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Sommaire
de la page :
1 -
Appel international urgent pour
stopper la montée de la violence au
Venezuela
2 - Vous avez dit : "Cabinet noir"?
Ernest Delamont
3 - "Ethique et Politique", Aristote
4 - Présidentielles 2017 : « Le roi
est déjà mort, vive le roi ?
»
5 - Lettre à ceux qui feront
vaincre la gauche, ou mort aux
vaincus ?
6
- La xénophobie et l’angoisse du
politique, Jacky Dahomay
7
- Pierre Mendès France et les
institutions de la V° République,
Serge Berstein
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Appel
international urgent pour
stopper la montée de la violence
au Venezuela

Regarder
le Venezuela au-delà de la polarisation |
En tant
qu'universitaires, intellectuels ou militants
de la société civile, nous souhaitons exprimer
notre profonde préoccupation face à la
situation incontrôlée de violence politique et
sociale au Venezuela qui a déjà entraîné plus
de cinquante morts, des centaines de blessés
et de détenus renvoyés devant des tribunaux
militaires.
Nous sommes conscients que la situation de
violence dans laquelle le Venezuela est plongé
aujourd'hui a des origines nombreuses et
complexes, dans un contexte de polarisation
politique de plus en plus virulente et de
désintégration du tissu social. Le conflit
vénézuélien a ainsi différentes facettes.
D'un côté, il y a un gouvernement de plus en
plus délégitimé, prenant un fort caractère
autoritaire. Cette dynamique puise sa source
dans le refus de l'exécutif de reconnaître les
autres branches du pouvoir d'État, comme
l'assemblée législative où l'opposition
dispose aujourd'hui de la majorité après son
triomphe lors des élections de décembre 2015.
Cette tendance a été puissamment renforcée par
le blocage puis le report du référendum
révocatoire – un outil de démocratisation
introduit par la Constitution approuvée sous
Hugo Chávez – puis avec le report des
élections régionales l'année dernière, jusqu'à
l'échec de l'auto-coup d'État tenté par
l'exécutif en avril. Plus récemment s'est
ajouté l'appel à une Assemblée constituante,
prononcé de manière clairement
anticonstitutionnelle, qui, loin de résoudre
la crise, l'alimente et l'intensifie. Cette
initiative peut être perçue comme une
tentative de consolidation d'un régime
totalitaire dans le contexte d'une énorme
crise sociale et économique (manque de
nourriture et de médicaments, entre autres).
Cela étant dit, nous ne croyons pas, comme
l'affirment certains secteurs de la gauche
latino-américaine, qu'il s'agit aujourd'hui de
défendre un « gouvernement anti-impérialiste
et populaire ». Ce soutien inconditionnel
provenant de certains activistes et
intellectuels relève non seulement d'un
aveuglement idéologique néfaste, mais il
contribue malheureusement à la consolidation
d'un régime autoritaire. Notre soutien au
changement social et politique, y compris à la
critique du capitalisme, ne peut pas être
étendu à des projets antidémocratiques qui
peuvent finir par justifier une intervention
externe « au nom de la démocratie ». De notre
point de vue, le refus de toute ingérence
étrangère doit se fonder sur plus de
démocratie, pas plus d'autoritarisme.
D'un autre côté, en tant qu'intellectuels de
gauche, nous sommes également conscients de la
géopolitique régionale et mondiale. Il est
clair qu'il existe des secteurs extrémistes
dans l'opposition (qui est très large et
hétérogène) qui recherchent également une
issue violente. Pour eux, il s'agit
d'exterminer, une fois pour toutes,
l'imaginaire populaire associé à des idées si
« dangereuses » telles que l'organisation
populaire, la démocratie participative et la
transformation profonde de la société en
faveur des secteurs sociaux subalternes. Ces
groupes d'extrême-droite ont pu compter, au
moins depuis le coup d'état de 2002, sur le
soutien politique et financier du département
d'État américain.
En tant que citoyens d'Amérique latine et
d'autres régions du monde, nous exprimons un
double engagement. D'une part, un engagement
envers la démocratie, c'est-à-dire une
démocratie participative, qui implique des
élections périodiques, des citoyens mobilisés
dans les rues et l'élargissement des arènes
publiques permettant des prises de décision
collective et communautaire. Cela signifie
aussi une démocratie égalitaire, qui implique
l'extension des droits pour conduire à une
société plus juste. D'autre part, nous
exprimons notre engagement envers les droits
de l'homme, ce qui signifie des normes
minimales fondamentales et non négociables de
respect mutuel, qui excluent l'utilisation de
la torture, le meurtre d'opposants et la
résolution des conflits par la violence.
En ce sens, nous pensons que le principal
responsable de la situation au Venezuela – en
tant que garant des droits fondamentaux – est
l'État qui se trouve entre les mains des
autorités gouvernementales actuelles. Mais,
comme nous l'avons déjà dit, nous croyons
qu'il est fondamental de se placer au-dessus
de cette polarisation et qu'il faut chercher
de nouvelles voies pour le dialogue politique
et social afin d'ouvrir un espace aux secteurs
qui aujourd'hui souhaitent sortir du statu quo
catastrophique et qui se situent au-dessus de
toute option violente.
Nous réaffirmons notre solidarité avec le
récent appel à un dialogue démocratique et
pluriel – qui doit inclure des voix diverses
et non pas seulement celles des secteurs
polarisés du gouvernement et de l'opposition –
qui a été lancé par différents secteurs de la
société vénézuélienne, parmi lesquels des
dirigeants politiques, des universitaires, des
militants de la société civile, des
organisations sociales et politiques de portée
nationale, d'anciens ministres sous Hugo
Chavez, d'anciens dirigeants de l'opposition,
des défenseurs des droits de l'homme et des
militants politiques, syndicaux et
communautaires (voir
https://www.aporrea.org/actualidad/n308976.html).
Nous appelons à la formation urgente d'un
Comité international pour la paix au Venezuela
afin de mettre fin à la montée de la violence
institutionnelle et de la violence de rue.
Nous sommes persuadés qu'un autre dialogue est
possible au Venezuela au-delà de la
polarisation et de la violence.
La
résolution d'une crise politique est
toujours longue et complexe, mais elle exige
toujours plus de démocratie, jamais moins.
Et ce résultat ne pourra être atteint que
par le respect des droits humains et
l'autodétermination du peuple vénézuélien.
- Source
en espagnol de la conférence de
presse : Aporrea.org

- Caracas
- Conférence de presse - photo du
25 mai 2017
Vidéos avec Oly Millan, Edgardo Lander et
Enrique Ochoa Antish
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- Vous
avez dit : "Cabinet noir"
?
"À
la table des philosophes" avec Voltaire
le doigt levé et Diderot représentés.
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Parfois,
un mot, ou un groupe de mots ouvre à des
références importantes. Par hasard, j’ai trouvé
un texte relativement synthétique, mais résumant
bien les belles heures de l’espionnage, tel est
le mot à user concernant les sujets du Royaume
et repris de plus belle sous Napoléon Bonaparte
et sa république césarienne, avec son officiant
et ministre de l’intérieur Fouché, l’homme le
plus riche de France en 1814!
Avec l’article que vous pouvez lire après cette
note, nous sommes juste après la Commune de
Paris, un postier, M. Ernest Delamont devenu
historien, retrace et résume avec éclat ce que
fut la police politique de Richelieu à
Louis-Philippe. Le terme de Cabinet noir ouvrant
à des sources originales que j’ignorais, et qui
me seront utiles pour mes propres travaux. Il
est à souligner que ce travail est un petit
bijou sur le sujet et qu’il serait dommage d’en
priver le plus grand nombre.
J’avais remarqué au cours de mes recherches que
Mme de Pompadour avait aidé à placer un de ses
proches à "la Poste aux lettres", si joliment
nommée par l’auteur. Et les encyclopédistes
avaient un fonctionnaire qui les suivait en
particulier et était rattaché au suivi des
censures livresques, quelques dizaines de mises
en fiches parmi une classification rigoureuse
des déviants de toutes sortes, et son lot de
prisonniers politiques. Les moyens de
surveillance de la population sous l’Ancien
Régime qui ont pu être déployés représentent une
somme consultable à la Bibliothèque de
l’Arsenal, pour les chercheurs accrédités, sous
la mention des registres de la Lieutenance
générale de Police. Puis ce qui deviendra plus
tardivement l’administration de la Sûreté
nationale, dont les sources sont disponibles à
Paris en d’autres lieux. Une police qui n’hésita
pas à associer d’anciens bagnards aux enquêtes
sensibles, ou de faire de ceux-ci des mouchards
au sein des prisons.
Cette dimension du Cabinet noir en dit long sur
les prérogatives étatiques qui n’ont jamais
totalement disparu, les tentations d’en jouer
non plus. Sur le plan politique, il s’agit, ni
plus, ni moins que du travail de renseignement
des services affectés à ces tâches plus
ingrates, qu’infâmes, à la fois utile et très
ambigu dans ses objectifs. C’était un des
dossiers dont s’était emparé Michel Rocard et
qui lui tenait à cœur de rendre moins opaque
(mai 1988 - juin 1991). Que François Mitterrand
avait volontairement laissé sous le boisseau.
L’ancien locataire de Matignon avait commencé à
réglementer notamment le fichage, mais avait
aussi provoqué des réactions critiques sur
l’usage de tels fichiers. Pourtant ils sont en
œuvre depuis longtemps, il semble important d’en
comprendre les mécanismes, ou comment ils sont à
l’origine des officines de renseignements.
Les petites paranoïas du pouvoir, et ce qui peut
ressembler à la mission de s’informer auprès de
la population comporte le risque de nombreux
dérapages, et en premier lieu le non-respect des
secrets de l’instruction, ou l’intimité de tout
à chacun dévoilée à la presse caniveau, du viol
de la correspondance, etc. Je ne sais où,
possiblement avec les Pieds Nickelés, j’ai lu
que le meilleur moyen de faire remonter une
information au Préfet de Police était de mettre
un courrier directement dans les égouts… Les
missions de nature confidentielle sont depuis
toujours sous la République, du ressort du
ministre des polices et de ses fonctionnaires,
pouvant être en rapport avec des dossiers de la
défense nationale. Les arcanes sont loin d’être
évidentes, et du contrôle des parlementaires, un
domaine où des contre-pouvoirs doivent s’exercer
pleinement.
Il existe aujourd’hui, des possibilités
démultipliées, à l’exemple de nos données
personnelles sur Internet à des fins
commerciales ou autres, et il ne faut pas
négliger les agences de renseignements avec
leurs grandes oreilles, en France et dans le
monde, et les agents français font de même et
sont plutôt connus pour leurs compétences dans
ce qui peut ressembler à un grand panier de
crabe. De quoi alimenter la furie de la galaxie
des complots et d’en rire ! Il serait plutôt
inquiétant, qu’un État, qui plus est
démocratique, ne connaisse pas à son actif des
collecteurs d'informations en interne, comme à
l’extérieur de son territoire. Sans oublier les
enjeux industriels. Toutefois, dans les périodes
agitées, chacun place ses pions et pose ses
bombinettes.
Il n’est pas sûr qu’avec de tels mots, « Cabinet
noir », l’ancien Premier ministre de Nicolas
Sarkozy n’ait pas connu les rouages de la
machine à contrôler les citoyens, du moins les
trop gênants, comme notre troisième ex-
monarque, n’aspirant qu’au retour ? Cette
perception de la conjuration au XXI° siècle sent
un peu le moisi, toutefois merci à Monsieur
Nobody, je ne pouvais m’attendre à un tel
contributeur.
Notes
de Lionel Mesnard le 29 mars
2017

LE
CABINET NOIR (1)
Ernest
Delamont (*), in Le Monde
Illustré (1871)
C'est
au cardinal de Richelieu qu'il
faut, prétend-on, rapporter
l'existence du Cabinet noir. Le
célèbre vainqueur de la journée
des dupes, pour qui tout moyen
était licite pour arriver à ses
fins, entouré d'ennemis comme il
l'était, dut sans aucun scrupule
couvrir de sa robe rouge la
violation des correspondances.
«
Le cabinet assurément, dit
Tallemant des Réaux, donnait de
l'exercice au cardinal, aussi
dépensait-il fort en espion », non
seulement il entretenait à grands
frais chez les souverains
étrangers, mais à la cour même, où
il faisait surveiller les
courtisans, les hommes de guerre
et le roi lui-même. « Le cardinal
avait gagné sa cuisinière; on dit
qu'elle avait quatre cent livres
de pension », dit Tallemant en
parlant du comte de Tréville,
homme de guerre de ce temps là,
qui à l'esprit le plus juste
joignait le goût le plus délicat
(2). «Richelieu s'était réservé
l'ouverture de toutes les
correspondances intéressant
l'État, et Louis XIII n'en
connaissait que ce que le cardinal
voulait bien lui montrer, aussi à
la mort de son ministre, le roi
témoigna-t-il «de la joie de
recevoir les paquets lui même»
(3).
Les
moyens les plus infâmes ne
répugnaient pas à Richelieu pour
en venir à ses fins, et Tallemant
raconte que lui et la reine mère
«faisaient venir des gens
supposés, qui apportaient des
lettres contre les plus grands de
la cour.» Richelieu s'était
attaché un jeune homme d'Alby,
nommé Antoine Rossignol, qui,
d'après Tallemant des Réaux,
«avait du talent pour déchiffrer
les lettres.»
Sous
Louis XIV, l'existence du Cabinet
noir est authentiquement constaté,
et pas plus les correspondances
des ministres que celles des
bourgeois n'étaient respectées : «
Je voudrais bien savoir, mandait,
le 17 novembre 1664, Mme de
Sévigné à M. de Pomponne, ministre
des affaires étrangères, si mes
lettres vous sont rendues
sûrement» - et plus loin, le 19
décembre, «il y aurait à causer
sur tout cela, mais il est
impossible par lettre.» La même
écrivait, le 18 mars 1671, à sa
fille : « ... Mais je veux revenir
à mes lettres qu'on ne vous envoie
point, j'en suis au désespoir,
Croyez-vous qu'on les ouvre?
Croyez-vous qu'on les garde?
Hélas! Je conjure ceux qui
prennent cette peine de considérer
le peu de plaisir qu'ils ont à
cette lecture et le chagrin qu'ils
nous donnent. Messieurs ayez soin
de les faire cacheter afin
qu'elles arrivent tôt ou tard».
«Je supplie », écrivait encore, le
18 novembre de la même année,
l'inimitable marquise à Mme de
Grignan : « ceux qui se sont
divertis à prendre vos lettres
définir ce jeu jusqu'à ce que vous
soyez accouchée. On en veut aussi
aux miennes; j'en suis au
désespoir; car vous savez
qu'encore que je ne fais pas grand
cas de mes lettres, je veux
pourtant que ceux à qui je les
écris les reçoivent: ce n'est
jamais pour d'autres, ni pour être
perdues que je les écris». Et
l'existence du Cabinet noir était
tellement connue ou appréhendée,
que Mme de Sévigné écrivait le 1er
janvier 1671, à sa fille: «On ne
peut en dire davantage parla
Poste» et le 24 janvier suivant, à
son cousin, le comte de Bussy : «
Je ne crois pas qu'il soit trop
sûr d'écrire de certaines
choses».
La
révocation de l'édit de Nantes
donna de l'occupation aux
honorables employés du Cabinet
noir (4). L'existence de cette
honteuse institution ne doit pas
nous surprendre sous le règne d'un
homme qui, subissant la néfaste
influence de la veuve Scarron, de
l'ancienne amie de Ninon de
l'Enclos, avait ordonné les «
Missions bottées et les
Dragonnades ». Madame de
Maintenon, comme dit l'histoire,
ou Mme de Maintenant, comme
l'appelait le peuple de Paris, a
pris soin de nous apprendre de
qu'elle façon, sous le règne du
roi soleil, on comprenait le
respect dû à l'inviolabilité des
lettres. Les princes de Conti,
Louis-Armand et
Francois-Louis, qui avaient été
exilés pendant la campagne de
Hongrie (1685) expédiaient
fréquemment des courriers en
France. «Le roi, écrit Mme de
Maintenon à son frère, ayant voulu
savoir ce qui les obligeait
d'envoyer incessamment des
courriers, on en a fait arrêter
un; on a pris toutes les lettres
et l'on en a trouvé plusieurs
pleines de ce vice abominable qui
règne présentement, de très
grandes impiétés et des sentiments
pour le roi, bien contraires à ce
que tout le monde lui doit».
On peut juger, par la manière dont
était traitée la correspondante de
deux princes du sang, de quels
égards était entourée la
correspondance des simples
particuliers.
Dans
une lettre, en date du 10 mai
1783, qu'elle écrivait à Mme de
Grignan, Mme de Coulanges, lui
parlant du célèbre médecin Chambon
François, né à Grignan (1647-1733)
emprisonné à la Bastille, où il
fut, détenu deux ans pour avoir
pris la défense d'un seigneur
Napolitain qui y était enfermé, -
lui dit: «Moins il est coupable,
plus sa prison sera longue.
Cela vous paraîtra un peu énigme,
mais je n'ose en dire davantage de
peur d'être à la Bastille.» Sous
Louis XIV, le Cabinet noir n'avait
pas encore un service régulier, ce
ne fut que sous la régence qu'il
fut régulièrement organisé.
Sous
Louis XV, quatre employés secrets
de la lieutenance générale de
police étaient affectés au service
du Cabinet noir; «ils triaient,
dit Mme du Hausset, les lettres
qu'il était prescrit de décacheter
et prenaient l'empreinte du cachet
avec une houle de mercure; ensuite
on mettait la lettre, du côté du
cachet, sur un gobelet d'eau
chaude qui faisait fondre la cire
sans rien gâter; on l'ouvrait, on
en faisait l'entrait et ensuite on
la recachetait au moyen de
l'empreinte. Voilà comme j'ai
entendu raconter la chose.
L'intendant des postes apportait
les extraits au roi le dimanche.
On le voyait entrer et passer
comme le ministre pour ce
redoutable travail (5).
Décacheter
les lettres n'était rien, lit-on
dans le Petit Moniteur du 18
janvier 1870, le difficile était
de les remettre dans leur état
primitif. Le pain à cacheter
n'offrait aucune difficulté, il
cédait à l'action de la vapeur
d'eau qui ramollissait, et la
lettre pouvait être re-cachetée
avec le même pain, insuffisant
protecteur des secrets. Mais les
lettres cachetées à la cire
offraient plus d'obstacles; on
commençait par prendre l'empreinte
du cachet, par fabriquer un cachet
avec l'empreinte. On possédait des
cires de tous pays et de toutes
couleurs; et quand la lettre, une
fois lue, était remise à son état
naturel, il était impossible de
voir qu'elle avait, subi un acte
de violence».
Les
mémoires de Mme du Hausset nous
apprennent «qu'il y avait deux
personnes, le lieutenant de police
et l'intendant des postes qui
avaient grande part à la confiance
de Mme de Pompadour; mais ce
dernier était devenu moins
nécessaire, parce que le roi avait
fait communiquer à M. de Choiseul
le secret de la poste,
c'est-à-dire, l'extrait des
lettres qu'on ouvrait. J'ai
entendu dire que M. de Choiseul en
abusait et racontait à ses amis
les histoires plaisantes, les
intrigues amoureuses que
contenaient souvent les lettres
qu'on décachetait» (6). Dans un
moment où Mme de Pompadour
craignait d'être supplantée par
une rivale, Jeannette
(probablement Jeannel), intendant
des postes, lui rendit, ainsi
qu'elle le dit elle-même, «de
grands services, en montrant au
roi les extraits de la poste sur
le bruit que faisait la faveur de
Mme de Coislin » (7).
«
Lors de l'exil des Parlements par
le chancelier Maupeou (janvier
1771), le scandale des
décachètements devint tellement
manifeste, que les négociants de
Rouen prirent le parti de ne plus
fermer leurs lettres qu'avec des
épingles» (8). « Le docteur
Quesnay (médecin de Mme de
Pompadour), plusieurs fois devant
moi, dit Mme du Hausset, s'est mis
en fureur sur cet «infâme»
ministère, comme il l'appelait, et
à tel point que l'écume lui venait
à la bouche: « Je ne dînerais pas
plus volontiers avec l'intendant
des postes qu'avec le bourreau»,
disait le docteur. Il faut
convenir que, dans l'appartement
de la maîtresse du roi, il est
étonnant d'entendre de pareils
propos ; et cela a duré vingt ans
sans qu'on en ait parlé; « c'était
la probité qui parlait avec
vivacité, disait M. de Marigny
(frère de Mme de Pompadour), et
non l'humeur ou la malveillance
qui s'exhalait » (9).
Louis
XVI voulut abolir le Cabinet noir,
mais son entourage, invoquait la
raison d'État, obtint qu'il le
conservât, bien que le roi ne
laissât passer aucune occasion de
s'élever contre un tel abus, qui
le révoltait. Non seulement à ce
moment-là on ne respectait pas les
correspondances, mais on ne
reculait devant aucun moyen pour
attenter à l'honneur et à la
position des plus intègres
citoyens; on poussait l'infamie
jusqu'à envoyer des lettres et des
réponses supposées. C'est de ce
criminel moyen qu'on se servit à
l'égard de l'honnête Turgot. «Les
lettres et réponses étaient
soigneusement ouvertes à la poste
et portées au roi dans le travail
régulier du secret des lettres,
après avoir été mystérieusement
communiquées à M. de Maurepas. La
règle était, dit Dupont de Nemours
(en note page 390), que le travail
relatif à l'ouverture des lettres
ne devait avoir lieu qu'entre le
roi et l'intendant des postes,
directeur du secret, et que nul
ministre ne devait être instruit
de ce qui se passait. Cette règle
n'a jamais été observée à l'égard
du ministre prédominant, car
l'intendant des postes aurait trop
tôt perdu sa place» (10).
Instruit
par le roi des calomnieuses
dénonciations portées contre lui,
Turgot l'en remercia, lui
demandant de ne lui laisser
ignorer aucune accusation,
promettant de les réfuter avec
loyauté. Le roi lui répondit par
écrit avec beaucoup de
bienveillance; mais, pas plus que
celles de ses sujets, les
correspondances de Louis XVI
n'étaient respectées, de telle
sorte que la lettre du roi, donnée
à un valet de chambre qui devait
la remettre lui-même, n'arriva à
Turgot que le troisième jour par
la poste, après être passée sous
les yeux de M. de Maurepas, dont
Marmontel dit dans ses mémoires
qu'il « regardait le pur amour du
bien public comme une duperie ou
comme une jactance».
Le
3 décembre 1780, l'intendant des
postes, le baron Rigoley d'Ogny,
en envoyant au lieutenant général
de police Lenoir le rapport
journalier, écrivait : «Je joins
ici deux copies de lettres de la
Douay, que «j'ai arrêté»; je vous
prie de les lire et de me mander
si vous voulez que je les laisse
aller. En ce cas, elles
partiraient demain. Avez-vous
rempli votre projet, afin que de
mon côté je fasse arrêter ces
lettres s'il y en a» ? (11)
L'existence du Cabinet noir, que
tous les cahiers avaient
énergiquement flétri, ne doit pas
être tenue pour la moindre des
causes de la Révolution de I 789.
L'Assemblée
nationale, qui devait proclamer
l'inviolabilité du secret des
lettres et édicter des peines
sévères contre ceux qui le
violeraient, avait, dès le 20 mars
1789, protesté, par sa noble
conduite, contre les procédés des
gouvernements précédents. Le
Cabinet noir existait encore,
puisque dans la séance du 14 du
même mois, l'abbé Grégoire
l'accusait de « supprimer des
envois qui devaient être sacrés,
quel qu'en fût le contenu » (12).
Dans
la séance du 25 mars, le président
de l'Assemblée, le duc de
Liancourt, l'informa qu'il avait
reçu de la Commune un paquet saisi
dans la nuit du 22 au 23 sur le
baron de Castelnau, ambassadeur de
France à Genève, au moment où il
passait le pont Royal, lequel
paquet renfermait «trois lettres
ouvertes et une cachetée à
l'adresse de M. le comte
d'Artois». Le président ajouta
«qu'il avait respecté
l'inviolabilité du secret des
lettres, qu'il ne s'est permis
d'en lire aucune, et qu'ayant pris
sur lui d'interpréter les
sentiments de l'Assemblée, ne
pouvant dans ce moment la
consulter, il a renvoyé en
présence de plusieurs de MM. les
députés les paquets et le
procès-verbal au comité
permanent.» L'Assemblée
constituante, par ses décrets des
10, 14 et 29 août 1790, 10 et 20
juillet 1791, proclama le grand
principe de l'inviolabilité des
correspondances, et le code pénal
de 1791 frappa de la dégradation
civique les particuliers, et de
deux ans de gène les agents de
l'autorité qui auraient violé le
secret des lettres, ceux qui en
auraient donné l'ordre, ou qui
l'auraient exécuté; et, voulant
entourer de toutes garanties
l'inviolabilité due au secret des
correspondances, la Constituante,
par la loi du 29 août 1790,
prescrivit à tous les employés de
la poste de prêter le serment
professionnel.
L'Assemblée
nationale donna elle-même à
plusieurs reprises l'exemple du
respect dû aux correspondances;
citer les divers faits qui
prouvent ce que nous avançons
serait fastidieux (Affaires de la
municipalité de Saint-Aubin, de
Crosse, etc.). Nous rappellerons
seulement que l'Assemblée fit
rendre à leur destination, sans
les avoir lues et après les avoir
recachetées, deux lettres
décachetées qui, dans un moment
plein de dangers, lors de la fuite
de Varennes, avaient été saisies
aux Tuileries.
Pour
être impartial, nous devons dire
qu'on a prétendu qu'au moment où
la noblesse française émigrée, et
qui avait été déclarée suspecte de
conjuration par l'Assemblée
législative, ourdissait des
complots contre la République, le
Cabinet noir avait été rétabli
dans le but de déjouer ces
ténébreuses menées.
Le
Directoire, qui avait à combattre
des conspirations sans cesse
renaissantes, crut pouvoir le
faire par l'organisation d'une
forte police; ce fut en vain, le
remède devint pire que le mal, la
corruption pénétra partout; les
abus les plus révoltants se
produisaient, la vénalité avait
remplacé toute notion du droit, et
le gouvernement qui remplaça les
directeurs dut rappeler ses agents
à l'observation des plus
élémentaires principes de la
justice et de la liberté. Le 26
vendémiaire an 10 (16 octobre
1801), le ministre des finances
adressait la lettre suivante au
commissaire central des postes:
Le
ministre des finances, GAUDIN :
«J'ai été informé, citoyen
commissaire, qu'une autorité
civile s'était permis de violer le
secret des lettres. Le
gouvernement, à qui j'en ai rendu
compte, a fortement improuvé un
acte aussi contraire aux principes
qu'il professe, et il a déclaré
que quiconque s'en permettrait un
semblable à l'avenir, serait
poursuivi suivant toutes les
rigueurs des lois; son intention
est que vous défendiez aux
directeurs postes de déférer à
aucun ordre qui compromettrait la
fidélité du dépôt confié à leur
probité. S'il pouvait arriver
qu'on employât la force pour les y
contraindre, vous leur
recommanderez de le constater par
un procès verbal qu'ils vous
adresseraient sur-le-champ, et que
vous transmettriez aussitôt, Le
gouvernement sera inexorable sur
un genre délit qui n'a pu
appartenir qu'à des temps dont la
situation actuelle de la
République ne permet pas de
craindre le retour (13).
A
ce moment, la nombreuse police de
la France portait à la sécurité
des correspondances des atteintes
excessives. «En prenant (17
décembre 1801) les rênes de
l'administration des postes, nous
dit le directeur général La
Valette, j'y trouvai établie la
funeste habitude de livrer à la
police de tous les coins de la
France les lettres qu'elle
réclamait comme suspectes. Je
détruisis violemment cet abus, en
cognant de l'administration ceux
des directeurs qui l'avaient
commis, et du moins les secrets
des citoyens ne furent plus
prostitués à la pire espèce des
hommes» (14).
Avec
le gouvernement impérial revinrent
les beaux jours du Cabinet noir;
et ici nous céderons la plume à un
témoin irrécusable et non suspect,
quoique partial, qui va nous
initier aux travaux du Cabinet
noir sous Napoléon Ier: c'est sa
Majesté elle-même qui, par
l'intermédiaire de son fidèle Las
Cases s'exprime comme il suit :
«
Quant au secret des lettres sous
le gouvernement de Napoléon, quoi
qu'on en ait dit dans le public,
ON EN LISAIT TRÈS PEU A LA POSTE,
assurait l'Empereur; celles qu'on
rendait aux particuliers, ouvertes
ou recachetées, n'avaient pas été
lues LA PLUPART DU TEMPS; jamais
on n'en eût fini. Ce moyen était
employé bien plus pour prévenir
les correspondances dangereuses
que pour les découvrir. Les
lettres réellement lues n'en
conservaient aucune trace; les
précautions étaient des plus
complètes. Il existait, depuis
Louis XIV, disait l'Empereur, un
bureau de «police politique» pour
découvrir les relations avec
l'étranger.
Depuis
ce souverain les mêmes familles en
étaient demeurées en possession,
les individus et leurs fonctions
étaient inconnus : c'était un
véritable emploi. Leur éducation
s'était achevée à grands frais
dans les diverses capitales de
l'Europe; ils avaient leur morale
particulière et se prêtaient avec
répugnance à l'examen des lettres
de l'intérieur: c'était pourtant
eux qui l'exerçaient. DÈS QUE
QUELQU'UN SE TROUVAIT COUCHÉ SUR
LA LISTE DE CETTE IMPORTANTE
SURVEILLANCE, SES ARMES, SON
CACHET, ÉTAIENT AUSSITÔT GRAVÉS
PAR LE BUREAU; SI BIEN QUE SES
LETTRES, APRÈS AVOIR ÉTÉ LUES,
PARVENAIENT NÉANMOINS INTACTES ET
SANS AUCUN INDICE DE SOUPCON A
LEUR ADRESSE. Ces circonstances,
les graves inconvénients qu'elles
pouvaient amener, les grands
résultats qu'elles pouvaient
produire, faisaient la principale
importance du directeur général
des postes, et commandaient dans
sa personne beaucoup de prudence,
de sagesse et de sagacité.
«
L'Empereur a donné à ce sujet de
grandes louanges à M. La Valette :
il n'était nullement partisan, du
reste, de cette mesure, disait-il;
car, quant aux lumières
diplomatiques qu'elle pouvait
procurer, il ne pensait pas
qu'elles pussent répondre aux
dépenses qu'elles occasionnaient.
Ce bureau coûtait 600.000 francs.
Et quant à la surveillance exercée
contre les lettres des citoyens,
il croyait qu'elle pouvait causer
plus de mal que de bien.
«Rarement», disait-il, «les
conspirations se traitent par
cette voie; et quant aux opinions
individuelles obtenues par les
correspondances épistolaires,
elles peuvent devenir plus
funestes qu'utiles au prince,
surtout avec notre caractère. De
qui ne nous plaignons-nous pas
avec notre expansion, et notre
mobilité nationales? Tel que
j'aurais maltraité à mon lever,
observait-il, écrira dans le jour
que je suis un tyran: il m’aura
comblé de louanges la veille, et
le lendemain, peut-être, il sera
prêt à donner sa vie pour moi. La
violation du secret des lettres
peut donc faire perdre au prince
ses meilleurs amis, en lui
inspirant à tort de la méfiance
des préventions, d'autant plus que
les ennemis capables d’être
dangereux sont toujours assez
rusés pour ne pas s’exposer à ce
danger. Il est tel de mes
ministres, dont je n’ai jamais pu
surprendre une lettre» (15).
Des
lignes que nous venons de
reproduire se passant de tout
commentaire. Il est superflu de
faire remarquer à nos lecteurs que
c'était le captif de Sainte-Hélène
et non le César qui blâmait « la
violation du secret des lettres »
et qu'à ce moment, parlant pour la
postérité, il regardait le Cabinet
Noir son règne, par le petit bout
de la lunette. L'intégrité de
Carnot, ministre de l'intérieur
pendant les Cent Jours, ne pu
supporter une telle institution et
« son premier ordre », dit
Bourrienne, fut un ordre à La
Valette, redevenu directeur
général des Postes, pour que le
secret des lettres fût
scrupuleusement respecté».
La
seconde Restauration traîna à sa
remorque le Cabinet noir. Ce fut à
la suite de l'interception 18ème
lettre du général Wilson, datée du
11 janvier 1816 remise au préfet
de police et donnant des détails
sur une évasion de La Valette,
qu'un procès fut intenté à trois
anglais, MM. Wilson, Bruce et
Hutchinson qui, sans le connaître,
avaient favorisé la fuite de
l'ancien directeur général des
postes. « Les accusés protestèrent
dit Froment, avec une juste
indignation contre cette violation
du secret de la correspondance,
contre cet odieux abus de
confiance fait par la police osait
faire un titre à ses poursuites,
et tel était alors l'aveuglement
de l'esprit de parti, que parmi
les magistrats qui siégeaient,
parmi ces magistrats qui devaient
être les vengeurs et les gardiens
de la foi Publique, il ne s'en
trouva pas un seul pour lever la
voix pour désavouer la turpitude à
laquelle la police prenait la
tâche de les associer. On les vit
avec regret donner suite à une
accusation fondé sur un moyen qui
était bien plus digne de leur
sévérité que l'accusation même à
laquelle il servait de base. »
(16)
«
Le Cabinet noir était le
laboratoire d'un comité de
Vingt-deux membres qui
profitaient des ténèbres de la
nuit pour se rendre à des heures
convenues dans cet odieux
repaire, et n'en sortaient
qu'avec de grandes précautions
pour se dérober aux regards du
public. Cinquante mille francs
par mois pris sur les fonds d'un
ministère (les Affaires
étrangères) à solder ces vils
employés…». Ainsi s’exprimait le
rapporteur du comité des
pétitions à la tribune de la
Chambre des députés dans la
séance du 12 mai 1829. D'après
ce rapporteur, dit Dufey (de
l’Yonne) le Cabinet noir avait
cessé d'exister, et le matériel
de ce cabinet avait disparu de
l'hôtel des postes. Le budget du
ministère des Affaires
étrangères publié par la Revue
rétrospective en 1848 portait
encore en 1847 plus de 60.000
francs pour pensions aux anciens
employés de l'ancien Cabinet
noir (17).
Rappelons
ici un trait honorable en accord
avec la doctrine de plusieurs
cours: Lors du complot de Belfort,
le préfet du Haut-Rhin transmit à
M. de Golbert, juge d’instruction,
plusieurs lettres pour qu’elles
fussent jointes au dossier, ce que
cet honorable magistrat refusa de
faire, d'où conflit; l'affaire fut
portée devant le conseil des
ministres, qui approuva la
conduite de M. de Golbert.
Sous
le règne de Louis-Philippe, le
préfet du Nord, M. de
Saint-Aignan, voulut se faire
remettre par le directeur des
postes de Lille un libelle écrit
au roi et qui avait été déposé à
la poste; le directeur s'y refusa,
d’où conflit encore. Le conseil
des ministres saisi de l’affaire
déclara, dit M. Pelletan, que le
directeur avait fait son devoir en
refusant de livrer ce dépôt confié
à sa probité (18).
«
Le gouvernement de Louis-Philippe,
dit Décembre-Alonnier, s'honora en
supprimant le Cabinet noir» (19).
De même que leurs pères de 89, les
républicains de 48 protestèrent
dignement contre l'institution du
Cabinet noir, en témoignant de
leur respect pour l'inviolabilité
des correspondances. À la suite
des troubles du 15 mai, un homme
arrêté pour s'être joint à
l'insurrection « du fond de sa
prison, dit Eugène Pelletan à la
Chambre (séance du 22 février
1867) écrit une lettre, à qui? au
roi Jérôme Napoléon». Cette lettre
fut apportée par le directeur de
la prison à la commission
exécutive, dont voici le
procès-verbal: «Le préfet de
police envoie à la commission une
lettre cachetée qu’un prisonnier
de Sainte-Pélagie adresse au
citoyen Jérôme Bonaparte, la
commission décide que cette lettre
sera envoyée au préfet de police,
qui la fera parvenir telle quelle
est au destinataire» (20).
|
(*) ERNEST
DELAMONT 1830-1881, né à Prades et mort à
Bordeaux. Postier, il a terminé sa carrière
comme commis principal des services ambulants à
Bordeaux. Il fut Président du Syndicat du canal
de Bohère. Historien local, il est l’auteur d’au
moins une dizaine d’ouvrages, M. Delamont a
entre autres rédigé un livre sur la Poste aux
lettres pendant l’Antiquité et en France (source
: Gallica-Bnf).
Notes
du Monde Illustré :
(1) Cette piquante monographie forme un chapitre
de la Nouvelle histoire de la Poste à lettres,
que M. Delamont vient de publier à Bordeaux.
C'est un ouvrage très complet et dont
l’érudition n’est pas déparée par un bon choix
d’anecdotes. Si M. Delamont s'est, par
convenance, arrêté à l'Empire, gardons-nous de
croire que le Cabinet noir a été fermé pour
cela, il a fonctionné très régulièrement, ainsi
que le prouve d'ailleurs la publication des
papiers saisis aux Tuileries, où se trouvent des
détails fort curieux sur les procédés modernes.
(2) Histoire de Tallemant de Réaux, éditée par
Monmerqué. Paris 1861, en 10 volumes, tome 2,
pages 184 et 230.
(3) idem, 2° volume, tome III, p. 78.
(4) Encyclopédie nouvelle. Mot : CABINET NOIR.
(5) Mémoires de Mme de Hausset, femme de chambre
de Mme de Pompadour, à Paris, 1821, pages 63 et
64.
(6) Mémoires de Mme du Hausset, page 63.
(7) Idem, page 114.
(8) Encyclopédie Moderne. Mot: CABINET Noir.
(9) Mémoires de Mme de Hausset, page 64.
(10) Œuvres de Turgot, éditées par (son ami)
Dupont de Nemours. Paris, 1811, tome I, pages
389, 390 et 391.
(11) La Police dévoilée, par Froment, ex-chef de
brigade du cabinet particulier du préfet de
police, Paris, 1829, en 3 volumes. Dictionnaire
de la Conversation, Paris, 1853, tome 4, page
136.
(12) Moniteur du 13 au 15 juillet 1789.
(13) Moniteur du 23 vendémiaire, An X.
(14) Mémoires et souvenirs du comte de La
Valette, 2 volumes, Paris, 1831, tome 2, page
10.
(15) Le mémorial de Sainte-Hélène. Paris,
Garnier frères, 2 volumes, tome I, pages
159-160.
(16) Mémoires du Comte de La Valette. tome 2,
pages 331-332. La Police dévoilée par Froment.
Causes célèbres, par Saint Edme, Paris, 1834,
tome 2, page 98.
(17) Moniteur : Séance de la chambre des Députés
du 12 mai 1829. Dictionnaire des conversations,
Paris 1853. Tome 4, page 36. Mot : Cabinet noir
par Dufey (de l’Yonne).
(18) Moniteur du 23 février 1867.
(19) Dictionnaire d’Histoire, tome 1, page 1441.
(20) Moniteur du 23 février 1867.
Extrait
du Monde Illustré, 12 août 1871, pages
107, 110 et 111
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"Éthique
et Politique"

Aristote
(384 à 322 av. JC)
|
Ce
texte est extrait d’Ethique à Nicomaque (son
père), le texte est sans notes
complémentaires, il a été mis sous la forme de
questions et réponses sur l’éthique en
politique ? Les chapitres antérieurs étant
consacrés à la vertu, à l'amitié et au
plaisir, ..., cet extrait est
la conclusion de cet ouvrage riche en
réflexions sur l'Homme dans la cité et sur la
nature du désir de vivre ou de faire société.
Une question se pose : si ces
matières et les vertus, en y
ajoutant l'amitié et le plaisir,
ont été suffisamment traitées dans
leurs grandes lignes, devons-nous
croire que notre dessein a été
totalement rempli? Ou plutôt,
comme nous l'assurons, ne doit-on
pas dire que dans le domaine de la
pratique, la fin ne consiste pas
dans l'étude et la connaissance
purement théoriques des
différentes actions, mais plutôt
dans leur exécution?
Dès
lors, en ce qui concerne également
la vertu, il n'est pas non plus
suffisant de savoir ce qu'elle est,
mais on doit s'efforcer aussi de la
posséder et de la mettre en
pratique, ou alors tenter par
quelque autre moyen, s'il en existe,
de devenir des hommes de bien. Quoi
qu'il en soit, si les raisonnements
étaient en eux-mêmes suffisants pour
rendre les gens honnêtes, «ils
recevraient de nombreux et
importants honoraires», pour
employer l'expression de Théognis,
et cela à bon droit, et nous
devrions en faire une ample
provision.
Mais
en réalité, et c'est là un fait
d'expérience, si les arguments ont
assurément la force de stimuler et
d'encourager les jeunes gens doués
d'un esprit généreux, comme de
rendre un caractère bien né et
véritablement épris de noblesse
morale perméable à la vertu, ils
sont cependant impuissants à inciter
la grande majorité des hommes à une
vie noble et honnête :
-
la foule, en effet, n'obéit pas
naturellement au sentiment de
l'honneur, mais seulement à la
crainte, ni ne s'abstient des actes
honteux à cause de leur bassesse,
mais par peur des châtiments; car,
vivant sous l'empire de la passion,
les hommes poursuivent leurs propres
satisfactions et les moyens de les
réaliser, et évitent les peines qui
y sont opposées, et ils n'ont même
aucune idée de ce qui est noble et
véritablement agréable, pour ne
l'avoir jamais goûté.
Des
gens de cette espèce, quel
argument pourrait transformer leur
nature?
Il
est sinon impossible, du moins fort
difficile d'extirper par un
raisonnement les habitudes
invétérées de longue date dans le
caractère. Nous devons sans doute
nous estimer heureux si, en
possession de tous les moyens qui
peuvent, à notre sentiment, nous
rendre honnêtes, nous arrivons à
participer en quelque mesure à la
vertu.
Certains
pensent qu'on devient bon par
nature, d'autres disent que c'est
par habitude, d'autres enfin par
enseignement. Les dons de la nature
ne dépendent évidemment pas de nous,
mais c'est par l'effet de certaines
causes divines qu'ils sont l'apanage
de ceux qui, au véritable sens du
mot, sont des hommes fortunés.
Le
raisonnement et l'enseignement, de
leur côté, ne sont pas, je le
crains, également puissants chez
tous les hommes, mais il faut
cultiver auparavant, au moyen
d'habitudes, l'âme de l'auditeur, en
vue de lui faire chérir ou détester
ce qui doit l'être, comme pour une
terre appelée à faire fructifier la
semence.
Car
l'homme qui vit sous l'empire de
la passion ne saurait écouter un
raisonnement qui cherche à le
détourner de son vice, et ne le
comprendrait même pas. Mais
l'homme qui est en cet état,
comment est-il possible de le
faire changer de sentiment ?
Et,
en général, ce n'est pas,
semble-t-il, au raisonnement que
cède la passion, c'est à la
contrainte. Il faut donc que le
caractère ait déjà une certaine
disposition propre à la vertu,
chérissant ce qui est noble et ne
supportant pas ce qui est honteux.
Mais
recevoir en partage, dès la
jeunesse, une éducation tournée avec
rectitude vers la vertu est une
chose difficile à imaginer quand on
n'a pas été élevé sous de justes
lois : car vivre dans la tempérance
et la constance n'a rien d'agréable
pour la plupart des hommes, surtout
quand ils sont jeunes. Aussi
convient-il de régler au moyen de
lois la façon de les élever, ainsi
que leur genre de vie, qui cessera
d'être pénible en devenant habituel.
Mais
sans doute n'est-ce pas assez que
pendant leur jeunesse des hommes
reçoivent une éducation et des soins
également éclairés ; puisqu'ils
doivent, même parvenus à l'âge
d'homme, mettre en pratique les
choses qu'ils ont apprises et les
tourner en habitudes, nous aurons
besoin de lois pour cet âge aussi,
et, d'une manière générale, pour
toute la durée de la vie : la
plupart des gens, en effet,
obéissent à la nécessité plutôt
qu'au raisonnement, et aux
châtiments plutôt qu'au sens du
bien.
Telle
est la raison pour laquelle certains
pensent que le législateur a le
devoir, d'une part, d'inviter les
hommes à la vertu et de les exhorter
en vue du bien, dans l'espoir d'être
entendu de ceux qui, grâce aux
habitudes acquises, ont déjà été
amenés à la vertu : et, d'autre
part, d'imposer à ceux qui sont
désobéissants et d'une nature par
trop ingrate, des punitions et des
châtiments, et de rejeter totalement
les incorrigibles hors de la cité.
L'homme
de bien, ajoutent-ils, et qui vit
pour la vertu, se soumettra au
raisonnement, tandis que l'homme
pervers, qui n'aspire qu'au plaisir,
sera châtié par une peine, comme une
bête de somme. C'est pourquoi ils
disent encore que les peines
infligées aux coupables doivent être
de telle nature qu'elles soient
diamétralement opposées aux plaisirs
qu'ils ont goûtés.
Si
donc, comme nous l'avons dit,
l'homme appelé à être bon doit
recevoir une éducation et des
habitudes d'homme de bien, et
ensuite passer son temps dans des
occupations honnêtes et ne rien
faire de vil, soit volontairement,
soit même involontairement, et si
ces effets ne peuvent se réaliser
que dans une vie soumise à une règle
intelligente et à un ordre parfait,
disposant de la force :
-
dans ces conditions, l'autorité
paternelle ne possède ni la force,
ni la puissance coercitive (et il en
est de même, dès lors, de tout
particulier pris individuellement,
s'il n'est roi ou quelqu'un
d'approchant), alors que la loi,
elle, dispose d'un pouvoir
contraignant, étant une règle qui
émane d'une certaine prudence et
d'une certaine intelligence.
Et
tandis que nous détestons les
individus qui s'opposent à nos
impulsions, même s'ils agissent
ainsi à bon droit, la loi n'est à
charge à personne en prescrivant ce
qui est honnête. Mais ce n'est qu'à
Lacédémone et dans un petit nombre
de cités qu'on voit le législateur
accorder son attention à la fois à
l'éducation et au genre de vie des
citoyens ; dans la plupart des
cités, on a complètement négligé les
problèmes de ce genre, et chacun vit
comme il l'entend, dictant, à la
manière des Cyclopes, la loi aux
enfants et à l'épouse.
La
meilleure solution est donc de s'en
remettre à la juste sollicitude de
l'autorité publique et d'être
capable de le faire. Mais si
l'autorité publique s'en
désintéresse, on estimera que c'est
à chaque individu qu'il appartient
d'aider ses propres enfants et ses
amis à mener une vie vertueuse, ou
du moins d'avoir la volonté de le
faire. Mais il résultera,
semble-t-il, de notre exposé qu'on
sera particulièrement apte à
s'acquitter de cette tâche, si on
s'est pénétré de la science du
législateur.
Car
l'éducation publique s'exerce
évidemment au moyen de lois, et
seulement de bonnes lois produisent
une bonne éducation : que ces lois
soient écrites ou non écrites, on
jugera ce point sans importance; peu
importe encore qu'elles pourvoient à
l'éducation d'un seul ou de tout un
groupe, et à cet égard il en est
comme pour la musique, la
gymnastique et autres disciplines.
De
même, en effet, que dans les cités,
les dispositions légales et les
coutumes ont la force pour les
sanctionner, ainsi en est-il dans
les familles pour les injonctions du
père et les usages privés, et même
dans ce cas la puissance coercitive
est-elle plus forte en raison du
lien qui unit le père aux enfants et
des bienfaits qui en découlent :
- car chez les enfants préexistent
une affection et une docilité
naturelles.
En
outre, l'éducation individuelle est
supérieure à l'éducation publique :
il en est comme en médecine, où le
repos et la diète sont en général
indiqués pour le fiévreux, mais ne
le sont peut-être pas pour tel
fiévreux déterminé ; et sans doute
encore le maître de pugilat ne
propose pas à tous ses élèves la
même façon de combattre.
On
jugera alors qu'il est tenu un
compte plus exact des particularités
individuelles quand on a affaire à
l'éducation privée, chaque sujet
trouvant alors plus facilement ce
qui répond à ses besoins.
Toutefois,
les soins les plus éclairés seront
ceux donnés à un homme pris
individuellement, par un médecin ou
un maître de gymnastique ou tout
autre ayant la connaissance de
l'universel, et sachant ce qui
convient à tous ou à ceux qui
rentrent dans telle catégorie :
-
car la science a pour objet le
général, comme on le dit et comme
cela est en réalité, non pas qu'il
ne soit possible sans doute qu'un
individu déterminé ne soit traité
avec succès par une personne qui ne
possède pas la connaissance
scientifique, mais a observé avec
soin, à l'aide de la seule
expérience, les phénomènes survenant
en chaque cas particulier, tout
comme certains semblent être pour
eux-mêmes d'excellents médecins,
mais seraient absolument incapables
de soulager autrui.
Néanmoins
on admettra peut-être que celui qui
souhaite devenir un homme d'art ou
de science doit s'élever jusqu'à
l'universel et en acquérir une
connaissance aussi exacte que
possible :
- car, nous l'avons dit, c'est
l'universel qui est l'objet de la
science.
Il
est vraisemblable dès lors que celui
qui souhaite, au moyen d'une
discipline éducative, rendre les
hommes meilleurs, qu'ils soient en
grand nombre ou en petit nombre,
doit s'efforcer de devenir lui-même
capable de légiférer, si c'est bien
par les lois que nous pouvons
devenir bons :
-
mettre, en effet, un individu quel
qu'il soit, celui qu'on propose à
vos soins, dans la disposition
morale convenable, n'est pas à la
portée du premier venu, mais si
cette tâche revient à quelqu'un,
c'est assurément à l'homme possédant
la connaissance scientifique, comme
cela a lieu pour la médecine, et les
autres arts qui font appel à quelque
sollicitude d'autrui et à la
prudence.
Ne
doit-on pas alors après cela
examiner à quelle source et de
quelle façon nous pouvons acquérir
la science de la législation? Ne
serait-ce pas, comme dans le cas
des autres arts, en s'adressant
aux hommes adonnés à la politique
active?
Notre
opinion était, en effet, que la
science législative est une partie
de la politique. Mais n'est-il pas
manifeste qu'il n'existe pas de
ressemblance entre la politique et
les autres sciences et
potentialités?
En
effet, dans les autres sciences on
constate que les mêmes personnes, à
la fois transmettent à leurs élèves
leurs potentialités et exercent leur
propre activité en s'appuyant sur
celles-ci, par exemple les médecins
et les peintres; au contraire, les
réalités de la politique, que les
Sophistes font profession
d'enseigner, ne sont pratiquées par
aucun d'eux, mais bien par ceux qui
gouvernent la cité, et dont
l'action, croirait-on, repose sur
une sorte d'habileté tout empirique
plutôt que sur la pensée abstraite :
-
car on ne les voit jamais écrire ou
discourir sur de telles matières (ce
qui serait pourtant une tâche
peut-être plus honorable encore que
de prononcer des discours devant les
tribunaux ou devant l'assemblée du
peuple), pas plus que, d'autre part,
nous ne les voyons avoir jamais fait
des hommes d'État de leurs propres
enfants ou de certains de leurs
amis.
Ce
serait pourtant bien naturel, s'ils
en avaient le pouvoir, car ils
n'auraient pu laisser à leurs cités
un héritage préférable à celui-là,
ni souhaiter posséder pour eux-
mêmes, et par suite pour les êtres
qui leur sont le plus chers, rien
qui soit supérieur à cette habileté
politique.
Il
n'en est pas moins vrai que
l'expérience semble en pareille
matière apporter une contribution
qui n'est pas négligeable : sans
elle, en effet, jamais personne ne
pourrait devenir homme d'État en se
familiarisant simplement avec les
réalités de la politique. C'est
pourquoi, ceux qui désirent acquérir
la science de la politique sont dans
l'obligation, semble-t-il, d'y
ajouter la pratique des affaires.
Quant
à ceux des Sophistes qui se vantent
d'enseigner la Politique, ils sont
manifestement fort loin du compte.
D'une façon générale, en effet, ils
ne savent ni quelle est sa nature,
ni quel est son objet :
- sans cela, ils ne l'auraient pas
confondue avec la Rhétorique, ou
même placée à un rang inférieur à
cette dernière ; ils n'auraient pas
non plus pensé que légiférer est une
chose facile, consistant seulement à
collectionner celles des lois qui
reçoivent l'approbation de l'opinion
publique.
Car
ils disent qu'il est possible de
sélectionner les meilleures lois
comme si cette sélection n'était pas
elle-même œuvre d'intelligence, et
comme si ce discernement fait
correctement n'était pas ce qu'il y
a de plus important! C'est tout à
fait comme ce qui se passe dans
l'art musical.
Ceux
qui, en effet, ont acquis
l'expérience dans un art quel qu'il
soit, jugent correctement les
productions de cet art, comprenant
par quels moyens et de quelle façon
la perfection de l'œuvre est
atteinte, et savent quels sont les
éléments de l'œuvre qui par leur
nature s'harmonisent entre eux; au
contraire, les gens à qui
l'expérience fait défaut doivent
s'estimer satisfaits de pouvoir tout
juste distinguer si l'œuvre produite
est bonne ou mauvaise, comme cela a
lieu pour la peinture.
Or
les lois ne sont que des produits
en quelque sorte de l'art
politique : comment, dans ces
conditions, pourrait-on apprendre
d'elles à devenir législateur, ou
à discerner les meilleures d'entre
elles?
Car
on ne voit jamais personne devenir
médecin par la simple étude des
recueils d'ordonnances. Pourtant les
écrivains médicaux essayent bien
d'indiquer non seulement les
traitements, mais encore les
méthodes de cure et la façon dont on
doit soigner chaque catégorie de
malades, distinguant à cet effet les
différentes dispositions du
corps.
Mais
ces indications ne paraissent utiles
qu'à ceux qui possèdent
l'expérience, et perdent toute
valeur entre les mains de ceux qui
en sont dépourvus. Il peut donc se
faire également que les recueils de
lois ou de constitutions rendent des
services à ceux qui sont capables de
les méditer et de discerner ce qu'il
y a de bon ou de mauvais, et quelles
sortes de dispositions légales
doivent répondre à une situation
donnée.
Quant
à ceux qui se plongent dans des
collections de ce genre sans avoir
la disposition requise, ils ne
sauraient porter un jugement
qualifié, à moins que ce ne soit
instinctivement, quoique leur
perspicacité en ces matières soit
peut-être susceptible d'en recevoir
un surcroît de développement.
Nos
devanciers ayant laissé inexploré ce
qui concerne la science de la
législation, il est sans doute
préférable que nous procédions à cet
examen, et en étudiant le problème
de la constitution en général, de
façon à parachever dans la mesure du
possible notre philosophie des
choses humaines.
Ainsi
donc, en premier lieu, si quelque
indication partielle intéressante a
été fournie par les penseurs qui
nous ont précédé, nous nous
efforcerons de la reprendre à notre
tour; ensuite, à la lumière des
constitutions que nous avons
rassemblées, nous considérerons à
quelles sortes de causes sont dues
la conservation ou la ruine des
cités ainsi que la conservation ou
la ruine des formes particulières de
constitutions, et pour quelles
raisons certaines cités sont bien
gouvernées et d'autres tout le
contraire.
Après
avoir étudié ces différents points,
nous pourrons peut-être, dans une
vue d'ensemble, mieux discerner
quelle est la meilleure des
constitutions, quel rang réserver à
chaque type, et de quelles lois et
de quelles coutumes chacun doit
faire usage. (...)
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Source
: Wikisource, l'autre source
n'existe plus !
Textes
d'Aristote en ligne : Ethique
à Nicomaque
Le texte ci-dessus est une traduction
J. Tricot de 1959 (1893-1963)
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Présidentielles
2017 :

« Le roi est déjà mort, vive le roi
» ? |
« L’histoire de France commence avec la langue
française, elle est le signe principal d’une
nationalité. » Dans son Histoire de
France, au chapitre de la naissance d’une
nation, Jules Michelet introduit son propos avec
cette phrase éclairante et qu’il vaut mieux
citer dans son ensemble, et il donne par la
suite la date de 843 se référant au serment de
Charles le Chauve. L’unité de la langue
française commença à se former à la Renaissance.
On peut citer l’ordonnance de Villers-Cotterêts
en 1539, néanmoins elle fut rédigée dans un
français ancien, l’orthographie, le sens des
mots pouvant avoir un autre entendement. A vrai
dire, si le latin était le fait d’une élite, il
faut rester réservé quant à l’entendu de la
chose, et comme tout idiome, il existe des
évolutions lentes dans un pays où les langues
régionales étaient diverses et très variées et
dominantes, et Michelet qui atteint des sommets,
il est surtout l’héritier des Lumières et de ses
auteurs.
L’instrumentalisation de l’histoire aura connu
dans cette campagne présidentielle 2017 des
hauts accents propagandistes, ce qui est tout
sauf une analyse historique. La plus belle
démonstration fut avec Jean-Luc Mélenchon, non
point sur Castro et encore moins Chavez, mais
sur la question de l’esclavage, omettant la
déclaration d'abolition en créole d’un certain
Santhonax publié à Saint-Domingue en août 1793
quelques mois avant le décret du 4 février 1794.
La référence à Victor Hugues en Guadeloupe
humant toutes les ambiguïtés du pouvoir, entre
autres à ne jamais parler de l’impérialisme. Si
j’ai pu utiliser le terme de canaille pour
certaines figures de la Révolution française,
notre montagnard de choc a plus le statut d’un
renégat et d’un tueur au sens primaire du terme.
Ce goût pour le sang et les honneurs qu’il
faudrait rendre à ce triste sire me laisse
perplexe, quand l’attrait du gain est souvent
victorieux dans les périodes chaotiques. Cette
vision longue sur l’histoire est surtout
hachurée, me semble la perception d’un
mythomane?
Hugues va par la suite tout abjurer de la
république sous la restauration monarchique, et
il n’a pas laissé que des bons souvenirs aux
esclaves, certes libérés de cette infamie, mais
maintenus de force dans les plantations et au
service de nouveaux maîtres. De plus cela n’aura
un effet que dans deux colonies, la future
"Ayiti" indépendante et la Guadeloupe, pour les
autres possessions de l’Empire français, rien,
sauf le maintien de l’esclavagisme et une
adaptation du système économique à des cultures
ou plantations plus rentables, les rafles
continuant sur les côtes africaines avec de bons
navires, bien de chez nous. Santhonax commentant
l’impair de faire une déclaration dans une
langue non point étrangère, du fait d’une fusion
culturelle, ou les parlers créoles n’auraient
apparemment, selon le national et fin de peloton
Mélenchon pas de place dans la république,
quelle misère et raccourcis pour éviter ce qui
fâche. Le plus drôle c’est que Félicité
Santhonax était un girondin, un petit détail de
rien ou de trop? et il ne va pas participer du
retour des chaînes sous le consul Buonaparte en
1802 et sa grande famille emblème du népotisme à
la française, etc. La fameuse « France éternelle
»… Bref des scénarios pour gobe-mouche !
« C'est au XIX° siècle seulement que la France
s'est regardée elle-même et a été regardée comme
étant par excellence un pays de lumière et de
liberté ; les hommes du XVIII° siècle, dont la
gloire a tant contribué à donner à la France
cette réputation, pensaient cela, eux, de
l'Angleterre. Au reste, jusqu'au siècle, la
culture occidentale formait un tout ; nul, avant
le règne de Louis XIV, n'eût songé à la découper
par nations. La « France éternelle » est de
fabrication très récente ». Simone Weil
Passons sur ces masses d’informations occultées
et manipulées à souhait pour des galipettes et
rétropédalages en tout genre. On agite «
Coblentz » et l’on nourrit ainsi sa propre
soupe, son clan serait le terme peut-être plus
proche de la vérité ? Il existe dans l’esprit
d’un nationaliste, toujours une expression
rabougrie et infertile, il faut des ennemis
partout, nourrir la paranoïa ambiante. Et nous
sommes loin de toute concorde si nécessaire pour
affronter l’avenir. Cette campagne électorale
annonce la mort d’un système politique, mais pas
pour autant le terminus de la décomposition.
Elle est en marche (H…EM pour son noble rang et
sans modestie), populiste à souhait, de la vente
de produits publicitaires, de
l’attrape-couillon, en veux-tu, en voilà ! Le
spectacle des médias animant la course aux
cuistres. Ceci n’est plus de la politique, c’est
une course à l’échalote. Il est beau mon
programme, où chercher la vérité dans ce fatras?
Les affaires n’étant qu’un symptôme de la
mélasse, les masques tombent, on supplie la
masse qui doute, seule la fonction tribunicienne
l’emporte quand les enjeux sont ailleurs.
Vouloir servir ce pays ce n’est pas tout
accepté, nous crevons de ne vouloir voir ou
croire qu’en une vision centraliste. Mais que
dire face à la pire génération politique courant
à l’emporte-pièce pour grappiller des bouts voix
et sauver son po-poste ? Le dégoût qui a pu être
manifesté par certains acteurs de la société
civile, pose aujourd’hui de sortir de ce cadre
rigide, ou seuls les vieux tenants du pouvoir
trouvent grâce auprès d’un public de
consommateur, qui n’a pas de nom que parce qu’il
est opposé à toute idée de citoyenneté. Le
citoyen à qui l’on demande un suffrage, lui
patiente, à mon avis en vain. Je ne crois pas
que l’issue du 8 mai 2017 sera la bonne, si ce
n’est l’annonce d’un bazar plus grand.
L’alternance politique n’a plus de nature et à
prendre une décision, l’envie de participer à
une loterie, somme toute nationale est un peu
frelatée, à part les tirez au sort à leur tour,
il n’y a pas plus d’issues de secours, ni
d’honneur à sauver, tout se meurt.
En France, malheureusement les carrières
commencent tardivement à l’exemple de gens en
âge de la retraite, qui vont à plus de soixante
ans faire de très belle carrière, la présidence
de la cinquième en regorge. Donc l’opportunité
ou l’opportunisme d’un Macron aux airs d’un
revival giscardien, c’est assez désarmant, pour
autant les diamants n’ont jamais été aussi
éclatants, vu le teint de l’éphèbe, Paris-Match
retrouve ses éclats d’antan avec quarante ans de
retard. Avec cette particularité, les
journalistes télés sont des bons disciples de
Duhamel et d’Elkabbach, les très vieillissants
gérants de la boîte à image depuis toujours ou
la fin de l’ORTF. Les mêmes, toujours les mêmes
parlant d’eux-mêmes, un petit monde parisien
autocentré, presque une ethnie… du moins une
tribu. De son côté comme artifice, la solution
Youtube du pur jeunisme pour ados attardés. La
France n’a pas ce visage, du moins plus celui du
temps de notre vieux monarque Valéry, dont le
déménagement du portrait de Louis XV de l'Elysée
n’avait pas échappé à la patte du Canard, lors
de ce qui fut le dernier suffrage populaire d’un
ras-le-bol et volonté de changement (1981).
Ce grand retour en arrière, c’est un peu
observer une façade assez terne, quand les
attentes sont d’une autre nature. Le changement
ne pourra s’imposer que par une grande mise en
réseau des citoyens et si possible hors des
machines commerciales à montrer sa binette ou
soutenir bidule. Cette transversalité demande un
haut saut qualitatif et une exigence éthique ne
résumant pas à penser le fédéralisme comme une
roue de secours, mais comme une articulation qui
finalement n’a jamais été en cours depuis la fin
du Moyen-âge chez les « François », et qui se
nomme le centralisme étatique. Cela correspond
parfaitement à l’idée d’une expansion de nature
impériale, son goût pour la verticalité et une
certaine idée de l’absolutisme et de la
servitude. Le Peuple dans cette histoire se
soumet, à l’agitation des preténdants au trône,
pour les besoins de nos beaux Messieurs, nos
maîtres est le sentiment qui demeure.
A ce stade nous en sommes qu’au retournement de
veste, chacun défendant sa petite PME, l’enjeu
des pouvoirs de ce régime républicain en les
mains d’un seul homme, reste pour autant
effrayant, quand finira le cauchemar? c’est un
peu toute la question et personne
individuellement n’a réponse à tout. Pour moi,
il n’est plus de savoir pour qui voter, je le
réserve à un tirage au sort et à une soirée
vaudou, la veille au soir, mais comment faire
pour que toute cette clique de petits marquis
s’en aille? Si l’immobilisme à de quoi
provoquer, l’enjeu est comment échapper à cette
grande maison de fou?
Benoît Hamon ou Mélenchon, en l’état, ce sera ni
l’un, ni l’autre et même avec l’appui de
nouvelles simulations basées sur les hauts et
les bas d'internet (source Filteris.com : le
tableau à la fin du billet), pour la gauche de
combat, ce sera une autre fois et sans les
mêmes, mais ça c’est de l’utopie… Comme quoi des
mots refont surface et parfois sont grimés pour
les circonstances et à des fins limitées comme
tout produit du moment. Il s’agirait plutôt de
pouvoir exprimer une diversité française et
sortir des vieux calques. En ce domaine, nous ne
ferons pas du neuf avec de l’ancien, la
tuyauterie devrait être changée de A à Z, au
plus vite.
Triste campagne des papys et des mémères
"patriotes", l’on peut se préparer à crier « le
roi est déjà mort, vive le Roi » ! Un peu de
Brassens sur le roi des c…, c’est-à-dire, nous
le Peuple, eux survivront ! Je vous donne
rendez-vous à la prochaine révolution, et de mes
vœux démocratiques, à ce rythme, pour la
prochaine glaciation? « La volonté
d'humilier l'ennemi vaincu, qui déborda partout
à ce moment (et dans les années qui suivirent) –
(note : l'auteur fait référence au Traité de
Versailles) - d'une manière si répugnante, me
guérit une fois pour toutes de ce patriotisme
naïf. Les humiliations infligées par mon pays me
sont plus douloureuses que celles qu'il peut
subir ».
Écrits
historiques et politiques de Simone Weil
(1909-1943).
Billet,
de Lionel Mesnard, le 15 mars 2017
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Lettre
à ceux qui feront vaincre la gauche,
ou mort aux vaincus ?

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Dans
un billet de décembre, j’avais émis l’idée que
je ne voterais en aucun cas pour Jean-Luc
Mélenchon et ses partisans. J’avoue que
j’écrivais une bêtise et oubliais de prendre en
compte tous les possibles. Ne prenant pas en
compte que dans un second tour face à l’extrême
droite, dans une hypothétique, mais pas
impossible situation, il me serait difficile de
faire l’impasse. Je déposerai un bulletin en sa
faveur et sans état d’âme dans ces
circonstances. Et j’ai eu le plaisir depuis
d’appendre que le « temps du bruit et de la
fureur » était fini. J’ai pris acte, mais dans
l’incertitude d’un moment inédit, c’est le grand
flou qui perdure.
La victoire de Benoît Hamon est à l’image d’un
grand chamboule tout, ce jeu de foire qui
consiste à faire tomber les têtes. Après
Dufflot, Sarkozy, Juppé, Hollande, Montebourg,
puis Valls, que de monde tombé dans
l’escarcelle. Celui que personne n’attendait a
fait un véritable tabac et rendu un peu de son
honneur à la gauche et ouvre une perspective
nouvelle. Nous sommes fin janvier, et les deux
qualifiés à moins de trois mois d’un tel scrutin
sont normalement identifiables. Une situation
inédite sous la V° république tenant lieu pour
bonne part à un ras-le-bol généralisé et usures
des institutions. Un trop plein de candidat,
dont personne n’est en mesure de prédire ou
d’envisager les futures lames de fond.
Le populisme est devenu le mot-clef sans qu’on
puisse véritablement le définir, à ce titre la
production post-moderniste est l’illustration de
comment ne pas répondre au sujet posé. Au titre
de cette prose souvent indigeste, je vous
éviterai le paradigme et ses ficelles, les
singeries intellectuelles ne concernant pas
grand monde, engage une forme d’agitation des
méninges m’échappant et n’exprimant rien. Bref,
que va décider le Peuple ? A ce rythme des
choses, si la mécanique de la division l’emporte
à gauche, il n’y aura que des perdants et cinq
années troubles comme futur. L’idéal serait de
sortir des hypocrisies et d’aborder les
convergences, car le réel selon Lacan, « c'est
quand on se cogne ». C’est ce qui nous revient
en pleine face et les réveils pourraient être
difficiles, à vouloir continuer à n’exprimer
qu’un jeu de dupe. Comme chez les grands
timides, un pas après l’autre… Mais nier
l’altérité et ce qui fait la gauche de combat ne
peut que finir en opération suicide.
L’expression du souverain aura lieu en avril, le
rassemblement de la gauche n’est pas chose
gagnée. Dans ce cas comment faciliter des
échanges sereins et constructifs? L’horizon est
cependant un peu plus clair, il est de la
responsabilité de tous les candidats
véritablement de gauche restant en lice, Hamon,
Mélenchon, ses locomotives de ne pas nous
envoyer dans le mur. Vos programmes sur les
questions sociales et économiques n’ont rien de
lointain, à moins de pinailler ce qui doit être
du ressort d’une contractualisation avec les
organisations syndicales. En plus, l’écologie
vient marquer une césure avec le productivisme
et la volonté de sortir des mondes carbonés,
même Arnaud Montebourg a fait des concessions,
quand la grande imposture a pour nom la
vice-reine du Poitou et son acolyte Macron, fers
de lance du populisme ambiant et de la confusion
dans ce qu’il prétend être son camp.
Face à ce qui ressemble à de bonnes idées devant
ou pouvant faire un programme de législature, il
reste peu de temps. Comme pensait Mitterrand «
c’est une affaire d’une demi heure », il y a de
quoi en douter, même si beaucoup converge et
nous serons de nouveau hégémonique à une
condition première, en affrontant les réalités.
A vous grands chefs à la magistrature suprême,
de vous soucier du seul intérêt qui vaille,
l’intérêt général. L’élection de bidule ou qui
sera ou pas le premier du premier tour n’a pas
d’importance, ce sont à vos actes, Benoît et
Jean-Luc que nous pourrons voir si votre éthique
est solide ou pas. Non, Jean-Luc, les Etats-Unis
d’Europe ne doivent pas mourir, c’est
aujourd’hui notre présent, c’est aussi notre
avenir et tout devrait être en accord pour en
finir avec ce dumping social et ce libéralisme
économique à tout vent. Pour autant, ce n’est
pas en détruisant que nous construirons.
Repenser le monde, vous l’avez fait avec brio
ces dernières années, seules les idées importent
et survivent. Faisons les triompher !
La règle du « virons les tous » est comme un
couperet et il serait dommage d’éliminer, l’un
ou l’autre, il serait temps de sortir de ces
paramètres de tueurs. Sauf à rire du poulailler
Vert, il est à lui seul un écosystème, pour en
oublier un troisième, le sieur Jadot qui n’a
même pas la possibilité de déposer une
candidature faute de parrainages suffisants,
selon le Canard et ses mares. Combien de
division? moins de 20.000 votants en novembre
2016, quand les idées triomphent, les ratés à
l’allumage ont produit la structure politique la
plus éclatée jamais connue ou réalisée, de quoi
rendre jaloux les trotskystes pourtant champion
en la matière… Ce bouleversement de la société
politique n’épargne personne, il serait le
bienvenu de discuter sans chercher à rallier ou
même convaincre.
Les batailles de boutique ne sont pas à l’ordre
du jour, la victoire de la gauche est encore du
domaine du possible. Son échec sera de la
responsabilité de tous ceux qui chercheront à
tourner le dos face à ce qui nous attend. Fillon
ou Macron, « bonnet blanc et blanc bonnet » a
quelque écho des élections présidentielles de
1969. Ouf ! nous avons évité Monsieur X. et
l’objet n’est pas de faire un attelage. Je vous
engage mes chers candidats à en finir avec ces
institutions monarchiques, de rendre aux
citoyens une démocratie volée par le Gaullisme
et son premier ministre Michel Debré. La fin du
système politique de l’Ancien Régime est à la
condition d’en finir et rendre à l’Assemblée, à
la fonction parlementaire toute sa place. La VI°
république est plus que jamais un objectif qui
tient à cœur à tous les démocrates. En poussant
la plaisanterie, dehors les Feuillants et sus à
Coblentz !, seul le député européen l’ayant
remarqué.
Les affaires éclatent au fil des mois et depuis
la mise en œuvre du financement de la vie
politique mené à l’origine par Michel Rocard,
les écarts et les malversations demeurent. Et
l’on s’étonne du népotisme et de la place des
héritiers dans ce pays, le seul rêve que je puis
avoir en la matière c’est de devenir scandinave.
La question éthique ne se discute pas et à ne
pas confondre avec la transparence, qui est
tellement transparente qu’il est difficile d’en
comprendre toutes les ramifications. Ces
mécanismes corrupteurs nuisent à tous, et s’il
n’y a pas meurtre, il y a chez certains, ce qui
est loin de la majorité, un accaparement et des
pratiques qui relèvent de faits de la grande
délinquance. A Bruxelles, ou à Strasbourg, ce
genre de règle rejetant les accords entre
familiers a été produit par le Parlement de
l’U.E., ici l’entendement est de toujours
dénoncer que d’appliquer ce qu’il peut y avoir
de meilleur. Pour s’aligner sur les choix néo,
pas vraiment nouveaux depuis 1973 ou
ultra-libéraux, il y a moins de réticence à
faire sauter les règles sociales et le paiement
des impôts. Cependant, quoi qu’on veuille notre
souveraineté n’est pas dissoute, et il est
surtout temps de l’exercer et décider de notre
avenir commun !
Trump ou Poutine, impose de rendre l’espoir en
une Europe démocratique, se réveillant face à
ses deux cauchemars de l’impérialisme et du
bipolarisme mondial d’avant 1989. Nos deux
maîtres du monde s’unissant surtout pour le pire
et des guerres sans fins, et provoquant
l’exclusion de tout ce qui dérange ces deux
régimes tyranniques. Trump n’est que la
continuation de la révolution conservatrice de
Reagan, ou la contre-révolution des capitalistes
sauvages contre toute forme d’égalité des
chances et de paix entre les Peuples. Un
darwinisme social visant surtout à absoudre
toute fraternité, solidarités internationales,
et empêcher les expressions du progrès.
Tout le monde n’est pas encore totalement
réveillé et il y a de quoi être parfois sous le
choc de certaines nouvelles.
Il est encore possible que la France montre un
autre visage, une ouverture sur le monde ne veut
pas dire soumission à un ordre économique, nous
avons besoin de chefs républicains pour
affronter les tempêtes à venir et voilà deux
capitaines qui peuvent porter les voiles ! Mais
attention, l’échec des deux tournerait en faveur
des mêmes et n’oubliez jamais que les couronnes
sont éphémères et les couperets définitifs et
sans retour. Pour le moment l’enjeu n’est pas de
savoir qui portera le costard, mais d’écouter
les propositions et programmes existants. A part
les questions internationales demandant la
mobilisation de tous, face à la folie ambiante,
le déclin de l’Empire étasunien s’annonçant,
nous pouvons entre européens rompre avec les
impérialismes du passé et soutenir un projet
humaniste et universaliste. Des idées bien plus
libérales que de pousser à la consommation des
gamins avec des cartes de crédit pour des biens
culturels, l’éducation populaire était un mot
plutôt absent lors des petits-fours de Bercy
avec Brigitte. Un délire consumériste de plus et
de gens hallucinants dans les mœurs et pratiques
de l’argent public. Arrête de tousser, Macron va
inventer le diesel bio pour les gogos… et nous
consulterons la notice, faute de médecin, là pas
touche au numérus clausus et à la gabegie
médicamenteuse.
Les citoyens ou la société civile n’ont pas
d’autres échappatoires que l’intervention et le
contrôle du plus grand nombre. En premier sur
les finances et c’est toute cette aristocratie
qu’il est temps de mettre au pas et au service
de l’intérêt collectif. Il n’y a pas un
millimètre de la gestion de l’état qui doit
échapper au politique, et l’outil de
planification est une spécificité française dont
nous aurions tort de nous priver. Ce n’est pas
le peuple qu’il faut affoler ou faire pleurer
sur la situation des pauvres, mais faire de
cette société et plus largement, que le progrès
social et écologique puisse changer une
situation inique ou les égoïsmes nationaux nous
poussent à prendre pour différent ce qui nous
ressemble.
NB : Je vous invite à lire, les textes de Jacky
Dahomay, philosophe, et de Serge Berstein,
historien, pour réflexion et méditation sereine
pour les semaines à venir. Les écrits
futurs de ce bloc-notes aborderons : la question
coloniale dans les départements outremers,
depuis la départementalisation et en particulier
en Guadeloupe en 1967 et des massacres
illustrant le tropicalisme sanguinaire de nos
politiques métropolitaines.
Billet
de Lionel Mesnard, le 30 janvier 2017
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La
xénophobie
et l’angoisse du politique

Jacky
Dahomay, le 19 janvier 2017 |
On s’interroge beaucoup ces temps-ci sur la
montée de la xénophobie - tout comme du
populisme d’ailleurs qui lui est souvent
associé - qui frappe maints pays
relevant de la tradition démocratique
occidentale. La xénophobie est avant tout un
sentiment et, en tant que tel, relève du
registre des affects ou des passions. Mais
encore faudrait-il préciser. Nous voudrions
montrer que la xénophobie s’inscrit dans
une tonalité affective particulière que l’on
nomme angoisse dans un rapport particulier au
politique.
On connaît la distinction entre l'angoisse et la
peur. La peur a un objet précis. Je marche dans
la forêt, un lion surgit, j'ai peur. Dans
l'angoisse, je ne sais pas ce qui m'angoisse. Si
on me pose la question, je réponds tout.
C'est-à-dire ? Rien. C'est que tout, équivaut à
rien ; la totalité du monde sombre dans le
néant, dans le non- sens. Qu'on nous pardonne
ces petits rappels, quelque peu de nature
professorale. Mais plus sérieusement, on
pourrait, au-delà de Heidegger et de Sartre,
repenser le rapport entre l'être et le néant
mais non pas strictement dans l'existence
individuelle, mais surtout dans celle de
l'existence collective politique.
La xénophobie est sans doute une angoisse qu'on
transforme, selon un processus psychologique
connu, en peur. Qu'est-ce donc qui peut
angoisser les peuples en ce moment ?
L'existence commune politique est angoissante.
C'est comme si le lien social politique,
qui s'était élaboré au cours des siècles à
l'opposé de liens sociaux pré-politiques
(religieux ou ethniques), ne fait plus sens
aujourd'hui. La crise sociale aggrave la demande
ou l’angoisse du sens politique de l’existence
collective. Les Etats sont affaiblis, la
rationalité économique (qui ne peut être le lieu
du sens) prétend gérer l'intégralité de
l'existence humaine, la rationalité
éthico-juridique se délite, on peine à penser
une morale commune ou civique, la morale
religieuse est revendiquée par des leaders
politiques, les jeunes ont le choix entre
la réussite individuelle à tout prix (ce sur
quoi se fonde Macron) ou au contraire la
désespérance, le nihilisme que leur offre Daech
pour l’instant mais on peut s’attendre aussi à
d’autres offres et à l’apparition de groupes
terroristes d’extrême droite ou d’extrême
gauche. Le social est gros de lourdes
violences à venir.
Au plan collectif, il faut trouver un ennemi
intérieur qui puisse transformer l'angoisse en
peur. Hier, ce fut le Juif, aujourd'hui c'est le
musulman, en Angleterre c'est le polonais, aux
USA, le mexicain. On produit donc une division
ennemi/ami qui fait le lit de tous
les populismes. Au plan international, le
délitement du politique entraîne
l’affaiblissement extrême de tout ce qui
pourrait relever du droit international et a
fortiori des droits de l’homme et l’ONU
devient un machin inutile. Les relations
internationales tendent désormais à s’inscrire
dans le seul registre de la
rationalité instrumentale, dans celui du deal
comme dans la Mafia, ce qui produit un cynisme
radical avec Trump et Poutine et qu’un
Chateaubriand aurait qualifié de « cynisme des
chiens ». Mais au plan des nations, on risque de
voir s’épanouir une transition des démocraties
vers des autocraties, avec l’obsession
sécuritaire et l’état d’exception, ce qui a
commencé en Turquie et pourrait menacer les
Etats Unis et d’autres pays européens.
Mais les premiers penseurs du politique, les
philosophes grecs, avaient aussi compris que le
lien social politique (il faudrait vraiment
saisir sa spécificité) produisait aussi un autre
type de subjectivité, un autre rapport au
discours, à la vérité. Le parler vrai de Socrate
n'est pas forcément l'énoncé d'une vérité mais
il est déterminé par le souci de vérité.
Le délitement du politique produit par le
néolibéralisme entraîne, avec ses moyens de
communication sophistiqués, un rapport que
certains appellent la "post-vérité" engendrant
une dégradation de la société civile et de la
communauté des citoyens avec des groupes de
« communicants » séparés et devenant des
loups les uns pour les autres. En ce sens, dire
la vérité n'est pas l'objectif, il s'agit
de parler faux en l'assumant dans l'espace
public. Et nous avons Trump. Il ne faudrait pas
prendre ce dernier pour idiot. Lui, aussi bien
que ses supporters, savent qu'il parle
faux. Mais ils s'en fichent. C'est
le parler faux qui est payant et qui est
revendiqué avec une arrogance jusqu'ici inconnue
dans l'histoire des démocraties occidentales.
On dira qu'on qu'est mal barrés. C'est
vrai mais notre vigilance citoyenne - ou
ce qui veut en rester chez nous - commande de ne
pas transformer notre angoisse en peur. Car
l'angoisse, Sartre l'avait vu, est aussi le
signe de notre liberté. Que faire alors,
si nous voulons remobiliser nos libertés?
Redonner sens au politique oui mais
comment? On nous pardonnera sans doute de
n'avoir pas la réponse à la question. Elle
ne sortira pas de la tête d’un seul
citoyen.
Commençons toutefois par mettre en commun nos
paroles et nos actes (pour parler
comme Hannah Arendt) et redynamisons la société
civile. Là peut croître ce qui sauve. Sinon,
attendons la catastrophe, elle pourrait
être régénératrice. Reste aussi les arts
et les lettres. Ecouter, comme l'a fait
Glissant, le "bruit du monde" qui est aussi
celui de la trace constituant un autre
imaginaire, celui du Tout-monde, où l'identité
n'est plus pensée comme racine unique et où
s'élabore un autre rapport à l'autre, une
nouvelle poétique de la Relation, loin des
angoisses identitaires produisant des
xénophobies destructrices. L’Europe devrait
repenser l’histoire de son rapport à l’autre, ce
par quoi elle a conquis le monde. Ceci est
nécessaire à une nouvelle fondation de la
république, loin des crispations identitaires de
toutes sortes et en éliminant du républicanisme
français son nationalisme insistant, cette sorte
de théologie laïcisée. En ré-instituant une
instruction publique, chère à Condorcet, loin
d’une éducation nationaliste avec ses récits
réducteurs comme celle s’inspirant souvent de
Jules Ferry, loin aussi d’une tradition
socialiste réduisant l’école à une simple
question sociale en occultant ainsi sa dimension
symbolique institutionnelle fondamentale. La
crise du politique est nécessairement celle
aussi des institutions fortes de la société.
Plus fondamentalement : au-delà de Glissant,
il faut aussi penser une politique et un
droit de la Relation qui devrait accompagner le
nouvel imaginaire proposé par l’écrivain
martiniquais. En ce sens, le spectacle ou les
engagements dans la politique ne devrait pas
masquer l’interrogation nécessaire sur le
politique. Ce qui fait défaut à la gauche.
L’obstacle théorique qui la taraude peut être
cherché dans les deux théories du
peuple qui accompagnent sa tradition. L’une,
réside dans une conception populiste ayant
dominé surtout l’Amérique Latine, l’autre
dans la tradition marxiste. Il y a une
vérité du populisme, quand il exprime les
souffrances des couches populaires que la
politique ne prend pas en compte. Il y a un
danger du populisme quand les réponses
qu’il donne au plan de la politique
rate ce qui dans le politique
est lieu du sens du vivre ensemble, ce qui
provoque un malencontre symbolique. Il y a une
vérité du socialisme de tradition marxiste
quand il dévoile la réalité de
la lutte de classes et de l’exploitation
capitaliste. Son erreur est de réduire
tout le politique à la seule expression de
l’infrastructure économico-sociale donc de ne
pas comprendre que le politique est aussi la
fondation d’un sens symbolique du lien
collectif, quand il ne s’appuie plus sur le
religieux. Cette erreur conduit les classes
populaires, en une sorte de
servitude volontaire, à suivre des
politiques populistes mortifères.
Repenser
le politique, c’est ce à quoi nous invite la
crise profonde que nous traversons,
lourdes de tragédies à venir. Peut-être
faudrait-il tout reprendre, depuis Platon et
réinterroger la tradition en fonction de
nos préoccupations présentes. Cette tâche
incombe à de plus jeunes que nous. Mais en
vérité, l’histoire n’attend pas et
les bruits du monde risquent d’être plus
assourdissants qu’on ne le croit. Telle est
notre tragédie.
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Pierre
Mendès France
et
les institutions de la V° République

Serge Berstein, le 15 juin 2001 (*)
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En
quoi consiste exactement la modernité
institutionnelle? Il ne paraît guère aisé de
la définir autrement que par un double critère
aussi pragmatique que possible: elle serait la
forme institutionnelle la mieux adaptée au
gouvernement efficace d'une société à un
moment donné de l'histoire, mais aussi celle
qui correspondrait le plus étroitement aux
valeurs véhiculées par la culture politique
majoritaire de cette société. Dualité qui
recèle une possible contradiction entre les
deux termes de la définition et qui rend
compte assez largement de l'attitude de Pierre
Mendès France vis-à-vis des institutions de la
V° République.
Pour leur fondateur, le général de Gaulle, une
constitution n'est jamais qu'un agencement
modifiable qui tire sa validité de son
adaptation à un peuple spécifique à une époque
donnée et, dans son discours de Bayeux,
il prête au « sage Solon » que l'on
questionnait sur la meilleure constitution la
réponse suivante: « Dites-moi d'abord pour
quel peuple et à quelle époque » (1). Pour
Pierre Mendès France, héritier en la matière
de la tradition républicaine, une constitution
est la traduction institutionnelle d'un
ensemble de valeurs léguées par l'histoire de
la République.
La critique des faiblesses de la IV°
République
Jusqu'en 1958, Pierre Mendès France et Charles
de Gaulle ont en commun une appréciation
négative sur le régime de la République contre
lequel ils se sont, l'un comme l'autre,
prononcés en 1946. Les ressemblances ne
s'arrêtent pas là. De Gaulle comme Mendès
France (en particulier dans son discours
d'Evreux du 23 juillet 1955) dénoncent la
domination de la vie politique par les partis
qui, déclare le député de l'Eure (2) :
« cessant d'exprimer les sentiments des masses
(...) deviennent les instruments d'oligarchies
et de clans (et leur multiplication excessive
est le signe d'une telle évolution), je pense
aux équipes et aux groupes d'hommes qui
essaient de satisfaire leurs propres
ambitions, aux groupements d'intérêts qui
essaient de satisfaire telle ou telle
revendication (quelquefois d'ailleurs
respectable et légitime) même au détriment de
tous les autres ».
Il est donc clair que Pierre Mendès France
considère comme Charles de Gaulle que la vie
politique se trouve viciée par le poids
excessif des intérêts particuliers qui
l'emportent sur l'intérêt général, avec des
conséquences graves:
« Le système représentatif (représentatif cela
veut dire représentatif du pays, c'est-à-dire
de l'intérêt général) est faussé, la
démocratie vraie n'est pas réalisée » (3).
Mais là où le général de Gaulle considère que
le remède réside dans une profonde réforme
institutionnelle selon le modèle décrit dans
le discours de Bayeux, le point de vue de
Mendès France est différent. Sans doute
juge-t-il nécessaire de réformer la
Constitution : l'instabilité gouvernementale
lui apparaît comme une tare du régime,
interdisant toute action d'envergure aux
dirigeants du pays. Mais le remède est simple
à ses yeux. Il suffit, comme en Angleterre,
d'accorder au gouvernement le droit de
dissolution dans des circonstances données (4)
:
« La réforme qui permettra à un gouvernement
en litige avec l'Assemblée d'en appeler à
l'arbitrage du suffrage universel, sera
conforme aux principes démocratiques; s'en
remettre à la décision du pays consulté, c'est
bien agir dans le cadre républicain, mais
c'est aussi donner plus de sagesse aux
Assemblées et plus de stabilité et plus de
pouvoir au gouvernement ».
Il le redira dans une interview à L'Express le
28 juillet 1960: à ses yeux, « Il n'y a pas
incompatibilité entre la République et un
gouvernement fort. Mais il faut des hommes,
des chefs républicains » (5). Sur ce point,
Mendès France se distingue assez clairement de
la tradition républicaine méfiante envers un
pouvoir exécutif fort, pour en revenir, il est
vrai, aux conceptions d'un Jules Ferry ou d'un
Gambetta.
Mais, pour lui, le problème est moins celui
des institutions que celui des hommes. La
cause principale de la crise du régime qu'il
expose dans son discours d'Evreux est celui de
la dégradation des mœurs politiques, de
l'absence de civisme dont témoignent
l'indifférence des jeunes à la politique, la
poussée de l'abstention, le vote protestataire
en faveur du parti communiste, l'ensemble
s'expliquant par la coupure entre l'État et le
citoyen, mortelle pour la démocratie. Or à ces
causes fondamentales de crise, il n'est qu'un
remède, la restauration de la « vertu » au
sens où l'entendait Montesquieu (6) :
« Elle doit exister chez les gouvernés qui
doivent placer l'intérêt général au-dessus de
leurs intérêts particuliers, professionnels ou
autres. Elle doit exister chez les dirigeants
et chez les élus qui doivent placer leur
devoir, leur fidélité, au-dessus de leurs
intérêts de carrière, au-dessus de leurs
ambitions, au-dessus de leur réélection ».
Conception
exigeante
de la démocratie qui implique pour l'homme
politique la nécessité de dire la vérité au
pays, de moraliser la vie publique, de
pratiquer les principes de respect des
citoyens à l'intérieur des partis, de
conserver le contact avec la « base
populaire », ce qui implique le retour au
scrutin d'arrondissement « qui, seul, permet
de resserrer le contact démocratique entre
l'électeur et l'élu, le contrôle de
l'électeur sur l'élu » (7).
Pour Mendès France, cette moralisation de la
vie publique l'emporte de loin sur la
réforme des institutions. On le voit bien
lorsque le 30 novembre1955, Edgar Faure mis
en minorité par un vote à la majorité
absolue moins de dix-huit mois après une
autre chute de ministère acquise dans les
mêmes conditions, peut décider de la
dissolution de l'Assemblée nationale. Mendès
France va-t-il se féliciter de la remise en
vigueur du droit de dissolution qu'il
appelait de ses vœux? En aucune manière
puisqu'il y voit l'ultime manœuvre d'un
ministère en perdition pour sauver le
système des apparentements, éviter le retour
au scrutin d'arrondissement et interdire aux
idées de Pierre Mendès France de s'imposer
dans le pays. Il n'a pas de mots assez durs
pour fustiger ce « défi aux principes
républicains » (8) :
« jamais le droit de dissolution n'a été
conçu pour qu'un gouvernement discrédité,
après avoir sacrifié et trahi, pendant des
mois, tous les intérêts nationaux, après
avoir saboté la vie parlementaire, après
avoir scandalisé tous les Français par son
absence d'autorité et de cohésion, jette la
démocratie dans une aventure sans issue ».
Et de prophétiser que, dans les cinq ans, la
France aura à choisir entre le renouveau et
l'abaissement dans la crise (9) :
« ... Il ne se passera pas cinq ans sans que
la France tout entière ait opéré sa
reconversion, sans qu'elle ait donné à tous,
et surtout à la jeunesse, la preuve qu'elle
peut réaliser les réformes et les progrès
depuis trop longtemps attendus — ou sans que
tous ces espoirs soient définitivement perdus
».
Si Mendès France s'avère bon prophète quant à
la proximité d'une solution à la crise de
régime, la forme que prend celle-ci est loin
de correspondre à ses vœux et à son exigence
d'une démocratie parlementaire fondée sur la
participation active des citoyens.
Le rejet du système de la V° République
On sait le respect constamment témoigné par
Pierre Mendès France sous la IVe République au
passé et à la personne de Charles de Gaulle,
au point de lui adresser le 18 juin 1954, au
moment où il accède à la Présidence du
Conseil, un message dans lequel il se réclame
de son inspiration. Il n'en va pas de même
pour son action politique, puisqu'il dénonce
vigoureusement en décembre 1957 et janvier
1958 devant le « Centre de formation civique
des jeunes électeurs » les malentendus
résultant de la politique faite sur le nom
d'un homme seul, classant dans cette catégorie
le bonapartisme, le boulangisme et le
gaullisme du RPF (10).
Lorsqu'en avril 1958, le nom du général de
Gaulle est de plus en plus fréquemment cité
pour dénouer la crise de la IV° République,
Pierre Mendès France refuse de se joindre à
«l'orchestre bigarré» qui fait appel à
l'ancien chef de la France Libre sans que
s'ouvre une «discussion avec lui sur le plan
des idées et des programmes» (11). Enfin,
après le 13 mai, il condamne sans ambages et
avec la plus grande énergie l'attitude du
général de Gaulle, considérant qu'elle apporte
« à la rébellion algérienne un appui et un
encouragement d'autant plus néfastes pour le
pays que les hommes qui en avaient pris
l'initiative sur place commençaient à prendre
conscience de l'énormité et de la folie de
leur comportement» (12). Et, un peu plus tard,
il précisera que, si le général de Gaulle
possède effectivement les moyens de réaliser
un règlement en Algérie, le marché qu'il
propose aux Français et que, pour sa part,
l'ancien président du Conseil rejette consiste
à « gagner la paix en Afrique en échange du
fascisme dans la Métropole » (13).
Aussi est-ce sans surprise que l'on voit
Pierre Mendès France décider d'émettre un vote
négatif à l'investiture du général de Gaulle
le 1er juin 1958. Tout en admettant que « la
IV° République périt de ses propres fautes »,
il refuse de condamner le régime défunt et
s'écrie: « Non, ce n'est pas la République, ce
n'est même pas le système parlementaire qui
méritent d'être condamnés. Seul le mauvais
usage qui en a été fait nous a réduits à
l'impuissance et nous a conduits à tant de
déconvenues ». Pour autant, c'est, à ce stade,
le contexte même dans lequel se déroule le
débat d'investiture qui motive son opposition:
« ... Je ne puis admettre de donner un vote
contraint par l'insurrection et la menace d'un
coup de force militaire (...) j'évoque le
chantage à la guerre civile, l'annonce du coup
de force organisé contre les représentants du
peuple au cas où leur décision ne serait pas
celle que l'on prétend (...) Ma dignité
m'interdit de céder à cette pression des
factions et de la rue ».
Et tout en déclarant espérer ardemment que ses
craintes sur la collusion entre de Gaulle et
l'extrême droite s'avèrent vaines, il refuse
au président du Conseil désigné le chèque en
blanc que réclame celui-ci, rappelant in fine
son idéal politique (14):
« C'est un axiome en démocratie et c'est une
leçon de l'histoire, que ce n'est pas une
unanimité acquise dans le silence ou
l'équivoque, dans la soumission acceptée ou
dans la discipline de quelque parti unique,
mais que c'est la confrontation de thèses
sincères qui est le plus favorable à la
détermination et à la mise en œuvre d'une
bonne politique. C'est la vertu reconnue des
institutions parlementaires quand elles
fonctionnent bien et correctement, d'assurer
cette salutaire confrontation ».
Bien qu'il s'en défende dans les années qui
suivent, ce « péché originel » de la V°
République pèsera sur son jugement sur le
régime lui-même. Mais, à dire vrai, le poids
du 13 mai n'était pas nécessaire pour
expliquer son rejet de la Constitution de
1958. Tout dans celle-ci choque le Républicain
de tradition pour qui la République se confond
avec le système parlementaire dans lequel les
élus du peuple souverain représentent la
nation. Et d'abord le référendum où il s'agira
de répondre par un seul oui ou un seul non à
une multitude de problèmes dans un contexte de
confusion entre le système institutionnel et
l'appartenance à la communauté, alors que la
population algérienne est « mise en condition
», que des pressions inouïes dans
l'administration et la presse s'exercent sur
les citoyens et alors que l'opposition est
privée du droit de faire connaître des
propositions alternatives.
Ensuite le contenu même de la Constitution
qui, loin de rendre la parole au peuple,
affaiblit les moyens dont il dispose pour
faire prévaloir sa volonté. « Le président de
la République est un véritable monarque, non
héréditaire toutefois ». Il est clair que,
pour Pierre Mendès France la souveraineté est
passée du peuple au président qui dispose du
pouvoir exécutif, peut « promulguer légalement
la dictature aux termes de l'art. 16 du projet
», mais détient également avec son
gouvernement et l'administration l'essentiel
du pouvoir législatif et possède de multiples
moyens de contraindre le Parlement ou de
passer outre à ses objections, sans compter le
contrôle du Conseil Constitutionnel « qui est
choisi, nommé par « en haut », c'est-à-dire
sans aucune influence « d'en bas » (15).
A partir de cette analyse, le jugement de
Pierre Mendès France est sans appel. Le
référendum du 28 octobre est à ses yeux un
plébiscite (16):
« Beaucoup de Français de bonne foi disent
que, tout en se méfiant du projet de
Constitution, tout en souhaitant dès
maintenant qu'il soit amélioré et révisé, ils
voteront « oui », néanmoins, en faveur du
général de Gaulle et de son maintien au
pouvoir. C'est donc bien un plébiscite ».
Et à ceux qui allèguent que le général de
Gaulle n'est pas un fasciste, qu'il y a lieu
de lui faire confiance lorsqu'il déclare ne
pas envisager de commencer à 67 ans une
carrière de dictateur, il répond sèchement : «
On ne choisit pas une Constitution selon l'âge
du capitaine! » (17).
Le texte constitutionnel est, pour lui,
anti-démocratique: « La multiplicité des
précautions prises contre l'Assemblée, élue du
suffrage universel, révèle, chez les
rédacteurs du texte, la volonté de refouler la
démocratie. C'est contre la démocratie que ces
précautions sont prises. C'est contre elle que
l'Assemblée est rabaissée, diminuée, matée »
(18).
L'absence de fondement démocratique du régime
de la V° République ne cessera d'alimenter
chez Pierre Mendès France le procès de la V°
République (19). Enfin, et surtout Mendès
France critique avec véhémence le déséquilibre
des pouvoirs instaurés par la V° République,
symétrique de celui qui existait sous la IV°
République (20):
« Sous la IV°, c'est un fait que l'Assemblée
avait non seulement tout le pouvoir législatif
mais encore le moyen de s'immiscer de manière
continuelle dans l'exécutif et de le
paralyser; sous la V°, c'est la faute inverse.
Tous les pouvoirs sont dans l'exécutif et même
dans l'homme qui dirige l'exécutif. Le
président de la République est la seule
volonté susceptible d'agir et de s'imposer
tandis que l'Assemblée n'a plus qu'un rôle de
figuration. On est passé d'un extrême à
l'autre ».
C'est désormais l'argumentation que Pierre
Mendès France ne cessera de marteler contre la
V° République: il n'existe en France qu'un
seul pouvoir, celui du président de la
République qui concentre entre ses mains la
totalité de l'autorité.
« Personne ne compte à côté de lui, ni le
gouvernement (totalement inconnu et sans
prestige), ni naturellement l'Assemblée »
(21). Pour le Républicain qui considère que la
démocratie se confond avec la volonté du
peuple souverain telle que l'expriment les
représentants de la nation élus au suffrage
universel, la conclusion coule de source:
« Le gaullisme est donc incompatible avec la
conception démocratique à laquelle, pour ma
part, j'ai toujours été fidèle » (22). Idée
qu'il développera en septembre 1961 au plus
fort des attentats de l'OAS et alors qu'il
considère que la guerre civile menace la
France et préconise pour y faire face un «
gouvernement de transition » (23):
« Un homme, quels que soient ses services
passés, son prestige, ne tient pas lieu d'État
à lui tout seul, tout comme le sens de la
formule, le style, l'appel à la grandeur ne
tiennent pas lieu de politique. Un État
moderne, efficace, comporte des institutions
équilibrées dont une au moins traduit la
volonté du peuple et est chargée de l'exprimer
et de la faire prévaloir ».
La critique opérée par Pierre Mendès France
des institutions de la V° République est si
nette que son opposition prévisible au
référendum du 28 octobre 1962 ne le conduit à
ajouter aucun argument nouveau à ceux que nous
avons évoqués. Tant il est vrai que l'élection
du président de la République au suffrage
universel est dans la logique du système
politique gaulliste, une logique que Pierre
Mendès France a nettement condamnée dès
l'origine. De part et d'autre, il n'y a rien à
ajouter sur ce point. Pierre Mendès France
demeurera l'adversaire irréconciliable de la
V° République, système dans lequel il se
refuse à entrer, déclarant par exemple le 17
novembre 1964 aux élèves de l'École supérieure
des Sciences économiques et sociales de Paris
(24):
« Vous m'avez demandé si j'accepterais d'être
candidat aux prochaines élections
présidentielles. Evidemment, c'est non, et
sans réserve. Dans un cadre comme celui qui
nous est imposé aujourd'hui, je ne serai
candidat ni cette fois-ci, ni dans sept ans,
ni dans quatorze ans, ni dans vingt et un ans,
parce que je ne vois pas comment je pourrais
efficacement être fidèle à ma conception de
l'homme politique démocrate, interprète
authentique de la volonté profonde du pays et
instrument de son évolution vers un type de
progrès choisi par le pays. (...) Un homme qui
n'est pas démocrate croit qu'il peut faire le
bien du peuple, sans son aide, sans son
impulsion et parfois même contre lui. Ce n'est
pas mon cas ».
N'existe-t-il pas une contradiction entre
cette position et l'acceptation par Pierre
Mendès France de figurer en 1969, aux côtés de
Gaston Defferre, candidat à la Présidence de
la République, sur un « ticket » qui lui
aurait réservé en cas d'élection de son
partenaire le poste de Premier ministre?
Pierre Mendès France répond dans une interview
au Nouvel Observateur le 19 mai 1969 en
affirmant que le but de ce curieux attelage
dans une élection présidentielle était
précisément de mettre fin à la monocratie
gaulliste en faisant élire au suffrage
universel le Premier ministre en même temps
que le Président, indiquant ainsi à la nation
l'intention des deux candidats d'opérer une
nouvelle distribution du pouvoir entre
l'Elysée et Matignon.
Élu par la nation, au même titre que le
Président, responsable devant l'Assemblée
nationale, le Premier ministre ne pourrait
être révoqué par le chef de l'État et, en cas
de conflit entre lui-même et l'Assemblée,
c'est au peuple qu'il reviendrait d'arbitrer
après dissolution. En d'autres termes,
détournant la lettre et l'esprit des
institutions de la V° République, Gaston
Defferre et Pierre Mendès France émettent
l'idée de faire du Premier ministre la clé de
voûte des institutions, réduisant le
Président, comme sous les Républiques
parlementaires à une fonction de
représentation et de désignation du Premier
ministre. Le très faible score obtenu par le
ticket Defferre/Mendès France le 1er juin 1959
(5% des suffrages) montre que les Français
n'ont pas approuvé ou pas compris cette
révision qui n'ose pas dire son nom. Mais ce
qui est intéressant dans la tentative
Defferre/Mendès France, c'est que, d'une
certaine manière, leur projet tente
d'instiller dans la République gaullienne la
conception que se fait Pierre Mendès France
des institutions d'une République moderne.
La
République moderne
Déçu par une IV° République qu'il s'est montré
impuissant à réformer de l'intérieur, critique
impitoyable d'une V° République en quoi il
voit un régime de pouvoir personnel, de type
monarchique et sans contrepoids démocratique,
quelles institutions Pierre Mendès France
préconise-t-il pour le régime de rénovation
démocratique qu'il appelle de ses vœux? C'est
à définir pour ses concitoyens son projet
politique que s'attache le livre qu'il publie
à l'automne 1962 et qu'il intitule de manière
significative La République moderne.
L'ouvrage se fonde sur un postulat (qui se
révélera erroné), la certitude de la précarité
de la V° République puisque celle-ci ne repose
que sur un seul homme et, par conséquent, la
nécessité de proposer aux Français une
alternative au gaullisme qui ne serait pas un
simple retour à la IV° République, régime
d'impuissance dont les Français ne veulent
plus (25). Rappelant qu'à ses yeux la Ive
comme la V° Républiques constituaient deux «
fausses démocraties » et qu'aucune ne
répondait aux tâches nouvelles de l'État, en
particulier dans l'ordre économique, il note
que l'une et l'autre présentaient les mêmes
défauts de déséquilibre institutionnels par
l'absence de contrepoids à l'omnipotence de
l'Assemblée sous la IV° République, à celle du
Président sous la V° (26). Ses propositions
pour une République moderne consistent donc à
préconiser un système permettant d'établir une
véritable démocratie gérant efficacement le
pays et d'échapper aux impasses des deux
régimes précédents.
Au plan institutionnel, les projets de Pierre
Mendès France reposent sur l'idée de
gouvernement de législature. Il y voit le
moyen de remédier aux deux faiblesses qui ont
constitué le handicap des IV° et V°
Républiques, l'instabilité gouvernementale due
à l'omnipotence du Parlement d'une part, le
pouvoir absolu du Président privant de tout
pouvoir réel d'initiative et de contrôle les
représentants élus du peuple souverain de
l'autre.
Le postulat de base est celui de la
simultanéité entre l'élection de l'Assemblée
et la formation d'un gouvernement constitué à
l'image de la majorité de celle-ci et sur la
base d'un contrat entre les divers
constituants de la majorité. On retrouve ici
l'idée, essentielle chez Pierre Mendès France,
de l'existence d'un programme politique clair
sur lequel les électeurs ont à se prononcer et
que la majorité élue est tenue d'appliquer
(27). Pour le cas où ce contrat se trouverait
rompu, soit du fait du gouvernement soit du
fait de la majorité, le président du Conseil
doit procéder à une dissolution qui permettra
au pays de rendre son arbitrage.
Ainsi la France rejoindrait-elle le camp des
démocraties parlementaires stables du monde
occidental (28). Mais il ne s'agit pas
seulement de rendre aux représentants de la
nation un pouvoir que la V° République leur a
confisqué. Il faut également réfléchir à la
nature même et à la légitimité de la
représentation. Clairement partisan du
bicamérisme, Mendès France souhaite le
maintien d'une seconde Chambre dont le mode de
recrutement apparaîtrait plus en corrélation
avec les réalités du second XX° siècle que
celui du Sénat. Si la Chambre élue au suffrage
universel doit, bien entendu, conserver la
prépondérance. La République moderne,
reprenant les réflexions des réformateurs de
l'État de l'entre-deux-guerres, préconise une
représentation des « groupes sociaux et des
intérêts professionnels » dans la seconde
Chambre, à l'image de la composition du
Conseil économique et social, mais avec le
correctif d'une pondération au bénéfice des
syndicats ouvriers, des cadres, du patronat et
des intérêts régionaux.
En d'autres termes, on substituerait à une
assemblée représentative des collectivités
locales une assemblée exprimant les besoins et
les aspirations des « forces vives » et
susceptible d'éclairer, de conseiller, de
contrôler l'État dans ses attributions
économiques. Mais Mendès France le précisera
dans la seconde édition de l'ouvrage en 1966,
la suppression du Sénat et son remplacement
par un Conseil économique et social amélioré
ne peuvent s'opérer que dans un contexte où
l'Assemblée nationale retrouverait
préalablement la plénitude de ses attributions
politiques.
Car cette restauration de la République
parlementaire est indissociable de la volonté
moderniste de l'ancien président du Conseil de
la IV° République et la composition de la
seconde Chambre reflète l'importance que
Mendès France attribue aux fonctions
économiques de l'État et qui s'exprime à ses
yeux dans la seconde idée-force de son livre:
la planification démocratique. Déjà, évoquant
le contrat programmatique qui devrait servir
de base à la constitution d'une majorité de
législature, il avait affirmé que le plan
devait en constituer l'élément central, au
point d'intituler le paragraphe concerné de
l'ouvrage: « une assemblée, un gouvernement,
un plan (29). C'est qu'à ses yeux, la
planification est la clé de voûte de
l'intervention économique de l'État qui
constitue à ses yeux la marque même de la
modernité (30):
« Chacun reconnaît aujourd'hui que l'État est
responsable de l'évolution économique, qu'il
lui appartient de lutter contre les crises et
le sous-emploi, d'orienter, de stimuler, de
coordonner les efforts en vue de l'expansion
et du progrès communs ».
Mais, Pierre Mendès France y insiste, cette
planification n'a rien à voir avec la
planification bureaucratique pratiquée par les
Soviétiques qui ne peut convenir qu'à des pays
sous-développés. Celle qu'il préconise doit
être démocratique, c'est-à-dire impliquer,
dans un cadre de liberté, la participation des
citoyens (31) :
« Partout où il y a une responsabilité à
engager, il faut donc mettre en place un
mécanisme approprié pour que les décisions
soient prises démocratiquement, c'est-à-dire
avec le concours de tous les intéressés. Le
but est que le plus grand nombre possible de
gens jouent volontairement et
consciemment un rôle au centre comme
dans la région, dans les professions
organisées et jusque dans la vie de
l'entreprise ».
Comment parvenir à cette mobilisation des
citoyens? En assurant l'éducation économique
des Français, en promouvant le syndicalisme
dont le rôle est essentiel à la fois pour
l'élaboration et le contrôle de l'exécution du
plan, en développant la régionalisation et en
particulier le rôle des conseils économiques
régionaux, en encourageant la vie associative
et en parvenant par ce biais à la fondation
d'un nouvel esprit civique au sein de
l'opinion. La planification démocratique
apparaît ainsi comme le complément naturel du
contrat de législature dont il constitue
l'élément central, mais dont il rend également
le fonctionnement possible en jouant le rôle
d'un vecteur de formation et de
responsabilisation des citoyens.
Conclusion
Dans sa réflexion sur la modernité
institutionnelle qui convient à la France du
second XX° siècle, Pierre Mendès France se
situe donc aux antipodes des institutions de
la V° République telles que les a façonnées
Charles de Gaulle. Pour lui, le péché originel
de la République gaullienne ne se situe pas
seulement dans les conditions d'accession au
pouvoir du général de Gaulle, mais dans la
vision des rapports entre le peuple et le
président que professe le fondateur de la V°
République et qu'il résume par « l'abdication
permanente du peuple au profit d'un seul homme
», rappelant, dans la seconde édition de La
république moderne, l'apologue gaullien
comparant la nation à un navire: « Le pilote à
la barre, les membres de l'équipage à leurs
postes, les passagers (49 millions de
Français!) dans leurs cabines! » (32).
La conception que se fait Pierre Mendès France
de la modernité institutionnelle est tout
autre. Elle est fondée sur un système de
représentation parlementaire assurant sa
stabilité par le contrat-programme de
législature. Mais surtout, elle retrouve la
voie de la culture républicaine par une
conception exigeante du citoyen participant
activement à la décision, non seulement par un
vote éclairé, mais par une action permanente
de réflexion, d'élaboration, de critique
impliquant sa responsabilité permanente dans
la prise de décision.
Les idées politiques de Pierre Mendès France
constituent ainsi une alternative moderniste à
la vision, également moderniste, mais
antithétique dans son fonctionnement, des
institutions de la V° République. Mais parce
que le peuple français a choisi la voie de la
démocratie directe et du blanc-seing délivré
au président qu'il a élu, le refus de Pierre
Mendès France d'accepter le jeu politique
ainsi défini l'a conduit progressivement à la
marginalité politique et ses idées
institutionnelles au musée des théories
inappliquées. A beaucoup d'égards,
l'acceptation par la gauche victorieuse en
1981 des institutions gaulliennes marque
l'échec politique des idées constitutionnelles
de Pierre Mendès France, un possible qui n'a
jamais connu le passage à la réalisation.
(*)
Serge BERSTEIN - Professeur d'histoire
contemporaine à l’Institut d'Études
Politiques : Article extrait de « Matériaux
pour l'histoire de notre temps », n°63-64,
2001. Pierre Mendès France et la Modernité -
Actes du colloque - Assemblée nationale - 15
juin 2001.
Notes
de l’auteur :
1.
Charles de Gaulle, Discours et messages, tome
II, Dans l’attente 1946-1958, Paris, Plon,
1970.
2.
Pierre Mendès France, in Œuvres complètes,
tome IV, Pour une République moderne,
1955-1962, Paris.
3.
Ibid, p.82.
4.
Ibid, p.92
5.
Interview du 28 juillet 1960, à l’Express,
Ibid, p.60.
6.
Discours du 28 juin 1957 devant le Comité
exécutif du parti Radical0 publié par
l’Express le 5 juillet 1957, Ibid, p.342.
7.
Ibid., p. 92.
8.
L'Express, 30 novembre
1955, Ibid., p. 140.
9.
Ibid, p. 144.
10.
Ibid, p. 394.
11.
Lettre à Maurice Bertrand du 24 avril 1958,
Ibid, p. 411.
12.
Lettre à Jacques Rivet du 19 mai 1958, Ibid.,
p. 412.
13.
Lettre à M. Balensi du 24 mai 1958, Ibid, p.
417.
14.
Discours du 1er juin 1958 à l'Assemblée
nationale, Ibid., pp. 419-425.
15.
Conférence de presse à l'Hôtel Lutétia du 6
septembre 1958, reproduite dans L'Express du
11 septembre, Ibid., pp. 436-438.
16.
Ibid, p. 443.
17.
Ibid., p. 439.
18.
Ibid., p. 440.
19.
Voir aussi sur ce point l'éditorial de Pierre
Mendès France dans le numéro 15
(septembre-octobre 1958) des Cahiers de la
République.
20.
Discours de Pierre Mendès France à la
réunion-débat organisée à Paris le 15 décembre
1959 par « Cercle ouvert », in Œuvres
complètes, tome IV, op. cit., p. 569.
21.
Réponses aux questions de L'Express du 28
juillet 1960.
22.
Conférence prononcée par Pierre Mendès France
le 21 juin 1961 à l'Hôtel de Ville de
Versailles devant la section locale du PSU, in
Œuvres complètes,tome IV, op. cit., p. 658.
23.
Pour devancer la guerre civile », L'Express,
28 septembre 1961.
24.
« Plaidoyer pour la démocratie », publié dans
Témoignage chrétien du 4 décembre 1964.
25.
Pierre Mendès France, La République moderne,
in Œuvres complètes, tome IV, op. cit., pp.
746-748.
26.
Ibid, pp. 753-768.
27. Dans une lettre du 16 novembre 1964 à
Charles Hernu, Mendès France déplorera la
désinvolture de François Mitterrand à l'égard
de cette notion de contrat-programme: « ...Au
cours de mes conversations avec Mitterrand, je
me suis aperçu qu'il ne prenait pas du tout au
sérieux les notions de programme et
d'engagement. Je l'ai entendu plus d'une fois
exprimer qu'un programme, cela s'improvise en
une demi-heure, n'importe qui peut en faire
un, cela n'a pas grande importance, on se met
toujours d'accord sur un programme etc. Je
suis, je l'avoue, très sévère pour cette
conception qui est, à mon avis, la base même
de la faillite de la IV° » in oeuvre
complètes, tome V, Préparer l'avenir 1963-1973
(Paris Gallimard 1989, p. 85.
28. Pierre Mendès France, La République
moderne, op. cit., pp. 784 et suivantes. 29.
Ibid, p. 793.
30
.Ibid. p. 806.
31.
Ibid., p. 810.
32.
Ibid., p. 868.
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