de 60 ans, le 14 juillet 1816.
Ainsi mourut cet apôtre et martyr de
l'Indépendance du Venezuela qui, par ses
hautes qualités, sa connaissance approfondie
de l'art militaire et son profond amour de la
liberté, étonna ses contemporains.
Les Vénézuéliens n'ont pas oublié le
précurseur de leur indépendance et mus par un
pieux souvenir à sa mémoire, ils ont, depuis
la Constituante de Cucuta (12 juillet 1814),
conservé comme drapeau national celui qu'il
avait conçu et fait adopter par le congrès de
1811. Ses cendres n'ont pu être retrouvées,
mais sur la proposition et par décret de
l'éminent général Joaquin Crespo, président de
la République du Venezuela, en date du 22
Janvier 1895, contresigné par les ministres
Ezéquiel Rojas, Fabricio Conde, Guerra,
Lulowsky, David Léon, Luis Ezpelusin et Tosta
Garcia, un cénotaphe, digne de la mémoire de
Miranda, lui a été élevé dans une chapelle du
Panthéon national, à Caracas.
L'inauguration
de ce monument a eu lieu, le 5 juillet 1896,
au milieu de réjouissances sans précédents.
Le souvenir de Miranda est également
conservé en France; son nom est inscrit sur
l'Arc de Triomphe de l'Etoile, à Paris, parmi
les gloires militaires de la Révolution et son
effigie figure dans la galerie des portraits
du musée de Versailles.
Nous ne saurions mieux terminer cette
biographie de Miranda que par ces passages de
Michelet :
« Cet homme héroïque, austère, né noble
et très riche sacrifia, de sa jeunesse,
son repos et sa fortune au triomphe d'une
idée : l'affranchissement de l'Amérique
espagnole. Il n'y a pas d'exemple d'une
vie si complètement dévouée, systématisée
tout entière au profit d'une idée, sans
qu'un seul moment fut donné jamais à
l'intérêt, à l'égoïsme.... Personne
n'avait plus d'esprit, personne n'était
plus instruit. Quant au courage, s'il
n'avait pas la brillante initiative de nos
militaires français, il eut au plus haut
degré la fermeté castillane et cette noble
qualité était fondée sur une autre bien
glorieuse : la force et la profondeur de
sa foi révolutionnaire. »
Note et source d'origine :
(1) L’Annuaire
illustré pour 1897. Notice sur l'ordre
américain du buste du libérateur des
Etats-Unis du Venezuela. Source
textes et illustrations Gallica-BnF.
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- Simon
Bolivar à Paris
-

- Bolivar
en 1810
Louis
Guilaine, pour le journal, Le
Temps (1912)
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«
Si je ne me souvenais que Paris existe et si
je n'avais l'espoir d'y retourner un jour,
je serais capable de ne plus vouloir vivre
» Simon Bolivar
Voici un article glané sur le passage et séjour
de Bolivar à Paris, lors de son deuxième voyage
en Europe. Ce n’est pas le seul texte existant à
ce sujet, et fait appel à un historiographe de
Simon Bolivar, M. Mancini, auteur d’un livre sur
Bolivar que vous pouvez consulter à partir de
cet article au sein des notes de ou sur l’auteur
! Le Libérateur du Nouveau Monde avait
préalablement séjourné en Espagne et en France
jusqu’en 1801, et c’est à cette occasion qu’il
rencontra sa première et seule épouse : Maria
Teresa del Toro y Alayza, fille du Marquis del
Toro. Celle-ci va décéder rapidement après son
mariage au Venezuela et le très impulsif Bolivar
vouloir noyer son chagrin au sein des salons
parisiens, où il fut plus que remarqué. Ce sont
les parents de Flora
Tristan qui l’aideront à passer
certaines passes difficiles, et la petite fille
garda un souvenir impérissable de ces moments
partagés et suivra depuis la France son épopée.
Nous sommes loin encore de cet étrange apparenté
que l’on a voulu lui conférer d’être un
équivalent de Napoléon Bonaparte, c’est
possiblement là une projection le résumant à ses
conquêtes et inévitablement un regard proprement
autocentré ou bien un parallèle faussé, car
impropre. Cependant les descriptions, les
aventures de ce dernier et ses traits
romantiques à la René (Chateaubriand)
peuvent se confondre dans cette inclinaison
mélancolique avec la légèreté parisienne, de ce
récit synthétique, d’un ton très classique,
voire très franco-français. Cet art de sombrer
dans tous les premiers clichés venus à l’égard
des Amériques, et toujours un brun condescendant
et avide de détails d'un intérêt mineur, pour ne
pas dire ridicule.
Cependant il est cité quelques personnages clefs
de la relation franco-vénézuélienne et plus,
notamment avec le Baron von Humboldt et son
coéquipier Aimé Bonpland botaniste. Ils
parcoururent les premiers certains coins du
Venezuela jusqu’alors non exploré et A.
Humboldt, enseignant de géographie en France
produire une des plus belles sommes de son temps
sur l’Amérique méridionale. Et sous le coup d’un
contre-temps où ils devaient à l’origine se
rendre en Afrique, mais ne purent s’embarquer
faute de se voir prisonniers ou tués lors de
leurs aventures scientifiques et surtout
maritimes.
Toutefois, revenons sur le tout jeune Simon
Bolivar, orphelin de ses deux parents à l’âge de
neuf ans. Ses crises existentielles prenaient
des formes incontrôlables, jusqu’à fuguer et
refuser toute autorité adulte en dehors de sa
nounou noire Hipolita. A Paris, dans ses
changements abruptes, il va passer du festif à
l’étude et toujours avec le même investissement.
Seules deux personnes durant son enfance
arrivèrent à le stabiliser émotionnellement,
dont Simon Rodriguez - qu’il retrouvait en
Europe moins d’une dizaine d’années après avoir
été son éducateur au sens plein. On peut parler
d’un père spirituel et si le rapide portrait du
journaliste Louis Guilaine sur Simon Rodriguez
alias Samuel Robinson est en parti erroné,
celui-ci l’a fortement inspiré au-delà de son
rousseauisme à mener le combat des
indépendances. Celui que l’on désigne comme le
«maestro de Bolivar» reste encore une figure
très effacée de l’histoire et son initiateur aux
secrets et à la connaissance.
Hors du cadre de ses frasques et dépenses
parisiennes, ce fut aussi l’occasion de son
initiation au sein d’une loge maçonnique
sud-américaine qui a connu ses premières bases
dans la capitale et dont le fondateur était Francisco
de Miranda. Je ne puis l’affirmer à
coup sûr, mais je présume son initiation dans
les anciennes carrières des Buttes-Chaumont.
Mais point d’emballement, la relation de Bolivar
aux loges fut distante lors de son exercice du
pouvoir à partir des années 1820, ce qui a été
la cause de divisions politiques, en ce domaine,
rien n’est simple (lire les notes sur Jules
Mancini). Tandis qu’à Paris à la même époque
l’on portait un chapeau nommé le Bolivar pour
signaler ses opinions. Ne serait-ce que pour
montrer le rapport un peu frivole en comparaison
à la dimension historique et intellectuelle du
personnage, donc à relativiser, mais comme un
symbole, ou soutien à une lutte républicaine
inédite ou difficilement comparable dans sa
nature.
L’influence de la France est indéniable, mais il
faut rester prudent. Il n’y a aucun doute, après
l’indépendance des Etats-Unis, le choc
retentissant de la Révolution française sera
source à peser et en premier dans une traduction
en espagnol de la déclaration des Droits de
l’Homme et du citoyen (Par Narino, de la
Nouvelle Grenade ancien nom de la Colombie) qui
prendra date outre-atlantique. Mais, et ce n’est
pas un bémol, Bolivar et d’autres vont croire en
tirer un enseignement. Sauf à rappeler que si la
gouverne des Bourbon de France n’eut rien à
envier à sa branche espagnole, au titre des
influences, c’était un beau calque sur la nature
de certaines lois répressives, et institutions
aux plus pauvres. Sans parler du poids de
l’Inquisition abolie avec les indépendances des
colonies hispano-américaines le temps court de
la Grande Colombie, éphémère.
Bolivar, bien qu’un peu rebelle face à
l’enseignement scolaire et aussi un grand
vadrouilleur des rues de Caracas dans sa prime
jeunesse. Il avait déjà lors de son premier
séjour fait une pause et s’était formé l’esprit
à de nouvelles sources de connaissances, après
avoir vécu quelques périodes somptueuses. A
noter que c’était l’homme le plus fortuné du
Venezuela et qu’il va profiter des éclats d’un
héritage et d’un capital qui lui permit
d’épouser ses rêves. Le terme riche est
peut-être même insuffisant au regard de ce qu’il
posséda… Une particularité de cet homme dans ses
correspondances : être le plus synthétique et
court possible. Et comme le pose en préambule
l’auteur de l’article reflétant assez peu
au final son introduction sur la démocratie en
terres américaines, le sujet est bel et bien
toujours d’actualité… et assez lointain de nos
paillardises journalistiques.
Note de présentation de Lionel Mesnard, du
30 avril 2016
|
- Simon
Bolivar à Paris,

Station
de métro à Paris dédié à Bolivar - Paris
XIX° arrondissement
Journal, Le Temps, mardi 11 juin
1912 (*)
«
Les études et les travaux sur les origines des
démocraties sud-américaines sont de plus en
plus à l'ordre du jour. Un de nos jeunes et
distingués diplomates, M. Mancini, s'est
laissé tenter à son tour par l'épopée du
Libertador Simon Bolivar (1783-1830), non
moins glorieuse ni moins passionnante que
celle dès conquistadors, et publie un
important volume sur Bolivar et l'émancipation
des colonies espagnoles (1). Ce livre, d'un
réel intérêt historique, littéraire et
documentaire, contribue à jeter plus de
lumière sur une période de l'histoire du
Nouveau Monde restée assez obscure, et à
mettre plus en valeur qu'il ne l'a été
jusqu'ici le rôle, à la vérité très
considérable, que la France a joué dans
l'émancipation sud-américaine.
M.
Mancini (**) a reconstitué avec un vif relief
la personne et le caractère de Bolivar et
s'est attaché à faire ressortir l’inspiration
vraiment française de son oeuvre libératrice.
Dans des pages aussi vivantes et palpitantes
qu'un roman, il nous montre le jeune patricien
de Caracas, veuf à vingt ans d'une épouse
qu'il aimait éperdument, venu en Europe pour
s’étourdir et s'oublier et trouvant dans une
Française, Fanny de Trobriand, sa cousine par
alliance, fille d'une soeur de M.
d'Aristeguieta dont Bolivar avait hérité son
majorat, et mariée à M. Dervieu du Villars, de
beaucoup plus âgé qu'elle, la confidente,
l'inspiratrice des nobles aspirations qui
sommeillaient en lui.
Mme
du Villars, qui était alors âgée de vingt-huit
ans, témoignait à son cousin une vive
affection. Bolivar était à cette époque un
jeune romantique qui traversait la vie
«hautain, tourmenté, désabusé en apparence,
affichant un mal inguérissable, jouant les «
René » que Chateaubriand mettait alors à la
mode». (Ndr - C’est-à-dire jouant son propre
rôle, René est un des prénoms de l’auteur
romantique).
Fanny
s'institua sa conseillère, sa directrice. Une
correspondance suivie s'établit entre Bolivar
et sa cousine, qu'il appelait Thérèse. (Ndt -
Son épouse décédé de même) Son style se
ressent manifestement de l'air du siècle, des
pâmoisons, des soupirs et des regards au ciel
dont Saint-Preux et Julie embarrassaient leur
écriture.
Bolivar
connaissait depuis longtemps l'état de sa
fortune. La lettre qu'il avait envoyée à
Caracas pour avertir son oncle don Pedro de
son futur mariage fait allusion au «majorat
important» qu'il risquerait de perdre, si
«conformément aux volontés au légataire», il
ne venait s'établir à Caracas, et les
précautions qu'il avait prises, d'accord avec
son frère, avant de quitter pour la seconde
fois le Venezuela, afin que ses revenus lui
fussent régulièrement assurés, ne laissent
aucun doute sur sa prévoyance. C'est donc pur
romantisme que ces lettres à «Thérèse», mais
elles n'en restent que plus caractéristiques
de l'état d'âme du disciple de Rodriguez et du
lecteur passionné de Jean-Jacques :
« Le
présent n'existe pas pour moi c'est un
vide absolu d’où ne peut naître un seul
désir capable de laisser de trace en ma
mémoire. Ah Thérèse, ce sera là le désert
de ma vie… À peine un caprice
m'effleure-t-il, je m'efforce de le
satisfaire, mais ce qui me semblait
désirable me devient odieux aussitôt que
je m'en suis emparé. De nouveaux
changements que le hasard imposerait à ma
vie me satisferaient-ils? Je l'ignore,
mais si ces revirements se dérobent, je
retomberai sans doute dans l'abattement
dont m'a tiré mon précepteur en
m'annonçant mes quatre millions. »
Ce
précepteur, c'est Simon Rodriguez, une
puissante caricature de Jean-Jacques, qui
avait fait de Simon Bolivar son «Emile». Simon
Rodriguez, qui fut le compagnon de jeunesse et
l'éducateur du Libertador, était un type
curieux qu'on aurait cru emprunté à quelque
galerie des philosophes français du
dix-huitième siècle. Après s'être à quatorze
ans querellé de telle sorte avec son frère
aîné qu'il abandonna le nom paternel pour
n'avoir rien de commun avec lui et prit le nom
de sa mère, il s'était fait mousse (Ndt - Non
il fut typographe et s'installa aux Usa plus
tardivement). Il était parti pour l'Europe,
avait vu en France la Révolution, puis était
revenu se marier au Venezuela (Ndt - faux), et
plein d'admiration pour le calendrier
révolutionnaire, il avait donné à ses enfants
des noms de légumes ( Ndt - rire).
Devenu,
pédagogue (Ndt - vrai), compromis dans les
complots des patriotes vénézuéliens contre la
domination espagnole, mais relâché faute de
preuves, il avait dû quitter le pays et son
élève et reprendre le chemin de l'Europe en
changeant encore une fois d'état civil. Il
s'appela dès lors don Samuel Robinson. Simon
Bolivar l'avait retrouvé à Vienne préparateur
du laboratoire de chimie d'un seigneur
autrichien. L’ancien précepteur avait tenté
alors d'éveiller les grandes et nobles
passions chez son «Emile» (2), mais l'heure
n'était pas encore venue ou devait se révéler
le, futur libérateur, à, en juger par la vie
qu'il mène :
À
Vienne, puis à Londres, à Madrid, à Lisbonne,
il mène un train de prince, perd au jeu cent
mille livres en une soirée, prodigue l'or «à
la seule apparence des plaisirs».
«Je n'aspirais pas aux richesses -
écrit-il à Fanny au sortir de si belles
équipées, elles se sont offertes à moi sans
que je les aie souhaitées. N'étant pas
préparé à résister à leur séduction, je m'y
abandonne entièrement.»
A
Paris, il s'ennuie, écrit-il encore, mais il
faut croire cependant qu'il ne s'y ennuyait
pas autant qu'il le prétendait. Un de ses
familiers relate que plus tard le Libertador,
au milieu des graves soucis de la lutte,
prenait grand plaisir à conter ses fredaines
de Paris et à dénombrer les beautés qu'il
avait aimées en France, à citer les calembours
de Brunet, à chanter les couplets en vogue.
C'est alors qu'il faisait au général Mosquera
cette confidence «Si je ne me
souvenais que Paris existe et si je
n'avais l'espoir d'y retourner un jour, je
serais capable de ne plus vouloir vivre.»
Bolivar avait dû certainement rencontrer peu
de cruelles si l'on en juge par ce portrait
très joliment tracé par M. Mancini :
Bolivar
était alors un cavalier de noble et belle
prestance. On pouvait malaisément, où il se
trouvait, figer les yeux sur une autre
physionomie que la sienne. Le magnétisme
irrésistible qui plus tard rendra soumis en sa
présence ses ennemis, même les plus résolus,
émanait déjà de toute sa personne. Sous les
paupières un peu lourdes, ornées de longs cils
noirs, autant d'étincelles que de sourires
échappaient au feu sombre de ses prunelles.
Il
avait le teint mat et chaudement doré, le
front haut et serré vers les tempes, les
joues maigres, le nez long, droit,
correctement courbé, aux ailes accusées et
fines, la bouche d'un dessin ferme, relevée
délicatement à la commissure des lèvres
modérément colorées et saillantes la lèvre
supérieure notablement allongée s'ombrait
d'une moustache naissante le menton était bas,
carré et quelque peu cossu. Des favoris
châtains contrastant avec une chevelure brune,
qui tombait sur le cou en boucles
frisottantes, suivaient l'ovale très long du
visage.
De
taille moyenne, le buste étroit, les jambes
grandes, svelte et bien découplé cependant, il
affectait la plus élégante recherche de mise
et de manières. Mais la vivacité de son geste,
l'agitation de sa démarche, sa voix aiguë
et sonore semblaient mal adaptées au
cadre restreint d'une chambre. On imaginait
mieux Bolivar dans un vaste décor de paysage
et de soleil.
Son
nouvel historiographe nous le montre dans le
salon de Mme du Villars, qui rivalisait dans
le Paris si brillant du Consulat et des
premières années de l'Empire, avec celui des
Ségur, de Mme de Talleyrand, de Mme
d'Houdetot. Il y vit toutes les «reines du
jour», Mme Récamier et Mme de Staël, et les
hommes politiques les plus célèbres, des
généraux couverts de gloire, le prince Eugène,
des savants, Talma, etc.
Impulsif,
raisonneur et disert, Bolivar tenait dans
cette compagnie une place qu'on n'eût pas
attendue de sa jeunesse et de sa qualité
d'étranger. Il querellait le prince Eugène qui
s'était avisé de courtiser cette même Thérèse
avec laquelle correspondait si éloquemment le
disciple de Rodriguez. Il apportait dans ce
milieu raffiné une note d'exotisme un peu
brusque dont la hardiesse spirituelle
intéressait et s'imposait à tous.
Incertain
de sa destinée, il continuait toutefois, à
défaut d'autres fièvres, à chercher dans lés
plaisirs l'indispensable aliment de son âme.
Le libertinage, la passion du jeu
l'absorbèrent. Les galeries de bois du Palais
Royal retentissaient de ses folies. Les
supplications de Thérèse finirent cependant
par émouvoir ce déplorable cousin. Il perdit
une somme considérable, et Rodriguez, venu
tout exprès de Vienne, le morigéna
d'importance. On était à la fin de novembre.
Bolivar quitta la rue Vivienne (l’hôtel des
Voyageurs, s'y trouve une plaque rappelant son
passage) pour une résidence plus calme, rue de
Lancry (Paris – X° arrondissement, lieu non
identifié). Il s'assagit, revint à ses livres.
C'est,
alors qu'il se lia avec Humboldt auquel Mme du
Villars l'avait présenté quelque temps
auparavant. C'est à ce contact entre l'esprit
prophétique du savant baron, qui revenait de
son grand voyage de l’Amérique du sud dont il
prédisait déjà les immenses destinées, et
l'âme ardente du jeune Américain que se
révélèrent la vocation et la haute mission de
Bolivar. Le futur Libertador avait trouvé sa
voie.
«La
tête pleine alors des vapeurs de l'amour»,
comme
il l'a dit lui-même, il assista au sacre de
Napoléon. Le spectacle inouï de cette
apothéose, qui lui sembla le terme ultime, de
l'ambition d'un homme, l'exalta et décida de
son destin :
« Bien
que je fusse loin d'imaginer qu'une telle
fortune dût m'échoir un jour, dira-t-il
plus tard, j'évoquai malgré moi l'esclavage
de ma patrie et l'auréole dont pourrait
resplendir son affranchissement».
Peu
après, Bolivar partait pour l'Italie avec
Simon Rodriguez, et à Rome, dans un transport
sublime, sur le mont Sacré, il fait à son
fidèle précepteur ce serment :
Ah!
mon ami par tous ces immenses souvenirs, par
ma patrie et mon honneur, je jure de ne
donner de repos ce bras qu'il n'ait délivré
l'Amérique du joug de ses tyrans!
Bolivar
a tenu parole. Il va, par ses victoires de
Carabobo, de Boyaca, de Pichincha, etc.
affranchir le Venezuela, la Colombie,
l'Equateur, la Bolivie, le Pérou, où il
donnera la main à San-Martin, libérateur de
l'Argentine et du Chili. M. Mancini est
vraiment un historien éloquent et
merveilleusement documenté de cette épopée.
Note de
l’auteur et compléments (*) et (2) :
(*) Ses noms et prénoms de baptême : Simón
José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar de
la Concepción y Ponte Palacios.
(1)
Jules Mancini : Bolivar et
l'émancipation des colonies espagnoles,
des origines à 1815. A la Librairie
académique Perrin et Cie, ouvrage publié de 620
pages à Paris en 1912. Source :
Bibliothèque Manioc - Pointe-à-Pitre
(**) Jules Mancini comme il est précisé dans
l’article a été un jeune représentant
diplomatique et l’auteur d’un seul livre en
raison d’un décès prématuré. Il existe peu
d’information à son sujet, hors cet article
élogieux du journal le Temps de 1912. Cet
ouvrage est à lire avec distance et critique,
les propos et les références sont plutôt
réactionnaires (Guizot, Taine, Gobineau entre
autres) et l’analyse des populations en « races
» portent toutes les traces d’une pensée raciste
sur un ordre politique de même. C’est en quelque
sorte le regard d’un colonisateur, cette race
bien particulière d’assassin, de gens sans
vertu. Nous avons là une défense et illustration
de l’ordre colonial consigné par un diplomate et
son analyse historique révélatrice de son
époque. Il reste cependant à lire pour les plus
courageux, parce qu’il donne accès aussi à des
éléments biographiques sur Bolivar qui ne sont
pas à négliger, mais qui peuvent être faux ou
infondés aussi. Pour exemple, l’initiation de
Bolivar trouve plusieurs dates et deux lieux
possibles entre 1803 et 1808 entre Cadix et
Paris, pour ce qui est le seul secret existant
de la maçonnerie. Comment se déroule le rite
initiatique? De fait on ne peut que supputer,
présumer à la limite de la fiction.
(2) Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762,
source UQAC : Emile
ou de l’éducation
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« L’épée de Bolivar »
ou Mélenchon ce « grand malade »
qui voudrait nous gouverner ? |
Maison
où
fut exposé le corps de Bolivar en 1830 avant son
enterrement – source BNF
Photographie de Joseph de Brettes en 1892 depuis
Santa Marta (Colombie)
« En 1827, début du déclin de son pouvoir, il
parvint à réunir un congrès à Panama, dont le but
officiel fut d'établir un nouveau Code international
démocratique. Des délégués viennent de Colombie, du
Brésil, de La Plata, de Bolivie, de Mexico, du
Guatemala, etc. Son intention réelle était de
transformer toute l'Amérique du Sud en une république
fédérative soumise à sa dictature. Tandis qu'il
lâchait ainsi la bride à son rêve d'attacher la moitié
du monde à son nom, le pouvoir réel échappait
rapidement à son emprise ». De Karl Marx publié en
1858 et traduit de l'Allemand par Louis Janover.
J’ai tenté pas une fois, mais plusieurs de mettre de
l’eau dans mon vin, j’ai cru que le député européen
arriverait à prendre de la distance avec ses vieux
démons, ce sont exactement les mêmes bourdes ou
contradictions qui refont surfaces en 2016, comme en
2012. Il faut absolument regarder la vidéo de ce dernier
à Paris le 26 novembre, attention, c’est pathétique (1).
En onze minutes, c’est la nausée assurée, et une honte
certaine pour la mémoire des oppressés. Un traitement
médico-psychologique pourrait-il s’avérer
nécessaire?
Tout comme les grands agités, il vaut mieux éviter de
les contredire, surtout que la meute des fanatiques est
hystérisée par les personnage délirants, soyez prudents
! Malheur à celui qui viendrait contredire le «lider
minimo»! J’assume la part narquoise, parce que la
référence à cette brute épaisse et cruelle que fut
Castro Fidel n’est pas une surprise (lire le
post-scriptum). Faute de représenter un mouvement
émancipateur et constructif pour la gauche française,
les vieux oripeaux stalinistes servent encore de matrice
à des allumé-e-s.
Comme les petits télégraphistes de Poutine, c’est
vraiment trop dans sa version reptilienne. Monsieur
Mélenchon, il serait temps de plier bagage et prendre
votre retraite de sénateur et des leçons de comédiens
pour les feuilletons à l’eau de rose. À ce rythme, il
n’y a nulle raison de suivre un agent suicidaire ou
ventilateur des pires thèses régressives et
nationalistes, mais à s’en prémunir.
Le fait de se référer à l’épée de Bolivar a quelque
chose de cocasse, et où se trouve une partie des causes
de l’enlisement des républiques des Amériques espagnoles
au XIX° siècle. Le caudillisme après 1830 ou ce qui fut
la fin de la Grande Colombie a été l’horizon pesant de
l’après Bolivar. C’est-à-dire jusqu’en 1936 au
Venezuela, ce que l’on désigne après comme la période de
transition vers la démocratie. Qui ne prendra forme qu’à
la fin des années 1950 avec Romulus Betancourt. Avec
toujours à sa tête des militaires, la société civile
passant pour bonne part à la trappe, l’armée
vénézuélienne est un état dans l’état depuis toujours.
Pour précision, celui que l’on nomme le Libérateur (El
libertador) est à la source d’idéologies
contradictoires. La question est plus de savoir : quel
courant sur l’échiquier politique n’a-t-il pas nourrit?
En fait de l’extrême droite jusqu’à ses opposés ou
oppositions politiques, ils se réclament tous de cette
«épée» bolivarienne, des juntes sanguinaires aux
révolutionnaires maoïstes et pro-cubains. Elle a servi
plus à répandre du sang qu’à étendre la démocratie. Et
probablement n’ayant rien à voir avec ce qu’a pu penser
ou écrire Bolivar, le mythe est une donnée à la peau
dure. Sauf à souligner, qu’un des tenants de la
libération des peuples Latino-américains du joug
castillan est décédé au nord de la Colombie (département
de Santa Marta). En exil de ses nations émergentes, nées
d’une lutte sans merci contre l’occupant ou l’empire
colonial le plus violent de toute l’histoire de
l’humanité. Surtout à avoir pour constat d’avoir
«labouré la mer» ou les fonds marins, à la fin de ses
jours. Pour les amateurs de littérature, lire absolument
Gabriel Garcia Marquez et son Général dans le
labyrinthe. (2)
Mort d’épuisement après avoir libéré de Caracas à
Guayaquil les populations opprimées. Deux ans avant sa
mort, la vie de Bolivar sera attentée à Bogota en 1828,
et sauvée de justesse par sa compagne Manuela Saenz, sa
«libératrice». Le tout avec un parfum de trahison et
pour le savoureux de la chose possiblement en raison de
luttes intestines entre des loges franc-maçonnes
sud-américaines. Des Libéraux aux Conservateurs (de la
gauche à la droite) tous se réclament du même homme et
vont en Colombie se faire la guerre pendant des
décennies jusqu’aux années 1960. Vous comprendrez que le
fil de cette épée peut nourrir toutes les erreurs et
monstruosités commises au nom des causes les plus
obscurantistes.
Il y a encore peu Mélenchon avait flingué la gauche et
incarnait tout le «peuple». Ce rétropédalage dans la
semoule en se réclamant comme le bras armé de la gauche,
n’est pas celle d’un individu sain d’esprit, selon mon
entendement. Je n’ai rien contre l’homme en tant que
tel, et si l’annonce du décès de Castro me laisse froid
ou de glace, j’ai simplement du mal à compatir pour un
meurtrier et dictateur, et je tenais à manifester que
non seulement, je ne regrette pas d’avoir rapidement fui
le troupeau des «insoumis», mais qu’en aucun cas, je ne
voterai pour lui et ses partisans.
Comme acte de décès, merci néanmoins pour cette
révélation à Jean-Luc Mélenchon, je le laisse avec ses
moulins à vent. Nous n’avons pas besoin d’un Don
Quichotte du marxisme léninisme, ou d’un Jean-Luc
Bonaparte, la main dans le manteau et presque le menton
à la David (le peintre) : regarder à la fin de
l’enregistrement, ceci dénote toute la misère de la
philosophie des temps actuels. Je vous invite par
ailleurs à la lecture de Marx sur Bolivar y Ponte!
(3). La critique est d’un usage difficile, et ma seule
épée est ma plume et j’ai vraiment autre chose à faire
que mirer la décomposition intellectuelle d’un
socialisme de petits et grands bourgeois. «Inventons ou
nous errerons» est la seule maxime à retenir d’un proche
de Simon Bolivar.
Dans toutes ses spéculations ou délires, les avatars de
la pensée magique en plein débat pour les
présidentielles ne font pas vraiment un programme. Il y
a vraiment de quoi se tenir à distance de cette tragédie
comédie aux airs incantatoires. Oui, Jean Luc :
vous êtes le plus grand et le plus beau du monde
intergalactique et on vous aime… D’accord, mais de mort
lente comme chantait Brassens pour les idées ! En
attendant au Venezuela ce sont à nouveau les plus
faibles qui trinquent et face à des accapareurs de
pouvoir furieux de chaque part, il est impossible
d’arbitrer dans la folie. Ici nous connaissons des
problèmes de surproductions alimentaires, là-bas on
manque de tout. Et le président Maduro danse la Salsa et
joue le pousse disque dans son studio radio à lui tout
seul, comment ne pas exprimer un gros malaise.
Les enfants de la compagne de Maduro sont incarcérés
pour trafic de drogue de cocaïne à New York, tout le
portrait des labourages contemporains et qui n’ont rien
de politiques. Mais se comptent en des milliards partis
en fumée dans le budget des pétroles nationaux (PDVSA),
on ne sait dans quelles poches ou paradis fiscal? Mais
pas au service de la lutte contre la pauvreté reprenant
le cours de la hausse depuis 2013, le pays jonglant
pendant ces temps derniers avec 700% d’inflation. Tout
est de la faute des autres, c’est bien connu, le grand
méchant empire étasunien est derrière, il complote, tout
s’explique aux idiots utiles du système capitaliste et à
l’entretien de ses phénomènes parasitaires! Où se trouve
le soutien internationaliste? à ce sujet beaucoup de
blabla et pas d’actes concrets et sortant du morbide de
la chose.
À ce stade de connaissance plutôt faible de ce que peut
représenter le spectre des grandes gloires
latino-américaines, et l’ignorance assez généralisée sur
les Amériques ibériques et son histoire passée me pousse
à retourner à mon labeur. Je vais aller cultiver mes
petites différences…
A bientôt qui sait !
Billet
de Lionel Mesnard le 28-11-2016
Notes :
(1) Intervention de J-L Mélenchon le 26-11-2016 sur
Youtube, lire les commentaires, c’est édifiant: Cliquez
ici
!
(2) Lire une brève critique du roman historique de
Garcia Marquez, Le Général et son Labyrinthe: Cliquez
ici
!
(3) pour la référence à Bolivar y Ponte de Karl
Marx (1858) : Cliquez
ici !
Pour les hispanophones, il existe une version en
espagnol en ligne : Cliquez
ici !
Dernière
maison de Simon Bolivar et
son jardin à Santa Marta
Source
Gallica-BnF - Photographies de Joseph de
Brettes.
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Ti-Sarko
s’en va
et Monsieur Nobody triomphe
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Jacky
Dahomay, le 28 novembre 2016 (*)
A peine avions-nous voulu, il y a une semaine, inscrire
Ti-Sarko dans l’histoire en faisant de lui un personnage
d’une sorte de conte créole, qu’il se retrouve
aujourd’hui brutalement éjecté de l’histoire. Nous nous
sommes trompés. Mea culpa donc. Nous avions oublié que
l’histoire traîne toujours derrière elle ses
poubelles et qu’elle aime de temps en temps se faire une
beauté même à coup de karcher. Les Africains
peuvent bien rigoler.
Ti-Sarko doit maintenant s’éclipser, abandonnant
comme il le dit ses « passions publiques » pour
ses « passions privées ». Il emprunte désormais, non pas
les voies publiques, mais les chemins détournés, ce
qu’en créole on nomme les Chimin chyen,
(chemin des chiens), chemins de traverse en quelque
sorte mais qui ne sont pas tout à fait ce que les
Allemands nomment Holzwege (chemins qui rentrent dans le
bois mais qui s’y perdent). Titre d’ailleurs d’un
livre de Heidegger qui est traduit en français sous
le titre de Chemins qui ne mènent nulle
part. (Le bruit court que pour son départ, Fillon – sur
les conseils clandestins de Macron - aurait décidé
de lui offrir ce livre du philosophe
allemand, mais nous n’avons pas pu vérifier une
telle information).
Notre pauvre héros quitte donc le pouvoir et s’en va
seul, vers un nouveau destin. Comme dirait Hésiode, il
marche mais il marche vers rien car les dieux ont
caché ce qui fait vivre les hommes. Sur les chemins
poussiéreux, il pense au récit de la Genèse et se
demande si lui aussi n’est pas que poussière car au fond
il sait bien que toujours, demain, la terre reste à la
terre. Y aurait-il une dimension tragique dans la
passion de Ti-Sarko ?
En tout cas, il n’emprunte ni une bicyclette, comme le
fit une ministre démissionnaire, ni une moto comme
pourrait le faire un président normal à son départ ni
non plus un cheval comme le ferait un nouveau
président sans nom imitant, le héros du western de Tony
Valerii, My name is nobody. Il s’en va seul, à pieds,
comme Œdipe aveugle quittant Thèbes ou Saint-Paul sur
les chemins de Damas. Peut-il encore avoir une
illumination? Sans doute, mais on ne peut croire qu’elle
puisse être de nature politique. Toutefois, on ne sait
jamais. Nous serions très attristés de devoir
écrire un jour : « le retour de Ti-Sarko ». Peut-être,
par les temps qui courent, une illumination
religieuse ?
Nous voyons mal Ti-Sarko en moine ou en Saint-Nicolas !
Disons plutôt une illumination dans ses «passions
privées» mais là, il faudrait une autre écoute que
la nôtre. En attendant, le Nicolas aux
passions tristes, dans une solitude terrible et une nuit
aveuglante, rêvant d’aspirateur sinon de karcher
et pensant à son ancien collaborateur, creuse son
sillon pour aller...vers où ?
Vers son Ithaque bien sûr, dans cette France par lui
dangereusement brunie, en direction de son lieu privé où
l’attendent un bruit de casseroles et l’odeur des
frites et où l’espère, sur le parvis de sa
demeure, Carla sa frétillante Pénélope. Et là il
apprendra que s’il y a des allers à Ithaque, les retours
d’Ithaque sont toujours difficiles. Il n’y a que des
Fillon à savoir creuser les sillons d’un tel espoir,
quitte à emprunter les chimin chyen. Ti-Sarko n’ira donc
plus jamais à l’Elysée. Mais un autre palais peut
l’attendre.
Nous disons donc adieu à Ti-Sarko mais subitement un
doute nous assaille. Avons-nous vraiment bien pensé la «
passion de Nicolas » ? Celle-ci n’aurait-elle pas un
sens historique ? Ne serait-ce que dans une négativité à
la mode hégélienne : la ruse de la raison c’est
quand celle-ci utilise les passions des hommes pour
arriver à ses fins. Et si Ti-Sarko avait accompli une
œuvre, même basse? Serions-nous bien allés aux
faits ? N’aurions-nous pas eu une vision trop
politicienne de la politique? Car comme l’écrit Régis
Debray dans son livre Allons aux faits
(Gallimard) : « La politique nous cache le
politique comme les joies de la baignade
le cycle des marées ».
Les
forceurs d’histoire dit-il aussi, sont toujours un
peu zinzins. Mais, ici, on pourrait nous faire cette
remarque :
Arrêtez ! Qu’aurait donc forcé Ti-Nicolas? Vous
n’allez tout de même pas le remettre dans
l’histoire d’où on vient de le chasser !
Eh bien oui, un peu ! Car nous prenons au sérieux ce que
dit notre ami Régis : « Le plafond de possibilité
des inventions politiques est plus bas que ce qu’on
aime à penser, afin de jouer de son mieux sur les
variations de l’invariant (…) C’est le jeu de
la politique précisément, que de déployer tout
l’éventail des traitements possibles de l’invariant »
- Poursuivez plutôt votre ti-conte antillais sur
Sarkozy et cessez d’être obscur avec vos références à
Debray. C’est quoi cette histoire d’invariant?
« On m’a appelé l’obscur et mes propos étaient
de mer ». Nous ne savons pas pourquoi nous
viennent à l’esprit ces paroles de Saint-John Perse,
poète d’origine guadeloupéenne et que Pétain
déchut de sa nationalité française. C’est
que nous parlons d’Outre-mer et les divers récits
identitaires proposés de la Mère-patrie nous
interpellent. Nous préférons la pêche en mer aux joies
de la baignade.
Nous sommes plus observateurs des mouvements des marées
d’autant plus que, sous nos latitudes, ils sont de
faible amplitude. Ainsi, nous sommes très
attentifs aux permanences, sans doute à ce que Debray
nomme des « invariants ». Cet écrivain nous a appris que
le religieux subsiste en France pays pourtant dit le
plus athée. Ce que sans doute Emmanuel Todd désigne par
le terme de catholicisme zombie, dont du reste
selon lui Hollande serait issu.
Pour donner un exemple, le roman national enseigné à
l’école a-t-il vraiment varié de Jules Ferry à François
Fillon en passant par Sarkozy ? Notons que des « Gaulois
» de Ti-Sarko à la refonte des manuels scolaires voulue
par Fillon, il y a bien une évolution dans la
permanence, mais en pire. C’est d’une part une
falsification de l’histoire de France et d’autre part
un récit qui exclut les citoyens issus de la
«diversité».
Il faut bien noter qu’avec M. Nobody, le logiciel
permanent ou « invariant » d’une droite française très
réactionnaire s’affirme sans complexes. M. Nobody est
vraiment un personnage dangereux.
- C’est qui
ce Monsieur Nobody et quel rôle joue Ti-Sarko dans
l’histoire?
Vous ne suivez pas l’actualité ? Nobody est le nom que
donne Ti-Sarko à son ancien collaborateur, François
Fillon. On nomme ce dernier tantôt le
Collaborateur, tantôt M. Nobody. Monsieur personne.
Reste à savoir pourquoi l’ancien président de la
république nomme ainsi son ancien ministre.
Il y a peut-être là une vérité énoncée par Ti-Sarko.
Quelle peut-elle être ?
Sans doute Sarko a-t-il pensé au film de science-
fiction de Jaco Van Dormael. C’est l’histoire d’un
enfant qui hésite sur les quais d’une gare à suivre ou
son père ou sa mère. « Ou bien, ou bien » titre d’un
livre Kierkegaard, fondateur de l’existentialisme.
Son choix déterminera la suite de son existence. Doit-on
en conclure que Fillon aurait connu ce choix, entre un
père (lequel? De Gaulle?) ou une mère (laquelle:
la mère patrie vue par la droite?), bref, entre
républicanisme et nationalisme ?
S’il a mis du temps à hésiter (on ne le sait pas) ce qui
est sûr c’est que Fillon a fait le choix
définitif de la droite antirépublicaine. Le
dilemme existentiel l’a conduit à ce que Sartre, parlant
de Flaubert, nomme le « choix fondamental ». Le
choix d’une droite ultra-conservatrice fait par le
prétendant à la présidence de la république est donc
bien « fondamental » et il est d’autant plus dangereux
que le personnage a l’air très serein tout en ayant
l’air de rien. On pourrait même se demander,
contrairement à Sartre pour qui chez tout homme
l’existence précède l’essence, si Sarko ne voulait pas
signifier que chez M. Nobody, l’essence
précéderait l’existence !
Mais il se pourrait que Ti-Sarko ait pensé aussi
au western de Valérii, Mon nom est personne, mais la
chose est plus difficile à expliquer. La personne est
masque et on pense au film de Bergman. Quel lien entre
l’intimité profonde de Fillon et sa personnalité sociale
? Nul ne le sait. Dans le film de Valérii, le
héros veut vaincre seul la horde sauvage. Pour la
droite actuelle, celle-ci n’est pas seulement l’«
immigré » mais aussi la masse des pauvres qui
s’amplifie. Tout cela est confus et nous proposons une
autre explication.
Personne, Nobody, ninguna, Pon moun en créole (Fillon sé
on moun ki pon moun). On peut décliner le mot dans
toutes les langues. Autrement dit, on aurait affaire là
un « sans nom », une personne vide. Etrange ! On a eu un
président agité, ensuite un président normal et
maintenant on pourrait avoir un président vide ?
Quel est donc le destin de cette république française?
Dans ce que
Marcel Gauchet nomme la quête de l’Un, aurait-elle
un problème avec l’incarnation du pouvoir et cela
depuis l’Ancien régime? (Lire la transcription de
la conférence de Marcel Gauchet «Qui sont les acteurs de
l’histoire?» 17ème rendez-vous de l’histoire de Blois,
2014)
Souffre-t-elle à ce sujet d’une sorte de ce que Marc
Richir dans Du sublime en politique appelle un «
malencontre symbolique » et qui aurait aussi taraudé
Robespierre sous la Terreur? Le populisme n’est-il pas
en réalité une sorte de «malencontre symbolique» ce que
ne verrait pas Chantal Mouffe?
En vérité, Fillon cherche à occuper la
place de ce qu’on appelle depuis Lacan, un
signifiant vide. Mais quel rapport au politique?
Il faut
revenir à Ernesto Laclau, sans doute celui qui a
écrit le livre le plus profond sur le populisme
d’autant plus qu’on met derrière ce dernier terme tout
et n’importe quoi. Pour le philosophe argentin, il y a
populisme quand une série de demandes populaires se
fédèrent en un désir d’identité collective.
Pour cela, il faut bien sûr, un autre, posé comme
ennemi, mais aussi un fondement du lien social qui est
selon lui de nature libidinale. Or, l’identité
collective est toujours une construction, une identité
imaginée en quelque sorte, et cela fait penser à la
mère-toute de Lacan qui bien sûr n’existe pas, tout
comme d’ailleurs la femme-toute de Don Juan. Mais cet
impossible a besoin d’un objet pour le représenter et
qui le désignerait en quelque sorte. Autre façon de
donner matière à l’absence. Pour Laclau, le parti ou
le leader joue le rôle de signifiant vide dans la
logique populiste.
Fillon joue le rôle de signifiant vide pour le peuple de
droite. Ti-Sarko essayait de récupérer les voix du FN.
Mais il a développé une république de la luxure avec
maints territoires perdus.
Mister Nobody lui a fait front sur les conservateurs
chrétiens. Mais il fait plus : pour la droite
populiste du FN, il peut représenter le signifiant vide
car les machos d’extrême droite ont du mal à prendre Mme
Le Pen pour l’objet identifiant et Philippot n’a pas la
personne ou le masque pour cela. Fillon, oui et il y a
là comme un mystère d’incarnation, ce que la presse n’a
pas vu venir. Ainsi donc, Nobody peut-être celui
qui opère une synthèse de toutes les droites. Sarkozy en
a rêvé, Fillon a réussi. Le premier a voulu faire
du Trump mais il n’a pas compris que chaque droite a son
histoire. Celle des USA s’appuie surtout sur un
protestantisme. Celle de France sur un catholicisme.
Sarkozy est ainsi éliminé. Qu’il aille donc au diable ou
au bon dieu !
- Et vous
voulez tout de même le faire rentrer dans l’histoire
par on ne sait quelle petite
porte. Oui, car il a joué un rôle historique. Lequel ?
Celui d’éliminer totalement de la droite française un
certain républicanisme issu du gaullisme. Il a
mené une lutte farouche ces dix dernières années contre
tous ceux qui pouvaient se réclamer du gaullisme et il a
parfaitement réussi. Quand il était ministre de Chirac
il s’opposait à notre proposition faite au HCI de
distinguer entre intégration républicaine et
assimilation car en tant qu’Antillais nous ne voulions
pas entendre parler d’assimilation culturelle. Devenu
président, il créa le ministère de l’intégration
qu’il confia au sinistre Hortefeux. Nous démissionnâmes
donc du HCI suivi en cela par Edouard Glissant.
Ti-Sarko avait compris que c’est par la question
de l’identité qu’il pouvait éliminer une
droite républicaine issue du gaullisme car celle-ci n’a
jamais été au clair sur la question de l’identité. Qui
reste-t-il aujourd’hui? De Villepin? La tâche historique
de Ti-Sarko est terminée, il l’a parfaitement accomplie.
Son ancien collaborateur l’a soutenu dans
cette besogne, de façon silencieuse comme s’il
était sans nom. Aujourd’hui, il ramasse la mise ! Il n’y
a presque plus personne dans la droite française à
se réclamer du programme du Conseil National de la
Résistance. Le patronat applaudit. Les ultra-libéraux
triomphent
Mais comprendre ce triomphe de la droite en France
nécessite de faire un retour à l’histoire. En vérité
cette droite française fut sans doute la plus
puissante d’Europe depuis le XIX° siècle avec ses
écrivains et ses nombreux théoriciens ayant même
influencé les nationalistes allemands. Les
éléments permanents de son logiciel?
Son anti-républicanisme, depuis la Révolution française.
Son racisme et sa xénophobie permanente. Son appui sur
un catholicisme conservateur. (70% des catholiques sont
antirépublicains au début du XX° siècle). Son
enracinement dans une bourgeoisie provinciale et
sur la paysannerie, ce dernier point ayant marqué
Marx dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte.
Enfin, une forte culture impériale nationaliste
justifiant tous les colonialismes. Et cela donna Vichy
et après l’OAS. Elle a su accepter la démocratie à
partir de Maurras mais pas la république. C’est le
logiciel ou l’invariant de cette droite qui
triomphe sous une masque nouveau (compte tenu du
néolibéralisme) avec M. Nobody.
Debray nous dirait sans doute qu’il faut remonter encore
plus loin, d’avant même la Révolution. Le
connaissant, il risque de nous renvoyer à Constantin le
Grand qui semble le fasciner. Arrêtons-nous simplement à
Louis XIV. Peut-on trouver dès cette époque les éléments
d’un même logiciel?
Avec Colbert c’est l’époque du mercantilisme et on
est très loin du néolibéralisme à moins de penser ce
dernier comme une forme de néomercantilisme. Louis XIV
c’est d’abord le rejet d’un premier
républicanisme, celui de la « monarchie républicaine »
qui caractérise en quelque sorte Henry IV. C’est
aussi le renouement avec une politique
impériale d’une très grande intensité. Ensuite,
c’est une nouvelle gouvernementalité
qui refuse toute limitation extérieure.
Le Parlement voit son rôle réduit, le Roi soleil
gouverne avec ses ordonnances ou ses Codes, le
Chancelier est remplacé par un
superintendant des Finances (Colbert), l’Etat se
veut un Etat administratif et non un Etat de
justice. Le Code Noir introduit une nouvelle
biopolitique: on produit une « subjectivité nègre », le
nègre est un humain dégradé ou inférieur, le blanc du
même coup un humain supérieur. Il y a bien là une
matrice qui produira des éléments invariants: le racisme
et la xénophobie, la culture impériale, la tentation de
soumettre la justice ou les procureurs au pouvoir
de l’Etat.
Cela ne vous rappelle rien? Jules Ferry
le tonkinois bien sûr, lui qui déclarait à
l’Assemblée qu’il est devoir des races supérieures
d’éduquer les races inférieures. Bien, mais qui
déclare aujourd’hui que les Africains ne sont pas entrés
dans l’histoire? Qui veut gouverner par ordonnances et
mieux assujettir les procureurs au pouvoir de l’Etat. De
telles questions restent posées.
Ti-Sarko s’en va et M. Nobody triomphe à droite. Nous
quittons le conte pour la tragédie. Nobody n’est pas un
vrai populiste car il ne prend pas en compte les
demandes populaires qu’il réduit à des demandes
identitaires. Malgré tout, il affaiblit le FN. En cas de
crise très grave, les éléments d’un néofascisme sont là
si Nobody et ses partisans parviennent à faire front
avec ceux de Marine Le Pen.
L’époque est très inquiétante et l’histoire risque de
s’accélérer dangereusement. Mais le mérite de Nobody,
dans sa volonté de faire passer à tout prix ses mesures
ultra-libérales, est de remettre la lutte de classes à
l’ordre du jour.
- Et la
gauche dans tout cela ? Et Mélenchon ?
Vous voulez à tout prix nous plonger
dans la dépression? Mais vous n’aurez
pas notre désespérance. Nous continuons à
réfléchir sur ce que nous appelons «le moment
mélenchonien» Quant au reste, il appartient à la gauche
de se dé-zombifier et d’établir une nouvelle
hégémonie. Si Nobody devient président, l’Outre-Mer va
en souffrir. Mais qu’il soit d’ores et déjà clair que si
les luttes sociales vont s’intensifier avec
l’accroissement du chômage et de la pauvreté qui
s’ensuivrait, qu’au plan culturel, il sera hors de
question que les enseignants chez nous appliquent le
programme d’histoire, insultant pour nos mémoires, que
pourrait nous concocter ce Monsieur Personne.
Les vrais républicains de gauche devraient penser le
lien social dans un autre registre que celui de Laclau
et de Mouffe, non pas dans le libidinal mais dans la
raison des Lumières même si celles-ci ont produit
quelque part des ombres qu’il faut toujours détecter. Ils
doivent abandonner l’obsession identitaire de l’Un,
l’identité racine unique et méditer sur ce que nos
écrivains comme Glissant et Chamoiseau nomment la
créolité.
Et si, avec la France, nous n’avons pas fini de
nous aimer, c’est que nous croyons que la France, comme
elle l’a fait dans le passé, sait être
grande quand elle abandonne ses tares, quand à
partir d’une lucidité sur elle-même, elle sait
prendre le chemin de la libération en entraînant
d’autres peuples derrière elle. C’est le pays dont le
système social est le plus en contradiction
avec le néolibéralisme. Nobody l’a compris. Ou ça
passe, ou ça casse. La France de gauche peut-elle
relever le défi en entraînant dans la lutte
d’autres peuples d’Europe?
Durant l’Occupation, les meilleurs de nos parents,
dans tout l’Outre-mer, ont su faire dissidence et
rejoindre le général De Gaulle. N’oublions pas le
Gouverneur général Félix Eboué. Vous n’aurez pas notre
désespérance pour une raison bien plus simple :
c’est que depuis près de quatre siècles, dans nos
îles d’Outre-mer où nos ancêtres ont, dans la danse,
tenté de repenser le lien entre la terre et le ciel,
nous savons comment la patrie peut être amère, nous
avons toujours cherché à donner matière à
l’absence et, surtout, nous avons appris à humer « l’odeur
des mers silencieuses » pour
reprendre cette belle formule de Nietzsche.
(*) "Né le 13 mars 1946 à Pointe à Pitre, Jacky
Dahomay est philosophe, professeur de la chaire
supérieure au Lycée de Bainbridge, Guadeloupe. A
publié de nombreux articles dans des revues diverses
aussi bien concernant la philosophie morale et
politique que portant sur les fondements
anthropologico-politique des sociétés caribéennes
issues de l'esclavage".
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tant que rédacteur.
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