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Sommaire de la page,

1 Conduite tenue par le M. le Maire de Paris, à l’occasion des événements du 20 juin 1792

2 - Jean-Louis Carra, à ses frères et amis les fédérés des quatre-vingt-trois départements, 13 juillet 1792

3 - Chronologie du 20  juin au 9 août 1792


Conduite tenue par le M. le Maire de Paris,
à l’occasion des événements du 20 juin 1792

Tableau du Palais royal des Tuileries, le 20 juin 1792

Par Jérôme Pétion de Villeneuve

Puisque les soupçons les plus injurieux, les calomnies les plus infâmes m'environnent sans cesse, je dois rendre un compte vrai d'une conduite défigurée par la malveillance et par l'intrigue. Cette conduite est essentiellement liée à celle de la Municipalité, puisque je ne me suis pas séparé d'elle, que nous avons marché de concert, ou pour mieux dire, que c'est le corps entier qui a agi.

Plusieurs citoyens des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel (ou Saint-Marceau), sont venus, le 16 Juin, au Conseil général de la Commune, pour lui exposer qu'ils étaient dans l'intention de présenter à l'Assemblée nationale et au Roi les pétitions relatives aux circonstances, et de planter ensuite l'arbre de la Liberté sur la terrasse des Feuillants en mémoire de la séance du Jeu de paume : Pour lui demander en même temps à être autorisés à revêtir les habits et porter les armes qu'ils avaient en 1789.

C'était, comme on voit, des individus qui désiraient marcher sans être ralliés sous les drapeaux de la force armée, et sans être dirigés par les chefs reconnus par la Loi. Le Conseil général prit en conséquence l'Arrêté suivant : Considérant que la Loi proscrit tout rassemblement armé, s'il ne fait partie de la force publique légalement requise, a arrêté de passer à l'ordre du jour. Il ordonna que cet Arrêté serait envoyé au directoire du Département, et communiqué au corps municipal. Le directoire du Département m'écrivit de Mardi 19 à midi, pour que MM. les Administrateurs du Département de Police et moi, nous voulussions bien nous rendre auprès de lui, entre deux et trois heures, pour conférer.

Nous y fûmes; le Directoire nous manifesta des craintes sur le rassemblement; nous lui dîmes que nous ne savions rien de positif ; que les intentions ne paraissaient pas malfaisantes; que d'après quelques rapports, il était même présumable que les citoyens iraient sans armes. Déjà j'avais écrit à un commissaire de police, (qui m'avait consulté), que des citoyens ne pouvaient pas se rassembler en armes, sans ordres. M. le Procureur général syndic rédigea l'arrêté que le Directoire a fait imprimer et afficher ; chacun fit des observations sur cette rédaction, nous fîmes les nôtres.

Cet arrêté, en dernière analyse, est une confirmation de celui pris par le Conseil général de la Commune ; il rappelle un principe incontestable : c'est que les citoyens ne peuvent pas se réunir en armes sans une réquisition légale. Il défend les rassemblements illégaux et propres à troubler la tranquillité publique. Il recommande au Maire, à la Municipalité et au Commandant général de prendre toutes les mesures, de faire toutes les dispositions pour contenir et réprimer les perturbateurs du repos public.

J'écrivis sur-le-champ, une lettre très précise à M. le Commandant général, pour lui recommander la surveillance la plus active, pour doubler les postes, avoir des réserves, mettre sur pied une force imposante, faire faire des patrouilles tant à pied qu'à cheval. Je priai en même temps MM. les Administrateurs d'écrire aux commissaires de police pour assurer le maintien de l'ordre, et à MM. les Commandants de bataillon des deux faubourgs, pour vouloir bien se trouver à la Mairie sur les neuf heures du soir.

Plusieurs personnes vinrent successivement nous avertir que les esprits s'échauffaient, que les citoyens s'assemblaient dans leurs sections, et qu'ils mettaient la plus grande opiniâtreté à faire leur marche en armes. MM. les Commandants de bataillons arrivèrent sur les dix heures. Les quatre administrateurs de la police étaient réunis avec moi ; nous leur demandâmes dans quelle disposition ils avaient laissé les citoyens. M. Santerre et M. Alexandre nous assurèrent que rien dans le monde ne pourrait empêcher les gardes nationales et les citoyens de toutes armes de marcher ; que toute représentation était absolument inutile ; que les habitants des environs de Paris se réunissaient à eux, qu'ils s'en faisaient une fête, et qu'ils répondaient à tout ce qu'on pouvait leur dire : on ne doit pas agir avec nous autrement qu'avec les autres que l'Assemblée nationale a bien reçus.

Les autres commandants de bataillon ne s'exprimèrent pas d'une manière aussi affirmative, et nous dirent que, s'étant peu répandus, ils n'avaient pas de connaissance positive; qu'ils apercevaient seulement beaucoup de fermentation. Je puis interpeller ici ces commandants de bataillon, si je ne leur ai pas tenu le langage d'un magistrat pénétré de ses devoirs, si je ne leur ai pas dit que je les remplirais à quelque prix que ce fût. Mais mes collègues pas rassurés sur l'évènement affreux qui se préparait, si on était réduit à la nécessité cruelle d'employer la force contre une multitude immense de citoyens.

Nous prîmes le parti de proposer au directoire du Département un moyen tout à la fois simple, légal et analogue aux circonstances. Nous lui observâmes qu'il serait sage d'autoriser les bataillons, qui désiraient marcher, à le faire, et de ranger sous leurs drapeaux, et sous le commandement des chefs de la garde nationale, les citoyens de toutes armes : c'était donner une direction prudente et légitime aux citoyens rassemblés ; c'était s'assurer que la tranquillité ne serait pas troublée, étant sous les ordres de ceux qui doivent la maintenir.

Dans le moment, nous écrivions au Département, il nous écrivait de prendre toutes les précautions nécessaires pour faire régner le calme, de faire des Proclamations, etc., etc. il était alors minuit. Remarquez que dans ce moment extrême, l'arrêté du Directoire destiné à instruire les citoyens, n'était pas encore affiché.

M. Vigner, l'un des administrateurs de la police, se chargea lui-même de remettre la lettre. Il trouva M. Rœderer qui approuva la mesure, déclara qu'elle était bonne, mais dit qu'il ne voulait pas prendre sur lui seul de l'adopter, qu'il allait assembler le Directoire pour lui en référer. Plusieurs députés qui étaient aussi présents trouvèrent cette mesure très sage.

M. Vigner revint à la Mairie sur les une heure et demie du matin, très convaincu que cela ne souffrirait pas de difficulté. Il me quitta dans cette persuasion,  j'y étais également. Cependant, à tout évènement, j'écrivis à plusieurs officiers municipaux pour se rendre à la Mairie à sept heures du matin, afin de nous éclairer de leurs lumières.

Sur les cinq heures, je fus anéanti, lorsqu'on me remit cette lettre du Directoire : « Nous avons reçu, Messieurs, votre Lettre de cette nuit. Nous ne croyons pas pouvoir, en aucune circonstance, composer avec la Loi que nous avons fait serment de faire exécuter; elle nous trace nos devoirs d'une manière impérieuse, nous persistons dans notre Arrêté d'hier concerté avec vous».

J'aperçus que le Département n’avait pas saisi notre idée ; je vis à l'instant l'abyme où cette marche allait conduire nos concitoyens, j'en fus écrasé de douleur, cependant je ne balançai pas, et sur le champ j'écrivis cette Lettre aux différents commandants de bataillons. « Nous vous prévenons de nouveau, Monsieur, que vous ne pouvez pas vous réunir en armes ». Voici à cet égard la lettre que nous envoient ce matin les membres du Directoire.

D'après cette lettre, Monsieur, nous augurons trop bien de votre civisme, pour ne pas espérer que vous vous y conformerez, et que vous éclairerez vos concitoyens. La circonstance me parut extrêmement critique, et je fis convoquer au moment même le corps municipal. Mais en attendant cette réunion, je sentis qu'il n'y avait pas une minute à perdre ; je priai plusieurs officiers municipaux et des administrateurs de police de se rendre sans aucun délai dans les faubourgs.

Dès les cinq heures du matin, les citoyens avaient commencé à se rassembler; Invalides, Gardes Nationales, Piquiers, hommes non armés, femmes, enfants, la foule était considérable. Les officiers municipaux parlèrent au nom de la loi, firent toutes les instances imaginables, représentèrent les dangers auxquels ils s'exposaient, et exposaient leurs concitoyens. Tout fut inutile. Leurs réponses étaient les mêmes, et se réduisaient à ces idées simples : Nous ne sommes pas une émeute; on sait bien que nous n'avons pas de mauvaises intentions, que nous allons présenter des pétitions à l'Assemblée nationale et au Roi ; la Municipalité a bien permis à des bataillons d'aller en armes à l'Assemblée avec les autres citoyens, pourquoi nous refuserait-on ce qu'on a accordé à d'autres; l'Assemblée nationale les a reçus, leur a fait l'honneur de les laisser défiler devant elle, pourquoi n'aurions-nous pas aussi le même honneur?

Enfin la résolution de marcher ainsi était invincible. La garde nationale de ces faubourgs était la première à manifester très énergiquement sa volonté de partir armée; si bien que des commandants de bataillon furent forcés de se mettre en tête avec les drapeaux et les canons, que l'on mit aussi en tête des commissaires de police. Nous étions réunis en corps municipal, et les officiers qui s'étaient transportés sur les lieux vinrent nous faire le rapport de ces faits. Je rendis de mon côté le compte le plus scrupuleux de tout ce qui s'était passé, de notre entretien, de notre correspondance avec le Département.

De sorte que voilà, non pas le Maire de Paris, mais le corps municipal saisi de l'affaire, et occupé à prendre : mesures les plus sages dans les circonstances impérieuses et pressantes où se trouvait la chose publique. Il n'était pas en son pouvoir, il n'était au pouvoir de qui que ce soit d'arrêter la marche d'une foule aussi immense de citoyens. Quel était donc le parti à prendre? Je pense, il n'y en avait qu'un seul raisonnable, c'était de rendre cette marche régulière, de la rendre par cela même moins tumultueuse et mieux ordonnée. Pour parvenir à ce but, il fallait autoriser les bataillons à marcher et à rallier au milieu d'eux, et sous le commandement des chefs, les citoyens de toutes armes ; c'est ce que fit le corps municipal. Remarquez bien que cela ne contrariait en aucune manière l'Arrêté pris par le Conseil général qui, en passant à l’ordre du jour, le 16 Juin, n'avait voulu, ainsi que son Arrêté le porte, que s'opposer à tout rassemblement armé, s'il ne fait partie de la force publique légalement requise; et qu'ici la force publique était légalement requise.

Remarquez que le corps municipal avait le droit de la requérir, puisque le Maire tout seul peut le faire. Remarquez que déjà le Corps Municipal avait autorisé des Bataillons à marcher mêlés et confondus avec les citoyens, également pour aller présenter des Pétitions à l'Assemblée Nationale. Remarquez enfin que M. le Commandant général regardait cette mesure comme si prudente, comme si nécessaire, que lui-même la demandait; qu'il s'en est expliqué publiquement au corps municipal. Cependant il paraît que M. Ramainvilliers a tenu secret et dans sa poche, un arrêté qu'il était bon de faire connaître, au moins à la garde qui était de service au Château. (Ndr : au Palais Royal des Tuileries)

Après avoir pris cet arrêté, le corps municipal leva sa séance. Les officiers municipaux convinrent de se répandre de tous côtés sur le passage du cortége, afin de voir si tout se passait dans, et de se rendre particulièrement autour de l'Assemblée Nationale et du Château. Je restai jusqu'à deux heures et demie à la Maison Commune (Ndr : L’Hôtel de Ville). Toutes les nouvelles qui arrivaient étaient excellentes. Le spectacle était beau; beaucoup de joie et de gaieté ; les propriétés étaient respectées, et nulle plainte particulière. Je me rendis à la Mairie plein de calme et de sécurité.

Plusieurs personnes vinrent encore me confirmer dans cette idée. Vous pouvez être tranquille, me dirent-elles; tout va à merveille. Ceux qui étaient sur les lieux en jugeaient de même. Déjà un grand nombre de ces citoyens avait défilé paisiblement devant la porte qui communique de la cour du Manége au jardin des Tuileries sans chercher à y entrer, quoi que cette porte fût ouverte. Des officiers municipaux présents étaient si convaincus que le surplus du Cortége allait suivre avec le même ordre et la même tranquillité, que l'un (M. Cousin) dit à l'autre (M. Mouchet) vous pouvez ôter votre écharpe, elle n'est pas nécessaire. On ne sait par quel mouvement la file fut tout à coup rompue ; et les citoyens entrèrent dans le jardin déjà rempli de personnes qui s'y promenaient. Ils y défilèrent avec ordre devant la garde nationale, placée en ligne sur la petite terrasse, et qui les saluait des armes, le public applaudissant. La tête de cette colonne était déjà parvenue au Carrousel, et désirait entrer par la porte royale. Plusieurs citoyens frappaient cette porte ; M. Mouchet s'y présenta, leur dit que le Roi était disposé à recevoir la pétition, et qu'ils eussent à nommer vingt d'entre eux.

C'était leur vœu, ils l'avaient manifesté avant de partir; mais on ne sait comment ceux qui étaient dans l'intérieur ouvrirent tout à-coup les portes, et à l'instant on se précipita en foule dans le château. Il n'y eut pas le plus léger obstacle à ce mouvement inattendu, à cette impétuosité du moment. Il n'y avait pas même de gardes dans les appartements; excédés de besoin et de fatigue, ils étaient allés se rafraîchir. Les officiers municipaux présents firent tout ce qu'ils purent pour maintenir l'ordre ; ils voulurent haranguer les citoyens, mais il leur était impossible de se faire entendre.

Pour peu qu'on se soit trouvé dans des foules considérables, on sait qu'il est des moments d'agitation qu'il faut laisser passer; que chacun parle, s'incommode, murmure, et que l'empressement même de rappeler au silence fait qu'on ne peut pas l'obtenir. Les officiers municipaux, dans cette position, ne purent pas non plus m'instruire sur-le-champ de ce qui se passait. Ce ne fut qu'à quatre heures et demie, qu'un adjudant vint m'avertir que les appartements du château étaient pleins jusqu'au comble. A l'instant même, je fis mettre les chevaux à la voiture, et je n'achevai pas de dîner. J'étais au château un peu avant cinq heures. Toutes les issues étaient obstruées, et j'eus de la peine à pénétrer, quoique les citoyens fissent tous leurs efforts pour me laisser un passage.

Dès ce moment, je m'arrêtai sur l'escalier, je conjurai le peuple de se retirer avec ordre, avec tranquillité, mes instances furent très vives, quelques citoyens y applaudirent, mais la foule ne diminua pas ; peut-être au surplus était-il aussi difficile de sortir que d'entrer, car tout était plein. On ne fait pas d'ailleurs assez souvent une remarque, lorsque le cercle que vous avez à haranguer s'étend trop loin, ceux qui excédent une certaine portée ne vous entendent pas, et le fruit de vos paroles est perdu et vous ne produisez pas l'effet que vous avez désiré. Je traversai ensuite et avec les mêmes difficultés tous les appartements jusqu'à celui où était le Roi. Arrivé devant lui, je lui dis ce qui est vrai, ce que je pense, c'est que sa personne était en sûreté, et que les magistrats du peuple veilleraient jusqu'à la mort à sa conservation.

Je le trouvai couvert du signe de la liberté et regardant ce tableau d'un air tranquille. Des grenadiers m'exhaussèrent pour parler aux citoyens, je le fis de la manière la plus digne et la plus analogue aux circonstances. J'aperçus que ce discours ne fit pas une grande impression; j'aperçus que des citoyens se parlaient d'un air peu satisfait. Je demandai à mes voisins pourquoi; on me dit que l'on avait demandé au Roi la révocation des veto qu'il avait apposé, et qu'il ne s'expliquait pas clairement sur ce point.

Je repris la parole, et certes je ne cherchai pas à flatter l'opinion de ceux qui m'entendaient. Je leur dis ce dont j'étais pénétré, c'est qu'il n'était convenable ni juste de demander dans de semblables circonstances la révocation des veto; qu'on ne manquerait pas de dire que le Roi n'était pas libre, et qu'il fallait que le Roi agît toujours en pleine liberté. Cette vérité eut quelques applaudissements, d'autres la reçurent avec un morne silence, presque tous cependant me témoignaient la plus grande confiance ; mais il ne faut pas croire que celui qui est investi de ce puissant mobile, puisse à son gré manier et diriger les volontés. S'il heurte trop fort et à contretemps, il éprouve des résistances invincibles, sans que pour cela on cesse d'avoir confiance en lui.


Louis XVI buvant à la santé de la Nation !

Je terminai par engager de tout mon pouvoir le peuple à se retirer, il s'ébranla un peu, et il défila avec quelque lenteur; enfin successivement le flot s'écoulait. J'étais monté sur un siége, d'où ne pouvant pas toujours lui parler, je lui faisais de temps en temps signe de défiler le plus promptement possible.  Plusieurs officiers municipaux me secondaient avec beaucoup de zèle, et présentaient au peuple le signe de la loi pour le rallier et l'engager à le suivre. Mais on remontait sans cesse par le grand escalier; je me transportai successivement dans les appartements où je parlai, où je représentai aux citoyens qu'ils devaient se retirer tranquillement chez eux, ne pas souffrir qu'on pût les calomnier. Je fus cette fois écouté avec beaucoup de faveur, je me présentai au haut de l'escalier, où je parlai avec chaleur, avec énergie, et je ne fus pas moins bien accueilli.

Au bas de l'escalier, dans les cours, je répétai les mêmes harangues, elles eurent du succès, et alors le défilé devint assez rapide, cela était d'autant plus nécessaire que la nuit avançait. Il eût, sans doute, été plus prompt encore et eût commencé de meilleure heure, s'il y eût eu le moindre ordre. Mais on ne trouvait M. le Commandant général nulle part, et c'étaient les Officiers Municipaux qui étaient obligés de faire ranger les gardes nationales en haie pour ouvrir les passages.

Personne, je crois, ne peut me reprocher d'avoir manqué de zèle, et d'avoir rempli mes devoirs avec tiédeur. Mais quand certains évènements sont arrivés, chacun s'étudie à chercher les moyens qui auraient pu les prévenir; chacun, à loisir, imagine des mesures et rien n'est plus facile que de blâmer celles qui ont été prises. Si les hommes si faciles à donner des avis, quand les choses sont passées, eussent été consultés auparavant, ils auraient, peut-être, été plus embarrassés et moins clairvoyants que ceux qu’ils critiques.

Souvent les combinaisons les plus sages sont déjouées par une cause qui ne pouvait pas se prévoir. Il ne faut pas s'en prendre aux hommes de l'empire irrésistible des choses. Quelles se fussent passées comme tout le résumait, et sans l'incident qui a eu lieu, les moyens employés par la Mairie auraient été loués avec enthousiasme. On cherche à improuver aujourd’hui ces mêmes moyens, sans néanmoins pouvoir en donner aucune bonne raison. Car enfin, que pouvait-elle faire?

Je n'ai entendu, jusqu'à présent qu'une seule réponse, je n'ai entendu proposer qu'une seule mesure, employer la force. Je soutiens , que ç'eût été tout à la fois, une extravagance et une barbarie; que ç'eût été non seulement la plus cruelle, mais la plus fausse des mesures ; qu'elle tendait non pas à faire respecter, mais à faire avilir la loi, et à compromettre le salut public et la sûreté de ceux mêmes qu'on voulait protéger. Où était ici la force réprimante capable d'arrêter le torrent? Je dis qu'elle n'existait pas. Je dis qu'elle était beaucoup moins considérable que la force qu'elle aurait tenté de contenir. Tous les Bataillons des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau marchaient avec leurs canons et leurs armes, ils étaient suivis d'un grand nombre de citoyens armés, et d'une multitude de citoyens non armés. Il fallait donc opposer gardes nationales à gardes nationales, gardes nationales à citoyens armés, gardes nationales à des hommes non armés, à des femmes, à des enfants.

Sur qui tirer? en quel endroit? L'idée seule de ce carnage fait frémir, et à qui cet affreux champ de bataille serait-il resté? Vous n'auriez peut-être pas trouvé un canon pour répondre à ceux des Faubourgs, du moins si l'on en juge par les dispositions que les canonniers ont manifestées. Les trois quarts de la garde nationale auraient répugné, se seraient refusés à faire feu sur les citoyens, attendu le motif connu de la démarche, attendu qu'elle avait été tolérée par l'Assemblée nationale elle-même dans des circonstances semblables; de sorte qu'on aurait exposé la loi au plus sanglant outrage, qu'on aurait livré Paris, et peut-être la France entière à des malheurs incalculables. Car qui aurait pu répondre des jours des personnes les plus précieuses à la Nation, les plus importantes à conserver? Pas un citoyen n'a reçu une blessure au milieu de cette grande fermentation ; voilà le plus bel éloge de la Municipalité; rendons-en grâce à l'Etre Suprême.
Signé, Pétion
Nota. Voilà mon compte. Il a été fait au milieu des embarras, des interruptions, des fatigues de toutes espèces. J'aurais désiré qu'il fût plus parfait, plus digne d'être présenté au public, mais j'espère qu'il voudra bien avoir quelque indulgence.

Source : Oeuvres de Jérôme Pétion, tome IV, page 175 à 193
Chez Garnery, 7 rue Serpente à Paris - L'an II de la République


 Jean-Louis Carra, à ses frères 
et amis les fédérés des 83 départements

Note :
Jean-Louis Carra (1742-1793), journaliste pour Les Annales patriotiques et littéraires avec Louis Mercier pour mentor et membre des Jacobins est considéré comme une des personnalités ayant contribué à la chute de Louis XVI, le 10 août 1792. Il faut préciser qu’il était très lu et que l’on se bousculait dans les clubs et sociétés dans le pays pour avoir connaissance de ses articles. Ce texte est un appel à sa destitution et une condamnation du système héréditaire, qui plus est monarchique. Il prit position dès 1790 pour la guerre avec l’Autriche, et se rangea dès décembre 1791 avec les brissotins en faveur de l’ouverture des hostilités. Durant cette année Carra adopta quelques positions en apparence contradictoires, lui valant en retour des critiques et inimitiés politiques. En janvier 1792, il proposa que soit confié le trône au duc d’York (fils du roi d’Angleterre), puis le 26 juillet 1792 au duc de Brunswick (Prussien), tout en participant à la préparation de la journée et menant à la chute de Louis Capet… Le journaliste devenu député à la Convention et nommé par Jean-Marie Roland administrateur de la Bibliothèque nationale, il votera sa mort en décembre, sans appel ou recours.

13 juillet 1792, l’an 4° de la Liberté,

Salut,

Hommes libres! courageux fédérés! l'auguste Assemblée vient de déclarer que la Patrie est en danger, et déjà vous étiez accourus de toutes parts au sein de la capitale ; déjà vous étiez réunis aux hommes du 14 juillet 89, pour sauver avec eux la patrie au 14 juillet 92. Le voici ce jour qui doit être plus célébré encore que celui de la prise de la Bastille ce jour où vous rappelant la solennité du serment sacré que vous avez prêté, en 1790, la nation souveraine en face du ciel et de la terre vous vous rappellerez aussi que vous avez juré de punir les tyrans et les traîtres : vous les connaissez, ils ne se cachent plus. Eh bien! dites, ont-ils assez comblé la mesure de leurs crimes et de leurs forfaits, ces tyrans et ces traîtres? Ont-ils assez abusé de notre étonnante et inconcevable patience ?

Depuis trois ans, ils se sont joués de nos droits et de notre liberté, comme ils se jouaient auparavant de notre esclavage et de notre aveuglement. Depuis trois ans, ils n'ont cessé de conspirer contre la nation et la constitution tout en affectant de ne vouloir que la constitution et de ne parler que de la loi. Les lâches ! ils voulaient gagner du temps pour armer contre nous les tyrans de l'Europe, ils ont réussi des armées formidables: de satellites étrangers cernent nos frontières, c'est au nom d'un roi parjure, qui a fait avec eux des traités secrets que les rois d'Autriche et de Prusse se sont croisés contre nous.

Oui c'est au nom de ce roi, que la fatalité des préjugés et l'intrigue des esclaves ont introduit dans la constitution pour la dévorer, que ses parents et la lie d'une caste ci-devant soi disant noble, nous menacent au-delà du Rhin et se préparent à une invasion sur notre territoire; oui, tous les conspirateurs du dedans et du dehors agissent au nom de ce même roi, qui après avoir dilapidé, ou laissé dilapider, dans l'espace de quatorze ans près de quatre milliards outre les revenus ordinaires et avoir livré une partie de notre or â la maison d'Autriche veut nous livrer aujourd'hui nous-mêmes pieds et poings liés à cette exécrable maison : oui Louis XVI n'est plus aujourd'hui qu'un Autrichien c'est-à-dire le plus cruel de nos ennemis il est même plus faux, plus dissimulé, plus atroce peut-être que sa femme.

C'est par l'abus criminel de son veto que les meilleurs décrets sont paralysés et que l'anarchie continue dans tous les cantons de la France. C'est par ses ordres que nos armées, absolument inactives depuis un mois ont rétrogradé honteusement et par ceux de son comité autrichien, que les faubourgs de Courtrai ont été incendiés c'est sous ses auspices que l'audace et l'insolence du général Arnold-la-fayette se sont montrées à découvert, et que l'Assemblée nationale a été outragée par ce vil mignon. C'est par les manœuvres de ses agents et les calomnies de ses journalistes soudoyés, que les sociétés patriotiques sont persécutées. C'est par l'or de sa liste civile (liste inépuisable par d'énormes emprunts secrets, et peut-être aussi par de grands crimes contre la fortune publique) que la plupart des membres des directoires de département et des états-majors de l'armée et plusieurs députés, sont entièrement corrompus; enfin c'est par le roi que le ciel nous a donné dans sa colère en et que de lâches préjuges ont laissé dans la constitution en 1789, que la patrie est en danger et que la nation est trahie.

Fédérés ! quel serment pouvez-vous faire à celui qui a violé tous les siens, qui a causé tous vos maux, et qui n'attend que le moment d'inonder cette terre sacrée de votre sang et de celui de vos concitoyens? Je vous le demande, répondez, et que le feu du ciel dévore en un clin d'oeil l'autel de la patrie plutôt que de souffrir que cet autel reçoive d'autre serment que celui que vous vous ferez à vous-mêmes et à la nation, seul et unique souverain de l'empire. Amis vous le savez, je l'ai dit cent fois les rois sont des êtres totalement immoraux et irrévocablement incorrigibles. L'histoire ancienne et moderne et l'expérience authentique que nous en avons faite depuis la révolution ne prouvent que trop mes assertions.

En vain de lâches journalistes tels que les sieurs Cerizier et Boyer de la Gazette universelle, qui appellent sans cesse la guerre civile dans les quatre-vingt-trois départements et les satellites étrangers pour nous égorger nous nos femmes et nos enfants cherchent par une logique aussi niaise qu'absurde et atroce, à diviniser les crimes et les trahisons de la cour des Tuileries nous n'en sommes pas moins convaincus des éternelles vérités de la raison et de la politique universelles que le Conseil Général de la commune de Marseille vient de consigner dans une adresse à l'Assemblée nationale du 27 juin dernier. « Comment donc nos constituants (disent ces vertueux et incomparables Marseillais ), vos prédécesseurs, ont-ils pu établir que la royauté soit déléguée héréditairement à la race régnante, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture? Quelle peut-être cette race régnante dans un temps où tout doit être régénéré ? Qu'a t-elle fait cette race régnante pour être préférée à toute autre? Etait-il besoin de faire une loi pour l'inviolabilité de personne »?

« N'y a-t-il donc que la rétractation d'un serment le commandement d'une armée ennemie, et la fuite dans l'étranger, qui puissent mettre le roi de nos constituants dans le cas d'être destitué»? « Et la durée de cette énorme liste civile, qui ne peut être diminuée avant l'époque de chaque changement de règne, ne perpétue-t-elle pas les moyens de corruption qu'elle donne»?

« Et cette loi par laquelle au roi seul appartiennent le choix et la révocation des ministres n'est-elle pas, malgré leur prétendue responsabilité une source intarissable d'abus de trahisons et de désordres»?

« Et enfin ce veto suspensif apposé par le vouloir d'un seul à nos meilleures lois, contre la volonté générale ne détruit-il pas radicalement notre constitution»? « Avouez législateurs, que nos constituants n'ont rien constitué et si vous voulez être quelque chose, si vous voulez répondre au voeu de la nation, abrogez une loi qui rend cette nation nulle avec vous, que vous pouvez détruire par elle, et que le besoin de sa propre existence ne lui permet plus de souffrir».

Généreux fédérés! voilà des principes et des vérités que le simple bon sens a dictés, et qu'il est temps de faire valoir car la patrie est en danger et la nation est trahie, précisément parce que nos constituants ont négligé ces principes et ces vérités, précisément parce qu'ils ont livré nos droits, notre liberté et les bases de la constitution au hasard des caprices d'un Individu né tyran, et aux extravagances d'une cour scandaleusement corrompue et débauchée. Mais on dit que cette cour, et son roi parjure se proposent d'employer tous les moyens possibles pour vous cajoler, vous endormir et exciter en vous des mouvements de bassesse et des proclamations d'esclaves.

Le traître couronné prendra l'uniforme national, il osera, dit-on, prononcer un nouveau faux serment, avec l'air de satisfaction et de sincérité qu'il sait si bien feindre au moment même où il médite les plus grands forfaits. Ses courtisans croient que de pareilles démonstrations vous en imposeront, braves fédérés; que vous oublierez tous ses crimes et que vous, ne vous souviendrez même pas que ses frères et les tyrans ses collègues, d'accord avec lui, sont sur le point d'entrer en France. Non! braves fédérés, votre patriotisme est trop clairvoyant votre juste défiance trop aiguisée votre indignation trop profonde, pour être dupes un instant de toutes ces comédies autrichiennes.

Vous demanderez au contraire, grands cris, au nom des quatre-vingt-trois départements, dont vous représentez la force physique, que l'Assemblée nationale se hâte de suspendre de ses fonctions ce chef indigne du pouvoir exécutif, en attendant qu'il soit destitué dans les formes; car la patrie est dans le plus pressant danger, et il n'y a plus que ce moyen de la sauver. Suspendons le tyran!!! tel est le cri de tous les citoyens de l'empire, qu'il retentisse aux quatre coins de l'Europe et tous les peuples opprimés qui nous environnent, et qui n'auront plus à craindre les trahisons de cet esclave, de l'Autriche, se jetteront dans nos bras et combattront pour nous.
De l'Imprimerie de Chaudé, 7 rue Pierre Sarrazin.


Chronologie du 20  juin au 9 août 1792
20 juin : A Paris, des éléments de la garde nationale et des populations du faubourg Saint-Antoine et Saint-Marcel se rendent et s’emparent du Palais des Tuileries par milliers, pour y déposer une pétition et aussi à l’occasion fêté le Serment du Jeu de Paume. Au cri de « à bas Monsieur et Madame Veto » ils s’invitent dans les appartements royaux. Un de leur meneur se nomme Joseph Santerre, artisan brasseur. Il s’était déjà fait remarqué en février 1791 lors de l’attaque du Château de Vincennes et comme membre des Jacobins dans le sillage de Robespierre et Collot-d’Herbois. Il deviendra un personnage important de la Commune insurrectionnelle et chef de la garde nationale parisienne. Autre personnage de cette journée mémorable Sulpice Huguenin, proche d’Hébert, il fait partie de cette galerie des quasis inconnus ou servant de figure emblématique, voire d’obscur ou personnage de l’ombre. Il était déjà présent lors des révoltes contre les barrières d’octroi en juillet 1789, à la Bastille le 14 juillet. Le revoilà à la tête du mouvement des foules ou «chefs des émeutiers» selon le propagandiste et baron Mortimer-Ternaud et ses récits sur le «Terreur». Pour l’appréciation de la journée, l’on trouve le jeune Bonaparte en séjour sur le continent et assistant aux événements et voici son avis très nuancé (sic) : « Comment a-t-on pu laisser entrer cette canaille? Il fallait en balayer quatre ou cinq cents avec du canon, et le reste courrait encore. Puis il blâma la pusillanimité des conseillers et des défenseurs du monarque ». Aux Palais des Tuileries se réédite une scène du passé, le roi se voit coiffé d’un bonnet phrygien (et trinque à la nation), il faut remonter au Moyen-âge et à Simon Caboche et la révolte des cabochiens, pour qu’une telle mise en scène se produise avec un grand du royaume. (Cliquez ici) Le parallèle peut sembler être une audace, car si les circonstances sont différentes, la symbolique est forte. Par évidence, si le Moyen-âge marque la fin des pouvoirs « bourgeois » sur la ville et le royaume, en ce mois de juin 92, elle annonce une nouvelle ère politique et communale et le retour des petits artisans et commerçants aux affaires, plus que l’expression des classes pauvres ou ouvrières. Qui plus est elle sert incontestablement les intérêts du Mairie de Paris, Pétion de Villeneuve souvent à la bonne distance des événements et futur homme fort du régime républicain.

21 juin : A Paris « au matin, Pétion s'étant présenté aux Tuileries, avec Sergent et autres municipaux, il reçut une avanie; les gardes nationaux du bataillon des Filles-Saint-Thomas l'accablèrent d'injures et de menaces ; l'un d'eux porta la main sur Sergent, malgré son écharpe, et le souffleta si rudement qu'il tomba à la renverse. Des députés, Duhem et autres, ne furent guère mieux traités au jardin des Tuileries, par des chevaliers de Saint-Louis ou des gardes constitutionnels. Un homme y fut arrêté pour avoir crié : Vive la nation. » (Jules Michel, livre IV chapitre IX de l’histoire de la Révolution). Un brève rencontre se tient entre Louis XVI et Pétion, le monarque se déclare outragé des scènes d’hier, l’échange se conclut par « taisez-vous ! » à l’adresse du maire, lui répondant néanmoins et finissant (deux fois interrompu) par : « La municipalité connaît ses devoirs, elle n'attend pas pour les remplir qu'on les lui rappelle ». Le premier magistrat les jours suivants lancera un appel au calme et au respect de la constitution et du roi. La Législative réagit de son côté vigoureusement, elle interdit toutes réunions de citoyens armés. Dans la journée, la pétition de MM. Pierre Samuel du Pont (ou Dupont) de Nemours (ancien député de la Constituante) et Guillaume, servant d’appui au roi reçoit « 20.000 signatures ». Cette pétition sera l’objet de nombreuses controverses. Elle aidera en partie à l’établissement d’une liste de « suspects » après le 10 août et servira l’objet des comptes politiques à régler dans un futur proche. Cependant elle n’a jamais recueilli tant de signatures, il fallait un prétexte pouvant aider à redynamiser la position des feuillants très affaiblis politiquement, le premier de ses signataires est un entrepreneur et c’est un proche de Lafayette. Dupont finira ses jours aux Etats-Unis, comme négociateur ou diplomate, il sera à l’origine de l’acte de vente de la Louisiane en 1803 par le 1er Consul Bonaparte. C’est son fils qui fondera la «DuPont de Nemours and Company», restant aujourd’hui une importante multinationale étasunienne, qui fit à l’origine richesse dans les poudres.

22 juin : A Marseille, M. Mireur des « Amis de la Constitution » de Montpellier venu préparer la mobilisation pour le front entonne les couplets de Rouget de Lisle le « chant de guerre sur le Rhin ». L’hymne devenant le chant des soldats présents de la région et sur la route de la capitale, le titre de la Marseillaise, l’hymne national, sera ainsi incarné par les troupes venues de Marseille reprenant des refrains devenus à la mode. (A noter, l’admirable interprétation de la Marseillaise, le 14 juillet 1989 sur la place de la Concorde de Jessye Norman lors des célébrations du bicentenaire de la Révolution). A Paris, Louis XVI fait une proclamation aux Français où il fait référence « aux factieux » et aux événements survenus le 20 : « Le roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa conscience et son amour du bien public. Le roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter mais il a besoin de dire à la nation française que la violence à quelque excès qu'on la veuille porter, ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qu'il croit contraire à l'intérêt public ». De son côté, le Maire de Paris appelle au désarmement et conclu par « Montrez-vous digne de la liberté, et souvenez-vous que les peuples les plus libres sont les plus esclaves de leurs lois ».

24 et 25 juin : A Paris, la section des Quinze-Vingt envoie une délégation à  l'Assemblée. Son mandataire, M. Gonchon, déclare : «On ne cesse de calomnier les citoyens du faubourg Saint-Antoine. Nous conjurons l'Assemblée nationale de rendre aux vrais amis de la liberté la justice qu'ils méritent ». Le lendemain, la section des Gobelins déclare : « Au lieu de s'étonner de notre rassemblement, on devait s'étonner de ne point voir encore le glaive de la haute Cour nationale tomber sur la tête des coupables ».

26 juin : A l’Assemblée Législative, il est ordonné, à toutes les communes du pays la construction d’un autel consacré à la patrie. Au Club des Cordeliers, rue Dauphine, son président Hébert se réjouit de l’arrivée de Brest de citoyens « pour concourir à la liberté avec leurs frères de Paris», et envoi une députation à leur rencontre, le courrier est signé par le président et le Secrétaire, M. Machaut. A noter qu’il reste peu d’éléments de ce club pour l’année 1792, à la fois en perte de vitesse et en raison de la disparition de bon nombre de documents s’y affairant, de plus ce sont les sections qui vont en juillet être légitimées et tenir ce que l’on nomme le haut du pavé !

28 juin : Lafayette arrive à Paris pour dénoncer à l'Assemblée « l'anarchie et l'impunité des factieux ». Il tentera de mobiliser la garde nationale contre le club des Jacobins. A l’Assemblée, la section des Tuileries appelle au «licenciement de l'état-major fayettiste de la garde nationale». Aux Jacobins, le soir, Brissot monte à la tribune pour dénoncer le général, il s’engage à prouver à l’Assemblée sa culpabilité pour haute trahison. Robespierre prend la parole après et conclu par : « J'ajoute néanmoins qu'il faut que l'assemblée nationale et avec elle tous les vrais amis de la liberté avertisse tout le peuple français il faut que les députés patriotes, que chaque citoyen mettent au jour ce qu'il sait sur Lafayette et alors avant d'être jugé par la haute cour nationale, il sera condamné dans l'opinion publique.»

30 juin : A Paris, l’effigie de Lafayette est brûlée à proximité du Palais des Tuileries. Le  général, soulevant l’agacement et l’hostilité de la cour et des jacobins des deux camps, retourne à son casernement dans l’Est de la France.

VII – le mois de juillet 1792


1er juillet : A l'Assemblée, la pétition des « 20.000 » (du 21 juin), est à l’ordre du jour. La députation rassemble cinq personnes dont l’ancien élu de la Constituante, Pierre Samuel Dupont de Nemours, mais c’est M. Guillaume, qui intervient et désigne la municipalité de Paris comme responsable des actes du 20 juin et précise : « de porter l'oeil le plus sévère sur la conduite des moteurs instigateurs et chefs du rassemblement, sur celle du maire et des officier municipaux qui ont ordonné d'ouvrir les avenues du château et le château même... d'ordonner que le commandant général (Santerre commandant de la garde nationale parisienne) soit destitué de ses fonctions comme ayant exposé la sûreté du roi et compromis l'honneur de la garde nationale ». Puis : « Une nombreuse députation des citoyens actifs de la section de la Croix-Rouge est admise à la barre.
 L’orateur de la députation s'exprime ainsi :

Législateurs,


« L'horizon politique de la France se couvre de nuages, la foudre gronde, elle est prête à éclater ; le silence du désespoir occupe les amis de la liberté : le peuple entier, à demi levé, n'attend plus que le signal de ses représentants ; la souveraineté nationale vient d'être audacieusement outragée. Un général quitte son poste, abandonne lâchement son armée, qu'il livre à la merci des ennemis. Il vient à Paris : qu'y faire? Déclarer la guerre aux factieux ; mais qu'est-ce que Lafayette, sinon le chef d'une faction qui voudrait détruire la Constitution par la Constitution même? (Applaudissements à gauche.) Quelle sera la peine réservée à l'homme assez téméraire pour oser faire présager le dictateur et imposer des lois aux représentants de la nation? Comment a-t-il pu croire qu'un peuple assez fort pour résister au despotisme courbera sa tête sous le protectorat! Législateurs, cette barre a été souillée par la présence d'un chef rebelle. (Nouveaux applaudissements à gauche.) Les citoyens de la section de la Croix-Rouge la purifient aujourd'hui, en jurant, en présence de l'Assemblée nationale, une haine éternelle à tous les factieux, quels que soient leur nombre et leur rang, à tous les protecteurs. Hommes libres, nous ne voulons que l'empire de la liberté et des lois; nous vous demandons un grand exemple de sévérité, pour effrayer les conspirateurs; frappez un grand coup; déclarez que la patrie est en danger, et aussitôt les dangers cessent, et la patrie est sauvée. »

Applaudissements à gauche et dans les tribunes, murmures à droite.

Source : Archives Parlementaires - Université de Stanford- BNF 


2 juillet : De Marseille, les premiers soldats fédérés de la région Midi dit les « Marseillais » (500 hommes) démarrent leur marche vers la capitale et pour 4 semaines de route. A la Législative, il est pris un décret cassant et annulant « les statuts des fédérations faites à Sainte Anne et à la Basse-Terre (en Guadeloupe), et plusieurs arrêtés de l'assemblée coloniale. L'assemblée nationale, après avoir entendu son comité des colonies, considérant combien il importe à la tranquillité des Isles-du-Vent de mettre à exécution, dans les colonies, le décret du 28 mars dernier; Considérant que les commissaires civils chargés de la faire exécuter, sont sur le point de s'embarquer; que le retard des vaisseaux qui doivent les porter, des gouverneurs et des troupes qui doivent les accompagner, augmente considérablement les dépenses de cette expédition ; que l'approche de l'équinoxe presse leur départ de France, décrète qu'il y a urgence. » (Suivi d’un série de décisions organisant l’annulation du décret local et le départ des commissaires)

3 et 5 juillet : A l’Assemblée, Vergniaud député de la Gironde lance à Louis XVI un dernier avertissement : «Vous n’êtes plus rien pour cette Constitution que vous avez si indignement violée, pour ce peuple que vous avez si lâchement trahi ! ». A Paris, la section du Théâtre-Français appelle « le glaive de la loi sur la tête de Lafayette ». Le lendemain à la Législative et en examen jusqu’au 11 du mois, il est pris un  décret « relatif à la distribution aux bataillons de gardes nationales des exemplaires de l'instruction sur leurs exercices ». Il est stipulé au titre II que: « Les directoires de département enverront au ministre de l'intérieur, quinze jours après la publication du présent décret, l'état des bataillons de gardes nationales organisés conformément à la loi du 14 octobre 1791.» Le surlendemain à la chambre des députés, « après avoir entendu le rapport de son comité colonial, considérant combien il importe à la tranquillité et à la prospérité de l'île de Cayenne et de la Guyane française, de presser dans cette colonie l'organisation d'une assemblée coloniale, d'après les bases établies par le décret du 24 mars dernier,décrète qu'il y a urgence. » un autre décret est pris pour les secours et la répartition aux département d’une somme de 2,35 millions de livres destinées, « par la loi du 22 janvier 1792, à subvenir aux besoins des départements qui ont éprouvé des pertes considérables, à aider ceux qui ont entrepris des travaux d'une utilité générale, et à soulager les indigents, décrète qu'il y a urgence» (suivi de la liste de répartition des sommes allouées).

6 juillet : La Prusse de Frédérique Guillaume II rallie l’empereur Austro Hongrois (et les princes d’Allemagne) et entre en guerre avec la France. A Paris, Le maire Pétion de Villeneuve et le Procureur Syndic de la Commune, M. Manuel sont suspendus de leurs fonctions par l'administration départementale. La raison affichée est de n’avoir pas contenue les foules du 20 juin. Les frictions font jours entre la ville de Paris et le département sous contrôle de Pierre Louis Roederer, (ci-contre) Procureur Syndic depuis novembre 1791, membre des jacobins et « girondins ».

7 juillet : Europe (Saint Empire germanique) : François II, neveu de la reine et futur beau-père de Napoléon, est élu Empereur d'Allemagne. « Un fanatique ennemi de la Révolution » selon Jules Michelet. A l'Assemblée, l'évêque de Lyon et député, Adrien Lamourette, dans un élan de réconciliation général, demande à ses collègues de s'embrasser. Ce que l’on surnommera « le baiser Lamourette». Ancien proche de Mirabeau, son intervention vise au maintien de la Constitution. De son côté Brissot, depuis quelques jours au sein de la chambre temporise dans une atmosphère lourde de division.

8 juillet : A Paris, la section de Monconseil ou de Mauconseil demande « un châtiment contre Lafayette ». Elle deviendra la section du « Bon-Conseil » et délimite le quartier Montorgueil actuel II° et ancien V° arrondissement.

9 juillet : Aux Jacobins, après diverses questions, Robespierre est le premier inscrit pour intervenir sur les dangers de la patrie et les mesures pour les faire cesser. Le résumé de « La Rocambole de journaux » dans son numéro 5 en fait un portrait sarcastique : « Et tant parla l’asinius, Antonius (Anthoine de Metz), Jacoquinus (Brissot), qu'à la fin il se tut, et Robespierrot ressassant les dits et contre dits du chétif animal de Metz, y met pour ampliatif, que les généraux et officiers de l'armée pourront aussi être choisis par MM. de la ci-devant bazoche (Bazire), même parmi les perruquiers, comme experts, ainsi que chacun sait, à jeter de la poudre aux yeux.»

10 juillet : Dans le Finistère à Fouesnant, plus d’un millier de paysans et à leur tête le royaliste et juge de paix du canton Alain Nédellec se réunissent depuis plusieurs jours. En « menaçant d'incendier les propriétés de ceux qui ne se déclaraient pas pour le parti du Roi » De Quimper, ce même jour, 160 soldats et 15 gendarmes, plus une pièce d’artillerie font mouvement vers ce foyer de contestation. Une révolte ou bataille éclate et oppose les gardes nationales aux groupes paysans en présence. Les deux versions diffèrent sur les faits ou les lieux, mais l’on dénombre en tout 3 morts dont 1 paysan et environ 6 ou 7 blessés. Il s’agit en Bretagne des prémices de la future guerre civile et le rapport de Jean-Marie Jézéquel précise : « C'était un spectacle bien hideux pour nous qui n'avions pas encore vu de pareille horreur». (Lire, l’extrait des mémoires du sergent-major de la garde nationale de Quimper et commandant du détachement – Source wikipedia : Révolte_de_Fouesnant). Au Gouvernement, c’est l’annonce de la démission des ministres feuillants et la formation d’un nouveau cabinet ou le dernier Conseil du roi. (Source Wikipedia – liste de tous les ministres de Louis XVI de 1774 à 1792)

11 juillet :  A la Législative, il est décrété que la patrie est déclarée en danger ! Voici le décret de la chambre des députés : « après avoir entendu les ministres, et observé les formalités indiquées par la loi des 4 et 5 de ce mois, a décrété l'acte du corps législatif suivant: Des troupes nombreuses s'avancent sur nos frontières. Tous ceux qui ont horreur de la liberté s'arment contre notre constitution. Citoyens, la patrie est en danger. Que ceux qui vont obtenir l'honneur de marcher les premiers pour défendre ce qu'ils ont de plus cher se souviennent toujours qu'ils sont français et libres; que leurs concitoyens maintiennent dans leurs foyers la sûreté des personnes et des propriétés; que les magistrats du peuple veillent attentivement; que tous, dans un courage calme, attribut de la véritable force, attendent, pour agir, le signal de la loi, et la patrie sera sauvée ». La question est en débat depuis le 4 et afférant à la prise de décrets et mesures de sûreté générale, dont la réorganisation le 7 des troupes ou « Légion du Midi ou des Américains » dont le commandement reviendra à M. de Saint-Georges. Cette légion sera composée de troupes à pied et de hussards (1.000 hommes) : « La loi du 31 mai dernier, relative à la création de cinquante-quatre compagnies et de trois légions franches, sera exécutée, pour la nouvelle légion du Midi, en tout ce qui n'est pas contraire à l'article I du présent décret ». Dans la Gazette Universelle (n°196) Robespierre depuis les jacobins « vient d'inviter dans une adresse, approuvée par les Jacobins, les fédérés à venger le sang répandu l'année dernière sur l'autel de la patrie».

12 juillet : En Ardèche, les gardes nationales du département et du Gard font tomber le bastion royaliste et la place forte de Jalès. 

13 juillet : A Paris, Piéton retrouve sa fonction de maire au sein de la Commune grâce à une décision de l’Assemblée. La police de son côté découvre un passage souterrain entre l'hôtel de Brionne (où séjournent les soldats Suisses), et les sous-sols du Palais royal des Tuileries. Danton déclare que les soldats fédérés dépêchés dans la capitale le seront jusqu’à ce que le patrie ne soit plus en danger.


14 juillet :  A Paris, pour la troisième année consécutive, la Fédération est fêtée au Champ de Mars (ci-dessus dessin extrait des Révolutions de Paris) et sans effervescences populaires. Une journée calme en apparence, mais sous tension dans les faubourgs et les sections parisiennes siégeant tous les jours.

15 juillet : A Bordeaux deux prêtres réfractaires sont assassinés. A la Législative, l’on ordonne l'éloignement de la capitale de cinq régiments. A Paris, Au Club des Cordeliers, Société des Amis des droits de l’Homme et du citoyen , se tient le matin une réunion ou sont décidés que primo, «qu’il y a lieu à une Convention nationale», les trois points suivants, demandent la suspension du roi et de tous ses agents et leur remplacement. Les signataires sont MM. Antoine, le Bois, Chaumet, Dunouy, Momoro et Hébert. (Source, Les Cordeliers dans la RF de James De Cock Tome II, page 1101 -  Editions Fantasques 2002) Pour information, ce manuscrit fut conservé grâce à un vol.

16 juillet : A la Législative, le 1er procureur syndic de la commune, Manuel, pas encore réintégré vient présenter ses griefs reprochant aux législateurs de «n'avoir pas puni Louis XVI sur le champ». Dans la capitale une pétition dite «indivisible» des citoyens de la section des Quatre-Nations (ou plus tard de l’Unité, correspondant approximativement à l’actuel quartier de Saint Germain des Près), demandent la déchéance du roi. Les policiers annoncent l'arrivée à l'hôtel de Brionne d'un renfort de deux cents soldats Suisses venus de Courbevoie. Aux Jacobins, Robespierre dans le sillon de Danton, le 13, appui sur la nécessité de la présence des fédérés à Paris, en fin de séance il est porté Vice président de la société jacobine.

17 juillet : A l'Assemblée, des soldats fédérés demandent à la barre la suspension du roi. «Vous avez déclaré le danger de la patrie ; mais ne la mettez-vous pas en danger vous-mêmes, eu prolongeant l'impunité des traîtres ?.... Poursuivez Lafayette, suspendez le pouvoir exécutif, destituez les directoires des départements, renouvelez le pouvoir judiciaire ». Formule rapportée par Jules Michelet. A Paris, la municipalité accepte dans la garde nationale tous les citoyens armés d'une pique.

19 juillet : A Paris, les bataillons de la garde nationale sont ramenés de 60 districts (ancienne définition administrative), à 48 sections afin de correspondre aux assemblées prilmaires ou populaires de chaque quartier.

20 juillet : Les députés de la Gironde Vergniaud, Gensonné et Guadet proposent une médiation au roi. L’effet sera diversement apprécié, en premier dans le camp dit des girondins. Le député de la Gironde, Vergniaud était très peu apprécié par Manon Roland, et à ce stade Jérôme Pétion était plus proche de Robespierre que des brissotins.



22 juillet : A Paris on célèbre la mobilisation pour « la Patrie en danger » (voir la gravure ci-dessus)). C’est les débuts de l'enrôlement et de la mobilisation en région parisienne. Aux Jacobins, Robespierre prend la défense de M. Manuel en ces termes : « puisqu'il importe à la capitale d'avoir pour procureur de la commune un homme courageux, et qui n'a été puni que pour avoir développé cette énergie. Il est incroyable, ajoute-t-il, qu'on ait divisé sa cause de celle de M. Pétion, et qu'on ne dise pas qu'il a demandé lui-même cette division, car les décrets de l'assemblée nationale ne tiennent point à la lettre d'un particulier. On a dit que la division de cette cause était une injure à la municipalité, je dis qu'elle est une injure au peuple ; car elle laisse encore un voile sur la journée du 20 juin, et sous ce rapport la cause du procureur de la commune est une cause nationale ; c'est un devoir pour l'assemblée nationale de casser promptement l'arrêté de la cour et du département ».

23 et 24 juillet : A l’Assemblée, il  est décrété, la levée de la suspension du Procureur Syndic de la Commune, M, Manuel retrouve ses fonctions. La chambre des députés approuve l'initiative des généraux de l'armée du Rhin ayant  requis les corps administratifs et les gardes nationales des départements sous leur commandement. Cette prérogative sera étendue à tous les généraux chargés de la défense des frontières. Le lendemain, M. Vergniaud demande à « ne pas se laisser entraîner dans des mouvements inconsidérés ».

25  juillet : A l'Assemblée, sous pression populaire, il est donné aux sections parisiennes une place et un rôle notable dans la mobilisation générale : « considérant qu'au moment où la patrie est en danger et où des mouvements d'agitation se font sentir à chaque instant dans la capitale, il importe que les citoyens veillent tous pour assurer l'exécution des lois et le maintien de l'ordre public décrète qu'il y a urgence pour que les sections de Paris se tiennent et soient permanentes jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné ». Ce même jour «  un festin civique fut donné aux fédérés sur l'emplacement des ruines de la Bastille, et la même nuit, du 25 au 26, un directoire d'insurrection s'assembla au Soleil d'or, petit cabaret voisin. Il y avait cinq membres du comité des fédérés, de plus les deux chefs des faubourgs, Santerre et Alexandre, trois hommes d'exécution, Fournier, dit l'Américain, Westermann et Lazouski, le Jacobin Antoine, les journalistes Carra et Gorsas, enfants perdus de la Gironde. Fournier apporta un drapeau rouge, avec cette inscription dictée par Carra : Loi martiale du peuple souverain contre la rébellion du pouvoir exécutif. On devait s'emparer de l'Hôtel-de-Ville et des Tuileries, enlever le Rois sans lui faire de mal, et le mettre à Vincennes. Le secret, confié à trop de personnes, était connu de la cour. Le commandant de la garde nationale alla trouver Pétion, et lui dit qu'il avait mis le château en état de défense. Pétion alla, la nuit même, dissoudre les convives attardés du festin civique, qui croyaient combattre au jour, On se décida à attendre les fédérés de Marseille ». Dans la Capitale, c’est l’arrivée des Fédérés Bretons.

26 juillet : A Paris s’organise la formation d'un comité insurrectionnel des fédérés. S’en suivra dans cette dynamique un Club central des Fédérés depuis les Jacobins composé de 43 personnes pour centraliser les informations et un Comité de 5 membres. Avec MM. Vaugeois, grand vicaire de Blois, Debesse de la Drôme, Guillaume, professeur à Caen et Galissot de Langres. Ils seront rejoints par Santerre, Danton, Desmoulins, Manuel, Lazouski capitaine des canonniers du faubourg Saint-Marceau (ou Saint-Marcel), etc. Charles Jean-Marie Barbaroux, (futur député des bouches du Rhône, ci-contre en portrait) lui promettra la participation des troupes fédérés, Pétion assurera de ne pas intervenir, les époux Roland, Servan et en général les girondins seront dans la confidence, selon Etienne Cabet. (Histoire populaire de la Révolution française de 1789 à 1830, page 32)

27 juillet : A l’Assemblée, suite aux demandes répétées des sections, il sera établi un bureau central de correspondance entre les quarante-huit sections, sous la surveillance et la direction du procureur de la Commune. Dans la capitale, les citoyens dits actifs de la section du Théâtre Français, (..) Déclare que, la patrie étant en danger, tous les hommes français sont de fait appelés à la défendre ; que les citoyens, vulgairement et aristocratiquement connus sous le nom de citoyens passifs, sont des hommes français ; partant qu'ils doivent être et qu'ils sont appelés, tant dans le service de la garde nationale pour y porter les armes, que dans les sections et dans les assemblées primaires, pour y délibérer : en conséquence les citoyens, qui ci-devant composaient exclusivement la section du Théâtre Français» déclarant hautement leur répugnance pour leur ancien privilège, appellent à eux tous les hommes français qui ont un domicile quelconque dans l'étendue de la section, leur promettent de partager avec eux l'exercice de la portion de souveraineté qui appartient à la section, de les regarder comme frères, concitoyens, co-intéressés à la même cause, et co-défenseurs nécessaires de la constitution, de la déclaration des droits, de la liberté, de l'égalité, et de tous les droits imprescriptibles du peuple, et de chaque individu en particulier ». Un courrier signé par Danton, président ; Anaxagoras Chaumet et Momoro, secrétaires. » (in Les Révolutions de Paris, n°160, feuillets 208-210)

Du 25 au 28 juillet : Depuis l’étranger, le premier manifeste dit de Brunswick est publié, il en existera plusieurs versions, la première apparition ou publication à Paris daterait du 28 selon Jules Michelet et recueillant 600 faux signataires. La capitale et ses citoyens sont mis à l’index et menacés très clairement.


Paris sous la menace des armées de Prusse
Voici ce qui est adressé comme mise en garde à : « La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction seront tenus de se soumettre sur-le-champ et sans délai au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté, et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens oblige les sujets envers les souverains ; leurs Majestés impériale et royale rendant personnellement responsables de tous les événements, sur leur tête, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il appartiendra, déclarant en outre, leurs dites majestés, sur leur foi et parole d'empereur et de roi, que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités. Leurs Majestés impériale et royale promettent au contraire aux habitants de la ville de Paris d'employer leurs bons offices auprès de sa majesté très chrétienne pour obtenir le pardon de leurs torts et de leurs erreurs, et de prendre les mesures les plus rigoureuses pour assurer leurs personnes et leurs biens s'ils obéissent promptement et exactement à l'injonction ci-dessus ». En clair une mise au pas donnée depuis le quartier général de Coblentz (ou Coblence), et signé, (Ndr : ce qui est aussi faux!) par Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick Lunebourg.                               

Pour complément sur cet écrit de propagande : « Un examen, même rapide, du texte permet de distinguer au moins deux parties d'inspiration et de style différents. La première constitue une profession de foi royaliste et une mise en garde contre toute atteinte portée au pouvoir du roi et à la sûreté de sa famille. «Les alliés n'ont pris les armes que pour faire cesser l'anarchie dans l'intérieur de la France...». Les écrits contre-révolutionnaires de l'époque procèdent d'un état d'esprit comparable. Par contre la seconde partie qui s'adresse à « la ville de Paris et ses habitants» les menaces «d'une vengeance exemplaire et à jamais mémorable». Elle sonne comme un ultimatum implacable lancé par les étrangers contre un peuple dont ils ignorent la situation et les aspirations présentes. Après leur victoire les armées des coalisés s'arrogent le droit defoudroyer les rebelles et d'anéantir à jamais la rébellion». de Marc Bouloiseau- Source Persée.fr

Manifeste_de_Brunswick - Wikisource.org en français  
     


29 juillet : Au couvent des Jacobins, après un appel à l’insurrection de Legendre et contré par Anthoine, maire de Metz, Robespierre fait une longue déclaration sur les maux et les ressources de l’état . Ce que synthétise, le Journal général de France, en écrivant que l’incorruptible « ne se contente pas d'être de cet avis et de demander la déchéance du roi, mais il veut qu'on renouvelle aussi la législature actuelle qui ne veut pas, dit-il, sauver la patrie. M. Robespierre a été plus loin, dans un discours prononcé avant-hier aux jacobins, et dont l'impression a été ordonnée, il a proposé d'envelopper dans la proscription la législature actuelle. Ce n'est pas lorsque le vaisseau n'est qu'à deux doigts du naufrage, qu'on doit parler de changer son équipage. En donnant aux lois toute la vigueur dont elles sont susceptibles, en punissant sévèrement ceux qui veulent porter atteinte à la constitution, en développant un grand caractère de courage et de respect pour les bons principes, on donnera à l'état une consistance qui le rendra redoutable à quiconque oserait l'attaquer ». (in Discours de Robespierre, 1791-1792 - PUF -1954)

30 juillet : A Paris, c’est l’arrivée des fédérés dit marseillais, en réalité le bataillon sera rejoint par divers corps volontaires et même de Bretagne, des 500 partis de Marseille, ils seront en tout 5.000 à prendre pied dans la capitale de différentes régions. Les citoyens actifs (ou électeurs) de la section du Théâtre-Français (section de Georges Danton) : « déclarent hautement leur répugnance pour leur ancien privilège, appellent à eux tous les homme français qui ont un domicile quelconque dans l'étendue de la section, leur permettant de partager avec eux l'exercice de la portion de la souveraineté qui appartient à la section, de les regarder comme frères, concitoyens, co-intéressés à la même cause et co-défenseurs nécessaires de la Constitution, de la déclaration des droits, de la liberté, de l'égalité et de tous les droits imprescriptibles du peuple et de chaque individu en particulier ». A l’Assemblée, l’on décide que les citoyens passifs pourront rejoindre la garde nationale. Louis XVI cesse de rédiger son journal.

31 juillet : Emission de trois cents millions d'assignats. A Paris, la section de Mauconseil a décidé, que pour le 5 août, ne voulant reconnaître Louis XVI en tant que roi, elle se manifestera et appelle les sections du département à les rejoindre. Dans la soirée des heurts se produisent avec les fédérés Marseillais invités à dîner du côté de Champs Elysées avec des grenadiers royalistes

VIII - Le commencement du mois d’août 1789 et fin de la royauté.


1er août : A Paris, commence à circuler le ou les manifestes dit de Brunswick, cela provoque une très grande effervescence dans l’ensemble de la capitale et son accueil soulève l’indignation de la chambre et des Parisiens menacés d’extermination s’ils venaient à résister. Ce qui fut un faux, et Brunswick servant de chiffon rouge. Cet écrit de propagande venant des émigrés va créer les conditions d’une panique et la peur de voir arriver les troupes ennemies dans la capitale. Quand la mobilisation souffre d’une grande désorganisation et un état-major composé des derniers bancs royalistes et feuillants. A l'Assemblée, il est légalisé l’incorporation de tous les citoyens dit passifs du pays, et il est ordonné aux municipalités de fabriquer des piques et de les distribuer. «Excepté aux vagabonds, gens sans aveu et personnes notoirement reconnues pour leur incivisme». Aux Jacobins, l’on débat sur la convocation d’une Convention nationale. Les  citoyens de  la section de la Croix Rouge déclare être : «décidée à faire cesser l'odieux affront d'avoir trop longtemps partagé involontairement avec les prétendus citoyens actifs de l'empire le cime de lèse-égalité sociale... il faut lever cette barrière monstrueuse qui, divisant les citoyens en deux classes, les rend pour ainsi dire étrangers les uns aux autres quoique les dangers de la patrie les forcent de se rapprocher, d'agir et de marcher ensemble».

3 au 5 août : A la Législative, « Pétion, à la tête de la Commune, se présente à la barre. Spectacle étrange, le froid, le flegmatique Pétion, ayant derrière lui ces dogues, les Danton et les Sergent, qui le poussaient par derrière, débitant de sa voix glacée un brûlant appel aux armes ». (Jules Michelet in l’histoire de la Révolution, livre VI, chapitre IX). Le maire est venu au nom de 47 sections parisiennes (sur 48) demander la destitution du roi « qui a séparé ses intérêts de ceux de la nation ». Le lendemain, l'Assemblée décrète que «tout Français qui aura fait la guerre de la liberté, soit dans les volontaires nationaux, soit dans les troupes de ligne, recevra les droits de citoyen actif». Ce même jour Pétion vient demander au nom de quarante-sept sections, la déchéance du roi. A Paris, la section des Quinze-Vingt fixe «le terme de la patience populaire» au jeudi 9 août à minuit. Le 5, les sections ayant répondu favorablement à l'invitation à celle de Mauconseil viennent demander aux députés que Louis XVI ne soit plus roi des Français.

4 août :  En Seine-et-Oise, Jean-Baptiste Delambre, astronome et membre de l’Académie royale des sciences, termine son « premier triangle géodésique ».

5 août : Aux Jacobins l’on débat sur un possible départ du roi, voilà ce que la société fera suivre aux sociétés affilées concernant les propos de Robespierre : « Le fait du départ du roi me paraît certain, si ce n'est pas pour aujourd'hui ce sera pour demain. Je conclus donc à ce que deux choses étant indispensablement nécessaires ; l'une d'empêcher que le roi ne parte, l'autre de veiller à ce qu'il ne lui arrive aucun mal ni à aucun individu de sa famille ; il est du devoir de tout bon citoyen, de tout vrai patriote, de toutes les autorités constituées de veiller et de surveiller le château ». Le savant Lavoisier, membre de l’Académie des sciences et de la Société 1789 proteste publiquement contre l’idée de destituer Louis XVI.

6 août : A Paris, la section de Henri IV rejette la pétition du 5 août dénonçant la motion de la section de Mauconseil. La municipalité décide que la garde du roi sera issue de tous les bataillons de la garde nationale. Marat demande aux Cordeliers et à toutes les Sociétés de soutenir par une souscription « les fédérés de Marseille et autres départements (…), il serait atroce qu’ils manquassent de tout, après avoir fait la guerre à leur dépens ».

7 août : A Paris,  la section de la Place-Royale souhaite le retrait de toutes les statues royales et d’édifier des pyramides dédiées à la Liberté. La section des Gravilliers décide « que tous les citoyens sont en état de réquisition permanente et qu'il descendront dans la rue dans le cas d'un rappel général ».

8 août :  A l'Assemblée par 400 voix contre 200, les élus refusent l’acte d’accusation contre Lafayette. Aux Jacobins l’on présume un projet d’envoyer l’Assemblée à Rouen ou bien Amiens. Il s’agit de la dernière réunion des Jacobins avant le soulèvement du 10 août.

9 août : A Paris, en soirée, la Commune insurrectionnelle est formée, les représentants des sections s'installent à l'hôtel de Ville. A partir de minuit retentit le tocsin, le signal est lancé pour l’insurrection.


A suivre…      



Suite sur la Révolution française
Année 1792, sixième partie

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