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Sommaire de la page,

1 - La "Grande Peur" et amplification des "bruits" (juillet 89)

2 - JP Marat, figure du diable ou apôtre des droits humains ? & le N*1 du Moniteur patriote (août 89)

3 - Chronologie de juillet à décembre 89

4 - Le nouveau Paris et "les adieux à l'année 1789" par Louis Sébastien Mercier


La Grande Peur
et amplification des « bruits »

"Nuit du 4 au 5 août 1789 ou le délire patriotique"

Lionel Mesnard, le 21 janvier 2016

« Devenue un classique, La Grande Peur de 1789 occupe une place à part dans l’œuvre de Georges Lefebvre. Par son importance et son écho, bien sûr, mais aussi par ses objectifs, sa méthode et sa forme. D’une certaine manière, le livre est hybride. Par l’ampleur des dépouillements, le foisonnement des faits (« pas d’histoire sans érudition », affirmait-il) et la force des analyses, il se rattache aux Paysans du Nord » Depuis au moins avril-mai en région parisienne se répand la rumeur que des « brigands » attaquent les campagnes et détruisant les cultures. Ce qui a pu être des révoltes populaires, voire des bandes criminelles ayant pu profiter de cette période incertaine n’est pas totalement chimérique, mais grossis à l'extrême. Mais avec pas beaucoup d’éléments fondés, il est tout à fait possible d’avoir utiliser les "ragôts" pour affoler les populations et en particulier les bourgeoisies citadines. La contre-révolution n’a pas commencé après la chute de Louis XVI. Elle sera en mouvement dès les commencements. Et en matière de mythes ou de roman national, on ne peut se contenter de quelques symboles, l’année 1789 est de janvier à décembre conséquente et décisive sur les suites.

Du 20 juillet au 6 août se propage des « bruits » dans toute la France sur des menaces de pillards armés par milliers. S’il y a eu des demeures et des châtelains malmenés, des bâtisses incendiées ou voire des occupants tués, les destructions connues vont concerner principalement des actes, c’est-à-dire des documents ou pièces administratives en rapport avec les justices, municipalités (Strabourg) ou paroisses locales. Le fait du rejet du régime ou de l’exclusion induisant des haines à de quoi paraître assez évident, tout dépend de comment la sénéchaussée ou la baillage, c’est-à-dire les autorités locales ont pu agir sous l’ancien régime.

J’ai pu recueillir, il y a déjà pas mal d’année deux témoignages, sans avoir pu confirmer leurs validités sur deux lieux à quelques kilomètres de distance. Un premier château sera l’objet de quelques paillardises villageoises et dans une autre localité du Saintonge très reculée en raison de sa présence en pleine forêt, sera l’objet d’un massacre. Tous les nobliaux locaux périrent dans les flammes, les habitants attendirent un soir qu’une fête soit organisée. Les villageois de cette petite localité saintongeaise empêchèrent tout le monde de sortir bloquant les issues et y mettant le feu. Ce témoignage m’a été livré par un paysan aujourd’hui disparu, il ne disposait pas d’éléments de datation des faits précis, mais il avait conservé quelques anciens documents et gardé en mémoire ce qui lui avait été transmis par tradition orale. L’ouest de la France a connu des endroits de très grandes misères, ce village devait vivre principalement de la cueillette et si ceci n’est que du domaine d’une hypothèse, des faits s’étant déroulés probablement au cours de l’année 1789. La fameuse « Grande peur » comme effet a surtout servi la création des milices bourgeoises.

Si ces deux exemples ont été retenus, ce n’est pas pour leur précision, mais parce que révélateur de dizaines, centaines, voire milliers de révoltes dans tout le pays dans le courant de l’année 1789. Sans qu’il soit possible d’avoir à ce sujet tous les foyers par provinces, et ce qui a pu se passer après le 20 juillet va surtout amplifier la rumeur publique en marche depuis au moins avril-mai sur « les bandes de voyou » s’attaquant aux villes. « Ces foules révolutionnaires, les historiens du XIX° siècle les décrivent le plus souvent comme un ramassis de violents, une foule-enfant facile à manipuler pour des « meneurs », mais aussi une foule innocente capable de bonté sitôt qu’elle n’est plus « enragée, aveugle, ivre de son danger même » (Michelet). Dès 1790, Burke a stigmatisé « une bande de voyous et d’assassins qui puaient le sang » ; moins d’un siècle après, Taine expose comment de la foule naît « le barbare, bien pis l’animal primitif, le singe grimaçant, sanguinaire et lubrique, qui tue en ricanant ». Tuer se changerait alors en « idée fixe », thème repris par le docteur Le Bon en 1895 (Psychologie des foules) puis 1912 (La Révolution française et la psychologie des révolutions). » (Michel Biard et Hervé Leuwers, in « la Grande Peur et foules révolutionnaires » de G. Lefebvre )

Aussi se forme une organisation à la base, ou la commune devient un espace politique à part entière, et dans ce contexte un ensemble fédéraliste allant vers l’unification du pays. Une mobilisation citoyenne servant de pression sur l’autorité royale, et elle mobilisera rapidement des troupes et des hommes en arme, comme à Paris et dans le sud-est quelques semaines avant la capitale. A savoir quand ce sont passés les événements, les agressions contre les pouvoirs locaux, les émeutes furent surtout antérieures à la prise de la Bastille. L’après 14 juillet sera surtout sous le coup d’une grande panique, la force de la rumeur du « fabuleux » comme dit un rapport. Ce qu’écrivit la Sénéchaussée de Ruffec en date du 11 Août 1789, le Juge-Sénéchal de la Juridiction au Duc De La Rochefoucauld, député à Paris :

« Le 28 du mois dernier, à 7 heures du matin, un homme vint nous dire qu’il avait vu 16 personnes dans la forêt de Ruffec avec des sabres et habillées en hussards. Nous avions appris la veille que du côté de Niort, des brigands avaient brûlé et pillé en plusieurs endroits... Nous ne doutâmes pas un instant que ce ne fussent les mêmes qui s’étaient réfugiés en forêt de Ruffec. A cette nouvelle, les femmes crièrent : « les voici, nous sommes perdus », elles fermèrent leurs portes, s’armèrent de pierres et montèrent dans leurs chambres. Les 4 compagnies bourgeoises nouvellement formées prirent les armes... Nous fîmes plusieurs perquisitions dans la forêt de Ruffec et ne trouvâmes personne... Mais ce faux bruit se répandit aussitôt à plus de 20 lieues, on disait Ruffec pillé et brûlé. En moins de 2 heures, plus de 10.000 hommes déterminés arrivèrent armés de fusils, de broches et de faux... Ils montèrent la garde la nuit craignant toujours que ces brigands que l’on assurait être cachés dans la forêt, ne surviennent inopinément. Cependant comme on a fait partout des perquisitions, on regarde aujourd’hui ces bruits comme fabuleux. » (Source : association de généalogie de Charente et du Poitou)

Si Mercier peut être par certains aspects extravagant, la nature de ses intuitions seront souvent d’une grande justesse. Il annoncera certains changements politiques et semble avoir su venir les orages jusqu’à la restauration monarchique. Il a très bien compris les mécanismes et la puissance de la presse, elle va jouer un rôle essentiel notamment en matière de désinformation ou d’amplification. Si à la Renaissance l’impact de l’imprimerie est indéniable, au moment de la révolution cette nouvelle liberté de publier et d’écrire sans en référer à la censure va être un moteur pour une large expression, mais avoir aussi ses dérives propagandistes et en faveur d’un retour de l’absolutisme. Va émerger ainsi toute une nouvelle génération de journaux et de rédacteurs, de Marat en passant par Hébert, ou Mirabeau et Brissot, la palette politique est bien plus étendue, et le couple royal va favoriser la presse ne lui étant pas hostile. Les publications sans réelles couleurs politiques sont plutôt rares ou relevant de ce que l’on nomme une presse spécialisée qui peut être littéraire ou scientifique.

Toutefois la grande majorité des parutions, pour certaines de courtes durées, le ton est hautement politisé et le contenu soit favorable ou hostile aux événement trouve son lectorat. Au point que certaines tribunes et auteurs deviennent de véritable référence. C’est aussi des genres différents ou des accroches stylisées, un journaliste comme Hébert, qui s’adressait en particulier aux plus humbles, était loin d’être un auteur vulgaire. S’il use du mot « foutre » à toutes les sauces, c’est un mélange astucieux de langage populaire et une très bonne connaissance du langage et de ses expressions, rien n’est fortuit. Marat dans un autre style plus classique est la voix de la colère et surtout, même s’il fait encore frémir dans les chaumières. Il fut un ardent combattant pour les droits de l’Homme dans la première étape révolutionnaire, si Hébert était plus sur le thème de la brocarde, de jouer avec les mots, Marat est un analyste en temps réel. C’est assez paradoxal tous ces "affreux" révolutionnaires, si décriés comme une engeance sanguinaire, vont peu à peu et avec l’appui des forces populaires menés à la République et à la conquête de nouveaux droits.

Par ailleurs si l’on examine, l’impact auprès de la population mène souvent à cette question mais comment faisait-on pour lire ou s’acheter le journal dans un pays peuplé très majoritairement de pauvre et d’analphabète? Beaucoup de ces nouveaux titres vont faire l’objet de placardage, à Paris tout au long du siècle certains murs croulaient sous le poids du papier et l’on se réunissait sur les places pour lire ou se faire lire les nouvelles et échanger, cela va devenir un rituel important pour des populations désireuses de s’informer et la demande a été forte. Selon les milieux, on pouvait aussi disposer de journaux en correspondance à sa classe sociale ou ses opinions. Cela pouvait être de simple feuille, des sortes de tract pas toujours dans un français très rigoureux, la palette et le choix étant riche, ils  permirent à quelques parutions de se distribuer à plus de 50.000 exemplaires jour. Cette révolution à la marge est incontournable.


Se dessineront autour des titres de presse, des rédactions, toutes en lien avec une officine politique ou sous la houlette des chefs politiques, ou journalistes et députés se confondent, tous ceux cités jusqu’à présent auront tous un mandat électif. Et un des débats de cette année sur le mandat d’un député, lettre à ses « Commettants » de Mirabeau illustre aussi de comment on va passer d’un mandat impératif à un mandat au nom de l’intérêt général ou l’assemblée fait du mandat un lien représentatif, mais plus soumis à  des injonctions venant d’une base pas toujours conforme à ses mandataires.  

« LES CONSÉQUENCES » selon Albert Mathiez - in les grandes journées de la Constituante


« Les suites de la victoire populaire furent immenses : le parti aristocrate écrasé, dans toute la France une explosion de joie et de colère contre les privilégiés, les paysans brûlant les châteaux pour détruire les chartriers, la grande Peur, l'armement des bourgeois formant partout des gardes nationales à l'exemple de la garde parisienne pour se protéger contre les «brigands» et aussi contre les aristocrates, de nouvelles municipalités élues surgissant révolutionnairement sous le nom de comités permanents à côté des anciennes municipalités fermées et jalouses, bref la Révolution s'emparant du pouvoir sur tout le territoire, enfin la première émigration et la nuit du 4 août ».

                                           Sources : elles feront l'objet d'un récapitulatif sur une autre page !


Jean-Paul Marat, la figure du diable
ou apôtre des droits humains ?
Il est une des figures intellectuelles les plus marquantes de la révolution, il est finalement peu connu bien que célèbre et bien au-delà de la France, probablement le plus honni de tous les révolutionnaires. A lui seul il est une légende, il fut mythifié de son vivant, sa mort donnera lieu à des rites et des processions à Paris. Voici de nouveau, un helvète, à descendance française et espagnole, Marat est né dans le canton de neufchâtel, et il sera un adepte du philosophe Rousseau. Il mettra dans sa première parution « le Moniteur Patriotique » en août 1789  sa devise en entête de ses propos. Il sera critique au sujet des textes d’Helvétius et de Voltaire, écrira un éloge à Montesquieu. Il sera député seulement à partir du 9 septembre 1792, difficile de trouver des hommes de presse qui n’auront pas un rôle actif dans l’organisation des lois et la vie publique (droits humains dont celui des noirs, sur les lois criminels, …).

Son premier séjour à Paris date de 1762 à 1765, c’est à ce moment qu’il se forme sur le tas à la médecine, puis va vivre jusqu’en 1775 en Angleterre et aux Pays-Bas (Provinces-Unies), puis ira finir ses études avant de revenir et exercer auprès du comte d’Artois de 1777 jusqu’en 1787 et ouvrira un cabinet dès 1780 dans la capitale. Ses métiers, il en eut plusieurs à commencer par être précepteur, puis médecin et vétérinaire dont il obtiendra, 10 ans plus tard en Ecosse un diplôme universitaire, et commence assez tôt à écrire un roman sur « le jeune comte de Potowski », puis sur la philosophie et aussi la médecine. Notamment il rédigea un ouvrage sur les maladies vénériennes ou la syphilis, un des sujets médicaux centraux, depuis au moins la moitié du XVIII° siècle.

Ensuite Marat travaillera sur des questions de physique expérimentale sur le feu sur l’optique et les énergies médicales électriques, cela entraînera l’enthousiasme de Benjamin Franklin
l’inventeur du paratonnerre ! présent à une des ses expériences.  Mais ses travaux sont rejetés par l’Académie des sciences de Paris et il ne peut entrer ou exercer à visage découvert, il perdra certains revenus conséquents, tout en conservant une partie de sa clientèle, certains écrits auront tendance à le montrer sous l’angle d’un rebouteux ou d’un vulgaire guérisseur, en clair un farfelu, si ce n’est un escroc et pas comme un homme de science. Qu’il ait cherché à s’anoblir avant la révolution est le signe d’un opportunisme plutôt évident et dans la norme, mais pas de quoi soulever des montagnes.

De toute façon, il n’existe pas un pan de sa vie connue, qui n’aura pas été l’objet de critiques, pas toujours fondées et fort peu équilibrées. Il est le « diable » de la révolution par excellence et sur qui va se concentrer des haines et délires farouches, le représentant comme la figure de l’archange de la mort ou le diable personnifié, alors qu’il a été une grande plume et un journaliste engagé, voire un des rares théoriciens du mouvement social et politique de son époque. Qu’il ait pris des positions radicales n’est pas étonnant, il va jouer un rôle d’aiguilleur auprès des populations faubouriennes où il sera connu comme le loup blanc. Qu’il ait été rejeté par diverses factions politiques et que son assassinat soit venu d’un de ces groupes n’est pas un fait sorti de l’oubli, mais on a plutôt la volonté de mettre au pinacle sa meurtrière, Charlotte Corday. Un acte terroriste, pour reprendre une terminologie actuelle, qui va tuer quelques hommes de la révolution ou attenter à leurs jours, comme celui quelques mois avant sa fin tragique, le meurtre de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau.

Mort en juillet 1793, son corps sera mené au Panthéon, de-là va naître un culte populaire se limitant principalement à la région parisienne. L’après neuf Thermidor (fin juillet 1794) va participer de la légende noire et ne plus vraiment le quitter en dehors d’études historiques sérieuses se basant sur ses écrits et sa place dans la dynamique révolutionnaire. Il est mieux perçu outre-Rhin et apprécié par les contemporains allemands, ce qui est une surprise quand on sait la perception moyenne des Français à son sujet. Néanmoins sur la toile, l’on trouve quelques sites mettant en avant le journaliste, l’écrivain et acteur réel du processus, comme l’une des figures incontournables des premières années.

La question n’étant pas d’aimer ou pas, mais une fois de plus de gratter les dorures mythiques. L’objet n’étant pas de le réhabiliter, sauf à remarquer un grand patron de presse et un des hommes les plus intègres du mouvement révolutionnaire. Du moins, il ne sera pas en recherche de son enrichissement personnel, nous sommes loin du couple pathétique de Danton et Mirabeau se vendant délibérément, et son engagement ne louvoie pas au gré des circonstances. S’il existe une conscience et bien le petit peuple parisien ne s’est pas trompé et à bien reconnu son défenseur.

Il a été facile de lui mettre les massacres de septembre 1792 sur le dos, alors que rien ne prouve sa participation directe aux actes commis, et son état d’esprit ou ce qu’il a pu écrire correspond trait pour trait aux intentions de la majorité républicaine en arme et prenant le pouvoir, se soulevant contre les traîtres à la nation, le 10 août. Vers le 15 septembre après la boucherie, il fera même une sorte de mea culpa expliquant que ces termes passés et écrits n’avaient pas pour but d’engager des massacres de masse, mais de toucher à la tête de la contre-révolution. Il faudrait presque le consacré comme le « vilain canard », à en oublier son rôle moteur comme combattant et défenseur des droits de l’Homme et du citoyen.

Son texte, ci-après, du début août 1789 pointe toutes les contradictions dans sa préfiguration écrite la première déclaration universelle des droits humains et nous livre une analyse synthétique et juste, comme on peut l’attendre d’un journaliste. Ce à quoi il va s’employer et construire divers medias pour faire circuler les idées nouvelles et issues des Lumières, aujourd’hui si assombries, si on se réfère à certaines propagandes des années récentes. La question que soulève la Révolution française est la place de l’exagération et du jugement de valeur. C’est-à-dire, la place des projections sur tel ou tel acteur déconsidéré, ou ramener à ce qui nous concerne au tableau de David et de l’homme mort dans sa baignoire assassinée par une militante pro Girondine.  S’avère être surtout le fruit des désaccords, allant réapparaître très rapidement entre républicains après le 10 août, entre les sociaux et les libéraux, sans parler des convaincus de dernières heures, et surtout les anguilles sources de cette machine qui va entraîner la perte d’une génération exceptionnelle au milieu des médiocres ou opportunistes.

Comme Marat est mort avant les vagues d’exécution qui vont concerner entre autres une centaine de députés et ce que l’on nomme la Terreur, il est impossible de lui faire porter la moindre responsabilité, hors de septembre 1792 et qui mériterait de savoir qui sont les responsables, mais n’est le but de l’objet présent. C’est une des formes d’anachronisme les plus absurdes consistant à faire porter à un mort des événements où il ne sera plus, on se trimbale de la sorte des projections n’aidant pas à connaître l’apport de Marat, sans pour autant non plus en faire une icône, ce qu’il devint avant qu’il ne porte tous les péchés de la RF avec quelques autres. Je ne m’aventurerais que très peu sur les portraits psychologiques, pour la simple raison que tout cela est plus que contestable.

Quelques traits de caractère n’expliquent pas en quoi cela a pu avoir comme conséquence sur des événements, sauf à analyser ses mots ou ses pensées ou dans quel bain à évoluer le jeune Jean-Paul, le calvinisme et sa rigueur morale et un père défroqué, des indices peuvent tout aussi servir un peu d’explication. J’aurais pu faire une description psychologique sur des aspects paranoïaques de sa personnalité, mais à ce petit jeu qui sait s’il n’y a pas quelques raisons de l’être… Qu’importe, faisons lui grâce d’avoir su porter une attention particulière aux plus humbles et être leur porte-voix ! Il serait peut-être temps de le ramener au sein du Panthéon? ce qui restera impossible sa dépouille est passé par perte et fracas ou à la chaux vive après 1794.

Notes de Lionel Mesnard, 21 jan. 2016


LE MONITEUR PATRIOTE n°1
de Jean-Paul Marat  (Publié en août 1789)

Vitam impendere vero. (Donner sa vie à la vérité).

La déclaration des droits de l’Homme et du citoyen devait sortir du comité chargé du plan de constitution. L'empressement de faire preuve d’un beau zèle vient d'en arracher quelques ébauches à la plume de plusieurs membres de ce comité. Un plus noble dévouement à la patrie, dans des circonstances aussi critiques aurait dû engager les commissaires à le rédiger en commun ; par là ils auraient prévenu la perte d’un temps précieux qu’entraîneront nécessairement la refonte et la rédaction de leur projet particulier ; peut être encore auraient-ils évité les inconséquences et les omissions cruelles qui les déparent ; défaut trop ordinaire d’un travail fait à la hâte sur des matières mal digérées.

A peine ces projets annoncés d’avance avec art ont-ils vu le jour, que la vive curiosité qu'ils excitaient a été suivie d'un mécontentement général. Et de fait, quand on les examine avec l'intérêt que le sujet inspire, qu'y trouve-t-on? des maximes décousues de morale et de jurisprudence, des inductions métaphysiques et alambiquées, mais en vain y cherche-t-on les grandes vues du philosophe qui a longtemps médité sur les droits de l'Homme & du citoyen, observé de près le jeu de la machine politique, fait une étude particulière des différents gouvernements de la terre, saisi leurs défauts essentiels et leurs vices d'organisation, qui depuis tant de siècle font le malheur du genre humain. Tels sont les projets devinés à montrer à la France la base de constitution qui doit faire à jamais son bonheur.

Je ne dirai qu'un mot de celui de M. Target : c’est un tissu d'apophtegmes de morale et de jurisprudence, énoncés à la manière des oracles pour en faciliter l’intelligence au vulgaire, qu'ils doivent instruire.

Le projet de M. Mounier offre une suite d'adages à peu près semblables. En traitant des devoirs de l’Homme et du citoyen, il fonde les derniers sur le désir du bonheur et il ne dit pas un mot des premiers. Chemin faisant, il entrelarde les maximes sur les droits, de maximes sur les devoirs. Mais comme rien n'est raisonné dans ces projets, ou n'y trouve la raison de rien. Les conséquences y sont sans principes et si leur ensemble forme l'arbre des connaissances politiques du comité chaque maxime est une branche séparée du tronc.

Tous deux partent de l’idée générale que le bonheur des peuples est le but du pacte Social; aussi arrivent-ils tous deux à des résultats aussi vagues que mal amenés.

Qui ne voit combien il était essentiel, dans une déclaration des droits, de remonter à la source. Un seul membre du comité, M. l’abbé Sieyès, est entré à cet égard dans la carrière. Peut-être aurait-il atteint le but, s'il avait assez médité son sujet, pour pouvoir descendre dé la hauteur des spéculations métaphysiques à la portée des lecteurs de bon sens. Quoiqu'il en soit, observons ici qu'en essayant de donner une base à la société, ils ont tous également fait preuve d'efforts impuissants; et réclamons hautement les droits de l'humanité, en faveur de cette classe nombreuse d'infortunés, que l’on dédaigne, repousse, maltraite et opprime en tous lieux que l'on a toujours comptée pour rien dans tous les gouvernements de la terre et que l'un de nos restaurateurs de l'empire exclut impitoyablement du pacte social, au moment même où il présente à l'Homme et au citoyen le tableau de leurs droits. Nous ne ferons point à son coeur procès de cet oubli, nous lui rendons même la justice de croire qu'il s'empressera de joindre sa voix à la nôtre, pour plaider la cause de ces malheureux devant l’Assemblée nationale, et prévenir un oubli important, qui flétrirait aux yeux des sages le monument éternel qu'elle va élever à l'honneur de la nature humaine, au bonheur de la France.

A son projet de déclaration des droits de l'Homme & du citoyen, M. Mounier a joint le premier  chapitre de la constitution sur les principes du gouvernement français, où le comité s’attache à recrépir cet odieux monument de barbarie en lui laissant tous ces défauts, dont tant de tyrans ont abusé pour nous opprimer depuis le commencement de la monarchie.

Relevons ici quelques-unes des dispositions illusoires, dangereuses, honteuses, alarmantes, que contient cet échafaudage, et qui doivent le faire rejeter avec indignation par tout bon Français.

A l'article 14 des droits, M. Meunier reconnaît « que pour prévenir le.despotisme et assurer l’empire de la loi, les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire doivent être distincts, parce que leur réunion dans les mêmes maint mettrait ceux qui en seraient tes dépositaires au-dessus de toutes les lois et leur permettrait d'y substituer leur volonté ». Mais bientôt oubliant lui même ce principe de toute vérité, il le dément d'une manière révoltante ; car il prétend, à l’article 1 du premier chapitre de la constitution,  « que le pouvoir législatif doit être exercé par l’assemblée des représentants de la nation conjointement avec le monarque, dont la sanction est nécessaire pour l'établissement des lois. A l’article 2, il assure que le pouvoir exécutif suprême réside exclusivement dans les mains du roi ».

« A l'article 4, il dit bien que le pouvoir judiciaire ne doit jamais être exercé par le roi : mais il lui attribue, article 28, la nomination à tous les emplois civils ». Or, si les magistrats font à celui qui les nomme comme le pense tout politique judicieux, le roi ne dispose-t-il pas alors des jugements et des lois ?

A, ces trois pouvoirs, qui seuls constitueraient le despotisme le plus redoutable, il réunit « la nomination et tous tes emplois ecclésiastiques et militaires, la dispensation de toutes les grâces, et récompenses et dignités ( article 28 ) ; le choix absolu des ministres et des membres du conseil (article 24 ) la composition et la disposition illimitée de toutes les forces de terre et de mer, et le dépôt du trésor public.

Pour contenir cet excès de puissance, c'est en vain que le comité environne les peuples de l’égide des lois. Que pourraient d'aussi frêles barrières contre la fourbe (Ndr la supercherie) d'un Louis XI d'un Richelieu, d'un Mazarin; contre l’audace d'un Charlemagne, d'un Louis XIV? ce que peuvent les conditions d'un traité contre les entreprises d'un monarque injuste et ambitieux, qui a la force en main. Laisser au prince une puissance sans bornes, et prétendre apurer la liberté publique, c'est vouloir, par de vains sons, retenir le cours d’un torrent impétueux; c'est ignorer les, premiers éléments de la politique, les premiers traits de l’Histoire. Le comité donne au monarque toutes les prérogatives que la couronne a usurpées sous les trois races de nos rois; il les sanctifie aux yeux du vulgaire; Louis XVI serait donc infiniment plus puisant que ne l'ont été Charles IX, Henri III, Louis XIII, Louis XIV. Or, si ces prérogatives constituent le même gouvernement sous lequel nous avons gémi pendant quinze siècles, par quel pouvoir magique le comité de rédaction prétend-il nous garantir déformais des cruelles atteintes du despotisme, et nous empêcher d'en être écrasés ?

Les contradictions les plus étranges ne sont pas rares dans le triste plan du comité. En l’examinant avec soin, on ne fait ce qu'il faut admirer le plus, des concessions illusoires que t'en y fait à la nation ou de l'art avec lequel on retire d'une main ce qu'on semble accorder de l'autre. A l’article 9, on établit que « les citoyens de toutes les classes peuvent être admis à toutes les charges et emplois; « puis à l’art. 24, on fait le roi « maître absolu du choix de ses ministres et des membres de son conseil. Enfin, à l'article 23, on lui remet « la nomination à tous les emplois ecclésiastiques, civils et militaires ». D'après cela, où est l'homme assez neuf pour ne pas savoir sur quelle classe de citoyens doit toujours tomber le choix. Que gagnerions- nous donc à cette belle concession ? A la ridicule ordonnance près, qui sous M. de Ségur coupa le nerf de l'armée, il n'est point de lois en France qui déclare un plébéien inhabile à pour posséder un emploi, puisque les emplois s'y vendent presque tous à l'enchère. Eh ! qui ne voit que les citoyens de tous rangs ne pourraient aspirer aux charges, qu'autant qu'elles seraient à la nomination de la commune.

Enfin, le comité de rédaction attribue au roi, art. 21 « le droit de céder à une puissance étrangère une partie quelconque du territoire soumis à son obéissance, ou d'acquérir une domination nouvelle, sous le consentement du corps législatif ». Ô Français ! nation trop confiante, auriez-vous imaginée qu'au moment même où la victoire vient de couronner votre généreuse audace, et ou le sang des traîtres à la patrie fume encore, ces dignes députés donneraient à votre chef le droit de disposer de vous comme d'un vol troupeau, et qu'eux-mêmes vous chargeraient de fers, en paraissant ne travailler qu'à vous rendre libres? Qu'ils vantent avec emphase le bienfait de la liberté dont vous allez jouir. Est-il digne d'être acheté au prix de votre sang, si, après ravoir acquis, un maître étranger peut vous traiter en esclaves? Et ce sont vos mandataires, vos défenseurs ! … Que feraient-ils de plus s'ils étaient vos mortels ennemis? Sans doute leurs intentions sont pures mais que penser de leurs lumières, et quelle confiance avoir dans leurs vues? A juger la constitution qu’ils nous préparent, par cette esquisse, est-il un vrai citoyen qui ne frémisse d'horreur ? Ils s'applaudissent de leur travail : ah s'ils pouvaient en sentir les suites affreuses ! tremblants qu'on ne vint à les confondre avec les ennemis de l’état, ils redouteraient l'indignation publique, ils en frissonneraient d'épouvante et d'effroi.

Il en coûte à nos coeurs de rendre ces observations publiques, mais il n'y a point à balancer, il s'agit du salut de la patrie et nous sacrifions au devoir.

Examiner avec sollicitude le travail du comité de rédaction, en éplucher chaque article, ramener sans les commissaires aux vrais principes, leur tracer le plan d’une constitution juste, sage et libre, seule faite pour assurer le bonheur de la France, et seule propre à remplir ses vœux, est la  tâche que nous nous imposons dans ces moments d'alarme où les ennemis de la patrie sont encore sur pied, où chaque jour voit éclore quelque nouveau trait de perfidie, où mille faux patriotes cherchent à la plonger dans une fatale sécurité.

Source : "Le Moniteur patriote" de Jean-Paul Marat - édité en août 1789 - BNF-Gallica


Chronologie du 20 juillet à la fin de l'année 1789

 
Paris vue des hauteurs de Chaillot au XVIII° siècle
Suite du mois de juillet...

20 juillet : Début de la «Grande Peur» révolte dans toute la Franche-Comté : les paysans s’attaquent aux châteaux et brûlent les actes seigneuriaux, constitution de municipalités et de gardes nationales dans toute la France, et extension de la « révolution municipale » et des milices. A l'Assemblée, la motion de Lally-Tolendal proposant une proclamation pour appeler le peuple à l'ordre et au respect des lois reçoit une vive opposition de Buzot, Mirabeau et Robespierre. En Normandie, la garnison de Caen est chassée par la foule, et à  Rouen, deux métiers de tissage britannique sont détruits.

21 juillet : Graves émeutes à Strasbourg et à Lille : le commandant est lapidé, les maisons saccagées. A Cherbourg, devant l’émeute le maire doit quitter la ville. Reprise des spectacles à Paris, représentation de la Partie de chasse d'Henri IV.

22 juillet :  Arrestation de Bézenval près de la capitale. En Normandie, dans le Calvados, à Falaise, le marquis de Ségrie renonce à ses droits féodaux devant notaire par crainte d’une émeute. A Ballon dans l’Orne, le lieutenant du Mans et le seigneur du village sont assassinés par les paysans.

23 juillet :
Paris, Foulon et Bertier de Sauvigny sont pendus en place de Grève. La proclamation proposée par Lally-Tolendal le 20 est enfin adoptée, avec des amendements. Des députés des électeurs du Tiers demandent à l'Assemblée la création d'un tribunal pour les crimes de lèse-nation. La Fayette veut donner sa démission de commandant de la milice, les districts lui demandent de rester.

24 juillet : Arrêt de l'assemblée générale des électeurs de la Commune : toute publication doit porter le nom de l'auteur ou de l'imprimeur, les colporteurs d'écrits non signés seront emprisonnés. Beaumarchais donne 12.000 livres pour les pauvres du faubourg Saint-Antoine.

25 juillet : Première réunion de l'Assemblée des représentants de la Commune de Paris, élue le 24: 120 membres, 2 par district.

26 juillet : En Bourgogne, dans le Mâconnais se produit une révolte paysanne. Le député et abbé Maury est arrêté à Péronne (baillage dans de la Somme).  Le lendemain, l’Assemblée demande sa libération. Celui-ci comme élu du Tiers s'opposera à l'émancipation des Juifs au sein de la Constituante en 1789 et 1790 et sera nommé évêque en 1792 par Rome.

28 juillet : Parution du 1er numéro autorisé du « Patriote Français » de Jacques Pierre Brissot de Warville. (Journal libre, impartial et national - journaux sources : BNF-Gallica) ses premiers numéros datent de mars-avril.

29 juillet : Encore un retour de Necker et le dernier : il entre dans l'Assemblée portée par l’enthousiasme, et il est décidé que tous les votes se feront à la majorité simple. Aussi la chambre des députés autorise le droit de pétition à titre individuel et le texte signé par son auteur car ne pouvant être fait à titre collectif. En Alsace, dans le Sundgau, les paysans attaquent les châteaux, puis les populations juives.

30 juillet : Paris, Necker est reçu à l'Hôtel-de-Ville par l'Assemblée des électeurs et par l’Assemblée des 120 représentants il obtient la libération de Bezenval et un arrêté d'amnistie générale. Réactions très vives de districts, surtout celui de l'Oratoire, et provoque l’effervescence, l'assemblée des électeurs reporte son arrêté.

31 juillet : L'Assemblée approuve l'arrêté des électeurs revenant sur l'amnistie. Robespierre, lui demande la punition des crimes, comme un « droit de la nation ».


VIII - Le mois d’août 1789

Samedi 1er août : Discussion à l'Assemblée : la déclaration des droits précèdera-t-elle la constitution? Une députation des électeurs signale l'extrême fermentation de Paris et demande l'institution rapide d'un tribunal pour juger des crimes contre la nation. Grave émeute à Lyon ; la milice bourgeoise de cette ville fait une expédition « pleine de succès » contre les « brigands » des environs. A Saint-Denis le lieutenant du maire est tué pendant une distribution de pain aux pauvres. A Valenciennes deux paysans pris pendant les émeutes sont pendus.

Nuit du 4 août : L’Assemblée nationale vote l’abolition du régime féodal et de certains droits seigneuriaux, mais le roi ne signe pas.

6 août : Le député Buzot déclare que les biens du Clergé sont à la Nation.

7 août : Le garde des sceaux expose à l'Assemblée les « malheurs publics » et Necker demande un emprunt de 30 millions. Arrêté de la Commune pour faire cesser les attroupements séditieux.

9 août : L'Assemblée décrète l'emprunt de 30 millions à 4,5 %, 2,6 millions seront souscrits.

12 août : Normandie, des émeutes éclatent à Caen, le major Belzunce est mis à mort par le peuple pour avoir insulté la cocarde tricolore. Le comité municipal démissionne le lendemain.


13 août : Parution du 1er numéro du «Journal d’État et du Citoyen» de Louise Kéralio-Robert., première femme dirigeant une entreprise de presse. Elle publiera d'autres titres dont le "Mercure national" et  s'investira en faveur de la République.


18 août : Belgique, le prince-évêque de Liège est chassé par la population. A Paris, réunion de 3.000 garçons tailleurs en face des Tuileries (actuel musée du Louvre), pour demander 40 sous par jour, et de garçons perruquiers aux Champs Elysées.

19 août : Paris, en opposition au club des amis de Noirs créé en 1788, est fondé à l'Hôtel de Massiac, le club du même nom par de riches colons de l'île de Saint-Domingue.

24 août : La liberté de la presse est reconnue et met fin à la censure préalable.

25 août : Les élus de Paris et Lafayette sont reçus avec dédain par Marie-Antoinette.

26 août : Versailles, Vote de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : ci-contre. L'Assemblée municipale adopte le projet de règlement de la Garde nationale de Paris. Messe en musique à l'église Saint-Sulpice, où l'on interprète un Te Deum. En Normandie, 45 villages autour de Condé-sur-Noireau forment une alliance défensive.


27 août : Dans un mémoire lu à l'Assemblée, Necker demande un second emprunt de 80 millions à 5%. A Paris, attroupement de gens de maison, pour demander le renvoi des domestiques étrangers. Décret de la Chambre impériale de Wetzlar, condamnant la révolution de Liège.

28 août : Versailles, ouverture des débats sur la constitution, le député Mounier lit son plan de constitution.

31 août :  Deuxième discours de l'abbé Fauchet sur la liberté française devant les districts réunis du faubourg Saint-Antoine. La municipalité de Paris ferme trois des cinq ateliers de charité destinés aux sans-travail.



IX – Le mois de septembre 1789


Mardi 1er septembre :
 
Paris, à l'Assemblée, Mirabeau se prononce en faveur du veto absolu. Arrêté de la Commune contre les attroupements et organise de nombreuses patrouilles au Palais-Royal, le café de Foy est fermé. Un autre arrêté empêche les colporteurs de crier aucun autre écrit  que les décrets de l'Assemblée et les actes officiels.

2 septembre : Discours de Barnave et de Target en faveur du veto suspensif. Arrestation de Saint-Huruge au Palais-Royal et des patrouilles saisissent brochures et journaux.

4 septembre : Discours du député Mounier sur les deux chambres et le veto absolu.

7 septembre :
À l'Assemblée, 11 femmes et filles d'artistes, vêtues de blanc, viennent offrir leurs bijoux : commencement des « dons patriotiques ».

9 septembre : Le maire de Troyes, Huez est accusé d'avoir empoisonné les farines, il  est mis à mort, son cadavre traîné dans les rues.

10 septembre : L'Assemblée décide que le corps législatif ne sera composé que d'une chambre ; elle discute une adresse de la ville de Rennes qui déclare traîtres à la patrie ceux qui acceptent le veto. Création d'un comité pour la réforme de la jurisprudence criminelle.

11 septembre :   L’Assemblée refuse d'entendre la délibération du Conseil du roi sur le veto, à l'issue d'une séance tumultueuse, elle se prononce pour le veto suspensif. Vote en faveur du « Veto suspensif » accordé au roi, qui fut un compromis entre le veto irrévocable et pas de veto du tout. Des partis ou coalitions au moins 5 se forment avec ou autour de :

Siégeant à droite de l’hémicycle  :


- Les « Noirs », le camp des contre-révolutionnaires, regroupant les ultras de la Noblesse et du Clergé comme l’abbé Maury, Cazalès.
- Les Monarchiens ou « Anglomanes » on retrouve, Malouet, Mounier, et Clermont-Tonnerre qui prônent une monarchie constitutionnelle à l’anglaise.
- Les « Patriotes » unis dans un triumvirat : Duport, Alex-Lameth et Barnave.
- Mirabeau, plus que jamais ambiguë et représentant à lui seul une tendance fluctuante… et son secrétaire est un certain Danton (élu seulement en 1792 est impliqué dans les transactions sonantes et trébuchantes entre Louis XVI et Mirabeau).

- A la gauche de l’hémicycle :


- Minoritaires, les « Démocrates », avec Robespierre, Buzot, l’abbé Grégoire, Prieur de la Marne.



12 septembre : Paris, parution du premier numéro de « L’Ami du Peuple » de Marat (BNF-Gallica : seulement à partir du 1er janvier 1790). La législature sera de 4 ans. Démission du comité de constitution (Mounier, Lally, Clermont-Tonnerre, Bergasse, Talleyrand, Sieyès). À Orléans, émeute, un convoi de grain est attaqué, des habitants de Saint-Sauveur et d’Olivet tentent d’entrer en ville pour piller les boulangeries. L’émeute est réprimée par la garde nationale, 90 tués.

13 septembre :
A Versailles, Révolte de la faim, la foule veut pendre un boulanger et dévaste sa maison. A Orléans un meneur est pendu. En guise de protestation le peuple a retiré sa cocarde. Le pape, Pie VI, écrit à Louis XVI qu’il veut éviter une rupture avec la France.

14 septembre : Le faubourg Saint-Antoine va en procession à Sainte-Geneviève, portant un modèle de la Bastille en carton haut de quatre pieds. A Tréguier, l’évêque publie un mandement contre les droits de l’homme et l’abolition de la féodalité.

15 septembre : L'Assemblée décrète la personne du roi inviolable et sacrée et discussion sur la succession de la couronne. Disette à Paris, les boulangeries sont assiégées.

17 septembre : Insurrection à la Martinique. D'Estaing, commandant de la garde citoyenne de Versailles, engage la municipalité à requérir un régiment pour le maintien de l'ordre.

18
septembre : La lettre du roi, contenant ses observations critiques sur les décrets du 4 août, provoque le mécontentement de l’Assemblée. Motion de Volney, demandant l'élection d'une nouvelle assemblée, « véritablement nationale ». A Paris, le libraire Luchet du Journal de la Ville est assiégé par des garçons boulangers, lui reprochant d'avoir publié que le pain contenait de la chaux.

19
septembre : Les districts de Paris élisent la nouvelle assemblée générale des représentants de la Commune, de 120 membres. La motion de Volney, à laquelle s'oppose Mirabeau, est renvoyée. Le président de l'Assemblée redemande au roi la promulgation des arrêtés du 4 août. A Rouen, la puissante machine à filer d'un filassier est démantelée, et sa boutique mise à sac.

21
septembre : Le roi accepte la publication, mais pas la promulgation et la durée du veto suspensif qui se mettra en ouvre durant les deux législatures (Constituante et Législative.

22 septembre : A l'Assemblée est voté l'article I de la Constitution: « Le gouvernement français est monarchique. Il n'y a point en France d'autorité supérieure à la loi; le roi ne règne que par elle. ...». A paris, les districts de la Trinité, des Petits-Pères et des Cordeliers  demandent l'éloignement des troupes.

23 septembre : Décrets sur le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif et suspension de la collation des bénéfices ecclésiastiques.

24 septembre :
À l'Assemblée, Necker présente  un tableau déplorable de la situation des finances et du crédit, et demande une contribution au quart du revenu.

25 septembre : L'Assemblée débat sur la dédicace de l'édition des Œuvres de Voltaire par Palissot, et décide de ne recevoir aucune dédicace. Un décret annonçe la suppression de la gabelle et fixant le prix du sel à 6 sols la livre. Le n° 15 de l'Ami du peuple dénoncé à l'Assemblée de la Commune, pour fausses inculpations contre son administration.

26 septembre : A l'Assemblée est accepté le plan de Necker, vote de la contribution volontaire au quart du revenu. Départ de Paris de Thomas Jefferson, ambassadeur des Etats-Unis, nommé au poste de secrétaire d'État.

27 septembre : Bénédiction des drapeaux de la Garde nationale parisienne à Notre-Dame, Te Deum solennel. Troisième discours de l'abbé Fauchet sur la liberté française.

28 septembre : En
Alsace, les juifs sont mis sous la protection de la loi. A Paris les religieux de Saint-Martin-des-Champs de Paris font l'offrande des biens de l'ordre de Cluny. Marat via "L'Ami du peuple" dénoncé de la Commune,

29 septembre : A Paris, rapport de M. Thouret sur la division territoriale et administrative du royaume.

30 septembre : Paris, la Commune décide la libre circulation des imprimés.


X – Le mois d’octobre 1789

Jeudi 1er octobre :
A l'Assemblée, article de la constitution sur le consentement des représentants de la nation à l'impôt et à l'emprunt. Necker présente la rédaction de son plan de finances.
Banquet des gardes du corps et du régiment de Flandres provoque la colère à cause de leurs propos contre-révolutionnaires.

2 octobre : L'Assemblée, à nouveau demande au roi l'acceptation des décrets du 4 août et la déclaration des droits.

3 octobre : Il est décrété autorisant le prêt à intérêt, à taux fixé par la loi.

4 octobre : A Paris esrt pris un arrêté au district des Cordeliers, signé par Danton dénonçant l’« orgie », et enjoignant à La Fayette d'aller à Versailles demander le départ du régiment de Flandre.


5-6 octobre : Marche des femmes de Paris sur Versailles, le Général Lafayette à la traîne et plutôt chahuté. Le lendemain le roi et sa famille sont ramenés à la capitale. Après le 14 juillet, ce sera la deuxième plus grande manifestation populaire de la capitale.



LES CONSÉQUENCES DE L'ÉMEUTE

L'émeute s'était surtout faite contre les monarchiens. Leur chef, Mounier, qui présidait l'Assemblée, n'ayant pu persuader Louis XVI de quitter Versailles le 5 au soir, ne songea plus qu'à soulever les provinces contre Paris. Il partît pour le Dauphiné mais n'y rencontra que froideur et hostilité. La province approuva le fait accompli.Les parisiens heureux de posséder le roi multipliaient en son honneur les protestations d'amour et de fidélité, protestations dont la sincérité était accrue par les avantages remportés : la sanction des décrets du 4 août et de la déclaration des droits. La Révolution semblait assurée du lendemain. (Albert Mathiez - in les Grandes journées la Constituante)


LA SITUATION APPRÉCIÉE
 PAR MARIE-ANTOINETTE


Les deux lettres suivantes du 7 et 10 octobre furent écrites par la reine à l'ambassadeur d'Autriche M. Mercy  :
Dessin de la reine - ci-contre


7 octobre : « Je me porte bien, soyez tranquille. En oubliant où nous sommes et comment nous y sommes arrivés ; nous devons être contents du mouvement du peuple, surtout ce matin, j'espère, si le pain ne manque pas, que beaucoup de choses se remettront. Je parle au peuple; milices, poissardes, tous me tendent la main. Je la leur donne. Dans l'intérieur de l'hôtel de ville, j'ai été personnellement très bien reçue. Le peuple ce matin, nous demandait de rester, je leur ai dit de la part du Roi, qui était à côté de moi, qu'il dépendait d'eux que nous restions ; que nous demandions pas mieux ; que toute haine devait cesser; que le moindre sang répandu nous ferait fuir avec horreur. Les plus près m'ont juré que tout était fini. J'ai dit aux poissardes d'aller répéter tout ce que nous venions de leur dire. Je suis désolée que nous soyons séparés. Mais il vaut bien mieux que vous restiez où vous êtes pendant quelque temps. Vous aurez de mes nouvelles le plus souvent que je pourrai. Adieu, comptez à jamais sur tous mes sentiments pour vous ».

10 octobre :
« L'Assemblée va venir ici, mais on dit qu'il y aura à peine 600 députés. Pourvu que ceux qui sont partis calment les provinces au lieu de les animer sur cet événement-ci, car tout est préférable aux horreurs d'une guerre civile ». (Les grandes journées de la Constituante – Le roi et l’Assemblée à Paris – Par Albert Mathiez)

12 octobre : l'Assemblée arrête la formule de promulgation des lois : Louis XVI, «par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'Etat, roi des Français». Requête de Marat à l'Assemblée, il se plaint de la violation de son domicile. Le comte d’Artois, émigré depuis juillet, demande à l’empereur d’intervenir en France.

13 octobre : Début de la discussion sur les biens du clergé ; discours de Maury, Camus, Barnave.
A Alençon, troubles  et arrestation du vicomte de Caraman.

14 octobre : L'Assemblée accorde au duc d'Orléans un passeport pour l’Angleterre. Commencement des débats sur la division du royaume en départements. Mirabeau lit un projet de loi martiale.

15 octobre : Dernière séance de l’Assemblée nationale à Versailles. Mirabeau envoie une note secrète au roi. Devant la multiplication des demandes de passeports, l'Assemblée décrète qu'ils ne seront délivrés que pour des causes urgentes et pour un temps déterminé.

16 octobre : Arrivée de Mounier à Grenoble.

17 octobre : A Rouen, la faim pousse les ouvriers à saccager 6 filatures.

18 octobre : Bretagne, à Lannion, la foule s’empare d’un convoi de blé destiné à Brest.

19 octobre : Fondation du club des Jacobins et devient officiellement la « Société des Amis de la Constitution». Les premières salles provisoires et séances de l'Assemblée constituante, à Paris, se tinrent à l'Archevêché.

21 octobre : Le vote de la loi martiale
est probablement le fait le plus marquant de cette fin d’année riche en innovation administrative. Cette loi sera la porte ouverte à des répressions sanglantes. Robespierre dit non au vote de la loi martiale, visant à réprimer les attroupements populaires. Meurtre du boulanger Denis François place de Grève, sa tête est promenée dans les rues et sa femme humiliée.

22 octobre : A l'Assemblée, vote en faveur du suffrage (censitaire) par les citoyens « actifs » malgré les oppositions de Grégoire, Duport et Robespierre. Aux élections prochaines, le corps électoral sera composé de 4 298 360 citoyens actifs et électeurs et pouvant être élu, pour environ 3 millions de citoyens « passifs » pouvant assister aux réunions et faire des propositions, mais n’étant pas éligible. Une députation de « citoyens libres et de couleur des colonies » vient réclamer à l’Assemblée l'égalité des droits politiques.

23 octobre : A Paris, protestation du district de Saint-Martin-des-Champs contre la loi martiale.

24 octobre : La Révolution trouve écho en pays Brabant (au nord de la Belgique) où l'empereur d’Autriche est déclaré déchu. Manifeste des insurgés belgeś.

29 octobre : L'Assemblée confirme le vote censitaire, pour être éligible, il faut être contribuable, disposer de certains revenus pour pouvoir voter ou être élu. L’on distinguera ainsi les citoyens « passifs » et « actifs ». Le Décret du « Marc d’argent »  est établit, pour être éligible, un citoyen actif doit être propriétaire foncier et contribuable pour au moins 1 marc d’argent. Pétion et Prieur de La Marne s’y opposeront à leur tour.

31 octobre : Un certain lieutenant Napoléon Buonaparte se trouve parmi les émeutiers d’Ajaccio. Une garde nationale s’y organise.


XI - Le mois de novembre 1789

Lundi 2 novembre : Il est décrété que les biens du clergé sont mis à disposition de la Nation, par 568 voix pour et 346 contre., l’état met la main sur 10% des richesses de la nouvelle nation en marche.

3 au 7 novembre : Il est décrété que les Parlements du royaume ne peuvent plus agir et sont suspendus, au cours du mois, des contestations s’en suivront à Rouen. Les députés ne peuvent devenir ministres. Une discussion est engagée sur le découpage des départements

9 novembre :  Installation et premières séances de l'Assemblée Constituante à la salle du Manège, rue des Tuileries.

12 novembre : Il est décrété, une municipalité dans chaque ville ou bourg du pays (42.000 communes).

19 novembre : Le premier acte fédératif et le ralliement du Dauphiné à la France, il se tient au petit bourg de l'Etoile, près de Valence. Il est le fait des députés de vingt communes se déclarant comme "soldats de la Patrie, armés".

21 novembre : Sept jours avant Necker déclarait avoir besoin de 170 millions de livres françaises et comme une urgence. De son côté ce jour, Lavoisier présente à l'Assemblée le bilan de la Caisse d'escompte accusant un trou de 27,5 millions.

23 novembre : A Rennes et ses alentours le refus de l'impôt est fort, le Comité provisoire interdit les attroupements et il protège les commis des fermes.

24 novembre : Naissance du « Moniteur universel ou Gazette nationale », journal de référence, il sera publié jusqu'en 1869.

28 novembre : Naissance du journal de Camille Desmoulins :
« Les Révolutions de France et de Brabant ».

29 novembre : A l'Etoile, près de Valence, a lieu la première fédération des gardes nationales de France, entre celles du Vivarais et du Dauphiné.

30 novembre : La Corse devient partie intégrante de la France, le député Salicetti contribue à sa promulgation comme département du royaume.


L'ancien Palais Royal fin XVIII° siècle

XII - Le mois de décembre 1789


Mardi 1er décembre : Une émeute se déroule à Toulon, le comte de Rioms est envoyé en prison avec 4 autres officiers. A l’assemblée Guillotin propose l'égalité des peines pour tous les citoyens et la décapitation « par l'effet d'un simple mécanisme »  face au discours de Maury en faveur des supplices traditionnels.

3 décembre : L'Assemblée refuse la création d'un Comité colonial, suite à une discussion sur les « gens de couleur » et sur la base d’une motion de l’abbé Grégoire. Au Mans, exécution des 3 meurtriers du comte de Montesson.

5 décembre : Les bois de l’Est et de l’Ouest de la capitale, de Boulogne et de Vincennes sont saccagés par des paysans, s’en suivent 87 arrestations.

9 décembre : Création des départements dans un processus fédéraliste (les décrets seront fixés le 26 février 1790)

11 décembre : A l'Assemblée, les forêts se trouvent sous la sauvegarde de la nation.

12 décembre : le journaliste Marat est arrêté pour des appels à la violence et comparaît à l’Hôtel de Ville, il est relâché. A Marseille, la loi martiale est proclamée.

13 décembre : Fortes agitations à Senlis : 24 morts et une trentaine de blessés.

16 décembre : Il est décrété que les troupes françaises seront recrutées par engagement volontaire et la conscription est rejeté.

19 décembre : L'Assemblée constituante décrète la vente des bien domaniaux et ecclésiastiques jusqu'à hauteur de 400 millions. Naissance des assignats. Pasquale Paoli fait part d'une lettre exprimant sa joie des décrets du 30 novembre.

22 décembre : La loi sur la division du royaume en département est approuvée, il en existera 83. Rapport de Thouret sur le pouvoir judiciaire. Guillotin soumet les plans sur la réorganisation des ateliers de charité et de subsistance des pauvres.

23 décembre : A l’assemblée, Clermont-Tonnerre défend les droits de citoyenneté des protestants, des comédiens, des juifs et du bourreau. Décès de l'abbé Charles de l'Épée, fondateur de l’institut des sourds-muets. Les États de Flandre se déclarent comme « nation indépendante » de l'Empereur d’Autriche.

24 décembre : A l’assemblée, contre discours de Maury sur les droits civiques des comédiens et des juifs. Les Protestants et les comédiens deviennent des citoyens à part entière suite aux interventions de Robespierre, Roederer et Clermont-Tonnerre. Les Juifs restent exclus du décret. A Paris, se produit l'arrestation du marquis de Favras, accusé de comploter pour l'évasion du roi et pour une tentative d'assassinat sur MM. Bailly et Lafayette, il est aussi l’ancien garde du corps de Mirabeau.

26 décembre : A Paris, "Monsieur" frère du roi, futur Louis XVIII répond devant  la Commune aux accusations de complicité avec Favras. A l'Assemblée, il est ordonné aux généraux de proclamer « la souveraineté du peuple » dans tous le pays rassemblé en une seule unité légale.

28 décembre : Première représentation de l'Esclavage des nègres, ou Zamore et Mirza, comédie d'Olympe de Gouges.

Jeudi 31 décembre :
À l'Assemblée, Les dames de la Halle font leur compliment de nouvelle année.

Sources diverses -  assemblage le 21 janvier 2016


Le nouveau Paris de Sébastien Mercier
et Adieux à l'année 1789
Perspectives ponts de Paris
« On eût dit que cette révolution était l'ouvrage de quelque homme d'un génie extraordinaire, d'une tête vaste à physionomie antique, enfin de quelque esprit au-delà des limites ordinaires; point du tout. Nous avons été tous ce que Marivaux, qui en était, appelait « les grands médiocres », et voilà pourquoi peut-être la chose a mieux été. Il n'y a pas d'erreur plus dangereuse que celle d'un homme de génie. Du moins nos fautes ont été réparables et la machine ne s'est pas écroulée entre nos mains; tour à tour battus et battants, nous n'avons eu ni chef ni dictateur, et dans la mêlée sanglante les scélérats ont péri avec quelques gens de bien. Après une bataille, on enterre les morts. » (« Paris pendant la Révolution » ou le Nouveau Paris, par LS Mercier, chapitre XI : « Il n’y a qu’à !»  édité en 1862)

Avec « Adieux à l’année 1789 » extrait d’un fascicule de quelques feuillets et accompagné d’une courte missive de Fribourg, Louis Sébastien Mercier fait une très belle déclaration de patriotisme et résume à sa manière l’année écoulée. Ce texte court de 8 feuillets est rédigé par l’un des journalistes les plus en vue de la Révolution française. Mercier est connu encore de nos jours pour ses Tableaux de Paris. Des ouvrages permettant de se promener dans la capitale au dix-huitième siècle, sorte d’ancêtre du guide touristique, ressemblant à des promenades au fil des quartiers, des rues et places de la ville et apportant une foultitude de détail sur les petits métiers, les gens du commun et leur quotidien. Il existera deux éditions de ses tableaux dont l’une sera publiée plus tardivement vers 1800 et se nommera le « Nouveau Tableau de Paris ».

Le terme qui pourrait lui correspondre est le terme de fantasque, de plume décapante venant bousculer l’ordre de la syntaxe, capable de tout et son contraire, à l’exemple du mouvement, il déborde de toutes les cases. Il a puisé dans toute sorte d’information, il a pu écrire des choses judicieuses, ou dignes d’intérêts et à côté des réalités pouvant reprendre des colportages ou des faits grossis à l’extrême comme « l’arrêt de mort de huit mille Français » pour les massacres de septembre 1792 à Paris. Quand le nombre total des prisonniers toutes raisons confondues étaient de 2500 pour les lieux concernés, et que seule la moitié périrent. Et ce n’est pas la seule invraisemblance, car il faut souligner son engagement et des prises de positions très contradictoires selon les évolutions politiques.

Si notre auteur se désigne sous le terme de républicain, difficile de le contester sur ce point. Sauf qu’après son enfermement intervenant après la chute de Robespierre, il aura des relations politiques très discordantes avec les premières heures. Il ne sera pas le seul, est-ce dû à des rencontres en prison ? à des amitiés avec d’anciens opposants ? l’âge aidant ? « Je ressemble, au Sicambre Clovis, je suis tenté de brûler ce que j'ai adoré et d'adorer ce que j'ai brûlé ». Ce fut un étrange mélange avec sa cohérence personnelle et Septembre 1792 va rester gravé dans sa mémoire et ne put que le pousser à des oppositions de natures souterraines.

Pour le reste, il faudrait une étude plus pousser de son parcours et ambiguïtés. « Journaliste depuis les premiers temps de la Révolution, et le créateur, on peut le dire, d'une des formes du journalisme, celle de la chronique politique et littéraire, Mercier se servit à la fois de sa plume et de ses ciseaux en composant son nouvel ouvrage (Le Nouveau Paris), recueillant à droite et à gauche dans les feuilles de ses confrères, utilisant d'anciens articles de lui, imprimés ou manuscrits, des notes de portefeuille, des pensées écrites en courant pendant la fièvre des années précédentes. Il est résulté de cet amalgame l'ouvrage le plus singulier, plein de beautés, de lueurs, d'incohérences, de contradictions et de répétitions » (Histoire de Paris pendant la révolution ou Le Nouveau Paris, par LS Mercier - Introduction (présumée) de l’éditeur Poulet Malassis). Et qui parfaitement illustre son œuvre.

Louis Sébastien Mercier a été à la fois dramaturge d’une cinquantaine de pièces et écrivain (de l’An 2440, le Nouveau Paris, etc.), et va tenir un rôle important au sein de la presse parisienne. Ami du journaliste Jean-Louis Carra, un des grands inspirateurs de la journée 10 août 1792, tous les deux seront à l’origine de la création du périodique: « Les Annales patriotiques et littéraires » en octobre1789. La publication du journal cessera en 1796 et il participera à d’autres titres de presse. Quand commence la révolution Mercier entre dans la cinquantaine et il est déjà célèbre, il va être un témoin clef et aussi un acteur du processus révolutionnaire. Il va se placer en 1793 du côté des Girondins et sera arrêté après la pétition du 31 mai 1793 avec soixante-douze autres parlementaires proches de la Gironde, mais échappera à la guillotine.

Notes de Lionel Mesnard, 21 janvier 2016

Adieux à l’année 1789 !
Par Louis Sébastien Mercier,  auteur du Tableau de Paris

« Adieu mémorable Année, et la plus illustre de ce siècle ! Année unique, où les augustes Français ramenèrent dans les Gaules l'égalité, la justice, la liberté, que le despotisme Aristocratique tenait captives ! Adieu, Année immortelle, qui avez fixé un terme à l'avilissement du Peuple ; qui l’avez ennobli, en lui révélant des titres dont l'original était égaré ! Adieu, très glorieuse Année, par le courage et l'activité des Parisiens, par la mort de haut, puissant et magnifique Clergé, par le décès de dame puissante, hautaine Noblesse, morte en convulsion !

Merveilleuse Année ! le patriotisme est sorti, tout armé, de vos flancs généreux ; et c'est lui qui a mis tout à coup à leur place une foule de Citoyens éclairés, qui a fait éclore des talents inconnus, et qui a donné enfin à l'Europe attentive et étonnée de grandes leçons, dont elle profitera sans doute. Année incomparable ! vous avez vu finir le Gouvernement d'épouvantable mémoire, qui avait une si étroite accointance avec la Bastille, sa première favorite et la femelle la plus grosse et la plus monstrueuse qu'on ait jamais vu, morte d'une attaque subite et violente ; et c’est par-là qu'on vit le même jour mes braves et heureux Compatriotes sauver l’Assemblée Nationale (qu'on allait couper à boulets rouges), briser les chaînes de l'esclavage et épouvanter le glaive du despotisme, que le Prince de Lambesc avait déjà fait étinceler ; le glaive perfide placé dans la main de troupes étrangères, et qui (quoi qu'on en dise) voulait nous immoler pour épargner le soin de nous payer.

Que d'événements inattendus renferme cette Année ! Dans l'espace de quelques mois, on a réparé les malheurs et les fautes de plusieurs siècles; l'homme a recouvré sa dignité première, et ce système de féodalité , d'oppression, qui outrageait l'humanité et la raison, est anéanti ; un Roi Citoyen et honnête homme a préféré son Peuple à sa Cour ; et en voulant la régénération de la France, il a su élever son âme à la hauteur de sa puissance ; qu'il sait toujours persuadé de cette grande vérité, que la Cour est l'ennemie née du Royaume, et conséquemment de la gloire des Rois.

J'entends le Peuple des Campagnes qui bénit l'Année de la révolution : le gibier détruit restituera à la terre le tiers des arbres et des moissons. La déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen a levé le voile qui cachait la vérité, et a fait cesser les prestiges d'optique ; tous les hommes aiment la liberté ; mais les plus prudents sont ceux qui l'ont mile sous la protection des Lois et non sous celle des Monarques.

Je vous offre mon encens, auguste Année ! vous avez changé mon Paris , il est vrai ; il est tout autre aujourd'hui, mais encore un peu de temps , et il fera le séjour de la liberté e du bonheur : j'y respire déjà l'air des montagnes de la Suisse ; j'y suis soldat, non comme un dogue guerrier lancé par un despote colère ou fantasque, mais comme un Citoyen qui donnera sa vie avec joie pour la vraie cause de la Patrie ; depuis trente ans, j'avais un pressentiment secret que je ne mourrais point sans être témoin d'un grand événement politique ; j'en nourrissais mon âme et mes écrits : voilà du nouveau pour ma plume ; je vous en rends grâce trois fois, bienfaisante Année ! si mon Tableau est à refaire, l'on dira du moins un jour : En cette Année les Parisiens ont montré au Trône et au Ciel trois cents mille bras armés en quarante-huit heures ; ils n'ont pas voulu laisser détruire leur Ville ; ils ont fait un mouvement, et ce mouvement s'est communiqué à la France, au reste de l'Europe : tant le Peuple est : une puissance , et même la seule puissance : ce qu'il faut que les Souverains sachent enfin.

Grande Année ! vous serez l’Année régénératrice, vous en porterez le nom ; l'histoire célébrera vos hauts faits, vous fuyez pour vous enfoncer dans le temps : adieu , puisqu'il est impossible à nos vœux d'allonger votre terme ; mais dites bien du - moins à ma chère fille l’Année 2440, que nous courons au-devant d'elle de toutes nos forces ; que nous précipiterons notre marche pour l'atteindre et pour l'embrasser; sans flatterie , vous lui ressemblez beaucoup, chère fugitive ; j'ai cru même un instant qu'il n'y avait qu'à changer la date de la naissance; mais votre cadette (n'en soyez point jalouse, rare et surprenante année,) aura encore plus de charmes, d'esprit et de beauté que vous , parce que le patriotisme est: une vertu qui s'accroît & se fortifie par l'exercice, parce qu'il faut encore rêver la félicité publique, afin d'en bâtir l'édifice immuable ; parce qu'enfin le chef-d'œuvre de l'esprit humain n'est pas de faire de belles Lois, mais de les mettre à exécution.

Adieu, Année sans pareille dans notre histoire, Moi qui fus libre bien avant les jours de notre liberté, puis-je manquer d'être fidèle à votre souvenir ? Non, chaque jour je remercierai l'Etre Suprême de m'avoir fait voir l'aurore du soleil de la liberté ; il va luire sur ma Patrie, armé de tous ses rayons. Montesquieu, Rousseau, Diderot, Mably, Helvétius, Voltaire, Turgot et Thomas, sont dans la tombe ; ils n'ont point vu les jours étonnants, les jours de gloire que leur génie avait préparés. Oh ! de quelles louanges n'auraient-ils pas salué le Peuple Français régénéré : c'était, hélas ! à leur organe, et non au mien, qu'il appartenait de chanter ces vertus patriotiques, qui ont devancé mon attente tardive et surpassé mes espérances ; mais j'écrirai du moins ce que j'ai vu, afin que de tels événements ne sortent point de la mémoire des hommes nés et à naître ; afin qu'ils apprennent, dans tous les temps et dans tous les lieux, qu'il ne tient qu'à leurs bras et à leurs têtes de détruire toute espèce de tyrannie, qu'il ne faut que vouloir, et que Dieu (qui aime également toutes ses créatures pétries du même limon) protège visiblement toute insurrection généreuse ; parce que l’empire des lois descend de son trône éternel ; c'est, sans contredit, le plus grand bienfait qu'il ait accordé à l'intelligence humaine, et elle répondra aux magnifiques desseins de son auteur, en humiliant le superbe, le méchant, et en rompant, à force ouverte, les complots impies, sanguinaires, tramés contre la liberté de l'homme. Adieu, tumultueuse, mais très chère et très aimable Année…….. ».

Extrait d'une Lettre de Fribourg en Suisse du 13 Décembre

« Les Français fugitifs qui se sont répandus dans nos cantons, ne cessent de nous alarmer sur le sort futur de la France, & de nous annoncer la destruction de la nouvelle Constitution. Ils parlent d'une confédération entre les Rois d'Espagne, de Sardaigne, l'Empereur & les Russes; ils disent qu'au printemps prochain, des armées entreront en même temps dans le Royaume de tous côtés, par mer & par terre. On débarquera trente mille Russes, comme gens non suspects aux catholiques, & on n'admettra pas les troupes protestantes ».

Source : "Adieux à l'année 1789" par L-S Mercier - édité entre 1790 et 1795 - BNF-Gallica


Suite sur la Révolution française...
La loi martiale du 21 octobre 1789

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