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Sommaire
de la page :
1
- Guadeloupe, mars et mai 1967 ?
2 - Le Venezuela fait appel à nous
tous! Mme Luisa Ortega Diaz
3 - Nicolas Maduro, la triste fin du
chavisme et appel à la solidarité !
4 - Venezuela : L'assemblée
constituante du président Maduro ?
Edgardo Lander
5 - Des prisons pour mineur-e-s
saturées, appel syndical et
d'associations des droits humains
6 - La grande arnaque jupitérienne et
la démocratie en péril ?
7 - La Politique - sur l’Esclavage,
Aristote
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Guadeloupe, mars et mai 1967,
50 ans
et plus de crimes d’Etat
mis sous silence ?

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J’ai
découvert très tardivement ce qui se produisit
en Guadeloupe à la fin mai 1967. Voilà deux ou
trois ans que je connais le sujet, je dois
reconnaître qu’en raison de faits troublants et
demandant une enquête sérieuse et approfondie,
je resterai concis car ces événements me
touchent indirectement. Pour ne pas vouloir
rajouter du non-dit à du non-dit sur un fait
très secondaire, j’ai préféré retenir des
documents et des témoignages dignes de foi, non
sous le coup de l’émotion, et avec quelques
sources rassemblées donner des éléments
substantiels ou historiques.
Cela pose aussi la question d’un sujet de plus
de cinquante ans d’âge, et s’il n’existe pas
grand-chose dans la presse hexagonale, un
travail de mémoire et commémoratif a été
effectué principalement du côté des Antilles en
cette année 2017. Cependant vous trouverez en
bas de page le rapport de l’année dernière de
Benjamin Stora, historien. Ce dernier a fait un
document détaillé afférant à diverses
répressions dans les départements ou territoires
d’outre-mer, et en particulier ce qui se déroula
en Guadeloupe en mai 1967, mais pas seulement.
Pour resituer les faits, il s’agit d’une
opération politico-militaire qui tourna en bain
de sang. S’il fut question de huit morts
officiellement annoncés, le chiffre réel
avoisinerait une centaine de tués.
De fortes similitudes avec ce qui se passa à
Paris en octobre 1961. Sans le travail de
l’historien Jean-Luc
Einaudi (La bataille de Paris – 17
octobre 1961) et deux archivistes de la Mairie
de Paris, l’événement sanglant sous les ordres
du préfet Papon et sous le gouvernement de
Michel Debré, du ministre de l’intérieur Roger
Frey, et la présidence du vieux Charles aurait
pu passer pour un fait négligeable ou oublié.
Le sujet des massacres intervenus en Guadeloupe
en 1967 n’est qu’un maillon des répressions ou
des stigmates coloniaux qui se déroulèrent dans
l’ensemble des outre-mer au sein de cette lente
agonie coloniale des décennies 1950 et 1960,
repeinte sous les couleurs de la
départementalisation. L’on découvre ainsi un
préfet, M. Belote, sous la gouverne de Georges
Pompidou, Premier ministre. Ce préfet était déjà
présent lors de la fameuse Bataille d’Alger en
1957. C’est aussi un film qui fut longtemps
interdit de diffusion en France. M. Belote a été
l’acteur de cet énième événement, en Guadeloupe,
un fruit de l’école française spécialisée dans
la mise au pas des oppositions politiques?
Il est difficile de ne pas faire le lien avec
l’Amérique latine au service des pires régimes
de Santiago du Chili à la Colombie (décennies
1960-1970), la fameuse chasse à «l’ennemi de
l’intérieur»? De l’ancienne Indochine, en
passant par l’Algérie, ces guerres ont été à
l’origine des stratégies et des pratiques
de maintien de l’ordre menés par des officiers
et officiels français, appelés «nettoyages», qui
firent école en pratique d’élimination et de
torture des opposants civils : en Argentine, au
Brésil, en Uruguay, au Paraguay, etc.
Je vous renvoie, à ce que j’ai pu faire sur ce
site (archives Amérique latine), sur Pantuana
TV sur le plan ou l’opération dit Condor :
lien en bas de page.
Pour
la Guadeloupe un court extrait du rapport de
Benjamin Stora (2016) :
« À ce jour, les travaux consacrés à Mai
1967 n’ont pas été en mesure de citer
précisément ni le lieu ni le contenu exact
de la déclaration de Georges Lemoine.
Journalistes, historiens, militants, hommes
politiques ou simples citoyens (sur des forums
Internet) reprennent et diffusent pourtant ce
chiffre. Certains prétendent que le ministre
se serait exprimé à la radio, d’autres à la
télévision, voire au Parlement, à Paris.
Sous la plume d’Henri BANGOU, ce nombre de 87
passe à 67 lors d’une intervention de Georges
Lemoine à l’Assemblée nationale, ce que la
consultation des Journaux officiels des
débats à l’Assemblée nationale contredit.
Jean-Pierre SAINTON et Raymond GAMA écrivent,
quant à eux, que ce chiffre de 87 morts a
été rapporté lors du journal radiodiffusé
de 13h sur les antennes de Radio France
Outre-mer (RFO) Guadeloupe par le journaliste
guadeloupéen Jean-Claude LEFORT, aujourd’hui
décédé, sur la base d’une déclaration de
Georges Lemoine. Mais s’agit-il d’une
déclaration officielle, c’est-à-dire d’un
discours public en présence de la presse,
d’une déclaration sur les ondes d’une radio
ou d’une télévision, ou bien d’une
déclaration en privé reprise et diffusée
avec son accord ou à son insu ? » (page
70)
(...) «Les
travaux
de la commission n’ont donc pas permis
d’établir un bilan humain incontestable des
victimes des événements de mai 1967.
Officiellement, l’État a dénombré huit
morts mais ce chiffre est très contesté.
Dans ce type d’affaires, l’établissement d’un
bilan humain incontestable suppose de dresser
une liste nominative des victimes. Or, en
l’espèce, nombreux sont ceux qui avancent que
des familles auraient elles-mêmes directement
récupéré des corps sans prendre le risque
de les déclarer par peur de représailles. Il
appartiendrait donc aux éventuelles familles
qui seraient concernées de se manifester,
faute de quoi la connaissance ne pourrait pas
progresser sur ce point. Un parallèle peut
être fait avec la répression de la
manifestation des Algériens du 17 octobre
1961 à Paris et en région parisienne. Pour
arriver à un nombre crédible de morts
(énoncé entre trois et 200), il a fallu,
établir des listes nominatives de victimes.»
(page 72).
Billet de Lionel Mesnard du 5 décembre 2017
Conférence
avec Benjamin Stora
(1h43)
sur
les mémoires et les
histoires comparées
Antilles-Algérie
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Regards
sur l'histoire : autour de la
question coloniale
Les
intervenants principaux :
Jean-Pierre Sainton, historien et
animateur du débat avec questions du
public.
& Benjamin Stora, historien,
professeur des universités à Paris
XIII,
spécialiste de la guerre d'Algérie
et de la question coloniale.
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Mars
1967: « Dis bonjour au nègre!
»… dont s’occupera le Bumidom
Le 20 mars 1967, Srnsky, un Européen,
propriétaire d’un grand magasin de chaussures à
Basse-Terre (Guadeloupe), voulant interdire à
Raphaël Balzinc, un vieux Guadeloupéen infirme,
cordonnier ambulant, de passer sur le trottoir
qui borde sa devanture, lâche sur lui son berger
allemand. Srnsky excite le chien en s’écriant:
«Dis
bonjour au nègre!» Balzinc, renversé et
mordu, est secouru par la foule, tandis que
Srnsky, du haut de son balcon, nargue et
invective à qui mieux mieux les passants et même
les policiers guadeloupéens qui sont accourus.
Il s’ensuit une colère qui aboutit au sac du
magasin.
Srnsky, dont la grosse voiture est jetée à la
mer, réussit à s’enfuir à temps. Le préfet de la
Guadeloupe, Pierre Bollotte, ancien directeur de
cabinet du préfet d’Alger (après la fameuse
bataille d’Alger qui a donné lieu à la pratique
systématique de la torture et des exécutions
sommaires) feint de condamner l’acte raciste de
Srnsky, mais veut profiter des événements pour
démanteler le mouvement autonomiste (GONG) né de
la déception des Guadeloupéens. Malgré la
départementalisation de 1946, ils ont
conscience, du fait du racisme et des
incroyables injustices sociales qui les
frappent, de n’être pas assimilés et d’être
traités en indigènes. La seule réponse qui a été
donnée à leurs problèmes, c’est l’exil par le
Bumidom.» (1)
Note
:
(1) Le Bumidom (Bureau pour le
développement des migrations dans les
départements d’outre-mer) est un organisme
créé par Michel Debré en 1963, en période de
chômage lié à la crise de l’industrie sucrière
aux Antilles, pour favoriser l’émigration des
Afro-descendants des départements d’outre-mer
vers la France. Ce système a fonctionné jusqu’en
1981. (...) Le Bumidom a occasionné de manière
directe la venue en France, notamment en région
parisienne, de 70.000 personnes nées outre-mer
auxquelles l’administration faisait miroiter une
vie meilleure et qui n’obtinrent que des emplois
médiocres, dont la déportation de 1630 enfants
Réunionnais dans le département de la Creuse.
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Mai
1967: « lorsque les Nègres auront
faim ils reprendront le travail »
Raymond
Gama, mai 2017 (*)
Les 25 et 26 mai 1967, dans les rues de
Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), à l’occasion d’une
grève des ouvriers du bâtiment, qui réclamaient
2,5% d’augmentation de salaire, les quartiers de
la ville sont jetés dans l’effroi, les larmes et
le sang.
Le 23 mars 1967, des ouvriers des chantiers
Ghisoni-Zanella, dans les faubourgs de
Pointe-à-Pitre, cessent le travail, c’est la
grève: ils réclament un meilleur salaire, le
paiement des heures supplémentaires, de
meilleures conditions de travail… À la suite de
ce mouvement, les syndicats (CGTG, Fraternité
ouvrière, CFDT…) prennent le relais par
l’intermédiaire de la commission paritaire qui
se réunit en avril afin d’examiner les
revendications des ouvriers. Plusieurs réunions
ont lieu.
Un rendez-vous est pris pour le 26 mai
Le mercredi 24 mai, des dizaines d’ouvriers
défilent dans les rues de la ville en criant des
slogans relatifs à la satisfaction de leurs
revendications et soutiennent activement la
délégation syndicale qui doit rencontrer la
direction du patronat, le vendredi 26, à la
Chambre de commerce. Cette mobilisation de masse
se poursuit sous la forme de débrayages de
chantiers tout autour de la ville, le 25 et
surtout le 26 au matin. À la zone de Jarry
(première tranche des chantiers EDF…), dans la
matinée du 26 mai, où ils interviennent, ils
sont l’objet d’une répression violente des CRS.
S’il y a de nombreux blessés, certains d’entre
eux rejoignent les manifestants assemblés devant
la Chambre de commerce bien avant le début des
négociations, qui débutent vers 9 heures. «Ils
nous ont tiré dessus!» leur disent-ils.
Toutefois, la commission poursuit ses travaux.
Vers 13 heures, un responsable syndical sort de
l’immeuble et explique à la foule des ouvriers
grossie de passants (étudiants, jeunes chômeurs,
etc.) que le chef des patrons, M. Brizard, ne
veut rien lâcher. Il a dit d’ailleurs que
«lorsque les Nègres auront faim ils reprendront
le travail»! Ces mots d’une violence symbolique
extrême résonnent sur les parois des maisons de
la rue Léonard comme sur les hommes assemblés
telle une provocation plus qu’insultante, tout
simplement méprisante. À la chaleur ambiante de
cette fin de matinée, s’ajoute alors
l’énervement des plus jeunes parmi les nombreux
manifestants, qui veulent voir «qui est ce M.
Brizard».
Vers 14h30, un peloton de CRS s’approche de la
Chambre de commerce, alors qu’un autre est resté
posté sur la place de la Victoire, en protection
de la sous-préfecture. Le chef fait le
va-et-vient entre les deux groupes. C’est à ce
moment que débutent les heurts entre CRS et
manifestants. Après environ une heure de combat,
le préfet installé non loin, à la
sous-préfecture, donne l’ordre de «faire usage
de toutes les armes»! Les blessés de part et
d’autre sont déjà nombreux, car aux gaz
lacrymogènes et aux coups de crosse des
premières réactions de CRS, ont succédé déjà des
tirs à balle réelle avant même que le préfet en
ait donné l’ordre.
À posteriori, donc, le préfet couvre l’action de
terrain des forces qui œuvrent depuis une bonne
heure dans l’espace compris entre la rue
Léonard, la darse [bassin rectangulaire pour
l’accostage des cargos], la place de la Victoire
et la rue Bébian…
En face, les manifestants opposent des conques
de lambis (coquillages très acérés), des
bouteilles et de rares pierres. Vers 15h30, une
nouvelle détonation sourde fend l’air et une
balle atteint mortellement Jacques Nestor, un
jeune de 24 ans, militant du Groupe
d’organisation nationale de la Guadeloupe
(GONG), bien connu dans les quartiers populaires
de la ville.
C’est le premier mort de cette journée de grève.
La nouvelle de ce décès provoque l’émotion chez
les manifestants, mais aussi chez les jeunes, et
une explosion de colère s’ensuit, enflammant
d’autres quartiers. Cela s’explique d’autant
plus que, sur la place de la Victoire elle-même
et aux abords immédiats, entre 16h30 et 17h30,
deux autres jeunes vies vont être fauchées:
d’abord, celle de Georges Zadigue-Gougougnan, à
peine âgé de 16 ans, le crâne ouvert; ensuite,
celle de Harry Pincemaille, âgé d’environ 19
ans, que des passants ramassent encore en vie
avant qu’il n’expire à l’hôpital.
Entre
crise sociale et fraudes électorales
À partir de 18 heures, les affrontements se
répandent, par les artères principales de la
ville, dans les faubourgs, particulièrement ceux
de Légitimus et Vieux-Bourg-Abymes… cour
Montbruno, où sont tués d’abord Taret, puis son
ami Landre.
Lors de la veillée, mitraillés, ceux des
Guadeloupéens qui ne meurent pas sur place sont
emmenés par camion à la cour de la
sous-préfecture ou dans les locaux de la
gendarmerie, ou encore parqués sur un terrain
vague, au nord-est de la ville. Ce sont de
véritables centres de torture, selon les
Guadeloupéens qui en sont sortis et qui ont
accepté de témoigner…
Il n’y a pas qu’une seule raison à cette tuerie
de masse. Une crise sociale a éclaté au
lendemain du cyclone Inès, qui a ravagé
l’archipel. Sur le plan politique, les élections
législatives des 5 et 12 mars 1967 ont donné des
résultats plus que discutables. Dans la
troisième circonscription, la fraude manifeste
orchestrée par les autorités préfectorales a eu
raison de la volonté des petites gens de faire
élire la communiste Gerty Archimède. De tout
cela, les autorités préfectorales mettront,
elles, l’accent sur la responsabilité du Gong
par l’affirmation de son mot d’ordre
d’«indépendance nationale de la Guadeloupe». Un
agent de la DST [Direction de surveillance du
territoire; en 2008 la DST a fusionné avec les
Renseignements généraux pour donner «naissance»
à la Direction générale de la Sécurité
intérieure – DGSI] a démenti depuis cette
responsabilité du GONG. (26 mai 2017)

(*) Raymond Gama et Pierre Sainton ont
publié un ouvrage, offrant un bilan – effectué
avec le bénéfice du recul de cette période –
en 1985. Il est intitulé : Mé 1967. Pierre
Sainton, qui jouait un rôle significatif dans
le GONG, a publié un livre émouvant intitulé
Vie et Survie d’un fils de Guadeloupe (Ed.
Nestor, 2008).
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-
Sources
complémentaires : mars et
mai 1967
Vidéos
sur le site Manioc sur l'année 1967 en
Guadeloupe :
1-
les événements des 20 et 21 Mars à
Basse-Terre : Regarder
ici !
Description
: (durée : 1h28 - année 2017)
Jean-Pierre Sainton est professeur
d'histoire contemporaine à l'Université des
Antilles. Agé de 12 ans en 1967, il a
traversé certains des faits de la période et
connu plusieurs acteurs des événements. Il
est aussi le fils d'un des principaux
fondateurs du GONG qui fut parmi les 18
détenus et inculpés Guadeloupéens au Procès
de Paris de février 1968. Aussi, il a
longtemps porté cette période, d'abord en
faisant partie de la première génération de
jeunes militants issus de 1967, puis passeur
de mémoire, et historien.
2
- les événements des 26 et 27 Mai à
Pointe-à-Pitre: Regarder
ici !
Description
: (durée : 1h47 - année 2017) 67 est
l'épilogue tragique de contradictions qui se
nouent bien en amont. En 1962, le leader
autonomiste guadeloupéen Albert Béville
(alias Paul Niger) et le député guyanais
Justin Catayée disparaissent dans un curieux
accident d'avion à Basse-Terre. Dans la nuit
du 23 au 24 mars, une bombe explose à
Pointe-à-Pitre. La DST lance une enquête en
direction du GONG (Groupe d'organisation
nationale de la Guadeloupe) et des
milieux autonomistes radicaux. Le climat se
dégrade jusqu'au 26 mai. Ce jour-là, à
15h30, un militant indépendantiste est
atteint d'une balle dans le ventre. Jacques
Nestor est le premier mort d'une répression
qui en fera sans doute plus d'une dizaine en
trois jours, un an avant un autre mois de
mai qui n'en comptera aucun. Il faut les
grèves de 2009 pour que, en métropole, mé
(ou mai) 67 soit simplement évoqué.
3 - le Rapport de Benjamin Stora (100
pages avec index) :
Dans le cade de la Commission
d’information et de recherche historique
sur les événements de décembre 1959 en
Martinique, de juin 1962 en Guadeloupe et
en Guyane, et de mai 1967 en Guadeloupe
remis à Madame la ministre des Outre-mer
- le 30 octobre 2016
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Le
Venezuela fait appel à nous tous !

Madame LUISA ORTEGA DlAZ
(*), le 20 septembre 2017
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Depuis
plusieurs
jours se sont engagées des discussions sous
les auspices de M. José Luis Zapatero,
ancien Premier ministre de l’Espagne et le
président de la République Dominicaine, M.
Danilo Medina pour trouver un accord de
pacification et d’échanges entre
l’opposition et le gouvernement vénézuélien,
avec l’assentiment du président, M. Nicolas
Maduro (le 13 septembre). À ce sujet, sur son
compte Twitter, Mme Luisa Ortega
a publié, ci-après, une lettre demandant la
prise en compte de tous les acteurs de la
société civile vénézuélienne dans ce
processus de concertation.
D’autre part, le 18 septembre à l’ONU au
siège de New York, les présidents de la
Colombie, du Pérou et du Panama ont souhaité
coordonner leurs actions avec le président
des Etats-Unis d’Amérique, M. Donald Trump
pour « un retour de la démocratie » au
Venezuela, cette possible ingérence ne
pourrait qu’envenimer une situation déjà
très délicate en interne et ne tenant pas
compte des discussions en cours en externe
et suivie par l’Union Européenne.
Par ailleurs, le Parlement depuis Bruxelles
a lancé récemment une invitation à Madame
Ortega pour aller au-devant des élus
européens, jusqu’à présent aucune date n’a
été communiquée ou précisée. (Notes de
LM)
Ma
position face au dialogue ?
Au sujet du début d’un nouveau processus de
dialogue entre les délégués du gouvernement et
l’opposition vénézuélienne en République
Dominicaine, je me permets de m’adresser à
tous les Vénézuéliens préoccupés du destin de
notre pays aimé. L’ampleur de la crise sans
précédents nous affligeant exige de tous un
effort pour que sa résolution puisse revêtir
la plus grande légitimité et transparence. De
cela dépend à ce que les possibles accords
soient acceptés par une ample majorité de la
population vénézuélienne.
L'absence de dialogue avec les grands secteurs
représentatifs du vécu et des inquiétudes de
la grande majorité des Vénézuéliens devrait
être un motif de réflexion.
Dans ce scénario :
- Qui représente les victimes des violations
des droits humains?
- Qui représente les parents des pour
manque de médicaments ou des soins médicaux
insuffisants?
- Qui représente les victimes de l'OLP (**)?
- Qui est la voix des enseignants, des
syndicalistes, des travailleurs, des
universitaires, des paysans, des mères et des
pères victimes de violences criminelles?
- Qui représente les communautés déplacées et
affectées par les crimes environnementaux des
mégaprojets pétroliers et miniers extractifs
qui menacent notre biodiversité?
Qui parlera pour eux?
Dans un tel cas, il s'impose d'ouvrir
l'ensemble de la participation aux acteurs
politiques transcendant la polarisation, ainsi
que les acteurs sociaux contribuant à ce
processus et, de cette façon, pour que des
mesures soient prises pour donner plus de
légitimité et de transparence au dialogue. La
société vénézuélienne ne se réduit pas à deux
pôles en conflit, sinon à une multiplicité
d'acteurs qui ont beaucoup à apporter et qui
de jour en jour, en dépit des difficultés sont
déterminés pour construire un meilleur pays.
De même, il paraît impératif que l'agenda de
ces nouveaux rapprochements soit à la
connaissance du public pour renforcer la
confiance dans la société et éviter les
accords depuis des cercles isolés de la
population.
D'autre part, c'est une préoccupation
importante pour la population, les défenseurs
des droits humains, les secteurs
universitaires et ma propre personne n'ont pas
été jusqu'à présent intégrés dans le
calendrier des thèmes proposés, en réponse
d'une affaire d'une telle importance comme la
reconstruction d'un Système de justice, qui
soit véritablement indépendant, transparent et
efficace, de sorte que le pouvoir judiciaire
et d'autres instances du système pénal soient
au service de l'ensemble de la nation.
Pendant les événements liés à l'aggravation de
la crise vénézuélienne, la persécution pénale
a été utilisée comme arme pour faire taire
toute pensée divergente. Pour cette raison,
s'impose la nécessité d'une profonde réflexion
sur le destin que le système de justice aura,
dont l'usage actuel est orienté pour servir le
gouvernement à matérialiser ses besoins.
Tout processus de dialogue demandant une paix
durable au Venezuela devrait reposer sur
l'application légitime et transparente de la
justice, qui contribue à soulager les
blessures de ceux qui ont été touchés par ces
crimes. Il ne peut se reconstruire un pays
sans en premier fonder les bases d'une vraie
justice.
Il est également préoccupant que l'un des
acteurs du dialogue ait l'intention d'imposer
le calendrier du débat, ce qui mettrait en
péril le succès de ce processus qui vient
d'être annoncé publiquement. Prétendre, par
exemple, légitimer l'actuelle Assemblée
constituante, dont l'illégitimité est à
l'origine, laisserait intacte la violation de
l'ordre constitutionnel et républicain que
nous nous sommes donnés en 1999 avec la
Constitution bolivarienne. Il est urgent de
retrouver le cours normal des institutions
démocratiques respectant les principes
universels de l'éthique publique et de la
morale administrative pour l'exercice de la
plus haute investiture dans le pays.
Un processus de dialogue ne peut dispenser
aucun des acteurs participants de leurs
responsabilités face à l'aggravation de la
confrontation et polarisation idéologique,
politique et institutionnelle ayant conduit à
la mort de plus d'une centaine de
Vénézuéliens, ainsi que des indicateurs
sociaux alarmants, de la crise alimentaire, de
la santé, du travail et de l'insécurité, ce
qui nous a amené à la situation grave que
traverse le pays, déjà reconnue par la
communauté internationale devant la détresse
des Vénézuéliens qui ont vu leur qualité de
vie diminuée tous les jours.
Finalement, je crois que nous devrions
orienter ce processus vers la résolution des
vrais problèmes touchant les Vénézuéliens.
Seulement de cette manière nous avancerons
vers une véritable paix et le rétablissement
des principes démocratiques devant régir le
destin du Venezuela. Le succès de cette
nouvelle tentative dépendra de la volonté des
acteurs responsables de la conduite du cadre
politique et institutionnel du pays pour
inclure tous les secteurs de la vie nationale,
ainsi comme le suivi impartial que les
organismes internationaux réalisent et les
gouvernements le favorisant.
Notes :
(*) Procureure Générale de la République
Bolivarienne du Venezuela (Mme Ortega a été
destituée le 5 août par l’Assemblée
constituante par acclamation, et elle a été
remplacée depuis par M. William Saab).
(**) L’OLP, « l’organisation de libération du
peuple » au Venezuela est un plan
gouvernemental visant à combattre les délits
sensibles sur tout le territoire et
rassemblant des forces spéciales et opératives
depuis juillet 2015, des forces issues de
différents corps de la police et de la garde
nationale en lien avec la lutte antidrogue,
contre l’extorsion de fonds, les enlèvements
et le paramilitarisme, notamment
Colombien.
Traduction
de Lionel Mesnard, le 23/09/2017
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Extraits
de l'entretien avec Dominique de
Villepin
«
Chaque peuple a la responsabilité
de construire la paix »
Marc de Miramon
Humanité
Dimanche : Comment la France
peut-elle peser dans la crise politique qui
secoue le Venezuela, dans une région qui ne
fait pas partie de ses zones d'influence
traditionnelles?
Dominique
de Villepin : D'abord, il faut mesurer
à quel point la situation du peuple
vénézuélien s’est dégradée au cours des
dernières années : le système
sanitaire, social et médical s’est effondré,
au risque de créer un Etat failli. Le
Venezuela connaît aujourd’hui une dérive
autoritaire préoccupante, marquée notamment
par une répression très violente des
manifestations, la mort de plus de 120
personnes et un dévoiement des institutions.
À l’heure actuelle, le risque est double :
celui du coup d’état militaire ou du
basculement dans la guerre civile d’un pays
en proie aux radicalisations idéologiques.
Comment
la communauté internationale peut-elle
réagir? Il ne peut y avoir d'autre
alternative que la recherche d'un compromis
entre la majorité et l'opposition. Outre la
médiation entamée sous l'égide de la
République Dominicaine et les démarches
menées par les pays latino-américains qui
ont la confiance de l'opposition, il y a
Cuba, qui exerce de facto une influence
forte au Venezuela. Et puis il y a quelques
pays européens qui ont des leviers pour agir
: l'Espagne, le Portugal, la Grèce, mais
aussi l'Italie et la France. Si le président
de la République a reçu récemment le chef de
l'opposition à Paris et a qualifié le régime
de Nicolas Maduro de dictature, le ministre
des Affaires étrangères a dans le même temps
reçu son homologue vénézuélien :
la voix de la France compte dans cette
région. Le plus urgent selon moi, c'est de
prendre en compte la situation humanitaire
de ce pays et d’éviter les interférences des
Etats-Unis. Pour avoir vécu là-bas, je sais
à quel point l'ombre américaine pèse sur la
psychologie et les mentalités au Venezuela.
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Nicolas
Maduro, la triste fin du chavisme
et appel à la
solidarité internationale !

- Photo
de 2014 avec Mme Ortega, N. Maduro
(au centre) et D.
Cabello
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Bienvenue
chez Ubu roi! pourrait résumer ou illustrer un
pouvoir autoritaire dans ses aspects les plus
loufoques. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une pièce
de théâtre et que tout cela n’est pas une
fiction. Comme a pu le dire récemment, le 18
août 2017, la destituée de la Procurature
Générale, Madame Luisa Ortega Diaz, le Venezuela
traverse une des pires périodes de son histoire,
et tragiques, le tout au pluriel, parce que tous
les indicateurs économiques, sociaux et
politiques sont au rouge et sans forme de
trivialité. Nicolas Maduro ou le madurisme
s’avère un pouvoir par décret et ostentation,
une pensée magique, le triste spectacle d’un
nouveau potentat staliniste dans la Caraïbe
provoque en France des controverses d’un intérêt
mineur et les bonnes sources d’informations ne
sont pas si nombreuses.
L’économie vénézuélienne est sous la coupe de
l’inflation, il est prévu entre 650 et 1700%
pour l’année 2017 (selon les sources) et la
dette de 100 milliards de dollars pourrait
ouvrir la porte au Fonds Monétaire
International, rien de très prometteur si ce
n’est un nouveau remède qui frapperait de
nouveau les plus faibles comme en 1989.
Pareillement l’outil productif va au plus mal et
de nombreux diplômés ont quitté le pays depuis
longtemps. Si les classes les plus aisées
avaient pour partie sous Chavez mis les voiles
vers la Floride ou Saint-Domingue, le phénomène
s’est accentué à d’autres strates ou franges de
la société, il était déjà question de plus d’un
million de Vénézuéliens à l’étranger en 2013.
Selon Carlos Navarro, syndicaliste vénézuélien
de l’ASI (1) les classes moyennes ont disparu,
lui-même enseignant au cours du change, il
touche 6 euros par mois pour 15 heures de cours
par semaine à l’université en 2017. Le Produit
Intérieur Brut ou PIB, depuis 2014 est chaque
année à la baisse et pour la seule année 2016 il
est question d’une chute de 8 à 10%, en trois
ans plus de 15% du PIB est parti en fumée.
Avec la crise alimentaire et inévitablement
sanitaire, il a été ces derniers mois constatés
des migrations importantes vers la Colombie.
Quand le pays se dépeuple de ceux qui dérangent
le pouvoir en place, l’on retrouve les mêmes
files (las colas), que connurent les pays de
l’Est européen sous l’empire soviétique, et une
partie de la population est confrontée à des
disettes, ou bien se voit dans l’impossibilité
d’accéder à 80% des biens de consommation
courants, dont les médicaments, les hôpitaux
publics servant de mouroir. L’état sanitaire des
hôpitaux psychiatriques et des prisons servent
d’écho à une situation plus qu’alarmante, mais
cela échappe, ou passe pour inaperçu, sauf au
regard photographique d’une Vénézuélienne (site
de Mederith
Kohut). Par ailleurs, toute aide
d’ONG, parce qu’étrangère est sous le fait
d’être suspect d’ingérence dans les affaires
intérieures, et servirait selon les autorités à
ternir l’image du pays, face aux urgences
sanitaires tout soutien a été rejeté par le
gouvernement et il est impossible d’acheminer
par ce biais une aide alimentaire et surtout en
produits pharmaceutiques.
L’héritage
chaviste parti en fumée, le madurisme son
acte de décès
Le chavisme est bien mort, tout comme ce qui est
devenu un mythe, son héritier utilise son image
tout en l’enterrant à gros coup de pelleteuse,
tout ce qui avait permis de redistribuer la
rente pétrolière s’est effondré. Le peuple
vénézuélien, lui végète et survit comme il peut.
Et la constitution qu’Hugo Chavez Frias avait
fait adopter par 70% des votants a été détournée
au profit d’un petit groupe d’individu gravitant
dans les hautes sphères au gré des coups de sang
de celui gouvernant isolé dans sa bulle ou tour
d’argent. Depuis quelques mois, lieu par
excellence de l’accueil du Peuple, le Palais
présidentiel de Miraflorès à Caracas est devenu
une véritable forteresse, les accès se comptant
au compte-goutte. Mais on y danse, et s’amuse
entre parades et actions répressives des milices
ou gardes nationales.
À l’échelle de notre monde, Maduro rejoint les
grands fadas du moment, tout n’est que discours,
gesticulation. A l’épreuve des faits, beaucoup
de moulinets, de bras s’agitant, le mot peuple à
toutes les sauces, quitte à appliquer des
méthodes dignes des pires caudillos, le nouveau
phare du « marxisme-léninisme » tropical fait
sombrer un pays qui n’en avait pas besoin dans
le chaos et la terreur. Triste sort d’une
révolution ayant tous les traits d’une gabegie,
le petit plus ou l’enfer est certainement les
connexions avec le monde des narcotrafics,
encore faudrait-il pouvoir faire justice, plus
de 20.000 dossiers de corruption ayant été
l’objet d’une absence de procédure, selon Madame
Ortega Diaz.
Il existe au sujet des narcotrafics une
impressionnante propagande d’état renvoyant le
bébé au voisin colombien, toutes responsabilités
internes évacuées et pourtant, il apparaît que
beaucoup de Vénézuéliens ont plus que des
soupçons, et que la justice puisse agir. Le
Venezuela depuis au moins les années 2000 est
devenue une plaque tournante de la coca raffinée
et sert entre autres à faire passer les
cargaisons par la Caraïbe en direction de la
Floride ou via l’Afrique pour l’Europe. Des
circuits qui ne font pas de doutes, ils sont
connus des spécialistes, l’ennui dans un système
mafieux à cette échelle et concernant plusieurs
pays andins, et il est presque impossible de
suivre un monde par excellence secret ou
souterrain. Qui dans chaque pays concerné
utilise tous les moyens pour soudoyer les élites
locales, tout en s’appuyant sur des groupes
paramilitaires ou à l’intérieur de l’appareil
d’état sur les forces armées et les polices,
voire services secrets sous Uribe-Velez (l’ex.
DAS dissoute sous la présidence de Juan Manuel
Santos).
Au moins 10% du produit national brut ou PNB
vénézuélien ou colombien passant en perte et
fracas en raison de connexions mafieuses ne se
limitant pas aux seules drogues et touchant à
toute nature de trafic, dont le pétrole moins
cher au Venezuela. Pour les journalistes
enquêtant sur de tels sujets, je ne retiendrais
que les investigateurs Mexicains tombant comme
des mouches, reprenant la palme des tués ou des
journalistes Colombiens assassinés par des
sicaires, des années 1990 et 2000. S’il n’est
pas simple d’établir une responsabilité, dans la
situation difficile de la société vénézuélienne,
penser que l’appareil étatique n’est pas
concerné relève d’un aveuglement certain.
Toutefois sans des preuves matérielles et loin
d’avoir une justice efficiente et impartiale, il
y a de quoi attendre des organismes
internationaux des missions d’information et il
serait consternant de ne pas diligenter une
commission d’enquête internationale. Mais encore
le gouvernement Maduro bloque toute présence des
organismes internationaux et même l’ONU, le 30
août, un premier rapport met l’accent sur une
situation de plus en plus violente du 1er avril
au 31 juillet. (2) Et la CES ou Confédération
européenne des syndicats a été saisie sur les
répressions syndicales et atteintes aux droits
humains.
Le cas de Madame Luisa Ortega, magistrate et
chaviste ?
Luisa Ortega Diaz était la Procureure générale
de la république bolivarienne du Venezuela
jusqu’à sa destitution par la nouvelle assemblée
dite Constituante, le 5 août 2017. Elle était à
ce poste depuis 2008, l’année de la prise de ses
fonctions et reconduite en 2014 par l’actuel
président, Nicolas Maduro. Suivant attentivement
ce qui se passe au Venezuela depuis plusieurs
mois (et quelques années au compteur avant
2013), là où il fallait, il y a encore huit mois
constater une absence d’information, ou selon
des canaux locaux, l’emballement médiatique est
de retour. Pour le meilleur, rien de moins sûr,
mais pour en faire un objet de propagande, l’on
se bouscule au balcon… Certaines parodies
partisanes très révélatrices de l’incompétence
et de la mauvaise foi.
Le phénomène n’a rien de très nouveau, faut-il
pouvoir trier et éviter les déchets nombreux.
Toutefois la violence au Venezuela fait des
journalistes des cibles, ou l’objet de menaces
et d’attaques physiques des forces de l’ordre,
comme il était constatable, lors de la journée
du dimanche 30 juillet sur différentes antennes
de télévisions. 49 médias depuis janvier 2017
ont été interdits. Certes d’oppositions ou
étrangers et principalement dans les quartiers
les plus huppés de la capitale, cependant une
violence palpable, et aussi le fait de petits
groupes agitateurs cagoulés et loin de faire
masse, que l’on nomme sous le nom de «Garimbas».
Une agitation servant au gouvernement de Maduro
pour serrer un peu plus les boulons et répandre
son terrorisme d’Etat.
Luisa Ortega en ce mois d’août a fui en Colombie
se sentant menacée, elle et sa famille, mais
aussi des proches ou des juristes ont pris la
poudre d’escampette, dont son conjoint, German
Ferrer député (3), jusqu’à peu membre du Parti
Socialiste Unitaire du Venezuela (Psuv) et
ancien du Parti Communiste (Pcv). Il avait
été en 2004 et 2005 un des membres du cabinet de
la présidence de la république et a été un des
fondateurs du Psuv en 2006, réélu en 2015 à
l’Assemblée nationale ou douze années de
mandats. Il se voit actuellement poursuivi par
une affaire touchant aux hydrocarbures de
l’Orénoque (partie Amazonienne du Venezuela)
sorte de contre-feu politique au nouveau
scandale du siècle. Face aux accusations portées
par Luisa Ortega sur le scandale touchant
directement Maduro et des ministres dans
l’affaire Odebrecht, un entrepreneur brésilien,
ce dernier aurait payé pour ses ouvrages 300
milliards de dollars à Maduro et son entourage.
Dont cent millions seraient arrivés dans les
poches de Diosdado Cabello, un des hommes forts
du régime, parce que militaire et ancien du
MBR-200 (Mouvement bolivarien révolutionnaire à
l’origine d’un des deux coups d’état de l’année
1992).
Hors de l’accusation portée contre German
Ferrer, cette région devrait connaître quelques
gros grabuges, 10% du territoire amazonien du
pays être livré à un mégaprojet dans la
récupération des bitumes lourds ou pétroles et
extrêmement polluant, pour petite parenthèse
(4). En raison de l’état de l’outil productif et
de la situation générale, ce projet reste en
l’état difficilement réalisable vue la situation
économique et politique, mais demeurera et
autant le faire savoir !
Quand le dogmatisme aveugle, il n’y a pas
grand-chose à faire, sauf à remarquer le
relativisme qui ferait du Venezuela une
citadelle assiégée. Ce nouvel échec du
capitalisme d’état, au nom du socialisme, permet
aux derniers stalinistes de se transformer en
victimes, à quelques vieux gauchos de l’encrier
d’asseoir leurs certitudes. La vieille
ritournelle du complot et son corollaire
paranoïaque agit à merveille, le couple
Cia/Etats-Unis suffit à lui seul à hystériser et
trouver les parallèles historiques sans
fondements. Il faut bien s’amuser à se faire
peur, car le sort de la population vénézuélienne
est le cadet de leur souci, tant que les dogmes
et les certitudes sont là, même le doute n’a pas
lieu.
Au Venezuela, il ne peut être que constaté une
situation bloquée sur fond de tensions internes
et externes, me poussant une nouvelle fois à
écrire. Comme tout pays, le Venezuela n’échappe
pas aux mécanismes d’une tension internationale
pour partie inédite. Et va au rythme d’une crise
sans précédent dans ses frontières, où la
plupart des biens les plus essentiels ont
disparu des surfaces commerciales ou
alimentaires, privées, ou d’états comme les
Mercal ou magasins impulsés par Chavez pour les
plus démunis vers 2005, ou la population ne
pouvant se payer les produits du marché courant.
En 2017, les combines ou les trafics, et le
rationnement mettent en prise des millions de
vénézuéliens qui n’ont pas demandé à être privé
de médicaments usuels et vitaux, ou de ce qui
compose leurs rations quotidiennes ou repas, où
l’on constate une chute inquiétante des besoins
caloriques par habitants. Se voir ainsi réduites
à la portion la plus congrue et condamnée à la
disette, les carences alimentaires progressant à
grands pas dans une certaine indifférence. Une
situation sanitaire et humanitaire qui devrait
alerter les opinions publiques mondiales et
procéder d’une assistance d’urgence. La
mobilisation et l’organisation de la solidarité
un objectif premier.
Non pas que le politique soit dérisoire, quoi
que pas vraiment à la hauteur des enjeux, s’il
existe de nombreux problèmes afférant aux droits
de l’Homme, l’exigence serait d’éviter les
fausses querelles et de favoriser aussi bien une
issue politique, c’est-à-dire démocratique,
qu’humaine, et celle-ci ne peut attendre. Si une
personne m’avait raconté, il y a peu d’années,
que la Colombie serait confrontée à des vagues
migrantes venant du Venezuela, j’aurais
probablement souri sur une telle improbabilité.
L’objet de ce présent article n’étant pas de
remettre en cause l’élection de Nicolas Maduro
de 2013. Mais de s’interroger sur comment en
quelques années, les oppositions les plus
virulentes ont pu revenir aux anciennes méthodes
de déstabilisation connues déjà en 2003 lors la
grève générale? Dans les heurts intervenus ces
derniers mois, les deux camps ont subit des
attaques et il ne peut que provoquer des
tentations de guerre civile, même si tout donne
à croire que Maduro a repris le dessus, il n’y a
pas besoin de chercher à Washington des têtes
brûlées, avec des millions d’armes en
circulation, tous les ingrédients demeurent.
Juste après la tentative de coup d’état du 11 au
13 avril 2002, ce mouvement d’inspiration
patronal avait abouti à une paralysie économique
du pays et fut l’objet de vives tensions entre
pro et anti-chaviste dans la population.
Cependant il faut distinguer les présidences du
défunt Chavez, de son suivant et héritier, les
hic sont pour bonne part dans une constitution
taillée pour l’ancien président. Certes, comme
il est possible de le lire pour accuser Hugo
Chavez de tous les crimes de la terre et du
ciel; sauf que la méthode de Maduro n’est pas
vraiment conforme à son idéal démocratique. Même
s’il est possible de reconnaître une dérive
autocratique à partir de 2007, Chavez n’était
pas sorti des clous des droits de l’Homme, et a
toujours su négocier en coulisse, et même
reconnaître ses erreurs en public et accepter la
défaite, quand il proposa une vision socialiste
des institutions en 2009. Un souci d’équilibre,
de nuance, qui poussent d’autres à écrire
l’histoire d’un fantôme ou d’un fantasme
(fantôme en espagnol).
Comme Bolivar son mentor, Chavez a labouré la
mer, comme l’écrivit Marquez, et le peuple
vénézuélien se voit aujourd’hui dépourvu dans un
pays en pleine errance et toujours avec les plus
grandes réserves de pétrole du monde. Source à
l’origine de la désintégration de son propre
système agricole au début du vingtième siècle.
Une agriculture plus que défaillante, depuis des
décennies et qui aurait pu répondre aux besoins
internes actuels, si l’enjeu agricole et
alimentaire n’avait pas été un échec de tous les
pouvoirs depuis des lustres. Un système mono
productif et une rente financière aux aléas des
crises ou chutes des prix depuis les années
1980, dont la responsabilité est surtout dans un
système d’imposition, où la plus value est très
faiblement taxée, comme quoi le « socialisme »
vénézuélien est à cet égard bien plus ouvert à
la donne capitalistique que nombre de nations
européennes pour ses taux d’imposition. Et le
système de contrôle des changes favorisa un
marché noir de la monnaie nationale et une des
sources des difficultés nombreuses et pour
certaines jamais résolues.
Le
fil et les mécanismes de la parano ?
Il est préférable d’éviter les équivalences ou
comparaisons entre l’Europe et l’Amérique du
Sud, les disparités nord-sud n’ont pas pour
autant été éliminées et le niveau de vie reste
assez lointain, en dehors d’une minorité aisée
et peu représentative des forces vives. Le
Venezuela vit au rythme du temps des vaches
maigres et je crains que les volontés populaires
affichées ne soient qu’un spectacle de
pantomime, l’expression de peur cachée ou
provoquée. Quand il fait faim, les paroxysmes et
concurrences pour la survie sont aussi un moyen
d’asseoir un pouvoir sous l’emprise de la peur.
Chacun sauvant sa peau comme il peut…
Le stratagème d’attaques extérieures, la CIA
comme au temps de Nixon, c’est assez improbable,
mais ça marche chez les orthodoxes et
dogmatiques. Le Venezuela sous la forme d’un
nouveau Chili et Maduro dans le costume
d’Allende en 1973 rassurent les vieux
dinosaures. Une vieille armée de réserve
marxisante qu’il n’y a pas lieu de soutenir,
tout comme les messages apocalyptiques de la
Maison-Blanche et le tout sur un discours
paranoïaque pour souder les troupes depuis le
fortin de Miraflorès. En matière de spectacle,
ils sont forts ces Américains du sud et du nord,
et la question est de savoir, qui pourrait faire
entendre un peu de raison à Nicolas Maduro et
ses sbires? Tout en échappant au scénario du
nouvel oncle Sam à la mèche délirante?
La Chine finance beaucoup, et a condamné toute
idée d’intervention étrangère, la Russie,
fournisseur du gros de l’armement mettra sa
patte si besoin était et a déjà annoncé qu’il
n’était pas question d’interventions étrangères
à caractère militaires. La France avait elle
aussi condamné par son nouvel ambassadeur M.
Romain Nadal sis à Caracas toutes formes
d’intrusion dans les affaires politiques
nationales et visait les Etats-Unis. Avec ou
sans soutien, l’opposition la plus revancharde
est capable de tous les scénarios pour pousser
aux affrontements. C’est en interne que la
situation a quelque chose d’inextricable et qui
laisse douter quant à une issue pacifique et un
retour de la démocratie.
Le terme
d’impasse pourrait être utilisé, mais plutôt que
de choisir cette voie barrée ou propre aux
discours propagandistes des deux bords, de la
MUD (ou Table de l’Unité Démocratique) ou du
madurisme ambiant, la question serait de sortir
d’une situation du tout venant, où les premiers
à payer la note sont les Vénézuéliens. Le terme
de blocage est plus en adéquation, faisant écho
face à une situation politique plus que tendue
depuis plusieurs mois et années. Notamment
depuis que, Nicolas Maduro en toute violation
d’au moins un article de la constitution de la
cinquième république dite bolivarienne appela à
l’élection d’une nouvelle assemblée, qualifiée
de Constituante. Il aurait fallu l’accord des
deux tiers de l’Assemblée pour y recourir. Une
constituante comme tour de passe-passe, sachant
qu’il n’y a pas de bicamérisme (ou pas de Sénat)
et que l’objectif était de se débarrasser au nom
du chavisme de ce qui aurait dû constituer un
gouvernement de co-existence ou de cohabitation
en France, une particularité difficile à
comprendre et dès plus contradictoire pour un
observateur étranger.
Une constituante aurait pu siéger, si elle
n’avait pas eut pour but d’éliminer les forces
d’oppositions majoritaires depuis 2015, ayant
donné lieu à de multiples ambassades dont celle
du Vatican et tentatives de dialogues relevant
d’une mission impossible. Tant les antagonismes
se sont creusés et depuis règne une chape de
plomb. Devant cette décision, à part la Bolivie
et le Nicaragua, et Cuba, qui sait l’Equateur
sans l’affirmer, toutes les nations sud et
centroaméricaines n’ont pas reconnu le scrutin
du 30 juillet, pas plus qu’il n’y avait à
valider le référendum des opposants du MUD, tout
aussi anti-constitutionnel et sans validation
possible au regard du droit international. Pour
un pays qui s’est coupé de la plus haute
juridiction politique en la matière,
l’Organisation des Etats Américains et ses
tribunaux (autonomnes) en charge des droits de
l’Homme (la CIDH Cour interaméricaine des Droits
Humains) n’a pas aidé à chercher des
conciliations et permet au Venezuela d’échapper
à tout contrôle. Le Mercosur a lui aussi pris
ses distances et n’a pas reconnu la nouvelle
assemblée.
Juste après la crise liée au renouvellement des
billets de banque en décembre 2016. En raison de
l’effondrement de la monnaie, le président
Maduro avait procédé à de nombreux réajustements
politiques, un peu comme un jeu de chaise
musicale, un nouveau vice-président en janvier,
des attributions allant changer au fil des
semaines jusqu’à l’élection pas très licite de
la nouvelle Assemblée Constituante composée de
545 membres élus, le 30 juillet.
Sur le plan social, la mise en place d’un carnet
de rationnement semble la solution requise pour
les autorités maduristes. Plus 15 millions de
Vénézuéliens disposent depuis peu d’une carte de
crédit, sous forme d’une pièce administrative ou
pour voter et en âge de le pouvoir. Une campagne
de « Carnetizacion » a été organisée, un
néologisme pour désigner une carte de
rationnement nouveau genre, ou le droit à des
allocations en un seul guichet dans un dédale de
mission, venue à l’origine suppléer les manques
et ratés des services publics de la IV°
république. La carte plastique miracle a donné
lieu à des inscriptions et mise en fiche dont
les données peuvent avoir quelques incidences
dans la partition politique qui s’est engagée.
De toute façon, même le fournisseur britannique
du vote électronique a lui aussi émis de fortes
réserves quant au nombre de votants pour la
Constituante et possibilités de malversations au
regard d’un produit manufacturé à l’origine par
son entreprise et 41% ne fait pas une majorité
comparable à celle de 1999.
Un vrai bourbier politique qui favorise les
positions les plus extrêmes. Trouver les chemins
d’une concorde demanderait des concessions de
toute part. Pour sortir le Venezuela de son
marasme faut-il pouvoir disposer d’un accord
visant d’abord à remplir les pharmacies et les
ventres. Quels pays pourraient concourir à cette
épineuse problématique ? L’attitude, prudente et
réservée du Quai d’Orsay peut laisser la porte
ouverte à une diplomatie, le seul sas de
décompression existant, et nous ne manquons pas
en France d’aliments et médicaments, il serait
envisageable de le faire en échange
d’hydrocarbures, et disposons en ce domaine
quelques intérêts sur place. Faute d’argent ou
de papier-monnaie à environ 1000% et des
brouettes d’inflation passées et malgré les
augmentations pour rattraper la différence est
un phénomène se mordant la queue, et Maduro a
refusé jusqu’à présent toute aide humanitaire ou
envoie de cargos d’ONG avec des provisions
d’urgence. Maintenant reste à savoir si la
France et aussi l’Europe Unie vont participer à
des négociations et comment d’ici du vieux
continent, il est possible d’apporter toutes les
aides utiles à la population, quitte à se servir
du troc.
Rien n’est jamais inextricable, et ce défi n’est
pas impossible. Je pourrais avoir le sentiment
de revenir du temps où il fallait être dans le
camp de l’Ouest ou de l’Est, je n’ai jamais
appartenu à cette vision réductrice des choses
et une victime sous un régime dit de gauche ou
de droite reste une victime. De plus la
complexité vénézuélienne demande à rester
mesuré, le poids de l’armée et pas des révoltes
de seconde main est une des clefs du problème,
et les rivalités internes à tous les camps. Et
ce sont toujours les civils qui paient les pots
cassés au sens large. Le madurisme a suppléé le
chavisme, ce n’est pas le premier mouvement
révolutionnaire qui s’effondre, pour l’instant
sous une forme d’opéra du crépuscule staliniste
aux airs de salsa. Les donneurs de leçon ne
seront pas les payeurs et les réalités sont
effrayantes, de quoi se sentir responsable et
pas dupe des endoctrinements, ou choix de
trouver ici en France des boucs émissaires.
C’est tout bonnement une considération
internationaliste, et pas un objet alibi que
j’ai tenté de dépeindre aux prises d’une
actualité redondante, qui n’a fait qu’enfler en
cette période estivale. Au lieu de rajouter des
polémiques inutiles, il est question de trouver
des solutions et ne pas pousser une région du
monde à plus d’embrasement. La seule
responsabilité politique est dans les mains de
la présidence de la République française et de
ses homologues continentaux. À titre individuel
et à huit mille kilomètres de distance, nous ne
pouvons pas faire grand-chose, ni véritable
moyen de faire entendre la voix d’un apaisement.
Pour de multiples raisons et au-delà d’une
vieille union entre nos pays respectifs, le
temps des responsabilités historiques n’est pas
venue, l’agir est au présent et ne se conjugue
pas à l’imparfait.
Une
histoire douloureuse et ignorée
Cela fait des années que le Venezuela est
l’objet de campagnes de presse aux airs de
fausses nouvelles, amalgames et manipulations à
la clef, donc rien de très nouveau sous le
soleil de Caracas. Qui plus est depuis la
France, les connaisseurs ne se bousculent pas au
portillon, pas beaucoup de gens à citer pouvant
expliquer la situation de manière équilibrée, ou
bien sortir du pour ou contre, cette approche
classique et binaire sur le régime en place. Le
Venezuela comme tout comme pays dans le monde à
sa part de complexité et une histoire ignorée de
relations avec la France datant l’émergence des
nouvelles républiques latino-américaines au
début du XIX° siècle.
La démocratie n’est apparue qu’après une période
de transition de vingt ans en janvier 1958 avec
le pacte de Punto Fijo et un système politique
bipartisan, excepté deux années de 1945 à 1947
qui avait été un préambule et une brève
expérience avec à sa tête des intellectuels
progressistes, suivirent dix années d’une
nouvelle dictature militaire. L’organisation
démocratique de ses institutions débuta
véritablement avec la IV° république avec le
président Romulo Bétancourt. De 1945 à 1975, le
sort des Vénézuéliens toutes classes sociales
confondues évolua au rythme d’une économie
fleurissante, une meilleure redistribution des
richesses et une monnaie le Bolivar, qui n’avait
pas besoin de s’appeler fort représentait à
l’époque une monnaie refuge, comme le franc
Suisse. Les années phares de cette
redistribution de la manne pétrolière n’a duré
véritablement que les premières années
accompagnée d’une loi sur les grandes propriétés
foncières visant à mettre fin à la domination
des grandes propriétés agricoles (le
Latifundisme), et s’avérer être un échec complet
et ne changeant pas la donne. Toutefois se mit
en place tout un réseau scolaire public qui
faisait défaut depuis toujours, à l’exemple du
ministre de l’économie, en 1958, il était le
seul diplômé en ce domaine du pays et encore
après avoir suivi un cursus aux Etats-Unis.
Je n’entrerai pas dans les détails sur
l’histoire du pétrole, simplement pour remarquer
qu’avant de devenir un des plus gros producteur
de la planète en hydrocarbures, le Venezuela
était un producteur de produit agricole, dont
une forte production de cacao et l’un des
meilleurs du monde pour les amateurs. Il faut
aussi tenir compte d’un facteur non négligeable,
la démographie qui en un siècle va passer de
trois à trente millions d’habitants. Ceci pour
une surface ou un territoire de presque deux
fois la taille de la France ; environ 910.000
km2 hors réclamations sur les frontières et les
Guyanes (anciennement britanniques). 93% des
Vénézuéliens sont des citadins, et l’agriculture
reste une grosse épine dans le pied d’un pays
devenu importateur de presque tout, jusqu’aux
eaux en bouteille sous la marque coca-cola… À
part de rares produits andins comme le fromage,
cette nation qui devrait en la matière être
autonome comme ses voisins brésiliens ou
colombiens, le Venezuela souffre d’un manque
chronique de productions locales et rien n’a pu
inverser cette réalité, pareillement que sous
Bétancourt, sous Chavez les réformes ont plutôt
échoué et en raison de la situation actuelle, la
question est de comment aider et soutenir des
projets favorisant la sortie des mondes carbonés
?
J’ai tenté de défendre ce point de vue sans
grande réussite depuis plusieurs années, le
climat actuel et les commentaires d’une presse
avide de sensation et sous le coup de mentons de
nos tribuns nationaux. Pourtant en France nous
disposons de la technicité et des outils pour
former même en terre tropicale des agriculteurs
et ingénieurs, et nous pourrions y jouer un rôle
novateur et faîtes de collaborations à envisager
avec une nation pas si lointaine… Un avis qui
grandirait un débat cynique, fait d’invectives
et du mépris total pour une population en
danger. Si rien n’était fait par voie
diplomatique, les secousses à venir bien plus
dévastatrices et le Venezuela est sur « la voie
d’une dictature » comme a pu le préciser Madame
Luisa Ortega. Les nuances ont leur importance et
plus vite les Vénézuéliens retourneront aux
urnes, plus loin le spectre d’une dictature se
profilera et rien ne dit que Nicolas Maduro en
serait la figure de proue. Dans son vocabulaire,
l’ancienne Procureure générale et même si de
nombreux magistrats vénézuéliens ont dû prendre
la fuite ou l’exil, avant de lâcher les grands
mots, il serait préférable de penser aux
répercutions en interne. Chaque mot compte et
l’exercice fait appel au calme et de ne pas tout
confondre.
N’étant ni partisan du nouveau Président
français, ni de son opposant officiel, M.
Mélenchon, tout débat entre ces deux hommes est
le bienvenu ! Mais beaucoup repose en des
échanges qu’un citoyen sans grand moyen autre
que d’écrire sur un pays que j’aime, je n’ai pas
envie à huit mille kilomètres à relever toutes
les souffrances, trop nombreuses et
injustifiables, et plutôt que de jouer les
Cassandre, j’appelle à un peu de clairvoyance et
de ne pas faire du Venezuela un ring de nos
envolées et parfois délires paranoïaques, comme
une probable invasion étasunienne.
Conclusion
De
la farine de blé, de maîs, du lait, des
produits carnés, …, plus toute la pharmacopée
possible à faire suivre demanderait de gros
navires et une saisine de l’Onu, pour au plus
vite rendre leur dignité à tout un peuple. Qui
à ce rythme se prend une fois de plus une
crise économique et sociale, insupportable.
Plus des factions ou milices armées au service
d’une terreur mettant sous coupe réglée une
population qui n’en a pas besoin et a
suffisamment subit.
Pour finir, n’ayant pas le temps de traduire un
texte en espagnol d’une cinquantaine de pages
d’Edgardo Lander, sociologue (5), vous pouvez
cependant consulter son analyse sur les années
Chavez et les questions actuelles, depuis la
mise en oeuvre d’une Constituante maduriste ne
respectant pas les propres clauses de la
Cinquième République bolivarienne. Je vous
renvoie à d’autres sources (en espagnol et en
anglais) et informations complémentaires.
Lionel
Mesnard, le 1er septembre 2017
Notes
et informations complémentaires :
(1) Carlos Navarro du syndicat ASI Venezuela
était présent en juin à Paris et l’invité de la
CFDT pour témoigner de la situation. Ci-dessous
l’audio de la Conférence en présence du
secrétaire général, Laurent Berger, et d’autres
intervenants comme Mme Garrigos pour Amnesty
International, et questions du public (durée
:1h50).
(2)
Lire après en complément sur cette même
page la communication de l’ONU à Genève du
30 août 2017 et son rapport alarmant sur les
droits humains.
(3) Germán Ferrer, el guerrillero
perseguido por la revolución chavista (le
guerriero poursuivi par la révolution chaviste),
journal El tiempo, août 2017. Il est dressé un
portrait biographique de cet ancien militant
révolutionnaire pro-cubain. Il a été notamment
incarcéré à Caracas dans l’ancienne prison
militaire de San Carlos dans les années 1970.
(4) Projet miniers et luttes sur l’Orénoque,
partie amazonienne du Venezuela, ce
document en espanol est une contribution pour
l'annulation du décret concernant l'Arco
Minero del Orinoco : à
lire ici !
(5) Le Venezuela, l’expérience
bolivarienne en lutte pour transcender le
capitalisme, par Edgardo
Lander, août 2017, et à lire sur cette même page
son article en français sur l'Assemblée
Constituante.
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Premier
rapport de l’ONU
sur le VENEZUELA

sur
les manifestations intervenues du 1er
avril au 31 juillet 2017
LES
VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME INDIQUENT
QUE
LES AUTORITÉS CHERCHENT À MATER LES VOIX
CRITIQUES
Office
des Nations Unies depuis Genève, le 30 août
2017
Les
violations massives des droits de l’homme et
des abus graves de ces droits commis au
Venezuela dans le cadre de manifestations
hostiles au gouvernement trahissent
«l’existence d’une volonté politique de
réprimer des voix critiques et d’instiller la
peur parmi la population, afin de mettre un
terme aux protestations», selon un rapport (*)
du Haut-Commissaire des Nations Unies aux
droits de l’homme.
«Le recours généralisé et systématique à une
force excessive pendant les manifestations, et
la détention arbitraire de manifestants et
d’opposants politiques présumés, indiquent qu’il
ne s’agit pas d’actes isolés et illégaux de la
part de quelques officiers», déclare le rapport.
Le rapport invite le Conseil des droits de
l’homme des Nations Unies à envisager de prendre
des mesures afin d’empêcher que la situation des
droits de l’homme au Venezuela, qui siège
actuellement au Conseil, ne se détériore encore
plus.
L’analyse menée par le Haut-Commissariat indique
que sur les 124 décès liés au mouvement de
contestation et sur lesquels le ministère public
enquêtait en date du 31 juillet, 46 pouvaient
être imputés aux forces de sécurité et 27 aux
colectivos, les groupes armés pro-gouvernement.
Pour les 51 morts restants, aucune
responsabilité n’a pu encore être établie.
Pendant la période couverte par le rapport, à
savoir du 1er avril au 31 juillet, le ministère
public a ouvert une enquête sur au moins 1.958
cas de blessures encourues dans le contexte des
manifestations. L’examen de ces blessures
réalisé dans le rapport indique une
intensification progressive de l’utilisation de
la force. Si, début avril, la majorité des
blessures relevaient de l’inhalation de gaz
lacrymogènes, en juillet le personnel médical
soignaient des blessures par balles.
«La réaction des autorités vénézuéliennes aux
récentes protestations s’est faite aux dépens
des droits et des libertés des citoyens, a
déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies
aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Al Hussein.
Le gouvernement doit garantir qu’une enquête
rapide, indépendante et efficace sera menée sur
les violations des droits de l’homme dont les
forces de sécurité se seraient rendues coupables
et sur les graves abus commis par les colectivos
ou des manifestants violents. Cela implique que
les enquêtes ouvertes par le ministère public
pendant la période couverte par le rapport se
poursuivent et soient scrupuleusement et
visiblement impartiales», a-t-il ajouté.
«Le droit de rassemblement pacifique a été
systématiquement violé, et un grand nombre de
manifestants et de personnes identifiées comme
des opposants politiques ont été détenus. Le
rapport fait également état de graves violations
du droit à un procès équitable et de traitements
dégradants assimilables dans certains cas à de
la torture», a annoncé M. Zeid.
D’après les estimations fiables d’une ONG
locale, plus de 5.000 personnes ont été détenus
depuis le 1er avril, et plus de 1.000 étaient
encore détenues en date du 31 juillet. Au moins
609 civils arrêtés dans le contexte des
manifestations ont été déférés devant des
tribunaux militaires. Le rapport invite le
gouvernement vénézuélien à mettre un terme aux
détentions arbitraires et au recours aux
tribunaux militaires pour juger des civils.
Des groupes organisés de manifestants
anti-gouvernement de manière informel ont eux
aussi versé dans la violence, utilisant des
armes improvisées allant du lance-pierres aux
cocktails Molotov et mortiers artisanaux. Au
moins quatre personnes auraient été tuées par
des groupes ou individus hostiles au pouvoir en
place et, selon le gouvernement, neuf membres
des forces de sécurité avaient été tués au 31
juillet. Le rapport appelle les partis
d’opposition à condamner tous les actes de
violence, en particulier ceux commis par des
groupes violentes de manifestants.
Le rapport documente des attaques menées par les
forces de sécurité contre les journalistes et
les travailleurs des médias afin de les empêcher
de couvrir les manifestations. «Des manifestants
et des journalistes ont été qualifiés d’ennemis
ou de terroristes par les autorités, des mots
qui n’ont rien fait pour atténuer le climat de
violence et de polarisation, voire qui y ont
contribué», a dénoncé le Haut-Commissaire.
S’il reconnaît que le nombre de manifestations,
d’arrestations et de décès a diminué depuis le
1er août, M. Zeid s’est dit préoccupé par les
récentes mesures prises par les autorités pour
criminaliser les leaders de l’opposition
politique par le biais de la Commission de
vérité, de justice et de paix.
«La Commission, établie récemment par
l’Assemblée constituante, ne remplit pas les
critères fondamentaux de transparence et
d’impartialité, indispensables pour mener des
enquêtes indépendantes et non motivées par des
considérations politiques sur les violations des
droits de l’homme et les abus commis», a-t-il
commenté.
Le Haut-Commissaire a averti que la crise
économique et sociale persistante et les
tensions politiques croissantes risquent d’
aggraver la situation du Venezuela.
«J’encourage le gouvernement vénézuélien à
suivre les recommandations formulées dans le
rapport et à se servir des conclusions de
celui-ci comme lignes directrices pour la
recherche de la vérité et de la justice pour les
victimes de violations et d’abus. Je réitère mon
appel au gouvernement à renoncer à toute mesure
susceptible d’aggraver les tensions politiques
et invite toutes les parties à poursuivre un
vrai dialogue afin de mettre un terme à la
crise», a conclu M. Zeid.
(*) Le gouvernement vénézuélien n’ayant pas
répondu aux demandes d’accès au terrain, une
équipe d’enquêteurs a mené des investigations
à distance sur les violations des droits de
l’homme entre le 6 juin et le 31 juillet. Le
rapport se base sur l’analyse faite par ces
enquêteurs des informations qu’ils ont
collectées, notamment à travers 135 entretiens
avec des victimes et membres de leur famille,
des témoins, des organisations de la société
civile, des journalistes, des avocats, des
docteurs, des urgentistes et des représentants
du ministère public.
Conférence
de presse en audio ou MP3 (en anglais) : à
écouter ou télécharger ici !
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L'assemblée
constituante
du président Maduro?

Edgardo
Lander (*), le 4 aout 2017
- Traduction de Cathy Ferré
|
Le décès de Chávez en 2013 et la chute des
prix du pétrole peu de temps après ont
correspondu à l’effondrement de deux piliers
fondamentaux du processus bolivarien, qui
entra alors dans une crise
profonde. La crise structurelle due à
l’épuisement du modèle pétrolier rentier qui
s’était imposé depuis le début des années
1980 et qui avait semblé s’effacer au cours
de la première décennie de ce siècle, surgit
à nouveau avec une vigueur renouvelée.
Maduro, qui ne jouit pas des capacités de
leader de Chávez, gagne les élections
présidentielles de 2013 avec une différence de
moins de 2% des voix. En 2015, l’opposition
remporte les législatives par une très large
majorité, et obtient ainsi les 2/3 des sièges,
majorité « qualifiée » permettant de nommer
les membres du Tribunal Suprême de
Justice (TSJ) et du Conseil National Électoral
(CNE). Le gouvernement de Maduro reconnait
rapidement qu’il a perdu la majorité de
l’appui populaire mais constate également
qu’il ne peut pas se maintenir au pouvoir s’il
respecte les limites imposées par la
Constitution. Il commence alors à prendre une
série de décisions qui, de fait, l’éloignent
peu à peu du cadre de la Constitution
Bolivarienne: le référendum révocatoire, qui
avait été considéré comme une des plus
importantes conquêtes de la démocratie
participative, n’a pas lieu; les élections de
gouverneurs, qui auraient dû se tenir en
décembre 2016, sont reportées; les membres du
TSJ et du CNE sont nommés de manière non
conforme à la Constitution (lire après le
texte les articles de convocation d'une
nouvelle Constituante au sein de la
Constitution vénézuélienne); enfin,
ignorant pour la première fois les résultats
d’une élection populaire, le gouvernement
dépossède l’Assemblée Nationale de ses
attributions constitutionnelles qu’il répartit
entre le pouvoir exécutif et le TSJ. À partir
de février 2016, le président Maduro gouverne
en s’appuyant sur les pouvoirs qu’il
s’auto-attribue, en lien avec l’état
d’urgence, sans attendre l’aval de
l’Assemblée Nationale, pourtant nécessaire
constitutionnellement et pour une période
nettement supérieure au maximum permis
par la Constitution.
C’est dans ces conditions que se déroule
d’avril à juillet une forte offensive contre
le gouvernement, de la part de l’opposition
qui réalise conjointement des mobilisations
pacifiques massives dans les villes
principales du pays, des activités violentes,
la destruction d’installations publiques
d’éducation, de santé et de transport, ainsi
que des actes terroristes et des opérations
menées pas des groupes paramilitaires qui
bénéficient d’un appui extérieur. Le
gouvernement répond par une répression
indiscriminée, complétée par les actions de
collectifs civils armés qui attaquent
violemment les mobilisations de l’opposition.
Il en résulte une escalade de violence qui se
solde par plus de 120 morts, des centaines de
blessés et de détenus dont beaucoup sont
directement jugés par des tribunaux
militaires.
Voilà le contexte dans lequel le président
Maduro annonce le 1er mai la convocation d’une
Assemblée Nationale Constituante (ANC). Une
ANC, c’est en principe un acte démocratique,
le début d’un processus participatif au cours
duquel les secteurs les plus larges et les
plus divers de la société peuvent délibérer,
négocier, s’accorder sur des critères et des
normes de base permettant d’avancer vers le
modèle de société souhaité. C’est ainsi que
s’était déroulée la Constituante convoquée au
moyen d’un référendum national, pendant
les premiers mois du gouvernement de Chávez,
en 1999. Cette belle expérience
n’a rien de commun avec la convocation
réalisée par le président Maduro.
Certes, la Constitution n’est pas complètement
explicite sur ce sujet mais elle établit
une nette différence entre “prendre
l’initiative” de la convocation, ce que peut
faire le président, et “convoquer”, ce qui est
une attribution exclusive du peuple souverain
(article 347). Cela implique qu’il aurait
fallu réaliser un référendum consultatif
pour décider de la convocation, comme cela
s’est fait en 1999. Il est évident que cela ne
s’est pas passé ainsi en 2017 parce que le
gouvernement ne bénéficiait pas de l’appui
électoral nécessaire pour remporter cette
consultation. Un autre problème résulte du
découpage électoral absolument arbitraire et
anti-démocratique, élaboré pour
convertir la minorité actuelle de soutien au
gouvernement en majorité écrasante à
l’ANC. Les formes sous lesquelles avaient été
réalisées les élections antérieures ont été
modifiées : un double régime de
représentation, territorial et sectoriel a été
créé. Au sein du découpage territorial,
lesmunicipalités rurales, moins peuplées, ont
bénéficié d’une extraordinaire
sur-représentation, en comparaison avec les
municipalités urbaines qui concentrent la
majeure partie de la population et où le rejet
du gouvernement est plus important. Le
principe constitutionnel de la représentation
proportionnelle a donc été violé expressément
et intentionnellement.
La définition de la participation sectorielle
a aussi posé problème. Il avait en effet été
décidé que des constituants seraient élus pour
représenter chacun des sept secteurs de la
population. Environ cinq millions de citoyens
ont été exclus de ce droit de vote par
secteur, ce qui a créé une différence entre
les citoyens de premièrecatégorie dotés du
droit de voter deux fois et les citoyens de
deuxième catégorie qui n’avaient droit qu’à un
seul vote.
Selon la Constitution, le vote n’est pas
obligatoire. Pourtant des porte-paroles du
gouvernement, en commençant par le président
lui-même, ont lancé des menaces sur les graves
risques courus par ceux qui ne participeraient
pas au vote. Des listes d’employés publics, de
travailleurs des entreprises d’État et de
bénéficiaires des programmes sociaux ont été
utilisées pour les prévenir qu’ils perdraient
leur emploi et leurs avantages s’ils ne
votaient pas. Maintenant que les élections
sont passées, on assiste à une multiplication
de plaintes contre l’application effective de
ces sanctions.
À l’occasion de ces élections, le CNE a
abandonné les principaux mécanismes de
contrôle qui avaient fait du système électoral
vénézuélien un modèle detransparence et de
fiabilité. Les différentes auditions exigées
par les normes électorales n’ont pas toutes
été réalisées.. L’encre indélébile destinée à
garantir que chaque électeur ne vote qu’une
fois n’a pas été utilisée. Le papier des
registres électoraux a de fait été éliminé.
Ces registres étaient tenus avec la
participation des différents groupes
politiques pour confirmer leur exactitude.
Quand le CNE a décidé au dernier moment que
les électeurs pourraient voter dans n’importe
que centre électoral, y compris en dehors de
leur municipalité, c’en était terminé de cet
instrument vital de contrôle et de
transparence du processus électoral !
En conséquence de la convocation
inconstitutionnelle de l’ANC et des délais
très serrés établis pour le dépôt des
candidatures, seuls ont participé en tant que
candidats, électeurs et assesseurs, les
partisans du gouvernement. Tout cela a
pratiquement transformé les élections du 30
juillet en des élections internes au PSUV sans
témoins extérieurs.
De fait, les médias n’ont pas pu couvrir la
journée électorale car les journalistes ne
pouvaient pas s’approcher à moins de 500
mètres des centres de vote, ce qui a fait de
ces élections un processus absolument pas
public. Le président de Smartmatic,
l’entreprise qui a fourni la base
technologique de tous les processus électoraux
entièrement automatisés réalisés depuis 2004,
a déclaré qu’il ne pouvait pas garantir la
véracité des résultats présentés par le CNE,
car ceux-ci avaient été manipulés et que le
nombre total d’électeurs avait eté
augmenté d’au moins un million.
Il n’y a aucune raison de faire confiance aux
résultats annoncés par le CNE. Celui-ci
a déclaré une participation de 8.089.320
électeurs, chiffre hautement suspect,
pour ne pas dire plus. Ce chiffre ne
correspond pas du tout à ce qu’indiquaient,
sans aucune exception, les principales
enquêtes d’opinion qui s’étaient dérouléesdans
le pays avant les élections et qui prévoyaient
des niveaux de participation très inferieurs ;
il n’est pas non plus cohérent avec les
sondages de sortie de bureau de vote.
Ces résultats ont provoqué un profond malaise
parmi des secteurs de base du chavisme et
certains de ses alliés au sein du Pôle
Patriotique. Il est clair que les candidatures
ont été déterminées de manière à assurer que
le nouveau pouvoir constituant soit une fidèle
expression du pouvoir constitué, en
garantissant l’élection de tous les hauts
dirigeants du PSUV, ainsi que de tous les
ministres et gouverneurs qui ont renoncé à
leurs charges pour se présenter à ces
élections.
Les graves problèmes affrontés aujourd’hui par
le pays ne sont pas d’ordre
juridico-normatif. Ce n’est pas au moyen de
modifications constitutionnelles que se
résoudront la sévère crise humanitaire
au niveau de l’alimentation et de la santé, la
profonde récession, la détérioration de
l’appareil productif ou l’existence d’une
dette externe qu’il est impossible de payer. On
peut encore moins espérer qu’une
Constituante qui, au bas mot, n’a pas obtenu
le soutien de 58,47% de l’électorat, puisse
servir d’instrument de dialogue et de paix.
Lors de ces élections, il s’est produit un
démantèlement du système électoral que de
grands efforts avaient permis de construire
depuis 2004. Dans un pays si polarisé, qui
souffre d’une telle violence, ce
démantèlement est grave. Il nous prive d’un
pilier nécessaire à la possibilité d’une
cohabitation démocratique. Nous n’avons plus
d’arbitre de confiance. Il ne s’agit plus de
savoir si des élections se réaliseront ou pas,
il faut aussi s’interroger sur le but
des processus électoraux si le supposé
arbitre neutre, de toute évidence, a cessé de
l’être. Que se passera-t-il dans le pays si
cela mène à la clôture totale de toute option
électorale? Cela signifiera-t-il que
s‘installeront la violence, le terrorisme
paramilitaire et la répression d’État comme
seules manières de gérer nos inévitables
différences?
À partir du vendredi 4 aout, au moment où
s’installe la nouvelle Assemblée Constituante,
le pays entre dans une période de grande
incertitude. Les porte-paroles du gouvernement
ont annoncé que cette assemblée est
plénipotentiaire et
supra-constitutionnelle et qu’elle
pourra, par exemple, intervenir directement au
niveau du Procureur General de la République
et remplacer l’Assemblée Nationale actuelle,
dont la validité est prévue jusqu’en janvier
2021. Que, prochainement, on consulte ou
non la population sur la nouvelle Constitution
qui sera élaborée, il est clair que le
gouvernement en est venu à désavouer, par voie
de faits, la Constitution de 1999.
(*)
Edgardo Lander est enseignant et sociologue,
membre de la Plateforme Citoyenne de Défense
de la Constitution du Venezuela. Il a été un
des principaux organisateurs du Forum Social
Mondial de 2006 à Caracas.
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Constitution
de la République
Bolivarienne du Venezuela
de 1999
Au
Titre IX de la réforme
constitutionnelle
Chapitre III de l’Assemblée
Nationale Constituante (*)
Article 347. Le Peuple du Venezuela
est le dépositaire du Pouvoir
Constituant originel. Dans
l’exercice de ce pouvoir, il peut
convoquer une Assemblée Nationale
Constituante dans le but de
transformer l’Etat, créer un nouvel
ordonnancement juridique et rédiger
une nouvelle Constitution.
Article 348. L’initiative de
convocation de l’Assemblée Nationale
Constituante peut être prise par le
Président ou la Présidente de la
République en Conseil des Ministres,
l’Assemblée Nationale, après
accord des deux tiers de sa
composante. Les Conseils
municipaux, siégeant, après le vote
des deux tiers, ou quinze pour cent
des électeurs ou électrices inscrits
sur le registre électoral.
Article 349. Le Président ou la
Présidente de la République ne peut
soulever d’objections en ce qui
concerne la nouvelle Constitution.
Les pouvoirs constitués ne peuvent
en aucune manière empêcher les
décisions de l’Assemblée Nationale
Constituante. Aux fins de la
promulgation de la nouvelle
Constitution, celle -ci sera publiée
au Journal Officiel de la République
du Venezuela ou dans celui de
l’Assemblée Nationale Constituante.
Article 350. Le peuple du
Venezuela, fidèle à sa tradition
républicaine, à sa lutte pour
l’indépendance, la paix et la
liberté, ne reconnaîtra aucun
régime, législation ou autorité
contrariant les valeurs, principes
et garanties démocratiques ou
portant atteinte aux droits
humains.
NB : Du Titre IX, les chapitres I,
II, et III, n’ont subi aucune
modification depuis 1999.
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Des
prisons pour mineur-e-s saturées

Signataires
CGT, FSU, Syndicat de la magistrature, SAF,
LDH, OIP
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Au
1er juin 2017, 851 mineur.e.s étaient détenu.e.s
en France. Un seuil qui n’avait plus été atteint
depuis 15 ans Le nombre de mineur.e.s
détenu.e.s suit depuis octobre 2016 une courbe
de croissance exponentielle particulièrement
inquiétante (+16,2%). Cette hausse est par
ailleurs marquée par un recours de plus en plus
fréquent à la détention provisoire, et par des
condamnations à des peines de plus en plus
longues.
Les effets destructeurs de l’incarcération,
désormais connus et largement documentés, sont
décuplés pour les jeunes : fragilisation des
liens familiaux, isolement sensoriel,
augmentation de l’angoisse, exacerbation de la
violence et des tensions, socialisation dans un
milieu criminogène... Mener un travail éducatif
individualisé dans un environnement où le
collectif est omniprésent, entravé par des
contraintes pénitentiaires, s’avère extrêmement
difficile.
Le taux de récidive suite à une détention en est
la preuve : le taux de recondamnation des
mineur.e.s dans les cinq ans suivant la
détention est de l’ordre de 70 % – plus élevé
encore que chez les majeurs (63%). Afin de
réguler cet afflux de détenu.e.s,
l'administration pénitentiaire organise des
transferts d'un lieu de détention à l'autre,
éloignant parfois encore davantage
l'adolescent.e du lieu de vie de ses parents
ou/et de son service éducatif de référence.
Dans de nombreux quartiers et établissements
pénitentiaires pour mineur.e.s, cette situation
contraint des jeunes à partager leur cellule.
Et ce, alors que le principe de l’encellulement
individuel a été réaffirmé par la loi
pénitentiaire du 29 novembre 2009 et a fait
l’objet de recommandations régulières du
Contrôleur général des lieux de privation de
liberté. L’article R. 57-9-12 du code de
procédure pénale ne permet par ailleurs des
dérogations pour les mineur.e.s qu’à titre
exceptionnel, pour motif médical ou en raison de
leur personnalité.
Le nouveau ministère de la Justice doit se
saisir de cette situation en urgence. Il doit
donner à la Protection judiciaire de la
jeunesse des moyens supplémentaires conséquents
pour développer les structures éducatives
ouvertes permettant de lutter contre
l'incarcération : foyers éducatifs, services
d'insertion, milieux ouverts. Et remettre en
cause les dispositions sécuritaires qui
engendrent cette sur-incarcération dans une
réforme courageuse de la justice des enfants et
des adolescent.e.s.
Insérer, accompagner, soutenir, éduquer devront
être les mots constitutifs de ce projet !
Paris, le 22 juin 2017
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La
grande
arnaque jupitérienne
et la démocratie en péril ?

- Représentation
de Bellona et
Janus
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C’est
fini pour la farce électorale 2017, mais tout
recommence avec les mêmes, les révolutions de
palais ont toujours ce chic de changer les
masques, mais pas les appartenances et de
reprendre l’héritage. La tuyauterie a
effectivement été changée, mais l’aspect plombé
n’a guère changé. La sociologie de l’hémicycle
et les néo-capitalistes du clan Macron ou le
groupe des inféodés, plus celui de
l’autocrate Bayrou à tout d’une illusion
d’optique. La droite est de retour et le
magicien d’Oz derrière son théâtre d’ombre
s’amuse de se voir si grand devant son miroir
grossissant.
Oui, les dieux se contrefoutent de nos
difficultés, seul le faste et la poudre
d’escampette, les honneurs, les prestiges,
l’emportement, l’emballement des minets de
l’info, le sinistre spectacle du Barbier de
l’Express et de ses doublures télévisuelles ont
fait le travail de leurs maîtres sur les écrans.
Point besoin de citer les chaînes hurlantes et
débats tronqués entre experts du capital,
l’exaspération a touché des sommets et la gauche
politique s’est tuée. Tout est à reconstruire et
à ce rythme au moins 10 ans de césarisme comme
ligne d’horizon. Face à ce qui était un objet
politique trouble, je n’envisageais pas un tel
comportement moutonnier. Il faudra du temps pour
analyser les mécanismes mis en route pour nous
envoyer à ce qui ressemble à une foire
d’empoigne et de démagogie. J’ai quelques
aiguillons sur comment cette farce électorale
s’est produite, m’interrogeant sur la démocratie
menacée par une élite financière ?
Le piège à gogo a fonctionné à merveille, c’est
fou comme l’illusion et le marché du rêve ont
triomphé, le produit miracle et sa marche des
nantis a fait de la France un pays de mouton bon
à tondre. Il n’y aura même pas eu à se déplacer
au second tour des législatives, personnellement
j’avais le choix entre un râtelier aux dents
d’acier, parachuté depuis Chalon et une avocate
d’affaire. Ce qui était une députée Ps
inexistante et un alibi de la diversité, tous
les deux membres du même fonds de commerce, et
le produit des courants droitiers du Psfio, du
moins avant la grande opération commerciale et
le soutien presque unanime de la presse et de
ses concentrés capitalistiques à l’OPA des
milieux financiers sur les élections nationales.
Du jamais vu ou presque?
Il ne s’agit nullement d’un nouveau monde en
préfiguration, mais ce qui peut exister de plus
vulgaire, le degré néant de la politique.
Recruter les députés par CV et par cooptation,
cela n’a rien de démocratique mais le fait d’un
Soviet Suprême, ou ne concourre pas
seulement les affidés du nouveau Bonaparte,
c’est aussi une aubaine pour le sans-culottisme
ambiant, tous les terrains propices à la
démagogie et à la superficialité du pouvoir
d’une même classe ou caste de gens. Ce n’est pas
exactement un dix-neuf Brumaire, cela ressemble
plus à la victoire de décembre 1848, de Louis
Napoléon, sur un air de débauche des richesses
au profit d’une minorité et la mise sous coupe
réglée du prolétariat français. Tout indique la
voie de l’exil, dans un monde rabougri et rongé
par ses concurrences despotiques. Mais pour
aller où ?
Au déroulé des neuf mois écoulés, ce fut un beau
suicide collectif à gauche et une retape sur les
valeurs et manipulations des peurs les plus
délirantes, pendant que d’autres ont su jouer
avec habilité une partie d’échec avec deux ou
trois coups d’avance, la stratégie a suppléé le
contenu. À s’appuyer sur le virtuel,
l’engagement en un clic, rien n’a vraiment
bougé, la parodie a été la plus forte, et
donnant le sentiment de ne pas vivre dans un
pays démocratique. La seule chose qui ne meurt
pas dans cette affaire, ce sont les idées, et
comment en pleine objection de conscience
s’opposer à ce dictat des élites du fric, ou de
l’oseille, n’est pas en soit une nouvelle, mais
un constat.
Mais qui en contre point, cette réalité fruit de
toutes les bassesses montre toutes ses
faiblesses, et prépare sa corde pour se pendre.
La seule bonne nouvelle, une baisse vertigineuse
des haineux, mais en contrepartie elle laisse
place aux bourgeoisies dégénérées, pas de quoi
s’enflammer ou sauter de joie. Avoir le choix
entre l’ex. UMP/PS, la honte nationale et
l’insoumission des apparences, nous sommes avec
trois variantes de populisme et du nationalisme
ambiant. Un grand fourre-tout idéologique dont
le seul but est de maintenir des clans dans les
allées du pouvoir ou d’accéder à la dernière
marche.
Je veux bien prendre en compte que tout n’est
pas mathématique et que l’électorat des deux
candidats de gauche, Hamon et Mélenchon, ne
pouvait s’additionner, toutefois je préfère
certains perdants à des manœuvriers qui ne font
guère dans la dentelle. Les coups portés à
l’unité, les rétropédalages sur la gauche et le
socialisme en fin de campagne, des cacahuètes
pour amuser la galerie et asseoir quelques
trublions professionnels. Monsieur Corbière va
pouvoir libérer son HLM, et une famille moins
aisée en profitée ?
Il serait peut-être temps de faire cause commune
et arrêter de se tromper d’adversaire. Comme il
ne sera jamais vérifié que le retrait de l’un ou
de l’autre aurait permis un second tour. Il
s’est joué une opération similaire visant à
exclure Bernie Sanders du processus électoral
étasunien, Trump a été élu et nous avons hérités
d’un équivalent, ou de ce qui peut se produire
quand l’argent et vie politique se mélange.
Une redite presque éternelle du coup d’état
permanent, avec au 1er tour 51 pour cent
d’abstention pour l’Assemblée nationale, ce
n’est qu’un avant-goût d’un pouvoir auto
légitimé, sans base sociale et des partis s’en
allant en quenouille. Oui, une page est tournée,
et celle qui s’ouvre n’augure rien de bon, à
part la victoire des valets ou idiots utiles du
capital. Le salariat, c’est-à-dire nous ou 80%
de la population, cette masse devenue inerte a
perdu sa conscience de classe et va en payer les
conséquences à prix fort. Et comme la mémoire
est une chose inégalement partagée, nous vous
voilà collectivement dans un grand bond en
arrière social et politique.
Un petit exemple, la supercherie de M. Hulot,
l’ancien agent sponsorisé par x. multinationales
dont TF1 et C°, nourrit au grain de l’Elysée
depuis Chirac relève d’entre gens de même
aisance. Le climat sert à endormir les bonnes
consciences, quand ce n’est que poudre et canons
et de leurs contrats qui l’emporteront. On a
touché le nirvana, la moralité n’a rien de
politique et l’aristocratie d’état a démontré
comment le rouleau compresseur tourne toujours
en sa faveur. Le pouvoir par le haut et aux
prises des institutions de la cinquième, l’idée
même de faire de la politique est un objet volé
à toute idée de citoyenneté. Si, vous ne faîtes
pas des courbettes et crier pas au génie de la
tribune, qu’il est ou elle est la plus belle,
libre à vous de vous en remettre à des clans.
Entre les sectes, les petits arrangements
particuliers et masques du pouvoir, il manquera
le tour de vis, si propre aux régimes aux abois.
La décomposition en moins d’un mois est en
marche.
Mon pays me fait honte, c’est un sentiment
étrange, ne plus avoir que l’impression
d’appartenir à un décorum en carton-pâte. Le
niveau des égoïsmes et les réflexes de mépris
des classes salariées et démunies de ce pays,
suscite même à droite un rejet de l’oligarchie
financière, sauf que c’est toute l’armature
étatique qui ne fonctionne plus au service des
biens communs. Quand il y avait une bonne partie
des opinions publiques qui s’interrogeait sur
l’usure de nos institutions centralistes et se
voulant démocratiques, nous sommes repartis pour
cinq ans dans cette galère. Le fait de l’élite
au sens large, élus et hauts fonctionnaires
s’auto-reproduisant et empêchant tout accès au
peuple souverain à la conduite des affaires. Il
n’y a plus qu’à constater et espérer un sursaut
des consciences libres. Sous le boisseau d’un
système pyramidal, il n’existe aucune marge,
seul le fait du Prince domine, c’est un problème
sans solution ou sans fin…
Pourquoi un tel gâchis et d’occasions
ratées?
Soit des mois à supporter cette grande arnaque
intellectuelle et politique Même s’il y
avait à craindre le pire, une telle vacuité ne
sont que les suites de ce système politique si
détesté, mais si bien conforté dans ce qu’il a
de plus pervers et d’insignifiant. Belle
illusion, la magie est reine et sur des airs de
Marengo dans la Cours Napoléon du Louvre et
promenades au Touquet, nous avons tout le parfum
et ingrédient de cet obscur objet du désir, si
cher à Luis Bunuel. Pourquoi voter si les
Français ont besoin d’un roi ou de vieux vassaux
crasseux pour servir de bouffon à la cour?
C’est ici que commence le temps de la reconquête
de nos pouvoirs perdus et idées à regagner, le
nettoyage des écuries d’Augias restant toujours
d’actualité, et face à la défaite des gauches
incapables de s’unir, il faut maintenant
reconstruire pas à pas, non pas un édifice
politicard mais un corpus commun. De cette
gauche démocratique sociale et écologiste sur
les rotules présume d’une belle traversée du
tunnel et nous devons apporter à nos grands
chefs déplumés le choix de cette dérision
s’étant rejouée d’élection en élection depuis
2014, la mascarade n’a que trop duré.
L’abstention plus les pleins pouvoirs à la
bourse de Paris et aux mains du Medef, la
saignée sera conséquente et la précarité une
norme. Chapeau à l’illusionniste Macron, cet
homme est capable de tout vendre, cette
opération contre-révolutionnaire est un succès.
Mais combien de temps et à quel prix pour les
nouveaux damnés de la terre?
Après le roi auprès de sa belle au bois dormant,
les coups de communications de Jupiter au teint
bio auprès des mortels aux bouffées
consuméristes, le show continue et ne dit rien
des souffrances actuelles. Faire pleurer sur la
misère, cela rapporte à un 1,5 euro par bulletin
et par an, la combattre c’est autre chose et pas
l’assurance d’un siège auprès d’une Assemblée
composée de notables new-look, les temps sont
aux anglicismes les plus grossiers, comment s’en
priver. Cette régression générale qui n’est pas
en soit une nouvelle, caviar pour les uns et les
fins de marché ou produits pourris pour les
autres, sous couvert d’outrance à l’identitaire
et au sécuritaire, vos richesses sont bien
partagées et profits de la seule valeur qui
sonne et trébuche dans les mêmes poches.
Les nouvelles soumissions qui se profilent pour
nous mortels est à l’image d’un vieux monde, la
référence latine à un dieu détourné de l’Olympe
consacre cette logique d’ordre et de repliement
d’une classe sur elle-même. Et si cette victoire
du moment n’était qu’une victoire à la Pyrrhus?
appelant à redoubler d’effort face à la victoire
du centralisme néo-jacobin, la transversalité,
le partage des savoirs, certaines formes de
nomadisme ouvre des perspectives d’un genre
nouveau. Mais pour faire vivre cette imagination
à la base d’un renouveau politique et citoyen,
il faut se défaire des tribuns et prête-noms et
me semble-t-il disposer de nos propres médias
citoyens, à minima, le moyen de faire circuler
tous les projets associant nos propres forces et
capacités à sortir de cette imposture quasi
journalière.
Le monde doré des trente glorieuses (1945-1975)
est bien mort, les défis sont devenu d’une autre
nature, la France a vécu si longtemps dans une
telle opacité, seul l’exercice d’une critique
rigoureuse et respectueuse des configurations
continentales peut redonner du souffle, nous
éloigner de ces commémorations douteuses et
électorales à Oradour-sur-glane. La cité
martyre, où un de mes parents y a laissé la vie
devant un peloton d’exécution. Pourquoi tant
d’énergie funeste, d’équivoques, pour qui allait
s’abstenir rejoindre le camp des « nazis »? Une
pure indécence quand jamais et sondage à
l’appui, le FN n’était en mesure de l’emporter,
et je n’assimile pas les Lepen à une extrême
droite germanisante et militarisée, mais à celui
de son terreau national et composé surtout de
lâches ne sortant les chemises brunes que s’ils
se sentent en mesure de s’appuyer sur un peuple
étranglé.
Quand on veut combattre la «bête», on n’utilise
pas les mêmes procédés de manipulation des
mémoires et des opinions. C’est plus proche des
affects de l’extrême droite que du masque du bon
monarque. Nous n’en sommes plus à l’exaspération
et à la trivialité de la chose, voire les
chantres de l’anti-système garder le grappin sur
le système économique et politique, c’est une
forfanterie, même un enfant de dix ans est en
mesure de le comprendre la farce qui s’est
jouée. S’amuser de la mémoire collective ou
attiser les replis sur la communauté est devenu
un argument publicitaire, des désignations de
bouc émissaire. «Bilal Hamon» a connu les vieux
procédés de délations, il est tellement facile
de tirer à vue sur une communauté religieuse,
ces couleurs illustratives de ce nouveau monde
est à la hauteur de son ignorance, des secousses
du monde réel à venir.
La bataille des idées et celle d’une société est
à réinventer par nous-même, ce n’est pas qu’un
doux rêve, la dernière utopie en vogue, le défi
s’impose en tant que tel. La victoire d’une
génération de Rastignac, ou traîtres en tout
genre vont être des distinctions après les
chasses royales… Mais pourquoi s’accommoder
devant tant d’insignifiant? La dignité est de
mise devant cette vaste désolation démocratique,
le sursaut social le seul horizon devant cette
somnolence ou indolence de nos petits et grands
bourgeois en quête de trône. Rien que du très
électoral à se mettre sous le coude, des plots à
asseoir dans un cénacle, une autre volonté de
faire face à l’avenir doit jaillir. En bon
rousseauiste, j’aimerais m’appuyer sur un être,
bon par nature, s’il n’était pas une entité
corrompue par la bassesse d’une classe donnée et
ses mirages de méritocratie.
M. Bayrou, le si vertueux républicain, ferait-il
revivre toutes ses histoires délicates du temps
où il était au sein de l’UDF et du CDS, comment
cette dernière organisation avait-elle finie?
Mal et dans mille et une affaires, c’est
aujourd’hui un comble un ministre des Sceaux qui
donne son avis et aide ses amis du Modem, c’est
reparti de plus belle. Une loi se voulant de
moralité demanderait des gens, un peu plus
moraux pour faire avaler les pilules sur un
petit monde lointain de ces quartiers du
nord-est parisiens montrés du doigt par quelques
imposteurs de la rive gauche et quelques
rombières ne comprenant pas le tissus social des
quartiers populaires. Dans lesquels depuis des
décennies la misère s’y agglutine. Mais cela
n’est que la crasse de cette bourgeoisie
triomphante, rapace et cynique. Le Ferrand des
bonnes affaires, surtout dans les Mutuelles,
devrait soulever quelques enquêtes auprès de ces
organismes dont une part passe dans de la
publicité pour argent évaporé dans un monde
clos, et jonglant avec plusieurs milliards
d’euros par an. Le scandale de la MNEF ne fut
qu’un épisode, mais comment fonctionne cet
univers ? à la presse, à la vraie de faire son
travail…
Cette crise de la démocratie va au-delà du
clivage, de quelques partis allant s’éteindre ou
reprendre le flambeau? Il y a beaucoup de
travail en perspective à gauche, et certaines
blessures seront difficiles à cicatriser. Ce ne
sera pas la première fois dans l’histoire des
socialistes que le problème se pose, les
exigences en seront plus fortes.
Car l’entité politique n’est plus et le
socialisme subit une nouvelle rupture, où
l’avenir d’un Ps falsifié, avec sa vieille garde
«SFIO» et servant d’écuries aux rejetons
serviles du capital. La Royal qui se la pète,
c’est par elle que ce saut dans le vide à
commencer depuis 2007, et son alter et ex. n’a
fait que trahir ou mentir comme un arracheur de
dent. Comment oublier cette volaille, tant
qu’elle aura cour. Et nous en avons pour cinq
ans avec Janus, monsieur double face, son
véritable équivalent jupitérien.
L’histoire ne permet pas de prédire, elle
renvoie à des faisceaux, des liens par toujours
ordonnables, que le Psfio disparaisse c’est
plutôt une bonne nouvelle pour le socialisme et
ce qui nous attend dans les décennies à venir.
Etre socialiste est assez loin de cette gente
qui nous a mené à avoir un président gadget ou
produit de réclame. Un mois déjà pour imprimer
tout ce qui peut dégoûter de la politique. Les
béni oui-oui du socialisme animé par la seule
foi de se faire élire est l’aspect pathétique de
la chose, quand vous n’êtes pas de la bonne
extraction, et que vous pensez que l’action ne
se limite pas à délivrer des chapelets de bonnes
intentions ou asseoir ces messieurs dans un
fauteuil. Cette «multitude ou populace», comme
pouvait le délivrer les auteurs réactionnaires,
doit s’emparer de sa propre histoire et sortir
de ce grand enfumage des consciences.
Ce tournant historique et politique, et ce n’est
pas un effet de style, ne peut se contenter à
mirer l’orgie et attendre un grand soir, à part
les révolutionnaires de salon, ou que personne
ne veut. La démocratie se porte mal et nous n’en
sortirons pas par des réformettes dictées d’en
haut. La casse de l’outil de travail ou plus
exactement ce qui régissait la relation
employeur employé est appelé à n’être qu’un
chiffon de papier. Ce sont, toutes les
structures sociales de ce pays qui sont à revoir
mais pas au prix du seul marché, ou appel à
mettre en concurrence les hommes et femmes d’une
même nation.
Cette mise en oeuvre de la servilité codifiée
par le patronat est une régression sans mesure
pour les travailleurs, les chômeurs et
précaires. Si les Français ne résistent pas à ce
sinistre annoncé, ce sera un peu plus d’appel
aux dons pour les soupes aux pauvres et quelques
larmes pour les sans domiciles chaque hiver
passant, ou haines à l’égard des déracinés du
monde. Ce à quoi nous courrons tous, faute de
démocratie et d’un peuple conscient de l’avenir
de la planète et du vivant ! Le temps est aux
despotes petits et grands, de nos forces
ranimons le combat de la démocratie et du
socialisme, manger bio et recycler sa
surconsommation ne pourra y suffire... faut-il
en avoir les moyens.
Billet
de Lionel Mesnard, du 19 juin 2017
NB : Je mets aussi en ligne un texte d’Aristote
(ci-après) sur l’esclavage et surtout comment
s’ordonne une pensée philosophique. Cela pose
autrement le jugement et la nature de la
réflexion et ce texte vieux de plus de 2000 ans
conserve toute sa force. Très loin de nos
«philosophes» des temps présents, dénonciateurs
du putride, quand ils sont eux-mêmes la source
du problème et reflet de leurs petits milieux
exigus et fermés sur leurs seules souffrances
égotistes. Etre incapable de poser un problème
donné avec mesure et intelligence, et maintes
précautions, ce n’est pas dans l’air des temps.
Et cela ça ne s’apprend pas qu’à l’école, ou du
moins c’est du par cœur, du rapidement rejeté à
la fin des épreuves et donne de nos jours le
goût à des élites ignorantes ou agités du
nombril, méprisantes et peu soucieuses de
l’intérêt général, la démocratie qu’ils
assassinent un peu plus chaque jour.
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La
Politique - sur l’Esclavage
(Livre
I - Chapitre II)

Un
jeune esclave portant le bouclier et le
casque de son maître
- Aristote
(384-322 avant l'an 0)
Traduction
de
Jules Barthélemy-Saint-Hilaire
(1874)
|
Théorie
de
l’esclavage naturel. - Opinions diverses pour
ou contre l’esclavage ; opinion personnelle
d’Aristote ; nécessité des instruments sociaux
; nécessité et utilité du pouvoir et de
l’obéissance. — La supériorité et
l’infériorité naturelles font les maîtres et
les esclaves ; l’esclavage naturel est
nécessaire, juste et utile ; le droit de la
guerre ne peut fonder l’esclavage. — Science
du maître ; science de l’esclave.
1. Maintenant que nous connaissons positivement
les parties diverses dont l’État s’est formé, il
faut nous occuper tout d’abord de l’économie qui
régit les familles, puisque l’État est toujours
composé de familles. Les éléments de l’économie
domestique sont précisément ceux de la famille
elle-même, qui, pour être complète, doit
comprendre des esclaves et des individus libres.
Mais comme, pour se rendre compte des choses, il
faut soumettre d’abord à l’examen les parties
les plus simples, et que les parties primitives
et simples de la famille sont le maître et
l’esclave, l’époux et la femme, le père et les
enfants, il faudrait étudier séparément ces
trois ordres d’individus, et voir ce qu’est
chacun d’eux et ce qu’il doit être.
2. On a donc à considérer, d’une part,
l’autorité du maître, puis, l’autorité conjugale
; car la langue grecque n’a pas de mot
particulier pour exprimer ce rapport de l’homme
et de la femme ; et enfin, la génération des
enfants, notion à laquelle ne répond pas non
plus un mot spécial. À ces trois éléments que
nous venons d’énumérer, on pourrait bien en
ajouter un quatrième, que certains auteurs
confondent avec l’administration domestique, et
qui, selon d’autres, en est au moins une branche
fort importante ; nous l’étudierons aussi :
c’est ce qu’on appelle l’acquisition des biens.
Occupons-nous d’abord du maître et de l’esclave,
afin de connaître à fond les rapports
nécessaires qui les unissent, et afin de voir en
même temps si nous ne pourrions pas trouver sur
ce sujet des idées plus satisfaisantes que
celles qui sont reçues aujourd’hui.
3. On soutient d’une part qu’il y a une science
propre au maître et qu’elle se confond avec
celle de père de famille, de magistrat et de
roi, ainsi que nous l’avons dit en débutant.
D’autres, au contraire, prétendent que le
pouvoir du maître est contre nature ; que la loi
seule fait des hommes libres et des esclaves,
mais que la nature ne met aucune différence
entre eux ; et même, par suite, que l’esclavage
est inique, puisque la violence l’a produit.
4. D’un autre côté, la propriété est une partie
intégrante de la famille ; et la science de la
possession fait aussi partie de la science
domestique, puisque, sans les choses de première
nécessité, les hommes ne sauraient vivre, ni
vivre heureux. Il s’ensuit que, comme les autres
arts, chacun dans sa sphère, ont besoin, pour
accomplir leur œuvre, d’instruments spéciaux, la
science domestique doit avoir également les
siens. Or, parmi les instruments, les uns sont
inanimés, les autres vivants ; par exemple, pour
le patron du navire, le gouvernail est un
instrument sans vie, et le matelot qui veille à
la proue, un instrument vivant, l’ouvrier, dans
les arts, étant considéré comme un véritable
instrument. D’après le même principe, on peut
dire que la propriété n’est qu’un instrument de
l’existence, la richesse une multiplicité
d’instruments, et l’esclave une propriété
vivante ; seulement, en tant qu’instrument,
l’ouvrier est le premier de tous.
5. Si chaque instrument, en effet, pouvait, sur
un ordre reçu, ou même deviné, travailler de
lui-même, comme les statues de Dédale, ou les
trépieds de Vulcain, « qui se rendaient seuls,
dit le poète, aux réunions des dieux » ; si les
navettes tissaient toutes seules ; si l’archet
jouait tout seul de la cithare, les
entrepreneurs se passeraient d’ouvriers, et les
maîtres, d’esclaves. Les instruments, proprement
dits, sont donc des instruments de production ;
la propriété au contraire est simplement
d’usage. Ainsi, la navette produit quelque chose
de plus que l’usage qu’on en fait ; mais un
vêtement, un lit, ne donnent que cet usage même.
6. En outre, comme la production et l’usage
diffèrent spécifiquement, et que ces deux choses
ont des instruments qui leur sont propres, il
faut bien que les instruments dont elles se
servent aient entre eux une différence analogue.
La vie est l’usage, et non la production des
choses ; et l’esclave ne sert qu’à faciliter
tous ces actes d’usage. Propriété est un mot
qu’il faut entendre comme on entend le mot
partie : la partie fait non seulement partie
d’un tout, mais encore elle appartient d’une
manière absolue à une chose autre qu’elle-même.
Et pareillement pour la propriété : le maître
est simplement le maître de l’esclave, mais il
ne tient pas essentiellement à lui ; l’esclave,
au contraire, est non seulement l’esclave du
maître, mais encore il en relève absolument.
7. Ceci montre nettement ce que l’esclave est en
soi et ce qu’il peut être. Celui qui, par une
loi de nature, ne s’appartient pas à lui-même,
mais qui, tout en étant homme, appartient à un
autre, celui-là est naturellement esclave. Il
est l’homme d’un autre, celui qui en tant
qu’homme devient une propriété ; et la propriété
est un instrument d’usage et tout individuel.
8. Il faut voir maintenant s’il est des hommes
ainsi faits par la nature, ou bien s’il n’en
existe point ; si, pour qui que ce soit, il est
juste et utile d’être esclave, ou bien si tout
esclavage est un fait contre nature. La raison
et les faits peuvent résoudre aisément ces
questions. L’autorité et l’obéissance ne sont
pas seulement choses nécessaires ; elles sont
encore choses éminemment utiles. Quelques êtres,
du moment même qu’ils naissent, sont destinés,
les uns à obéir, les autres à commander, bien
qu’avec des degrés et des nuances très diverses
pour les uns et pour les autres. L’autorité
s’élève et s’améliore dans la même mesure que
les êtres qui l’appliquent ou qu’elle régit.
Elle vaut mieux dans les hommes que dans les
animaux, parce que la perfection de l’œuvre est
toujours en raison de la perfection des ouvriers
; et une œuvre s’accomplit partout où se
rencontrent l’autorité et l’obéissance.
9. Ces deux éléments d’obéissance et de
commandement se retrouvent dans tout ensemble,
formé de plusieurs choses arrivant à un résultat
commun, qu’elles soient d’ailleurs séparées ou
continues. C’est là une condition que la nature
impose à tous les êtres animés ; et l’on
pourrait même découvrir quelques traces de ce
principe jusque dans les objets sans vie : telle
est, par exemple, l’harmonie dans les sons. Mais
ceci nous entraînerait peut-être trop loin de
notre sujet.
10. D’abord, l’être vivant est composé d’une âme
et d’un corps, faits naturellement l’une pour
commander, l’autre pour obéir. C’est là du moins
le vœu de la nature, qu’il importe de toujours
étudier dans les êtres développés suivant ses
lois régulières, et non point dans les êtres
dégradés. Cette prédominance de l’âme est
évidente dans l’homme parfaitement sain d’esprit
et de corps, le seul que nous devions examiner
ici. Dans les hommes corrompus ou disposés à
l’être, le corps semble parfois dominer
souverainement l’âme, précisément parce que leur
développement irrégulier est tout à fait contre
nature.
11. Il faut donc, je le répète, reconnaître
d’abord dans l’être vivant l’existence d’une
autorité pareille tout ensemble et à celle d’un
maître et à celle d’un magistrat ; l’âme
commande au corps comme un maître à son
esclave ; et la raison, à l’instinct, comme un
magistrat, comme un roi. Or, évidemment
on ne saurait nier qu’il ne soit naturel et bon
pour le corps d’obéir à l’âme ; et pour la
partie sensible de notre être, d’obéir à la
raison et à la partie intelligente. L’égalité ou
le renversement du pouvoir entre ces divers
éléments leur serait également funeste à tous.
12. II en est de même entre l’homme et le reste
des animaux : les animaux privés valent
naturellement mieux que les animaux sauvages ;
et c’est pour eux un grand avantage, dans
l’intérêt même de leur sûreté, d’être soumis à
l’homme. D’autre part, le rapport des sexes est
analogue ; l’un est supérieur à l’autre :
celui-là est fait pour commander,et celui-ci,
pour obéir.
13. C’est là aussi la loi générale qui doit
nécessairement régner entre les hommes. Quand on
est inférieur à ses semblables autant que le
corps l’est à l’âme, la brute, à l’homme, et
c’est la condition de tous ceux chez qui
l’emploi des forces corporelles est le seul et
le meilleur parti à tirer de leur être, on est
esclave par nature. Pour ces hommes-là, ainsi
que pour les autres êtres dont nous venons de
parler, le mieux est de se soumettre à
l’autorité du maître ; car il est esclave par
nature, celui qui peut se donner à un autre ; et
ce qui précisément le donne à un autre, c’est
qu’il ne peut aller qu’au point de comprendre la
raison quand un autre la lui montre ; mais il ne
la possède pas par lui-même. Les autres animaux
ne peuvent pas même comprendre la raison, et ils
obéissent aveuglément à leurs impressions.
14. Au reste, l’utilité des animaux privés et
celle des esclaves sont à peu près les mêmes :
les uns comme les autres nous aident, par le
secours de leurs forces corporelles, à
satisfaire les besoins de l’existence. La nature
même le veut, puisqu’elle fait les corps des
hommes libres différents de ceux des esclaves,
donnant à ceux-ci la vigueur nécessaire dans les
gros ouvrages de la société, rendant au
contraire ceux-là incapables de courber leur
droite stature à ces rudes labeurs, et les
destinant seulement aux fonctions de la vie
civile, qui se partage pour eux entre les
occupations de la guerre et celles de la paix.
15. Souvent, j’en conviens, il arrive tout le
contraire ; les uns n’ont d’hommes libres que le
corps, comme les autres n’en ont que l’âme. Mais
il est certain que, si les hommes étaient
toujours entre eux aussi différents par leur
apparence corporelle qu’ils le sont des images
des dieux, on conviendrait unanimement que les
moins beaux doivent être les esclaves des autres
; et si cela est vrai en parlant du corps, à
plus forte raison le serait-ce en parlant de
l’âme ; mais la beauté de l’âme est moins facile
à reconnaître que la beauté corporelle.
Quoi qu’il en puisse être, il est évident que
les uns sont naturellement libres et les autres
naturellement esclaves, et que, pour ces
derniers, l’esclavage est utile autant qu’il est
juste.
16. Du reste, on nierait difficilement que
l’opinion contraire renferme aussi quelque
vérité. L’idée d’esclavage et d’esclave peut
s’entendre de deux façons : on peut être
réduit en esclavage et y demeurer par la loi,
cette loi étant une convention par laquelle
celui qui est vaincu à la guerre se reconnaît
la propriété du vainqueur. Mais bien des
légistes accusent ce droit d’illégalité, comme
on en accuse souvent les orateurs politiques,
parce qu’il est horrible, selon eux, que le plus
fort, par cela seul qu’il peut employer la
violence, fasse de sa victime son sujet et son
esclave.
17. Ces deux opinions opposées sont soutenues
également par des sages. La cause de ce
dissentiment et des motifs allégués de part et
d’autre, c’est que la vertu a droit, quand elle
en a le moyen, d’user, jusqu’à un certain point,
même de la violence, et que la victoire suppose
toujours une supériorité, louable à certains
égards. Il est donc possible de croire que
la force n’est jamais dénuée de mérite, et
qu’ici toute la contestation ne porte
réellement que sur la notion du droit, placé
pour les uns dans la bienveillance et
l’humanité, et pour les autres dans la
domination du plus fort. Mais chacune de
ces deux argumentations contraires est en soi
également faible et fausse ; car elles feraient
croire toutes deux, prises séparément, que le
droit de commander en maître n’appartient pas à
la supériorité de mérite.
18. Il y a quelques gens qui, frappés de ce
qu’ils croient un droit, et une loi a bien
toujours quelque apparence de droit, avancent
que l’esclavage est juste quand il résulte du
fait de la guerre. Mais c’est se contredire ;
car le principe de la guerre elle-même peut être
injuste, et l’on n’appellera jamais esclave
celui qui ne mérite pas de l’être ; autrement,
les hommes qui semblent les mieux nés pourraient
devenir esclaves, et même par le fait d’autres
esclaves, parce qu’ils auraient été vendus comme
prisonniers de guerre. Aussi, les partisans de
cette opinion ont-ils soin d’appliquer ce nom
d’esclave seulement aux Barbares et de le
répudier pour leur propre nation. Cela revient
donc à chercher ce que c’est que l’esclavage
naturel ; et c’est là précisément ce que nous
nous sommes d’abord demandé.
19. Il faut, de toute nécessité, convenir
que certains hommes seraient partout esclaves,
et que d’autres, ne sauraient l’être nulle
part. Il en est de même pour la noblesse
: les gens dont nous venons de parler se croient
nobles, non seulement dans leur patrie, mais en
tous lieux ; à leur sens, les Barbares, au
contraire, ne peuvent être nobles que chez eux.
Ils supposent donc que telle race est d’une
manière absolue libre et noble, et que telle
autre ne l’est que conditionnellement. C’est
l’Hélène de Théodecte qui s’écrie :
De
la race des dieux de tous côtés issue,
Qui donc du nom d’esclave oserait me
flétrir?
Cette opinion revient précisément à fonder sur
la supériorité et l’infériorité naturelle toute
la différence de l’homme libre et de l’esclave,
de la noblesse et de la roture. C’est croire que
de parents distingués sortent des fils
distingués, de même qu’un homme produit un
homme, et qu’un animal produit un animal. Mais
il est vrai que bien souvent la nature veut le
faire sans le pouvoir.
20. On peut donc évidemment soulever cette
discussion avec quelque raison, et soutenir
qu’il y a des esclaves et des hommes libres par
le fait de la nature ; on peut soutenir que
cette distinction subsiste bien réellement
toutes les fois qu’il est utile pour l’un de
servir en esclave, pour l’autre de régner en
maître ; on peut soutenir enfin qu’elle est
juste, et que chacun doit, suivant le vœu de la
nature, exercer ou subir le pouvoir. Par suite,
l’autorité du maître sur l’esclave est également
juste et utile ; ce qui n’empêche pas que l’abus
de cette autorité ne puisse être funeste à tous
deux. L’intérêt de la partie est celui du tout ;
l’intérêt du corps est celui de l’âme ;
l’esclave est une partie du maître ; c’est comme
une partie de son corps, vivante, bien que
séparée. Aussi entre le maître et l’esclave,
quand c’est la nature qui les a faits tous les
deux, il existe un intérêt commun, une
bienveillance réciproque ; il en est tout
différemment quand c’est la loi et la force
seule qui les ont faits l’un et l’autre.
21. Ceci montre encore bien nettement que le
pouvoir du maître et celui du magistrat sont
très distincts, et que, malgré ce qu’on en a
dit, toutes les autorités ne se confondent pas
en une seule : l’une concerne des hommes libres,
l’autre des esclaves par nature ; l’une, et
c’est l’autorité domestique, appartient à un
seul, car toute famille est régie par un seul
chef ; l’autre, celle du magistrat, ne concerne
que des hommes libres et égaux.
22. On est maître, non point parce qu’on sait
commander, mais parce qu’on a certaine nature;
on est esclave ou homme libre par des
distinctions pareilles. Mais il serait possible
de former les maîtres à la science qu’ils
doivent pratiquer tout aussi bien que les
esclaves ; et l’on a déjà professé une science
des esclaves à Syracuse, où, pour de l’argent,
on instruisait les enfants en esclavage de tous
les détails du service domestiqué. On pourrait
fort bien aussi étendre leurs connaissances et
leur apprendre certains arts, comme celui de
préparer les mets, ou tout autre du même genre,
puisque tels services sont plus estimés ou plus
nécessaires que tels autres, et que, selon le
proverbe : « II y a esclave et esclave, il y
a maître et maître ».
23. Tous ces apprentissages forment la science
des esclaves. Savoir employer des esclaves forme
la science du maître, qui est maître bien moins
en tant qu’il possède des esclaves, qu’en tant
qu’il en use. Cette science n’est, il est
vrai, ni bien étendue, ni bien haute ; elle
consiste seulement à savoir commander ce que
les esclaves doivent savoir faire. Aussi,
dès qu’on peut s’épargner cet embarras, on en
laisse l’honneur à un intendant, pour se livrer
à la vie politique ou à la philosophie.
La science de l’acquisition, mais de
l’acquisition naturelle et juste, est fort
différente des deux autres sciences dont nous
venons de parler ; elle a tout à la fois
quelque chose de la guerre et quelque chose de
la chasse.
24. Nous ne pousserons pas plus loin ce que nous
avions à dire du maître et de l’esclave.
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