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Ce qui est démocratique :  faire du petit cercle de connaisseurs un grand cercle de connaisseurs


Bertolt Brecht


1 - Article, La directive européenne de la honte, par Evo Morales Ayma
2 - Article,Tensions régionales en Amérique Latine, par Sébastien Brulez
3 - Article, Contre la barbarie, par un collectif de signataires
4 -  Article, Les jésuites, protecteurs des Indiens, par Thibaut  Kaeser
5 - Article,  Sept années de plan Colombie..., par Kyle Johnson
6 - Article, Le prêtre guérillero, par Thibaut Kaeser
Amérique Latine

archives
des articles 2008

Sommaire :
1ère partie






Non à la directive
européenne
de la honte


par Evo Morales Ayma,
Président de la République de Bolivie,
le 11 juin 2008

Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du monde, je fais appel à la conscience des dirigeants et citoyens pour que ne soit pas approuvé le texte de la "directive retour".

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe était un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’habitants partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques. Aujourd’hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite "directive retour".

Ce texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l’Intérieur des 27 pays de l’Union européenne, doit être approuvé le 18 juin par le Parlement européen. Je perçois qu’il durcit de manière drastique les conditions de détention et d’expulsion des migrants sans papier, quel qu’ait été leur temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration.

Les Européens sont arrivés dans les pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, en masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus, et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre continent en exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût très élevé pour les peuples premiers de l’Amérique. Comme par exemple dans le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines qui donnèrent sa masse monétaire au continent européen entre le XVIe et le XIXe siècle. Les personnes, les biens, les droits des migrants européens furent toujours respectés. Aujourd’hui, l’Union européenne est la principale destination des migrants du monde, conséquence de son image positive d’espace de prospérité et de libertés publiques. L’immense majorité des migrants viennent dans l’Union européenne pour contribuer à cette prospérité, non pour en profiter. Ils occupent les emplois de travaux publics, dans la construction, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne peuvent ou ne veulent occuper les Européens. Ils contribuent au dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation entre actifs et inactifs qui rend possible ses généreux systèmes de solidarité sociale et dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l’UE.

Pour nous, nos émigrants représentent l’aide au développement que les Européens ne nous donnent pas - vu que peu de pays atteignent réellement l’objectif minimum de 0,7 pc du PIB d’aide au développement. L’Amérique latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts financiers de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300 milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars octroyés au nom de l’aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, a reçu plus de 10 pc de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1 milliard de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.

Il apparaît que les flux de migration sont bénéfiques pour les Européens et, de manière marginale, aussi pour nous du Tiers-Monde, vu que nous perdons des millions de personnes de main-d’oeuvre qualifiée en laquelle, d’une manière ou d’une autre, nos Etats, bien que pauvres, ont investi des ressources humaines et financières. Il est regrettable que le projet de "directive retour" complique terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque Etat ou groupe d’Etats puisse définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes soient déniés à nos compatriotes et à nos frères latino-américains.

La directive retour prévoit la possibilité d’un enfermement des migrants sans papier jusqu’à 18 mois avant leur expulsion - ou "éloignement" selon le terme de la directive. Dix-huit mois ! Sans procès, ni justice ! Tel qu’il est, le projet de directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8 et 9 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. Et en particulier l’article 13 qui énonce : "1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays." Et, pire que tout, il existe la possibilité d’emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans prendre en compte leur situation familiale ou scolaire, dans ces centres de rétention où nous savons que surviennent des dépressions, des grèves de la faim, des suicides.

Comment pouvons-nous accepter sans réagir que soient concentrés dans ces camps nos compatriotes et frères latino-américains sans papiers, dont l’immense majorité travaillent et s’intègrent depuis des années ? De quel côté est aujourd’hui le devoir d’ingérence humanitaire ? Où est la "liberté de circuler", la protection contre les emprisonnements arbitraires ? Parallèlement, l’Union européenne tente de convaincre la Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou) de signer un "Accord d’association" qui inclut en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu’imposent les Etats-Unis. Nous subissons une intense pression de la Commission européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publics. De plus, au nom de la "protection juridique", on nous reproche notre processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs.

Je demande, dans ce cas : où est la "sécurité juridique" pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ? Promouvoir d’un côté la liberté de circulation des marchandises et des flux financiers, alors qu’en face nous voyons des emprisonnements sans jugement pour nos frères qui ont essayé de circuler librement... Ceci est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques. Dans ces conditions, si cette "directive retour" devait être approuvée, nous serions dans l’impossibilité éthique d’approfondir les négociations avec l’Union européenne et nous nous réservons le droit d’imposer aux citoyens européens les mêmes obligations de visas qui nous ont été imposées le 1er avril 2007, selon le principe diplomatique de réciprocité. Nous ne l’avions pas exercé jusqu’à maintenant, attendant justement des signaux positifs de l’UE.

Le monde, ses continents, ses océans, ses pôles, connaissent d’importantes difficultés globales : le réchauffement global, la pollution, la disparition lente mais sûre des ressources énergétiques et de la biodiversité alors qu’augmentent la faim et la misère dans tous les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu’ils soient sans papiers ou non, les boucs émissaires de ces problèmes globaux, n’est en rien une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes de cohésion sociale dont souffre l’Europe ne sont pas la faute des migrants, mais le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.

Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent et des régions du monde comme le Maghreb et les pays de l’Afrique, je fais appel à la conscience des dirigeants et députés européens, des peuples, citoyens et militants d’Europe, pour que ne soit pas approuvé le texte de la "directive retour". Telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est une directive de la honte. J’appelle aussi l’Union européenne à élaborer, dans les prochains mois, une politique migratoire respectueuse des droits de l’Homme, qui permette le maintien de cette dynamique profitable pour les deux continents, qui répare une fois pour toutes l’énorme dette historique, économique et écologique que les pays d’Europe ont envers une grande partie du Tiers-Monde, et qui ferme définitivement les veines toujours ouvertes de l’Amérique latine. Vous ne pouvez pas faillir aujourd’hui dans vos "politiques d’intégration" comme vous avez échoué avec votre supposée "mission civilisatrice" du temps des colonies.


Source : http://www.cadtm.org





Tensions régionales
en Amérique Latine


Photo et article de Sébastien Brulez,
le 5 mars 2008

La Guardia Territorial Campesina est un mouvement de base qui organise les paysans qui occupent des terres dans différentes zones du Venezuela, dont la frontière où ils sont parfois victimes de groupes paramilitaires. Au dessus (la photo) en 2007 dans l’état d’Apure. 

Depuis le dimanche 2 mars, le continent latino-américain est sous tensions. La veille, la Colombie avait bombardé un campement des FARC en territoire équatorien. En réponse Quito a rompu les relations diplomatiques avec Bogotá et renforcé sa présence militaire à la frontière. En solidarité avec l’Equateur et comme avertissement à la Colombie, le Venezuela a fermé son ambassade à Bogotá et expulsé la représentation diplomatique colombienne en poste à Caracas. Hugo Chávez a également ordonné à son ministre de la Défense de déplacer 10 bataillons pour renforcer la zone frontalière entre les deux pays. Le mardi 4 mars, le Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains (OEA) a tenu une réunion extraordinaire durant laquelle la majorité des 34 pays membres ont condamné l’agression colombienne. En quelques jours, on est passé de l’euphorie d’une nouvelle libération de quatre otages par les FARC à une situation régionale tendue au maximum. Que s’est-il passé ?

Récapitulons : le mercredi 27 février, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) libèrent 4 otages détenus depuis plus de six ans dans la jungle. Ils les remettent expressément au président vénézuélien Hugo Chávez et à la sénatrice colombienne d’opposition Piedad Córdoba. Ce geste unilatéral, tout comme la libération en janvier dernier de Clara Rojas et Consuelo González, les FARC le qualifient de "remerciement" à la gestion de paix effectuée par Chávez et Córdoba.

Tous deux avaient entamé leurs rôles de négociateurs avec l’accord du président colombien, Álvaro Uribe. En novembre dernier, celui-ci met fin à la médiation en invoquant d’obscures raisons d’ "ingérence" de Chávez dans les affaires internes de son pays.

Deux gestes unilatéraux donc de la part des FARC (le gouvernement colombien n’a rien cédé en échange de la libération de ces six otages au total), en guise de "remerciement" de bons services prêtés par Chávez et Córdoba, qui avaient réussit à avancer sur le chemin d’un possible échange humanitaire (voir encadré ci-dessous) entre la guérilla et le gouvernement colombien, et qui avaient reçu personnellement un représentant des FARC à Caracas.


"Merci": dites-le avec des bombes


La réponse du gouvernement colombien à la récente libération de quatre nouveaux otages par la guérilla a été le bombardement, le samedi premier mars, d’un campement des FARC en territoire équatorien. Bilan de l’opération : 20 guérilleros abattus dont le numéro deux du Secrétariat (instance dirigeante) du groupe insurgé, Raul Reyes, ainsi que trois guérrilleras blessées dont une de nationalité mexicaine.

L’aviation colombienne a pénétré en Equateur, bombardé le campement et débarqué des troupes héliportées pour "finir le travail" et récupérer le corps de Reyes, ainsi que de Julián Conrado, un autre haut gradé des FARC abattu durant l’opération.

Par cette action, Álvaro Uribe jette à la poubelle le peu d’espoir qui pouvait encore subsister pour arriver à une libération des autres otages. Car, bien que les FARC aient annoncé le jour même de l’opération qu’il ne fallait pas baisser les bras pour arriver à un échange humanitaire, Raúl Reyes était quand même considéré comme leur représentant à l’étranger et le négociateur de l’organisation politique armée.

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a de fait déploré sa mort en signalant sur France Inter que "évidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle que le numéro deux, Raul Reyes, l'homme avec qui nous parlions, l'homme avec qui nous avions des contacts, ait été tué".
Un communiqué plus récent des FARC, daté du 2 mars, signale d’ailleurs que les circonstances de la mort de Reyes "compromettent gravement l’échange humanitaire et annulent la possibilité d’une sortie politique du conflit".

Mais au delà de du coup porté aux FARC et à l’échange humanitaire, la Colombie s’en prend directement à l’Equateur en accusant le gouvernement du président Rafael Correa de sympathie et de collaboration avec les FARC.

Quelques heures après l’Equateur, c’est le gouvernement vénézuélien et le président Chávez qui sont également accusés de soutenir politiquement et financièrement les FARC.

Les autorités colombiennes affirment tirer leurs informations d’un ordinateur récupéré sur les lieux et qui appartenait à Raul Reyes (ordinateur de fort bonne qualité puisqu’il à résisté à un bombardement qui a fait 20 victimes dont son propriétaire).

Sortant toujours un nouveau tour de son chapeau, Uribe affirme que cet ordinateur révèle également l’acquisition par les FARC de 50 kg d’uranium. Pouvant de là, dans les prochains jours (pourquoi pas ?) faire le lien avec le Venezuela qui entretient des relations commerciales avec l’Iran. Il faut s’attendre à tout.


Violation constante du territoire équatorien


En réaction, le président Rafael Correa a rompu les relations diplomatiques avec Bogotá et a déployé des troupes le long de la frontière avec la Colombie voisine.

La violation du territoire équatorien par l’armée colombienne n’est pas neuve. Avec l’aide des Etats-Unis par l’intermédiaire du Plan Colombia (1), des avions colombiens survolent fréquemment la zone frontalière.

Parmi leurs activités, ils répandent des pesticides sur les cultures de coca, non seulement en Colombie mais aussi du côté équatorien. Mis à part la coca, les zones touchées par ces fumigations comptent aussi des cultures d’aliments et des villages où les paysans se retrouvent contaminés par ces produits fournis, cela dit en passant, par la multinationale des OGM Monsanto.

Les fumigations sont en suspend depuis janvier dernier, suite à une plainte de Quito qui compte d'ailleurs porter cette affaire devant le Tribunal pénal international de La Haye.

Haut responsable militaire étasunien en voyage à Bogotá

D’après une dépêche de l’agence de presse Efe datée du 3 mars, un haut responsable militaire étasunien s’est rendu à Bogotá deux jours avant le bombardement de samedi dernier.

La visite ne fut mentionnée que discrètement par un site Internet des Forces militaires de Colombie, sur lequel apparaît une photo datée du 28 février.

Le contre-amiral Joseph Nimmich, directeur de la Force d’Intervention conjointe (Joint Interagency Task Force) des Etats-Unis, a été reçu ce jour-là au Commandement général des Forces militaires colombiennes.

D’après la dépêche citée, l’objectif de ce voyage était de "partager une information vitale sur la lutte contre le terrorisme".

On peut s’attendre dans les prochaines heures à de nouvelles "révélations" de la part du gouvernement d’Álvaro Uribe, qui pourraient occasionner de nouvelles réactions.


Note:


(1) Pour l’année 2008, les Etats-Unis ont approuvé un budget de 500 millions de dollars pour financer le Plan Colombia.

Echange humanitaire

L’échange ou accord humanitaire devait consister en la libération d’une quarantaine d’otages des FARC contre la remise en liberté de 500 combattants détenus dans les prisons colombiennes. Parmi les personnes aux mains de la guérilla figurent des députés, ainsi que des soldats et policiers colombiens capturés au combat.

L’ex candidate présidentielle franco-colombienne Ingrid Betancourt fait également partie de ce groupe d’otages, tout comme trois citoyens étasuniens, dont l’avion avait été abattu par la guérilla au-dessus de la jungle et qui prétendent être des "contratistes" d’une firme privée nord-américaine.

Les FARC exigent cependant la démilitarisation de deux départements du sud du pays, Florida et Pradera, pour réaliser l’échange. Ils demandent aussi d’inclure dans les 500 guérilleros à libérer, Simón Trinidad, arrêté à Quito en janvier 2004 au cours d’une opération de la police équatorienne, en lien avec les services de renseignement colombien et américain, ainsi qu’une combattante de la guérilla, alias Sonia. Tous deux ont été extradiés aux Etats-Unis et y sont emprisonnés. Bogotá se nie à accepter ces conditions pour réaliser l’échange.

Source : http://voixdusud.blogspot.com/



Colombie : 

contre la 
barbarie ordinaire

Un collectif de signataires (*)

30 janvier 2008

Nous, intellectuels et citoyens progressistes, voulons dire notre douleur et notre honte devant le sort réservé aux séquestrés et, à travers eux, devant l'ampleur de la tragédie humanitaire colombienne, qui asphyxie la population civile et bafoue les principes élémentaires de la dignité humaine.

1. Nous tenons d'abord à exprimer notre condamnation sans appel de la pratique de la séquestration, pratiquée par les Farc, les autres guérillas, les paramilitaires, certains éléments de la force publique et la délinquance de droit commun. La séquestration est par elle-même un crime atroce, menant à l'épuisement physique et à la mort sociale des personnes concernées. En outre, en raison des conditions d'insalubrité ou de l'intensification du conflit, elle expose directement ces personnes à la mort. Rien, absolument rien ne peut la justifier.

2. Nous condamnons avec une fermeté identique l'attitude irresponsable et inacceptable du gouvernement colombien. Son refus de reconnaître l'existence du conflit armé et d'y appliquer les principes du droit international humanitaire, la chape de plomb qu'il fait peser sur les familles des otages en évoquant régulièrement la perspective d'opérations militaires, les insultes qu'il adresse aux membres de l'opposition démocratique, constitués en cible potentielle ou réelle des groupes paramilitaires, les accointances de ceux-ci avec les narcotrafiquants et les dirigeants politiques ; enfin l'échec d'une politique de « sécurité démocratique », incapable de garantir la vie aux plus déshérités alors qu'elle cherche à légitimer ses actions en s'abritant derrière le motif fallacieux d'une « guerre contre le terrorisme ». Tous ces éléments pointent l'immense responsabilité du pouvoir actuel et appellent une condamnation de même nature.

3. Nous condamnons enfin les politiques de certains membres de la Communauté internationale, en particulier celle du gouvernement étasunien qui, avec les Plans « Colombie », « Patriote » et « Consolidation », donne à ce régime les moyens logistiques et financiers d'une guerre atroce. De son côté, l'Union européenne ne cesse de se voiler la face devant une réalité humanitaire désastreuse, au nom d'intérêts économiques indiscutés – visibles très récemment dans les négociations engagées avec la Communauté Andine.

Or cette réalité-là est têtue, ainsi que le montrent les rapports de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU sur la situation colombienne depuis des années. Faut-il en effet rappeler que la Colombie compte plus de 3.000 séquestrés – dont un peu moins d'un tiers détenu par les Farc –, 30.000 victimes de disparition forcée – essentiellement par l'action des groupes paramilitaires – et 3,9 millions de déplacés (1) ?

Faut-il rappeler que ce pays est, avec le Soudan, celui qui connaît le plus grand nombre de déplacés au monde, que 60 % de la population y vit en dessous du seuil de pauvreté et qu'il est le théâtre d'injustices sociales et culturelles insupportables ?

Voilà pourquoi nous exigeons une mobilisation immédiate de toutes les voix démocratiques qui en Colombie comme en Amérique du Sud, dans l'Union européenne comme aux Etats-Unis, peuvent contribuer au sauvetage des otages et à la mise en place de l'accord humanitaire, étapes nécessaires à la construction d'une solution non violente et négociée au conflit.

A cette fin, nous demandons publiquement :

1. Que les Farc libèrent immédiatement et sans condition tous les otages civils en leur possession, qu'il s'agisse des otages économiques ou politiques. Précisons que ces derniers ne sont échangeables contre aucune rançon, ne sont pas concernés par un éventuel accord humanitaire et dépendent entièrement de la bonne volonté de leurs geôliers. Devant l'extrême douleur des familles, les Farc doivent faire preuve de responsabilité politique et de cohérence éthique. Ils doivent démontrer leur capacité à créer les conditions d'un dénouement, sans lesquelles leur lutte n'a absolument aucun sens. Logiquement, cette exigence de libération vaut pour tous les acteurs responsables de séquestration.

2. Que le gouvernement fasse preuve d'une responsabilité analogue, abandonne définitivement l'hypothèse d'un sauvetage militaire et jette les bases d'un accord humanitaire permettant l'échange de prisonniers (guérilleros incarcérés contre policiers et militaires séquestrés). Dans cet esprit, aucune des perspectives disponibles ne doit être négligée, à condition toutefois que les négociations en vue de la libération des otages ne soient pas indéfiniment instrumentalisées au service de stratégies guerrières.

3. Que la Communauté internationale fasse preuve d'un engagement sans relâche au service de la paix et des droits humains en Colombie. Trois demandes spécifiques sont ici à l'ordre du jour : le maintien non révocable du bureau de l'ONU sur place et l'accroissement de ses moyens d'action ; l'envoi d'un délégué permanent de l'Union européenne, permettant de renforcer l'impact de la diplomatie européenne vis-à-vis de l'accord humanitaire ; le développement de divers mécanismes contraignant l'Etat colombien à garantir aux associations ayant intenté des recours auprès de la Cour inter-américaine des droits de l'Homme de voir ces actions menées à terme.

Ces éléments sont à considérer comme les premières étapes de la reconstruction d'un système judiciaire entièrement indépendant, capable de répondre à la demande des associations de victimes de se voir reconnaître un droit inaliénable à la vérité, à la réparation intégrale et à la non-répétition des exactions.

Parmi les preuves de vie des otages parvenues récemment à la presse et au monde, l'une a particulièrement retenu l'attention : celle, bouleversante par son mélange d'intimité et d'universalité, qu'Ingrid Betancourt adresse à sa mère. Les mots qu'elle contient sont comme des traits d'union entre victimes anonymes et reste du monde. L'auteur y cite Albert Camus. Le meilleur moyen de lui faire écho est sans doute de poursuivre la lecture de l'auteur de L'Etranger. Et de s'arrêter sur ces mots : « La tyrannie totalitaire ne s'édifie pas sur les vertus des totalitaires, mais sur les fautes des libéraux » (A. Camus, Actuelles I).

En Colombie, le visage des séquestrés comme celui des autres victimes de crimes inacceptables sont le reflet de toutes nos entraves à agir. Il est plus qu'urgent d'inverser le cours des choses, si l'idée d'humanité peut encore avoir un sens pour nous.

(1) Las Voces del Secuestro, Fidh, Codhes.

(*) Nancy Fraser (philosophe, professeur à la New School of Research), Laura Restrepo (romancière, prix Alfaguara de Novella 2004), Noam Chomsky (linguiste, professeur au MIT), Michel Serres (philosophe, professeur à Stanford), Pierre Hassner (politologue, professeur à Sc. Po Paris), Victor Juan Gelman (poète, prix Cervantes 2007), Orlando Fals Borda (sociologue, professeur à l'Université nationale de Colombie), François Houtart (anthropologue, professeur à l'Université catholique de Louvain), Juan Manuel Roca (poète, prix Lezama Lima 2007), Boaventura de Sousa Santos (sociologue, professeur à l'Université de Coimbra et du Wisconsin), Arturo Escobar (anthropologue, professeur à l'Université de Caroline du Nord), Manuel Moncayo (ex-recteur de l'Université nationale de Colombie), Michel Molitor (ex-vice recteur de l'Université catholique de Louvain), Philippe Texier (magistrat à la Cour de cassation, président du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU).

Source : journal Le Soir
URL : http://www.lesoir.be




Les jésuites, 

protecteurs 

des Indiens

   Thibaut  Kaeser,
historien
, le 20 Novembre 2007


AMERIQUE DU SUD (I) - Au début du XVIIe siècle au Paraguay, la Compagnie de Jésus évangélise pacifiquement les autochtones, leur assurant bien-être et protection contre les conquérants. 


Milice internationale au service de la papauté ou soldats du Christ engagés dans les luttes terrestres? Apôtres zélés de la Contre-Réforme ou intellectuels âpres au combat d'idées? Réactionnaires maniant onctueusement la langue ou brillants esprits au service du Verbe de l'Evangile? Nombreux et variés, les points de vue sur la Compagnie de Jésus cachent souvent des jugements à l'emporte-pièce derrière le rideau de fumée des a priori idéologiques. Mais entre la réprobation et l'hagiographie existe une voie médiane qui, grâce au recul du temps et à l'objectivité qui lui sied, permet de porter un regard lucide sur l'action de l'ordre fondé par Ignace de Loyola en 1540. Or force est de constater que les jésuites se sont distingués de façon éminemment positive lors de la colonisation espagnole des Amériques, marquée par des vexations et des violences indubitables. Leur expérience au Paraguay (1610-1768) en témoigne avec éclat.


«Les Indiens ont-ils une âme?»


Lorsque le continent américain s'ouvre aux soldats, aventuriers, marchands, colons et religieux en provenance de la péninsule Ibérique à l'aube du XVIe siècle, la Compagnie de Jésus n'est pas encore fondée. Elle surgit sur cette scène lorsque l'essentiel de la Conquista (1492-1560) se termine, même si des résistances autochtones, parfois notoires, demeurent. Or la croix chrétienne, fatalement associée aux épées des conquistadors, se heurte à des réalités qui interpellent les hommes de foi, notamment au sujet de la condition humaine et de l'altérité. 

En effet, les Européens s'interrogent sur la mentalité, la civilisation, la culture, les moeurs et la nature de «l'Indien» (au demeurant souvent très différent selon les régions), ce qui suscite des questionnements où l'ethnocentrisme, le débat philosophique et les méthodes de conversion se mêlent étroitement. Les Indiens sont-ils des hommes comme les autres? Leur paganisme, dont certains aspects choquaient réellement, en fait-il de simples égarés ou des suppôts du diable? Il faut en effet rattacher à un univers mental issu du Moyen Age chrétien et de la Renaissance humaniste un être «complètement» nouveau. 

Ce grand débat touche de plein fouet la catholicité conquérante. Elle se divise grosso modo en deux camps, dont la confrontation structure une bonne part de la colonisation hispanique au gré de ses aléas et de ses nuances. D'un côté se trouvent les tenants d'une guerre dite juste destinée à asservir et à convertir, au besoin par la force («a palos»: à coups de bâton), les autochtones dont l'état de nature en fait des esclaves et des serfs tout désignés. De l'autre se rangent les partisans de la manière douce et de la charité, qui considèrent que les Amérindiens ont une âme, des droits et présentent une réelle réceptivité au message du Christ. Le principe de la colonisation est très rarement mis en cause; c'est son visage qui interpelle. 

Après la confirmation de l'âme humaine des Indiens par la bulle papale de Paul III en 1537, cette dispute trouve son point culminant lors de la Controverse de Valladolid (1550-51) au cours de laquelle s'affrontent les dominicains Sepúlveda (1490-1573) et Bartolomé de Las Casas (1474-1566), évêque du Chiapas célèbre pour ses diatribes dénonçant l'avidité et les cruautés espagnoles. Charles Quint, qui a convoqué ce débat contradictoire, tranche en faveur du fameux «défenseur des Indiens». Mais les lois, les principes et les ordonnances royales auront toujours de la peine à trouver une application durable, concrète et réelle dans le Nouveau Monde... 

Lorsque les premiers jésuites traversent l'Atlantique à partir du milieu du XVIe siècle, ils découvrent en effet l'iniquité du système colonial de l'encomienda, où l'indigène est de la main-d'oeuvre corvéable à merci, accablé de devoirs et d'impôts, au service de nombre de colons adossés aux clergés locaux. Néanmoins, d'autres religieux, notamment dominicains et franciscains, réagissent aux exactions des conquérants et à l'oppression socio-économique instituée.


Des expériences riches d'enseignement


Des clercs se préoccupent avec sympathie de leurs nouveaux fidèles et récoltent des riches informations pour la connaissance des langues et des civilisations pré-hispaniques, tels Sahagún et Durán en Nouvelle-Espagne (Mexique). Alliant évangélisation et ethnologie avant l'heure, des hommes d'Eglise tolèrent, voire respectent, certaines pratiques païennes incorporées au message et aux rites chrétiens. Cette souple démarche initie le métissage culturel et biologique ainsi que le syncrétisme religieux en devenir du continent. Bas clergé (le plus souvent) et certains responsables prennent la défense des autochtones, indisposant les autorités civiles, militaires ou religieuses, tels Las Casas pour le monde maya ou le remarquable orateur et prosateur jésuite Antonio Vieira (1608-1697) au Brésil. 

Surtout, certains cas concrets d'évangélisation retiennent l'attention des jésuites. Durant l'expérience de «la Vera Paz» au Guatemala (1537-50), les disciples de Las Casas amènent pacifiquement à la foi catholique des indigènes réputés hostiles; son retentissement perdure malgré un échec final. L'action durable de Vasco de Quiroga (mort en 1565), surnommé affectueusement «Tata Vasco» par les Indiens en raison de son action bénéfique dans l'évêché de Michoacán (centre ouest du Mexique), permet d'instituer des «pueblos hospitales», des missions où prévalent la communauté des biens et leur distribution en fonction des besoins (avec la journée de six heures).


Modèle de vie sociale


Les jésuites sont d'ailleurs eux-mêmes précurseurs, comme en témoigne leur mission à Juli, sur les bords du lac Titicaca (1573-1607), très modeste préfiguration de ce qui sera réalisé à partir du début du XVIIe siècle entre les fleuves Paraná, Uruguay et Paraguay. Chacune de ces expériences voit la fondation de petites cités, villageoises et familiales, ou de missions autonomes où les autochtones sont rassemblés, et annonce un modèle de vie sociale et évangélique tranchant avec l'asservissement d'Indiens superficiellement convertis pour les besoins des propriétaires terriens. 

Les jésuites ont en effet analysés la donne latino-américaine du XVIe siècle et arrivent à une simple conclusion: afin de vivre en conformité avec les préceptes chrétiens, il faut impérativement regrouper et encadrer les Indiens dans des missions qui les éloignent des centres de la colonisation espagnole afin de les soustraire des méfaits du colonialisme. En restant à l'écart des centres urbains, des terres et des mines exploitées qui exigent le gros de la main-d'oeuvre, les Amérindiens peuvent devenir d'authentiques chrétiens et connaître ainsi la prospérité, la liberté et la paix. 

De fait, les jésuites souhaitent créer des «réductions» qui, au contraire de réduire les autochtones au servage, veulent les «reconduire» (en latin, «reducti» signifie «ramenés») ou les conduire à la foi chrétienne. Cette sorte de ségrégation à l'envers est la seule voie salutaire afin de leur éviter les exactions dont ils sont les proies toutes désignées. Et c'est ainsi que les jésuites fondèrent en 1610 les premières réductions du Paraguay au contact des indigènes Guaranis.

Source : le Courrier  - URL: http://www.lecourrier.ch/






Sept ans de Plan Colombie …
 et peu de changements
dans le Putumayo


par Kyle Johnson,
septembre 2006

C’est en décembre 2000 que des avions de fumigation ont commencé à survoler le département colombien du Putumayo dans le cadre du Plan Colombie, un programme d’ « aide » [des Etats-Unis] signé en 1999 qui comprenait une campagne d’éradication massive des plants de coca par voie aérienne. En fait, les avions pulvérisateurs sont arrivés pour la première fois dans le département en 1997, mais l’épandage ne se faisait alors qu’à petite échelle. Leur arrivée en 2000 entraîna l’augmentation du nombre de maladies, des déplacements de population et la destruction massive des cultures légales. Comme pour les fumigations, ce n’était pas nouveau pour la région. Aujourd’hui, sept ans plus tard, le département connaît toujours les fumigations et la guerre. Toutefois, des éradications manuelles sont venues s’ajouter à ce cocktail. Une équipe de 125 hommes, protégés par la police anti-drogue, va de ferme en ferme arracher des plantations entières de coca en seulement quelques minutes.

Les éradications manuelles ont été fort médiatisées ; et même si les autorités colombiennes et les principaux médias ont présenté cette méthode comme une formidable tactique dans la lutte anti-drogue, des alternatives efficaces font toujours défaut pour les paysans et les fumigations par voie aérienne restent la stratégie dominante. Le quotidien El Tiempo a signalé que 85 000 hectares de campagne colombienne ont été fumigés cette année en date du 24 juillet. Tandis qu’entre le 1 janvier et le 27 août, plus de 31 000 hectares ont été éradiqués manuellement, d’après les statistiques de la Police nationale. L’objectif de cette année pour l’éradication manuelle est de 70 000 hectares, alors qu’il est de 160 000 hectares par voie aérienne. Fin juillet, aucune des deux méthodes n’avaient un rythme suffisant pour atteindre leur but. Toutefois, les avions étaient beaucoup plus près d’atteindre leur objectif que les « éradicateurs » manuels.

Le Plan Colombie comprenait aussi des programmes de développement alternatif dans le Putumayo. On tente par ces projets de persuader les paysans de passer des cultures de coca à des cultures légales. Dans le cadre de ce que l’on appelle des « pactes sociaux », les paysans ont une année pour se débarrasser de leur coca en échange d’aides financières. Ils peuvent remplacer leur coca par des cultures légales qui sont supposées être achetées et transportées dans des usines de traitement. Ils peuvent aussi participer à des projets locaux mis sur pied par plusieurs agences internationales. Toutefois, le Plan Colombie a accordé beaucoup moins d’importance aux programmes de ce type qu’aux fumigations aériennes. Par conséquent, presque la totalité des projets alternatifs mis en oeuvre dans le Putumayo ont échoué, souvent avant même qu’ils aient pu avoir un impact positif sur les communautés locales.

Parce que la fumigation aérienne est encore la principale stratégie, ses effets secondaires sont encore manifestes. En août de cette année, un paysan du village d’El Prado a expliqué qu’il avait fait un emprunt pour s’acheter une ferme et des semences dans le but de cultiver le pasto, un type d’herbe particulière utilisée pour l’élevage de bétail. Suite à des fumigations aériennes qui visaient de petits champs de coca appartenant à d’autres paysans du village, il a constaté que ses cultures, 14 de ses 18 hectares, avaient été fortement endommagées, si ce n’est totalement détruites. Et, alors que le pasto est devenu jaune et est mort, la coca avoisinante n’a pas semblé affectée. Elle a soit survécu, soit été replantée.

Un autre paysan de la campagne du Putumayo était en train de travailler chez lui quand un matin d’août il entendit des avions pulvérisateurs. Il expliqua que quatre d’entre eux volaient juste au-dessus des arbres. Ils ont survolé la zone deux fois, une fois dans chaque sens. Petit à petit, le poison a dérivé jusqu’à atterrir sur ses plantations, y compris ses cultures de yucca, de poivrons et de cacao. Heureusement, il a plu massivement ce jour-là, ce qui a permis à ses cultures les plus robustes de survivre, mais les plus fragiles ont été fortement endommagées. « Il n’y avait pas de coca », a-t-il affirmé.

Le jour même où l’auteur de ces lignes visita la ferme fumigée, des éradicateurs manuels travaillaient de l’autre côté de la ligne d’arbres qui marquait la frontière entre le terrain du paysan et celui de son voisin. La présence des éradicateurs a soulevé trois questions : est-ce que les avions pulvérisateurs visaient les plantations de coca de l’autre côté des arbres ? Et si c’était le cas, pourquoi une éradication manuelle puisque les champs avait déjà été vaporisés ? Et si les avions pulvérisateurs ne visaient pas la coca dans le champ du voisin, que faisaient ces avions en arrosant la ferme de cet homme alors qu’il n’avait pas de coca ?

Laissons le bénéfice du doute à ceux qui arrosaient les champs et suggérons que les avions visaient les plants de coca de la ferme adjacente et qu’une erreur a été commise.

Lors d’un autre incident, une école dans un petit village a reçu un matin la visite d’avions pulvérisateurs. Le professeur présent à cet instant a décrit ce qu’il s’est passé : « J’étais dans la casa de formación (maison de formation) pour les jeunes filles, où nous étions en train de travailler, quand un avion a survolé l’école de très prés. Il est passé puis est revenu... il a aspergé ses produits au loin [de la maison] mais le vent les a fait dévier vers la maison. Nous avons fermé toutes les vitres et les portes pour nous protéger. »

D’après les directeurs et professeurs de l’école, ce n’est pas la première fois qu’ils se font fumiger. L’année dernière, à la même époque, ils ont indiqué que des avions ont volé juste au-dessus des enfants alors qu’ils réalisaient des activités culturelles. Après cet incident, beaucoup d’étudiants et quelques professeurs se sont sentis malades, atteints de diarrhée et de vomissements. D’après les professeurs, les fumigations survenues dans l’année ont rendu un certain nombre d’étudiants malades avec des problèmes d’estomac et d’éruption cutanée.

Cette école est typique de la région, non pas par le fait qu’elle a été fumigée, mais parce qu’elle possède beaucoup d’hectares pour enseigner les techniques agricoles aux enfants. D’après le directeur de l’école, ils possèdent 48 hectares, dont les deux tiers sont montagneux, le dernier tiers se compose de 8 hectares pour la culture du pasto, 3 pour les légumes et les 5 restants pour les bâtiments et la cours de récréation.

A marcher dans les cultures de légumes cinq jours après les fumigations, les dommages sautaient aux yeux. Quelques plantes devenaient jaunes et d’autres étaient déjà mortes. Beaucoup se battaient pour survivre alors que leurs feuillages dépérissaient. Un professeur a déclaré : « Ils ne font pas qu’asperger les plantations de coca, ils aspergent aussi les gens. » Un autre professeur a commenté quant à lui : « Cette guerre contre la drogue est un combat absurde.  »

Les témoignages sur ces fumigations « indiscriminées » et sur leurs effets sont nombreux et cohérents. En conduisant le long d’une route dans le Putumayo, j’ai observé la manière dont les avions pulvérisateurs survolaient la campagne et fumigeaient une ferme. Ils volaient au-dessus des cimes des arbres, si haut qu’il était pratiquement impossible de repérer avec exactitude le champ visé. Le produit pulvérisé s’est suspendu dans l’air pour ensuite se disperser avant de chuter et de devenir invisible. A une telle hauteur, même si toutes les précautions possibles sont prises, un seul coup de vent peut déplacer le produit loin de la zone visée. De plus, l’aspersion, quand elle est réalisée par des avions à gicleurs multiples, a une forme distinguable dans les airs à l’arrière de l’avion à cause du vent qui passe au dessus de l’aile, ceci pouvant affecter le point de chute du produit. En discutant avec les paysans du département, beaucoup ont déclaré qu’on sent le produit durant 10 à 15 minutes, mais le temps mis pour que les produits chimiques adhèrent aux choses n’est pas certain, les paysans donnant chacun une durée différente.

Alors que ces exemples et d’autres cas documentés ont tendance à se focaliser sur la destruction des plantations légales, la question des effets de la fumigation sur la santé humaine se pose. Au début du mois d’août, environ 50 indigènes Kofán d’une réserve à cheval sur les municipalités d’Orito et de La Hormiga sont arrivés à l’hôpital local de la ville de La Hormiga, déclarant qu’ils étaient malades à cause des fumigations. L’hôpital leur a répondu d’aller à celui de la ville d’Orito parce qu’ils venaient de la partie de la réserve située sur cette municipalité. Cet après midi là, ils ont voyagé jusqu’à l’hôpital d’Orito où des échantillons de sang et d’urine leur ont été prélevés. Ils sont ensuite restés à la Maison des Indigènes au centre de la ville.

« La situation sanitaire est mauvaise », a commenté le gouverneur indigène. « Beaucoup de personnes ont la même chose ». Il a expliqué que les quatre symptômes les plus communs sont la diarrhée, les vomissements, le mal de tête et la fièvre. Alors que nous étions assis et discutions, une femme portant son enfant commença à tousser sévèrement. Une autre femme s’approcha et passa un petit enfant à son mari près d’elle, déclarant à personne en particulier : « la fièvre est tombée ». D’après les membres de la communauté, les enfants sont les premières victimes des fumigations.

Les indigènes Kofán ont décidé qu’ils resteraient dans la Maison des Indigènes, ne pouvant pas retourner sur leurs terres, leurs cultures de denrées alimentaires ayant été détruites, tout comme leurs herbes médicinales. Le gouverneur a déclaré qu’ils avaient aussi environ cinq parcelles de plants de coca, allant d’un quart à un demi hectare et alors qu’ils avaient déjà été fumigés quatre fois auparavant, la situation sanitaire était encore pire cette fois-ci. Les indigènes Kofán ont demandé que quelqu’un vienne dans la zone se porter garant de leur sécurité alimentaire, parce que, comme ils l’ont déclaré, le gouvernement ne s’est pas occupé des personnes de la région.

Le gouvernement colombien a déclaré que l’éradication manuelle est mieux que la fumigation aérienne, ce qui a fait augmenter le nombre d’hectares devant chaque année être éradiqués manuellement. L’hebdomadaire Semana a jeté un œil sur les changements dans l’aide américaine destinée à la Colombie et en est venu à la conclusion que la première motivation de ce changement est l’argent. L’aide états-unienne pour la Colombie a été réduite pour 2008, le financement des opérations de fumigations et de la composante militaire du Plan Colombie ont été les plus affectés par cette réduction. D’après Semana, la fumigation aérienne d’un hectare de coca coûte 700 dollars, alors qu’une éradication manuelle de ce même hectare coûte 325 dollars. Ainsi, la Colombie a décidé d’investir dans une stratégie qui coûte moins, à la fois financièrement et politiquement, mais elle maintiendra toujours de hauts niveaux d’éradication.

Pendant qu’il était dans le Putumayo, l’auteur de cet article a eu vent de plusieurs témoignages, notamment celui des leaders régionaux de l’ANUC, une organisation paysanne nationale, sur l’éradication manuelle dans une ferme qui avait été fumigée quelques jours ou semaines plus tard. Ces rapports restent non confirmés, une vérification auprès des fermes citées n’étant pas possible à cette époque. Les faits rapportés représentent ce qu’un leader a appelé un « double investissement » se montant à 1 025 dollars. Ce double investissement n’incluait même pas d’argent pour le développement alternatif ou n’importe quel autre programme pour aider les paysans à passer à des plantations légales.

A la misère et la pauvreté dans le Putumayo s‘ajoute la guerre perpétuelle entre le gouvernement, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et les nouveaux groupes paramilitaires de la région. D’après les statistiques de la Police nationale, il y a eu 381 meurtres dans le département en 2006, un taux départemental de 98 tués pour 100 000 personnes. Ce taux équivaut aux 378 meurtres de 1999, qui se sont produits lorsque l’offensive régionale lancée par les paramilitaires appartenant aux Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) était à son sommet. Les six premiers mois de 2007, la police a enregistrée 204 meurtres, une augmentation de 8% par rapport à la même période il y un an.

Le Putumayo va continuer à connaître les fumigations et la guerre si la politique étrangère états-unienne et la politique intérieure colombienne ne changent pas. Alors que les Démocrates ont augmenté le pourcentage d’aide allouée aux programmes sociaux – la part militaire reste encore la plus élevée – il faut rappeler que le développement alternatif dans le Putumayo a échoué misérablement. Des paysans de la région demandent que les fonds leurs soient versés directement et non aux ONG qui arrivent dans le département avec peu de connaissance de la région. Les gens ont besoin de meilleures routes – ou simplement de routes lorsqu’il n’en existe pas – d’électricité, d’aqueducs et une présence de l’État qui les soutienne au lieu de les persécuter. Ils ont besoin de gagner leur vie à partir des plantations légales qui, d’après la majorité des paysans de la région, pourraient générer de meilleurs profits que la coca moyennant des infrastructures convenables. Un paysan dont la ferme est à 20 minutes de marche à travers la jungle, la boue et des collines de fourmis de la taille d’une voiture, résume le problème tel qu’il le voit : «  Ici, nous vivons abandonné…mais il y a de l’argent pour la guerre  ».

Ce que réserve le futur pour le Putumayo est flou. Alors que des fumigations aériennes peuvent avoir lieu à n’importe quel instant, les éradications manuelles vont probablement augmenter. Les projets de développement alternatif vont peut-être croître en nombre, mais les paysans n’y participeront probablement pas pour une multitude de raisons. Ou alors les projets vont simplement échouer tout comme les années précédentes. Un candidat au conseil municipal local a donné une sombre analyse du statut quo : « Ce qu’ils font ici, c’est tuer les plantations de denrées alimentaires par des fumigations [aériennes] et éradiquer les plantations illicites de manière manuelle. »

Plusieurs responsables suggèrent que le traité de libre-échange entre la Colombie et les Etats-Unis donnera aux paysans du Putumayo la possibilité d’exporter des fruits tropicaux. Toutefois, plusieurs organisations locales prédisent que cet accord sera dévastateur pour l’agriculture colombienne. En zone rurale, où 85% de la populations vit dans la pauvreté, où les routes entretenues sont rares et où l’État est quasi-absent, l’économie est presque entièrement agricole. Quand l’auteur de ces lignes discuta du traité proposé, avec un groupe de paysans de Libano, le chemin ardu qu’il reste à parcourir sauta immédiatement aux yeux. Après avoir évoqué les supposés bénéfices qu’ils pourraient tiré de l’exportation de leurs fruits tropicaux grâce au traité, je leur ai demandé s’ils cultiveraient de tels fruits. Un des fermiers a immédiatement répondu : « Non, Coca ».

Sources : RISAL et Colombia Journal (http://www.colombiajournal.org/), septembre 2007.
Traduction : Hélène Benghalem, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net/). 





Le prêtre
guérillero


par Thibaut Kaeser,
historien, le 24 Août 2006





 
COLOMBIE - Ordonné prêtre en 1954, Camilo Torres a toujours voulu résoudre l'équation «fils de Dieu et membre de la société». Inflexible dans ses combats sociaux en faveur des pauvres et des opprimés, il a toujours refusé le jeu d'un clergé cramponné à ses privilèges et celui, douteux, des partis politiques. Cette intransigeance l'a finalement conduit à prendre la maquis et à lutter avec les armes.

«Camilo Torres vit dans la théologie de la libération. Liberación o muerte!» Tracée sur le mur d'un immeuble de l'avenue des Tilleuls (quartier de Saint-Jean, Genève), cette inscription rappelle au passant des souvenirs historiques ou, ce qui est plus probable, l'interpelle sur sa signification. Ce graffiti écrit au cours de l'hiver 2006 n'est en tout cas pas innocent, car voici quarante ans (15 février 1966), Camilo Torres Restrepo mourait à San Vincente de Chucuri, en Colombie... Né à Bogota le 3 février 1929 dans un milieu aisé, Camilo est issu d'un mariage recomposé. De 1931 à 1934, il habite à Barcelone et à Bruxelles – la Belgique fut essentielle dans sa formation intellectuelle. Ses parents séparés, il vit avec sa mère, une femme de tempérament, et suit le collège allemand de Bogota puis le lycée Cervantès, deux institutions de renom. Son adolescence est insouciante malgré son intérêt pour la religion au cours de retraites organisées par les Jésuites. Il fréquente les enfants de la haute société et même la fille d'un ancien président. Mais, peu à peu, le jeune étudiant s'interroge sur son environnement doré et sur le sens de sa vie.

En 1947, il quitte l'université après un semestre de droit. Il se lance dans le journalisme mais finit par entrer au séminaire. Avril 1948: l'assassinat du leader libéral Jorge Eliecer Gaitán enflamme Bogota. Les campagnes, exaspérées par la situation politico-sociale, suivent le Bogotazo. L'armée du gouvernement conservateur affronte les bandoleros libéraux. Dans un pays déjà marqué par l'instabilité et la violence (voir la guerre des Mille jours, 1899-1902), cette guerre civile impitoyable (la Violencia) se termine au prix de 300 000 morts en 1953.

Alors que la Colombie signe un Pacte national boiteux entre libéraux et conservateurs, Torres est ordonné prêtre en 1954. Puis, il étudie à l'université catholique de Louvain (Belgique), où des générations d'étudiants protestataires latino-américains se formeront. Au sein d'une université fameuse pour abriter les divers courants libéraux catholiques romains, il connaît l'émulsion. Pétri de sociologie, sa matière préférée, et frotté de syndicalisme chrétien, il fonde avec des étudiants colombiens un groupe de réflexion et aiguise son regard critique.

Sa mémoire de licence en poche en 1959 (publié en 1987 sous le titre explicite de «La prolétarisation de Bogota»), Torres est nommé chapelain de l'université nationale. Créatif, il engage de nombreux projets de recherche, notamment en matière de sociologie urbaine, dont il est précurseur en Colombie, et fonde la faculté de sociologie avec Orlando Fals Borda en 1960. Au gré d'investigations dans les quartiers miséreux de Bogota, il sent l'urgence du changement tandis que la révolution cubaine bouleverse la donne politique en Amérique latine et que le Concile Vatican II lance l'aggiornamento de l'Eglise catholique romaine.

En effet, le Concile Vatican II (1962-65), commencé sous les auspices du bon pape Jean XXIII et terminé avec l'intellectuel Paul VI, ouvre le Vatican sur le monde moderne en marquant une inflexion sur sa gauche. Les encycliques sur la paix, l'injustice, la pauvreté et le partage s'enchaînent durant toute la décennie (notamment «Pacem in terris», «Mater et Magistra» et «Populorum progressio»). Cette ouverture historique permet aux catholiques éclairés, réformateurs ou progressistes de se faire entendre.

Dans ce contexte ecclésial favorable, l'engagement de Camilo Torres trouve un élan supplémentaire. Mais le haut clergé colombien, très conservateur, ne voit pas d'un bon oeil ce prêtre trop écouté des étudiants universitaires. Son sens critique dérange. Sa dénonciation des inégalités incommode. Après moult polémiques, le cardinal Luis Concha Córdoba obtient sa destitution de son poste de chapelain. Muté dans la petite paroisse de Veracruz, Torres continue cependant son intense activité en milieu paysan. En 1963, il préside le premier congrès de sociologie de Colombie et parle de «la violence et des changements socioculturels dans les régions rurales colombiennes». Il met le doigt là où ça fait mal, veut résoudre l'équation «fils de Dieu et membre de la société», comme il disait, et appelle à une révolution pacifique des structures économico-sociales. Celui qui se définit comme un «sociologue, prêtre et colombien» est de moins en moins en odeur de sainteté auprès de l'oligarchie, des politiques traditionnels et, surtout, de ses supérieurs.

En 1964, ce contestataire retourne cependant à l'université comme professeur associé à la faculté de sociologie et à l'Ecole supérieure d'administration publique. Occupant de nombreuses fonctions, ce travailleur infatigable met sur pied une coopérative de développement rural et incorpore le très modeste Institut colombien pour la réforme agraire. Mais ses positions exaspèrent. Il doit quitter son poste de Veracruz. Jugé radical, il est constamment l'objet de pressions d'une cléricature engoncée dans ses privilèges. L'Eglise n'est d'ailleurs pas seule à le honnir: de retour d'un congrès au Pérou, il est provisoirement détenu par la police à l'aéroport...

Le 27 juillet 1965, Camilo Torres célèbre sa dernière messe. Sans quitter la prêtrise, il retourne à l'état laïc. N'écoutant même pas Rome, qui réclame le dialogue, l'Eglise colombienne se débarrasse avec soulagement d'un gêneur – mais un révolté émerge de son sein. Torres prend langue avec la guérilla émergente de l'ELN (Armée de libération nationale, sympathisante castriste). Parallèlement, cet activiste désormais populaire donne des conférences fiévreuses, dirige des manifestations antigouvernementales d'ampleur nationale, et met sur pied la plate-forme du Front uni (un mouvement de divers groupes progressistes dont le but est de solutionner les problèmes nationaux). Mais l'agitation sociale est étouffée et des paysans indociles bombardés; de petites républiques indépendantes récusent le pouvoir établi (expérience de Marquatalia); la campagne présidentielle de 1966 est électrique... La Colombie, fébrile.

Camilo Torres signe alors éditoriaux et articles dans le journal du Frente Unido. Inscrit dans le sillage du renouveau du Vatican, il pousse l'ouverture annoncée dans ses retranchements et choisit une criante option révolutionnaire dans la défense des pauvres et des opprimés. Refusant le jeu inefficient et douteux des deux grands partis politiques libéral et conservateur, il prône l'abstention électorale. Mais ses positions le renvoient encore dans une impasse, aussi rapidement que sa fulgurante trajectoire dans le ciel troublé de la Colombie des années soixante.

Durant les six derniers mois de 1965, il écrit de longs messages qui sonnent comme des épîtres adressées aux secteurs les plus variés de la société colombienne. A ses coreligionnaires, il écrit: «La révolution n'est pas seulement permise mais obligatoire pour les chrétiens qui voient en elle l'unique manière efficace et large de réaliser l'amour pour tous.» Aux communistes, ce partisan du non-alignement tend la main. Il objurgue l'armée de ne pas être aux ordres de la bourgeoisie, mais de servir le peuple. Il appelle paysans, syndicalistes et étudiants à s'unir dans un vaste projet révolutionnaire et pluriel dans lequel il veut inclure les femmes, dont il parle avec tendresse.

Mais ses contacts sont connus de l'armée. Etiqueté subversif, il sait que les tribunaux peuvent le poursuivre – ou qu'il peut simplement être abattu... Marginalisé par sa hiérarchie, irritant les partis dominants, il estime que le devoir d'un chrétien passe désormais par les armes. Il franchit le Rubicon fin 1965 et gagne le maquis de l'Armée de libération nationale (ELN). Ses dernières recommandations sont: «Pas un pas en arrière! La Libération ou la mort!». Camilo Torres meurt lors de son premier accrochage avec l'armée.

Important et populaire de son vivant en Colombie, sa renommée dépasse alors les frontières de son pays, qui s'enfonce dans la tourmente. Sa mère résuma bien sa fortune héroïque: «Camilo est né quand ils l'ont tué.» La légende du prêtre rouge, guérillero révolutionnaire et chrétien, à vrai dire plus homme d'action que théologien, se répand avec la nouvelle de son martyr, même s'il sera souvent éclipsé par Ernesto Guevara, son contemporain, bientôt mort en 1967. La photo de Camilo a en effet souvent orné les murs de chambres d'étudiants latino-américains au côté de celle du «Che». 


Source : le Courrier  http://www.lecourrier.ch/














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