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Le grenier de Lionel Mesnard

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"Ce qui est démocratique, c'est à faire du petit cercle de connaisseurs un grand cercle de connaisseurs"

Bertholt Bretch
 
 

La Commune de Paris, 

n'est pas morte;!

(annexes) Faits, documents, publications, données, et pour finir : deux chansons d'Eugène Pottier
 
 
 
Année 1870 Juillet : La France déclare la guerre à la Prusse.
 
Septembre : A Paris, proclamation de l'abolition de l'empire et de l'instauration de la République.
 
 

- L'armée prussienne arrive sous les murs de Paris.
- L'armée française est délogée des hauteurs de Châtillon, d'où l'artillerie allemande pourra bombarder Paris.
- Jules Favre proclame que le gouvernement républicain ne cédera par "un pouce de notre territoire" à l'ennemi.
- Le journaliste Félix Pyat (ci-contre en caricature) lance pour la première fois dans le journal Combat , l'idée d'une commune de Paris.
 

 
Octobre : A Paris, manifestation des bataillons de Belleville et de Ménilmontant animée par Gustave Flourens
 
- manifestation organisée par les groupes de gauche à Paris. On y crie "Vive la Commune!"
- Suite à l'annonce de la perte du Bourget et de la capitulation de Metz, Paris connaît de nouvelles manifestations des bataillons de Belleville et Ménilmontant. L'hôtel de Ville de Paris est pris d'assaut par les manifestants et le gouvernement menacé.
 
Novembre : Le plébiscite organisé par le gouvernement de la Défense Nationale lui donne une large victoire.
 
- Élections municipales, pour désigner les conseils municipaux des arrondissements de Paris.
 
Décembre : Échec d'un tentative de sortie en direction de Champigny. 
 
- Second échec d'un tentative de sortie au Bourget.
 
 
 
 Année 1871
 
 
Janvier : Nouvelle journée de manifestations insurrectionnelle à Paris
 
- La mairie du 20ème arrondissement est prise par les émeutiers, qui réclament une Commune de Paris.
- Signature des préliminaires de paix, à Versailles.
- Signature de l'armistice par Jules Favre et le chancelier Bismarck.
 
Février : Élection d'une Assemblée Nationale à dominante conservatrice
 
- Le peuple de Paris y voit une menace pour la république.
- Première réunion de l'Assemblée nationale à Bordeaux. 
- Adolphe Thiers (ci-contre) est nommé "chef du Pouvoir Exécutif de la République Française".
- Signature des préliminaires de paix à Versailles.
 

 
 

AU PEUPLE

CITOYENS, 

Le Peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.Calme, impassible dans sa force, il a attendu sans crainte comme sans provocation les fous éhontés qui voulaient toucher à la République. Cette fois, nos frères de l'armée n'ont pas voulu porter la main sur l'arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d'une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles.L'état de siège est levé.Le Peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire ses Élections communales.La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la Garde nationale. 

Hôtel de Ville, Paris, le 19 mars 1871. 

Le Comité Central de la Garde Nationale : ASSI, BILLIORAY, FERRAT, BABICK, Edouard MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER, MORTIER, GOUHIER, LAVALETTE, Fr. JOURDE, ROUSSEAU, Ch. LULLIER, BLANCHET, J. GROLLARD, BARROUD, H. GERESME. FABRE, POUGERET.
 
 
 
 
 
Mars :  L'armée allemande pénètre dans Paris
 
- L'accueil est glacial : fenêtres closes, tentures noires sur les façades, rues désertes...
- L'Assemblée nationale à Bordeaux ratifie les préliminaires de paix de Versailles par une écrasante majorité de 546 vois contre 107.
- L'armée allemande évacue Paris.
- Les bataillons populaires de la Garde Nationale se fédèrent et constituent la force armée d'une éventuelle révolution.
- Dans la nuit du 17 au 18, l'opération de récupération des canons de Paris, ordonnée par Thiers, provoque la colère des Parisiens et le déclenchement d'émeutes, depuis Montmartre.
- Journée d'insurrection marquant le début des mouvements préliminaires de la Commune de Paris
- Le Gouvernement quitte Paris pour Versailles.
- L'Assemblée Nationale siège à Versailles.
- Mise en place du conseil communal de Paris, baptisé Commune de Paris.
 
 

 A LA GARDE NATIONALE DE PARIS
 
Les conspirateurs royalistes ont ATTAQUÉ.
Malgré la modération de notre attitude, ils ont ATTAQUÉ.
Ne pouvant plus compter sur l'armée française, ils ont attaqué avec les zouaves pontificaux et la police impériale.
Non contents de couper les correspondances avec la province et de faire de vains efforts pour nous réduite par la famine, ces furieux ont voulu imiter jusqu'au bout les Prussiens et bombarder la capitale.
Ce matin, les chouans de Charette, les Vendéens de Cathelineau, les Bretons de Trochu, flanqués des gendarmes de Valentin, ont couvert de mitraille et d'obus le village inoffensif de Neuilly et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux.
Il y a eu des morts et des blessés.
Élus par la population de Paris, notre devoir est de défendre la grande cité contre ces coupables agresseurs. Avec votre aide, nous la défendrons.

Paris, le 2 avril 1871. 

La Commission exécutive : BERGERET, EUDES, DUVAL, LEFRANÇAIS, Félix PYAT, G. TRIDON, É. VAILLANT
 
 
Avril : Décret de séparation de l'Église et de l'État
 
- Prise de Courbevoie par les versaillais.
- Échec d'une sortie sur Versailles.
- Mort de Gustave Flourens.
- Les franc-maçons de Paris placardent sur les murs de la capitale un appel à la paix et contre la guerre civile, à l'attention du gouvernement et de la Commune.
- Constitution de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.
- Les artistes parisiens se forment en Fédération à l'initiative du peintre Gustave Courbet.
- Promulgation de la loi municipale.
- Décret (s) : de réquisition des ateliers abandonnés; établissant un moratoire des effets de commerce; interdisant le travail de nuit dans les boulangeries.
 
Mai : A Paris, création d'un Comité de Salut public
 
- Décret de la Commune ordonnant la restitution des objets d'une valeur inférieure à 20 francs et mis en gage au Mont-de-piété.
- Les versaillais s'emparent du fort d'Issy.
- Signature du Traité de Francfort. La France, vaincue, doit verser à l'Allemagne une indemnité de cinq milliards de francs or. L'Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées par l'Allemagne.
- La Colonne Vendôme est abattue. 
- Décret communard de laïcisation de l'enseignement.
 
 
 
 
21-28 mai : la "Semaine Sanglante"
 
- la Commune de Paris est réprimée dans le sang.
- Les troupes versaillaises pénètrent dans Paris par une barricade de la porte de Saint-Cloud, qui a été provisoirement abandonnée par ses défenseurs. 
- Arrestation de Louise Michel.
- Mort sur la barricade du Château-d'Eau de Louis Charles Delescluzes.
 
Novembre : Exécution du communard Théophile Ferré.
 
 
 
 
 En 1872
 
- Promulgation de la loi Dufaure contre l'Internationale.
- Dissolution des Gardes nationales.
- Départ du premier convoi de déportés communards vers la Nouvelle Calédonie. 
 
 En 1880
 
- Première commémoration organisée au mur des Fédérés du cimetière du Père Lachaise à Paris.
- Promulgation de la loi d'amnistie des communards.
 
 

En 1882

- L'Insurgé de Jules Vallès ( ci-contre) parait en feuilleton. 

Il sera édité en 1886, il publia aussi l'Argent, les Réfractaires, la Rue, Jacques Vingtras (3 volumes), l'Enfant et le Bachelier. Il collabora au journal le Cri du Peuple avec toutes les écoles de pensées socialistes de l'époque.

 
 
 
 CONSEQUENCES :
 
 
- Paris sera doté d'un régime Municipal spécial (pas de maire élu avant 1977)
 
- L'état de siège sera maintenu jusqu'en 1876, avec autorisation préalable pour les journaux, censure des théâtres, couvre-feu pour cafés et restaurants.
 
- l'artisanat parisien est décimé (50% des peintres, plombiers, couvreurs, cordonniers,...)
 
- Toute apologie de la Commune fut jusqu'à la 1ère Guerre mondiale interdite.
 
 
 
Les étrangers au sein de la Commune de Paris
 
Nombreux sont les étrangers qui participèrent à la Commune : des travailleurs immigrés, Belges et Luxembourgeois, des Garibaldiens et des révolutionnaires en exil se cachant en France. Fait rarissime dans l'histoire de France, plusieurs étrangers occuperont une place dirigeante.
 
Notamment, un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel. Il siégera au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, confirmera ainsi son élection : " Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent [...], la commission est d'avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l'admission du citoyen Frankel.. " Léo Frankel sera aussi promu ministre du Travail et inspira toute l'oeuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. Elisabeth Dmitrieff dirige l'Union des Femmes. En retour, les acteurs de la Commune connaîtront la solidarité du mouvement ouvrier International.
 
 
 
Figures de la Commune
 
 

Délégués à la guerre : Gustave Cluseret (1823-1900) Général de l'armée nordiste américaine; Louis Rossel (1844-71, fusillé) ; Charles Delescluze (1809-1871) mort au combat.

Chef militaires: Jaroslaw Dombrowski (1836-1871, mort au combat) quartier maître de l'armée russe; Gustave Flourens (1838-1871 assassiné) ; Charles Lullier, lieutenant de vaisseau (1838-91) destitué le 25-3-1871.

 
 
Autres personnages : Louise Michel (1830-1905) institutrice puis combattante, déportée à Nouméa, libérée en 1880 ; Jules Vallès (1833-85) condamné à mort par contumace ; Félix Pyat (1810-89) membre de la commission des Finances ; Raoul Rigault (1846-71, fusillé) préfet de police ; Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901) journaliste ; Eugène Varlin (1839-71, fusillé) commissaire aux subsistances (ci-contre).  

 
 
 
 La Commune en chiffre :
 
 
Effectifs militaires : garde active 80.000 hommes, garde sédentaire 113.000 hommes, soit 234 bataillons  
 
Massacrés par les fédérés : 484 personnes dont 66 otages.
 
Pertes militaires : 877 morts, 266 disparus, 6.454 blessés.
 
Répression : 400.000 dénonciations écrites.
 
Fédérés prisonniers : plus de 40.000, condamnés : 10.137; déportation dans une enceinte fortifiée : 1.169 ; réclusions : 1.247.
 
Emprisonnements : 3.354 ; acquittés : 2445 ; non lieux : 22.727.
 
 
 

Publications antérieures à 1920 sur la Commune de Paris

Mes cahiers rouges au temps de la Commune par Maxime Vuillaume
Journal Officiel de la Commune parut du 18 mars au 19 mai 1871.
La Commune de Paris, et Adresse 1 et 2, par Karl Marx
La Commune de Paris et Russie des Soviets par Léon Trotsky
Souvenirs d'un membre de la Commune par François Jourde

 
 
 
 
Et tout fini avec des chansons !
 
 
Après le vote de la loi d'amnistie, Eugène Pottier revient de son exil aux Etats-Unis. C'est en 1884 qu'il compose l'Insurgé en hommage à Blanqui et aux Communards, en 1886 à la Commune.
 
 
L'Insurgé,
 
L'insurgé, son vrai nom, c'est l'Homme,
Qui n'est plus la bête de somme
Qui n'obéit qu'à la raison
Et qui marche avec confiance
Car le soleil de la science
Se lève rouge à l'horizon.
 
Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L'insurgé se dresse
Le fusil chargé.
 
On peut le voir en barricades
Descendr' avec les camarades,
Riant, blaguant, risquant sa peau.
Et sa prunelle décidée
S'allum' aux splendeurs de l'idée,
Aux reflets pourprés du drapeau.
 
Il comprend notre mèr' aimante,
La planète qui se lamente
Sous le joug individuel.
Il veut organiser le monde
Pour que de sa mamell' ronde
Coul' un bien-être universel.
 
En combattant pour la Commune,
Il savait que la terre est une,
Qu'on ne doit pas la diviser.
Que la nature est une source
Et le capital une bourse
Où tous ont le droit de puiser.
 
Il revendique la machine,
Et ne veut plus courber l'échine
Sous la vapeur en action.
Puisque l'exploiteur à main rude
Fait l'instrument de servitude
Un outil de rédemption.
 
Contre la classe patronale,
Il fait la guerre sociale
Dont on ne verra pas la fin
Tant qu'un seul pourra, sur la sphère
Devenir sans rien faire
Tant qu'un travailleur aura faim!
 
A la bourgeoisie écoeurante
Il ne veut plus payer de rente
Combien de milliards tous les ans?
C'est sur vous, c'est sur votre viande
Qu'on dépèce un tel dividende
Ouvriers, mineurs, paysans.
 
Elle n'est pas morte,

On l'a tuée à coups de chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.

Tout ça n'empêche pas Nicolas
Qu' la Commune n'est pas morte !
Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et les cent mille assassinats,
Voyez ce que ça rapporte.
On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l'aorte.
Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence.
Achevez les blessés dans leur lit,
Dans leur lit d'ambulance
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.
Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d'ignominie.
Les Maxim' Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte.
C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
À l'enterrement de Vallès,
Ils en étaient tout bêtes
Fait est qu'on était un fier tas
À lui servir d'escorte
C' qui prouve en tous cas Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
Bref tout ça prouve au combattant
Qu' Marianne a la peau brune,
Du chien dans l' ventre et qu'il est temps
D'crier vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu'si ça marche de la sorte
 

Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu'la Commune n'est pas morte !
 
 
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