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L’essentialisme
politique
:
Séductions
et passerelles de l’extrême droite
au sein de la société française
et des espaces francophones
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Ce
texte avait été rédigé le 16 mars 2011, il
m'a valu quelques surprises et même une
attaque de hackers contre le contenu de ce
site après sa parution en juin 2012 (sur
deux autres blogs tenus par des militants
communistes). J'ai pu avoir la joie de
lire certains commentaires et même me voir
attribuer une note de bas de page, du
néo-conservateur et chercheur patenté au
CNRS, Pierre André Taguieff. Qui surtout
n'aime pas que l'on parle de ses liens
avec la revue Krisis ou que l'on ne le
cite pas quand cela touche son domaine
privatisé.
J'ai décidé de mettre cette analyse sur
mon propre espace cybernétique après
moultes hésitations. Ecrire sur un tel
sujet apportant son lot de nausée et
d'emmerdes, il restait à corriger deux ou
trois erreurs sur un prénom et réécrire
une ligne ou s'était introduit un mot mal
cité. Chacun est libre de sa critique,
cependant les enclins nationalistes et une
volonté affichée de dé-diaboliser le Front
National peut surprendre. Depuis la
diffusion de cet écrit, Monsieur Taguieff
trouve ses soutiens dans une presse
ultra-conservatrice. Chacun fraille avec
qui veut ! Si "chasse aux sorcières" fut
menée, elle n'était pas de mon fait.
Je n'ai pas fait du racisme et de
l'antisémitisme un commerce avec de
singuliers et multiples néologismes sur la
question. Toutefois et en raison d'une
actualité chaude et toujours aussi pesante
dans la société française, j'ai décidé de
le publier dans sa totalité et je n'ai pas
cherché à répondre à certains détracteurs.
Mon constat sur le racisme et
l'antisémitisme en France se voulait
politique sur cette mélasse aux accents
fascisants ou totalitaires.
Comme du temps s'est écoulé et que le
problème reste entier, autant que ce
travail de réflexion trouve sa place et en
assumant pleinement des propos sur
certains ralliements idéologiques de la
gauche vers l'extrême droite la plus
radicale, me limitant à certaines
personnalités publiques et ayant défrayé
les chroniques ces derniers mois ou années
passées.
Lionel
Mesnard, le 14 février 2015
NB
: En
2005, parait sur le site amnistia.net,
animé par Didier Daenincks, un dossier
concernant le Réseau Voltaire :
Les
enquêtes interdites, un dossier
et un entretien avec Gilles Alfonsi.
Comment un réseau d’information et de
lutte anti-fasciste, de dénonciation
de tous les intégrismes, peut-il
basculer au point de faire alliance
avec un négateur des chambres à gaz,
au point de cautionner les pires
régimes religieux autoritaires ?
Trois ex-membres de la direction du
Réseau Voltaire,qu’ils viennent de
quitter, retracent minutieusement
l’histoire d’une dérive.
"La
fin du Réseau Voltaire"
Le
texte n'est plus en ligne !
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L’essentialisme
politique
Quand j’ai entrepris ce texte, il y a quelques
mois, il était difficilement envisageable d’en
mesurer l’étendu, il restait des zones d’ombre
et de comprendre comment l’extrême droite
française tentait de jeter certains ponts en
direction de groupuscules se qualifiant « à ou
de gauche ». Aujourd’hui et au vu des
derniers événements, les doutes ne sont plus, il
existe bien une volonté de capter des militants
ou électeurs de l’autre camp, l’on tient selon
l’assistance un discours susceptible de faire
mouche. Toutefois, le vieux vernis, le discours
anti-immigré ou anti-juif est toujours de mise.
Ce n’est qu’un coup peinture sur la façade,
l’objet est de pouvoir s’accaparer un
vocabulaire étranger. Il s’agit d’une
escroquerie intellectuelle, ni plus, ni moins.
Si au demeurant le contenu peut sembler
cohérent, ce n’est en fait qu’une irrationalité
de plus.
Avec son élection à la tête du Front National,
Marine Le Pen a pu faire ces derniers mois
faire campagne et prouver ses qualités oratoires
et un simili virage à 180 degrés sur le fonds de
commerce du discours économique ultra-libéral.
Arguant que depuis plusieurs années, elle tenait
déjà ce langage, sauf que personne ou peu de
monde n’a voulu prendre en compte cette volonté
de brouiller les discours. De mettre à mal entre
autres un vocabulaire issu des luttes du
mouvement ouvrier, un blabla vasouillard se
nommant « anti-système ». Ne nous trompons pas
Madame Le Pen n’est pas devenue la Rosa
Luxembourg du vingt-et-unième siècle, et elle se
contrefiche des masses laborieuses.
Si ce n’est que son but est de légitimer un
contenu tout aussi inégalitaire. La perfidie se
camouffle dans les mots, un choix de manipuler
des opinions fragiles, et se nourrissant des
excès des espaces virtuels. Car derrière le
système, il se cacherait des complots en tout
genre. Sauf que pour comprendre un ou des
systèmes, il n’y a rien de très fantasmatique à
soulever. L’ordre capitaliste est le produit
d’une activité sociale, économique et politique,
plus que le fait d’individus tapis dans des
sous-sols à diriger la planète. Qu’il existe
quelques allumés pensant avoir véritablement une
emprise sur le cours des choses, cela ne peut
qu’interpeller sur des pathologies du grégaire.
Rares ont été amenés à dénoncer certaines
passerelles. Certes, ce furent des échanges
groupusculaires, mais réelles entre les droites
extrêmes et une frange marginale de la gauche.
Si la nouvelle présidente du FN use de ce
nouveau langage, on peut se demander quels ont
été les auteurs et à quelle fin ? qui sont-ils ?
Et comme les chemins mènent toujours à Rome, une
petite galaxie a pris jour autour d’une
rencontre à Bruxelles en 2005 sous le nom «
d’Axis for Peace », une drôle de réunion
internationale ou si l’on peut dire fut celle de
la cour des miracles et en mélange des genres
plus que douteux entre individualités et
diplomaties étrangères.
Il faut souligner l’influence qu’a pu avoir en
1989 la chute du mur de Berlin et surtout les
conflits intervenus dans les Balkans jusqu’à la
fin du XX° siècle, en Bosnie, au Kossovo et
Serbie notamment. Ce fut un point de rencontre
entre ultras nationalistes des deux bords, l’une
purement d’inspiration fasciste ou
réactionnaire, l’autre des restes des
stalinismes en Europe. Ce qui a pu se passer par
après avec en particulier la destruction des
tours du World Trade Center en 2001, puis, la
guerre contre l’Irak n’a fait qu’accentuer cette
prégnance que le monde ne serait que le résultat
de méthodes souterraines, de vérités auxquelles
nous ne pourrions accéder. Nous sommes face à
une perception paranoïaque du monde, et tout ce
qui peut faire appel à la raison est balayé. Il
est difficile dans ce cas de répondre à des
arguments qui n’en sont pas. On ne peut en
saisir que les liens, la sinueuse part visant à
manipuler certaines consciences. L’objectif
n’est pas faire œuvre de morale mais de
combattre des « idéologies » malsaines et
nuisibles aux équilibres de nos frêles
démocraties.
La question entière reste posée, faut-il
s’alerter d’un phénomène marginal, jusqu’où et
comment en dénoncer les problèmes ? Ils ne sont
pas survenus d’hier, et si l’on tente de savoir
ce que la bête à encore à nous dire d’elle-même,
les fascismes européens essaient de se dissoudre
dans un bain d’ignorance. Confluences des
critiques outrancières, des peurs immatures sur
l’autre, des nébuleuses participent à la
résurgence d’un fascisme coutumier du fait
raciste en prônant une inégalité au sein du
genre humain. L’anti-racisme n’est pas une
conduite politique, c’est au mieux un
comportement, une attitude face à l’insondable.
Il est apparu important de mettre à jour ce
qu’il en est des racismes, de cet écueil qui
vise à amalgamer 7 milliards de vivants sur ce
globe, à n’être que différence ou essence d’une
contrée à une autre, comme si le fait national
suffisait à faire des populations des entités
sans contradictions ou homogènes. L’on retrouve
là la prégnance du culturel, de cette absurdité
à ethniciser nos repères. C’est-à-dire et au
plus simple à désincarner la citoyenneté, quitte
à s’emparer de son vocable laïque.
I – Aux sources des nouveaux racismes,
ethno-différencialisme et négationnisme ?
Nous sommes face à un difficile problème,
certains chercheurs le traitent sous le nom de
«nouvel antisémitisme» ou sous le terme de
«judéophobie». Bien que l’on cherche à analyser
la situation actuelle de l’antisémitisme en
élaborant un vocabulaire possiblement plus
approprié, la « nouveauté » n’est pas si
étrangère à ce qu’elle fut pendant 2000 ans de
persécutions et d’affabulations. Les nouveaux
antisémites y puisent allégrement leurs
fondements, et ils trouvent aujourd’hui une
visibilité incomparable avec les autoroutes de
l’information pour vider leur sac d’injures et
mystifications en tout genre.
Sur la toile, il est offert à chacun de
redécouvrir tout un vocabulaire raciste. Des
propos que nous pouvions supposer comme oublié :
trop souvent en lien avec les périodes les plus
sombres des fascismes européens. Hier, il était
question « d’un complot juif mondial ». De nos
jours, il est fait part « d’un complot sioniste
mondial ». Cette similitude n’est qu’un exemple
parmi beaucoup d’autres termes remis à jour. De
quoi faire un lexique de ce vocabulaire
renaissant et teinté de novlangue, mais l’objet
n’est pas là. On peut se demander pourquoi ces
apparentes subtilités du langage? Cependant ce
vocabulaire n’a rien de subtil, il est même à
tout dire grossier et tend à se banaliser.
Pourquoi s’engager à dénoncer de tels délires
verbaux, tout simplement parce qu’en ce domaine,
rien n’est anodin.
Tout pourrait concourir à un retour de
l’obscurantisme, à des dérives de plus en plus
ciblées contre les juifs, mais pas seulement. On
ne peut d’un côté dénoncé le racisme anti-juif,
et de l’autre ignorer les actes ou délits commis
contre les populations originaires notamment
d’Afrique du Nord et Subsaharienne. Croire qu’un
racisme est sans effet sur un autre serait
absurde. L’extermination des juifs de 1941 à
1945, a été aussi celle des tziganes, des
homosexuels et déficients mentaux ou physiques.
L’objet n’est pas de différencier les racismes,
mais de trouver une cohérence, et en quoi
l’antisémitisme est la forme la plus connue et
virulente dans ses manifestations de violence.
Et pourquoi, il demeure un objet d’étude à ne
pas négliger devant nous alerter sur des
nouvelles formes de propagation de thèse
inégalitaire et racialiste, c’est-à-dire
organisant le genre humain, par une approche
scientiste, le plus généralement génétique et
culturaliste.
L’usage du mot antisémite doit se faire avec
sagesse, une précaution utile pour ne pas tomber
dans une vulgaire dénonciation. L’utiliser c’est
vouloir dénoncer une idéologie qui classifie le
genre humain en « race » et en particulier le
peuple juif (malgré, une appartenance à une
entité à la fois culturelle et religieuse et non
raciale). C’est à cette forme virulente que
s’attache l’antisémitisme, créer de toutes
pièces des différences qui n’ont pas lieu, et
véhiculer par le biais de l’essentialisme ou de
l’ethno-différencialisme des idées nauséabondes
et dangereuses.
« L’ethno-différencialisme est un concept
théorisé comme antithèse de l’universalisme,
il prône la reconnaissance de l’héritage
culturel propre à chaque peuple/ethnie par les
institutions politiques, il a pour but de
rendre systématique le «droit à la
différence», de théoriser et d’identifier
chaque ethnie « ethniquement pures ».
Pour les ethno-différencialistes, la ségrégation
est de fait géographique par l’histoire des
différentes cultures et civilisations à travers
le monde. D’après les partisans de ce concept
ils défendent juste le respect des différences
collectives, ce qui bien sûr est difficilement
assimilable au racisme, au racialisme ou à une
théorie de supériorité d’une ethnie par rapport
à une autre.
Cependant il met en évidence la concurrence
ethnique par le retrait des peuples sur
eux-mêmes et le communautarisme laissant
présager à court ou long terme une situation
conflictuelle par recherche de pureté des
racines ou d’extermination ethnique dans cette
même optique (ce que Alain Soral, proche de
Dieudonné et du FN veut faire en mettant les
bases d’un « conflit racial » importé tout droit
des nazis américains ». (auteur inconnu – SCALP
87)
II – Le négationnisme est de retour
La tactique est de comment démolir à la fois une
mémoire et une histoire. Elle s’articule en
niant des faits, et en perpétrant de faux
documents historiques, et en faisant des
victimes du nazisme un mythe. L’on commence à
expliquer que la division Das Reich en France
n’a pas été si sanguinaire dans sa fuite en
avant vers le front de Normandie en mai et juin
1944. Puis, l’on participe à la grande œuvre
mensongère consistant à contester l’existence
des chambres à gaz.
Le négationnisme permet ainsi de relativiser des
crimes et des pratiques d’éliminations massives.
L’on cherche ainsi à renverser les échelles des
valeurs, par exemple faire d’un néo-nazi la
victime d’un système et surtout minorer
l’importance des crimes commis par les fascismes
en Europe pendant la seconde guerre mondiale.
Refleurissent de vieilles idées, et des
individus, dont il est difficile de comprendre
les liens, et ce qui rassemble objectivement ce
petit monde obscur, à part de nourrir des peurs
infondées et produire du complot imaginaire.
Ces trente dernières années l’extrême
droite a repris de la vigueur dans toute
l’Europe et elle est aujourd’hui présente dans
de nombreuses assemblées. Elle a su adapter ses
théorisations aux temps présents, notamment ce
qui a trait avec ses conceptions racistes (pour
exemple : immigration égale chômage). Dans leur
ensemble et historiquement les extrêmes droites
ont toujours organisé un type de pensée, ou
l’étranger, ou les groupes minoritaires étaient
la cause ou à la source des problèmes
économiques et sociaux et la raison du déclin de
la société occidentale.
S’il n’est plus vraiment possible de décliner
une supériorité de « race », le travail
entrepris par la Nouvelle Droite a été de le
penser sous l’angle de l’ethno-différencialisme,
c’est-à-dire un monde organisé sur le mode des
identités régionales nationales voire
continentales. Nous sommes néanmoins loin d’une
conception universelle de ce qui nous entoure.
Avec des conceptions comme l’essentialisme ou la
différenciation culturelle ou « ethnique », il
est plus facile d’éviter les mots qui fâchent.
L’objet n’est pas d’en montrer la nature
profonde, la stratégie étant de brouiller les
cartes et de gagner des galons de notabilités.
Si possible faire oublier les horreurs du
nazisme ou en inversant les rôles, et finasser
sur la question des lobbys, ou du « sionisme »
qui pervertirait les élites.
Différencialisme ou racialisme, au final, il
s’agit toujours de contester une égalité au sein
du genre humain. Par exemple l’excision, la
polygamie, c’est normal si cela se passe en
Afrique, mais pas de ça chez nous… Ce n’est pas
parce que c’est une norme ailleurs que pour
autant on doit l’accepter et se replier sur de
pseudo valeurs culturelles, voire génétiques.
Penser l’universel c’est pouvoir se projeter
au-delà des différences, dans l’échange et ce
mouvement est naturel du moment où il s’exprime
sans référence à un ordre racial ou
culturaliste. L’égalité et la citoyenneté de
tous est à ce prix.
III – L’antisémitisme, un racisme
spécifique
Il est difficile face au simplisme et aux
raccourcis de pouvoir exprimer une complexité.
Ce que l’on nomme antisémitisme (ou judéophobie)
est le résultat d’une réalité spécifique
participant d’un racisme particulier. Il
n’existe pas une seule forme de racisme et dans
ce cas comment échapper à une hiérarchisation
entre l’acte criminel et ce qui relève du
jugement de valeur. L’histoire apprend à mettre
à distance les faits, et à regarder celle des
antisémitismes sur notre continent avec
attention.
Nouvel ou ancien, l’antisémite appartient à
cette folie de nier une partie de notre
humanité, de son histoire et il vise à meurtrir
l’humain dans ses convictions profondes. Nous
sommes face à une approche malsaine où le
ressentiment, la jalousie, la haine de soi et
surtout des autres, et autres manifestations de
rejet sont canalisées sur un groupe humain.
C’est en quoi l’antisémitisme est un racisme
mortifère. Que l’on remonte aux débuts de
l’Inquisition en Espagne, des bûchers jusqu’aux
fours crématoires, l’élimination physique est
justifiée, bibles ou lois nazies en main.
Que dire à ce sujet de la France et de son
histoire. Un mélange étrange entre ce qui a pu
être fait de mieux et le rôle d’un pays d’où
naquit au XIX° et XX° siècle des théorisations
racialistes de gauche, puis de droite. Il reste
encore l’idée ancrée dans ce pays qu’être juif
serait de l’ordre d’une séparation en « race »
du genre humain. Ce qui n’empêcha pas dans
l’imaginaire de l’immigration juive russe,
polonaise de croire en cette maxime : « Être
heureux comme un juif en France » ou « Comme
dieu en France ». Ces paraboles représentaient
pour des populations ghettoïser l’espoir de
trouver un pays d’accueil où l’on pouvait
exercer sa religion sans être persécuté, et même
devenir un citoyen sans distinction d’origine et
à part entière.
La Révolution de 1789 ouvrit l’acquisition d’un
droit plein à la citoyenneté pour les juifs de
France. Ce fut un progrès du droit et le
résultat d’une participation pleine et entière à
la vie de la cité. L’abolition de fait de toute
forme discriminante était chose rare en ces
temps sur le sol européen en faveur des
populations juives. Il a fallu néanmoins plus de
15 siècles pour en arriver à une liberté et
égalité réelle en France. Jusqu’à ce que les
nazis en Allemagne engendrent la solution finale
en 1941, et engagent jusqu’aux dernières heures
de la guerre l’acheminement par train des
populations juives et tziganes de toute
l’Europe.
En France, sans qu’on lui en fasse la demande le
régime Pétain se subordonne et il met en œuvre
un statut particulier débouchant sur une loi
anti-juive (celle du 18 octobre 1940). Une des
lois les plus strictes en Europe nazifiée, et
allant au-delà des critères établis en Allemagne
nazie sur le lignage, ou jusqu’où pouvait
remonter une ascendance « juive ».
Les camps d’exterminations à eux seuls suffisent
à expliquer en quoi l’antisémitisme est un
racisme propre. La nature de ce racisme à de
nombreuses origines historiques, très
signifiantes concernant son caractère meurtrier
ou criminel. Tout racisme n’engendre pas
obligatoirement des violences, il se limite
souvent à des préconçus et à un ordre moral sans
toutefois débouché sur une violence criminelle
systématique.
IV – Pétition pour un néo-nazi et
passerelles inquiétantes
Il serait près d’un millier à avoir depuis août
2010 signé une pétition en faveur de la
libération d’un certain Vincent Reynouard
(national-socialiste) et pour l’abrogation de la
loi Gayssot (1). L’on retrouve pêle-mêle des
personnalités venant des franges de
l’ultra-droite et d’autre part se réclamant de
la gauche progressiste ou radicale. Cet appel ne
touche pas seulement la France, il concerne des
signataires plus largement du monde de la
francophonie : Belgique, Canada, Suisse.
Un mélange des genres que l’on peut qualifier de
rarissime, mais qui aujourd’hui a pris forme et
interpelle. Si lutter contre le fascisme a
encore un sens ? Que se passe-t-il, peut-on
aborder un revirement de la gauche vers des
individus et des thèses plus que sujette à
caution ? On peut, ne rien saisir de cet
épiphénomène, si l’on ne cherche pas derrière
les promoteurs de cette pétition, les raisons
d’une telle fausse nécessité ? Il semblerait que
la loi Gayssot porte atteinte à la veuve et à
l’orphelin, ou n’est-ce pas pour marquer une
fois de plus le terrain d’une propagande fer de
lance d’un nouvel antisémitisme ?
Trois mois après son lancement, au sein de cette
pétition, l’on peut souligner la défection de
Monseigneur Gaillot et de Yann Moix. Ce dernier
se voyait au côté de Robert Badinter. Ce que lui
aurait soutenu Pierre Eric Blanrue, l’un des
parrains de cette initiative, ce qui aurait été
une tromperie et la raison du retrait de sa
signature. Au final, il reste des personnages
plutôt fades à l’exemple de Robert Ménard,
ancien président de Reporter Sans Frontières.
Cela prouve à quel point cet homme a les idées
larges, après s’être affiché des années durant
aux côtés des néo-conservateurs étasuniens. Nous
retrouvons surtout au lancement de cette
pétition deux hommes, l’un belge et
scientifique, et un français, historien et
auteur récemment d’un livre sur Sarkozy et les
juifs, que l’on le retrouve au sein d’un livre
dirigé par le belge Michel Collon, « Israël,
parlons-en » paru quelques mois après.
Un des deux co-signataires, Jean Bricmont est un
scientifique belge, il écrit régulièrement dans
ce que l’on nomme sur Internet de manière un peu
abusive la presse alternative (2). Il n’est pas
très connu du grand public, mais il trouve une
certaine audience auprès d’un public dit
altermondialiste, du moins au sein des cercles
les plus en faveur des groupes armés du Hamas et
du Hezbollah. Il s’est fait connaître par
l’intermédiaire de documentaires, dont les
auteurs sont très proches de la mouvance de
Dieudonné M’Balla M’Balla : les productions CLAP
36. Un des deux co-réalisateurs, Sergio Condemi
était candidat sur les listes antisionistes pour
les Européennes de juin 2009.
Jean Bricmont est ce que l’on pourrait appeler
un intellectuel belge engagé en faveur de la
cause palestinienne et ses propos sont plus que
virulents contre le sionisme. Ses thèses ont
régulièrement des relents inquisiteurs. Elles
sont au regard de la situation du conflit
plus que caricaturales et ses prises de
positions assez grossières. Nous avons là tout
ce que le mélange de la science et de la
politique peut produire de mauvais en raccourci
et travestissement de la pensée. Si Bricmont est
de gauche, il en a perdu l’usage et certains
fondements éthiques, et ne peut voir qu’un
complot « anarcho-sioniste » derrière certains
écrits dénonçant ses travers. Il est l’inventeur
de ce concept absurde de « dé-sioniser » les
esprits, l’on devine ainsi l’emprise que peut
avoir le sionisme sur nos consciences faibles…
Si l’on dressait une perspective avec de tels
arguments, il y aurait de grandes chances de
voir fleurir des écoles de rééducation pour
venir nous soulager de ce mal, heureusement le
ridicule de la chose suffit à lui seul.
Notre second parrain de l’appel est un certain
Paul Eric Blanrue, historien et collaborateur
irrégulier à la revue Historia. Si l’on s’en
tient à certaines biographies existantes sur le
web, l’on découvre une adhésion au PFNE (ancien
groupuscule néo-nazi), quelques participations à
une feuille de choux monarchiste lorraine, mais
Blanrue précise qu’il a pris depuis quelques
années sa carte au PCF. On pourrait l’assimiler
à un Alain de Benoist, dans sa volonté de
brouiller les cartes, c’est-à-dire éviter de
trop mettre en avant un passé clairement
fasciste.
P.E. Blanrue est l’une des pièces importantes
d’une stratégie visant à casser ce que l’on
appel les repères gauche-droite. Il ne cache pas
dans un entretien donné en 2010 aux productions
Clap 36 son ambition. Il met sur le même plan la
seconde guerre mondiale, et le conflit
israélo-palestinien… Et pense ouvertement que
comme du temps de la résistance, il faut
réaliser une large alliance allant de l’extrême
gauche à l’extrême droite. On ne peut être plus
clair, en mentionnant toutefois que nous sommes
plus en 1940-1945, et qu’il est bien loin d’être
une figure titulaire du parti des « 75 milles
fusillés ».
L’on retrouve aussi comme pétitionnaire
l’ineffable Alain Soral, se réclamant « marxiste
», mais ayant appartenu aux instances du Front
National. Sexiste reconvertit à l’antisionisme,
il est comme son compère Dieudonné un pur
produit médiatique. Il n’y a pas en soit à se
poser de questions quant à leurs attaches
récentes à des cercles extrêmes droitiers,
chacun peut constater que ces deux personnes
n’en sont pas à leurs premières équivoques. Le
doute ne peut avoir lieu concernant des prises
de paroles et écrits que l’on retrouve à
profusion sur la toile. Ils cherchent à imposer
une approche raciste par l’« antisionisme ».
Avec l’appui de la Syrie et de l’Iran, nos
phares de la pensée participent à des campagnes
de désinformations et illustrent par le soutien
qu’ils accordent à Vincent Reynouard, un
basculement idéologique qui n’a rien de comique.
Le dernier signataire et qu’il vaut mieux traité
en dernier est Noam Chomsky. Que vient-il faire
dans cette galère ? que penser de cet
intellectuel étasunien de renom international
souhaitant imposer un point de vue au nom de la
liberté d’expression, du moins la sienne et vue
du Massachusetts ? N’est-il pas dans cette
affaire le moins à même à porter un jugement
critique ? Il ne connaît rien au problème des
négationnistes, il le dit ou le fait écrire. Il
a passé ces dernières années à s’expliquer de
son raté d’écriture en prenant en 1980 sa plume
pour soutenir Robert Faurisson à la demande de
son ami négationniste Serge Thion.
Certes Noam Chomsky s’est expliqué maintes fois
sur le sujet, mais ne pourrait-il pas lui aussi
faire un examen critique ? C’est-à-dire qu’il
s’administre à lui-même ce qu’il développe par
ailleurs sur une certaine vision impériale du
monde. A moins, qu’il ne partage le point
de vue de tous les signataires, et pense que
Vincent Reynouard est une victime, quand il est
l’auteur de plusieurs délits concernant des
falsifications historiques et une appartenance à
ce que l’extrême droite à de plus radical, et
contraire aux principes et lois de nombreux
européens. Si Chomsky sait, le monde entier doit
évidemment en faire de même pourrait-on penser.
On ne traite pas un sujet à la lueur du
particularisme étasunien, et l’on peut avoir une
position contraire, et pensé que l’incarcération
de Vincent Reynouard est un acte de justice
légitime et que la loi Gayssot est loin d’être
une loi liberticide.
V – Les temps sont-ils « rouges-bruns » ?
L’objet de ce texte n’est pas de mener une
enquête sur ce que l’on désigne sous le
phénomène « rouge-brun », et sa variante verte
pour l’islamisme. Cette terminologie ne recoupe
pas grand-chose, plus exactement il s’agit d’une
réalité relativement marginale. Néanmoins, il ne
faut pas prendre le ou les phénomènes à la
légère, et rien n’empêche d’observer, d’analyser
les problèmes posés, et qui sait de se préserver
de certaines situations toxiques. Sans oublier
que nous traversons une crise profonde des
systèmes financiers et du capitalisme en
général. Dans un tel désordre économique et
social, comment ne pas se soucier de tels
basculements intellectuels et idéologiques ?
Il est manifeste que l’on trouve des
convergences ici ou là, soit quelques poignées
d’individus qui ont perdu leurs ancrages à
gauche et vivant pour certains dans une quête au
vedettariat. Il s’agit de quelques tristes
sires, pour certains médiatiques surfant sur la
vague putride de la négation et du racisme le
plus excluant qui soit. Ils disposent de
publications et de relais sympathisants, et leur
arme favorite est la dénonciation d’individus,
de groupes sociaux ou religieux par la
propagation de théories fumeuses.
Les deux groupes notamment en cause ont choisi
de rejoindre les franges les plus radicales du
fascisme hexagonal. Il y a d’une part, les
militants au sein de Riposte Laïque et le trio
antisioniste Dieudonné, Soral et Meyssan. Ces
derniers tentent sous une apparence de gauche et
de surcroît anticolonialiste, de faire croire
qu’ils sont acteurs de la lutte contre le
système capitaliste… Dans les deux cas
c’est une rhétorique à deux sous et la question
est de savoir, s’il y a lieu de leur faire de la
publicité, ou d’informer sur l’essentiel ?
Ces dernières années, à la question des «
rouges-bruns » est venu se surajouter la
composante verte, c’est-à-dire islamiste. La
présence répétée du théologien Tarik Ramadan
lors de rencontres avec certains groupes de
l’altermondialisme, et même comme invité du
Forum Social Européen à Paris en 2004 a soulevé
des interrogations et des indignations. Ses
liens avec les fondamentalistes, son double
discours faussement universaliste ne doit pas
faire oublier qu’en sa personne s’exprime la
composante des frères musulmans en Europe, un
courant égyptien islamiste dès plus radical.
Si Tarik Ramadan arrive à se faire passer ici
pour un progressiste. Quand il s’agit de la
lapidation dans le monde musulman, il ne
condamne rien, et demande mollement un
moratoire. Nous trouvons là un discours
essentialiste qui s’adapte aux lieux et aux
auditoires. Cela n’a rien de très universel que
de vouloir découper le genre humain en tranches,
et en fonction de certaines spécificités
religieuses. Néanmoins dans le cas précis de
Ramadan rien ne permet de le rattacher à des
mouvances extrêmes droitières, il faudrait dans
son cas parler d’un phénomène « rouge-vert »,
qui n’a rien de très écologique… mais d’un goût
très immodéré pour l’opium du peuple et du
souverainisme, quitte à soutenir des
théocraties.
La seule véritable jonction que l’on a pu
observer s’est produite au début des années 2000
chez les Verts. Aussi étonnant soit-il, c’est
par l’organisation écologiste que des
rapprochements vont se faire, non seulement avec
des courants islamistes, mais aussi franchement
révisionnistes. Ce petit monde sera rapidement
exclu des instances nationales et locales des
Verts (2001). On retrouvera plus tard cette
composante « verte-brune » sur la liste
Antisioniste de Dieudonné et d’Alain Soral lors
des élections européennes de 2009 en région Ile
de France.
Il faut avoir à l’esprit que durant les années
1990 nous allons connaître, non seulement la
1ère guerre du Golfe, mais surtout des guerres
sur le continent qui vont opposer dans les
Balkans le réveil de certaines nationalités en
réaction au régime serbe post-communiste de
Milosevic. C’est dans ce bourbier politique et
suite à l’écroulement du mur de Berlin que des
militants d’un communisme très conservateur vont
tout simplement refuser ou s’opposer aux
changements en cours et se réfugier dans une
approche ultra-nationaliste et en faveur d’une
grande Serbie au sein des franges les plus
conservatrices des partis communistes. Si l’on
peut identifier la composante rouge, néanmoins
minoritaire, c’est dans le déni de l’écroulement
du système soviétique qu’il a pris terreau et
dans un repli sur la nation.
Afin d’être au plus près de la vérité, il
n’existe pas d’alliances globales qui iraient de
la gauche communiste à l’extrême droite.
Cependant de tout temps et rarement à des
époques anodines, des hommes, des femmes peuvent
changer de camp, et passer du jour au lendemain
de l’autre côté de la barricade… Et le mouvement
peut se faire dans les deux sens de l’échiquier
politique. Mais le problème n’est pas là et nous
nous éloignons du sujet de fond.
Pourquoi en 2011 sommes-nous toujours et encore
à répondre aux mêmes questions sur la question
du racisme et de l’antisémitisme ? On ne peut
négliger ces questions, tant elles font encore
débat et laissent place, à beaucoup d’ignorance
et à de nombreuses dérives. Qu’ils puissent
exister de nos jours des convergences «
rouges-brunes », elles méritent que l’on
s’interroge. Il n’y a rien d’anodin à ce que des
petites chapelles à l’origine de gauche puissent
mener bataille commune avec l’ultra-droite,
c’est assez révélateur d’un climat malsain et
pouvant porter à confusion.
Ce qui peut nous préoccuper avec le phénomène «
rouge-brun » en 2011, c’est en fait le passage
récent de quelques groupes et individualités se
réclamant de la gauche du côté des droites
extrêmes. Ce n’est pas un mouvement de foule,
mais cela n’est pas totalement sans conséquences
sur le débat public et en particulier ce que
nous pouvons lire sur Internet, via des médias
de basse propagande se réclamant alternatifs,
pour comble du cynisme.
De plus, rien ne dit que ce mouvement ne prenne
pas plus d’ampleur, ou du moins que la portée
négative de leur discours ne finisse pas par
devenir monnaie courante. Ce mouvement
souterrain est le fait au plus de nos deux
galaxies partisanes, où s’agitent d’un côté des
militants racistes anti-arabes ou musulmans, et
de l’autre des antisémites sous couvert
d’antisionisme. Ils trouvent un écho qui va bien
au-delà de ce qu’ils représentent sur les
autoroutes de l’information, et se mélangent de
plus aux composantes « complotistes » existantes
et très présentes sur la toile.
VI – Un air de déjà vu…
Ce n’est pas la première fois que des individus
marginaux en petit nombre et venant de la gauche
passent ainsi armes et bagages chez l’ennemi de
classe. Il faut remonter aux années 1970 pour
trouver un équivalent avec la librairie « de la
vieille taupe ». L’histoire de quelques
activistes gauchistes qui rejoindront les
théories qu’un certain Pierre Guillaume
rédigera. Ce même personnage publiera en 1979 un
ouvrage niant l’existence des camps
d’extermination dans une revue dont le nom
faisait référence à l’ancienne libraire (fermée
en 1972).
L’on trouve ou découvre dans le même sillage et
les mêmes années le futur pape du négationnisme
français. Robert Faurisson n’est pas historien
de formation et s’attaque tout comme Pierre
Guillaume à l’époque à un sujet peu abordé dans
les médias ou les travaux historiques,
l’extermination des juifs en Europe de 1941 à
1945, ou ce que l’on appelle la solution
finale. En janvier 1979, Faurisson rédige
une lettre qu’il adresse au journal Le
Monde : « Le Problème des chambres à gaz, ou la
rumeur d’Auschwitz »
Dans la même veine, en 1978, Darquier de
Pellepoix, ancien commissaire des Affaires
Juives sous Vichy déclara tout de go depuis son
exil chez Franco, que les chambres à gaz étaient
pour éliminer des poux : « Je vais vous dire,
moi, ce qui s’est exactement passé à Auschwitz.
On a gazé. Oui, c’est vrai. Mais on a gazé les
poux. » (déclaration faite à un journaliste de
l’Express). A l’époque, la polémique fut
importante, mais les tenants de ce type de
thèses restèrent marginaux et sans réelles
prises sur la société. Il existait quelques
groupuscules néo-nazis formels et informels tout
au plus, dont la FANE, qui fut dissoute par
décret en Conseil des Ministres en 1980. Les
déclarations de Darquier de Pellepoix ouvriront
un débat au sein de la société française sur
l’opportunité à laisser de tels propos et de
telles thèses circulées librement.
Ce qui ne fut à l’origine qu’un phénomène très
parisien a finalement perduré jusqu’à
aujourd’hui en la personne de Robert Faurisson.
On peut considérer que ses outrances, ses
mensonges ont pris depuis quelques années
une certaine ampleur, sans non plus croire à sa
massification. La raison est simple,
l’apparition d’Internet a facilité la
circulation de textes « révisionnistes » qui
jusqu’à là circulaient dans un monde assez
restreint.
Le petit monde « rouge-brun » a pu ainsi
s’élargir et surtout prendre forme et grossir
sur le dos du conflit israélo-palestinien et les
attentats contre les tours jumelles du World
Trade Center, du 11 septembre 2001. De plus le
phénomène « révisionniste » n’est plus seulement
parisien, il trouve un écho en Belgique, en
Suisse et au Canada. Là ou le français à ses
sources, nous avons notre petit lot de
conspirateur en puissance qui veille pour nous.
Le pape du conspirationnisme, Thierry Meyssan
est un personnage énigmatique. Journaliste et
écrivain et co-fondateur du réseau de presse
Voltaire, il est celui par qui circule ces
dernières années, les théories les plus
machiavéliques ou paranoïaques C’est un
excellent propagandiste, et le caméléon du trio
qu’il compose avec Alain Soral et Dieudonné. Si
l’on s’en tient à sa biographie sur wikipedia,
quel étrange personnage. Son parcours personnel
et politique à tous les accents d’un
opportunisme hors norme, ou l’art de s’adapter
en toute circonstance. C’est un des personnages
clefs et central d’une histoire qui a bien des
allures de roman d’espion ou voulues pour
telles, ou ce à quoi peut ressembler de loin ou
de près des intérêts diplomatiques à l’échelle
de notre monde. Un mélange des genres qui
donnent un peu le vertige.
Comment à partir des années 1990 cet homme a pu
passer des Radicaux de Gauche, puis dans les
années 2000 servir de « sherpa » à Chirac, puis
devenir un commissionnaire de la Syrie et de
l’Iran ? Le tout en se faisant passé pour un
altermondialiste bon teint et à la tête d’une
agence de presse alternative reconnue jusqu’en
Amérique Latine et dans les pays Arabes. On peut
avoir du mal à comprendre comment en plus il
entretient de très bon rapport avec des
néo-staliniens et certains groupes de
l’ultra-droite. Le ciment de cette affaire est
le nationalisme et de comment depuis la fin de
l’Union Soviétique notre monde a évolué, et à ce
jeu de la girouette en géopolitique Thierry
Meyssan est un habile personnage. Il vit
actuellement au Liban.
Meyssan use et s’ajuste aux discours ambiants,
que l’on trouve en abondance sur internet et
relayer par différentes composantes
nationalistes rouges et brunes. Il est
suffisamment habile pour que ses informations
soient en partie vraies, pour que rentre en
compte l’art du travestissement. Si 50% du
discours peut avoir une cohérence, même des
fondements, le reste est un pur travail de
manipulation. Il faut saluer l’artiste, s’il
doit vendre tel régime du tiers-monde peu enclin
aux libertés publiques, il vous vendra
l’oppression exercée par les Etats-Unis, et de
la nécessité d’appuyer sur une stratégie
souverainiste ou multipolaire. Dans ce cas, il
devient possible d’être l’allié de gens qui vont
de l’extrême gauche à l’extrême droite, comme il
l’assure dans le cadre d’un entretien qu’il a
donné en 2009 à son ami Alain Soral. L’on
retrouve avec Paul Eric Blanrue la même idée
d’une convergence contre l’ennemi étasunien et
sioniste, et de fait la même déclinaison dans
toute cette architecture conspirationniste.
C’est un peu comme à la foire à la ferraille, le
monde de la conspiration, à chacun sa petite
paranoïa en bandoulière. Tout ce qui nous est
caché est suspect, parce que les médias ne
disent pas tout, comme si les médias avaient
quelque chose à nous raconter… C’est en soit une
réinvention du café du commerce à l’échelle
planétaire. C’est cocasse, parfois drolatique,
mais au final nous trouvons une récupération
politique qui elle n’a rien de dôle et pouvons
finir par nager dans le sordide de la négation
et du racisme. Et le premier vecteur de
malveillance s’organise dans la transmission
d’informations erronées et de faire croire à un
travail scientifique ou journalistique, quand il
s’agit tout simplement de faux ou des objets de
propagandes.
Le « conspirationnisme » a sérieusement envahi
la toile et les délires sont nombreux. Il est
difficile d’en relater toutes les dimensions de
ces objets paranoïaques. Chacun peut y trouver
ce qu’il veut, de la soucoupe volante à la fin
du monde en 2012, en passant par liens entre
l’affaire Dutroux et les réunions de Bildeberg,
on peut se construire son petit complot à soi et
ouvrir son blog sur le mode de « on nous cache
quelque chose ». Entre les médias conventionnels
ou dominants et nos apprentis sorciers, il
devient difficile de faire le tri du
vraisemblable, et la source à laquelle il est
possible de se fier.
Ces groupes malintentionnés nuisent à la
circulation d’une information fiable. On peut
partir d’un élément tout simple à saisir, nous
vivons une régression intellectuelle et sociale
profonde, plus prosaïquement une mutation, dont
il est difficile d’en relater les vrais
contours. Et avec l’outil de communication
qu’est Internet, cela ne peut que favoriser des
théories relevant d’une entreprise de
manipulation mentale.
Le but n’est pas de démentir tous le lot des
inepties, la vérité est ailleurs. Du moins si
l’on pouvait s’épargner le pathologique de la
chose, et la vacuité de certains articulets
haineux, très propices à l’insinuation, à la
dénonciation et à l’insulte. La décennie 2010
aura fait naître des prises de conscience, mais
aussi un retour inquiétant de l’irrationnel dans
le débat public.
L’entrée dans ce nouveau siècle est rude, les
perspectives affolantes. Et, toute personne un
peu lucide est en mesure de comprendre que c’est
toute une partie du savoir qui est entrain de
s’écrouler sous nos yeux, car soumise à
l’immédiat. Mais l’enjeu reste néanmoins à
transmettre des petites parts de vérité ou plus
modestement tenter de comprendre. Ne pas tomber
dans la parodie et chercher à en expliquer les
causes.
Il est difficile de nier la naissance de
nouveaux racismes, voire ostracismes à l’égard
de minorités religieuses ou culturelles.
L’antisémitisme et le racisme et ses différentes
coutures connaissent un regain inquiétant. Ils
trouvent une amplification, dans un univers du
tout consommable. Donc nous sommes un peu de
l’incapacité de porter une contradiction face à
des problèmes de fond. Comment combattre ce qui
n’a pas lien avec la raison ? Et qui se nourrit
dans la haine de l’autre comme d’une banalité.
Il n’y a rien de banal et il faut chercher à
comprendre comment au final se conditionne
l’information sur la toile. Comment il n’est pas
si compliqué de mettre en ligne de fausses
théories, si l’on peut vraiment utiliser le
terme de théorie. Le sulfureux est triomphant,
l’info qui aguiche est victorieuse, le but est
d’attirer une masse de lecteurs perméables, et
dans ce dédale à quel auteur se fier ou pas ?
VII – A qui profite le crime ?
Ces dernières années, le Front National a
entrepris une opération de séduction en
direction des électeurs de gauche. Le dernier
livre de Marine Le Pen « à contre flots » a de
quoi mettre en éveil, et en premier lieu se
demander pourquoi ce titre ? Peut-être vous
n’avez jamais lu ou entendu parler du livre ou
d’une édition de Lénine sous le titre « à contre
courant », cela en dit long sur la nouvelle
stratégie du Front National et d’une partie de
l’extrême droite. Quand Marine Le Pen dit que le
FN, n’est ni de droite, ni de gauche, elle
participe à la confusion des esprits. Et il n’y
a pas de hasard à entendre un discours
anti-système, quand ils sont fondamentalement
porteurs et agents de ce système.
Il faut pouvoir se replonger ces trente
dernières années pour comprendre certaines
mutations des droites extrêmes. En 1974,
Jean-Marie Le Pen fait moins de 1% des voix aux
élections présidentielles. Son travail va
consister à rassembler autour de lui, toutes les
familles politiques allant grossièrement des
royalistes aux pétainistes, en passant par les
intégristes, les paganistes et les anciens de
l’Algérie et de l’Indochine française. Il faut
préciser qu’en France l’extrême droite a de très
fortes identités politiques et qu’il est
difficile d’en préciser tous les courants, tant
ils furent nombreux et disparates, à l’exemple
des défilés du FN chaque année, le 8 Mai à
Paris.
C’est à la même époque que vont se créer des
passerelles entre la droite et l’extrême droite
(Club de l’Horloge, le GRECE) permettant ainsi
de recycler de jeunes cadres de la droite la
plus ultra vers une droite respectable, que l’on
retrouvera notamment au sein de l’ancienne UDF
de Valéry Giscard d’Estaing. Ce qui est
probablement le plus fondamental, il est
entrepris un travail de réflexion. Il va devenir
le fonds théorique de ce que l’on appelle la
Nouvelle Droite. Nous trouvons au centre de ces
thèses, un de ses théoriciens en la personne
d’Alain de Benoist (responsable de la revue
Krisis).
Il faut attendre l’arrivée de la gauche au
pouvoir dans les années 1980, pour que le FN
remporte ses premiers succès électoraux,
notamment pour son leader dès 1983 aux élections
municipales, dans le vingtième arrondissement de
Paris. JM Le Pen atteint près de 10 pour cent
des voix, et c’est en 1985 aux élections
européennes que la première douche froide
commence avec un résultat à l’échelle nationale
d’environ 9%.
Des résultats comparables n’avaient pas existé
depuis les années 1950 et ce que l’on appela le
poujadisme. Depuis le FN s’est enraciné dans le
paysage politique français, et même si en 2007
il a subi de sérieux revers, il reste
indéniablement présent et actif. Et le passage
de la couronne du père à la fille, ne doit pas
nous faire oublier la menace d’un fascisme
cocardier.
De Benoist est un intellectuel que l’on peut
qualifier de brillant, mais quoi que l’on
veuille, il est une des figures emblématiques
des droites extrêmes. Depuis longtemps, il n’a
pas hésité à établir des contacts auprès
d’intellectuels de gauche, et feindre de ne pas
vêtir les vieux habits des fascistes français.
Pourtant quand on connaît ce que peut être
l’essentialisme comme vecteur idéologique entre
Alain de Benoist et Marine Le Pen, il y a à
craindre d’une perception que l’on se forge
uniquement si l’on regarde notre monde d’après
un ordre raciste et culturaliste. Et surtout,
cela ne remet en rien une lecture politique
différente des réalités et une opposition entre
ce qu’est la gauche ou la droite. Les questions
sociales et économiques sont normalement au
centre des analyses à gauche, et certainement
pas en des référents raciaux, voire ethniques.
VIII – Au nom de la liberté
d’expression peut-on tout dire?
Cette question n’est pas anodine et l’on
souhaiterait pouvoir y répondre par un oui.
Certains n’hésitent pas à citer à ce sujet
Voltaire : « Je désapprouve ce que vous dites,
mais je défendrai à la mort votre droit à le
dire ». Pourtant, ce qui semblerait être une
évidence ne l’est pas. La question est de savoir
si l’on peut tout dire, tout écrire et justement
ce n’est pas le cas.
L’idée d’une liberté d’expression totale est
souvent une réflexion philosophique, voire utile
à l’expression artistique, mais, on en oublie le
plus souvent la question du droit. Une société
démocratique s’appui sur des règles civiles, et
pour que la liberté d’expression soit
respectueuse de l’expression du plus grand
nombre, elle doit par le droit définir la
liberté commune et si besoin est y mettre des
interdits.
Une société sans interdits n’a jamais existé et
n’a aucune raison de voir le jour, pire, elle
serait tout sauf un état de droit. Si certains
pays en Europe ont choisi d’avoir en matière de
racisme, ou d’antisémitisme des législations
rigoureuses. Cela n’est pas le fait du hasard.
Le continent européen a connu une histoire
douloureuse, et quoi que certaines expressions
veuillent, certaines idées nuisent aux débats
publics en propageant des idées de haine et de
violence.
Nous sommes dans un contexte spécifique et
difficile, ou il faut parler d’une banalisation
des propos et idées racistes, et le premier des
relais trouve place au sein des autoroutes de
l’information. À l’origine lancé par le
gouvernement, le fameux débat sur l’identité
française a permis la levée de certains tabous
et que se répande notamment sur la toile des
propos affichant clairement une haine des
musulmans et des juifs de France, et d’ailleurs.
Le dernier fait en date, ou des ministres, un
président de la République, des médias finissent
par amalgamer les populations nomades de souche
française (ou gens du voyage) aux Roumains
d’origine Rom, parachève le caractère
discriminatoire, qu’il y a à désigner à la
vindicte de faux coupables, qui dans l’imagerie
nationale renvoie « aux voleurs de poule » et
autres phantasmes.
Le pouvoir s’attaquant à un des groupes les plus
discriminés en Europe ne fait que réveiller les
haines souterraines de nos compatriotes. La
manœuvre n’a que pour but de glaner quelques
voix ou militants zélés. Certes, nous sommes
loin de ce qui se passa dans les années 1930.
Mais sur le fond et à force de désigner un
groupe ou de tenter de les opposer on permet que
s’expriment ouvertement des opinions plus que
condamnables. Et nous ne sommes pas en reste sur
la gauche de l’échiquier, quand certains maires
socialistes trouvent pour seul remède
d’expulser, sans comprendre les racines de
l’exclusion des populations Rom de l’Est
européen.
Il serait peut-être temps de poser l’ensemble
des problèmes et de se poser la question de la
présence en France de groupes dits minoritaires
et de comment à gauche comme à droite, l’on
trouve des raccourcis plus que surprenant. Ils
s’expriment en général sur le mode de la
généralité, la désignation d’un groupe où tout
serait homogène. Il faut pour cela faire
attention au langage. Un musulman serait ceci,
un juif cela, mais on se pose rarement la
question de tous les individus dans cette masse,
de leurs droits en tant que citoyens.
Quoi que l’on fasse, l’individu n’est pas
uniforme et sans pour cela faire appel à des
marges. Car chaque individu qui compose une
minorité n’est pas obligatoirement appelé à
ressembler aux clichés, aux stéréotypes
courants, du moins il se conjugue parfaitement à
l’idée que nous nous pouvons nous faire d’une
République « une et indivisible ». Qu’ils se
nomment Farid, Luc, ou David ou Yasmina, Jeanne,
ou Salomé, ce petit monde vit dans un même et
seul pays, et ils se ressemblent pour beaucoup.
Les maniaques qui sont à la recherche de
différences culturelles se mettent le doigt dans
l’œil.
La jeunesse française est bien plus homogène
qu’on ne le croit. L’identité est quelque chose
de très complexe et d’intime, les réalités font
que les choix de modes de vie sont dans
l’ensemble plus basés sur des critères
personnels que collectifs. Nous souffrons
surtout des conséquences d’un individualisme qui
met en compétition les individus entre eux. Une
femme ou un homme ne peut pas se construire sans
repère collectif, sans lois communes. Sinon ça
n’a qu’un seul nom et cela s’appelle la
barbarie.
Il y a plutôt à se poser la question, pourquoi
des minorités politiques pour certaines
groupusculaires tentent d’imposer un regard
souvent erroné de notre société. Pourquoi ils
ont tout intérêt à appuyer là ou ça fait mal ?
D’en rajouter pour que la machine à fabriquer du
spectacle les porte au-devant de la scène.
IX – La question de l’antisémitisme à gauche
?
En dehors du travail récent de l’historien de
gauche Michel Dreyfus (3), il faut reconnaître
que le sujet été peu abordé ou mal compris. Le
but n’est pas de crier au loup et lancer
l’anathème sur l’ensemble de la gauche
française, voire européenne. Il y a en ce
domaine à se méfier aussi des généralités. Et,
justement pour ne pas tomber dans ce piège, il
faut pouvoir en comprendre les causes et les
origines de l’antisémitisme à gauche.
La référence première en général se situe avec
l’affaire Dreyfus, mais les racines de
l’antisémitisme à gauche sont bien plus
anciennes au sein de mouvement ouvrier, et ont
perduré via certains groupuscules. L’objet n’est
pas de chercher dans notre histoire passée des
faits et les comparer avec ceux d’aujourd’hui.
Il faut écarter donc tout parallèle historique,
mais constater de nouvelles formes ou courants
politiques au sein de la gauche renouant avec
cette tradition : le socialisme des imbéciles.
Marx a connut de son vivant des attaques très
claires sur ses origines, notamment de la part
de Bakounine. Paradoxe pour Marx, il a connu
tout au long de sa vie quelques campagnes
infamantes, pour un homme qui se réclamait
athée, dont le père avait choisi de se convertir
au protestantisme. Il se voyait ramené via la
figure religieuse à celui du « juif culturel »
ou imaginaire, et le renvoyait à une mélasse
identitaire qui ne le concernait pas. Si l’on
cherche à comprendre à quoi peut ressembler un
juif culturel, c’est tout simplement le visage
de tout à chacun ramené à ses origines, et qui
dans certaines circonstances historiques est
amené à prendre conscience qu’il est « juif » au
regard des autres.
Il existe un antisémitisme meurtrier connu sous
sa forme la plus virulente, qui est lié à
l’histoire des extrêmes droites et des fascismes
en Europe, et qui a conduit au plus grave crime
contre l’Humanité du vingtième siècle,
c’est-à-dire la Shoah. Mais n’objecte t-on pas
un peu trop facilement l’existence d’un
antisémitisme de l’autre bord de l’échiquier
politique. Il y a comme une évidence, pourquoi
dans ce cas ne pas prendre le problème à bras le
corps et l’aborder de face ?
L’antisémitisme en France et à gauche n’a pas eu
de fait un caractère criminel, mais il est
relativement présent et ancré par l’idée du juif
lié à l’argent et aux pouvoirs. Avec le conflit
israélo-palestinien, il existe plus que des
malentendus pour ne pas dire de gros malaises.
Et ils ont commencé dès 2003 dans les
manifestations contre la guerre en Irak.
Que l’on condamne les exactions du gouvernement
israélien, rien de plus normal. L’état d’Israël
est à l’égal de toutes les nations de ce bas
monde. Ses politiques sont non seulement
critiquables, mais condamnables. Mais quelles
sont les raisons qui poussent certains à ne
regarder que partiellement la vérité, à chercher
un bouc émissaire tout désigné ? C’est dans ce
type de situation que nous pouvons nous
interroger sur l’antisémitisme à gauche, tout
comme nous devons le faire pour toute forme
racisme.
Doit-on faire silence quand il y a un mélange
des genres et quelques passerelles, entre des
groupuscules gauchistes ou néo-staliniens et
néo-fascistes et intégristes religieux ? Ces
ensembles groupusculaires se rejoignent le plus
généralement autour de la cause palestinienne,
et appellent ni plus ni moins à la destruction
de l’Etat d’Israël, et lâchent à tour de bras
leurs haines des « sionistes ». Il y a de quoi
tout de même être troublé quand ils propagent
des informations outrancières et malveillantes.
Certes, ils ne représentent pas grand-chose,
mais ils polluent le débat public, notamment
celui qui a lieu dans l’espace francophone.
Le but de ce texte n’est pas d’orienter vers un
de ces sites pour lesquels aucune publicité ne
vaut et surtout gratuite. Il n’est pas la peine
d’en faire de faux martyres d’une cause
détournée. De plus, les médias alternatifs
rigoureux ne sont pas légions depuis le 11
septembre 2001. Le récit d’un sionisme à
l’origine de tous les maux de notre société et
du complot maçonnique à chaque coin de rue a
pris une dimension inquiétante. On a vu aussi
fleurir une presse dite de gauche, ou laïque, de
lourds accents nationalistes et affichant un
rejet manifeste des musulmans, et n’hésitant pas
à fustiger ceux qui pensent autrement, au lieu
de déconstruire des modes de pensée à
rebroussent chemin et en lien avec les temps
présents.
Il y a un moment, ou il importe de casser la
chaîne et de tenir à distance les agités du
moment. Il existe à gauche un discours malsain,
qui vise à tout réduire. Et il se trouve aussi
bien au sein du Parti Socialiste qu’aux
extrêmes. Le mirage selon lequel la gauche
serait de nature anti-raciste n’a jamais été
chose gagnée. Quand ce n’est pas l’antisémite
bon teint qui s’exprime, sous couvert de
non-dits et de sous-entendus. Il est aussi de
bon ton de stigmatiser. Trop de noirs ou
d'arabes et ordre donné de filmer les « blancos
» (cibles en espganol) pour masquer les failles
de la mixité. (Correction 2015 - Ndr).
Le racisme trouve ainsi de nouveaux canaux, de
nouvelles oppositions à mettre en scène. Le
racisme est un mal universel, tout comme sa
déclinaison antisémite. Cela repose le plus
souvent sur une méconnaissance des réalités, et
de ce qui fait notre réel. Le racisme se
construit sur des fantasmagories qui attribuent
à tels ou tels groupes des différences, une
manière de se comporter ou de penser. Comme si
un comportement, qui plus est individuel pouvait
être comparable à une masse que l’on voudrait
uniforme, et qui ne l’est pas et dans aucun lieu
du monde.
X – La France dans son ensemble n’est
pas raciste
Tous nous avons un libre-arbitre et notre propre
mode de pensée et d’analyse. La France dans son
ensemble n’est pas raciste, mais à gauche il
reste du chemin à parcourir pour dépasser ce qui
devrait être une chimère. Que peut-on construire
de solide, et sur un mode altère et sans limiter
chaque femme ou homme à son plus commun
dénominateur.
Au nom de la liberté d’expression, il faudrait
permettre que se répandent toutes les idées, il
y a à ce sujet plus qu’un doute. Si la loi ne
vient pas justement ouvrir des droits à
l’expression de tous, au nom de cette liberté,
il ne peut autoriser ce qui est contraire à la
Loi. Si le racisme tout comme l’antisémitisme ne
trouvait pas des lois pour les condamner, il y
aurait fort à craindre des relents nauséabonds
courants et violents.
Qu’un ministre qui est plus est de l’intérieur
soit en instance pour un procès pour une dérive
raciste est symptomatique d’un malaise. Ou le
bouc émissaire – qu’il soit musulman, noir,
juif, ou tzigane a toujours quelque chose à se
reprocher, car non conformes. Nous sommes face à
quelque chose qui est de l’ordre de
l’instinctuel, ce n’est pas l’homme qui parle,
c’est l’ignorant qui s’exprime. Il ne vise qu’à
opposer le genre humain, à nous faire croire que
Joseph, Mohamed, ou Elise n’appartiennent pas
vraiment à un ensemble social et républicain
commun, qu’il soit d’ici ou né ailleurs.
Nous avons connu ces derniers temps des redites
en matière de dérapage de mots, pour exprimer ce
qu’au fond pensent une masse d’individus
lambdas. Par temps d’augmentation de la pauvreté
et qui plus est la progression d’un
sous-prolétariat, il existe un terreau fertile
pour opposer les classes laborieuses entre
elles. Et quand on ne dispose pas d’arguments
solides, on se replie sur un identitaire clos au
lieu d’en dénoncer les malentendus.
Quand on veut réveiller l’instinct contre la
raison, on récolte rarement une pensée la plus
raisonnable qui soit. Il reste dans ce cas à
faire de la pédagogie, à être vigilant sur les
racismes, les intégrismes et éviter d’agir au
côté de gens qui n’en ont rien à faire de la
complexité humaine. S’il existe un bel
enseignement de la Révolution française, c’est
de ne pas distinguer un homme en raison de son
origine et quelle qu’elle soit, mais d’en faire
un citoyen à part égal.
Français et étrangers en France sont liés à un
pacte commun qui s’appelle la citoyenneté. Quand
nous devrions aller dans ce sens,
malheureusement certaines forces poussent à
culturaliser un discours politique qui n’a pas
lieu d’être. Il faut apprendre à bien distinguer
les peuples de leurs gouvernants et leurs
coutumes propres. Et, ne pas chercher un ennemi
pulsionnel, surtout ne pas se faire avoir par
certains non-dits ou doubles discours. Un
citoyen c’est une personne en éveille et qui
utilise la critique comme un outil d’analyse et
non comme une fin en soit.
XI – Internet et l’information face au
racisme
Il en va de comprendre comment fonctionne notre
société de l’information. Dans cette bouillie
informelle que représente aujourd’hui
l’Internet, nous prenons de plein fouet une
certaine rareté de l’information. Au plus court,
on peut s’interroger sur comment ces mêmes
informations sont véhiculées. Pourquoi elles se
ressemblent, comment se fait-il qu’un outil si
prédisposé à mettre en ligne de la littérature
soit en ce domaine d’une si grande pauvreté. Il
faut faire court, vendeur, en clair racoler le
lecteur par des unes vides de sens. La peur, ou
ce qui se joue de nos peurs rapporte aux grands
groupes de presse, ou du moins elle exerce sur
tout à chacun une prise.
Un besoin obsédant de se servir du fait
d’actualité comme s’il s’agissait d’un fait
quasi biblique… Il n’en est rien, l’actualité
illustre au combien elle brouille nos esprits,
car au préalable il est pensé et décidé ce qui
est bon ou mauvais pour le lecteur, pire encore
pour l’objet télévisuel. De plus, il faut que
l’info soit courte et que l’on capte l’attention
plus que la réflexion, et si possible vendre des
encarts publicitaires.
Cette logique financière nous orientant vers un
type d’opinion n’est pas le fait d’un
consentement, mais d’une ignorance partielle des
citoyens sur la concentration de l’information
en très peu de mains. Et notamment sur le peu de
prise en compte de savoirs scientifiques, et ce
qui est existant à travers les si mal-aimées et
peu comprises sciences humaines.
Le racisme part de cette idée, qu’il y aurait au
sein du genre humain « des races ». « Races »
que l’on subordonne en général à la couleur de
peau, mais qui ont surtout à voir avec la
pigmentation de notre peau (la mélanine) et rien
d’autre. La race est un critère pseudo
biologique qui a pour but de faire d’un groupe
un groupe homogène sur le plan de ressemblances
physiques et culturelles.
Sauf que d’un point de vue biologique, il n’en
est rien, la race intervient plutôt comme un
processus d’appauvrissement des gènes. À
l’exemple de ce qui est fait avec les animaux
domestiques depuis quelques milliers d’années,
et dans le cas de l’espèce humaine en de très
rares circonstances ou quand elle est soumise à
une très forte consanguinité et sur de longues
générations, et sur un groupe réduit
d’individus. La race s’apparente plus à une
dégénérescence biologique qu’à un facteur de
culture et d’ouverture.
En soit le racisme est une peur de l’autre et
dans certains cas une haine inconsciente de soi.
L’imaginaire ainsi construit des récits qui ont
pour but de sécuriser, de donner des limites à
son entendement, de croire que l’on est
différent, quand les différences sont d’une
autre nature.
On ne diffère pas par couleur de peau et encore
moins par la religion ou la culture, on y
attribue de fausses valeurs qui ont pour
objectif de maintenir des frontières, des états,
des polices et des armées qui dans l’ensemble se
moquent bien de leurs concitoyens. Le vrai
danger se trouve dans l’intolérance, ce besoin
d’attiser les haines et à des fins politiques et
quel que soit le groupe minoritaire visé. C’est
en abordant de manière saine la question du
racisme et de l’antisémitisme que l’on peut en
faire un sujet hors des amalgames, des
particularités, des raccourcis de la pensée.
XII – La loi Gayssot n’est pas liberticide
Vincent Reynouard est un triste personnage, il
ne mérite pas une attention particulière,
pourtant il est l’objet d’un soutien assez
appuyé chez quelques croisés de la liberté
d’expression. Mais qui est donc ce Monsieur
Reynouard, si ce n’est qu’un négationniste, qui
ne cache pas ses penchants pour le
national-socialisme. Un personnage fade, en
recherche de publicité et trouvant un appui
allant au-delà de l’extrême droite
traditionnelle.
Ce qui peut étonner, c’est pourquoi la loi
Gayssot pose-t-elle problèmes à des (pseudo)
protecteurs de nos libertés, pourquoi cette loi
spécifique est-elle l’objet d’une attaque
particulière, et pouvant fédérer des individus
de tous les bords ? Car derrière la
demande de libération du militant extrême
droitier, l’objet est de faire abroger cette
loi, dont le seul but est de nous protéger de
certaines dérives idéologiques.
Pour rappel, la loi Gayssot condamne au nom de
la loi française no 90-615 du 13 juillet 1990,
toute idée « tendant à réprimer tout propos
raciste, antisémite ou xénophobe ». En raison,
des articles de cette même loi (notamment en
matière de presse) tout appel ou publication à
la négation de l’extermination des Juifs durant
la seconde guerre mondiale relève des tribunaux.
Il s’agit d’un délit passible de fortes amendes
ainsi que d’emprisonnement.
On ne peut pas dire que cette loi a été
particulièrement répressive, car depuis son
entrée en vigueur, elle n’a concerné en matière
d’incarcération que quelques quidams à l’exemple
de Roger Garaudy et encore à titre de récidive,
tout comme son alter-égo Vincent Reynouard. Le
plus souvent la loi Gayssot a été l’objet de
peines légères, le plus souvent d’amendes, mais
rien ne pouvant ressembler à un vent de
répression sur la liberté d’expression.
Il semble que ce ne soit pas l’avis de Noam
Chomsky (linguiste et professeur à l’université
du IMC du Massachussets). Ce dernier a signé une
pétition début septembre demandant à la fois
l’abrogation de la loi Gayssot, ainsi que la
libération du révisionniste Reynouard au nom de
la liberté d’expression.
« J’apprends que Vincent Reynouard a
été condamné, et mis en prison au nom de la loi
Gayssot et qu’une pétition circule pour
protester contre ces mesures (…) Je ne connais
rien à propos de M. Reynouard, mais je considère
la loi Gayssot comme complètement illégitime et
en contradiction avec les principes d’une
société libre tels qu’ils ont été compris depuis
les Lumières (…) Cette loi a pour effet
d’accorder à l’État le droit de déterminer la
vérité historique et de punir ceux qui
s’écartent de ses décrets, ce qui est un
principe qui nous rappelle les jours les plus
sombres du stalinisme et du nazisme ».
Noam Chomsky n’en est pas à son premier
imbroglio, il s’était retrouvé rédacteur au
début des années 1980 d’une préface d’un livre
du bien connu révisionniste Robert Faurisson par
le biais de son ami Serge Thion, connu lui aussi
pour son adhésion aux thèses négationnistes et
qui fut exclu du CNRS (Centre National de la
Recherche Scientifique) pour ces mêmes raisons.
Chomsky avait à l’époque contesté les faits,
cette fois il signe et contresigne : « je
souhaite exprimer mon soutien à la pétition
contre l’application de cette loi (la loi
Gayssot) dans le cas de Monsieur Reynouard
ou dans tout autre cas ».
Ce débat n’a rien de nouveau. Il avait de son
temps posé quelques problèmes. Pierre Vidal
Naquet avait tenté d’y répondre en 1981 dans un
texte qui mérite d’être lu (4). Le problème
n’est pas d’accusé Chomsky d’antisémitisme, mais
de lui demander de ne pas penser comme un
citoyen des Etats-Unis, mais plus au regard du
vieux continent européen et de ses lois.
Connaît-il les décisions de la Cour Européenne
des Droits de l’Homme concernant le
négationnisme ? Roger Garaudy s’était plaint à
la Cour de sa condamnation pénale par un
tribunal français pour négationnisme. Il invoqua
l’art. 10 de la charte européenne, liberté
d’expression. La Cour rejeta sa demande, en
voici son résumé :
« Quant aux condamnations de M. Garaudy pour
contestation de crimes contre l’humanité, la
Cour se réfère à l’article 17 (interdiction de
l’abus de droit), qui a pour but d’empêcher les
individus de tirer de la Convention un droit
leur permettant de se livrer à une activité ou
d’accomplir un acte visant à la destruction des
droits et libertés reconnus dans la Convention.
Ainsi, personne ne peut se prévaloir de la
Convention pour se livrer à des actes contraires
à ses dispositions.
Après avoir analysé l’ouvrage litigieux, la Cour
considère, comme les juridictions nationales
l’ont démontré, que le requérant a fait siennes
les thèses négationnistes et a remis en cause
systématiquement les crimes contre l’humanité
commis par les nazis envers la communauté juive.
Or, selon la Cour, il ne fait aucun doute que
contester la réalité de faits historiques
clairement établis, tels que l’Holocauste, ne
relève pas d’un travail de recherche historique
s’apparentant à une quête de la vérité. Une
telle démarche a en fait pour objectif de
réhabiliter le régime national-socialiste, et,
par voie de conséquence, d’accuser de
falsification de l’histoire les victimes
elles-mêmes.
La contestation de crimes contre l’humanité
apparaît donc comme l’une des formes les plus
aiguës de diffamation raciale envers les juifs
et d’incitation à la haine à leur égard. La
négation ou la révision de faits historiques de
ce type remettent en cause les valeurs qui
fondent la lutte contre le racisme et
l’antisémitisme et sont de nature à troubler
gravement l’ordre public. De tels actes sont
incompatibles avec la démocratie et les droits
de l’homme, et leurs auteurs visent
incontestablement des objectifs du type de ceux
prohibés par l’article 17 de la Convention.
La Cour considère que l’ouvrage du requérant
ayant, dans son ensemble, un caractère
négationniste marqué, il va à l’encontre des
valeurs fondamentales de la Convention, à savoir
la justice et la paix. Elle conclut que le
requérant tente de détourner l’article 10 de la
Convention de sa vocation en utilisant son droit
à la liberté d’expression à des fins contraires
à la Convention. Par conséquent, la Cour estime
que le requérant ne peut se prévaloir des
dispositions de l’article 10, et déclare son
grief incompatible avec la Convention. » (arrêt
Garaudy de 2003).
XIII – Les mondes virtuels et vases
communicantes
Comment ne pas traitentr ce sujet, s’il n’était
pas en fait, l’auteur, du moins le conducteur de
ce texte. Tout a commencé par une recherche des
liens entre blogues et sites que l’on trouve sur
le web : de la prolifération et de l’extension
d’un même discours ou du moins homogène d’un
espace à l’autre, et un goût immodéré de la
vérité révélée. Suite à un rapport du MRAP sur
la prose extrême droitière en 2010 à la
connaissance de tous, l’on découvrait, une
multitude et des mélanges de genres équivoques.
Un socle commun s’en dégageait en la défense de
valeurs soit anti-juives ou anti-musulmanes. Peu
de place à une analyse équilibrée, le bouc
émissaire de nos maux est toujours au centre du
discours raciste.
C’est en cet ordre du monde, à bien des égards
magiques, que des hommes et des femmes nous
trompent sur leurs intentions, mais pas sur la
nature de leurs écrits. On peut s’interroger de
même de comment certaines luttes politiques se
fédèrent dans la haine. Il se serait à l’exemple
de la littérature de faire une liste, de la
mettre à la vue du public. La pratique de la
délation, de la stigmatisation des différences
est un mal particulier. Et nous devons faire
face à des pratiques qui n’avaient pas vu le
jour depuis vraiment les années 1930, mais qui
refleurissent sans que cela ne dérange bon
nombre d’esprits. Au passage, il incombe de
dé-diaboliser le FN et ses chefs, comme si
l’extrême droite d’aujourd’hui n’avait aucun
lien avec la circulation d’opinions fascistes.
Ce qui est étrange c’est comment des personnes
qui avaient été amener à combattre le FN en sont
venus à passer avec armes et bagages avec leurs
ennemis d’hier. Les fortes préoccupations que
portent les questions de la paix dans le monde
ont porté toute une génération après 1914-1918 à
choisir le camp pacifiste. C’est ainsi que
d’anciens socialistes et communistes choisissent
plutôt la collaboration que la guerre, vingt ans
après. Il n’existe pas de liens de génération ou
de redite historique, mais une approche assez
enfantine ou instinctuel de l’ennemi, et souvent
à contrario de ce que peut supposer se battre
pour la paix.
Internet est un médium démocratique qui permet
l’expression de tout et son contraire.
L’objectif n’est pas de censurer, d’interdire,
il est surtout de rappeler que le racisme est un
délit. Que ce délit n’est pas sans conséquence,
et il peut avoir des accents morbides. Faire le
tour de ce petit monde brunâtre comporte le
risque de belle nausée, et de quoi se méfier de
ces journalistes qui se proclament indépendants
quand ils sont le réceptacle ou une courroie de
transmission de courants d’opinions.
De l’objet virtuel, l’on en oublierait que cet
outil est relativement récent, mais il est venu
bousculer la bonne vieille imprimerie de
Gutenberg. Il importe peu de savoir si cela est
utile ou pas, c’est un outil complémentaire au
livre, à la feuille de papier et qui recouvre
toutes les questions de l’image et du son. Un
bel outil de propagande ou il est permis à tout
à chacun de délivrer un avis passager, ceci ne
permettant pas d’en faire d’abord un outil
pédagogique et de transmissions des savoirs. La
question du racisme et de l’antisémitisme va
au-delà de l’indignation, s’y concentre bon
nombre de nos maux. Raison de plus de ne pas
abdiquer devant un ordre de choses, pour penser
une complétude humaine contre Vents et marées…
Notes :
(1) Le Monde, le blog des droites extrêmes.
(2) Article 11 Le Grand soir : analyse des
dérives droitières d’un site alter : Cliquez
ici !
(3) « L’antisémitisme à gauche » de Michel
Dreyfus – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à
nos jours.
(4) Texte de Pierre Vidal Naquet : Cliquez
ici !
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