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Sommaire du premier volet :
1 - Guerre  Franco-Prussienne de 1870-1871 : la défaite oubliée
2 - La correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice (du 17 juillet au 4 septembre 1870)
3 - Le 4 septembre 1870, Proclamation de la République?
4 - Le Premier siège de Paris, la guerre au fil des jours : septembre

Histoires de Paris et d'ailleurs
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La défaite oubliée
Lionel Mesnard, le 27 juillet 2020
Enfin, à ne voir dans ce livre qu'un hommage rendu à Paris, je ne suis pas disposée à le regretter. Même après son insurrection, après les fautes qu'il a commises, après les crimes commis en son nom, j'ai conservé mon admiration pour l'héroïsme que Paris a déployé pendant le siège. Les désordres extraordinaires qui ont suivi ne sont pas un fait isolé dans l'histoire des grands sièges et des grandes catastrophes. Le devoir des historiens est de chercher, de trouver l'explication de ce phénomène, lorsque les esprits seront calmés. En attendant, si les événements que je raconte servent, dès à présent, à faire mieux comprendre ceux que je ne raconte pas, mon plus cher désir sera réalisé.

                Juliette Lambert, Golfe-Juan, le 15 janvier 1873.

Le Siège de Paris,
chez Michel Lévy frères
, extrait de la préface

Le 8 mai 1870 un plébiscite était organisé par Napoléon III, il rassembla en sa faveur plus de 7 millions de voix, les suffrages pour le non et l'abstention recueillaient un peu plus de trois millions des votes exprimés. La question était : « Le peuple approuve (t-il) les réformes libérales opérées par l'Empereur avec le concours des grands corps de l'État, et ratifie le senatus-consulte du 20 avril 1870 ». L’année précédente, il s’était tenu des élections législatives sur les bases du suffrage universel masculin avec 4 millions de voix pour les bonapartistes et 3 millions pour l’opposition, le rapport de force avait penché pour une coalition libérale, et minorisait les tenants d'un bonapartisme autoritaire. Ce qui avait favorisé la nomination d’Emile Ollivier du « Tiers parti », comme chef du gouvernement, qui constitua un cabinet, nouvelle vitrine des libéralités bonapartistes des dernièrs mois de l’Empire. A l'origine de réformes diverses, en matière de presse pour exemple, ou bien la demande du départ du baron Haussmann de la préfécture parisienne en janvier, ce changement de cap resta toutefois timoré.

Et il y eut le vote des crédits militaires du 15 juillet 1870, dans un pays pas vraiment prêt à rentrer dans un conflit, et qui ne pouvait envisager une telle déflagration. Depuis sa phase dite libérale, M. Badinguet, surnom moqueur et populaire de l’empereur, Napoléon III avait assoupli les règles autoritaristes de son régime, mais pas pour autant la surveillance et la condamnation de ses opposants rouges vifs, à l’exemple des républicains socialistes et révolutionnaires, le plus souvent dans la clandestinité, ou étaient en prison, sinon frappés d’amendes. Du moins des procès qui fixèrent l'attention comme celui du journaliste Charles Delescluze et celui d'Henri Rochefort pour ses articles incendiaires, qui trouvèrent pour avocat un certain Léon Gambetta, fils d'épiciers italiens installés à Cahors, qui fit aussi son entrée à la chambre des députés.

Il est impossible de parler de gauche et de droite, comme au cours du XXe siècle, le positionnement dans l’hémicycle du palais Bourbon toujours sur le même principe était composé de notabilités, et aboutissait à des assemblées dont le spectre politique n’était pas constitué d’élus d’un progressisme virulent sous le second empire, hors des très rares exceptions, représentatifs des parcours politiques incertains et notoriétés du moment. Pour se concilier avec ses adversaires, le régime bonapartiste aimait à les acheter. 

Elu lui aussi en 1869, Henri Rochefort de Luçay, personnage fantasque, controversé, communard et futur boulangiste est à ce titre difficilement classable, il est l’une des grandes gueules de l’époque. Un publiciste qui sût faire sa publicité par presse interposée, comme bien d’autres. Les termes « gauche et droite » employés à cette étape du XIXe siècle comme les mots « modérés et radicaux » sont à prendre avec des pincettes, bien qu'ils prennent un éclairage particulier ces dernières années, avec ce qui a les accents d'une décomposition profonde des repères politiques du vingtième siècle. Si l’action violente est le parachèvement d'une idée de la radicalité, il y a en ce domaine à lever tout doute, il ne fut pas le fait des premiers et rares « marxistes » présents, mais plutôt un différend avec les blanquistes sur les méthodes employées, et
le résultat de discordances importantes sur la nature de l'action politique, entre autres la participation aux élections.

Le fameux prisme d’une Commune sanguinaire, destructrice des biens nationaux, a été un leurre de la réalité vécue, et à la limite ridicule tant l’argument matraqué n’a pas eu vraiment de fondement autre que quatre ou cinq incendies notables dans la capitale. Comme par enchantement les destructions prussiennes n’ont pas vraiment trouvé les mêmes accents ou échos dénonciateurs, quid des villes meurtries…?

Le cas de Strasbourg et de son siège aura été un véritable sacrifice, une opération de destruction massive de la ville, et la cathédrale un des objectifs de ce qui fut un champ de ruines.
Le reste et l'essentiel des incendies ont été des faits de guerre, les conséquences de la fin du second siège de l'armée de Versailles à un niveau moindre, et la puissance de feu n’avait pas été vraiment du côté des barricades défensives du petit peuple de Paris. Après le blitzkrieg du chancelier Bismarck et du futur empereur Guillaume, l’honneur national a eu des tournures dès plus incongrues, pour les bâtisses parisiennes une foultitude d’articles, albums de photos, des livres ou chapitres consacrés à cet aspect mineur des choses, mais sur la France mise à genoux devant les exigences Prussiennes, que de discrétion. Il n'est donc pas évident d'en dresser la nature du ressentiment.

Le centralisme historique parisien, ajouté à une propagande réactionnaire et conservatrice ont été capable d’en faire oublier les répercutions désastreuses et nationales. Les encerclements d’abord dans l’Est, puis avec les manoeuvres sur Paris, à partir de la Loire et la région centre, n’ont pas été une affaire de tout repos pour les régions touchées : 75.000 morts, rien que pour les batailles de l’Est, sans compter les prisonniers de guerre par dizaine de milliers. Et la nature des destructions furent sans rapport avec un conflit d’une semaine et limité comme territoire à quelques arrondissements, et avec des gens si mal outillé pour répondre à un assaut de professionnels ou d’engagés. Qu’il y ait eu des incendiaires communards, ce fut une forme très forte de désespoir, limité à quelques cas, mais pas une action concertée au-delà d'une réaction groupusculaire. La question était surtout que faire face à un rouleau compresseur et hautement répressif, quelle attitude tenir dans une telle désolation, et dans un bain d'informations contradictoires, le tout dans une ville connue pour ses soulèvements?

Il n’a pas été cherché à mettre en arrière plan le conflit armé, mais l’objet n’est pas d’en décrire tous les aspects militaires ou stratégiques des très nombreux champs de bataille. Ce fut une opération conduite de main de maître par Otto von Bismarck, à la fois politiquement et militairement avec des vues datant du printemps européen de 1848. Son objet a été d’unifier les pays Allemands. D’abord par des annexions sur le plan intérieur et de se jouer des orgueilleux dirigeants Français qui foncèrent tête baissée dans le piège mené habillement début juillet 1870. Piqué au vif, Napoléon III tombait dans la souricière, commettre erreurs sur erreurs, jusqu’à ce que lui-même fasse marche arrière dans l’assaut final, qu’il escomptait… Il était trop tard, la brèche devenait une déferlante militaire, un repli plus à l'ouest n'était plus envisageable.

Caricature ci-dessus
du chancelier Otto v. Bismarck

Depuis septembre 1868, il y avait eu vacance du pouvoir en Espagne, la dernière souveraine Isabelle II avait abdiqué suite à un renversement, qui ouvrit la porte à une régence chaotique. Fin juin 1870, Guillaume 1er proposait au prince Léopold Hohenzollern, le trône espagnol, Napoléon III allait s’y opposer, devenir ainsi la source originelle ou perceptible du conflit. L’idée d’envisager les voisins hispaniques sous contrôle germanique et d’avoir deux frontières avec un potentiel menaçant sur deux fronts, ce dernier ne l’accepta pas. Du début juillet jusqu’à l’enclenchement des hostilités divers contacts et objets de presse envenimèrent la situation, dont une erreur de traduction voulue, qui alluma un fort mécontentement en France.

La dépêche d'Ems, ci-dessous :


Le 14 juillet, l’on manifestait à Paris au cri de « Tous à Berlin !, tous à Berlin ! », le lendemain était voté les crédits militaires à la chambre. Quatre jours après, le 19, s’engageait la déclaration de guerre contre la Prusse. L’ambassadeur Français aurait été insulté, du moins la fausse humiliation
de M. Vincent Benedetti dans la ville d’eau d’Ems servit de prétexte à l’enclenchement du conflit, qui prit presque fin le 28 janvier 1871 avec un début d'armistice, et marqua la terminaison du premier siège de Paris de 4 mois et demi. Les termes maladroits d'"adjudant de service" fut une erreur de traduction volontaire du chancellier Bismarck, qui mit le feu aux poudres.

Les armées mobilisées étaient constituées principalement de professionnels du côté Français, Napoléon III se lançait dans un engagement incertain, tout en croyant à la supériorité de ses forces, les troupes françaises un vade-mecum (aide mémoire) en poche pour demander en langue allemande la route de Berlin... ou de quoi se nourrir. L’armée française se trouva pour moitié numériquement inférieure avec 280.000 soldats. Ses gloires passées (Magenta, Solférino, la Crimée),
se déroulèrent dans des bains de sang des victoires accomplies - sauf celle notoire du Mexique - et ne se passèrent qu’en des théâtres éloignés, notamment coloniaux ou hors des frontières hexagonales. Rien ne présumait d’une guerre si frontale, pour ne pas dire totale ! L’état-major prussien s’était préparé à une victoire présumée plus rapide. La chute de l’empereur aurait dû signifier la fin des hostilités. S’il n’y avait pas eu la réaction de ces incorrigibles Parisiens et son ancrage républicain. Dès le 2 septembre, Bismarck envisageait déjà de pouvoir se reposer sur ses lauriers.

Quant à la garde nationale mobilisée au 16 juillet, celle-ci ne comporta que trois circonscriptions militaires (le Nord, l’Est et de la Seine), et sur des missions mal engagées de défense interne et de police, puis divers décrets élargirent le périmètre jusqu’à son intégration presque complète : « les bataillons mobiles de la garde nationale pouvaient être admis » à l’armée d’active, il ne le furent qu’à partir du 29 août. S'y joignirent par la suite, ou les mois suivants 600.000 volontaires, à un rythme d'environ 5.000 par jour selon Charles de Freycinnet, rédacteur d'un livre : La Guerre en province pendant le siège de Paris, où il se vante de ses exploits dans la mobilisation comme second de Gambetta au sein de la délégation hors de Paris à Tours, puis à Bordeaux. Et dont la "réussite" n'a pas été vraiment éclatante, car les trois corps d'armée concernés vont tous échouer, dont l'aventure rocambolesque du général Bourbaki. 

Garde national en tenue, ci-contre


Le 28 juillet, une lettre patente de Napoléon III promulgua et désigna l’impératrice comme régente de l'Empire. Jusqu’au 4 septembre allait se dérouler le dernier mois du régime avec une dernière loi sur le notariat, ultime décision du second empire.
La guerre entre la France et la Prusse et ses alliés a été une nouvelle étape notable dans la stratégie militaire, un des premiers affrontements où la puissance de feu allait bouleverser les schémas habituels du siècle. La faille de l'empereur français, qui bien qu'artilleur de formation, il en oublia la question de la puisance des canons. Ce qui avait représenté un face à face armé sur des distances limitées, où l’on pouvait observer à distance les manœuvres. Les officiers supérieurs participaient des offensives aux côtés des troupes, tout s’opérait jusqu'alors depuis les champs de bataille. Cette tactique ou pratique éculée allait être rapidement mise en cause par l'état major allemand, au mois d'août Guillaume 1er ayant été sous le coup d'un bombardement avec son état-major, ils changèrent au profit d'un nouveau stratagème.

L’apparition des nouvelles technologies bouleversèrent les règles ou codes en usage. Naissait sur le sol européen, après la guerre civile aux Etats-Unis, la guerre moderne, les conséquences se firent sentir rapidement, ce fut un ravage. Les troupes en confrontation se virent pilonnés sans pouvoir avoir prise sur les combats, sans vis-à-vis avec l’ennemi, autre que la fureur destructrice et mortelle de ses tirs. De nombreux officiers, généraux, colonels, etc., périrent, et décima ainsi une partie de l’armée françaises de ses cadres.

Plus l’immobilisation des troupes capturées, la ville de Metz en prise avec le maréchal Bazaine, qui crut son heure venir, garda sous la main 170.000 hommes qui ne servirent qu’à des caprices d'ambition et restèrent statiques ou inopérants. La région parisienne attaquée sur deux fronts, l’une à l’Est depuis la Champagne, l’autre depuis le centre du pays (voir la carte ci-dessous), le rouleau compresseur
envahissait un bon tiers de la France, avec près de 1 million de soldats de l’alliance militaire de Bismarck sur le territoire. Malgré la mobilisation des gardes nationales des plus valeureuses, mais qui n’étaient pas du tout prêtes à répondre à un tel scénario d’occupation. Les couplets sur 1792 et sur l’armée de l’an II, les considérations républicaines de circonstance ne pouvaient coller avec la réalité, sauf à galvaniser les foules, et laisser les intrigants se déployer en interne. 


Il y a de quoi comprendre, que tout a été fait pour oublier une série de défaites cumulées du mois d’août à la fin du mois de janvier, les rares victoires remportées ont fait exceptions, dont au moins une de Garibaldi et des francs-tireurs durant quarante-huit heures au Bourget, dans ce qui a été un carnage. La place forte de Belfort fut une des rares enceintes militaires au fil des mois à ne pas avoir été prise et marqua la fin définitive des combats, seulement le 16 février 1871, en se rendant à l'occupant.

L’élément le plus singulier a été le siège de Bitche en Moselle (1), autre place forte avec Belfort (deux héritages de Vauban), qui ne soit pas tombée dans l’escarcelle prussienne dans le Grand Est. Les erreurs ont été plus que patentes, le terme de débandade générale y correspond le mieux après le camouflet final de Sedan, pour ce qui a été la réaction et les capacités de répondre à cette offenssive de l’état-major bonapartiste non dissous. Puis du Gouvernement de Défense Nationale du général Trochu, tous aussi empêtrés à chercher une issue impossible face aux renoncements, retournements de casaque, refus d'aller au combat dans un premier temps, puis des échaffaudages de sorties qui tournèrent au fiasco. Plus son lot de traîtrises diverses et variées, qui provoquèrent de sérieux malaises ou des doutes dans la population et pas seulement parisienne.

Il faut aussi souligner que le nombre de tués et blessés, donc invalides de guerre, qui au bout de sept mois ont laissé au champ dit de l’honneur, soit environ 300.000 morts, pour les deux camps. Et il a été estimé à plus de 550.000 décès le chiffre de la surmortalité sur une année, rien que pour la France, ce qui a été considérable et pas qu'en relation avec les combats, mais au sein de la population civile pour diverses fragiltés sanitaires et sociales. Il faut y rajouter les blessés, plus un grand nombre de civils et militaires décédés des suites de leurs blessures.
Une incidence évidente sur le taux de natalité, et la mise entre parenthèse de l’Alsace, et d’une partie de la Lorraine (2) jusqu'en 1918, la liste des conséquences ne faisait que commencer, dans un paysage politique dès plus confus.

Ce qui donna lieu à l’édification de nombreux monuments à la mémoire des soldats disparus un peu partout en France, et parfois même deux monuments des deux pays se trouvèrent au sein d’un même cimetière. Le lieu des stèles le plus souvent,
de ce conflit oublié et moins visibles que les statuaires de la Grande guerre de 1914. C’est aussi une des raisons, de l’oubli de ces affrontements, bien que la préfiguration de la première guerre mondiale, les stèles moins visibles illustrent cette relégation mémorielle.

Nous n'aborderons pas toutes les questions techniques et militaires sur le fond, il existe à ce sujet sur internet de quoi lire pour les amateurs d'uniformes et de reconstitutions, simplement pour résumer que l’artillerie mobile qui se déploya avait une longue distance de tir, et provoqua au sein des cavaleries, troupes en déroutes, son lot de cadavres inutiles. Les moyens de transmissions du côté allemand avaient été centralisés loin du front, de même le train participa de cette histoire sinistre. Un vrai bond technologique et de l’effet de la thermodynamique (la vapeur) sur l'industrie lourde, plus l’apparition des ballons engageaient un tournant, où « l’héroïsme » d’avant perdait de sa signification héritée des batailles de Napoléon 1er, surtout de sa force passée en sa capacité à dominer l’ennemi, de le vaincre de front. (regardez l'extrait du documentaire à la fin de l'article)
 
Ce qui déconcerta les troupes d’occupation résida en l’apparition des francs-tireurs, une forme de résistance interne, on peut même parler de guérilla, dont Gambetta en vanta les mérites et chercha à les encadrer dans son dispositif. Certains l’entendirent ainsi en raison de leurs expériences américaines. Mais ces combattants n’ont pas connu l’écoute, des bourgeoisies parisiennes, même teintée de républicanisme, celles-ci étaient trop occupées à sauver les meubles, qu'à chanter les louanges de la vieille révolution, sinon se faire peur avec le spectre de 1793. Notamment, très loin de saisir les raisons des colères du petit peuple des grandes villes, ou des bassins miniers comme le Creusot (ou Creuzot), propriété de la famille Schneider dans le Limousin, qui avait fait grève en janvier 1869.

ci-contre photo d'un franc-tireur


L’histoire de la guerre de 1870-1871 est dès plus dense, l’objectif n’est pas de tout traiter, les sources historiographiques et la presse d’opinion ne manquent pas. Il a fallu faire des choix, favoriser certains apports plus que d’autres. Cinq documents ont servi de colonne vertébrale et ont été retenus principalement : La Patrie en danger d'Auguste Blanqui (1871)Paris livré de Gustave Flourens (1871) ; des extraits de nombreux articles
des rédacteurs du journal Le Rappel  pour la période abordée ; plus des éléments de la correspondance entre Hugo père et Paul Meurice, rédacteur en chef du Rappel ; ainsi que les Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et Discours de Gambetta de Joseph Reinach (1886). Pour les quatre premiers apports cités, il s’agit au passage de deux types de sensibilités politiques, de leurs relations et présences lors du premier siège de la capitale, l’une révolutionnaire qualifiée de blanquiste, l’autre républicaine et sociale dans le sillage de Victor Hugo. Le livre de Joseph Reinach permet de suivre les décisions du jeune ministre de l'Intérieur, du 1er septembre à la fin janvier 1871. Mais ce ne sont pas les seules sources écrites ou livres consultés, il a été tenu compte du Journal Officiel parfois obscur, d'autres périodiques, car l’arc politique était bien plus large et les personnages historiques nombreux, connus et moins connus.

Difficile de faire abstraction de Léon Gambetta dont l’intrépidité a été plus que manifeste et sa volonté d’en découdre avec l’ennemi ne fut pas vraiment suivie d'effet. De quoi s’interroger sur les camps politiques en présence et de faire la part entre ce qui a été du ressort de la rouerie ou du courage? De même sur une certaine lenteur ou prise de distance des régions du sud à se mobiliser, un questionnement sur une nation paralysée, où les Parisiens ont pu avoir le sentiment d’un abandon général, sans parler de la situation des régions du Nord et de l'Est  tombées aux mains des Prussiens et de leurs alliés
dans une première phase.

Tout le Nord-est du pays resta occupé jusqu'en 1873, pouvant rappeler les années d'occupation de 1815 à 1818. L’encerclement de la ville Lumière, majoritairement républicaine allait en quelque sorte sauver l’honneur d’une nation en perdition, par sa résistance, même si elle fut souvent vaine et coûteuse en vie humaine. Comme le montre le tableau ci-dessous avec une chute brutale de 15 ans ans chez les hommes, établissait l'âge moyen du décès à 27 ans au lieu de 42 ans en 1869, et une perte de 10 ans chez les femmes comme espérance de vie, l'âge moyen se situait à 32 ans pour les années 1870 et 1871 :

Espérance de vie à la naissance de 1841 à 1911 (années)
  (Moyenne globale des âges de décès)

Il faut préciser qu'il y a eu 140.000 soldats français - en estimation haute - qui ont perdu la vie lors des combats, ce fut au sein de la population pour des raisons sanitaires diverses, dont les maladies virales (variole, choléra) et aussi des facteurs sociaux, que résida cette augmentation des décès, adultes et enfants. La mortalité infantile en 1870 avait atteint 206 enfants morts pour 1.000,
le record du siècle fut en 1871 avec 226 décès pour 1.000 et retomba à 160 en 1872.

Ainsi se mélangèrent des actes de résistances et d’héroïsmes, ainsi qu’une pesanteur ou volonté de laisser faire, ou surtout ce qui a été une impréparation totale et des échecs successifs. Ensuite au filtre des mémoires, en ce domaine très faillibles, le souvenir est devenu très opaque, notamment auprès des générations nées après la seconde guerre mondiale. Pas étonnant que le sujet d’une défaite n’ait pas fait florès, mais a toutefois marqué les générations ayant vécu ce choc de nature impérialiste, en certains aspects comparables au conflit de 1914/1918 en intensité et en perte humaine, ceci sur une courte durée d'un peu plus de 7 mois consécutifs (du mois d'août à la mi février). Les habitants de la capitale ont payé le prix fort et allaient cumuler de lourdes rancoeurs, l’approvisionnement aux origines des difficultés de chaque jour où la mort rôdait, tout ce qui pouvait faire un quotidien plus que difficile.

De quoi comprendre mieux l’insurrection des Parisiens de mars 1871, bien engagée à la fin février, le souffle de vie qui suivit, posaient en exergue les césures entre la grande bourgeoisie opulente et le monde ouvrier relégué à une « misère crasse ». Les coupures sociales en devinrent plus significatives avec l’existence du marché noir, l’augmentation du prix des denrées, ou tout simplement les manques en bois de chauffage durant un hiver glacial, sans omettre le paiement des loyers, une des sources du mal être. Les alertes sociales dans la ville capitale avaient été légions et auraient dû mettre la puce à l’oreille de nos bons bourgeois républicains, mais perdus dans leurs allégories guerrières, pouvaient-ils ressentir dans tous ses tourments cet ordinaire que pouvait vouloir signifier vivre le ventre vide, sans le sou ou pas un franc à débourser, et sous le coup des bombardements réguliers?

Ps :
Le cavalier Jean-Louis Benjamin Goudard originaire de l'Ardèche (né à Annonay en 1843) a été le premier soldat français tombé au combat lors de la guerre Franco-Prussienne entre Forbach et Sarrebruck, le 21 juillet 1870. Il décédait le lendemain à l'âge de 26 ans, soit deux jours après l'enclenchement du conflit, et reconnu en tant que tel en 1910. 

Histoire de l'armée française, à partir du Second Empire

 


durée : les 10 dernières minutes  - France 5 (2006)

Notes :

(1) Vous pouvez découvrir à ce sujet le film réalisé par Gérard Mordillat en 2006 : La forteresse assiégée.

En 1870, Charles-Henri Mondel, soldat en déroute des armées défaites de Mac Mahon, se réfugie dans la citadelle de Bitche, seul îlot de résistance dans un pays conquis par les bavarois et les prussiens. De nos jours, Patrick Mille revient sur le théâtre de la guerre, interroge historiens, stratèges, philosophes : de l’arme blanche à l’arme atomique, comment penser la guerre?

Acteurs :
Patrick Mille, Jacques Pater, François Cluzet, Virginie Ledoyen - Montage : Sophie Rouffio - Musique originale : Jean-Claude Petit - Image : François Catonné, Paco Wiser. Une production Les Films de la Croisade en coproduction avec ARTE France en association avec la Ville de Bitche




(2) La Lorraine occupée d'Août 1870 à mars 1871 :
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La correspondance
entre Victor Hugo et Paul Meurice
(*)
De la déclaration de guerre à la Prusse à l’arrivée de Victor et Charles Hugo à Paris, sans les petits-enfants, restés sur l’île anglo-normande.

Dessin de V. Hugo : départ en ballon, s'envolant au-dessus de Paris

Victor Hugo à Paul Meurice

  Le 17 juillet, depuis Jersey.


La nouvelle arrive ici que la guerre est déclarée. Je crois à l'écrasement de la Prusse ; mais les complications peuvent aller de choc en choc jusqu'à la révolution. Vous avez fait sur ces questions-là de bien beaux articles.


A vous profondément. Arrivez-nous! arrivez-nous!

  H.H. Le 7 août.


Cher Meurice, vous souhaitez, c'est fait. Voici ce que je vous enverrai pour votre numéro d'exception du 15 août : Le 14 juillet dernier, presque au même moment où la guerre éclatait entre la France et la Prusse par l'intrigue de Bismarck démasquée et entre la raison humaine et la superstition par l'infaillibilité du pape proclamée, j'ai planté dans mon jardin de Hauteville-House, en présence de quelques amis, dont plusieurs proscrits, un gland que j'ai appelé le Chêne des États-Unis d'Europe. A ce sujet, j'ai fait une chose en vers que je réservais pour Les Quatre Vents de l'Esprit ot que je vous donnerai pour Le Rappel. Il y a quarante et une strophes de quatre vers chaque. Cela fait cent soixante-quatre vers. Grâce au blanc entre les strophes, cela tiendra à peu près autant de place que Turba.

Je doute qu'ils osent supprimer Le Rappel. S'ils le faisaient, vous pourriez publier sur-le-champ (puisque le titre est déposé) Le Combat, avec ces vers en tête qui seraient une bonne préface. En ce cas-là, vous publieriez le premier numéro du Combat pas comme numéro d'exception. La chose affichée et annoncée, vous auriez, je crois, d'emblée, un grand tirage. Mais je ne crois pas que Le Rappel soit supprimé, ni suspendu. Ils y regarderont à deux fois. Qu'y gagneraient-ils? Le lendemain, ils auraient affaire au Combat. Au moment où je ferme cette lettre, le bruit arrive d'un grave échec des Français devant Wissembourg. Je me défie des exagérations anglo-prussiennes. Je vais faire copier les vers et vous les recevrez par un prochain courrier. Ils ont pour titre : En plantant le gland du chêne des États-Unis d'Europe. En présence de ces tueries royales et impériales, rien n'est plus à propos. Je vous ai écrit par Auguste, il y a deux jours.


A bientôt, le fond de mon coeur est avec vous.

Réponse de Paul Meurice à Victor Hugo.

Le Rappel n'est pas supprimé, mais la publication en est interdite jusqu'à nouvel ordre, de par l'état de siège, signé de Baraguay d'Hilliers, contresigné Piétri, sabre et casse-tête. Mon cher grand maître, venez à Bruxelles. Soyez là, soyez prêt. Lockroy arrive de Metz. Il croit la défaite de l'armée impériale certaine. Le misérable n'ose plus sortir de ses appartements. Il serait tué par la population et par l'armée. Cette force brute, qui est l'empire, ne devait et ne pouvait être vaincue que par une force brutale supérieure. La vraie France n'est pas là. C'est la pensée, c'est la Révolution, c'est vous. Venez, venez, venez.


Victor Hugo à Paul Meurice

Le 10 août.


Votre lettre indirecte, et sans adresse m'arrive. Je suis de votre avis. Le devoir peut d'un moment à l'autre devenir urgent. Dès hier, Charles et moi avions pris le parti provisoire que voici : Charles est allé se poster en observation à Jersey, qui communique avec Paris par le télégraphe; de là il se renseigne, et me renseigne. Pendant ce temps-là, moi, je mets en ordre et replace, dans les trois malles où ils étaient, mes manuscrits que j'en avais tirés cet été. Vous ne vous figurez pas quel chaos de papiers. L'opération de la rentrée des manuscrits au casernement est longue et difficile, mais il serait impossible de laisser tout cela épars derrière moi, au cas où je serais forcé de partir brusquement. Ce qu'il y a là de choses est énorme. Enfin je m'y suis mis, et ce travail ne me retarde pas, puisqu'il coïncide avec le temps d'arrêt de la guerre annoncée aujourd'hui par les journaux anglais. Une fois les manuscrits relégués dans les trois malles, et les dites malles déposées en lieu sûr, je vais être libre. Alors deux partis à prendre, (s'il y a lieu à rentrer en France et si la situation s'accentue, comme je le crois, dans le sens révolutionnaire) : ou je rentrerais d'ici par Granville, ce qui serait le plus court, mais il faudrait un passeport; ou j'irais à Bruxelles. Mais de là pour gagner Paris, il y aura peut-être des difficultés ; certains mouvements militaires, possibles peuvent couper les communications de Paris avec toute la frontière nord. Nous nous concerterons, Charles et moi. Donnez-moi votre avis.


Cher vaillant ami, comme vous menez intrépidement Le Rappel. Il va sans dire que je ne vous envoie pas ce dont je vous avais parlé. Un numéro d'exception n'aurait aucune raison d'être dans cette fièvre. Continuez de me renseigner le plus sûrement possible. A bientôt, j'espère, et à toujours. Votre.

Bruxelles, 19 août.


Cher Meurice, je vous envoie ce télégramme : « Je rentre comme garde national de Paris. J'arriverai le 21 août. » Mais on m'affirme que vous ne le recevrez pas, c'est pourquoi je vous écris en même temps. Votre lettre, arrivée à Guernesey après mon départ, m'est parvenue ici aujourd'hui à 2 heures. Nous sommes allés, Charles, M. Duverdier et moi, à la Chancellerie. J'ai déclaré que je ne reconnaissais pas l'empire français, que je subissais comme contraint et forcé la formalité abusive du passeport, et j'ai dit mon nom. Là-dessus on a appelé le ministre, qui était absent. Son suppléant immédiat, rosette à la boutonnière, est venu à sa place. Très poli. - M'a demandé la permission de saluer avant tout le grand poète du siècle. J'ai répondu courtoisement à l'homme du monde et j'ai renouvelé fermement ma protestation au fonctionnaire, en le sommant de me délivrer un passeport. Il hésitait. J'ai dit : « Je ne veux rien être en France qu'un garde national de plus. » Il a salué, Charles a dit : « Et moi aussi. » Duverdier a dit : « Et moi aussi. » Il nous a promis des passeports, mais m'a demandé la permission de ne nous les envoyer que le soir.


Nous en sommes là. Vous m'approuvez, n'est-ce pas? Je veux rentrer en France, rentrer à Paris, publiquement, simplement, comme garde national, avec mes deux fils à mes côtés. Je me ferai inscrire sur l'arrondissement où je logerai, et j'irai au rempart, mon fusil sur l'épaule. Tout cela sans préjudice de tout le reste du devoir. Je ne veux aucune part du pouvoir, mais je veux part entière au danger.


Je ne crois pas qu'on ose me refuser un passeport. Ce retard pourtant m'oblige à ne fixer mon départ qu'à dimanche matin 29 août. Nous partirons à 9 heures de Bruxelles et nous serons à Paris à 2 heures 35. Ne pensez-vous point qu'il faut annoncer mon retour, mais pas l'heure? Nous amenons une vaillante voyageuse, deux même, car Alice veut accompagner Charles. Nous laissons ici les enfants. Charles est d'avis de nous loger tous les quatre à l'Hôtel du Louvre. Nous voudrions ne pas nous séparer. Vous nous renseignerez et nous dirigerez. Mon doux et intrépide ami, quel bonheur de faire son devoir à côté de vous.


Paul Meurice à Victor Hugo


Mon cher grand maître, Votre idée est très belle, très grande, très simple, digne de vous en tout point. Mais nous croyons, tous trois, que le moment n'est pas venu de l'exécuter. Quand Victor Hugo reviendra à Paris, il faut qu'il agisse. Aujourd'hui vous piétineriez sur place, vous attendriez, vous useriez pour ainsi dire votre présence. On s'habituerait à vous savoir là, comme on y sait Ledru-Rollin ou Schoelcher. Si encore la gauche faisait quelque chose ! si elle demandait la déchéance à la Chambre d'abord, - qui refuserait - au peuple ensuite! Mais non, ils attendent que les Prussiens soient là. Rien à faire en ce moment. Vous êtes à Bruxelles, c'est tout ce qu'il faut. Un télégramme, et, avec ou sans passeport, en cinq heures vous êtes à Paris. Pour la France, pour la République, pour vous, pour nous, pour tous, réservez-vous. Et puis, l'heure venue, nous ferons ce que vous avez dit : nous nous en irons ensemble aux forts détachés. Mais aujourd'hui, il n'y a ni garde nationale, ni fusils, et il n'y a pas encore de danger.


Autre chose, nous vous demandons de ne pas descendre à l'Hôtel du Louvre. Félix Pyat y a couché une nuit, y a consommé un verre d'eau, y a dépensé 8 francs 50 (1). Il a été accusé d'avoir fait des orgies, et il a dû publier dans Le Rappel sa note, - à laquelle on n'a pas cru. J'ai loué depuis le 15 juillet un petit appartement contigu au mien. Il n'est pas encore meublé, mais je connais la simplicité de vos goûts. Il y a un lit, une table, des chaises, et « ce qu'il faut pour écrire ». Vous serez là chez vous, vous aurez votre entrée et votre clef sans passer par chez moi. Vous aurez votre chambre et votre cabinet, avec un petit jardin à vous seul. Et quelle joie, quel bonheur do vous donner à mon tour l'hospitalité! Mme Drouot pourrait se loger dans un hôtel du voisinage. Mais nous lui déconseillons à elle-même l'Hôtel du Louvre. C'est égal! je suis heureux de vous savoir si près! Mais que cette pauvre France est malade, cher grand guérisseur! Votre.


Ps : On nous dit que les journaux suspendus pourront reparaître lundi. Nous n'y tenons pas. Que dire? N'importe! Le journal sera prêt aussi quand il le faudra.


Victor Hugo à Paul Meurice


Bruxelles, 21 août.


Nos lettres se sont croisées et montrent à quel point nous sommes d'accord. Cher Meurice, ce que vous écriviez, Charles l'écrivait. C'est convenu. Nous attendons votre : Venez. Que vous êtes bon et charmant de m'avoir trouvé ce coin à côté de vous ! Merci de cela comme de tout ! Votre vie côtoie la mienne pour la charmer et la garder. Vous êtes admirable. Notre amie vous remercie avec effusion d'avoir pensé à elle et désire que l'hôtel où elle logera soit le plus près possible. Nous arriverons quand vous nous ferez signe. Est-ce qu'un de vous trois ne pourrait pas se détacher et venir causer? Pour Le Rappel reparaissant cela ne serait peut-être pas inutile Vous savez qu'un matelas, une table et des chaises me suffisent. Si Paris est assiégé, coucher sur la même paille que le peuple me serait doux.


Du reste, l’Internationale me parait, hélas, une cause de paralysie. Et puis Trochu, Thiers, Chabaud la Tour, voilà trois têtes dans le bonnet orléaniste. Paris à cette heure est sous ce bonnet. Quant à moi, mourir sur le rempart de Paris, après avoir vécu sur l'écueil de Guernesey, serait mon ambition. Mais, comme je vous l'ai écrit hier, je ne souhaite pas du tout à la République l'épouvantable héritage immédiat de l'Empire. Bonaparte aurait fait les criivs, et on attribuerait à la République les désastres. Nous causerons de tout cela. Que l'un de vous tâche de venir. Cher doux ami, je suis à vous.


Paul Meurice à Victor Hugo.


Dimanche, 21 août.


Mon cher grand maître, un mot en réponse à votre belle et généreuse lettre apportée hier soir par M. Louis Koch (professeur d’allemand et futur directeur de la maison de Victor Hugo), Vous avez reçu, j'espère, ce matin, ma première lettre qui donne absolument et presque dans les mêmes termes les raisons de la lettre de Charles à Victor. Oui, il faut que vous n'arriviez, que vous ne rentriez à Paris qu'au moment utile, c'est-à-dire au moment du danger. Vous avez dit : « Je ne rentrerai qu'avec la liberté. » Vous rentrerez avec le danger, c'est plus beau encore. Charles se méprend en un point, je vous ai écrit il y a quinze jours : Venez, venez, au moins à Londres ou à Bruxelles. Je n'aurais pas voulu vous voir arriver à Paris, et je pensais bien que vous n'y arriveriez qu'à bon escient. A ce moment-là, cependant, on pouvait espérer que la gauche proclamerait la déchéance. Elle ne l'a pas fait et n'ose pas encore le faire. Il faut attendre. Que vous soyez à cinq heures lieu d'être à cinq jours de Paris, c'est là l'essentiel. Vous êtes mieux au courant des événements que nous à qui on cache ou on déguise la vérité. Envoyez-nous seulement, quand vous devrez arriver, un télégramme à mots couverts. Nous vous attendrons.


Je ne sais si, dans ma précipitation, je vous ait dit hier quo ma femme se joignait à moi pour vous offrir ce petit appartement à côté de nous. Elle a commencé déjà à le préparer, tout heureuse et flore de l'espérance d'un tel hôte. Vous ai-je dit aussi que vous seriez là chez vous, que vous pourriez vous passer de nous, si c'est votre plaisir, que vous aurez votre entrée, votre clef, comme votre chambre, votre cabinet et votre jardin. Ne nous faites pas le chagrin de nous refuser. Il y a tout près, rue Laffitte, une maison meublée où Mme Drouet serait très bien. Je pourrais m'occuper, si elle le souhaite, de lui trouver un logement meublé dans ce quartier, à la fois central et retiré, qui a été le vôtre et le sien. Et je vous embrasse comme je vous aime, de toute mon âme.


Ps : J'ai encore à vous quelques trois mille francs. Détail utile.


Victor Hugo à Paul Meurice

Bruxelles, 22 août.


J'ai votre douce et vaillante lettre. Deux sortes de dangers ou de devoirs peuvent m'appeler à Paris : 1° La situation extérieure, l'approche de l'ennemi; étant plus renseigné que vous, j'en suis juge. 2° La situation intérieure, l'utilité dont je pourrais être au cas d'une révolution populaire (j'y crois peu on ce moment); ici, c'est vous qui êtes renseigné et qui êtes juge. Pour le premier cas je viendrai sans votre appel; pour le second, je l'attendrai. Vous-me direz : venez, j'accourrai. Les trois-mille francs que vous avez à moi me seront bien précieux. Du reste, un temps d'arrêt se dessine ; et Paris ne sera vraiment menacé qu'après la perte d'une grande bataille au plateau de Châlons. J'espère qu'on la gagnera. J'y voudrais être. Bien tendrement à vous, à bientôt.


Bruxelles, 26 août 1870.


Cher Meurice, nous sommes aux aguets ; les proscrits sont en conférence ; la situation, de claire qu'elle était, devient obscure. Du dehors pas de nouvelles, les deux maréchaux, Mac-Mahon et Bazaine, jaloux peut-être l'un de l'autre, se cherchant sans se trouver et Mac-Mahon remettant en selle l'empereur. Quant aux Prussiens, marche timide, progrès lents ; peur de la souricière qu'on leur a ouverte ; en somme, rien encore de décisif. Du dedans, mauvais indices ; l'impératrice rentrant en scène, la droite relevant la tête, Baroehe, Rouhei' et Porsigny reparus, Troc lui raillé par les journaux bonapartistes ot diminué. Là aussi, une jalousie probable, Palikao hait Trochu. Les journaux républicains ne reparaissent pas. On va jusqu'à parler d'un coup d'État probable.


Il est clair qu'une bataille suprême, victoire ou défaite, Iéna ou Rosbach, fera la lumière. La France a droit à la victoire, l'empire a droit à la chute. Qui Dieu va-t-il choisir? Je ne prendrai mon parti qu'après la lumière faite. En cas d'un Rosbach, jo serai tout de suite à Paris, car le danger pourra être immense, et je me sens à la fois européen et parisien. Couvrir Paris de sa poitrine sera le devoir de tous. En cas de victoire bonapartiste et de coup d'État, je rallierai ma famille à Hauteville-House, c'est-à-dire que je vous y offre l'hospitalité ainsi qu'à Auguste. En attendant... Nous attendons.


Bruxelles, 1er septembre.


On me dit de ne pas m'user, de me garder pour un moment suprême, mais ce moment suprême viendra-t-il? Votre belle et douce lettre m'arrive et m'émeut jusqu'à l'attendrissement (cette lettre a été perdue). Vous terminez par une question. Je ne puis confier ma réponse à la poste, mais Jules Claretie vous la portera de vive voix. Il est ici depuis hier, il a déjeuné et dîné avec moi ; on rentrant à Paris il vous dira ce que j'ai dit. J'aime, et vous aimez aussi, ce jeune esprit où il y a tant de coeur. Il vous répètera les paroles. Vous verrez à quel point je suis prêt, mais je ne veux aller à Paris que pour un seul cas et pour une seule oeuvre, héroïque celle-là : Paris appelant la Révolution au secours ; alors j'arrive. Sinon, je reste.


Certes j'ai foi au résultat final. Je n'ai jamais cru à la France plus qu'en ce moment. Elle fera son oeuvre, la République continentale, puis s'y dissoudra. Il ne peut sortir de cette guerre que la fin des guerres, et de cet affreux choc des monarchies que les États-Unis d'Europe. Vous les verrez. Je ne les verrai pas. Pourquoi? C'est parce que je les ai prédits. J'ai, le premier, le 17 juillet 1851, prononcé (au milieu des huées) ce mot : les États-Unis d'Europe. Donc, j'en serai exclu. Jamais les Moïses ne virent les Chanaans. En ce moment-ci, être démocrate c'est être patriote. Défendre Paris, c'est défendre le monde. Homo sum, je défends Paris. Votre lettre m'a fait venir les larmes aux yeux. Comme vous m'aimez! et comme je vous aime! Charles, Claretie et Frédérix partent en ce moment pour Virton. On se bat tout près de là, à Carignan. Ils vont voir, de la bataille, ce qu'ils pourront.


Bruxelles, 4 septembre 1870.


Je reçois vos deux lettres ce matin et à trois heures le télégramme d'Émile Allix (médecin, les lettres ont  été perdues). Je voulais partir sur-le-champ. Mais la voie directe est en ce moment entravée. Les convois n'y circulent que précédés d'escadrons, pistolet au poing, et à chaque instant on est arrêté par des rails coupés qu'il faut rétablir. Quant à la voie indirecte, par Lille, le départ est fait aujourd'hui. En outre, il faut coucher à Lille. En partant demain nous ne pourrions arriver qu'après-demain. Si demain le départ est possible par la voie directe, nous le tenterons. S'il est impossible, attendez-nous après-demain. Nous vous serrons dans nos bras. Le péril est immense, mais le devoir est égal au péril. J'accours, à bientôt. 0 et praesidium et dulce decus meum !


Nous arriverons six. Charles et Alice, Mme Drouet et moi, plus deux servantes.



Victor Hugo rentra à Paris le 5 septembre à 10 heures du soir. Une foule considérable l'attendait à la gare du Nord (en photo) et le reconduisit jusqu'à l'avenue Frochot (au n°5) où habitait Paul Meurice et où Victor Hugo demeura pendant toute la durée du siège de Paris.

Notes :


(1) Le journal Le Pays avait affirmé en parlant de Félix Pyat, que « ce millionnaire avait mangé à l'Hôtel du Louvre des asperges de la grosseur de la Colonne de Juillet et s'y hébergeait sur le pied des 50 francs par jour ». Félix Pyat répondit qu'il était arrivé à l'Hôtel du Louvre le 22 septembre à 10 heures du soir, qu'il en était reparti le lendemain à 6 heures du matin et que sa dépense était ainsi répartie : Bougies, 2 francs ; Logement, 4 fr. 50 ; Service, 1 fr. 50. - Total, 8 francs.


 (*) François, Paul, MEURICE (1818-1905), légataire testamentaire de Victor Hugo, il est à l'origine de l'ouverture au public de sa maison de la place des Vosges. Voici ce que nous dit une note biographique de 1878, de son vivant :
Littérateur et journaliste français, frère du célèbre orfévre Froment Meurice, mort en 1855, est né à Paris en 1820 (plus exactement en 1818, le 5 février). M. Paul Meurice (en photo) fit ses études au collège Charlemagne et suivit les cours de la Faculté de droit ; mais il s'occupait plus de littérature, semble-t-il, que de jurisprudence, car il débutait à l'Odéon, dès 1842, avec une pièce en trois actes et en vers, dont le sujet et le personnage principal étaient empruntés à Shakespeare Falstaff, et qu'il avait écrite en société avec Théophile Gautier et M. Auguste Vacquerie.


Il donna ensuite au même théâtre, avec M. Vacquerie, une imitation de l'Antigone de Sophocle (1844) et le Capitaine Paroles, un acte inspiré de Shakespeare, et au Théâtre Historique, avec Alexandre Dumas, une traduction d'Hamlet, en 5 actes et en vers. Outre une part de collaboration anonyme à divers ouvrages dramatiques de Dumas, M. Meurice a donné Benvenuto Cellini drame en 5 actes, écrit expressément pour Mélingue (1852) ; Schamyl et Paris (1855), à la Porte Saint-Martin l'Avocat des pauvres, à la Gaîté (1856) ; Fanfan la Tulipe (1858) ; le Maître d'école (1859) ; le Roi de Bohème (1860) ; les Beaux messieurs de Bois-Doré, avec Georges Sand (1862) et François les Bas-Bleus (1863) à l'Ambigu ; le Drac, pièce fantastique avec George Sand au Vaudeville (1864) ; les Deux Dianes, à la Porte-Saint-Martin (1865), la Vie nouvelle, quatre actes, à l'Odéon (1867) Cadio, avec George Sand, à la Porte-Saint Martin (1868). M. Paul Meurice a aussi publié plusieurs romans la Famille Aubry, les Tyrans de village et les Chevaliers de l'esprit Cesara, sans parler de sa collaboration anonyme à divers romans d'Alexandre Dumas : Ascunio, les Deux Dianes, Amaury etc. Il a donné également des poésies à quelques revues.
Lié depuis longtemps d'amitié avec M. Victor Hugo et professant d'ailleurs des opinions démocratiques très-décidées, M. Paul Meurice participa, en 1848, à la fondation de l'Événement, dont il fut rédacteur en chef et gérant, fonctions qui lui valurent, en 1851, une condamnation à neuf mois de prison, pour avoir inséré un article du grand écrivain sur la peine de mort. Il a de nouveau pris une grande part à la fondation du Rappel, en 1869, et en a été, jusqu'à ces derniers temps, l'un des rédacteurs en chef, avec M. Auguste Vacquerie.

Source : Gallica-Bnf, Dictionnaire général de biographie contemporaine
française et étrangère,
Adolphe Bitard, pages 901 et 902, Paris 1878.

Source : Gallica-Bnf, Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
Préface de Jules Claretie, Paris 1909, à partir de la page 425.

PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE ?

Le 4 septembre 1870


Foule compacte devant le Palais Bourbon la matinée du 4/09/1870

Il s’agit d’une date de l’Histoire de France plutôt ignorée, une situation tout sauf simple. Sans que l’on puisse vraiment établir une base juridique précise sur l'établissement de la République troisième du genre, c’est-à-dire à minima un Parlement légitimé ou en exercice plein, des textes légaux et constitutifs y faisant référence. Plus encore, il n'y eut aucune consultation populaire, et pour cause. Loin du compte nous devons faire avec ce flou institutionnel se limitant à inscrire les termes République Française sur les documents admnistratifs et les proclamations publiques. Dans la capitale, les mécanismes approuvés en catimini, les décisions de cette journée, et celles qui suivirent ont eu des raisons d’être vagues et dans la panique d'un effondrement politique permettre une conjugaison très éclatée de pouvoirs et d'intérêts discordants.


L'échec de Sedan provoqua un fort rejet de l’empereur Napoléon III, en particulier au sein de sa base électorale et de l’armée, il fit en ce domaine une belle unanimité. A Paris, personne n’avait envie de croire à la défaite, tout était encore possible ou presque. Et si l’on suit les événements, à condition de nombreux si, Paris et la France aurait pu éviter de perdre l’Alsace et une partie de la Lorraine. Mais il n’en fut pas ainsi et malgré la bravoure de ceux qui engagèrent la résistance, la question allait être scellée en coulisse rapidement. Des échanges diplomatiques engagés dès le 12 septembre 1870, Adolphe Thiers à la tête d'une délégation était mandaté à Londres comme éminence grise par Jules Favre, les deux grands architectes d’une période inédite et plus que trouble. 


Pour le 4 septembre et la proclamation de la République, loin de faire une union de type nationale, nous ne sommes pas loin d’un coup d’état version mexicaine, sans les sombreros lancés en l’air et les coups de feu, mais avec ses grandiloquences et ses théâtres d'ombre... Ce qui pose la question de la naissance d’une troisième République sans constitution, ni vote, c'est-à-dire loin de son éprouvée tradition ou sans véritable légétimité? Ceci malgré des échos de 1848, ou des acccents de 1792 avec : Tous à l’Hôtel-de-Ville !, une redite du 10 août un peu grossière. Et, par conséquent quelques vertiges du passé, les rappels de la fureur de 1793 n’étaient pas lointains, un fantomatique Marat pouvait s’agiter en la personne d'Auguste Blanqui.


Le Palais-Bourbon se vit ainsi circonscrit, malgré une tentative de conciliation d'Adolphe Thiers, celui-ci appuyés par les Orléanistes et les libéraux conservateurs dénommés « la gauche ouverte » (disruption de l'époque?). Les députés élus de 1869 se virent priés de plier bagage… ou semble-t-il, étaient déjà bien éloignés du ramdam parisien. Le Sénat était dissous, il ne restait plus que le gouvernement qui se désigna, lui-même, parmi les députés notamment du département de la Seine, présents à l’Hôtel-de-Ville, symbole de la souveraineté du Peuple? En moins de 24 heures chrono, la nature humaine ayant peur du vide, le trou était comblé et sans usage de la guillotine... La bougeoisie  en partie rassurée, mais loin de se douter des suites sociales.


En milieu d’après-midi du 4 septembre, après avoir clôturé les débats du Palais-Bourbon, s’ensuivait la proclamation du Gouvernement de la Défense Nationale avec à sa tête un général conservateur, faisant fonction de président. : le général Jules Trochu (ci-contre, sa caricature sous la forme d'un oeillet). Le coup de force des républicains bourgeois, et les convictions apparentes de Gambetta l’emportèrent au milieu de ce qui a été une opérette bien orchestrée. La « république des Jules » (Grévy président de la chambre des députés en 1871, Ferry, Simon, et Favre) s'était constituée en fin de journée, rien que du beau monde ! Même Henri Rochefort prenait part, autant l’avoir avec, ou sous le coude que contre, comme il est précisé dans les commentaires du Palais-Bourbon, et aussi la caution "populiste" ou "d’extrême gauche". Mais les blanquistes se virent écartés, trop irréductibles, tout en se déclarant favorables à une forme d’union nationale, ils se prononcèrent eux aussi pour « la guerre à outrance ». Le grand cri de ralliement de tous les camps du républicanisme dans un premier sursaut.

 

Les blanquistes étaient présents dans les cortéges de la Concorde à l’hôtel municipal, après avoir appuyés à la mi-août dans Paris une grève dans les abattoirs de la Villette. Cependant les élans nationalistes et jacobins temporisaient l’accession au pouvoir vacant de ce gouvernement bourgeois et timoré, aux airs d’un conseil d’administration ou d'un conseil militaire, appelé à mettre en place une "économie de guerre" et un front militaire face à l'invasion de la Prusse. Ci-dessous le texte édité début septembre par les partisans d’Auguste Blanqui et publié dans leur organe de presse : La patrie est en danger.

« En présence de l'ennemi, plus de partis, ni de nuances. Avec un pouvoir qui trahissait la nation, le concours était impossible. Le Gouvernement sorti du grand mouvement du 4 septembre représente la pensée républicaine et la défense nationale.


Cela suffit. Toute opposition, toute contradiction doit disparaître devant le salut commun. Il n'existe plus qu'un ennemi, le Prussien, et son complice, le partisan de la dynastie déchue qui voudrait faire de l'ordre dans Paris avec les baïonnettes prussiennes. Maudit soit celui qui, à l'heure suprême où nous touchons, pourrait conserver une préoccupation personnelle une arrière-pensée, quelle qu'elle fût.


Les soussignés, mettant de côté toute opinion particulière, viennent offrir au Gouvernement provisoire leur concours le plus énergique et le plus absolu, sans aucune réserve ni condition, si ce n'est qu'il maintiendra quand même la République, et s'ensevelira avec nous sous les ruines de Paris, plutôt que de signer le déshonneur et le démembrement de la France. »


Déclaration signée par : BALSENQ, BLANQUI, Casimir BOUIS, BREUILLE, BRIDEAU, CARIA, EUDES, FLOTTE, E. GOIS, GRANGER, LACAMBRE, Ed. LEYRAUD, Léonce LEVRAUD, PILHES, REGNARD, SOURD, TRIDON, Henri VERLET, Emile et Henri ViLLENEUVE

On pourrait parler d’une journée presque ordinaire, une passation de pouvoir bien huilée entre notables Parisiens, pas un coup de feu, quelques mouvements des foules et le soleil qui brillait. Simplement des cris dans les rues, dans les tribunes appelaient à la « déchéance ! » et à la république, quand même ! A la seconde séance de la chambre des députés en fin de matinée, se tenait à proximité sur la place de la Concorde un grand rassemblement de 100.000 à 150.000 personnes  à la faveur d'une pression pour tourner la page du second Empire. Et partout des gamins échaudés par les nouvelles, ou vendeurs de journaux parcouraient les Grands Boulevards au cri de « tous à Berlin ! », ce fut une très belle journée ensoleillée, comme a pu le noter Juliette Adam. Les sergents de ville, les gendarmes, les gardes nationaux là pour arrêter les manifestants auraient pu charger, il s’en fallut de peu, mais c’eût été un bain de sang et la voie ouverte à une révolution moins administrative, et échappant à tout contrôle. 


La régence et la dernière du genre, l’impératrice Eugénie drapée dans son conservatisme tombait en pleine crise de nerf et refusa tout compromis, elle s’éclipsa du Palais Royal vers un exil anglais. Le bonapartisme n’était pas pour autant disloqué, du moins soldé. Son mari prisonnier un temps, Eugénie de Montijo âgée de 42 ans allait continuer dans les règles du métier de potentate déchue à donner ses avis de l’autre côté de la Manche. Dans cette transition politique s'organisa une grande valse des préfets départementaux, à remarquer dans les premières mesures une amnistie pour les délits et crimes politiques, de même pour la presse et la suppression de l’affranchissement du timbre sur les périodiques, qui constituait une entrave économique, en plus de la censure, ainsi que la fin du serment des fonctionnaires.


Mais que dire, si rien n’était inscrit dans le marbre? Il y a à noter qu'il est possible au mieux d'en retenir la naissance de la troisième République, de fait, plus que de droit, sa reconnaissance institutionnelle tarda (1875), son contenu n'a jamais été approuvé par aucun scrutin populaire, ni n'a pu donner lieu à une assemblée constituante, et les scrutins nationaux ont été repoussées. Les élections de l'Assemblée nationale ne se déroulèrent pas avant la conclusion de l'armistice fin janvier à la demande des autorités Allemandes. Le traité de paix avec l'Allemagne, lui se ne concluera que le 10 mai 1871, à un autre moment tout aussi pardoxal.


L’homme du jour ou de ce mois de septembre fut incontestablement le jeune Léon Gambetta, 32 ans, le plus désireux de ne pas baisser les bras devant l’ennemi. Il sauva un honneur de façade, dans ce qui fut une période de transition lugubre et meurtrière.


*

Intervention de Léon Gambetta au Palais-Bourbon, le 4 septembre 1870 :

« M. Gambetta se présente à la tribune à côté de M. Crémieux, dont la voix ne parvient pas à dominer le bruit qui se fait dans les galeries.

 

Gambetta. « Citoyens, dans le cours de l'allocution que je vous ai adressée tout à l'heure durant la suspension de la séance, nous sommes tombés d'accord qu'une des conditions premières de l'émancipation d'un Peuple. c'est l'ordre et la régularité! Voulez-vous tenir ce contrat... (Oui! oui! Dans les tribunes) Voulez-vous que nous fassions des choses régulières? (Oui! oui!)

Puisque ce sont là les choses que vous voulez ; puisque ce sont les choses qu'il faut que la France veuille avec nous, (Oui! oui!) si vous le voulez, il y a un engagement solennel qu'il faut prendre envers nous et qu'il ne lui pas prendre pour le violer à l'instant même : cet engagement, c'est de laisser la délibération qui va avoir lien se poursuivre en pleine liberté. (Oui! oui!).

 

De nouveaux groupes pénètrent dans les tribunes. Un drapeau tricolore portant l'inscription :  73e bataillon, 6e compagnie est arboré par les nouveaux venus.

 

M. Gambetta. « Dans les circonstances actuelles il faut garder le calme. (Quelques voix. Vive la République !) « Dans les circonstances actuelles, il faut que chacun de vous maintienne l'ordre; il faut que dans chaque tribune chaque citoyen surveille son voisin. Vous pouvez donner un grand spectacle et une grande leçon. Le voulez-vous? Voulez-vous qu'on puisse attester que vous êtes à la fois le peuple le plus pénétrant et le plus libre? (Oui! oui!) Eh bien! si vous le voulez, je vous adjure d'accueillir ma recommandation que dans chaque tribune il y ait un groupe qui assure l'ordre pendant nos délibérations. (Bravos et applaudissements dans presque toutes les tribunes.) ».

 

M. le président Schneider. « Messieurs. M. Gambetta. qui ne peut être suspect a aucun de vous, et que je tiens, quant à moi, comme un des hommes les plus patriotes de notre pays, vient de vous adresser des exhortations au nom des intérêts sacrés du pays. Permettez moi de vous faire en termes moins éloquents les mêmes adjurations. Croyez moi, en ce moment la Chambre de libère sur la situation la plus grave (Approbation mêlé de rumeurs dans les tribunes). « Je crois cependant pouvoir dire que j'ai donné à la liberté de mon pays assez de gages, pour qu'il me soit permis de vous adresser, du haut de ce fauteuil, les mêmes recommandations que M. Gambetta. Comme lui, je ne saurais trop vous dire qu'il n'y a de liberté vraie que celle qui est accompagnée de l'ordre... (Très bien ! Rumeurs nouvelles dans les tribunes.). Je n'espère pas prononcer ici des paroles qui conviennent à tout le monde, mais j'accomplis un devoir de citoyen vous conjurant de respecter l'ordre dans l'intérét même de la liberté qui doit présider à nos discussions. (Assentiment dans plusieurs tribunes. Exclamations et bruit dans d'autres.)

 

Un député. « Si vous ne pouvez obtenir le silence des tribunes, levez la séance, monsieur le président! (En ce moment, M. le comte de Palikao, ministre de la guerre, se lève et quitte la salle. Plusieurs députés, qui étaient rentrés en séance imitent son exemple et sortent par le couloir de droite.)

 

M. le président Schneider se couvre et descend du fauteuil.

 

M. Glais-Bizoin. « Messieurs. on va prononcer la déchéance ; prenez patience. Attendez (Agitation en sens divers.) » S’en suivait un grand désordre dans l’hémicycle avec la plupart des protagonistes qui allaient se partager les portefeuilles ministériels et les postes importants, comme la direction des télégraphes et surtout un nouveau préfet de Police, présent dans les tribunes au côté de Gambetta dans cette assemblée soumise à un tumulte de circonstance, et un Corps législatif qui n’allait pas passer la nuit avant qu’il ne soit dissous. » (…)

Proclamation au Peuple français


Hôtel-de-Ville de Paris, le 4 septembre 1870

Français !


Le peuple a devancé la Chambre, qui hésitait.

Pour sauver la patrie en danger,

il a demandé la République.

Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril.

La République a vaincu l'invasion en 1792,

la République est proclamée.

La révolution est faite au nom du droit, du salut public,

Citoyens, veillez sur la cité qui vous est confiée ;

demain vous serez, avec l'année,

les vengeurs de la patrie !


Texte signé par : Emmanuel Arago, A. Crémieux, Dorian, Jules Favre, Jules Ferry, Léon Gambetta, Joseph Magnin, Ordinaire, Ernest Picard, Jules Simon, etc.

« Dans une séance extraordinaire du Corps législatif, tenue à une heure, du matin, le dimanche 4 septembre et après que le ministre de la guerre (M. le comte de Palikao) eut donné connaissance de la désastreuse capitulation de Sedan, dont la nouvelle s'était déjà répandue, M. Jules Favre demanda la parole pour le député d’une proposition et s'exprima en ces termes :

 

« Si la Chambre est d'avis que, dans la situation douloureuse et grave que dessine suffisamment la communication faite par M. le ministre de la guerre, il est sage de remettre la délibération à midi, je n'ai aucun motif pour m'y opposer; mais, comme nous avons à provoquer ses délibérations sur le parti qu'elle a à prendre dans la vacance de tous les pouvoirs, nous demandons la permission de déposer sur son bureau une proposition que j'aurai l'honneur de lui lire. sans ajouter, quant à présent, aucune observation. - Nous demandons à la Chambre de vouloir bien prendre en considération la motion suivante :

 

Art. 1er. Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus des pouvoirs que leur a conférés la Constitution.

Art. 2. Il sera nommé par le Corps législatif une commission de gouvernement composée de... » - Vous fixerez, messieurs, le nombre de membres que vous jugerez convenable dans votre majorité -  « ... qui sera investie de tous les pouvoirs du Gouvernement et qui a pour mission expresse de résister à outrance à l'invasion et de chasser l'ennemi du territoire.

Art. 3. M. le général Trochu est maintenu dans ses fonctions de gouverneur général de la ville de Paris ».

Texte signé par : Jules Favre, Crémieux, Barthélemy-Saint-Hilaire, Desseaux, Garnier-Pagès, Larrieu, Gagneur, Steenackers, Magnin, Dorian, Ordinaire, Emmanuel Arago, Jules Simon, Eugène Pelletan, Wilson, Ernest Picard, Gambetta, le comte de Kératry (préfet de Police), Guyot, Montpayroux, Tachard, Le Cesne, Rampont, Girault, Marion, Léopold Javal, Jules Ferry, Paul Bethmont. - Et les ralliés de la dernière heure – «  A la seconde séance ouverte le même jour. MM. Glais-Bizoin, Raspail et de Jouvencel ont demandé que leurs noms fussent inscrits au bas de la proposition, déclarant que c'était par erreur qu’ils ne s'y trouvaient pas. »


Bulletin officiel, XIIe série, n°1, 4 sept. 1870. Journal du Palais
, volume X

Composition du Gouvernement de la Défense Nationale :


Le gouvernement est présidé par le général Trochu (1815-1896, chef de l’Etat du 4/09 1870 à sa démission le 22 janvier et remplacé le 17 février 1871, général), il a pour vice-président - M. Jules Favre ; pour secrétaire du gouvernement, - M. Jules Ferry (1832-1893, maire de Paris de novembre 1870 à juin 1871 et député de la Seine en 1869, avocat). Sont désignés comme secrétaires adjoints : MM. André Lavertujon (1827-1914), directeur de l’Officiel en 1870-1871, journaliste ; et Ferdinand Hérold (1828-1882, avocat).


- Ministre des Affaires Etrangères et vice-président, M. Jules Favre, (1809-1880), député de la Seine en 1869 et  maire du 17ème arrondissement en 1870, avocat.

- Ministre de l'Intérieur, et se nomme lui-même à la guerre à partir du 10 ocobre, M. Léon Gambetta (1838-1882), député de la Seine pour Belleville, avocat.

- Ministre de la Guerre, M. Adolphe Le Flô (1804-1887), député du Finistère de 1848 à 1851 et réélu en 1871, puis ambassadeur à Saint Petersbourg, général.

- Ministre de la Justice, M. Adolphe Crémieux (1796-1880), député de la Loire en 1842, puis de la Seine en 1869, avocat.

- Ministre de la Marine et des colonies jusqu'au 5 octobre, M. Martin Fourichon (1809-1884), gouverneur de la Guyane de 1853 à 1854 et député de la Dordogne en 1871, vice-amiral.

- Ministre des finances, M. Ernest Picard (1821-1876, député de la Seine en 1858, puis de l’Hérault en 1869, avocat.

- Ministre de l'instruction publique et des cultes, M. Jules Simon-Suisse (1814-1896) député de la Seine en 1858, député des Côtes-du-Nord en 1863, puis de la Gironde en 1869, philosophe.

- Ministre des travaux publics, M. Pierre Frédérique Dorian (1814-1873), député de la Loire de 1863 à 1873, maître des forges.

- Ministre de l'agriculture et du commerce, M. Pierre Joseph Magnin (1824-1910), député de la Côte d’Or de 1863 à 1876, maître des forges, il aura en charge l’approvisionnement de la capitale.

                                                                   *

- (Les) Ministre(s) sans portefeuille : Henri Rochefort jusqu’à sa démission en novembre 1870 (1831-1913), député de la Seine  en 1869, puis réélu en  février 1871, journaliste et publiciste : La Lanterne et La Marseillaise.

- Louis Antoine Garnier-Pagès (1803-1878), ancien membre du gouvernement provisoire de 1848, un court temps maire de Paris, professeur de rhétorique et courtier de commerce.

- nommé adjoint au ministre de la guerre, Alexandre Glais-Bizoin (1800-1877), député à l’Assemblée Constituante de 1848 pour les Côtes-du-Nord député de la Seine en 1869, fondateur du journal La Tribune.

- Eugène Pelletan (1813-1884), député de la Seine de 1863 à 1870 puis des Bouches-du-Rhône en 1871, écrivain et journaliste.

M. François-Frédéric Steenackers (1830-1910, député de la Haute-Marne en 1869) est nommé directeur général des Télégraphes. M. Germain Rampont sera nommé, au poste de directeur général des postes. Le nouveau préfet de Police de Paris est le comte de Kératry (Orléaniste et ancien député), en remplacement de M. Pietri en partance dans les bagages de l'Impératrice...

                                          PROCLAMATIONS

à la Garde nationale : (...) « C'est a votre résolution qu'est due la victoire civique rendant la liberté à la France. Grâce à vous, cette victoire n'a pas coûté une goutte de sang. Le pouvoir personnel n'est plus. La nation tout entière reprend ses droits et ses armes. Elle se lève, prête à mourir pour la défense du sol. Vous lui avez rendu son aime, que le despotisme étouffait. Vous maintiendra avec fermeté l'exécution des lois, et, rivalisant avec notre noble armée, vous nous montrerez ensemble le chemin de la victoire. Hôtel de ville de Paris, le 4 sept. 1870. Le Gouvernement de la défense nationale. (Bull. Off., 6 septembre 1870)

à l'Armée : « Quand un général a compromis son commandement, on le lui enlève. Quand un gouvernement a mis en péril, par ses fautes, le salut de la patrie, on le destitue. C'est ce que la France vient de faire. En abolissant la dynastie qui est responsable de nos malheurs. elle a accompli d'abord, à la face du monde, un grand acte de justice. Elle a exécuté l'arrêt que toutes vos consciences avaient rendu. Elle a fait en même temps un acte de salut. Pour se sauver. la nation avait besoin de ne plus relever que d'elle-même et de ne compter désormais ne sur deux choses : sa résolution, qui est invincible ; votre héroïsme, qui n'a pas d'égal et qui, au milieu de revers immérités, fait l'étonnement du monde. Soldats, en acceptant le pouvoir dans la crise formidable que nous traversons, nous n’avons pas fait œuvre de parti. Nous ne sommes pas au pouvoir, mais au conflit. Nous ne sommes pas le gouvernement d'un parti, nous sommes le Gouvernement de la défense nationale. Nous n'avons qu'un but, qu'une volonté : le salut de la patrie, par l'armée et par la nation, groupées autour du glorieux symbole fit reculer l'Europe il y a quatre finals ans. Aujourd'hui, comme alors, le nom de République veut dire : Union intime de l'armée et du peuple pour la défense de la patrie, à l'Hôtel de ville de Paris, le 5 sept. 1870. (Bull. Off., 5 septembre 1870)

Les premières mesures ou décrets du GDN :


Le Corps législatif est dissolu, et le Sénat supprimé
, ainsi que les ministères de la présidence du conseil d’Etat, et de la Maison de l'Empereur.


AMNISTIE. Crimes et délits politiques. Délits de Presse.


DÉCRET qui accorde Amnistie pour Crimes et Délit politique et pour Délits de presse.  LE GDN (Gouvernement de la Défense Nationale) décrète : Amnistie pleine et entière est accordée à tous les condamnés pour crimes et délits politiques et pour délits de presse depuis le 3 déc. 1851 jusqu'au 3 sept. 1870. Tous les condamnés encore détenus, soit que les jugements aient été rendus par les tribunaux correctionnels, soit par les cours d'assises, soit par les conseils de guerre, seront mis immédiatement en liberté. (Bulletin Officiel, 4 septembre 1870).


ARMES. FABRICATION. COMMERCE. VENTE.


Décret qui déclare libre la fabrication. le commerce et la vente des armes . Le GDN, décrète : La fabrication, le commerce et la vente des armes sont absolument libres. (Bull. Off., 4 septembre 1870)


JOURNAUX. ÉCRITS. PÉRIODIQUES. TIMBRE. Suppression.


DÉCRET qui abolit I'impôt du Timbre sur le Journal et autre publication.  Le GDN, décrète : L'impôt du timbre sur les journaux et autres publications est aboli. (Bull. off., 5 septembre 1870)


BOUCHERIE. COLPORTAGE. PARIS.


DÉCRET qui abroge l'article du décret du 25 fév. 1858 sur l'exercice de la profession de boucher dans la ville de Pars. (5 septembre 1870) Le GDN, sur le rapport du ministre de l'agriculture et du commerce;  Vu l'art. 1 du décret du 24 févr. 1858, sur l’exercice de la profession de boucher dans la ville de Paris, ledit article ainsi conçu: ici. Le colportage en quête d'acheteurs des viandes de boucherie est interdit dans Paris. Décrète ce qui suit : L'art. 1 du décret du 24 fév. 1858 est abrogé. 2. Le ministre de l'agriculture et du commerce est chargé de l'exécution du présent décret.


SERMENT. FONCTIONNAIRES PUBLICS.


DÉCRET qui 1° délie de tout serment les fonctionnaires publics de l'ordre civil, administratif, militaire, judiciaire ; 2° abolit le Serment politique (5 septembre 1870). Le GDN décrète : Les fonctionnaires publics de l'ordre civil, administratif, militaire et judiciaire, sont déliés de tout serment. Le serment politique est aboli.


FORMULE EXECUTOIRE. JUGEMENTS, ETC.


DÉCRET relatif à la formule exécutoire du arrêts, jugements, mandats de justice, contrat, et autres actes (8 septembre 1870). Le GDN, décrète : Les tribunaux rendront la justice au nom du Peuple français. Les expéditions des arrêts, jugements, mandats de justice, ainsi que les grosses et expéditions des contrats et de tous autres actes susceptibles d'exécution forcée, seront intitulées ainsi qu'il suit : RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.

Pour les arrêts et jugements à La Cour d'appel ou le tribunal de ..... (Copier l'arrêt ou le jugement). Pour les actes notariés et autres, transcrire la teneur de l'acte. Lesdits arrêts, jugements, mandats de justice et autres actes seront terminés ainsi. En conséquence, la République mande et ordonne à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement ou arrêt à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux de première instance d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis.


En foi de quoi, le présent jugement ou arrêt a été signé par ...., etc. MM. Les porteurs des expéditions des jugements et arrêts et des grosses et expéditions des actes délivrés avant l'ère républicaine qui voudraient les faire mettre à exécution, devront préalablement les présenter aux greffiers des Cours et tribunaux pour les arrêts et jugements, ou à un notaire pour les actes, afin d'ajouter la formule ci-dessus indiquée à celle dont elles étaient précédemment revêtues. Ces additions seront faites sans frais.

MINISTÈRE DE LA MAISON DE L'EMPEREUR. LISTE CIVILE. DOMAINE PRIVE.


DÉCRET qui supprime le Ministère de la Maison de l'Empereur (6 septembre 1870).

LE GDN, décrète :


Art. 1er. Le ministère de la maison de I‘Empereur est supprimé.

Art. 2. Tous les biens, meubles et immeubles, désignés sous le nom de biens de la liste civile, feront retour au domaine de l'Etat.

Art. 3. Les biens désignés sous le nom de biens du domaine privé seront administrés sous séquestre, sans préjudice des droits de l'Etat et des droits des tiers.

Art. 4. Il sera nommé par le ministre des finances une commission chargée de la liquidation des biens de l'ancienne liste civile et du domaine privé, ainsi que de l'administration pendant la durée de la liquidation desdits biens autres que ceux déjà réunis aux ministères du commerce, de l'instruction publique et de l'intérieur.

Art. 5. Toutes dispositions contraires au présent décret sont abrogées.
DéPARTEMENT DE LA SEINE. ADMINISTRATEUR.


DÉCRET qui délègue M. Jules Ferry, membre du, Gouvernement, près l’Administration du parlement de la Seine. (6 septembre 1870)


DOUANES. COTONS EN LAINE. SURTAXE.

DÉCRET qui affranchit du paiement de la surtaxe établie par la loi du 7 mai 1860 les cotons en laine importés par la frontière de terre comprise entre Nantua et Schlerladt. (6 septembre 1870)

Le Premier siège de Paris,
la guerre au fil des jours
De la défaite de Sedan à la signature de l’armistice :

Le Journal Officiel de la nouvelle république débuta le 5 septembre, pour les décisions et débats, soit avec en général un jour de décalage, pareillement pour la presse qui pouvaient relater les informations de la veille, le tout dépendait de la sortie des édition du jour (une ou plusieurs) des imprimeries, le matin, ou le soir. Un soulèvement annonciateur se déroula à Marseille, la population avait envahie l’hôtel préfectoral dès le 7 août 1870, à sa tête Gaston Crémieux de la Ligue du Midi, puis le lendemain l’hôtel municipal était envahi et le mouvement fut rapidement réprimé.

PS : Il est à noter que Paris, la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de Seine étaient inclus dans le département de la Seine.

Chronologie du 1er au 30 septembre 1870

Le jeudi 1er. A Sedan dans les Ardennes l’armée française est battue, 120.000 soldats sont encerclés et vaincus par 200.000 Prussiens avec le soutien de leurs alliés, des principautés germaniques. Le maréchal Mac-Mahon est blessé lors de la bataille, son adjoint prend la relève. A l’issue des combats, on relève plus de 15.000 nationaux morts et blessés, les autres militaires Français sont faits prisonniers. Napoléon III très affaibli par des problèmes de santé, se rend compte de l'impasse, de la défaite sur place, circulant entre les bombes dans un étrange balais, il  reste hagard des heures durant.


Vendredi, 2/09. Napoléon III quitte Sedan et espère rencontrer Guillaume Ier pour une conciliation, il rencontre d’abord Otto von Bismarck (ci-contre en portrait) qui lui demande sa reddition. L’empereur refuse et il est mis aux arrêts au château de Bellevue, où se conclue la capitulation devant Guillaume Ier. De son côté et présent lors des affrontements, le fils unique, le prince Louis-Napoléon son héritier âgé de 14 ans prend la poudre d’escampette vers la Belgique. Ce comportement de fuite lui vaudra des Parisiens de se faire appeler en toute ironie : l’enfant de la balle...  (terme accolé aux enfants artistes, dont les parents étaient eux aussi du métier)



Samedi, 3/09. Napoléon III part en captivité à Wilhelmshoehe (Allemagne). Des rescapés et prisonniers de Sedan, de 80 à 90.000 soldats et prisonniers Français sont concentrés sur la presqu’île d’Iges avec peu de nourriture, dans des conditions sanitaires effroyables, plus sous le coup des humiliations et des vexations de leurs gardes. Les troupes parquées seront en proie à une forte dysenterie portée par les eaux de la Meuse, source de l’infection, la situation tournera au sordide avant l’évacuation. Ce lieu sera surnommé le « camp de la misère ». Dans l'après-midi à Paris, la régente Eugénie reçoit un télégramme de Napoléon III, lui annnonçant : « L'armée est défaite et captive, moi-même je suis prisonnier », à six heures du soir se tient un Conseil sous la présidence de l'Impératrice avec entre autres, les présidents des parlements. Juliette Lambert, épouse de M. Adam témoigne de la situation :  « Nous apprenons à Paris que quarante mille hommes ont capitulé avec Mac-Mahon, que Napoléon III est prisonnier. Cela s'appelle la défaite ou plutôt le désastre de Sédan. La douleur nous accable; mais le désespoir fait bien vite place à l'indignation. On sort de chez soi, on ne peut pas porter seul l'écrasante charge des malheurs de la France. » Vers sept heures du soir, les boulevards se peuplent ; tout le monde à la fois parle, gémit, s'indigne et discourt ; beaucoup de gens pleurent de rage. Plus tardivement dans la soirée, une quarantaine de députés se pressent au cabinet du président Schneider du Corps législatif et demandent une séance extraordinaire, qu'il obtiennent pour minuit sur convocation à domicile. Dans la nuit du jour au lendemain, c’est l'annonce de la défaite qui s'étend, les députés présents du Corps législatif élu sous l’empereur se rassemblent au Palais-Bourbon, ces derniers refusent de confirmer la régence à Eugénie de Montijo, cette dernière résidant au palais des Tuileries. Napoléon III est considéré comme prisonnier de guerre et enmené en Allemagne, la nouvelle est parvenue avec un jour de décalage. Dès la nuit du 3 au 4 la nouvelle tombe à Paris, elle enfle dans toute la ville.

 

Dimanche, 4/09. A Marseille à l’annonce de la chute du second Empire, la République est proclamée peu d’heures avant la capitale, les prisonniers politiques sont libérés à laquelle se joint la population en effervescence. A une heure du matin se tient une séance extraordinaire au Palais-Bourbon - la chambre des députés élue en 1869 - suite à l’annonce du  comte de Palikao, le dernier ministre de la guerre de Napoléon III, que Sedan à capituler. Jules Favre, l’orateur du moment propose alors trois articles, où il est stipulé en premier : « Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus des pouvoirs que leur a conférés la Constitution. » Le deuxième article demande la création d’une commission interne et troisièmement, il est précisé que : « le général Trochu est maintenu dans ses fonctions de gouverneur général de la ville de Paris. » Adolphe Thiers prend à son tour la parole pour faire une contre-proposition qui est suivie d’une suspension des débats, ceci après une déclaration d'urgence. Les trois propositions transmises au bureau sont soumises « à une seule et même Commission. La Chambre se réunit en conséquence immédiatement dans ses bureaux, et la séance publique » est levée. Vers dix heures du matin, des ouvriers se rassemblent après avoir débauché des ateliers, des gardes nationaux armés ou pas sillonent les boulevards et convergent sur la place de la Concorde. Les abords du Palais Bourbon sont gardés. Une ligne de gardes municipaux à cheval coupe tout accès au pont de la Concorde « sous le cour mandement du général Soumain. A la suite de dissentiments avec le président du conseil, comte de Palikao, le général Trochu, gouverneur de Paris, s’est enfermé dans son quartier général du Louvre. » Jusqu’à ce que la gronde commençe à se faire sentir. Hors de l’enceinte de l'assemblée législative, l’attroupement est massif sur la place de la Concorde, le pont du même nom allant vers le Palais-Bourbon est bloqué par un dispositif policier, prêt à sabrer, s’il en est décidé, mais rien ne vient. Juliette Adam précise que des consignes la veille avaient été données de ne pas céder à la violence, le "péril communiste" élément de la hantise.

En début d’après-midi, à 13h15, « dans l’intervalle de suspension » du Corps législatif, « la foule, stationnant », maintenue jusqu’alors sur le pont de la Concorde investie le Palais-Bourbon, les cordons de protection cèdent sous la pression, et aucun ordre concret ne parvient de charger les manifestants. Dans « les couloirs et les escaliers de la Chambre », les citoyens se précipitèrent dans les tribunes publiques en poussant des appels à « La déchéance! » mêlés aux cris de « Vive la France! Vive la République! ». Seuls « douze à quinze députés »  sont dans la salle (sur 283 élus), se trouve au banc du gouvernement le comte de Palikao et le président M. Schneider (l’entrepreneur ou maître de forge du Creusot) après avoir rejoint le son siège de président, celui-ci attend le calme et le silence dans les tribunes. M. Adolphe Crémieux s'adresse alors au public : « Mes chers et bons amis, j'espère que vous me connaissez tous, ou au moins, qu'il y en a parmi vous qui pourront dire aux autres que c'est le citoyen Crémieux qui est devant vous. Eh bien! nous nous sommes engagés, nous, les députés de la gauche... » (Bruit.) Commence alors un débat vif.

Depuis l’Assemblée, la foule est finalement entraînée par les députés, Gambetta en tête de cortège. Après le défilé, la République est proclamée au balcon de l’Hôtel-de-Ville. Les députés dits républicains s'installent en fin de journée à l'hôtel de municipal, ils y forment un Gouvernement (autoproclamé) de la Défense Nationale (acronyme : GDN). Le Président est le général Jules Trochu ; comme ministres : Jules Favre aux Affaires étrangères et vice-président ; Léon Gambetta, 32 ans, à l'Intérieur ; Adolphe Le Flô à la Guerre ; Pierre-Frédéric Dorian aux Travaux publics (fouriériste), Jules Simon à l’instruction publique et aux cultes ; Louis Antoine Garnier-Pagès sans ministère et ancien ministre des finances et maire de la capitale en 1848, plus Henri Rochefort comme membre du gouvernement sans portefeuille (jusqu’au 1er novembre 1870). Étienne Arago, frère de François (plus connu) est nommé sur proposition de Léon Gambetta, maire de Paris. Et le comte Emile de Kératry (républicain du Tiers parti : la « gauche dite ouverte » et élu en 1869 du Finistère), se voit à son tour nommer préfet de police. La Préfecture de police fut selon lui sous le second Empire une « véritable officine de complots et de mouvements simulés, destinés à réconforter le régime impérial à certaines heures par l’évocation du spectre rouge » et proposa – sans suites – sa suppression. Ce même jour à Paris, des internationaux appellent à « une levée en masse », s’engage un certain Léo Fränkel dans la garde nationale. Et re-constituera avec Eugène Varlin, le conseil fédéral de l’Internationale. Un certain Jules Alexandre Mottu est lui désigné par Etienne Arago comme maire du 11e arrondissement en remplacement de Léonce Ribert. Le méconnu M. Mottu fort des comités de vigilance de sa localité y développera l’enseignement laïque avant d’être révoqué, puis réélu en décembre, et sera aussi apprécié des blanquistes, comme Gustave Flourens, sans l’être véritablement.

Lundi, 5/09. Proclamation du maire de Paris, Etienne Arago invite « la population à se serrer autour de la municipalité » et dans sa promulgation en entête de page, il rédige Commune de Paris, qu’on lui demande de retirer... la chose est faîte, lui sont adjoints MM. Charles Floquet et Henri Brisson. Sont désignés aussi les maires provisoires des 20 arrondissements de la capitale. Entre autres, Georges Clemenceau, 29 ans, devient maire du 18e arrondissement. Des comités de vigilance se constituent dans une bonne part de la ville. Léon Gambetta compléte la garde nationale de soixante bataillons nouveaux.  Léon Gambetta s'adressant au sous-préfet de Saint-Denis, lui ordonne de convoquer « immédiatement la garde nationale et faites-lui élire ses chefs. Pour l'expulsion des étrangers ; entendez-vous avec les autorités militaires. Quant à l'évacuation du  pénitencier, nous aviserons plus tard. » ; puis au préfet de police de Paris il fait appel à son « attention sur la situation des sergents de ville. De tous  côtés me viennent des bruits alarmants pour leur sécurité. » (Courriers du jour de Léon Gambetta, département de la Seine) Victor Hugo revient de son exil en fin de soirée, il arrive par le train à la Gare du Nord, il va « serrer 6.000 mains » précise-t-il ; Hugo père est accueilli par les Parisiens avec chaleur et enthousiasme. Celui-ci dans les jours suivants ira se promener dans la capitale qu’il n’a pas vue depuis 20 ans et s'amusera de la ville de plâtre. Hugo en rédigera quelques écrits et ses impressions sur les travaux haussmaniens.

A Neuchâtel, Suisse, est publié un MANIFESTE aux sections de l'Internationale :


« L'empire français vient de crouler dans la honte et dans le sang. La république est proclamée ; le peuple français est redevenu maître de ses destinées. Le roi de Prusse cependant continue à faire la guerre à la France. Ce n'est plus à l'empereur qu'il en veut, c'est à l'indépendance du peuple français. Dans des circonstances pareilles, le devoir de tous les socialistes, de tous les hommes de coeur, est tracé. La France républicaine représente la liberté de l'Europe, l'Allemagne monarchique représente le despotisme et la réaction. Il faut que de toutes parts les républicains se lèvent, et marchent à la défense de la république française. Internationaux, c'est à nous de donner le signal de ce mouvement. Dans tous les pays, groupons-nous, armons-nous, et marchons, volontaires de la liberté et de l'égalité, pour combattre à côté de nos frères de France. La cause de la république française, c'est celle de la révolution européenne, et le moment est venu de donner notre sang pour l'affranchissement des travailleurs et de l'humanité tout entière. Internationaux de l'Allemagne ! Jusqu'à présent, votre attitude en présence de la guerre n'a pu être qu'une protestation. Maintenant votre rôle change. Votre devoir impérieux est de tendre la main à vos frères français, et de les aider à écraser l'ennemi commun. L'ennemi commun, c'est la puissance militaire de la Prusse. Levez-vous donc aussi au nom de la république, et qu'il n'y ait, à Berlin et à Paris, que des frères unis sous le même drapeau et marchant au même combat. Internationaux des Sections de la Suisse !


Convoquez immédiatement dans, vos localités des assemblées populaires ; faites-y une propagande ardente de nos principes ; - organisez-vous fortement, en groupant séance tenante tous les ouvriers dans leurs corps de métiers respectifs ; - ouvrez une souscription dont le montant vous permettra de faire face aux frais extraordinaires nécessités par la situation, et versez à cette souscription votre dernier sou disponible ; - demandez des armes pour les volontaires. Que toutes les Sections se mettent en correspondance entre elles et avec leurs Comités fédéraux ; qu'elles s'envoient mutuellement des délégués.


Ardeur, énergie, promptitude ! Internationaux du monde entier ! Ceci est l'aurore du jour nouveau, du jour de la justice qui se lève sur l'humanité. Vive la République sociale universelle ! »
                                                                        

                                                                    Supplément au n°22 de la Solidarité

Mardi, 6/09. Il est annoncé par le Journal Officiel que « La volumineuse correspondance de la famille impériale avec de nombreux personnages contemporains a été saisie à la frontière par les soins du préfet de police ». Un décret autorise la ville de Paris à prélever une somme de 5 millions de francs pour faire face aux dépenses occasionnées par la guerre. Le gouvernement désigne des préfets pour tous les départements, M. O’Reilly, ancien secrétaire général de la préfecture de police est nommé maire du 10e arrondissement de Paris, en remplacement de M. Turpin, qui n'a pas accepté. Le préfet annonce que « Tout individu appartenant aux pays en guerre avec la France et non muni d'une autorisation spéciale sera tenu de quitter les départements de la Seine et de Seine-et-Oise dans les vingt-quatre heures, à partir d'aujourd'hui, huit heures du matin, sous peine de l'application des lois militaires ». Il est lancé une souscription nationale de 720 millions de francs. S’établit depuis le jardin d’Acclimatation un vol de pigeons pour la circulation des nouvelles ou la préfiguration du service des « pigeongrammes » avec des données microfilmées. Pareillement depuis Lille s’envolaient d’autres volatiles et leurs messages, qui trois jours après seront réceptionnés à la gare du Nord. M. Germain Rampont est désigné ce même jour, au poste de directeur général des postes. Ainsi en fonction, il deviendra le créateur de l’administration des aérostats et des pigeons voyageurs. Et la ville de Toul résiste aux assauts de l’armée ennemie.

Courriers du jour de Léon Gambetta, département de la Seine :

  
à M. de Kératry, préfet de police (en photo)


« Un gendarme a été attaqué dans les rues de Paris. Je vous  prie de vouloir bien faire le nécessaire pour que le même fait ne se produise plus et que tout uniforme de soldat soit respect
é.
»


à l’Imprimerie nationale : « Le général Vinoy est arrivé intact à Paris à 4 heures du soir avec 13 trains d'artillerie, 11 trains de cavalerie, 14 trains d'infanterie. Le matériel de tout le chemin du Nord, renforcé des matériels des autres Compagnies, retourne immédiatement vers le Nord prendre le reste des troupes du général Vinoy. » 


à M. le ministre de la justice : « Je  vous prie de vouloir bien prendre sans retard les mesures  nécessaires pour qu'un service d'affichage soit organisé à  l'Imprimerie nationale, service actuel très insuffisant ».


Le Journal Officiel contient la déclaration suivante :

« Le gouvernement de la Défense nationale reçoit incessamment » les adhésions chaleureuses des députés de l'opposition élus par les départements. Tout le monde a compris que, dans la crise que nous traversons, là où est le combat, là doit être le pouvoir. C'est sur Paris que marche à cette heure l'armée envahissante. C'est dans Paris que se concentrent les espérances, de la patrie.

Pour affronter cette lutte suprême, dans laquelle il suffit de persévérer pour vaincre, la population parisienne a choisi pour chefs les mandalaires qu'elle avait déjà investis de sa confiance, et le général dévoué sur lequel repose spécialement l'organisation de la défense.
Rien de plus logique et de plus simple. Quand Paris aura fait son devoir, il remettra, à la nation le mandat redoutable que la nécessité lui impose, en convoquant une assemblée constituante. Les députés des départements l'ont bien compris, aussi ne marchandent-ils au gouvernement de la Défense nationale ni leurs conseils ni leur concours. »

Mercredi, 7/09. Jules Ferry est désigné comme délégué du gouvernement auprès de l'administration du département de la Seine, en charge de coordonner les actions avec la banlieue et les forts, avec entre autres la mise en place des ambulanciers, etc.. Emile Zola et sa récente épouse quitte Paris pour Marseille. Clemenceau demande « de s’appuyer sur les conseils municipaux élus sous l'influence du courant libéral et démocratique… ou sur des municipalités provisoires ». Paraît ce jour le n°1 du journal blanquiste : La patrie en danger. Lors de cette journée sont créés les gardiens de la paix publique.


Jeudi, 8/09. Une manifestation de femmes se déroule devant l’Hôtel-de-Ville, avec à sa tête André Léo (Léodile Champeix) et Louise Michel. Les manifestantes demandent des armes pour lutter contre les Prussiens. M. de Kératry, « Le Préfet de Police invite les habitants de Paris qui doivent quitter la capitale à accélérer leur départ ». Un décret appelle à la convocation des collèges électoraux le 16 octobre pour désigner une assemblée constituante (qui n’aura pas lieue). L’impératrice Eugénie se réfugie en Grande-Bretagne, et le jeune prince Louis-Napoléon a déjà rallié le port de Douvres depuis la Belgique. Ce jour, la République française est reconnue par l’Angleterre, la Russie, l’Espagne, la Suisse, l’Italie, le Portugal et les Etats-Unis, son ambassadeur, M. Washburn adresse à Jules Favre son amitié traditionnelle.


Vendredi, 9/09. Edgar Quinet est de retour à Paris et écrit à cette date : « Mon exil de dix-neuf ans voulait dire que le gouvernement du Deux Décembre (1851) ne pouvait produire que l'esclavage et la ruine de la France. Ce gouvernement est tombé, la justice est satisfaite, l'honneur est sauf. Mon exil n'a plus de raison d'être. Je viens parmi vous m'associer à vos périls. »  Le Siège de Paris et la défense nationale »)


Samedi, 10/09. Prosper Mérimée quitte Paris pour Cannes.


Dimanche, 11/09. Dans la capitale, se forme une fédération des comités de vigilance sous la houlette de blanquistes, de socialistes, de jacobins et révolutionnaires de tout poil, et elle se désigne comme le « Comité central républicain de défense nationale des vingt arrondissements ». Il est décrété une taxe sur la viande.

 

Lundi, 12/09. Adolphe Crémieux est désigné ministre de la Justice, auquel lui sont adjoints deux ministres. Celui-ci décide l'envoi d'une délégation à Tours composée du ministre de la Marine, l'amiral Fourichon et du ministre Glais-Bizoin sans portefeuille. Ils sont envoyés pour relayer l'action du gouvernement en province, d’autres suivront, la ville de Tours va tenir le rôle ou faire office d’une capitale bis jusqu'en décembre. L'ennemi est sur le point d'arriver sous les murs de Paris, le préfet de Police décide que : « nul ne pourra plus sortir de Paris, ni y entrer, sans être muni d'un permis de circulation délivré par le Ministère de l'Intérieur ». Monsieur Thiers mandaté se rend à Londres pour une semaine de tractations diplomatiques.

 

Mardi, 13/09. Le ministre des travaux publics, M. Dorian, fait fabriquer de nouveaux canons à l'usine de M. Cail (Jean-françois). Le général-président Trochu, Breton, catholique et soldat, passe en revue d’inspection l'armée de Paris. Depuis chez elle, Juliette Lambert, épouse d'Edmond Adam découvre que le général Trochu passe à cheval sous ses fenètres « il est accueilli par des bravos frénétiques ; il soulève son képi ; je ne sais pas si c'est parce que j'habite au quatrième étage, mais M. Trochu, que je ne connais pas, me fait l'effet d'avoir une tête de linotte. »

 

Mercredi, 14/09. Le Comité central républicain des 20 arrondissements parisiens, installé au n°6 de la rue de la Corderie, fait afficher la première Affiche Rouge et sa première proclamation sur les murs de la capitale.

                                       La 1ère AFFICHE ROUGE


Il y est inscrit pour demandes :


1/ la « suppression de la police d'État et son remplacement par des magistrats nommés par les municipalités et aidés par des membres de la Garde nationale ;

2/ l’« élection et responsabilité de tous les fonctionnaires ;

3/ la « liberté de la presse, de réunion et d'association ;

4/ et la « réquisition des marchandises et rationnement pour pouvoir résister à un siège de la ville par les troupes allemandes ».

Jeudi 15/09. Michel Bakounine est à Lyon, il a mis en place avec des Internationaux un Comité de salut de la France et recommande l’abolition de l’Etat pour les communes révolutionnaires.


Vendredi, 16/09. Victor Schoelcher est nommé colonel d'Etat-major des gardes nationales de la Seine par le général-président Trochu. Parution ce jour, du n°1 du journal de Félix Pyat, Le Combat, qui deviendra en fin d’année Le VengeurL'amiral Martin Fourichon, se rend à Tours, auprès de MM. Glais-Bizoin et Adolphe Crémieux. Ministre de la marine, il exercera jusqu'au 5 octobre, comme intérimaire le poste de ministre de la guerre. Il devra renoncer à son poste en raison de la subordination du pouvoir militaire à l'autorité civile (ou politique). Il sera à l'origine de la première armée de la Loire avant sa formalisation par Gambetta. Et il sera rapidement fait appel aux troupes africaines de rejoindre la "métropole". Juliette Lambert, épouse Adam devient ambulancière.


Samedi, 17/09 Les armées germaniques investissent le château de Fontainebleau et des combats se déroulent à Montmesly, près de Créteil, contre le 13e corps allemand. De Léon Gambetta au maire de Vanves : 1/ « Faites ouvrir d'autorité, conformément à la loi, maisons abandonnées par propriétaires; mais exercez surveillance rigoureuse pour qu'il n'y ait pas de dégâts. 2/ « Faites immédiatement arrêter espions présumés et référez à préfet de police. »


Dimanche, 18/09. Les avant-gardes prussiennes arrivent devant Paris, début du premier siège avec deux corps d’armée composés de 400.000 hommes, pour y faire face 500.000 défenseurs, dont 330.000 gardes nationales de Paris. « le rapport militaire signalait l'ennemi à Vitry, Chevilly, Clamart, Bourg-la-Reine, Gonesse, Meudon ; les Allemands arrivaient sous les murs de-la capitale par trois côtés à la fois ; deux corps bavarois, la division wurtembergeoise, le corps saxon, la garde prussienne et quatre corps d'armée prussiens s'établissaient devant nos forts. (...) « Le soir, de sourdes et lointaines détonations arrivèrent jusqu'au cœur de la capitale ; c'étaient les ponts de Saint-Cloud, de Sèvres et de Billancourt qui sautaient. Ainsi, plus de communications, plus de dépêches, plus de nouvelles ; la grande ville, complètement investie, isolée du reste du monde, il ne lui restait plus pour correspondre au-dehors que la route aventureuse des airs ». (Pierre Larouse, Dictionnaire universel du XIXe siècle, volume 12). Une commission des barricades est instituée sous la direction d’Henri Rochefort, « avec mission d'établir une seconde enceinte de défense de la capitale en deçà des fortifications » construites en 1840 sous Louis-Philippe, elles sont investies par les armées allemandes. Le Gouvernement décide lui d’allouer 600.000 francs à la fabrication des mitrailleuses, et l’on signale des fusillades au Bourget.


Lundi, 19/09. Le général et président Jules Trochu (en photo) fait évacuer le plateau de Châtillon, après que les troupes françaises soient dans l'obligation de se retirer, battues par l’ennemi. S’y installent les soldats du maréchal Von Molke, le grand artisan de la victoire Prussienne. Celui-ci fait fortifier les hauteurs et dispose ainsi d’un point de bombardement sur la capitale, et tout l’Ouest parisien est cerné. Selon La patrie en danger, les chefs de bataillons ont demandé « l’ajournement des élection municipales de province et les législatives ». Le gouvernement fait la sourde oreille, il constitue une Cours martiale. Bondy et ses alentours sont occupés par les fridolins, les forces ennemies positionnent une batterie d’artillerie.


Mardi, 20/09. A Paris, il est donné ordre du préfet de Police de fermer les établissements ouverts au public (débits de boisson, restaurants, etc.), à 10 heures et demi du soir. Il est fait état de l’échec des tractations pour la paix entre le chancelier Bismarck et Jules Favre aux Affaires étrangères. « Le roi de Prusse vient de publier à Reims un manifeste qui déclare l'empereur Napoléon III le seul souverain légitime de la France, et le pouvoir actuel un pouvoir intrus et usurpateur, émané d'une faction parisienne. (…) L'anéantissement de la France est au bout du décret du 16 septembre, qui fixe les élections municipales au 25 septembre et les élections législatives au 2 octobre 1870. Déjà le corps municipal de Paris a protesté tout entier, avec énergie, contre cette mesure néfaste. Cela ne suffit pas. Le comité de défense nationale a failli à tous ses devoirs ; il ne défend pas le pays, il le livre à la Prusse. Il est frappé de déchéance » (La patrie en danger, Auguste Blanqui).


Mercredi, 21/09. « La ville a des approvisionnements pour trois mois ; or, le siège ne date que de cinq jours, et déjà toutes les denrées enchérissent rapidement. (…) « La solde des gardes nationaux coûte plus de  600.000 francs par jour. Le gouvernement déclare qu'avant huit jours les caisses seront vides. Et cependant, on doit faire face à une foule d'autres dépenses, toutes urgentes. » (La patrie en danger) Léon Gambetta, ministre de l’intérieur, déclare : « C'est aujourd'hui le 21 septembre. Il y a soixante-dix-huit ans, à pareil jour, nos pères fondaient la République, et se juraient à eux-mêmes, en face de l'étranger qui souillait le sol sacré de la Patrie, de vivre libres ou de mourir en combattant. Ils ont tenu leur serment; ils ont vaincu, et la République de 1792 est restée dans la mémoire des hommes comme le symbole de l'héroïsme et de la grandeur nationale. » (Courriers, etc. et Discours de Léon Gambetta, Joseph Reinach)


Jeudi, 22/09. « Aujourd'hui les situations sont retournées, mais les rôles restent les mêmes. Les conservatistes trament sournoisement le crime de la paix, pour renverser la République, dut la France en périr. Le parti de la Révolution exige hautement la guerre à outrance, unique chance de salut pour la nation. Elle ne se relèverait pas de la chute que le conservatisme lui prépare. Le démembrement et la spoliation ne seraient que les moindres de ses malheurs. Le coup mortel, c'est l'opprobre. Il est des moments dans l'histoire qui rayent un peuple de la liste des sociétés humaines. Sa vie morale s'éteint; il descend les marches du sépulcre, et ne les remontera jamais. Nous sommes au bord de cette tombe creusée par Bonaparte. (…) Paris, malgré tant de fautes militaires, Paris est encore debout. Gardons notre argent pour acheter du plomb et du fer. Un million de chassepots nous coûterait cent millions. C'est la cinquantième partie de ce qu'on exigera de nous. Point d'or pour les Prussiens! Du fer et du plomb. » (La patrie en danger). En Espagne, le républicain José Maria Orense lance un appel de mobilisation « Ayudenos en Francia » (Aidez-nous en France) afin de soutenir les armes en main la France républicaine et l’espoir de trouver son soutien en retour. Il existera plusieurs centaines de volontaires espagnols et des sud-américains engagés en France contre les Prussiens et leurs alliés. (Les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871, Alexandre Dupont) Par ailleurs, il est décidé par le Gouvernement d’accorder une solde aux francs-tireurs.

 

Vendredi, 23/09. Victor Schoelcher devient vice-président de la commission des barricades. Gambetta décide d’incorporer les francs-tireurs aux armées de la Loire et de l’Est : « Attendu qu’il ne peut exister sur le territoire de la République aucune force armée qui ne soit subordonnée à un pouvoir régulier ; attendu que les opérations des francs-tireurs doivent, pour se combiner utilement avec celles des autres armées, être dirigées par l’autorité militaire, décrète les compagnies de francs-tireurs seront mises à la disposition de M. le ministre de la Guerre et soumises, au point de vue de la discipline, au même régime que la garde nationale mobile » (Les francs-tireurs pendant la guerre de 1870-1871, Armel Dirou, 2009). A Cannes, Prosper Mérimée décède. En soirée la ville de Toul capitule (Meurthe-et-Moselle).

Le premier ballon postal, le Neptune s’envole de la place Saint-Pierre depuis Montmartre le 23/09/1870 avec du courrier en destination de Tours pour sa Délégation hors de Paris.

Témoignage de Léontine Marchand
sur le siège de la ville de Toul
(...) « Je passerai sous silence toutes les autres attaques pour ne me souvenir que du dernier jour, 23 (le 26 à l’origine, erreur de la rédactrice de cette lettre) septembre, où sur la demande de la Place, la Ville capitula. C'était un vendredi. Depuis trois jours, on n'avait laissé aux habitants ni repos, ni tranquillité.

Jour et nuit on nous lançait des projectiles et ce qui est des plus humiliants pour la page historique de l'Allemagne, c'est que leurs mœurs et leurs manières guerrières démontrèrent chez eux la plus inqualifiable lâcheté en s'attaquant principalement aux ambulances, aux temples et monuments civils.

On leur reprochera également leur inhumanité et la manière barbare avec laquelle ils agirent en face des malheureux habitants du village de Fontenoy, là où l'on fit sauter le pont donnant ligne directe de Strasbourg à Paris par voie ferrée, ce qui pendant près de trois semaines arrêta l'envoi direct de toutes leurs troupes et approvisionnements de guerre. Ils accusèrent les habitants de ce village d'avoir donné asile à des francs-tireurs qui, disaient-ils, avaient fait sauter ce pont.

Cela était vrai et ce fut un grand tort qui, au lieu d'être une aide, ne fit qu'accroître la position critique. Les habitants de Fontenoy furent par ordre des Allemands chassés de leurs habitations, sans leur permettre même de prendre le plus minime bagage. Ensuite, ils mirent le feu à toutes les maisons. II ne resta seule que l'église. Mais où leurs crimes furent les plus sanglants, c'est que deux malheureux vieillards octogénaires et infirmes, n'avaient pu quitter leurs lits pour prendre la fuite, furent par eux brûlés dans les flammes.

On se demande vraiment en remontant à ce temps de barbarie s'il est bien possible qu'au XIXe siècle nous eussions véridiquement donner de semblables détails. Malheureusement ils ne sont que trop vrais et humiliants pour la race humaine. Je tire le rideau pour rappeler une scène plus déchirante encore. » (...)
Mémoires de Léontine Marchand, présenté par Philippe Lazerme - Toulouse - 1978  


Samedi 24/09. Le Journal des Débats annonce « aujourd'hui qu'en raison des obstacles matériels apportés à l'exercice des droits électoraux par les événements militaires les élections municipales de Paris, fixées précédemment au 28 de ce mois, n'auront pas lieu à cette date, et que les élections pour l'Assemblée Constituante, qui devaient avoir lieu le 2 octobre, sont également ajournées. » et le périodique conservateur approuve cette décision.  


Dimanche 25/09. Rapport militaire, le matin, 7h20, le commandant du fort de Montrouge à l’Amiral Pothuau du fort de Bicêtre « Aucun changement apparent depuis hier ; je crois toujours Bagneux occupé par un corps considérable ». L’Amiral Pothuau depuis le fort Bicêtre au Gouverneur de Paris à 7h52 du matin : « Rien de nouveau ce matin ; tout est calme autour de nous. Hier dans la reconnaissance faîte à Montrouge nous avons eu trois blessés. » Le commandant d’Ivry au Gouverneur de Paris, à 2h17 de l’après-midi : « La dépêche de tous les forts constatent ce matin la tranquillité la plus absolue ; l'ennemi ne se montre nulle part. Ce matin, nos canonnières descendant la Seine ont mitraillé la position de Brimborion, où l'on soupçonnait des travaux de batteries. »


Lundi 26/09. Conclusion d’un écrit de Napoléon III déchu depuis Wilhelmshoeshe : « Le terrible choc que la Providence a permis entre l'Allemagne et la France peut avoir fait jaillir une étincelle que le progrès trouvera utile au salut moral et matériel de l'Europe. Mais si, des deux côtés, l'on persiste à considérer l'emploi de la force comme l'unique solution, il sortira de ce choc un inconnu redevable, qui apportera à l'Allemagne autant de calamités qu'à la France. » Durant la journée un ballon a volé au-dessus de Paris drapé aux couleurs bleu, blanc, rouge et a observé le mouvement des troupes prussiennes, et lors des voyages sont embarqués des pigeons, c’est le photographe Nadar qui est chargé de l’expédition des volatiles.

Ci-contre Photo de Napoléon III, son épouse Eugénie et leur fils enfant


Et ce même jour 2000 jeunes républicains défilent pour prêter secours rue de Rivoli avec des pancartes : « Aides ambulances, aides pompiers, aides estafette » et déposent une gerbe au pied de la statue de la Ville de Strasbourg, place de la Concorde. Le général et chef d'état-major Schmitz, gouverneur militaire de Paris, informe que : « L'ennemi ne semble dessiner d'attaque accusée sur aucun point ; il établit des lignes de circonvallation et occupe les hauteurs à grande distance. La défense veille activement sur tous les points. Toutes les fois que l'on aperçoit un convoi ou une reconnaissance, les forts y envoient des obus et les coups portent presque toujours heureusement. »

 

Mardi, 27/09. Fort de Nogent, à 7h20 du matin, le commandant supérieur au général commandant supérieur de Vincennes : « La nuit a été calme autour de nous. Mes guetteurs affirment avoir entendu le roulement des voitures d'artillerie, une partie de la nuit, dans la direction et au-dessus de Brie. La reconnaissance ne signale rien. »


Mercredi, 28/09. La capitulation de Strasbourg est signée à deux heures du matin et remise au général Ulrich. Edouard Lockroy dans le Rappel : « Il plaît à M. de Bismarck d'appeler ce peuple "populace" ; soit ! Mais qu'il ne compte point sur cette populace pour le servir. Cette "populace" d'ouvriers et de bourgeois veut le salut de la France et l'affranchissement de la République. Cette populace est héroïque et elle est sage. Elle est sans haine, et elle est sans faiblesse. Elle est toute prête encore à dire au peuple allemand : "Mon frère". Mais si votre aigle royal lui tombe sous la main, elle est parfaitement capable de l'empailler. » A Paris, dans un laps de temps de quelques jours, le général Trochu face à ceux qui déclarent qu’il faut sortir de la capitale, répond que c’est une « une insigne folie » et renonce à l’idée de la tenue des élections.


Jeudi, 29/09. La viande commence à se faire rare, les files devant les boucheries grandissent (la volaille est de 10 à 12 francs, les 500 grammes de beurre à 8 francs). Le préfet et comte de Kératry fait une note sur l’incendie des Buttes-Chaumont.


Vendredi, 30/09. Il est organisé une réquisition des blés et des farines, et de nouveaux bataillons de la garde nationale se forment, à cette date, ils sont 194, soit 350.000 hommes plus ou moins en état de combattre, ou en mesure d’affronter le feu. Les localités de Chevilly, l’Haÿ-les-roses et Choisy-le-Roi (en Seine-et-Oise) au sud-est de Paris sont attaquées.


En photo, des soldats prussiens présents à Torcy en septembre 1870 (Seine-et-Marne)

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La République des dupes?

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