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Sommaire
de la page :
1 - L’hypocrisie française ou la tentation
Vichyste? 2
- Séductions et passerelles de l’extrême
droite au sein de la société française 3-
Trouver les mots justes et le chemin de la
raison? & Boris Cyrulnik sur la
menace totalitaire 4-
Liberté, égalité, fraternité et altérité :
Charlie n'est pas raciste ! 5
- Projet de loi Macron : un néocapitalisme
très conforme 6
- Etats Généraux du Ps : une charte et
quelques incantations !
S’il
n’y avait que la politique économique de la France à
critiquer, nous pourrions presque être attentifs,
en l’attente d’un frémissement, soutenant avec
légèreté le versement de 40 milliards d’euros au
patronat, sans omettre les 15 milliards déjà
distribués dans le cadre du CICE (Crédit d'impôt
pour la compétitivité et l'emploi). Les totaux nous
donnant 55 milliards consacrés aux entreprises et
quelques miettes de redistribution pour les
particuliers. Le résultat se fait attendre, la
question est ailleurs. Elle pose pour délicate
interrogation, si rien ne vient et cela fait depuis
2010 (que la situation est ainsi sur une pente de
mesures d’austérité), dans ce cas où est la
différence ?
Ceux
qui voudraient nous faire croire que la courbe du
chômage va s’inverser, ils ont de quoi se soucier, car
même avec 1,7 % de croissance
prévu pour l’an prochain, cela ne bougera guère. Le
flot des inscrits comme chômeurs certes se
stabilisera. Mais pour qu’il existe des vraies
créations d’emplois et en nombre important, il
faudrait au moins 2,5 %
de croissance, comme sous Lionel Jospin (avant 2001)
et nous en sommes loin. Pour résoudre ce problème
épineux, de 5 millions de demandeurs d’emplois, ou
en réalité l’enjeu de sortir 10 millions de
personnes de la misère ou vivant avec moins de 900
euros par mois, soit près d’un sixième de la
population.
Nous
avons atteint un niveau de pauvreté record, qui fait
que même avec un salaire de 1250 euros net par mois on
boucle difficilement ses fins de mois… La stagnation
des bas salaires, cumulée à une précarisation du
travail et de la première difficulté d’en trouver**,**
n’ouvre aucune perspective de changement. Et encore ce
petit bond de croissance, nous le devons en partie à
une baisse des prix des produits énergétiques, comme
le pétrole ou le gaz. De plus, cette chute des coûts
sur les produits carbonés, n’est pas une bonne
nouvelle à quelques mois de la conférence sur
l’environnement, qui se tiendra à Paris en décembre.
Nous
allions rentrer dans un cycle déflationniste, c’est en
soi la seule bonne nouvelle du moment,
mais rien de plus. Néanmoins, le logement (3
millions de personnes dans des logements
insalubres), l'éducation (150.000 jeunes exclus
chaque année), la justice sociale (néant) et justice
tout court (blocage), ne sont pas mieux traités, le
rapport rendu sur la politique étrangère de la
France sur le continent africain et en particulier
dans l’espace francophone n’est pas une surprise
(1). Il y a de quoi être abasourdi par le niveau
d’impréparation de nos gouvernants et l’hypocrisie
régnante.
Je
ne sais si le niveau baisse dans l’éducation
nationale, on me chantait déjà ce doux refrain sur les
bancs du collège… Cependant, c’est le niveau
intellectuel de nos élites qui pose
un sérieux problème, plus exactement ce système de
reproduction sociale est
manifestement ce qu’il faut changer, et pose la
question d’un nouveau pacte républicain et
progressiste.
Emmanuel
Todd, ne sera pas non plus des invités dans nos hauts
lieux de pouvoir qui tergiversent
entre le show et le néant de la pensée. Cela vaut
pour tous les intellectuels, qui ont une analyse à
exposer ou à exprimer et en des termes peu cordiaux.
Faut-il être lu ou compris ? Accepter
que les critiques parlent d’un ordre social
inégalitaire, ou les derniers arrivants et pas
seulement devraient se flageller et chanter à
l’unisson « l’esprit du 11 janvier ». La grande
mascarade est finie. Cela a un nom, l’hypocrisie
française et son vichysme
de circonstance.
Quand
un éminent spécialiste explique très sérieusement que
les fascismes européens et notamment français ont
disparu après 1945, il y a de quoi rester cloué sur sa
chaise. Se dire que ce monsieur chercheur n’a jamais
mis les pieds en Amérique latine et qu’il n’a pas
compris grand-chose des cartes et structures
familiales auxquelles fait référence Emmanuel Todd. Et
qui de plus fonctionne de concert avec la
contre-révolution "made in USA" se
nourrissant d'un pseudo choc des civilisations.
Passons,
car à ce niveau de vide, il vaut mieux au quotidien,
faire ses propres recherches, et si je ne partage pas
tous les propos de Todd, pourtant il me confirme,
voire valide l’idée d’un pétainisme rampant, et puant
à l’exemple du fichage de gamins selon leurs origines
« ethniques ». Fait par un homonyme et maire bleu
schtroumpf dans le sud-est de la France. Ce délire
identitaire nous renvoie tous à nos origines, sans que
nous ne sachions pas toujours de quoi, il est fait
part.
Ce
pays, s’il connaît une division, elle touche un centre
névralgique de son histoire, qui nous désigne comme
contemporain de la Révolution française de 1789 à
1795, dois-je souligner. Dire ou supposer que la
contre-révolution est en marche en France n’est pas
une vue de l’esprit. Et c’est tout l’édifice qui est
menacé, car sur le terrain de la morale, cela fleure
bon la même souche réactionnaire.
Si
Emmanuel Todd n’y va pas avec le dos de la cuillère,
c’est que le constat social est alarmant et le contrat
républicain est rompu. Les « brigands », la « populace
» sont de retour ! C’est ainsi que l’on désigna à la
chute de l’ancien régime tous ceux qui se soulevèrent
contre les privilèges, les fameux sans-culottes. Le
problème serait de résoudre en plus des questions
sociales, d’arrêter de renvoyer de génération en
génération les plus pauvres dans les périphéries
urbaines, et cela n’a rien de nouveau.
Paris
au dix-septième siècle a déjà sa « banlieue », ses
faubourgs en sont son illustration. Plutôt que de nous
fourguer une histoire officielle pompeuse et ridicule
sur le beau monde, faudrait-il nous narrer l’histoire
de vingt millions de Français.
Soixante-quinze pour cent de la population se trouve
sous un régime féodal, parce que paysanne, auquel va
se surajouter le centralisme et l’absolutisme, la
surveillance de la population et la censure. C’est
contre cet ordre que les « révolutionnaires » se
sont révoltés et ce que l’on appelait « la gueuserie
», les nouveaux invisibles ont le même visage et peu
importe d’où ils viennent, ils sont toujours mis à
distance.
Je
n’aime pas le terme « islamophobie », il ne s’agit pas
de peur, mais de haines indistinctes anti-tout, qui ne
se contiennent plus à l’enceinte familiale et sont chose
courante dans la vie de tous les jours. Cela vous
revient comme d’une mauvaise tarte à la crème, et
qu’ai-je à faire de cette hypocrisie sociale, où le
mérite ne pèse pas lourd, exemples quotidiens de
l’indifférence bon teint ou des larmoiements
passagers. L’école n’est pas là pour désigner du
doigt et la laïcité, c’est avant tout le respect des
convictions de tous, quitte à remettre les pendules
à l’heure, s’il se manifeste une volonté d’imposer
une coutume religieuse ou un ordre politique. Pas de
faire l’objet d’une polémique et de
voir la figure de la demoiselle dans les médias, et
les ultras de l’UMP surfer sur la vague des
ressentiments et du racisme ambiant.
Comment
ne pas être exaspéré par cet usage régulier du
mot individu pris dans cette mélasse
coutumière des médias de masse ? Avant-hier,
c’étaient les petits pains au chocolat… De nouveau,
une gamine de 15 ans épinglée pour une histoire de
robe, la vacuité de la chose laisse pantois.
Toutefois, entendre Emmanuel Todd se rappeler qu’il
est juif face aux événements, le nauséeux refait
surface. Parce que ces oppositions entre communautés
sont le fait de qui ? À qui profite le crime ?
Je
suis bien conscient que ces faux affrontements
religieux servent toutes les thèses essentialistes, il
faut toujours un bouc émissaire et les faux
républicains s’agitent et répandent
leur venin. Il devient compliqué d’expliquer à la
face du monde la nature de nos politiques xénophobes
dans l’Hexagone. Roms, gens du voyage, enfants et
petits-enfants d’immigrés, juifs et musulmans et
pauvreté, voilà le délitement d’une nation qui fait
froid dans le dos et tout son corollaire
anti-humain.
En
d’autres termes et partant d’une sociologie du réel,
la mixité entre riches et pauvres, ça n’existe pas, ce
sont toujours les enfants de bourgeois qui veulent
dormir sous les ponts… Comme ce phénomène de «
gentrification » qui pousse les loyers et les
mètres carrés des quartiers populaires dans Paris ou
limitrophes à atteindre des prix
records, et la ville hors parc HLM se
vidant de ses populations ouvrières depuis belle
lurette. Bon, « bobos » bourgeois bohèmes parisiens,
dormez bien, vous avez manifesté
pour renforcer l’ordre et les « Bonaparte »
d’opérette de L’UMPSFN le 11 janvier 2015. Mais
surtout vous aidez un ordre inégalitaire à gagner,
le vôtre, celui de votre petit confort mesquin et de
vos cafés où vous vivez entre vous.
Du
bourgeois petit et grand qui veut du Paris populaire
pour asseoir sa bonne conscience de gôche, s’entassant
sur des terrasses munis
de leurs laisses, l’œil rivé sur des messages vides
de poésie et d’amour. De bonnes gens, bien propres
et bien conformes qui consomment et font flamber les
prix des quartiers des désargentés. Comme au
Chiapas, au Mexique, ces touristes agissent de même,
parce que ce niveau de bêtise est universel, tout
est dans l’apparence et la suffisance des discours.
Et le tiers exclu est
renvoyé au loin, très loin derrière les mégasurfaces
commerciales, au sein des quartiers de la nouvelle «
zone » d’exclusion sociale et morale de la
bourgeoisie parisienne.
En
résumé, non seulement cela ne peut plus durer, et que
cela bascule d’un côté ou d’un autre, cela ne changera
rien, sauf à charger les plus en difficulté. Tant que
les citoyens dans leur ensemble ne seront pas associés
ou capables de lever les yeux du guidon économique, ou
vers quoi allons-nous ? C’est-à-dire quel modèle de
société ? Si la perspective est de
se fondre dans le moule dominant, le contrat social
et républicain est mort. Dans ce cas, les menaces de
« guerre civile », que certains ultras font peser
dans le débat public, restent entières.
Ou à brève échéance il faudra conseiller l’exil ?
Parce qu’il y a de quoi avoir honte de cette
situation de délabrement de nos institutions et de
cette montée progressive de nos vieux maux français
: racisme et xénophobie
d’État.
Je
vous laisse en guise de conclusion trois
vidéos avec Emmanuel Todd (environ 1 h)
pour comprendre ce qui nous pend au nez dans un
aspect purement intellectuel. Comme j’ai pu lire
dans Le Monde,
Emmanuel Todd fait du « Charlie », oui dans une
perception libre de critique. Je ne reprendrai
que les interrogations de Jean-Luc Godard sur ce «
je suis », qui ne veut rien dire, si nous en
oublions toutes ses conjugaisons.
Billet de Lionel Mesnard, le 8 mai 2015
Notes :
1 - Rapport de l'Assemblée nationale sur le
politique étrangère de François Hollande en
Afrique : Cliquez
ici !
PS : L’analyse des cartes et structures
familiales sonne très juste, ce que dit Emmanuel
sur les régions qui ont suivies Vichy pointe le
problème politique d'une pays divisé et qui a
conservé ses bonnes vieilles traditions
"inégalitaires et autoritaires". Ce qui empêche
justement tout influx républicain, vive la sociale
!
Séductions
et
passerelles
de l’extrême droite au
sein de la société française et des
espaces (virtuels) francophones
Ce
texte avait été rédigé le 16 mars 2011.
Il m'a valu quelques surprises et même
une attaque de hackers contre le contenu
de ce site après sa parution, en juin
2012 (sur deux autres blogs tenus par
des militants communistes). J'ai pu
avoir la joie de lire certains
commentaires et même me voir attribuer
une note de bas de page, du
néo-conservateur et chercheur patenté au
CNRS, Pierre-André Taguieff.
J'ai décidé de mettre cette analyse sur
mon propre espace cybernétique après
moultes hésitations. Écrire sur un tel
sujet apportant son lot de nausée et
d'emmerdes, il restait à corriger deux
ou trois erreurs sur un prénom et
réécrire une ligne où s'était introduit
un mot mal cité. Chacun est libre de sa
critique, cependant les enclins
nationalistes et une volonté affichée de
dé-diaboliser le Front National peuvent
surprendre. Depuis la diffusion de cet
écrit, Monsieur Taguieff trouve ses
soutiens dans une presse
ultra-conservatrice. Chacun fraye avec
qui il veut ! Si « chasse aux sorcières
» fut menée, elle n'était pas de mon
fait.
Je n'ai pas fait du racisme et de
l'antisémitisme un commerce avec de
singuliers et multiples néologismes sur
la question. Toutefois, en raison d'une
actualité chaude et toujours aussi
pesante dans la société française, j'ai
décidé de le publier dans sa totalité et
je n'ai pas cherché à répondre à
certains détracteurs. Mon constat sur le
racisme et l'antisémitisme en France se
voulait politique sur cette mélasse aux
accents fascisants ou totalitaires.
Lionel Mesnard, le 14 février 2015
Quand
j’ai entrepris ce texte, il y a
quelques mois, il était
difficilement envisageable d’en
mesurer l’étendue, il restait des
zones d’ombre et de comprendre
comment l’extrême droite française
tentait de jeter certains ponts en
direction de groupuscules se
qualifiant « à ou de gauche ».
Aujourd’hui et au vu des derniers
événements, les doutes ne sont plus,
il existe bien une volonté de capter
des militants ou électeurs de
l’autre camp, l’on tient selon
l’assistance un discours susceptible
de faire mouche. Toutefois, le vieux
vernis, le discours anti-immigré ou
anti-juif est toujours de mise. Ce
n’est qu’un coup de peinture sur la
façade, l’objet est de pouvoir
s’accaparer un vocabulaire étranger.
Il s’agit d’une escroquerie
intellectuelle, ni plus, ni moins.
Si, au demeurant, le contenu peut
sembler cohérent, ce n’est en fait
qu’une irrationalité de plus.
Avec
son élection à la tête du Front
National, Marine Le Pen a pu ces
derniers mois faire campagne et
prouver ses qualités oratoires et un
simili virage à 180 degrés sur le
fonds de commerce du discours
économique ultra-libéral. Arguant
que depuis plusieurs années, elle
tenait déjà ce langage, sauf que
personne ou peu de monde n’a voulu
prendre en compte cette volonté de
brouiller les discours. De mettre à
mal entre autres un vocabulaire issu
des luttes du mouvement ouvrier, un
blabla vasouillard se nommant «
anti-système ». Ne nous trompons
pas, Madame Le Pen n’est pas devenue
la Rosa Luxembourg du
vingt-et-unième siècle, et elle se
contrefiche des masses laborieuses.
Si
ce n’est que son but est de
légitimer un contenu tout aussi
inégalitaire. La perfidie se
camoufle dans les mots, un choix de
manipuler des opinions fragiles, et
se nourrissant des excès des espaces
virtuels. Car derrière le système,
il se cacherait des complots en tout
genre. Sauf que pour comprendre un
ou des systèmes, il n’y a rien de
très fantasmatique à soulever.
L’ordre capitaliste est le produit
d’une activité sociale, économique
et politique, plus que le fait
d’individus tapis dans des sous-sols
à diriger la planète. Qu’il existe
quelques allumés pensant avoir
véritablement une emprise sur le
cours des choses, cela ne peut
qu’interpeller sur des pathologies
du grégaire.
Ce qui
pourrait paraître le plus surprenant, face à
la masse des commentaires, c’est de
constater comment un sujet comme la laïcité
est traité et certains pans de notre société
oubliés ou occultés. Les termes chrétiens ou
surtout musulmans reviennent abondamment
dans les coupures de presse ou les questions
obsessionnelles des journalistes de l’info
en continu. Quatre nouveaux morts dans la
communauté juive ont
permis enfin de lever certaines omissions et
de rappeler la place de ces derniers parmi
nous depuis la mort du jeune Ilan Halimi en
2006. Pour les chrétiens,
il est souvent fait état des catholiques,
du pape, mais les
protestants et les orthodoxes
sont le plus souvent absents ou cantonnés le
dimanche matin sur le service public de
télévision.
Dernier
pan de l’oubli, les athées pourtant au
centre du problème et des attaques
meurtrières contre Charlie et des
menaces contre le Canard
Enchaîné. Sans oublier
le pan des occultés, quid des croyants en
Bouddha ou en Vishnou, quasi rien sur les
agnostiques, si, si, ils existent, et toute
une foultitude de croyances ou cultes
animistes comme le vaudou se côtoyant sur le
territoire de la France. Bref, à tout
simplifier on en arrive à des positions
extrêmes, vues à
la lorgnette et pourtant, si l’on peut même
considérer qu’il existe autant de croyances
que d’individus et que chacun fait selon son
libre-arbitre, un des éléments consensuels
serait de se référer à un ensemble citoyen,
et pour lequel ce pays et ses habitants se
sont battus depuis au moins trois siècles.
J’ai
été heureux de découvrir la qualité et la
force des propos de ceux qui ont fait bloc
dimanche, quand d’imperturbables
journalistes en remettaient une couche sur
le thème « musulman égale
terroriste ». De simples
citoyens interrogés sur un bout de trottoir
ou des proches des victimes tenant en
substance quelques vérités à entendre, et
sans avoir besoin d’éléments de réponses
concoctés par les nouveaux phares de la
pensée que sont les communicants. Sauf que
nous voilà directement en phase avec une
prise de conscience où les politiques, nos
élus, vont devoir se faire quelques cheveux
blancs, et partir d’un constat simple, ils
ne sont pas à la hauteur de leurs
concitoyens.
Tous,
non, car l’objet n’est certainement pas
d’abonder dans le sens du « tous pourris »,
mais de bien conserver en mémoire que cette
mise en cause de la République dans son rôle
est d’avoir déserté
certains territoires de la Nation. Ceci est
un fait sur lequel il a été expliqué pendant
des années et stigmatisé des populations
entières au profit d’une résonance
sécuritaire sur les airs de la tolérance
zéro. Dont, les médias
portent une responsabilité considérable de
désinformation et sans connaissance des
quartiers périphériques construits à la hâte
dans les années 1960 et 1970.
Aujourd’hui
le phénomène s’est élargi au périurbain,
plus que jamais, s’il y a une chose pour
laquelle nous devrions nous sentir fiers,
ce sont des services publics et il serait
temps de tirer quelques enseignements sur la
politique de la Ville. Qui aurait pu
être analysée
comme un territoire parmi d’autres, une
prise en considération que ce ministère
depuis sa mise en œuvre a cultivé beaucoup
d’échecs et de ratés, à vouloir concentrer
des décisions qui ne sont pas de son seul
ressort, mais de tous les champs d’action
d’un Étatmis
à mal.
La
pensée molle et esprits dérangés ?
Jean-Luc
Mélenchon est à ce titre, très énervant et
loin du sérail, parce que non seulement il
dit et écrit des choses justes et en plus il
le fait à la force de la raison.
Insupportable, il nous enjoint à réfléchir,
à penser et puis quoi encore, à être libre
tant que nous y sommes ? (1) Comme l’a fait
remarquer récemment le professeur Cyrulnik
lors d’une entrevue (en vidéo après le
billet), et cette fois, sans petite note
d’humour, que dire de la pensée «
paresseuse » ? Cette pensée
sans articulation et aux pires mobiles, qui
vise à rejeter le courage des citoyens, à
toujours tout nier, pour mieux cacher son
obscurantisme.
Non
point les paresseux sous forme animale, mais
humaine. Il y aurait à comprendre ce que
représente comme charge psychique ou réalité
la paresse. Entre autres, savoir que
derrière un « feignant », il existe une
logique d’évitement accompagnée de
stratagèmes, et qu’en réalité celui que l’on
désigne comme une sorte de rebut ou
d’exutoire des bonnes consciences, il se
cache surtout des réalités humaines et des
stratégies complexes. La pensée molle ou
paresseuse est toujours réductrice. Dans le
cas d’un mot ou d’un trait d’humeur, parfois
cela confine au divin et rejaillit comme un
éclat de rire, où l’on ne sait plus vraiment
où se trouve la
limite entre l’émotion et la raison.
L’humour
est un sas de décompression, qui face à
l’horreur vous renvoie à votre envie de
vivre et de dépasser le tragique. La
politique, c’est tomber dans le monde des
passions et des excès, des invraisemblances
et des confusions. Mais c’est tout aussi
indispensable que de respirer, parce que de
là découle un entendement commun et qu’en ce
domaine, les citoyens français et leurs
soutiens à travers le monde ont été le temps
d’une journée, dimanche 11 janvier 2015, les
porteurs et avocats d’une raison
universelle.
Aucun
combat n’est jamais gagné d’avance, et nous
connaîtrons d’autres larmes couler. Au-delà
de l’émotion, la lutte ne fait que
reprendre, et quand un camarade tombe, un
autre se lèvera ! Tout pourrait nous pousser
à oublier qu’une nouvelle République (la res
publica ou la loi publique) est appelée à
exister dans ce pays et en conformité avec
les vœux du peuple souverain. Viendra le
temps de se libérer de ces amarres
monarchistes pour rendre à l’avenir toute sa
noblesse et renverser le terrain de la peur
où certains cherchent à nous renvoyer.
Merci à
tous ces millions d’anonymes d’avoir fait
oublier les « passions fratricides », et rendu
fiers de ce que nous sommes et des combats
pour la Paix et la justice, que nous portons
depuis de très nombreuses générations en
France, et pas au seul bénéfice de notre
nombril ou aux dimensions de l’Hexagone. Ce
message s’adressant à tous et sans
frontières, nous ne cherchons querelle à
personne, nous voulons rire et vivre en paix
! Nos différences et alors, ce qui importe,
ce qui nous soude, c’est ce vivre-ensemble
que l’on a tenté d’assassiner.
La
grande marche de dimanche, célébrée et
soutenue au-delà des espérances, pourrait
donner une totale confiance, alors que
beaucoup sont
dans la distance et la réserve. La réflexion
demande du temps, de pouvoir s’appuyer sur
ce qui fait honneur à ce pays, c’est-à-dire
son goût des paroles libres, de l’histoire
qui a façonné cette nation toujours en
résistance devant l’oppression religieuse et
politique.
Faillite
des systèmes d’éducation et hypocrisies de
circonstance ?
La
France connaît un peuple très politisé,
conscient de son passé positif et négatif, qui
n’a pas peur du débat et de son intelligence
critique. Avec de telles bases, il est
possible de construire, de continuer à
apporter sa petite pierre à l’édifice.
Seulement ne nous trompons pas dans cette
salve de l’unitarisme national,combien
d’hypocrites ? Ces tristes sires qui hier
encore hurlaient avec les loups. (2)
Que
de nombreux « aliénés » n’aiment pas Charlie Hebdo
n’a finalement rien d’étonnant, de toute
façon, et à ce sujet Pierre Desproges y
avait apporté une réponse. Oui, on peut rire
de tout, mais pas avec tout le monde et qui
a fait date depuis. C’est une très belle
réponse à ceux qui pensent être détenteurs
de la Vérité et qui veulent nous imposer une
perception intangible des choses et à
contre-raison. Heureusement, beaucoup
d’entre-nous ne sont pas de cette matière
malléable, souriante aux excès des prêches
et incantations.
Si
l’humour devient une cible ou le terrain des
rancœurs, des haines feintes, il
entraîne par ailleurs une surenchère. Que le
FN n’aime pas Charlie Hebdo
n’est pas en soi
une nouvelle, mais comment ne pas faire part
de ce délitement intellectuel chez certains
(3). Notamment ce petit monde « des
complotistes »,
bras armé de la
nouvelle mécanique totalitaire. Un amalgame
trouble ne voulant en aucun cas voir ses
propres responsabilités. Ils sont les idiots
utiles et ils s’en vantent, ils ne reculent
devant rien.
Il
y a donc pire que la paresse intellectuelle et
c’est bien là le problème, c’est que derrière
cette pensée souvent binaire, réductrice, nous
devons faire face à des esprits dérangés qui
répètent inlassablement le même discours et
jusqu’à la nausée en faisant du copié-collé
d’un blog ou site à un autre. La grande «
fraternelle » des Rouges-Bruns et Verts de haine
ou kakis relativise, du « mais » à toutes
les sauces, ils sont la « vérité révélée »
alors que leurs actes et paroles d’hier et
d’aujourd’hui poussent au chaos généralisé.
Par
le terme « aliéné » ou l’idée d’aliénation, ce
n’est pas la foi qui est en
cause, chacun la vivant comme il l’entend
dans sa propre intimité, et comme fondement
essentiel de la laïcité et rempart aux
fanatismes et à la barbarie. Ce qui est en
cause, c’est proprement l’aliénation comme
dérive identitaire, ce « surhomme » dont il
faut se méfier, s’il prend les allures d’un
dogme et s’empare de sa puissance maléfique.
(4)
Le
métier d’homme est déjà
difficile pour pouvoir porter des charges
qui ne sont pas les siennes. Le témoignage «
d’un papa à sa fille » est sans équivoque,
ce que l’on peut souhaiter lire pour donner
aux enfants des réponses appropriées. (5) Le
relativisme moral est une bassesse poussant
à tout détruire sur son passage, ne prenant
pas en compte le temps de mûrissement de nos
sociétés, faisant de l’humain un petit
soldat où seul le réactif agit comme le
chien de Pavlov répondant à des stimuli,
pensant ainsi remplir sa gamelle, alors
qu’il nourrit et entretient sa propre
confusion mentale.
Tout
le monde est libre de croire ou pas, et il est
temps de sortir des raccourcis et d’aborder
les difficultés de front en une expression
politique saine et libérée de sa
fantasmagorie. Comme j’ai pu lire, il paraît
que nous vouons un culte à la déesse
République en France,
culte, je ne pense pas, mais avoir foi en
ses convictions et en ses choix est bien
plus respectable que de vivre sous l’objet
de ses pulsions mortifères et
obsessionnelles.
Je
terminerai mon billet par
deux articles de Jacques Attali publiés sur
son blog, que je vous conseille de lire (6).
Vous pouvez penser que les positions du
député Mélenchon et celles de Monsieur
Attali sont en opposition, il est vrai que
des désaccords existent. Si l’on souhaite élever
un peu le débat citoyen,
je préfère écouter ou lire, à l’exemple de
Boris Cyrulnik, ces trois « bibliothèques
ambulantes », car l’objet n’est pas de faire
une synthèse. Un
retour de l’esprit critique s’avère plus que
nécessaire et en des termes respectueux. J’y
reviendrai
certainement, une autre fois, et en
particulier sur la question de la
transmission.
Le
système éducatif français est une machine à
produire de l’exclusion, la politique de la
Ville est un échec, et il serait trop facile
de faire porter les responsabilités aux seuls
élèves et enseignants. À
ce sujet, où sont les outils d’évaluation,
non pas du corps enseignant, plus exactement
des modes de formation, et la question ne se
limite pas à la seule Éducation
nationale, de comment il n’est
pas possible, par exemple, pour un
allocataire du RSA de suivre une formation à
l’université sans perdre ses
allocations et ses droits ? Celui-ci
devrait, sans le sou, en plus payer des
coûts importants au titre de la formation
professionnelle, il existe comme un hic ?
C’est en l’état infaisable, quand depuis x
années est vanté le système danois
ou suédois, au
final, rien ne change. Dans la même idée,
demandez aux inscrits à Pôle emploi,
si cet organisme remplit sa fonction de
retour à l’emploi ? La
réponse sera à 99 %, non.
Le
« débrouillez-vous » ne peut y suffire, tout
le monde n’est pas « armé » ou ne
dispose de la distance critique
nécessaire, surtout des moyens, faute de
cohérence des politiques publiques. Les
voies de l’émancipation sont un peu plus
rudes que l’on ne l’imagine. Si certains ont
à se réveiller, c’est sur la nature du
gâchis social. De plus, que de mieux que
d’oublier les sujets qui fâchent (chômage de
masse, destruction des niches
environnementales, mécanismes de redistribution
inopérants…).
Les
coups de menton face aux bruits des bottes et
aux menaces totalitaires,
c’est un peu léger, l’union avec « les loups
» au sein de la bergerie, finit
toujours par le massacre des moutons. Oui,
comme l’a déjà dit Jean-Luc
Mélenchon, « la peur doit changer de camp »
et l’essentiel reste à nous rassembler vers
une transformation sociale et politique en
France et en Europe !
Nos principes
et notre citoyenneté ont du sens, nous
n’abdiquerons pas !
Billet
de Lionel Mesnard, 16 janvier 2015
Ps : Si vous voulez connaître
un peu mieux Charb, l’ancien rédacteur en
chef de Charlie Hebdo, vous pouvez lire ce
témoignage émouvant de Philippe Corcuff
sur son ami : Cliquez
ici
! Notes
:
(1) Conférence de Jean-Luc Mélenchon au
Théâtre Déjazet à Paris le 12 janvier 2015,
après les attaques de Charlie Hebdo, Montrouge
et Vincennes. (durée de 1h10 et attention
quelques petits problèmes de sons pendant
l’enregistrement) : Cliquez
ici !
(2) "Je me méfie de cette indignation de
canapé" ; entrevue avec le rédacteur en chef
du Bondy Blog, les blogs de l’Hebdo (journal
Suisse) par Sabine Pirolt.
(3) Ce témoignage est à prendre avec
précaution, il pose un sérieux problème de
compréhension de la part son auteur. Un texte
honnête et très confus comme le site
hébergeur. Il en dit beaucoup sur les manques
même des militants politiques un peu paumé du
PG ou du Front de gauche flirtant avec le
néant, comme certains groupuscules stalinistes
ou personnalités troubles de ce rassemblement.
D’abord le Stalinisme est un totalitarisme,
pour le reste ; il y a du boulot sur la
planche… « Comment un Jeune Communiste passe
au FN (témoignage et réflexions sur le
stalinisme de droite (???) qui ronge le Front
de Gauche) » par Vincent O. : Cliquez
ici !
(4) « LA LIBERTÉ D’EXPRESSION, CE N’EST PAS
L’APOLOGIE DE LA VIOLENCE ET DE LA HAINE, par
les Echos de la gauchosphère du 15 janvier
2015 :
(5) « Finesse » contre « connerie » : Le
combat éternel ! Par Mohamed LOUIZI, les blogs
de Médiapart : Cliquez
ici !
(6) Conversation avec Jacques Attali, deux
textes courts, du 05 et 12 janvier 2015 :
- « Une autre Europe est urgente » et
« Réveillez-vous ! » :
Boris
Cyrulnik
sur la menace totalitaire
De passage à Bordeaux
vendredi pour la parution de son dernier
livre « Les âmes blessées » (Odile Jacob) et
la commémoration de la rafle des juifs de
cette même ville, le
professeur
Boris Cyrulnik a participé à
l’émission « Point de vue » sur TV7
Bordeaux.
Eléments écrits et vidéo en fin de texte (27
minutes)
Comment expliquez-vous une telle violence au
nom d’une religion ?
Cela s’est déjà vu dans le passé. Cela existe
depuis longtemps. On met la haine dans des
quartiers en difficulté, on repère les enfants,
on leur offre des stages de formation. Ce
sontdes groupes politiques qui utilisent le
terrorisme comme une arme. Quand la haine est
semée, on repère les enfants les plus faciles à
fanatiser et on les envoie au sacrifice. Cette
organisation est financée par les gens du
pétrole et de la drogue, qui ont des intentions
politiques sur le Moyen-orient et l’Occident.
C’est un peu la théorie du complot ?
Ce n’est pas une théorie. Cela a déjà été fait.
L’inquisition chrétienne relève du même
processus. Le nazisme est parti de la belle
culture germanique allemande, et en quelques
années a mis le feu au monde. Des slogans sont
entrés petit à petit dans la culture commune. La
population s’est soumise à une représentation
dépourvue de jugement. La société s’est
imprégnée de ces idées. Que
faire aujourd’hui ?
On peut faire de cette tragédie une solidarité
ou un massacre. Les musulmans français sont en
danger. Ils risquent d’être agressés. 99% des
arabes tués dans le monde le sont d’ailleurs par
d’autres arabes. Ces phénomènes se sont produits
dans l’histoire et se reproduiront. Ces
terroristes sont donc formatés et ne sont pas
fous ?
Ce ne sont pas des fous, ni des monstres.
Ce sont des enfants normaux et en détresse,
façonnés intentionnellement par une minorité qui
veut prendre le pouvoir. Ces enfants sont
abandonnés, en difficulté psychosociale et
éducative, et il faudrait d’abord les éduquer.
Ils le sont par les réseaux sociaux qui sont une
arme pour façonner ces jeunes. Internet véhicule
une représentation facile de la réalité, une
pensée paresseuse à l’origine de toutes les
théories totalitaires. Avec une minorité
d’hommes formés, payés et armés, manipulés et
fabriqués, on peut détruire une civilisation.
Cela a été fait. L’inquisition et le nazisme
l’ont fait En
disant cela vous déresponsabilisez aussi ces
terroristes ?
C’est un risque. Je pense aussi que l’on a
toujours un espace de liberté. Mais je veux
parler de la responsabilité de nos gouvernants
qui ont abandonné culturellement les gosses de
nos quartiers et les ont soumis à des
manipulateurs. L’Allemagne nazi était très
cultivée, mais la base de la société ne l’était
pas du tout. C’est exactement la même chose dans
les pays du Moyen-orient. Est-ce
la même mécanique dans la tête d’un nazi et
d’un fondamentaliste islamiste ?
Oui, clairement. C’est la même méthode. Freud
disait les mots désignent des choses au début,
puis des choses qui ne sont pas là et c’est la
fonction du symbole, et enfin ils finissent par
ne plus rien désigner du réel. A ce moment là,
on se soumet à un slogan. Quand une culture ne
permet pas la rencontre et le débat, on est des
proies et internet démultiplie le pouvoir de ces
manipulateurs.
TV7 Bordeaux, vidéo mise en ligne le
15/01/2015
Liberté, égalité, fraternité et
altérité :
Charlie
n'est pas raciste !
Après
tout ces multiples « je », il sera temps de
s’interroger sur le « nous » et ce qui fait
sens commun. Je tiens à apporter tout mon
soutien à ceux qui ont su garder sur le cœur
ou sur le bout des lèvres, le mot Paix et
justice, et m’associer en premier, aux
survivants et rescapés des tueries intervenues
en Île-de-France. Ce
billet n’a que pris difficilement forme,
tant les interrogations sont nombreuses. Il
s’est passé dimanche 11 janvier en France
quelque chose qui marquera les mémoires, une
unité de cœur et un refus de céder à la
terreur. Nos plumes sont nos seules armes
face à l’insondable. Et faute de nous avoir
fait peur, mais surtout blessés, salis, vous
nous avez réveillés !
Il
s’est passé une opération de guerre en plein
Paris et il était difficile de ne pas partager
une émotion certaine. Dix-sept morts, dont il
restera à honorer la mémoire et plus d’une
vingtaine de blessés, les survivants des
événements et aussi les rescapés de cette
tuerie. Qui ne se remettront que très
difficilement d’un tel choc, il ne faudra pas
non plus les oublier. Il restera un sentiment
effroyable prenant à la gorge face à une telle
minutie ou précision de ces tueurs à
sang-froid ayant fait irruption dans la
matinée du mercredi 7 janvier 2015 dans les
locaux de Charlie Hebdo
dans l’Est parisien et ses suites.
Quoi
que les assassins aient pu professer ou dire
durant ces meurtres, il est impossible de les
accoler à une communauté. Les traiter de «
fous » reviendrait à insulter ces derniers, le
seul qualificatif ou l’idée que l’on peut se
faire serait de parler de psychopathes, ou de
tueurs pathologiques. Des hommes programmés
pour tuer. Toute la difficulté est de pouvoir
leur garder une once d’humanité, car ce type
d’individu agit sans compassion ou empathie,
une toute-puissance sans frein où tout ce qui
n’est pas soi-même est nié et à éliminer.
L’altérité ou l’autre, ils ne connaissent pas,
et ce type d’événement renvoie aux pires
moments de notre histoire, mais justement sans
remonter dans le passé, cette histoire est la
nôtre et se passe bien au XXIe
siècle et à Paris.
Dans
le flot des émotions, il était impossible de
dire ou écrire quoi que ce soit, la
disparition de personnes comme Cabu et
Wolinski, deux auteurs de bandes dessinées
avec lesquels j’ai partagé tant de rires et
relu à travers leurs albums et de la presse satirique
ou d’opinion depuis mon adolescence. Il
m’est impossible de comprendre pourquoi ils
ont été lâchement assassinés. Charb,
Tignous, Honoré, Elsa, Bernard, Mustapha ont
aussi rejoint Cavanna, Reiser, le professeur
Choron, DDT (Delfeil de Ton) et tous ceux
qui nous ont quittés
dans ce crime politique et qui ont collaboré
ou protégé Charlie Hebdo.
La
liberté d'expression ne s’use, que si l’on
ne s’en sert pas !
Chouette
réveil, j’ouvre mon courrier ce lundi matin du
12 janvier 2015 pour me rendre compte d’un
mail m’annonçant de nouveau que Charlie Hebdo
est un organe de presse « raciste », le tout
en espagnol pour précision et rédigé par un
groupuscule anglais, le tout envoyé par une
vague journaliste péruvienne résidant en
France. La goutte qui a fait déborder le vase,
et d’une certaine manière m’a poussé à écrire
et réagir sur les délires récents de la grande
communauté des « Rouges-Bruns » et islamo-gauchistes
sur Internet (1). Mon interlocutrice aura
reçu pour réponse un dessin très
illustratif, de ce qu’un Reiser, le
professeur Choron, Cavanna,
Delfeil de Ton, Cabu, Wolinski, Tignous,
Honoré et Charb auraient pu lui répondre en
substance dessinée ou une photo illustrative
d’un doigt levé.
Pendant
que circule la rumeur que Charlie Hebdo serait
un journal raciste (2) sur la toile, les lieux
de culte musulmans en
France sont aussi une cible. Graffitis avec
insultes et menaces sont venus salir
vendredi dernier, en plus de l’attentat
antisémite meurtrier, les murs de plusieurs
mosquées. En trois jours, le pays est tombé
sous le choc de ce que l’on pouvait attendre
de pire et même s’il peut exister des
réserves sur « l’unité nationale », sur le
grandiloquent de la chose, le pays des «
Lumières » a fait bloc contre la barbarie et
refusé tous les amalgames et divisions
absurdes.
Les
identitaires sont des gens dangereux et si un
débat doit s’ouvrir sur l’assimilation ou
l’intégration de cette catégorie de la
population française, il y a de quoi douter
que leurs esprits puissent s’ouvrir un jour à
la dimension universelle du sujet. À
cultiver les différences ou le vivre entre
soi avec des barbelés, vous avez deux
issues, la solution « soft », être lepéno-compatible,
ou bien la solution nihiliste, d’aller tuer
au nom de votre connerie des innocents.
Dans
les deux cas, il est difficile de distinguer
le bras armant du bras
armé. Deux symptômes d’un même problème et
qui n’a rien au final de religieux, le fonds
de commerce est dans l’exclusion de l’autre
ou la négation. Face à un tel marasme, non
seulement la République française est une et
indivisible et se réfère à trois principes :
la liberté, l’égalité et la fraternité,
auxquels nous devrions rajouter
: l’altérité !
Qui
plus est, nos identitaires de tout poil et
bien de chez nous, tueurs inclus, s’attaquent
aux fondements du vivre ensemble, à certains
éléments essentiels poussant à un éclatement
et à aligner des désaccords qui n’en sont pas
ou sont totalement fictifs, sur le thème du :
ayez peur, par slogans ou bombes interposées !
Un discours de haine, il n’a que pour but d’en
répandre son venin entre tous les citoyens de
ce pays ou du monde. Ce poison de l’identité,
qu’elle soit religieuse ou nationale, a
atteint des sommets. Et nous sommes loin de la
vision d’André Malraux, sur un monde «
spirituel » en ce début de siècle.
La
présence de plus de 4 millions de personnes
dans les rues pour mémoire des 17 victimes est
venue marquer un arrêt à
des préjugés et sera une prise de
conscience, que la liberté ne s’use que si
l’on ne s’en sert pas. Et que face à
l’horreur redoubler d’impertinence ou dire
non à l’abject devient une nécessité sans
avoir à se référer à Voltaire, qui fut
certes un agent de la liberté d’expression,
mais aussi une plume un tantinet antisémite
et peu tendre avec Mahomet.
Si
je faisais référence à ce courrier en début,
c’est que tout commença, il y a quelques
jours, quand un ami colombien m’a envoyé un
mail pour me demander mon avis sur l’attentat
dans les locaux de Charlie Hebdo. Accompagné
d’un article sur le thème « je ne suis pas
Charlie » en espagnol et venant d’un blog
connu pour ses liens troubles entre une
poignée de staliniens et des négationnistes
européens rassemblés d’un seul corps dans
l’antisionisme, dont je ne ferai
pas la publicité. La mouvance « Rouge Brune
» en Europe et en France continue à jeter
des propos venant semer le trouble, le
discrédit.
Non, Charlie
Hebdo n’est pas un journal raciste, répondait
Charb, il y a déjà plus d’un an à ses
détracteurs ou calomniateurs (3). J’ai pu
ainsi expliquer à cet ami que tout cela
n’était que mensonge et que l’auteur ou les
auteurs de cette abjection ne comprenaient
rien à la situation française et provenaient
de gens plus que malfaisants, qui ne
savaient plus distinguer leur gauche de leur
droite, sauf à faire circuler leurs propos
venimeux ou haineux.
Billet
de Lionel Mesnard, 12 janvier 2015
Notes :
(1) « Charlie Hebdo : des combattants de
la laïcité cible privilégiée des
islamo-gauchistes », Marianne Hebdo du
12-01-2105.
(2) « Ne pas laisser dire que Charlie
était raciste », Journal le Vif, Belgique
du 12-01-2015 : CLIQUEZ
ICI !
(3) « Non Charlie n’est pas raciste »,
Journal Le Monde, le 11-10-2013 : CLIQUEZ
ICI !
Déclaration
de Robert Badinter
«
Devant un tel crime, préparé et exécuté de
sang-froid, c’est d’abord aux victimes que pense
chacun d’entre nous. Policiers assumant le
risque quotidien auquel les expose leur devoir,
journalistes réunis pour accomplir leur mission
d’information, sans laquelle la démocratie
serait étouffée. Ces journalistes-là sont morts
pour nous, pour nos libertés qu’ils ont toujours
défendues. Sachons nous en souvenir.
L’émotion nous saisit aussi à la pensée de leurs
familles, de leurs proches, que le crime frappe
au cœur par ricochet et qui vivront désormais
comme des invalides, amputés de l’être humain
qui était une part d’eux-mêmes. «Au-delà du
chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de
justice.
Nous sommes assurés que les pouvoirs publics
mettront tout en œuvre pour identifier et
arrêter les auteurs de ces crimes. A la justice
de décider de leur sort, en toute indépendance
et dans le respect de l’Etat de Droit. Ce n’est
pas par des lois et des juridictions d’exception
qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce
serait là un piège que l’histoire a déjà tendu
aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont
rien gagné en efficacité répressive, mais
beaucoup perdu en termes de liberté et parfois
d’honneur.
«Enfin, pensons aussi en cette heure d’épreuve
au piège politique que nous tendent les
terroristes. Ceux qui crient « allahou akbar »
au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là
trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont
ils se réclament. Ils espèrent aussi que la
colère et l’indignation qui emportent la nation
trouvera chez certains son expression dans un
rejet et une hostilité à l’égard de tous les
musulmans de France.
Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent
d’ouvrir entre les musulmans et les autres
citoyens. Allumer la haine entre les Français,
susciter par le crime la violence
intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà
de la pulsion de mort qui entraîne ces
fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons
ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des
amalgames injustes et des passions fratricides.»
Le
projet de loi Macron :
une
loi
néocapitaliste très conforme !
La
tribune de Cécile Duflot du dimanche 3 janvier
2015 sur la loi Macron est
à son « point de vue un grand bond en
arrière ». (1) Une autre personnalité comme
Pierre Joxe a dit presque dans les mêmes
termes son opinion sur cette loi de
régression sociale. Elle sera débattue à la
fin du mois de janvier devant l’Assemblée nationale
(à partir du 26-01). Martine Aubry n’a pas
caché son mécontentement sur ce miroir aux
alouettes de la consommation et a
utilisé des termes sévères dans une tribune
du journal Le Monde,
pendant que le président Hollande, dans ses
vœux, lui,
persévère.
La
ministre de la Justice, Madame Taubira,
concernant les professions du droit, précisait
en décembre de l’an dernier que « Le droit
n’est pas une marchandise soumise au marché ».
(2) Les propos de dirigeants syndicalistes, à
l’exemple du secrétaire général de FO**,** ne
sont pas plus tendres sur le dialogue social,
d’autres élus de gauche et représentants
socialistes sont très critiques, et il est
difficile de ne pas leur donner raison, c’est
tout bonnement une loi scélérate. Elle coûtera
très cher à la gauche gouvernementale sur le
plan électoral.
Dire
ou entendre que ce sera « la loi du siècle
prochain », il faut garder son sérieux, cette
logique marchande est proprement à vomir.
C’est quoi la prochaine étape, faudra-t-il
vendre l’île de Ré, d’Oléron ou d’Aix, les cours
d’eau aux multinationales de
l’eau ? À l’exemple des conseils préconisés
par le ministre des Finances
allemand demandant aux Grecs de vendre leurs
îles ? Et comment en Colombie ou au Chili
ont été privatisés
des biens communs comme des rivières ou
fleuves, quel beau cadeau pour les
générations futures.
Avec
des politiques ne pensant qu’à courte vue, les
recettes du gouvernement Valls sont indigestes
et ne résoudront rien, sauf à favoriser une
régression sociale et une
augmentation des polluants et à privatiser
le droit. La loi Macron traite à la fois de
plusieurs questions, elle touchera
indifféremment des professions libérales et
du droit à statuts réglementés (avocats,
notaires, …). Rien qu’à l’énoncé du
problème, il va de soi
que cette loi est très technique et que sans
connaissance des sujets multiples et variés,
ce qui pourrait paraître utile de réformer
est à bien des égards une adaptation brutale
au marché, plus qu’une remise en cause des
rentes et profits de telles ou telles
professions.
Par
ailleurs, ô surprise, s’il est traité des
chambres de commerce, la loi Macron tend à en
élargir certains pouvoirs, d’une réforme
salutaire à faire et hautement explosive en
attente, voilà un petit cadeau supplémentaire
aux organisations peu représentatives du
patronat français. Sur ce premier sujet, on
notera surtout que sont maintenus certains numerus
clausus très improductifs, qui
pousseront des milliers de jeunes Français
à étudier la médecine en Belgique, en
Roumanie ou ailleurs en Europe, faute
de places, quand il est question en France
de déserts médicaux. Au titre des
contradictions, ce que d’autres ont appelé
un « fourre-tout », le législateur est
plutôt dans le micro(cosme) que dans la
macro.
À
ce premier pavé de la loi s’en ajoutent
d’autres, et le deuxième chapitre est à la
hauteur de vue de son auteur sur le thème :
les revenus modestes veulent aussi voyager,
donnons-leur du carbone ! Sans omettre que
c’est un moyen de transport bien moins sûr
que le train, les smicards et sous-smicards,
du moins « les pauvres », pollueront pour la
croissance du pays, et à contresens de ce
qu’il y aurait à faire en matière de
réduction des gaz à effet de serre. La
ministre de l’Écologie
(et du remplissage médiatique), Madame
Royal, crie au loup sur le prix des
transports ferroviaires, mais construire un
projet rail pour le siècle semble lui
échapper ?
Ce
qui présume que le président Hollande en pense
autant de la conférence de Paris sur le
réchauffement climatique de 2015 en France,
comme ce qu’il a pu raconter sur l’inversion
de la courbe du chômage. Chaque jour, en plus,
un millier de femmes ou d'hommes sont
au chômage en 2014 et ce sera pareillement
pour 2015. J’oubliais, la petite cerise sur
le gâteau, il est question de restreindre le
droit environnemental, tant qu’on y est «
Rasons gratis » pour les promoteurs et bétonneurs
en tout genre, ou pour les élus et notables
locaux et leurs petits arrangements entre
amis ?
Toutes
les réponses apportées par l’exécutif sont des
formules pour endormir les masses, le double
discours ne fait plus l’ombre d’un doute et
c’est purement et intellectuellement
malhonnête ou infantilisant. Croyez ce que «
je dis » et à l’examen des faits, c’est tout
le contraire, au final si le produit est joli,
le résultat est aussi un recul devant les
juteuses plus-values des
compagnies d’autoroutes, pour lesquelles il
faudra attendre 2017. Le gag, ce sera pour
l’année des élections présidentielles pour
revoir cette rente de situation être remise
en cause !
De
nouveau, ils sont forts ces communicants, les
mêmes ou entre gens du même monde, conseillant
les notaires en colère et le ministre de l’Économie
et au milieu, un grand ami du Premier
ministre, comme en a fait part Le
Canard Enchaîné sur ce
dirigeant de l’agence Havas (paru le
17-12-2014). En bref, comme l’a exprimé
récemment le directeur du CNRS Dominique
Wolton, l’on prend les citoyens de ce pays
pour des idiots, et il prenait en exemple
certains éléments de la propagande
gouvernementale sur le net. (3)
Le troisième
et dernier chapitre de la loi Macron est en la
matière le grand bond social en arrière, il
touche à la question de la « réforme » des
prud’hommes et au travail non seulement du
dimanche mais aussi du soir. Nous touchons là
le problème du doigt, à cette carence d’un État
pourtant omnipotent à ne pas s’appuyer sur
le dialogue social. Le travail qu’a pu
entreprendre Jean-Marc
Ayrault à ce sujet est déjà passé à la
trappe. Au final, tout cela donne lieu à
croire que ce pays ne
se réforme pas, tout simplement parce qu’il
régresse socialement.
Ce
coup porté non pas au « sacro-saint »
dimanche, mais à la vie de nombreuses familles
n’aura aucun impact, dans le meilleur des cas,
sur la croissance et il sera créateur
d’emplois précaires (CDD à plus de 80 %), et
les rythmes de vie des
travailleurs s’entendront aussi en soirée.
Quand on pousse à développer la consommation
de masse cela
favorise une baisse d’activité chez les
petits détaillants. Ce phénomène n’est pas
récent, la création de grandes surfaces a
favorisé une diminution des
emplois dans le commerce de proximité ou des
centres-villes. Donc là aussi pas de
changement, on continue à habiller Paul et à
déshabiller Pierre… Pour ce qui est de Paris
et d’un ou deux points de la capitale, je
crois que cette ville a
surtout besoin de logements sociaux et
d’urgences. Il existe des priorités qui
laissent un peu sans paroles, derrière
certaines déclarations non pas malheureuses,
mais voulues en tant que telles.
Qu’il
existe des contradictions, il en existe
toujours, mais quand le discours joue double
jeu, cela s’appelle une manipulation, et si
certains dépriment à la télévision et dans
leurs colonnes de journaux à force de se
répéter, cet aspect de la chose politique
n’entre plus dans le domaine de l’indignation.
C’est ouvrir une brèche supplémentaire à la
colère, la muraille se fissure entre les
tenants d’une politique suicidaire et
l’expression d’une gauche du progrès social et
écologique, c’est un autre modèle de pensée
bien plus soucieux de notre avenir, dont
nous avons besoin et qu’il urge de trouver
en vue de rassembler face à cette
capitulation en rase campagne.
Jean-Christophe
Cambadélis peut bien vouloir rassembler au
sein du PS et sauver les
meubles, le voilà mal parti. De plus, les
admonestations très récentes de Madame
Merkel au peuple et aux
électeurs grecs
qui vont se prononcer ce même mois sont
le trop-plein d’un hégémonisme ou d’un
matraquage insupportable. Cette attitude est
une ingérence, que même François Hollande a
pris en compte sur France Inter le 5
janvier. Toutefois, ce n’est pas la première
fois que l’arrogance
de certains dirigeants outre-Rhin se
manifeste, ils risquent à ce petit jeu de se
prendre les peuples du Sudeuropéen en pleine
face.
En
attendant, la victoire de la vraie gauche,
plutôt que celle qui a amené à cette gabegie
sociale et économique, c’est-à-dire le PS
local, le PASOK. C’est à se demander si
l’Europe ne va pas dans les mois à venir
connaître quelques mises au point nécessaires
et tirer à ce sujet quelques enseignements. La
victoire du parti Syriza pourrait venir
troubler l’unanimisme et souhaitons-lui
appliquer un programme sortant le pays phare
de notre civilisation des ornières d’une
vulgaire mégère prussienne.
Il
serait plus que temps d’arrêter de faire des
travailleurs des objets jetables. Les mesures
pour aider à une croissance plus forte sont un
peu à l’image de la construction européenne.
On a construit le fuselage et trouvé le
combustible sans se préoccuper avant tout du
moteur, les populations du continent. La loi,
du jeune ministre des Finances,
est une grande pochette-surprise
néo-capitaliste avec plus d’une centaine de
mesures. Du copier-coller de ce que pense la
Commission et ses commissaires, ne cherchez
pas du neuf, c’est de l’ancien et cela
ressemble fort à ce que d’autres ont connu
en Amérique latine
comme thérapie de choc dans les années 1980
et 90.
Ce
qui a pu être mis en avant jusqu’à présent
dans la loi Macron, ressemble à un grand recul
en matière sociale :
élargissement du travail du dimanche et en
soirée, affaiblissement des juridictions
prud’homales, flexibilité du temps de
travail accrue ou
détricotage des 35 heures, et mise à mal
supplémentaire de l’inspection du travail.
La question serait de savoir si l’existant
est fonctionnel ou efficient. Les outils de
contrôle ou de mesure étant quasiment
absents, il faut en général faire appel à un
énième rapport, dont on aura
donné aux « princes » ou aux puissants du
moment, ce qu’ils espéraient entendre.
Sur
le plan écologique, renforcer la circulation
des poids lourds comme moyen de
transport est une grosse erreur
de plus. Cela démontre comment le monde
technocratique français est hors des
réalités de notre monde. Au moment où il
importe de limiter les émissions carbonées,
ne serait-il pas plus à propos de développer
le train, moyen de transport plus sûr, moins
polluant, et avec des tarifs réduits ou
abordables ; ce devrait être possible, sans
passer par l’avion ou les autocars ; non ?
La
politique du tout TGV a démembré le réseau
ferroviaire, et nombre de lignes régionales
sont exsangues, ou bondées comme en Île-de-France,
et jusqu’à présent la politique du fret
reste un échec patent. Cette attention se
voulant louable est un peu de l’ordre du
charitable et du très méprisant socialement.
Ce comportement de l’aristocratie d’État,
et surtout sa reproduction dans toutes les
sphères économiques publiques et privées,
n’est en rien une nouveauté, si ce n’est une
continuité de ce qu’ils dénomment le réel,
tout en le niant.
Dans
le même état d’esprit, certains actes se
traiteront via des cabinets d’avocats
britanniques offrant une baisse des coûts
probablement, mais surtout une baisse de la
qualité du traitement des actes ou écrits de
justice. Cela risque de poser certains
problèmes, comme pour l’égalité des citoyens
face à tout acte civil ou
légal rédigé. Ceci en raison d’une procédure
faisant appel à des professionnels dont le
travail est encadré très strictement, et de
plus, c’est l’État
qui fixe les prix et peut
les renégocier à la baisse si nécessaire. Un
décret peut y suffire.
S’il
y a bien lieu de s’attaquer à certaines
rémunérations délirantes, ce serait
si nous disposions d’un impôt sur le revenu
adapté, doublé d’une CSG sociale prise
à la source. Cela aurait plus de sens et
tiendrait compte de vagues promesses
présidentielles. Mais la réforme de la
fiscalité ne peut se satisfaire de
mesurettes brodées au fil du temps. C’est un
échec en matière de redistribution des
revenus et des
profits et vous renvoie à d’autres billets
de l’an dernier sur le site… Les élans de
persuasion de François Hollande n’en font
pas de lui un visionnaire, mais un
conformiste.
Pour ce qui
est de la simplification administrative, il
faudra attendre encore,
car à chaque fois que nos « têtes d’œuf »
pondent un nouveau terme dans
la loi, en général, elle se complexifie et
produit le contraire de ce qui est
normalement escompté. S’il y a une morale à
tirer du projet de loi Macron, il y a de
quoi présumer une belle régression et une
grande pagaille administrative. Ce sera
potentiellement très déstructurant en
matière de droit social ou en matière
d’actes légaux, et les effets escomptés
seront à l’inverse d’un projet de société
soutenable et cohérent. Si cette loi se veut
équitable, cette préfiguration est un beau trompe-l’œil.
Billet
de Lionel Mesnard, le 6 janvier 2015
Notes
:
(1) Tribune de Cécile Duflot au Journal du
Dimanche.
(2) Tribune de Christiane Taubira – Journal Le
Monde ; Cliquez
ici !
(3) Propagande gouvernementale sur le projet
de la loi Macron : Lire
ou télécharger ici !
Etats
Généraux
du Parti Socialiste : une
charte et quelques incantations !
L’eau
mouille, prenons garde et portée à une cuisson
de 110 degrés, elle fait des bulles. C’est en
ces termes qu’il est possible de résumer la nouvelle
charte du PS, « Nous croyons au
progrès. » ou bien « Pour le progrès humain »,
qui aurait pu penser le contraire ? Ce texte a
été approuvé par 80 % des votants, mais
seulement par 30 % des inscrits (soit un peu
moins de 50.000 adhérents à jour de
cotisation). Un maigre cahier de 23 pages (à
lire ou télécharger ici !) est venu conclure
six mois de débat interne. Un texte rempli de
bonnes intentions. L’ennui, c’est qu’en
rapport avec la politique menée par le
gouvernement, tout ceci est inapplicable, de
la poudre aux yeux. Cela ressemble à une belle
hypocrisie de circonstance.
Le
mot ou la notion de « valeur » revient 35
fois, à se demander pourquoi tant de valeurs
soudaines à tartiner ? Un mot passe-partout
et particulièrement prisé dans le petit
monde professionnalisé de la politique.
Notamment, quand il s’agit de remplir les
vides, les béances du discours, ça dit tout,
mais n’explique pas grand-chose et surtout
cela ne coûte rien. Cette charte est un beau
florilège de formules creuses, comme «
Humaniser la mondialisation ». L’exemple
même d’une illustration malvenue, ou comment
rendre acceptable des mécanismes économiques
imposant les pires conditions aux pays ou aux
populations les plus pauvres. En fait, il
s’agit d’un contresens ou d’un non-sens,
pour un écrit qui entend en redonner.
Autre
surprise de taille, un peu plus de 5.000
textes militants serviront un jour à faire des
propositions. On aurait pu croire que des É.
G. étaient l’occasion de faire
remonter des idées, à minima un constat de
la base avec des attentes spécifiques. Ce
sera pour plus tard, est-il précisé. Un
débat avorté laissant à désirer et
n’augurant rien de bon pour le futur.
L’on
atteint des sommets avec cette référence à
l’éco-socialisme, qui fait surtout état de
copier-coller, quitte à le vider de son
contenu. Un art où les dirigeants socialistes
sont maîtres depuis longtemps. Une
récupération des idées permettant de gommer
partiellement le grand vide en ce domaine, et
d’appliquer au final son contraire. La ficelle
semble tellement évidente, voire énorme,
qu’elle ne peut échapper à un peu de sens
critique. Car sans l’action de cette dernière,
on voudrait y croire !
Le
6 décembre 2014, pour clore les É. G.
et la journée, l’assistance a eu droit à une
allocution assez sidérante et conforme à la
charte. Le premier secrétaire, Jean-Christophe
Cambadélis, est venu ponctuer ce
non-événement. Encore et de nouveau les
valeurs à toutes les sauces et parfois une
difficulté à ne pas manger certains de ses
mots. Difficile dans ce cas de donner de la
force à un objet textuel dont on ne croit
guère et qui
cependant doit servir de façade, ou comme
dernier rempart de l’unité ? Du déclamatoire
grandiloquent, sans que l’on sente dans la
salle un grand enthousiasme, ni de la part
de l’orateur. Sauf à se faire plaisir en
paraphrasant Mitterrand sur la rupture et
son discours devant le congrès d’Épinay
en 1971.
Le
député de Paris même répond par avance à ses
détracteurs sur le côté lénifiant des bons
sentiments de cette charte, ressemblant plus à
un texte de communicant qu’à un travail de
reconstruction, sur le bon vieux mode « bilan
et perspectives ». Seuls les coups de gourdin
sur la droite et le FN ont un peu réveillé à
la fin l’assistance ou la salle, pour une
intervention de 30 minutes, d’un intérêt
limité. De plus face à un parterre assez
maigre, où les caméras n’ont pu masquer les
places vides. À moins que ce ne soit de la
place libérée pour les 500.000 qui devraient
rejoindre le PS avant 2017, selon le maître de
cette séquence peu concluante. (1)
Si
le député de Paris était né de la dernière
pluie, une impulsion militante de cet ordre
serait la bienvenue. Nous pourrions nous
réjouir de cette ouverture des portes et de ce
recrutement qui donnerait une assise un peu plus
large à ce parti. Au hasard d’une lecture
récente des textes du congrès d’Amiens de
1913 de la SFIO, j’ai découvert sur
l’ancêtre du PS qu’il comptabilisait 70 à
75.000 adhérents ou votants, un sujet qui
par ailleurs provoquait outre-Rhin une
certaine moquerie des dirigeants du SPD sur
les faiblesses militantes en France. Il faut
remonter aux années 1950 pour trouver
400.000 adhérents à la SFIO et plus d’un
million au PCF, en comparaison de nos jours,
la gauche organisée rassemble environ
100.000 à 150.000 personnes. (2)
Au
titre des imprécations et selon J.C.
Cambadélis, en 2017, il sera engagé « une
chasse aux inégalités », en clair, les 150.000
sans-logis attendront des jours meilleurs. Les
inégalités vont continuer à se creuser, des
milliers de familles chaque année se
retrouveront à la rue, mais demain on rase
gratis, c’est certain… Je crois avoir déjà
entendu ce refrain quelque part ? Si
au PS dans les années 1980 ! À tout point de
vue, c’est stupéfiant, si certains éléments
de ce bilan très léger posent
d’infimes éléments de contestation de
l’ordre capitaliste, sur le fond il ne remet
en rien en cause la mécanique infernale.
C’est de plus, un très mauvais succédané ou
un pompage assez enfantin de certains axes
politiques du Parti de Gauche ou du Front
élargi du même nom (FdG).
Concernant
l’éco-socialisme, le PG et d’autres ont fait
un travail sérieux et sur lequel Jean-Luc
Mélenchon et ses partisans (3) l’ont
associé à une relance des outils de
planification. S’ils n’en sont pas encore à
l’exercice pratique, ni à un début
circonstancié, il ne s’agit pas d’une
mystification, l’objet demande une synthèse
bien plus exigeante. Dans les écrits et les
réflexions de la gauche de conviction,
luttes sociales ou humaines et combats
écologiques y font bon ménage. Ils
vont du même ressort vers un changement de
société et où le programme économique
fonctionne de pair, et va a
contrario des dogmes actuels.
Rien à voir donc avec cette charte
mielleuse, qui sur le fond comme la forme ne
mérite pas une telle démonstration
d’impuissance et dont on ne peut oublier la
somme des renoncements ou des leurres
passés.
Cette
liturgie de bonnes intentions, qui peut y
croire, car il est question de croyance « nous
croyons » ai-je lu aussi, ce n’est pas une
analyse de l’état du monde et encore moins une
prise en compte des changements à
entreprendre. Au mieux, c’est de la
calino-thérapie, il faut brosser dans le sens
du poil, le toilettage et les ambages du
langage servant peut-être à bercer les
derniers militants ?
Billet
de Lionel Mesnard, 6 janvier 2015
Notes :
(1) Intervention de JC Cambadélis (35 minutes) :Cliquez
ici !
(2) Ceci est une estimation des adhérents réels
ou supposés : PS 50.000 ; PCF 40.000 ; PG 12.000
; ND 10.000 ; EELV 7 à 9000, NPA et LO 3 à 4000. (3)
Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’ENS de
Paris.
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